22 mai 2022 – 972

DIMANCHE.

Vie culturelle.

Nous profitons d’une visite aux filles pour aller nous promener dans “le musée sentimental d’Eva Aeppli” au Centre Pompidou de Metz. L’air du temps a parfois du bon : il pousse, par exemple, les responsables des musées à fouiller leurs méninges et leurs réserves pour donner une place plus importante aux artistes féminines dans leurs expositions et les bouses des vaches de Rosa Bonheur sont en passe d’atteindre le prestige des nymphéas de Monet. Tant mieux pour Toyen, Eva Jospin, pour les pionnières des Années folles, pour les femmes photographes de guerre, à l’honneur ces derniers temps, et pour Eva Aeppli, qui sort ainsi de l’ombre. D’une ombre double même, celle de Tinguely dont elle fut l’épouse, et celle de Niki de Saint Phalle qui lui succéda sous ce statut. On ne savait rien d’elle pour ce qui nous concerne et voir ainsi surgir ses immenses sculptures textiles, particulièrement impressionnantes dans les compositions de groupes, a de quoi couper le souffle. Bonne chose aussi : Pompidou-Metz semble avoir renoncé aux expositions gigantesques et épuisantes de ses débuts : celle-ci est à taille humaine et on peut en faire deux ou trois fois le tour sans se lasser.

MARDI.

Lecture.

Notes d’un embusqué (Aurèle Patorni, La Maison française d’Art et d’Édition, 1919, rééd. Mille et une nuits n° 633, 2014; 80 p., 3 €).

Qui gagne perd (Somebody Owes Me Money, Donald Westlake, 1969 pour l’édition originale, Gallimard coll. Série Noire n° 1356, 1970 pour la traduction française, rééd. Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir, 2021, traduit de l’américain par Jean Esch; 288 p., 21 €).

MERCREDI.

Éphéméride.                                                                               

“Harar, 18 mai 1889.

“Ma chère mère, ma chère sœur,

J’ai bien reçu votre lettre du 2 avril. Je vois avec plaisir que, de votre côté, tout va bien.

Je suis toujours fort occupé dans ce satané pays. Ce que je gagne n’est pas en proportion des tracas que j’ai; car nous menons une triste existence au milieu de ces nègres.

Tout ce qu’il y a de bon dans ce pays, c’est qu’il n’y gèle jamais; nous n’avons jamais moins de 10 au-dessus de zéro et jamais plus de 30. Mais il y pleut à torrents dans la saison actuelle; et, comme vous, ça nous empêche de travailler, c’est-à-dire de recevoir et d’envoyer des caravanes.

Celui qui vient par ici ne risque jamais de devenir millionnaire, – à moins que de poux, s’il fréquente de trop près les indigènes. […]

En attendant de vos nouvelles, je vous souhaite beau temps et bon temps.

RIMBAUD.

Adresse : chez Monsieur César Tian

Négociant.

Aden.”

(Arthur Rimbaud, Correspondance)

JEUDI.

Lecture.

Danse avec la foudre (Jérémy Bracone, L’Iconoclaste , 2021; 286 p., 19 €).                         

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.         

Brève de trottoir.

VENDREDI.                 

Obituaire.

C’est un dimanche du printemps 1995 que je suis venu pour la première fois à Saint-Jean-du-Marché. Je ne sais plus ce que j’avais fait la veille mais j’avais une gueule de bois de plusieurs stères quand Caroline m’a présenté ce jour-là à ses parents. Je n’ai pas dû paraître très brillant mais enfin, on ne m’a pas chassé et Saint-Jean est devenu, au fil du temps, le refuge des beaux jours et des vacances. Pour les filles, ce fut le lieu des découvertes, des libellules et des papillons que je ne savais pas encore nommer, des brimbelles et des confitures, des premiers gadins à vélo et des balades à la remorque du petit tracteur, des bains dans la fontaine et des siestes interminables de leur père. Il n’y aura plus d’été, il n’y a plus d’après à Saint-Jean-du-Marché. Il va falloir vendre la ferme, personne, dans la famille, n’a les moyens, l’envie, le temps, les épaules pour continuer à l’entretenir. Mais nous reviendrons. Seulement, nous nous arrêterons là où nous sommes aujourd’hui réunis, au cimetière, autour de celui qui fit que tout cela fut possible.

Saint-Jean-du-Marché (Vosges), photos de l’auteur, 24 juillet 2004 & 14 février 2010

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Hommage à un ancien Premier ministre.

Paris (Seine), photo de Francis Henné, 12 février 2022

SAMEDI.            

Films vus.

  • Retour de manivelle (Denys de La Patellière, France, – Italie, 1957)
  • L’École buissonnière (Jean-Paul Le Chanois, France, 1949)
  • The Impossible (Lo impossible, J.A. Bayona, Espagne – Thaïlande – É.-U., 2012)                           
  • Le BGG : Le Bon Gros Géant (The BFG, Steven Spielberg, R.-U. – Inde – É.-U., 2016)                            
  • Le Jouet (Francis Veber, France, 1976).            

Bestiolaire de Saint-Jean-du-Marché.

Identification d’un Grand Clairon.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Milly-la-Forêt (Essonne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 26 mai 2012

Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), photo de Christophe Hubert, 31 mars 2014

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

24 mai 2021. 26 km. (40 644 km).

240 habitants

L’obélisque est à l’entrée de l’église, ceinte par le cimetière qui, avertit un écriteau, “n’est pas une aire de jeux”. Le temps n’autorise pas la prise de notes sur mon habituel calepin, je prends des photos que je décortiquerai at home.

À ses fils

La commune

Reconnaissante

Gauche :

JACQUES Paul

BOMBARDE Jules

MATHIS Joseph

Grande Guerre

RENAUX Marcel

SAUFFROY Louis

COLIN Henri

1914-1918

LAVALLÉE Léon

REMY Joseph

DEMENGEON Mathieu

39-45

Joséphine BAJOLET

Née COLIN

SAUFFROY Marcel (Tunisie)

Âmes chrétiennes pensez à eux

Dans vos prières

Dos :

Pour la Patrie

Ils ont donné leur vie

Gloire immortelle

À nos héros

L’église est ouverte, on trouve à l’entrée une simple plaque avec les noms des victimes des deux guerres. Pour une fois, ce sont exactement les mêmes que ceux du monument extérieur.

Poil et pellicule.

Shoah (Claude Lanzmann, France – R.-U., 1985)

Bon dimanche,

Philippe DIDION