5 juin 2022 – 974

N.B.

Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 19 juin 2022.

LUNDI.          

Lecture.

The Cool Man (William R. Burnett, Fawcett, 1968 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1269, 1969 sous le titre Un homme à la coule pour la traduction française, rééd. coll. Quarto, “Underworld : romans noirs”, 2019, traduit de l’américain par Denise May, révisé par Marie-Caroline Aubert; 1120 p., 28 €).

Mes notes de 1985, date de ma première lecture de ce livre en Série Noire, ne sont guère indulgentes : intrigue embrouillée, personnages sans épaisseur et mal définis… C’est vrai que l’histoire n’est pas très claire, qu’on a du mal à déterminer qui est qui dans celle-ci mais tout n’est pas à jeter, loin de là. Le personnage de Willie Madden, un braqueur recherché à la fois par la police et par ses complices, présente un profil intéressant. Il retrouve par hasard sa fille, abandonnée à sa naissance et devenue adulte, dont il tombe amoureux. L’ombre de l’inceste qui plane sur leur relation, un thème peu fréquent dans ce genre de littérature, donne son originalité au roman.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Dimanche 1er juin [1941]

Ainsi donc, “le printemps 1941” – dont nous redoutions tellement qu’il ne nous apporte de nouvelles catastrophes, si ce n’est la catastrophe finale –, ce printemps s’est achevé. Et pourtant nous sommes encore là ! Nous vivons encore, nous sommes encore debout, rien d’irréparable ne s’est produit. Je me demande s’il est vrai qu’il est passé facilement ou si, parce que nous en voyons le bout, nous avons l’impression trompeuse qu’il a finalement été supportable. (Hélas ! tout est supportable.) Si, le 1er mars, quelqu’un nous avait dit qu’au cours du printemps la Bulgarie serait occupée, la Yougoslavie anéantie, la Cyrénaïque à nouveau cédée, la Grèce vaincue, la Crète évacuée, peut-être la perspective de tant de défaites nous aurait-elle paru désastreuse. Mais aujourd’hui, après coup, tout cela a perdu de son importance. Au fond, encore et toujours, la seule chose qui compte, c’est que nous restions debout. Aussi longtemps que l’Angleterre ne capitule pas, on peut espérer.” (Mihail Sebastian, Journal 1935-1944)

Vie professionnelle (fin).

C’est aujourd’hui que je passe du statut de salarié à celui de pensionné. Je l’ai espérée, attendue, rêvée, cette date du 1er juin, l’imaginant comme une rupture succédant à une litanie de dernières fois que je me voyais célébrer comme autant de pas en avant vers la libération finale : c’est la dernière fois que je prends le 7 heures 43, c’est la dernière fois que j’assiste à un conseil de classe, la dernière fois que je lis ce texte ou vois ce film, la dernière fois que je subis ce butor ou cette pintade, c’est ma dernière copie, ma dernière sieste sur ma chauffeuse, c’est mon dernier cours. Mon opération et ses suites auront empêché cette rupture et cette litanie, qui m’aurait sans doute attristé. J’ai gagné une année sur le programme prévu, une année pas toujours facile à vivre mais c’est toujours bon à prendre. Je ne me suis jamais illusionné sur un changement de vie radical : je n’ai pas de projet – à part celui, peut-être, d’acheter un téléphone de poche mais je ne sais pas vraiment ce que j’en ferais –, je n’ai pas d’envie de voyager, de déménager, de me mettre au triathlon ou à l’aquarelle. Et j’ai bien fait : le temps passé au boulot devenu vacant a été rapidement rempli sans que mon mode de vie en soit particulièrement affecté. Je ne me lève pas plus tard, je ne lis pas plus de livres, je ne vois pas plus de films, je n’ai pas pris de poids, je me rase et je change de chemise tous les matins. L’emploi du temps a cependant changé, le début de ma période d’inactivité ayant coïncidé avec le déclin rapide de la santé physique et morale de nos parents, à Caroline et à moi. L’un d’eux nous a quittés récemment, les autres nécessitent une attention et un soin qui nous accaparent durablement, ça suffit pour l’instant à meubler nos existences.

caricature d’élève, année scolaire 2020-2021

Lecture.

Brassens : des souvenirs trop beaux pour moi (Agathe Fallet, Éditions des Équateurs, 2021; 128 p., 18 €).                               

Dans Étonnez-moi Benoît, l’émission qu’il présente sur France Musique, Benoît Duteurtre invite régulièrement des chanteurs et chanteuses du temps passé à raconter leurs souvenirs. Agathe Fallet n’est pas chanteuse mais suite à son mariage avec René Fallet en 1956, elle a côtoyé toute sa vie ce qui se faisait de mieux dans le genre, à commencer par Georges Brassens, le meilleur ami de l’écrivain. À plusieurs reprises, j’ai suggéré à Benoît Duteurtre de faire venir Agathe Fallet à son micro. Las, il a fait, jusqu’à ce jour, la sourde oreille et si jamais il se décidait à changer d’avis, il ferait bien de se hâter : Agathe est née en 1939 et n’est pas éternelle. Heureusement, elle a pris les choses en main et s’est décidée à confier dans un livre quelques bribes de cette époque. Photos et souvenirs inédits, touchants, d’une jeune fille puis d’une femme qui devait se pincer pour croire à la place “unique et privilégiée” qu’elle occupait dans ce milieu. Brassens est mort en 1981, Fallet est mort peu après, Agathe a toujours bon pied bon œil et j’ai hâte de la retrouver, comme chaque année, à Jaligny-sur-Besbre (Allier) à l’occasion du Prix René-Fallet qui sera décerné dans une dizaine de jours.

JEUDI. 

Brève de trottoir.

          Presse.

Et ça ne fait pas deux jours que je suis parti…

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Vestiges postaux, photos de l’auteur.

Cindré (Allier), 27 décembre 2020

Anzême (Creuse), 6 août 2021

SAMEDI.            

Films vus.

  • Demain tout commence (Hugo Gélin, France – R.-U., 2016)
  • Tout nous sépare (Thierry Klifa, France, 2017)
  • L’Héritier des Mondésir (Albert Valentin, France – Allemagne, 1940)
  • No Sudden Move (Steven Soderbergh, É.-U., 2021)                             
  • Mensonges et trahisons et plus si affinités… (Laurent Tirard, France, 2004)                             
  • Enragé (Unhinged, Derrick Borte, R.-U. – É.-U., 2020)                             
  • La Captive aux yeux clairs (The Big Sky, Howard Hawks, É.-U., 1952).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 mai 2012

Lodève (Hérault), photo de Jean-Damien Poncet, 23 septembre 2020

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

4 juillet 2021. 108 km. (40 868 km).

90 habitants

Au sommet du village, au milieu des tables de pique-nique, un monument pimpant, à l’ombre des tilleuls. La fontaine fait glouglou, les bacs ne sont pas fleuris mais plantés de figurines animales aux couleurs vives (perroquet, grenouille, flamant rose…). On s’attendrait presque à trouver sur l’obélisque une citation du genre “Ah Dieu que la guerre est jolie” ou “Les obus jouaient à pigeon vole” mais il n’en est rien.

La commune de Serocourt reconnaissante

Aux morts

Pour la Patrie

1914-1919

Guerre 1914-1919

BOULANGER Gabriel

BARRAT Clément

VALANTIN Émile

LECLERC Éloi

BOURGEOIS Achille

ROLIN Georges

LINARD Jules

BOURCIER André

GÉNION Ernest

COLLOT André

Guerre 1939-1945

COLLIN Lucien            

Poil et pellicule.

Le Mouton enragé (Michel Deville, France – Italie, 1974)

Bon dimanche,

Philippe DIDION