10 juillet 2022 – 978

DIMANCHE.

Lecture.

Dernier arrêt avant l’automne (René Frégni, Gallimard, coll. Blanche, 2019; 176 p., 16,50 €).

Je crois avoir tout lu de René Frégni, depuis la révélation des Chemins noirs (1988) jusqu’à L’Été (2002). Après, je l’ai laissé tomber, sans trop savoir pourquoi, pas par lassitude en tout cas, je ne pense pas qu’il m’ait jamais déçu. Les hasards des rencontres de boîtes à livres l’ont remis sur ma route avec ce Dernier arrêt et je l’ai retrouvé avec plaisir. En vingt ans, il n’a pas changé, ni dans son écriture, ni dans ses sujets, ni dans son procédé qui consiste à se mettre lui-même en scène sous les traits d’un narrateur transparent, partant de situations autobiographiques pour bâtir une fiction. Il est ici embauché par le mystérieux propriétaire d’un monastère abandonné, chargé de nettoyer et débroussailler les abords du lieu. Un lieu perdu dans la campagne dans lequel il s’installe en espérant tirer un livre de cette expérience, jusqu’à ce qu’un fait divers vienne troubler cette existence virgilienne. C’est un plaisir de renouer avec René Frégni et ses thèmes, son humanité et son amour pour la Provence que je ne peux partager que par la littérature, ayant dans ce pays connu trop de bonheurs pour vouloir y retourner un jour.

LUNDI.

Lecture.

Jean Gabin : L’Homme aux yeux bleus (Noël Simsolo, Vincenzo Bizzarri, Glénat, coll. 91/2, 2021; 212 p., 25,50 €).

Les ouvrages de cette collection consacrés à Lino Ventura et à Patrick Dewaere racontaient la vie de ces acteurs suivant un parcours sinueux en jouant avec la chronologie, en mélangeant les époques. Ce n’est pas le cas ici, peut-être à cause de la présence au scénario de Noël Simsolo, historien rigoureux du cinéma. On suit donc Gabin pas à pas, année après année, film après film, et c’est un peu monotone. Heureusement, quelques échappées en dehors du cinéma, sur son ambition de n’être plus qu’un gentleman farmer en Normandie, cassent un peu ce rythme répétitif.

MARDI.

Courriel.

Une demande d’abonnement aux notules.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

À Julia Ward Howe

“6 juillet [1882]

Augusta, Géorgie

Ma chère Mrs. Howe, Mon projet actuel est d’arriver de Richmond à New York mercredi soir et de partir le soir même pour Newport, afin de vous voir jeudi matin et de rester chez vous, si vous voulez bien de moi, jusqu’à samedi. J’ai une énorme malle et un valet, mais il ne faut pas qu’ils vous dérangent. Je peux les envoyer à l’hôtel. Comme on s’encombre en voyage ! Il n’est pas dans la bonne harmonie des choses que je possède un carton à chapeaux, un secrétaire, une trousse de toilette, une malle, une valise et un valet qui me suivent toujours. Je m’attends quotidiennement à ce que la foudre tombe sur moi, mais les dieux sont endormis : je ferais peut-être mieux de ne pas parler d’eux, de peur qu’ils ne m’entendent et ne se réveillent. Mais qu’aurait dit Thoreau de mon carton à chapeaux ! Ou Emerson, de la taille de ma malle, qui est gigantesque ! Pourtant je ne peux voyager sans Balzac ni Gautier et ils tiennent tant de place ! Mais, tant que je peux m’amuser à dire des inepties aux fleurs et aux enfants, je n’ai pas peur du luxe dépravé d’un carton à chapeaux. […]

OSCAR WILDE.” (Oscar Wilde, Lettres)

JEUDI.

Vie professionnelle (fin finale).

Pour ce dernier jour, mes collègues m’ont aimablement invité à participer à leurs agapes de fin d’année scolaire. On boit, on mange, on chante, on me couvre de présents comme un sultan obèse, je prononce quelques mots sur le thème “des profs comme moi, on n’en fait plus et c’est tant mieux”, je martyrise une guitare qui ne m’avait rien fait, bref, on se paie une belle tranche de bon temps qui me permet d’échapper à la nostalgie que je redoutais et me rend simplement heureux. Pour un peu, je rempilerais.

VENDREDI.

Lecture.

L’Éducation de Nick Adams (suite) ou Nick Adams et la Grande Guerre (Ernest Hemingway, traduit de l’américain par Marcel Duhamel, Henri Robillot et Céline Zins, in “Œuvres romanesques I”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 186, 1966; 1882 p., 66 €). 

Nouvelles.                              

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Fumons un peu.

Ajaccio (Corse), photo de Jean-Damien Poncet, 2 novembre 2017

Talence (Gironde), photo de l’auteur, 23 octobre 2020

SAMEDI.            

Films vus.

  • Boulevard (Julien Duvivier, France, 1960)
  • Les Fantasmes (David & Stéphane Foenkinos, France, 2021)
  • Adiós (Paco Cabezas, Espagne, 2019)                             
  • L’Argent des autres (Christian de Chalonge, France, 1978)                             
  • La Dernière Séance (The Last Picture Show, Peter Bogdanovich, É.-U., 1971).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Chaumont (Haute-Marne), photo de Thierry Vohl, 3 juin 2012

Mortain (Manche), photo de Pierre Cohen-Hadria, 25 août 2020

Poil et plume.

“Mallarmé m’a raconté que Villiers ne voulait pas se faire peindre pour ceci : il craint que les peintres ne le trouvent pas beau comme il s’aime – entièrement frisé, hideux. Les grands jours, il passe sept heures chez le coiffeur.” (Henri de Régnier, Les Cahiers inédits 1887-1936)

Bon dimanche,

Philippe DIDION