4 septembre 2022 – 984

DIMANCHE.                   

Lecture.

Schnock n° 38 (La Tengo, mars 2021; 176 p., 15,50 €).

Henri Salvador.

La revue propose un “Top 15 capillaire” qui recense les éléments mythiques de la profession de coiffeur : fer à friser, sèche-cheveux, bigoudis, Pétrole Hahn, laque Elnett, etc. Dernier élément de la liste qui a bien sûr mis en alerte le notulographe : les jeux de mots.  “La liste des jeux de mots avec tifs est presque épuisée (“défini-tif”, les “inven-tifs”), comme celle en “hair”. Curieusement, personne n’a encore songé à “ça crin velu”, “tifs oïdes” ou “salon Hair aux tiques.” Patience…                                

Spéculations.Viridis Candela, 10e série, n° 2 (15 décembre 2021, 80 p., 15 €).

Numéro divers.

Où l’on apprend l’existence d’un livre au titre programmatique alléchant : “Découvrez le livre le plus ennuyeux au monde qui n’est ni stimulant ni intéressant, mais qui vous saoûle [sic] d’informations inutiles et vous endort en quelques lignes.” Intitulé plus sobrement Le Livre qui vous endort, l’ouvrage traite aussi bien des débuts de l’empire des Habsbourg que de l’artichaut à travers les âges. Son recenseur, sous un pseudonyme derrière lequel il m’a semblé reconnaître le notulien Alain Chevrier, souligne l’échec du programme présenté : loin de l’endormir, le bouquin a su éveiller son intérêt par la variété et l’originalité des sujets traités. Ce dont je ne doute pas un instant et m’a conduit à ajouter de suite l’objet à ma liste des livres à acheter.

H.P. Lovecraft : contre le monde, contre la vie (Michel Houellebecq, Éditions du Rocher, coll. Les Infréquentables, 1991, rééd. in “Michel Houellebecq 1991-2000”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2015; 1088 p., 30 €).

Lors de la sortie d’Anéantir, le dernier roman de Houellebecq, les critiques se sont presque autant attachés au contenant qu’au contenu, soulignant le fait que Michel Houellebecq avait lui-même supervisé le choix du format, du papier, des caractères, des couleurs de la couverture et du signet. Mais il n’en était pas à son coup d’essai dans ce domaine : ses deux volumes d’œuvres complètes, sortis chez Flammarion en 2015 avaient fait l’objet du même traitement personnel, annoncé par l’auteur dans son avant-propos : “J’ai participé à tous les choix, concernant sa fabrication. D’abord celui de la typographie […] mais aussi celui du papier, de sa couleur, de son grammage […].” On se doute que Flammarion, au vu des chiffres de vente, n’a pas dû opposer beaucoup de résistance aux désirs de l’auteur, d’autant que le résultat est plutôt réussi.

LUNDI.

Lecture.

Coup de chaleur (Heat, Ed McBain, 1981 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1886, 1982 pour la traduction française, rééd. in “87e District 5”, Omnibus, 2000, traduit de l’américain par Jean-Bernard Piat; 1374 p., 145 F).                          

Pour enquêter sur un suicide suspect, l’inspecteur Steve Carella fait équipe avec une autre figure bien connue du 87e District, Bert Kling. Mais celui-ci a d’autres soucis : sa femme, mannequin professionnel, semble bien arpenter avec résolution les voies de l’adultère. Kling se lance dans une enquête personnelle, non officielle, comme un vulgaire détective privé, enchaîne filatures et perquisitions illégales pour en avoir le cœur net. Et cette enquête parallèle, secondaire, s’avère beaucoup plus intéressante à suivre que l’autre. La vie sentimentale de Bert Kling, un des personnages les plus attachants de la série, est une succession de drames et d’échecs que l’on peut récapituler grâce au dictionnaire des personnages réalisé par Jacques Baudou en complément de cette édition intégrale : Le 87e District d’Ed McBain : Tout le monde est là. À ses débuts, Kling file le parfait amour avec Claire Townsend avant que celle-ci soit assassinée dans Le Sonneur; dans 80 millions de voyeurs, il rencontre Cindy Forrest mais les fiançailles sont rompues; dans Le Sourdingue, il rencontre la superbe Augusta Blair, le mannequin qui deviendra sa femme dans N’épousez pas un flic et qui le trompera dans Coup de chaleur, et ce n’est pas fini.                        

Curiosité. Lors de son enquête conjugale, Bert Kling tombe sur un couple, Franny et son petit ami, Frank Ziegler, surnommé Zooey. Petit clin d’œil d’Ed McBain à J.D. Salinger, auteur d’une paire de nouvelles rassemblées sous le titre Franny et Zooey en 1961.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

Vendredi 31 août [1979]

J’avais inauguré mon été de façon précautionneuse, en relisant : Tendre est la nuit, qui me touche plus que Gatsby, cette apologie bien amerloque de l’arrivisme, pour séduire une Zelda certes, mais celle-ci nous est plus proche ici; Le Portrait de Dorian Gray, qui est toujours du solide parmi les apparences, et ça m’a fait me souvenir de ce que j’ai lu il y a peu de Wilde, où on va à rebours, un de ses Poèmes en prose, publiés avec Le Portrait de Mr. W.H., l’histoire de l’artiste qui utilise le bronze de la Douleur qui dure à jamais afin de façonner la statue du Plaisir qui ne dure qu’un instant; enfin, Thérèse Desqueyroux, où Mauriac, impérial, se place dans la lignée de Racine pour l’évocation de ce cœur en prison, et dans la lignée de Pascal bien sûr, ce qui donne cet avant-propos édifiant afin d’atténuer l’effet du livre sur son public de croyants. C’est en trop.” (André Blanchard, Un début loin de la vie)

JEUDI.

Vie à terre.

Comme tel ancien président de la République, j’ai un ami qui a un bateau. Mon Bolloré à moi s’appelle François, c’est mon plus vieil ami, cela fait aujourd’hui cinquante ans que nous nous connaissons. Comme nous sommes du même âge et que nous sommes tout deux exemptés de service salarié, François m’a invité à l’accompagner sur son bateau pour voguer sur les flots atlantiques au cours de cette première quinzaine de septembre. La perspective de cette expérience, nouvelle pour moi, aura occupé et réjoui mon esprit tout l’été. J’ai acheté des bottes et un suroît, j’ai consulté atlas et portulans, j’ai enrichi mes faibles connaissances en oiseaux marins dans mon guide ornithologique, j’ai relu Robinson Crusoé, appris du vocabulaire pour éviter de confondre le rouf avec le deck, le coq avec le bosco, la misaine avec l’artimon, j’ai clamé et bramé à tous les vents ”Homme libre, toujours tu chériras la mer !” et “Je te salue, vieil océan !”, je me suis prémuni contre le scorbut et le vomito negro, je me suis nourri de pemmican et abreuvé de rhum frelaté, j’ai appris à chiquer comme un mataf, bref, je n’ai pensé qu’à ça pendant des mois. Mais les aléas climatiques sont passés par là : les écluses de la Vilaine, que devait emprunter le bateau pour gagner le large, sont fermées à cause de la sécheresse et la croisière est annulée. Je suis bien sûr déçu, mais pas trop : ce n’est que partie remise, il y aura d’autres occasions. Et puis, si je ne craignais que mon ami prenne ceci pour argent comptant, je pourrais dire que la perspective du voyage aura suffi à mon bonheur. Dès les notules 48 (17 février 2002), je disais préférer “l’idée de vacances aux vacances elles-mêmes. Les meilleurs moments des vacances : la rédaction des listes de choses à emporter, l’établissement de l’itinéraire, le choix des livres, le voyage, la découverte et l’investissement d’un lieu, la première nuit, le premier matin où l’on prend ses marques et découvre le fonctionnement de la cafetière autochtone dans le silence de l’aube… Après, c’est la routine, une autre forme de routine mais la routine tout de même.”

VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Avec l’accent.

Grenoble (Isère), photo de Jean-Damien Poncet, 15 septembre 2021

Liège (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 4 octobre 2017

SAMEDI.            

Films vus.

  • Rouge (Farid Bentoumi, France – Belgique, 2020)
  • Naïs (Raymond Leboursier, Marcel Pagnol, France, 1945)
  • Et Satan conduit le bal (Grisha Dabat, France, 1962)
  • Les Volets verts (Jean Becker, France, 2022)
  • Six Minutes to Midnight (Andy Goddard, R.-U., 2020)
  • Le Grand McLintock (McLintock!, Andrew V. McLaglen, É.-U., 1963).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Beaugency (Loiret), photo de Pierre Cohen-Hadria, 9 juillet 2012

Beaune (Côte-d’Or), photo de Jean-Damien Poncet, 27 décembre 2016

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

21 novembre 2021. 144 km. (41 370 km).

646 habitants

Le 28 octobre 2007, l’IPAD nous conduisait à Brancourt, une ancienne commune qui fusionna avec Fruze, Saint-Élophe et Soulosse pour former celle de Soulosse-sous-Saint-Élophe. Le monument consacré aux morts de ce regroupement se trouve sur le territoire de Brancourt. Je l’avais alors photographié et j’en avais recopié les noms, que l’on retrouvera dans les notules n° 431 du 24 janvier 2010. La liste n’a pas été modifiée. En comparant les deux photos, on ne remarque qu’un changement de couleur dans la grille qui ceint le monument.

Photo du 28 octobre 2007

Photo du jour            

Poil et pellicule.

L’Argent de poche (François Truffaut, France, 1976)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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