11 septembre 2022 – 985

N.B.

Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 25 septembre 2022.

MARDI.           

Lecture.

Mobylette (Frédéric Ploussard, Éditions Héloïse d’Ormesson, 2021;  416 p., 21 €).                         

Le passage de l’adolescence à l’âge adulte n’est pas une expérience facile, surtout en Lorraine semble-t-il. Marchant résolument sur les traces de Nicolas Mathieu, Frédéric Ploussard, régional de l’étape comme lui, nous en présente sa version en suivant les pas d’un jeune éducateur spécialisé témoin, après en avoir été victime, de toutes les misères sociales de la région. Après tout, il y a bien une école de Missoula, pourquoi n’y aurait-il pas une école de Briey ou de Villerupt. Pour le lecteur d’ici, il y a bien sûr l’intérêt de l’autochtone qui connaît les lieux et reconnaît ses habitants et leurs travers (délicieuse évocation des Vosgiens dégénérés, alcooliques et tueurs d’enfants) sous la loupe de l’auteur. Mais sur la selle de cette Mobylette, on ne va guère plus loin et on s’ennuie vite. L’auteur, défaut assez commun, a manifestement voulu mettre trop de choses dans son premier roman : souvenirs d’enfance, préoccupations sociales, intrigue policière, tout cela dans une langue qui se veut à la fois relâchée et élégante sans réussir à atteindre pleinement son but. Il y a des qualités chez ce romancier, malheureusement noyées dans la masse. Il lui aura manqué un vrai travail d’éditeur capable de le guider dans un sérieux travail d’élagage.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Élisabeth vient déjeuner. Je lui donne les Histoires désobligeantes avec ceci : “On ne choisit pas son parrain.”

Commencé difficilement un nouveau travail. Je vais parler des Fioretti.

On se bat furieusement sur la Somme. Le vent d’ouest nous apporte le bruit de la canonnade, qui doit être terrible, pour qu’on l’entende à une telle distance.” (Léon Bloy, La Porte des humbles, 7 septembre 1916)

Lecture.

Ulysse (Ulysses, James Joyce et Team Banmikas, East Press, coll. Manga de dokuha, 2009 pour l’édition originale, Soleil, coll. Manga, 2021 pour la traduction française, traduit du japonais par Sophie Piauger; n.p., 9,99 €).

À partir de 2007, l’éditeur japonais East Press a entrepris d’adapter en manga les œuvres de la littérature mondiale essentielles, universellement connues mais en réalité peu lues du fait de leur longueur ou de leur complexité. Certains titres de cette collection ont été traduits en français chez Soleil Manga, ce qui permet au lecteur pressé ou simplement économe de son temps d’avaler en une ou deux heures la Recherche, Le Capital, les poèmes homériques ou la Bible. Ulysse fait partie de cette collection. Un Ulysse raboté, simplifié, mais pas trahi : le résultat est tout à fait estimable. Bien sûr, des choix ont été faits, des scènes raccourcies ou supprimées (le monologue final de Molly Bloom par exemple) mais le chapitrage joycien est respecté, même si on ne retrouve pas non plus la couleur stylistique propre à chaque chapitre choisie par Joyce. On ne peut saisir tout le travail de l’auteur irlandais à cette lecture mais pour quelqu’un qui décide de s’embarquer dans l’odyssée dublinoise de Stephen Dedalus et de Leopold Bloom, le manga peut être un précieux compagnon de lecture, lecture qui peut être faite en parallèle avec celle du texte complet. Le pari n’avait rien d’évident au départ (tous les cinéastes s’y sont cassé les dents à part Manoel de Oliveira qui adapte l’ouverture d’Ulysse dans une séquence de Je rentre à la maison) mais il est tenu.

VENDREDI.                 

Lecture.

Le Livre des sœurs (Amélie Nothomb, Albin Michel, 2022; 198 p., 18,90 €).

Je termine cette lecture dans le dur qui nous emmène, Alice et moi, à Nancy où se déroule Le Livre sur la place, le gros barnum de la rentrée littéraire. C’est qu’Amélie Nothomb doit tenir une causerie en compagnie de sa grande sœur Juliette dans un salon de l’Hôtel de ville et que nous comptons bien y assister. Nous y sommes. On comprend mieux, à entendre les conversations dans la file d’attente et à suivre l’échange entre les deux frangines, ce qui fait le succès de l’Amélie. On loue partout sa disponibilité, son amabilité, sa gentillesse, sa lisibilité, et son propos, comme j’avais déjà pu le constater à l’écoute de nombreux entretiens radiophoniques, est encore une fois brillant, enjoué, intéressant. Amélie est aimable, on l’aime, c’est aussi simple que ça. À partir de là, le livre s’efface devant la personne et devient secondaire. Qu’importe si telle ou telle de ses productions annuelles se révèle un peu faiblarde ou paresseuse, le succès sera au rendez-vous. C’est le charme qui compte et je n’ai pas honte d’avouer que j’ai plaisir à y succomber. Il nous reste ensuite à aller saluer l’équipe des Refusés, qui m’a aimablement réservé une place dans le sommaire du dernier numéro de sa revue, et l’ami Thierry Beinstingel, venu présenter son Dernier travail,avant de rentrer at home à temps pour assister au concert enlevé des Fils Canouche. Il fera bon au lit.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Pas de pitié pour les marmots.

Huelgoat (Finistère), photo de Jean-François Toulorge, 11 août 2018

Bordeaux (Gironde), photo de Lucie Didion, 22 octobre 2021

SAMEDI.            

Films vus.

  • Old (M. Night Shyamalan, É.-U. – Japon – Chine, 2021)
  • Montparnasse – Pondichéry (Yves Robert, France, 1994)
  • La Page blanche (Murielle Magellan, France, 2022)
  • Tralala (Arnaud & Jean-Marie Larrieu, France, 2021)
  • Tre piani (Nanni Moretti, Italie – France, 2021)
  • Revoir Paris (Alice Winocour, France, 2022).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Chevilly (Loiret), photo de Pierre Cohen-Hadria, 7 juillet 2012

Saint-Baldoph (Savoie), photo de François Golfier, 27 septembre 2018

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

5 décembre 2021. 103 km. (41 473 km).

214 habitants

Au chevet de l’église, un monument neuf (“Création France-Collombarium 06 03 44 36 16”), sans intérêt, que je me refuse à décrire. D’ailleurs, l’appareil photo n’en veut pas non plus, il ne réalise que des clichés flous. Les noms sont sur deux colonnes, séparés par une flamme stylisée.

   Colonne de gauche :

1914

GRANDJEAN Louis

RACLOT Robert

BARTHÉLEMY Henri Cal

ROBIN Paul

GIRARDIN Adrien

BERARD Paul

COLLIN Albert

BOULANGIER Georges Cal

JALLET  Henri

GÉRARD Gustave

GUERIOT Henri Cne

Colonne de droite :

1918 TOCQUART Émile Cal

BLIN Charles

HENRY Alcide Ss/Lnt

RACLOT André

THIÉRY Paul

RACLOT Georges Cal

BRENEL Jules

BRENEL Charles

VIVIERS Albert

VIVIERS Marcel

COLLIN Émile

Poil et pellicule.

Volver (Pedro Almodóvar, Espagne, 2006)

Bon dimanche,

Philippe DIDION