25 septembre 2022 – 986

N.B.

Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 16 octobre 2022.

DIMANCHE.

Bestiolaire domestique.

Identification d’une drosophile. Ce travail d’identification est devenu beaucoup plus facile depuis que j’ai acquis mon téléphone de poche. J’ai en effet installé, pour un prix raisonnable, une application de reconnaissance d’insectes dont l’efficacité me stupéfie. Après avoir passé des heures à compter, à la loupe, les points sur les dos des coccinelles et les segments sur les corps des libellules, à feuilleter les guides Delachaux, à hésiter, à trancher sans certitude, c’est merveille de n’avoir plus qu’à soumettre une photo à l’outil pour connaître en quelques secondes à quelle bestiole on a affaire. Outil efficace mais pas infaillible : j’ai pu constater des erreurs, il faut toujours vérifier. Moralité : mes guides sont toujours à portée de main.

Lecture.

Histoires littéraires n° 84 (Du Lérot éditeur, octobre-novembre-décembre 2020; 192 p., 25 €).

Le bestiaire de Grandville – La Prima Donna et le garçon boucher – Edmond Rostand – Guinoiseau – Charles Baudelaire – Michel Butor – Paul Otchakovsky-Laurens.

Monsieur Vénus (Rachilde, Auguste Blancart éditeur, 1884, rééd. Gallimard, coll. L’Imaginaire n° 738, 192 p., 11 €).

Les temps changent. Jusqu’à une époque récente, lorsqu’on trouvait le nom de Rachilde, ce n’était que pour mentionner qu’elle avait été l’épouse d’Alfred Vallette et qu’à ce titre elle avait bien connu Jarry, Léautaud et autres grands noms du Mercure de France alors dirigé par son mari. On avait oublié qu’elle écrivait aussi. Aujourd’hui, on la réédite et les textes de présentation de ses romans ne parlent même plus de ses fréquentations masculines. On découvre donc enfin Rachilde en tant qu’auteure à temps complet, notamment de ce Monsieur Vénus, son titre le plus connu car auréolé d’un parfum de scandale. Rachilde y développe en effet de façon plutôt crue pour l’époque son thème de prédilection, l’inversion des genres, illustrée par ce titre ambigu. On y suit les tribulations et galipettes d’un couple dont les membres ne s’épanouissent qu’en revêtant les oripeaux et en adoptant les gestes du sexe opposé à celui de leur naissance. L’homme devient femme, la femme devient homme, voilà qui fait aujourd’hui résolument moderne. C’est donc une œuvre importante dans l’histoire littéraire et dans l’histoire des identités sexuelles. Son intérêt s’arrête là : c’est un texte qui a terriblement vieilli, devenu presque illisible par ses afféteries fin-de-siècle et son style ampoulé à l’excès. 

Curiosité. Le nom “sport” apparaît, selon le Trésor de la langue française, en 1828. L’adjectif “sportif” le suit en 1862. On le trouve dans Monsieur Vénus mais Rachilde utilise aussi une forme disparue en évoquant une “fête sportique”.

LUNDI.

Lecture.

Madame Edwarda (Georges Bataille, Éditions du Solitaire, 1941, rééd. in “Romans et récits”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 511, 2004; 1410 p., 68 €).

MARDI.           

Obituaire.

”Je fais rater une prise de vue. J’étais censé parler et me retourner pour prendre une coupe. Je ne vois pas venir la serveuse – je lui tournais le dos – et il faut recommencer. Bien ennuyé. Nous rentrons à l’hôtel. Je suis devant l’ascenseur lorsque, gentiment, on me bouscule, comme un gosse. C’est Jean-Luc Godard, pour effacer, je suppose, le souvenir de la prise ratée, par ma faute. » (Pierre Bergounioux sur le tournage de Notre histoire de Jean-Luc Godard, Carnets de notes 2001-2010)MERCREDI. 

Éphéméride.

Mardi 14 septembre [1954]

Qu’il était charmant lorsqu’il racontait sa première aventure ! (Je n’aime pas beaucoup ce mot, parce qu’autrefois j’entendais critiquer certaines personnes “qui avaient des aventures”. Mais j’ai tort, il faut que je réagisse : c’est très bien d’avoir des aventures, et ceux qui m’ont sali ce mot devraient justement regretter de n’en avoir pas.)” (Jacques Brenner, Journal, tome II : À Saint-Germain-des-Prés 1950-1959)

VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

On ne joue pas avec la nourriture.

Document transmis par Alain Zalmanski, octobre 2020

Trentemoult (Loire-Inférieure), photo d’Alain Nowak, 7 septembre 2019

Vie en Creuse.

Nous sommes à Guéret depuis hier soir. Je ne sais quand ni comment M. Macron l’a appris, toujours est-il qu’il s’est empressé d’essayer de nous voler la vedette en programmant une visite éclair en Creuse à l’occasion des Journées du patrimoine. Qu’à cela ne tienne, puisque le centre-ville nous est interdit, nous nous dirigeons vers les faubourgs, plus précisément le bâtiment des Archives départementales de la Creuse qui abrite, voyez l’aubaine, une exposition sur les monuments aux morts du département. Exposition bien faite et dont deux volets m’attirent particulièrement : la présence de deux grands panneaux rassemblant tous les monuments du département classés, hommage au notulographe, par ordre alphabétique, et la dimension statistique du travail qui permet d’apprendre que 84 % des monuments sont construits en granite, qu’un Poilu figure sur 21 % d’entre eux, que 81 % possèdent encore un entourage (grille, clôture…) et autres choses essentielles. L’après-midi, une fois le calme revenu et le couple présidentiel envolé vers Aubusson, nous sommes aux Rencontres de Chaminadour pour écouter Arno Bertina parler de L’Afrique fantôme, puis Patrick Boucheron, Tiphaine Samoyault et Yannick Haenel échanger, de façon plutôt obscure, sur Bataille et Leiris.

SAMEDI.

Vie technologique.

Autant ne pas faire les choses à moitié : avec mon nouvel appareil, j’ai fait mon apparition sur les réseaux dits sociaux. En me demandant de quelle manière je pourrais bien contribuer aux débats enfiévrés qui y ont cours. Je n’ai pas la réactivité de ceux qui, trente secondes après l’annonce de la mort de la reine Elizabeth, trouvent de suite un commentaire à faire ou une photo à poster. Cette course incessante à la nouveauté ne fait que me conforter dans la lenteur archaïque qui règne dans la confection et la diffusion des notules. Cependant, il fallait bien que j’essaie d’alimenter la chose. De quelle manière ? Je ne vais quand même pas infliger ma fiole à ceux qui se seraient égarés sur mes pages, je n’ai pas de chien, pas de chat, mon coin de Creuse, je le garde pour moi et, dans les 985 numéros des notules déjà parus, il doit y avoir deux photos de mes filles – de dos. Finalement j’ai choisi de poster à un rythme hebdomadaire sur un réseau des photos de livres, sur un autre mes photos d’insectes, maintenant que j’ai plus de certitudes concernant leur identité. Nous sommes là dans le domaine extra-notulien mais voici, en guise d’exemple, ma livraison du jour :

Adieu à la Nouvelle Vague

Phalène hérissée (en son jeune âge), Saint-Jean-du-Marché (Vosges), 21 juin 2018

Films vus.

  • Une fille et des fusils (Claude Lelouch, France, 1965)
  • Le Joueur d’échecs (Schachnovelle, Philipp Stölzl, Allemagne- Autriche, 2021)
  • Rien que pour vos yeux (For Your Eyes Only, John Glen, R.-U., 1981)
  • Pourris gâtés (Nicolas Cuche, France, 2021).             

L’Invent’Hair perd ses poils.

New York (New York, É.-U.), photo de Michel-André Carton, 13 mars 2011

Paris (Seine), rue Biot, photo de Joachim Séné, 4 mars 2013

Poil et plume.

“À eux quatre, ils gagnaient bien leur vie, et M. Georges payait facilement les traites de cet appartement et de la boutique de coiffeur pour hommes qui se trouvait au rez-de-chaussée de la même maison, une maison toute neuve, à la porte d’Orléans. Mme Donzert, pardon, Mme Georges tenait la caisse de la boutique, et il y avait deux garçons. Elle aurait préféré continuer son métier de coiffeuse, mais le local ne s’y prêtait pas, et elle n’aurait pour rien au monde voulu contrarier en quoi que ce fût son mari. M. Georges était la gentillesse même, pimpant comme un coiffeur pour dames, grand et – qu’y faire ? – chauve.” (Elsa Triolet, Roses à crédit)

DIMANCHE.                  

Vie en Creuse.

Les Rencontres de Chaminadour se terminent aujourd’hui avec la traditionnelle parade derrière la limousine (sur sabots, pas sur roues) au son de l’orchestre New Orleans, la harangue pour la défense de la culture et de l’agriculture sous les fenêtres de la préfète, et le rassemblement devant la maison natale de Jouhandeau. Je dois dire que cette année, les rencontres m’auront laissé un peu sur ma faim. Nous n’y avons d’ailleurs pas été très assidus, désertant la salle plus souvent qu’à notre tour pour aller nous promener à Aubusson, visiter le petit théâtre de Guéret ou retrouver nos amis de Ladapeyre. Georges Bataille, je l’ai dit, ne fait pas partie de mes lectures familières, Jean-Pierre Salgas, prévu au programme et que je me faisais une joie de retrouver pour remuer nos souvenirs du séminaire Perec n’est pas venu, et j’avoue avoir été un peu agacé par les autres intervenants, leur entre-soi (le dernier feuilleton de Tiphaine Samoyault dans Le Monde des livres est bien sûr consacré à Yannick Haenel) et leurs retards systématiques. Aujourd’hui, la plupart sont déjà repartis et je retrouve mon plaisir intact, assorti de l’émotion qui m’étreint toujours au moment de quitter ces lieux. La prochaine fois, je ne viendrai peut-être que pour le départ.

LUNDI.          

Obituaire.

On enterre aujourd’hui la reine d’Angleterre, morte le 8 septembre dernier. Ce qui redonne de l’actualité à une ancienne notule : “La reine mère est morte le 30 mars. La cérémonie funèbre est prévue pour le 9 avril. La princesse Margaret, décédée le 9 février dernier, a été enterrée le 15. On peut reprocher beaucoup de choses aux Anglais mais on ne peut que s’incliner devant la qualité de leurs frigos.” (n° 55, 7 avril 2002)

MARDI.

Lecture.

La Mort a dit : peut-être (Boileau-Narcejac, Denoël, 1967, rééd. in « Quarante ans de suspense » vol. 2, Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Francis Lacassin, 1988; 1314 p., 120 F).

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Penne-du-Tarn, le 21 septembre 1963.

Cher fainéant,

Voici une nouvelle tranche d’andouille.

As-tu retrouvé le Chapeau à Musique d’Alexandre Pothey ? Il doit se trouver au mot Musique, mais évidemment on pourrait le mettre au mot Chapeau ou au mot Transports. Si tu ne remets pas la main dessus, j’en ai un double que je peux t’envoyer.

La suite suit.

Il y a longtemps que je dis que les seuls types sérieux, ponctuels et travailleurs sont les lettristes. En voici une nouvelle preuve : l’article de Lemaître sur le Pastiche Valéry réduit de moitié illico et sans barguigner.

Bien tien.

Noël” (François Caradec et Noël Arnaud, Correspondance incomplète 1951-1996)

JEUDI.                          

Lecture.

Au travail avec Eustache (making of) (Luc Béraud, Institut Lumière/Actes Sud, 2017; 272 p., 23 €).

Brève de trottoir.

VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

La vie des animaux.

Anzême (Creuse), photo de l’auteur, 5 août 2021

Bordeaux (Gironde), réserves du Muséum d’histoire naturelle, photo de Lucie Didion, 28 septembre 2021                 

Lecture.

Sengo 1. Retrouvailles (Areyo hoshikuzu 1, Sansuke Yamada, Enterbrain, 2014 pour l’édition originale, Casterman, 2020 pour la traduction française, traduit du japonais par Sébastien Ludmann; 184 p., 9,45 €).                 

Vie cinématographique.

Je revois aujourd’hui au cinéma La Maman et la Putain de Jean Eustache. La Maman et la Putain, c’est mon film, celui que je place en tête de tous les classements, mon film d’île déserte. 3 heures 40 au cours desquelles on fume 219 gauloises et on prononce 65 fois le verbe baiser. Un joyau. Découvert à la télévision grâce au ciné-club d’Antenne 2 en 1986, il m’a fallu attendre plus de trente ans pour le voir sur grand écran. C’était en mai 2017, et nous avions fait Lucie et moi le voyage à Paris pour assister à une projection donnée à la Cinémathèque en présence d’Isabelle Weingarten, une des actrices du film, chargée de la présentation. Quelques années plus tard, hasard ou prédestination, Lucie devait elle aussi présenter un film au cinéma Jean-Eustache de Pessac (Gironde), la ville natale du réalisateur.

SAMEDI.

Films vus.

  • Trafic en haute mer (The Breaking Point, Michael Curtiz, É.-U., 1950)                              
  • Graffiti (c.m., Julien Blanche, Nollan Laroque, France, 2021)                              
  • Chronique d’une liaison passagère (Emmanuel Mouret, France, 2022)                              
  • La Croisade (Louis Garrel, France, 2021)                              
  • Senso (Luchino Visconti, Italie, 1954)                              
  • The French Dispatch (Wes Anderson, Allemagne – É.-U., 2021)                              
  • La Maman et la Putain (Jean Eustache, France, 1973)                              
  • Capitaine sans peur (Captain Horatio Hornblower R.N., Raoul Walsh, R.-U. – É.-U. – France, 2021).

Lecture.

La Normandie et le Bas-Languedoc (André Gide, L’Occident, 1902, rééd. in “Souvenirs et voyages”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 473, 2001; 1468 p., 60,50 €).              

L’Invent’Hair perd ses poils.

Chinon (Indre-et-Loire), photo de Pierre Cohen-Hadria, 7 juillet 2012

Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), photo d’Élisabeth Chamontin, 27 décembre 2015

Poil et pellicule.

De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (The Effect of Gamma Rays on Man-in-the-Moon Marigolds, Paul Newman, É.-U., 1972)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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