20 novembre 2022 – 990

MERCREDI.                 

Éphéméride.

9 novembre 1943

“BAVARDAGES ENTRE AMIS

Mes chers compatriotes,

Je reviens ce soir bavarder quelques instants avec vous, simplement, comme on le fait entre amis qui ont mal, et qui essayent de bercer leur peine en la blaguant un peu.

J’espère que vous ne m’entendez pas trop mal. Par précaution, avant de prendre la parole au micro, j’ai avalé deux louches à café de lotion anti-brouillage. C’est un composé de laitance de rollmops, d’éphédrine adulte et de phosphore dénicotinisé. Il paraît que ça donne de bons résultats.

Comment allez-vous, mes chers amis ? Vous pouvez me répondre. Bien que votre voix ne puisse parvenir jusqu’à moi, je vous entends tout de même. Le cœur n’a-t-il pas des antennes qui le dispensent de tout autre mode de communication ? […]” (Pierre Dac parle aux Français : Textes lus à la radio)

JEUDI.

Lecture.

Une folie meurtrière (A Mind to Murder, P.D. James, Faber, 1963 pour l’édition originale, Fayard, 1988 pour la traduction française, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 6835, 1990, traduit de l’anglais par Françoise Brodsky; 320 p., s.p.m.).

Le détective poète Adam Dalgliesh, promis à une longue carrière sous la plume de P.D. James, est encore un débutant : il fait ici sa deuxième apparition, à l’occasion d’une enquête sur un meurtre commis dans une clinique privée. L’auteure est encore soumise au schéma agathachristien, avec un crime dans un lieu fermé où se trouve forcément le meurtrier, une succession d’interrogatoires propres à emmener le lecteur sur des fausses pistes et une révélation finale. Mais le nombre de suspects potentiels est trop élevé, on finit par se perdre dans leurs actions et motivations, la révélation qui met Dalgliesh sur la bonne voie est trop soudaine et le final s’avère décevant. Le personnage principal manque encore d’épaisseur et on suit ses efforts avec indifférence. P.D. James saura se montrer plus efficace par la suite.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Les facéties du bâtiment.

Mouvaux (Nord), photo d’Alice Didion, 12 juin 2021

Taintrux (Vosges), photo de l’auteur, 30 janvier 2022

Vie parisienne.

Francilienne plus exactement puisque nous sommes en banlieue. Et pas n’importe quelle banlieue, Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), pour une visite à l’exposition qui réunit les œuvres de Monet et de Joan Mitchell. Neuilly, on ne connaît que de réputation, ce n’est pas l’endroit où l’on va facilement traîner nos guêtres. D’où le sentiment de dépaysement ressenti à la découverte des lieux. Tout est différent ici, les rues, les immeubles, les voitures, les gens, les poubelles et leur contenu. Dans la file d’attente, les visiteurs, avec leur air hautain et leurs nippes chic, semblent tous venir du quartier, les ploucs égarés dans notre genre ne sont pas légion. Nul doute que si une gamelle de soupe devait être un jour jetée sur un tableau ici exposé, ce serait de la soupe aux truffes.

SAMEDI.             

Films vus.

  • L’Année de tous les dangers (The Year of Living Dangerously (Peter Weir, Australie – É.-U., 1982)                              
  • Deliver Us From Evil (Daman akeseo guhasoseo, Hong Won-chan, Corée du Sud, 2020)                              
  • Les Nus et les Morts (The Naked and the Dead, Raoul Walsh, É.-U., 1958)                              
  • Tout s’est bien passé (François Ozon, France – Belgique, 2021)             

L’Invent’Hair perd ses poils.

Condé-sur-Noireau (Calvados), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 juillet 2012

Flixecourt (Somme), photo de Bernard Visse, 14 juin 2013

Poil et pub.

Schnock n° 23, juillet 2017

DIMANCHE.

Lecture.

Les Bijoutiers du clair de lune (Albert Vidalie, Denoël, 1954; rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 411, 1959; 192 p., s.p.m.).

 Je ne connaissais Albert Vidalie qu’en sa qualité d’ami de René Fallet, je ne l’avais jamais lu. Pourtant, ce titre me disait quelque chose, grâce à son adaptation au cinéma par Roger Vadim avec Brigitte Bardot dans le rôle principal. Je ne sais pas ce que vaut le film, le livre, lui, est aisément oubliable. Passons donc sur le texte et intéressons-nous, comme on disait dans les études de lettres, au paratexte, soit à ce qui l’entoure. La quatrième de couverture reprend un extrait d’une critique parue dans L’Express, dans laquelle Georges Arnaud, l’auteur du Salaire de la peur, dit tout le bien qu’il pense du livre de son confrère. Livre dédié, comme par hasard, “À Georges Arnaud, mon copain”. Simple renvoi d’ascenseur, échange de bons procédés, on sait comment ça se passe. Mais il y a peut-être plus. On est en 1954. Georges Arnaud a réussi, grâce à ses succès de romancier, à faire oublier qu’il s’appelle en réalité Henri Girard et qu’il a été sous ce nom, au cœur d’une affaire judiciaire retentissante datant de 1941, le triple crime du château d’Escoire : accusé d’avoir tué à coups de serpe son père, sa tante et une domestique, Girard n’a dû son salut qu’au talent de son avocat, Maurice Garçon. Innocenté par la justice, Girard est resté coupable aux yeux d’une grande partie de l’opinion publique. On se souvient que dans La Serpe (2017), Philippe Jaenada a repris toute l’affaire pour arriver à la même conclusion que la justice. Or dans Les Bijoutiers du clair de lune, Albert Vidalie met en scène un nommé Lambert, lui aussi accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis. Meurtre perpétré à l’aide d’une binette, certes, mais cela n’empêche pas Lambert de se promener “balançant à bout de bras une serpe qu’il avait arrachée d’un billot en traversant la grange d’Urbain Delorme.” Coïncidence, peut-être. Mais je me plais à penser que Georges Arnaud ne fut pas insensible à cette histoire de faux coupable.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“16 novembre 1871

Vu hier soir à l’Odéon, de Glatigny, Le Bois. L’idylle était dans la salle, Verlaine me prenant ostensiblement par le cou. Frémissement des bourgeois. Et des gens que nous connaissons !” (Loïc Depecker, Journal de Rimbaud)

JEUDI.

Lecture.

Le Peuple de l’Abîme (The People of the Abyss, Jack London, Macmillan, 1903 pour l’édition originale, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 615, “Romans, récits et nouvelles I”, 2016 pour la traduction française, traduit de l’américain par Véronique Béghain; 1482 p., 62,50 €).

S’il n’en est pas l’inventeur du genre, Jack London se montre ici un pionnier du journalisme immersif en choisissant de partager pendant quelques semaines le sort des miséreux de l’East End londonien. Ayant revêtu le déguisement idoine, il plonge dans les bas-fonds, fréquente la soupe populaire, l’asile de nuit, les rues et les parcs, tout en prenant la précaution de louer un endroit sain pour travailler et se remettre de ses émotions. Car l’expérience est hallucinante : la misère, la famine, l’alcoolisme, la saleté, la promiscuité sont le quotidien d’un quart de la population d’une nation pourtant prospère, alors à la tête d’un immense empire. London ne parle pas que de lui, il observe, interroge, raconte des expériences individuelles glanées lors de ses rencontres. Sa compassion et son indignation ne sont pas feintes, il a connu lui aussi la misère en Amérique mais rien de comparable à ce qu’il voit en Angleterre. Au-delà des faits, il analyse, argumente, étudie les statistiques et, en bon auteur de “Comment je suis devenu socialiste”, accuse le système capitaliste à l’origine de cette situation.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Boîtes à lettres, fiction et réalité.

Jour de fête (Jacques Tati, France, 1949)

Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), photo de Jean-François Fournié, 10 avril 2005

SAMEDI.             

Football.                           

SA Épinal – FC Metz 0 – 1.             

Films vus.

  • Hot Fuzz (Edgar Wright, R.-U. – France – É.-U., 2007)                              
  • Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society, Peter Weir, É.-U., 1989)                              
  • Tromperie (Arnaud Desplechin, France, 2021)                              
  • Jeux d’espions (Hopscotch, Ronald Neame, É.-U., 1980)                              
  • You Look Fine (c.m., Katie Byford, R.-U., 2021)                              
  • L’Innocent (Louis Garrel, France, 2022)                              
  • La Pièce rapportée (Antonin Peretjatko, France, 2020)                             
  • Écoute voir… (Hugo Santiago, France, 1978).             

L’Invent’Hair perd ses poils.

Saint-Georges-Lagricol (Haute-Loire), photo de Christophe Hubert, 29 juillet 2012

Paris (Seine), rue d’Avron, photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 14 août 2013             

Poil et pellicule.

L’Enfant sauvage (François Truffaut, France, 1970)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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