7 août 2022 – 980

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Mardi 20 Juillet 1920

Elle m’attend le matin devant le Ministère des Affaires Étrangères, pour me mener à l’École des Beaux-Arts où nous allons examiner ensemble les Prix de Rome. Les sculptures sont pénibles à voir. Ce sont des figures tronquées, des pots à tabac. On ne voit plus rien des Lois éternelles de l’Art et pas davantage les symptômes d’un Art vraiment nouveau. C’est une décadence affreuse.” (Ferdinand Bac, Livre journal 1920)

VENDREDI.

Lecture.

L’Innocence et la Loi (The Law of Innocence, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2020 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2021 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 502 p., 21,90 €).

Michael Connelly arrive maintenant à tenir un rythme de deux romans par an, ce qui est proprement incroyable quand on connaît la taille de ces romans et la complexité de leurs intrigues. On a beau dire que c’est du polar industriel, fabriqué à la chaîne, ça laisse tout de même rêveur. On retrouve dans L’Innocence et la Loi l’avocat à la Lincoln, Mickey Haller, ici accusé de meurtre et choisissant, au cours d’un procès à rallonge, de se défendre lui-même, ce qui donne un roman de prétoire touffu, une promenade guidée tortueuse dans les arcanes du système judiciaire californien. Pour se défendre, Haller n’est pas seul : il utilise les compétences des membres de son cabinet, de son cercle d’amis, de sa famille (Harry Bosch, entre autres, son demi-frère, autre héros récurrent des polars de Connelly). Tout le monde s’emploie à faire aboutir l’enquête et le procès au bénéfice du personnage principal, et ça marche. L’auteur fait de même avec son livre. Contrairement à ce qui se produit dans la plupart des romans américains, la page de remerciements qui clôt le volume n’est pas inutile : elle mentionne tous ceux “qui l’ont aidé dans son travail de recherche, de rédaction et de correction”. Michel Connelly travaille comme Mickey Haller, en équipe, et il ne le cache pas car cela n’a rien de honteux. Alexandre Dumas faisait la même chose en son temps, avec le même résultat : le succès.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Urbanisme canin, photos de Jean-François Fournié.

Enter (Pays-Bas), 6 septembre 2019

Courtrai (Belgique), 26 septembre 2021

SAMEDI.            

Films vus.

  • Le Monde de John (John and the Hole, Pascual Sisto, É.-U., 2021)                             
  • Lui (Guillaume Canet, France – Belgique, 2021)                             
  • Teddy (Ludovic & Zoran Boukherma, France, 2020)                             
  • T’es un bonhomme ! (c.m., Sylvain Certain, France, 2017)                             
  • As bestas (Rodrigo Sorogoyen, Espagne – France, 2022)                             
  • OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire (Nicolas Bedos, France – Belgique, 2021).                           

L’Invent’Hair perd ses poils.

Port Sud-Est (Maurice), photo d’Antoine Fetet, 10 juin 2012

Rennes (Ille-et-Vilaine), photo de Bernard Visse, 28 juillet 2018

Vie en Creuse.

Nous y revoilà enfin, et bien heureux d’y être après un an de privation. De suite à la pêche, pour m’assurer que mon coude abîmé par ma chute hivernale ne m’empêche pas de lancer. L’expérience est rassurante, mon geste n’a rien perdu de sa force ni de sa grâce digne du Hulot de la grande époque.

Poil et pellicule.

La Fille sur le pont (Patrice Leconte, France, 1999)

DIMANCHE.

Lecture.

Guerre (Louis-Ferdinand Céline, Gallimard, coll. Blanche, 2022; 192 p., 19 €).

Laissons de côté les conditions dans lesquelles la liasse d’inédits de Céline, dans laquelle figurait ce texte, a été retrouvée et mise à la disposition de Gallimard. Laissons de côté le souci de Gallimard de présenter Guerre comme une œuvre autonome, ce qui est plus vendeur que d’en faire une simple chute de Voyage au bout de la nuit. Laissons de côté la faiblesse des arguments avancés par François Gibault dans son avant-propos pour prouver que les chapitres de Guerre ont été écrits après la publication du Voyage. Laissons de côté enfin, même si c’est plus dur à avaler, le silence total fait par les éditeurs du texte sur les écrits antisémites de Céline. Gibault parle bien de Sigmaringen et du Danemark sans évoquer à un seul moment ce qui a bien pu amener Céline à séjourner en ces lieux. Le tourisme sans doute. Ça fait pas mal de choses à mettre de côté, c’est sûr, mais voyons ce qui reste : le texte. Et là, on s’incline. C’est du meilleur Céline, celui d’avant-guerre, d’avant les tics des phrases hachées ponctuées systématiquement de manière exclamative ou suspensive. Du meilleur Céline sur son meilleur sujet, la guerre, celle de 14 revécue ici après sa blessure qui le conduit à l’hôpital d’Hazebrouck. Un feu d’artifice de trouvailles, de violence, d’érotisme dont la lecture, assortie de toutes les réserves exposées plus avant, laisse pantois.

Bestiolaire de la Creuse.

Identification d’une Fiancée et d’une Punaise arlequin.

LUNDI.

Bestiolaire de la Creuse.

Identification d’un Soufré.

MARDI.

Extrait de mon journal de bord.

“Mardi 26 juillet 2022, Ladapeyre, 18 heures 41. Profité de l’orage pour bien avancer hier soir sur l’ordinateur. Reçu des photos de notuliens, mes réponses sont bien parties. Mis les notules à jour, travaillé sur l’archivage. Pêché un peu après 20 heures, la pluie avait cessé mais ce n’était pas agréable, surpris un chevreuil au retour. Croûté un riz aux courgettes, fait trois parties de Cluedo. Lu Houellebecq, entendu une petite chouette. Il y a encore deux ou trois ans, il était impossible de se tenir sur la terrasse à la tombée de la nuit à cause des insectes attirés par la lumière. C’est fini : ce soir, à part l’attaque d’un gros Bombyx du chêne et le vol de quelques maigres phalènes, c’est le calme plat. De jour, constaté que les criquets et sauterelles avaient quasiment disparu. Fait le tour de l’étang la nuit venue, toujours pas de vers luisants. Mieux dormi que la veille. Levé à 7 heures 15, 12°, nuages. Déjeuné dehors, travaillé sur Films vus (à jour) et sur l’archivage avant de partir à la pêche. Vu passer sous mon nez d’énormes carpes serrées comme des porte-conteneurs dans le détroit d’Ormuz. Pris un beau gardon, pas deux. Écrit aux L. et aux D., appelé les parents, Céline devait passer cet après-midi. Lu les hebdos, noirci quelques cases de Laclos. Fait les courses à l’Intermarché, lu La Montagne au retour. Eu des nouvelles de Châtel, c’est OK pour le déménagement vers un EHPAD d’Épinal, ce sera plus facile pour tout le monde. Croûte en terrasse, suivie d’une excellente sieste. Michel nous avait parlé d’un pont suspendu sur la Tardes, au bout d’un barrage hydroélectrique, décidé d’aller y faire un tour. Passé près de l’étang des Landes, revu Chambon-sur-Voueize et Évaux-les-Bains avant d’atteindre ce pont de Saint-Marien. Bel ouvrage, impressionnant, interdit à la circulation, plancher de chêne abîmé. Marché jusqu’à la chapelle de Sainte-Radegonde, seul vestige, avec quelques pierres tombales, d’un village disparu. Site magnifique qui, situé dans le Gard ou en Ardèche, serait pris d’assaut avec parking payant et baraques à frites. Là, nous avons dû croiser une dizaine de pèlerins, on n’est pas dans le surtourisme. Trois jeunes venus de l’Allier plongeaient dans l’eau depuis le pont, téméraires. Lu Le Monde et Vosges Matin dans l’auto sur le chemin du retour.”

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Mercredi 26 juillet 1876 – jeudi 27 juillet 1876

C’est bizarre, avant-hier je me suis couchée et, jusqu’à ce que je me fusse endormie, je voyais toujours la figure d’Antonelli se dégager comme une ombre derrière la massive masse de Cassagnac.

Enfin, hier à sept heures du matin nous avons quitté Paris.

Pendant le voyage je me suis amusée à donner une leçon d’histoire à Chocolat et ce brigand, grâce à moi, a une idée des anciens Grecs, de Rome gouvernée d’abord par des rois, puis en république et enfin en empire, comme la France, et de l’histoire de France à partir du roi auquel on a coupé le cou. Je lui ai expliqué les différents partis qui existent à présent et Chocolat est au courant de tout, il sait même ce que c’est qu’un député. Je lui racontais et le questionnais ensuite.” (Marie Bashkirtseff, Journal 10 mai 1876 – 16 août 1876)

JEUDI.         

Volière de la Creuse.

Identification d’une Mésange à longue queue.

VENDREDI.                 

Bestiolaire de la Creuse.

Identification d’un Hélophile suspendu.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Cubisme des rues, photos de l’auteur.

Sans-Vallois (Vosges), 26 juillet 2020

Talence (Gironde), 14 mai 2021

SAMEDI.            

Bestiolaire de la Creuse.

Identification d’un Nécrophore fossoyeur.            

Films vus.

  • Belle et Sébastien (Nicolas Vanier, France, 2013)                             
  • La Nuit du 12 (Dominik Moll, France – Belgique, 2022).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Nantes (Loire-Inférieure), photo de Christine Gérard, 8 avril 2012

id., photo de Christophe Hubert, 16 mars 2014

Poil en plein hair.

Paris (Seine), boulevard de Port-Royal, 13 mai 2019

id., rue Delambre, 18 novembre 2019, photos de Martine Sonnet

DIMANCHE.                  

Lecture.

Anéantir (Michel Houellebecq, Flammarion, 2022; 736 p., 26 €).

C’est un Houellebecq bien assagi qu’on retrouve trois ans après Sérotonine : plus d’attaques frontales contre telle ou telle entité religieuse, sociale ou géographique, plus d’attaques ad hominem contre tel ou tel personnage public, plus de scènes de sexe interminables. Assagi pour ne pas dire affadi : le roman, qui démarre comme un thriller politique avec une succession d’attentats inexplicables, tourne vite à l’histoire familiale et se termine dans la romance avec le récit d’une relation de couple dont l’un des membres, dans la pure tradition du mélodrame, se sait promis à une mort prochaine. L’écriture elle-même est plate, morne : lu par Élisabeth Borne, Anéantir rencontrerait un gros succès sous forme de livre audio dans le rayon relaxation – bien-être. Assagi, affadi, mais pas inintéressant : Houellebecq a toujours été un assez fin analyste des conditions politiques et des phénomènes de société de notre époque, il n’a pas perdu ce talent. Anéantir n’est pas une purge, la lecture est fluide, agréable, mais on ne peut s’empêcher de préférer le Houellebecq d’avant, plus punchy, avec ses provocations et ses excès.

LUNDI.

Bestiolaire de la Creuse.

Identification d’une Citronnelle rouillée.

MERCREDI.                  

Éphéméride.

À Victor Duruy

“[Paris,] 3 août 1863.

Monsieur le Ministre,

Je sollicite de Votre Excellence une entrevue dans un délai que votre bienveillance rendra sans doute aussi bref que possible.

Je suis au moment de quitter la France pour quelque temps, dans le but de donner dans des cercles étrangers des conférences publiques sur des sujets relatifs à la peinture et à la littérature.

Je prie Votre Excellence de vouloir bien agréer l’assurance de mon profond respect.

Bien à vous,

CHARLES BAUDELAIRE.

22, rue d’Amsterdam.

Auteur des Fleurs du mal,

des Paradis artificiels, etc., etc., etc.,

et traducteur des œuvres d’Edgar Poe.” (Correspondance)

Lecture.

L’Orphelin (Pierre Bergounioux, Gallimard, coll. Blanche, 1992; 186 p., 17,15 €).

En 1992, Bergounioux fait toujours figurer la mention “roman” à la suite du titre sur la couverture de ses livres. Ça ne durera plus très longtemps. Déjà, il a renoncé aux artifices destinés à masquer maladroitement le caractère purement autobiographique de ses livres, ne s’embarrasse plus de faux noms, de camouflages fictionnel. L’Orphelin est une pure introspection personnelle et ne s’en cache plus : il s’agit de faire le bilan des relations de l’auteur avec son père, de régler son compte à ce dernier : “Mon père n’ayant pas eu de père ne pouvait pas non plus avoir de fils. Il était le fils de personne. Il lui était interdire de devenir le père de quelqu’un.” C’est rude, même si Bergounioux explique cette impossibilité par les circonstances géographiques, sociales et historiques qui lui sont coutumières. C’est rude et ce ne sont pas les dernières pages qui racontent une brève réconciliation et une compréhension mutuelle finale qui changent la donne. Bergounioux a attendu que son père soit mort pour écrire ce livre; il me semble avoir lu quelque part qu’il le regrettait, qu’il pensait qu’il n’aurait pas dû le faire. On n’est pas loin de penser la même chose : jamais l’écriture de l’auteur n’a été aussi tortueuse, sa compréhension difficile, le cheminement de sa pensée obscur. Il fallait cependant le faire, il fallait l’écrire, il fallait le lire, pour solder les comptes et passer à autre chose.

VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Fashion week.

Bar-sur-Aube (Aube), photo de Jean-François Fournié, 7 mai 2019

Binic (Côtes-du-Nord), photo de Bernard Bretonnière, 30 mars 2019

SAMEDI.             

Films vus.

  • Midnight Special (Jeff Nichols,É.-U., 2016)                              
  • Les Nuits de Mashhad (Holy Spider, Ali Abbasi, Danemark – Allemagne – Suède – France, 2022).

Lecture.

Vers chez les blancs (Philippe Djian, Gallimard, coll. Blanche, 2000; 380 p., 125 F).             

Vie en Creuse (fin).

Retour aux affaires vosgiennes sans regret (j’ai fini par trouver un ver luisant) ni appréhension puisque cette fois la perspective d’une rentrée des classes ou d’une opération ne vient pas assombrir le tableau.             

L’Invent’Hair perd ses poils.

Montéléger (Drôme), photo de Sylvie Bernasconi, 9 mai 2012

Évian-les-Bains (Haute-Savoie), photo de Jean-Damien Poncet, 1er janvier 2016

Poil et plume.

“Personne n’avouant le moindre enthousiasme pour ce genre de sport, notre absence de chaleur parut incendier le colonel. “Vous, dit-il, se tournant vers un chic gars de la 1re compagnie, allez chercher une paire de ciseaux et coupez-moi les cheveux de ce jeune officier.”

– Est-ce un ordre, mon colonel ?

– C’est le désir de votre colonel; je ne saurais mieux dire.

– Parfait, mon colonel.

Et ce fut ainsi que, dans une atmosphère refroidie par la gêne, Hooper dut prendre une chaise et s’asseoir, tandis qu’on lui faisait sauter quelques mèches de la nuque. Dès le début de l’opération, je sortis de la pièce et plus tard, m’excusai auprès de Hooper de ce genre de réception. “Ce n’est pas dans les us et coutumes du régiment”, lui dis-je.” (Evelyn Waugh, Retour à Brideshead)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

17 juillet 2022 – 979

N.B.

Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 7 août 2022.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Depuis deux heures le candidat se creusait vainement la tête, lorsqu’il s’aperçut qu’autour de lui tout le monde copiait. Alors il passa de l’inquiétude à la terreur; il se dit qu’à côté des autres il ferait l’effet d’un âne; il se rappela qu’il avait gardé dans sa poche quelques résumés de physique; il y porta la main, les les sortit à moitié, se crut surveillé, rougit, jeta maladroitement une feuille par terre, fut emmené, fouillé, et exclu pour trois mois. […]” (Alain, Propos d’un Normand, 13 juillet 1907)                 

Lecture.

Histoires à faire peur (Your Share of Fear,Collectif, Davis Publications, 1982 pour l’édition originale, Pocket n° 2369, 1987 pour la traduction française, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : 100 autres histoires extraordinaires », Presses de la Cité, coll. Omnibus, 1995; 1224 p., 145 F). 

Nouvelles.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Toilettes champêtres, photos de Jean-François Fournié.

Marnay-sur-Marne (Haute-Marne), 9 octobre 2005

Condes (Haute-Marne), 2 juillet 2021

Lecture.

Le Sabotage amoureux (Amélie Nothomb, Albin Michel, 1993, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 13945, 2003; 128 p., 3,50 €).

Amélie Nothomb avait résisté à la tentation autobiographique pour son premier roman, elle y cède dès le second. Il faut dire que la vie mouvementée de ses premières années, au gré des affectations de son diplomate de père, a de quoi nourrir une œuvre. La voilà donc en Chine, pays aussi détesté que le Japon fut aimé, à l’âge de cinq ans, faisant son apprentissage amoureux au contact d’une jeune fille qu’elle vénère et qui la néglige. C’est du meilleur Nothomb, vif, drôle, dans lequel l’auteure sait trouver le bon équilibre entre la mise en avant de sa personne, autobiographie oblige, et sa mise à distance à l’aide de l’auto-ironie.

SAMEDI.            

Films vus.

  • Délicieux (Éric Besnard, France – Belgique, 2021)
  • Confessions d’un barjo (Jérôme Boivin, France, 1992)
  • I Know Her (c.m., Fawzia Mirza, É.-U., 2019)                             
  • El buen patrón (Fernando León de Aranoa, Espagne, 2021)                             
  • Un espion ordinaire (The Courier, Dominic Cooke, R.-U. – É.-U., 2020)                             
  • La Maison des sept jeunes filles (Albert Valentin, France, 1942)                             
  • The Desperate Hour (Lakewood, Phillip Noyce, É.-U., 2021)                             
  • Super 8 (J.J. Abrams, É.-U., 2011)                             
  • Rifkin’s Festival (Woody Allen, Espagne – É.-U. – Italie, 2021).             

L’Invent’Hair perd ses poils.

Paris (Seine), rue de Turbigo, photo de Pierre Cohen-Hadria, 6 juin 2012

Épinal (Vosges), photo de Lucie Didion, 15 novembre 2015

Poil et plume.

“À ce moment-là, Alice habitait avec ses parents dans un petit appartement deux chambres, quatre-vingts mètres carrés dans la rue des Combattants. Un petit appartement au premier étage, sans ascenseur, situé au-dessus d’un salon de coiffure qui s’appelait Inter Planet Hair et qui coiffait pour 15 ou 20 euros les hommes et les femmes de la rue des Combattants.” (Thomas Gunzig, Feel Good) Bon dimanche,

Philippe DIDION

10 juillet 2022 – 978

DIMANCHE.

Lecture.

Dernier arrêt avant l’automne (René Frégni, Gallimard, coll. Blanche, 2019; 176 p., 16,50 €).

Je crois avoir tout lu de René Frégni, depuis la révélation des Chemins noirs (1988) jusqu’à L’Été (2002). Après, je l’ai laissé tomber, sans trop savoir pourquoi, pas par lassitude en tout cas, je ne pense pas qu’il m’ait jamais déçu. Les hasards des rencontres de boîtes à livres l’ont remis sur ma route avec ce Dernier arrêt et je l’ai retrouvé avec plaisir. En vingt ans, il n’a pas changé, ni dans son écriture, ni dans ses sujets, ni dans son procédé qui consiste à se mettre lui-même en scène sous les traits d’un narrateur transparent, partant de situations autobiographiques pour bâtir une fiction. Il est ici embauché par le mystérieux propriétaire d’un monastère abandonné, chargé de nettoyer et débroussailler les abords du lieu. Un lieu perdu dans la campagne dans lequel il s’installe en espérant tirer un livre de cette expérience, jusqu’à ce qu’un fait divers vienne troubler cette existence virgilienne. C’est un plaisir de renouer avec René Frégni et ses thèmes, son humanité et son amour pour la Provence que je ne peux partager que par la littérature, ayant dans ce pays connu trop de bonheurs pour vouloir y retourner un jour.

LUNDI.

Lecture.

Jean Gabin : L’Homme aux yeux bleus (Noël Simsolo, Vincenzo Bizzarri, Glénat, coll. 91/2, 2021; 212 p., 25,50 €).

Les ouvrages de cette collection consacrés à Lino Ventura et à Patrick Dewaere racontaient la vie de ces acteurs suivant un parcours sinueux en jouant avec la chronologie, en mélangeant les époques. Ce n’est pas le cas ici, peut-être à cause de la présence au scénario de Noël Simsolo, historien rigoureux du cinéma. On suit donc Gabin pas à pas, année après année, film après film, et c’est un peu monotone. Heureusement, quelques échappées en dehors du cinéma, sur son ambition de n’être plus qu’un gentleman farmer en Normandie, cassent un peu ce rythme répétitif.

MARDI.

Courriel.

Une demande d’abonnement aux notules.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

À Julia Ward Howe

“6 juillet [1882]

Augusta, Géorgie

Ma chère Mrs. Howe, Mon projet actuel est d’arriver de Richmond à New York mercredi soir et de partir le soir même pour Newport, afin de vous voir jeudi matin et de rester chez vous, si vous voulez bien de moi, jusqu’à samedi. J’ai une énorme malle et un valet, mais il ne faut pas qu’ils vous dérangent. Je peux les envoyer à l’hôtel. Comme on s’encombre en voyage ! Il n’est pas dans la bonne harmonie des choses que je possède un carton à chapeaux, un secrétaire, une trousse de toilette, une malle, une valise et un valet qui me suivent toujours. Je m’attends quotidiennement à ce que la foudre tombe sur moi, mais les dieux sont endormis : je ferais peut-être mieux de ne pas parler d’eux, de peur qu’ils ne m’entendent et ne se réveillent. Mais qu’aurait dit Thoreau de mon carton à chapeaux ! Ou Emerson, de la taille de ma malle, qui est gigantesque ! Pourtant je ne peux voyager sans Balzac ni Gautier et ils tiennent tant de place ! Mais, tant que je peux m’amuser à dire des inepties aux fleurs et aux enfants, je n’ai pas peur du luxe dépravé d’un carton à chapeaux. […]

OSCAR WILDE.” (Oscar Wilde, Lettres)

JEUDI.

Vie professionnelle (fin finale).

Pour ce dernier jour, mes collègues m’ont aimablement invité à participer à leurs agapes de fin d’année scolaire. On boit, on mange, on chante, on me couvre de présents comme un sultan obèse, je prononce quelques mots sur le thème “des profs comme moi, on n’en fait plus et c’est tant mieux”, je martyrise une guitare qui ne m’avait rien fait, bref, on se paie une belle tranche de bon temps qui me permet d’échapper à la nostalgie que je redoutais et me rend simplement heureux. Pour un peu, je rempilerais.

VENDREDI.

Lecture.

L’Éducation de Nick Adams (suite) ou Nick Adams et la Grande Guerre (Ernest Hemingway, traduit de l’américain par Marcel Duhamel, Henri Robillot et Céline Zins, in “Œuvres romanesques I”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 186, 1966; 1882 p., 66 €). 

Nouvelles.                              

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Fumons un peu.

Ajaccio (Corse), photo de Jean-Damien Poncet, 2 novembre 2017

Talence (Gironde), photo de l’auteur, 23 octobre 2020

SAMEDI.            

Films vus.

  • Boulevard (Julien Duvivier, France, 1960)
  • Les Fantasmes (David & Stéphane Foenkinos, France, 2021)
  • Adiós (Paco Cabezas, Espagne, 2019)                             
  • L’Argent des autres (Christian de Chalonge, France, 1978)                             
  • La Dernière Séance (The Last Picture Show, Peter Bogdanovich, É.-U., 1971).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Chaumont (Haute-Marne), photo de Thierry Vohl, 3 juin 2012

Mortain (Manche), photo de Pierre Cohen-Hadria, 25 août 2020

Poil et plume.

“Mallarmé m’a raconté que Villiers ne voulait pas se faire peindre pour ceci : il craint que les peintres ne le trouvent pas beau comme il s’aime – entièrement frisé, hideux. Les grands jours, il passe sept heures chez le coiffeur.” (Henri de Régnier, Les Cahiers inédits 1887-1936)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

3 juillet 2022 – 977

DIMANCHE.

Lecture.

Les Trois Mousquetaires (Alexandre Dumas, Baudry, 1844, rééd. in “Les Trois Mousquetaires – Vingt ans après”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 159, 1962; 1742 p., 65 €).

Curiosité. Où Alexandre Dumas apparaît comme un précurseur de l’Oulipo : “Depuis lors, continua Aramis, je vis agréablement. J’ai commencé un poème en vers d’une syllabe; c’est assez difficile, mais le mérite en toutes choses est dans la difficulté. La matière est galante, je vous lirai le premier chant, il a quatre cents vers et dure une minute.”                                

“Le Molosse” (“The Hound”, Howard Phillips Lovecraft, 1922, Denoël pour la traduction française, rééd. in “Œuvres I”, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1991, traduit de l’américain par Yves Rivière; 1172 p., 31 €).

Nouvelle.

LUNDI.          

Lecture.

Histoires littéraires n° 83 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2020; 184 p., 25 €).

Paul Verlaine – Eugène Vermersch – Alphonse Allais – Jacques Prévert – Alain-Fournier – René Crevel et Alberto Giacometti – Julien Gracq.

MARDI.           

Lecture.

Les Trois Roses jaunes (Where I’m Calling From: New and Selected Stories, Raymond Carver, 1988 pour l’édition originale, Payot, 1988 pour la traduction française, rééd. Points P 3100, 2013, traduit de l’américain par François Lasquin; 192 p., 6,50 €).

En bon maître de la nouvelle, Carver présente des intrigues sous forme de nœuds fictionnels, ceux-ci tournant toujours chez lui autour du couple : la mère du narrateur de “Cartons” déménagera-t-elle ? La femme qui réveille chaque nuit le narrateur de “Débranchés” au téléphone est-elle son ex-épouse ? Le narrateur de “Menudo” quittera-t-il sa femme pour sa voisine ? et ainsi de suite. L’originalité de Carver tient au fait que les nœuds qu’il présente ne sont jamais défaits, et que les questions qu’il pose restent sans réponses. On pourrait se sentir frustré, taxer l’auteur de paresse, mais on reste délicieusement interdit devant cette suspension qui ne dit rien d’autre que rien n’est figé et que tout est toujours possible.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“29 juin [1918]

Je suis un peu mieux installé qu’hier avec table, chaise, un joli bouquet de roses dans un vase. Il paraît que c’est la rose de Dijon. Je n’y connais rien, mais c’est le vieux civil qui m’en a fait cadeau qui me l’a dit. J’ai à te remercier pour deux grandes lettres du 22 et du 23 que Martin m’a apportées hier dans la soirée. Je les ai relues plusieurs fois tout en regardant dans ma lunette si aucun boche ne se montrait.

Ma Jeannette fait la cueillette des groseilles, et j’aime bien son idée de dire des prières en attendant le fouet. C’est une bonne fifille quand même, hein !” (Albert Viard, Lettres à Léa)                 

Lecture.

Leconte fait son cinéma (Nicoby / Joub, Dupuis, coll. Aire libre, 2021; 144 p., 19 €).

La première partie de cette bande dessinée est un résumé de la carrière de Patrice Leconte, où l’on apprend, surprise, qu’il a débuté comme dessinateur dans Pilote. La seconde est une sorte de documentaire sur la fabrication de son dernier film, Maigret, du montage financier au début du tournage. Les auteurs ont donc accompagné le réalisateur pendant une assez longue période, une sorte de complicité s’est établie entre eux. Ils se mettent eux-mêmes en scène et poussent régulièrement des cris d’admiration qui finissent par être un peu lassants. Autre bémol : le traitement infligé aux noms propres, régulièrement déformés : qui sont donc Christian Flechner, les frères Cohen, et Francis Weber ? Patrice Leconte, qui est un type gentil, avait soutenu, jadis, Luc Besson qui avait déclaré, en réponse à de méchantes critiques, qu’un film est “un objet gentil”. Nicoby et Joub lui consacrent un livre gentil, et plaisant.

JEUDI.

Lecture.

Les Contrerimes (Paul-Jean Toulet, Éditions du Divan, 1921, rééd. in “Œuvres complètes”, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1986; 1534 p., 32 €).

“La contrerime est cette pièce formée le plus souvent de trois quatrains, construits d’après le schéma 8-6-8-6, rimant a-b-b-a, de sorte que le grand vers rime avec le petit”, telle est la définition que l’on trouve dans les traités de poésie. S’il n’a pas inventé cette forme qui crée un déséquilibre séduisant, Toulet lui a donné ses titres de noblesse avec ce recueil posthume. Mais celui-ci ne contient pas que des contrerimes : le poème le plus célèbre de l’auteur, “Dans Arle, où sont les Aliscams…” appartient à une rubrique “Chansons” et on trouve à la suite une section “Dixains” et une section “Coples”, qui rassemble des poèmes courts, distiques et quatrains, alternés. C’est l’œuvre d’une vie, qui évoque les souvenirs d’amitié, d’amour, de voyages avec humour et nostalgie et, forme courte oblige, un soin remarquable dans le choix de chaque élément.

VENDREDI.

Lecture.

Les Trois Claude (Pierre Véry, Gallimard, 1936, rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 2, 1994; 980 p., s.p.m.).                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Les animaux et la signalisation routière, photos de Jean-François Fournié.

CD 04 (Haute-Marne), 22 octobre 2005

Châteauvillain (Haute-Marne), 12 septembre 2021

SAMEDI.            

Films vus.

  • Incroyable mais vrai (Quentin Dupieux, France – Belgique, 2022)
  • Le Gang des pianos à bretelles (Gilles de Turenne, France, 1953)
  • La Mort d’un tueur (Robert Hossein, France – Italie, 1964)
  • Moonlight (Barry Jenkins, É.-U., 2016)                             
  • Les Jeux dangereux (Pierre Chenal, Italie – France, 1958)                             
  • Greenfields (c.m., Luis Betancourt, Joseph Coury, Michel Durin, Charly Nzekwu, Benjamin Vedrenne, France, 2013)                             
  • En roue libre (Didier Barcelo, France, 2022).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de l’auteur, 30 mai 2012

Metz (Moselle), photo de Jean-Damien Poncet, 3 septembre 2019

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

15 août 2021. 66 km. (41 093 km).

270 habitants

Au milieu du cimetière haut perché, une plaque est accolée à un conglomérat de moellons surmonté d’une croix et flanqué d’un mât à drapeau.

La commune de Socourt et les souscripteurs

Reconnaissance

À nos héros tombés pour le droit et la liberté

L. ROYER mort à Morhange 20 août 1914

E. CUGNIEN id. Haraucourt 8 7BRE 1914

H. THIRION disparu à Camp de Mailly 10 7BRE 1914

A. GÉRARD mort à Suippes 24 avril 1916

Ch. GRANGE id. Cléry 13 7BRE 1916

Ch. STER id. Louvemont 25 XBRE 1916

A. THIRION id. Chézy-Vinly 7 juin 1918

C. THOMASSIN id. Matougues 1er août 1918

A. EURY id. La Malgrange 2 août 1918

A. MARCHAL id. Vauxaillon 16 7BRE 1918

G. MARTIN mort à Kassel (Allgne) 23 mai 1943

J. BARBE id. à Hat-Lot (Tonkin) 8 Novbre 1951

Poil et plume.

“Après le musée, j’erre dans les rues à pavés pointus. Je ne vois rien que de laid et que de grossier. Si je rentre chez moi, je m’endors. J’entre dans une belle boutique de coiffeur dans la belle rue Saint-Rome, je crois, au nord-ouest du Capitole.
Grossièreté étonnante et curiosité des deux petits barbiers.
En sortant de leur maison, je vais prendre du café à l’un des trente cafés qui bordent la place du Capitole : c’est le meilleur, le café Lissençon. Un peu ranimé, malgré le pavé pointu, je vais à Saint-Sernin.” Stendhal, Voyage dans le Midi de la France)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

26 juin 2022 – 976

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Vendredi 22 juin 1906.

Cela fait maintenant deux ans que le christianisme a repris, en Russie, et avec assiduité, le genre de massacres et de mutilations qui lui ont permis de siècle en siècle depuis mille neuf cents ans de persuader la chrétienté qu’il est l’unique et vraie religion – la seule vraie religion de paix et d’amour. Depuis deux ans maintenant, le gouvernement ultra-chrétien de la Russie a officiellement ordonné et conduit les massacres de ses sujets juifs. Ces massacres sont tellement fréquents que nous y sommes presque devenus indifférents. Les comptes rendus de ceux-ci nous affectent à peine plus qu’une razzia sur les actions du chemin de fer alors que nous n’avions rien investi. Nous nous sommes tellement habitués à la description de ces horreurs que nous avons plus ou moins cessé de frissonner en les lisant.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : L’Amérique d’un écrivain)                 

Lecture.

Histoires littéraires n° 82 (Du Lérot éditeur, avril-mai-juin 2020; 200 p., 25 €).

Jean Cocteau – Publicités – Myriam Boucharenc – Maurice Carême – Les frères Galignani philanthropes.

VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Menu carné.

Villeurbanne (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 9 novembre 2018

Xonrupt-Longemer (Vosges), photo de l’auteur, 30 avril 2018

SAMEDI.            

Films vus.

  • N’oublie pas que tu vas mourir (Xavier Beauvois, France, 1995)
  • Drive My Car (Doraibu mai kâ, Ryûsuke Hamaguchi, Japon, 2021).

Bestiolaire de Saint-Jean-du-Marché.

Identification d’un Moro-sphinx, d’un Leste fiancé, d’un Bourdon des pierres et, merveille devenue si rare que je pensais ne jamais la voir, d’un Machaon. Riche journée.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de l’auteur, 30 mai 2012

Saint-André-les-Vergers (Aube), photo de Catherine Stavrinou, 18 janvier 2014            

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

14 juillet 2021. 159 km. (41 027 km).

140 habitants

La stèle se dresse contre la façade de la Mairie. Pas le temps de la détailler, il pleut des cordes. Je prends les photos en espérant que je pourrai déchiffrer les noms dont les lettres ont pour grande partie perdu leur dorure.

La commune de

Sionne

À ses enfants

Morts pour

La France

1914-1918

1939-1945

Droite :

ÉTIENNE Auguste

FERRY Louis

POTTIER Fernand

LOUDENOT Louis

Gauche :

CHARLICANNE Maurice

CIEAUX Ernest

DINE Léon

ÉTIENNE André

Poil et pellicule.

Logan Lucky (Steven Soderbergh, É.-U. – Chine, 2017)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

19 juin 2022 – 975

LUNDI.

Lecture.

Journal de 5 à 7 (René Fallet, Éditions des Équateurs, 2021; 464 p., 21 €).

Les trois volumes des Carnets de jeunesse de René Fallet, publiés entre 1990 et 1994, couvraient les années 1947-1950. Il y a ensuite un trou, car ce Journal ne commence qu’en 1962 (avec toutefois quelques notes datant des années 1950), reste à savoir si ce trou sera comblé un jour. En attendant, voici les vingt et une dernières années de l’écrivain bourbonnais vues par lui même, et c’est déjà considérable. En 1964, l’actrice Corinne Marchand est pressentie pour tenir le rôle principal du film Les Pas perdus, d’après son roman paru en 1954. L’actrice ne laisse pas Fallet indifférent. Du coup, du 8 au 12 mars, il va la voir à trois reprises dans Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda. Corinne Marchand n’aura pas le rôle (Michèle Morgan la supplantera), René Fallet n’aura pas son histoire d’amour avec elle mais il a trouvé le titre de son journal. Celui-ci mêle les aventures littéraires, sentimentales et amicales de l’auteur, qui se reconnaît deux mentors : Paul Léautaud pour l’écriture et Georges Brassens pour le compagnonnage. Toujours en 1964, il reçoit le Prix Interallié pour Paris au mois d’août, prix synonyme d’une aisance financière que consolidera le succès des romans qui suivront, d’Un idiot à Paris à La Soupe aux choux. Fallet travaille vite, trois semaines lui suffisent pour venir à bout d’un livre, il lui reste du temps pour goûter les plaisirs de la vie. Sans qu’il en soit pour autant satisfait : le journal est le plus souvent pessimiste, voire plaintif, notamment à cause d’histoires d’amour qui finissent mal et dont il tirera ses livres les plus noirs, L’Amour baroque en tête. Mais il y a le Bourbonnais, Thionne puis Jaligny où il se fait construire la maison de la rue du Loup, les copains, les boules, le vélo, la bouteille qui lui permettent de tutoyer le bonheur lorsqu’il y séjourne. Mais à raison de trois paquets de pipes par jour, les éponges s’encrassent vite et la maladie survient. À partir de 1975, on ne compte plus que trois ou quatre pages par an dans le journal, même si la production romanesque reste présente. La dernière entrée porte la date du 14 juin 1983, Fallet mourra le 25 juillet. À l’hôpital, m’a dit Agathe Fallet, l’un de ses derniers visiteurs fut Louis de Funès. Peut-être l’a-t-il fait rire une dernière fois.

MERCREDI.                  

Éphéméride.

À Madame de Grignan

“À Vichy, lundi 8e juin [1676]

Hélas ! ma très chère et bonne, n’en doutez pas que je ne sois touchée très sensiblement de préférer quelque à vous qui m’êtes si chère et que j’aime si parfaitement. Toute ma consolation, c’est que vous ne sauriez douter de mes sentiments, et que vous verrez un beau sujet de faire votre réflexion de l’autre jour sur la préférence du devoir sur l’inclination; en voici un bel exemple, ma bonne, et je vous conjure, et M. de Grignan, de vouloir bien me consoler de cette violence qui coûte si cher à mon cœur. Voilà donc ce qui s’appelle la vertu et la reconnaissance; je ne m’étonne pas si l’on trouve si peu de presse dans l’exercice de ces belles vertus. Je n’ose, en vérité, appuyer sur ces pensées; elles troublent entièrement la tranquillité qu’on ordonne en ce pays. Je vous conjure donc, une bonne fois, de vous tenir pour toute rangée chez moi, comme vous y étiez, et de croire encore que voilà précisément la chose que je souhaite le plus fortement.” (Madame de Sévigné, Lettres choisies)                 

Lecture.

Trillium (Jeff Lemire, Vertigo, 2014 pour l’édition originale, Urban Comics, 2014 pour l’édition française, traduit de l’anglais par Benjamin Rivière; 216 p., 20 €).                       

“Katina” (“Only This”, Roald Dahl, in Ladies’ Home Journal, septembre 1944 pour l’édition originale, in À tire-d’aile, Julliard, 1976 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Jean Malignon, rééd. in “Contes de l’inattendu : nouvelles, romans, récits”, Gallimard, coll. Quarto, 2021; 1568 p., 32 €).                       

Nouvelle.                       

“L’Heure du wub” (“Beyond Lies the Wub”, Philip K. Dick, in Planet Stories, juillet 1952, traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti et révisé par Hélène Collon, in “Nouvelles complètes I 1947-1953”, Gallimard, coll. Quarto, 2020; 1280 p., 28 €).

Nouvelle.

JEUDI. 

Brève de trottoir.

Courriel.

Une demande d’abonnement aux notules.

VENDREDI.

Lecture.

Parlez-moi d’amour (What We Talk About When We Talk About Love, Raymond Carver, Knopf, 1981 pour l’édition originale, Mazarine, 1986 pour la traduction française, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche biblio n° 3137, 1993, traduit de l’américain par Gabrielle Rolin; 160 p., s.p.m.).

À force d’entendre nombre d’écrivains (Philippe Djian en tête) se réclamer de Raymond Carver, j’avais envie depuis un moment de découvrir ses nouvelles. Celles qui sont rassemblées ici tournent autour du couple, un couple le plus souvent en souffrance, voire en rupture. Plus que des nouvelles construites comme un tout narratif avec un début, un milieu et une fin, ce sont des instantanés, des moments de vie, des épiphanies que donne à voir Carver : pas de conclusion, encore moins de chute, les personnages sont laissés en plan à la dernière ligne et c’est au lecteur d’imaginer ce que sera la suite de leur parcours. C’est très noir, très subtil, écrit avec une grande économie de moyens et digne, effectivement, de servir de modèle.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Presse : titres percutants, collection de l’auteur.

L’Écho des Vosges, 18 mars 2021

Vosges Matin, 16 avril 2021

SAMEDI.

Vie littéraire.

Retour à la normale à Jaligny-sur-Besbre (Allier) pour le Prix René-Fallet après deux éditions tronquées pour cause de virus. C’est un plaisir de retrouver, après le gymnase surchauffé de l’an dernier, le cadre habituel et mes amies du coin, Agathe en tête. L’attribution du prix à Barcella, pour son roman Les Papillons (une prose faite d’alexandrins raboutés, comme dans L’Honneur de Pédonzigue de Roger Rabiniaux qui date tout de même de 1951), en paraîtrait presque anecdotique. Ma préférence allait à Aussi riche que le roi, d’Abigail Assor, mais je ne gagne jamais à ce jeu-là. Et puis Barcella est bien sympathique, il paraît qu’il est aussi chanteur, très à l’aise avec le public assurément. Comme chaque année, il fait beau à Jaligny, et puis Caroline m’accompagne, les soucis s’éloignent, je biche.

Films vus.

  • L’Homme de la cave (Philippe Le Guay, France, 2021)
  • Chérie, je me sens rajeunir (Monkey Business, Howard Hawks, É.-U., 1952)                              
  • Yoyo (Pierre Étaix, France, 1965)                              
  • Le Maître-nageur (Jean-Louis Trintignant, France, 1979)                              
  • Sans un bruit 2 (A Quiet Place Part II, John Krasinski, É.-U., 2020).             

Invent’Hair, bilan d’étape.

Bilan établi au stade de 5 400 salons, atteint le 15 septembre 2021.

Bilan géographique.

Classement général par pays.

  • 1. France : 4 511 (+ 84)
  • 2. Espagne : 179 (=)
  • 3. Royaume-Uni : 110 (=)
  • 4. Belgique : 82 (+ 4)
  • 5. Italie : 63 (+ 2)
  • 6. États-Unis : 45 (=)
  • 7. Suisse : 40 (+ 2)
  • 8. Portugal : 37 (=)
  • 9. Allemagne : 36 (+ 1)
  • 10. Danemark : 34 (=)

En dehors du top 10, notons la progression des Pays-Bas (14e) qui gagnent 6 places avec 5 nouveaux salons.

Classement général par régions (France).

  • 1. Rhône-Alpes : 731 (+ 10)
  • 2. Île-de-France : 730 (+ 19)
  • 3. Languedoc-Roussillon : 355 (=)
  • 4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 352 (=)
  • 5. Lorraine : 337 (+ 9)
  • 6. Midi-Pyrénées : 243 (+ 4)
  • 7. Bretagne 184 : (+ 2)
  • 8. Pays de la Loire : 182 (+ 4)
  • 9. Centre : 179 (+ 8)
  • 10. Bourgogne : 169 (+ 7)

Pas de changement dans le classement général mais la 1re place de Rhône-Alpes ne tient plus qu’à un cheveu.

Classement général par départements (France).

  • 1. Seine (Paris) : 580 (+ 16)
  • 2. Rhône : 341 (+ 1)
  • 3. Vosges : 181 (+ 5)
  • 4. Loire-Atlantique : 135 (+ 3)
  • 5. Hérault : 112 (=)
  • 6. Alpes-Maritimes : 103 (=)
  • 7. Meurthe-et-Moselle : 100 (+ 2)
  • 8. Loire : 98 (+ 5)
  • 9. Pyrénées-Orientales : 96 (=)
  • 10. Bouches-du-Rhône : 92 (=)

La Loire passe devant les Pyrénées-Orientales.

Classement général par communes.  

  • 1. Paris : 580 (+ 16)
  • 2. Lyon : 161 (+ 1)
  • 3. Nantes : 68 (=)
  • 4. Nice : 59 (=)
  • 5. Barcelone : 58 (=)
  • 6. Nancy : 54 (=)
  • 7. Épinal : 48 (+ 1)
  • 8. Marseille : 32 (=)
  • 9. Dijon : 28 (+ 6)
  • 10. Strasbourg : 27 (=)

Dijon entre dans le top 10 et en expulse Toulouse, Villeurbanne et Le Havre. 31 communes arrivent dans le classement, portant le total à 1 877. Meilleure entrée : Les Andelys, à la 195e place avec 4 salons.

Bilan humain.

  • 1. Jean-Damien Poncet : 582 (+ 18)
  • 2. Philippe Didion : 410 (+ 6)
  • 3. Pierre Cohen-Hadria : 391 (+ 6)
  • 4. François Golfier : 341 (+ 2)
  • 5. Jean-Christophe Soum-Fontez : 169 (+ 1)
  • 6. Sylvie Bernasconi : 158 (=)
  • 7. Hervé Bertin : 146 (+ 2)
  • 8. Bernard Cattin : 133 (+ 8)
  • 9. Jean-François Fournié : 114 (+ 11) 
  • 10. Benoît Howson : 88 (=)

Pas de changement dans le top 10.

Étude de cas. Poésie de salon.

  Saint-Cergue (Suisse), photo de Sylvie Bernasconi, 6 juin 2018

Dunkerque (Nord), photo d’Alain Hardebolle, 7 août 2020

  Paris (Seine), photo de Christiane Larocca, 3 avril 2013

idem, rue Lamartine, photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 29 septembre 2018

Barcelone (Espagne), photo d’Alain Mathieu, 25 avril 2012

Poil et plume.

“Alors il va chez le coiffeur, se fait couper les cheveux, assez court pour ressentir un véritable malaise quand il contemple le résultat, comme s’il était étranger à lui-même, reconnaissant son visage mais pas l’identité qu’il s’était construite, sans s’en rendre compte, années après années, et se laisse payer un costume-cravate par le ministère de l’Intérieur.” (Laurent Binet, La Septième Fonction du langage)

DIMANCHE.

Vie des objets.

Les anciens entrepôts de Manufrance abritent désormais la Cité du design à Saint-Étienne (Loire). Nous y sommes pour visiter la Biennale internationale dudit design, à la découverte d’un nouveau lieu et d’un nouveau domaine artistique. Jusqu’à une époque récente, le design, c’était en gros synonyme de plastique. Cette matière étant aujourd’hui honnie, les créateurs ont suivi l’air du temps et on ne voit, dans les bâtiments de la Manu, que des objets en matériaux recyclés, naturels, biologiques : on fait des briques avec de l’urine, des sièges à partir de compost, des vélos en bois, ce genre de choses. Je suis particulièrement attentif au travail de Mathilde Pellé, un projet intitulé “Maison Soustraire” qui présente des objets et des restes d’objets obtenus après qu’elle eut décidé de retirer deux tiers de la matière de chacun de ceux qui occupaient son intérieur. J’ai dit l’autre jour que je n’avais pas de projet pour ma retraite. En fait, j’en ai un, très simple : celui de ne laisser à ceux et celles qui resteront après moi que le minimum de choses à débarrasser. C’est une préoccupation qui ne date pas d’hier et dont je m’étais ouvert dans une ancienne notule que je reproduis ici : “J’aide le père de R. à faire le tri dans ses bouquins. Le cauchemar d’avoir à vider la maison d’un mort, il y a eu un roman là-dessus il y a un ou deux ans, Comment j’ai vidé la maison de mes parents, quelque chose comme ça. Cauchemar de plus en plus présent, avec la volonté de ne pas imposer ça à ceux qui me survivront, le souhait d’arriver au moment final, s’il ne survient pas brusquement, à l’issue d’un lent processus de dépouillement progressif, d’une asymptote soigneusement entretenue. L’idéal : ne laisser, au final, qu’un disque dur effaçable, un livre entamé, une brosse à dents et le pyjama de l’hospice.” (n° 317, 2 septembre 2007). Dans ce but, j’ai entrepris de me débarrasser, à partir du 1er juin dernier, d’un objet par jour. Un objet petit ou gros, précieux ou sans valeur, qui sera donné, jeté, détruit – en tout cas pas vendu, je suis incapable de vendre quoi que ce soit. Le processus est engagé, on verra ce que ça donne.                    

Lecture.

Le Sommet des Dieux 3 (Kamigami no itadaki, Jirô Taniguchi, Baku Yumemakura, Shūeisha Inc., 2002 pour l’édition originale, Kana, 2010 pour la traduction française, traduit et adapté du japonais par Sylvain Chollet; 338 p., 18 €).

MARDI.

Devoirs de vacances.

Je relis le fichier du Bulletin de l’Association Georges Perec n° 80 et l’envoie à la mise en page.

MERCREDI.                   

Éphéméride.

“Rome, 15 juin 1834.

Page 9. Et l’on permet le serment !

9, 39. Guerre impossible. Chrétiens conquis sur-le-champ.

9, 1. Mercenaire. La religion n’est qu’un marché.

Page 10, 13. Pater adouci. Vérifier cela; c’est décisif pour cette traduction : et ne nos INDUCAS in tentationem. M. de Sacy dit : ne nous abandonnez point à la tentation au lieu de “ne nous induisez point”, etc.” (Stendhal, Journal)

JEUDI.

Bestiolaire de vacances.

Identification d’une Punaise verte ponctuée.

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Comment sonner les cloches en l’église de Malleret-Boussac (Creuse), photos de l’auteur, 5 août 2021.

SAMEDI.

Vie familiale.

Nous rentrons at home après un périple d’une semaine qui nous aura menés du Bourbonnais à la Haute-Savoie, en passant par le Forez et les Cévennes. Nous, c’est Caroline et moi, je le souligne parce que c’est la première fois que nous partons si longtemps sans les filles. Même quand elles eurent atteint l’âge de voler de leurs propres ailes, elles nous ont toujours accompagnés, sans contrainte, sur nos lieux de villégiature, oui, même en Creuse, oui, même et surtout en Creuse. Ce qui, à la fois, me ravit et me surprend dans la mesure où, dans ma jeunesse, le principal attrait des vacances était de pouvoir m’enfuir loin de mes parents.              

L’Invent’Hair perd ses poils.

Paris (Seine), boulevard Arago, photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 mai 2012

Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo de l’auteur, 4 novembre 2012             

Poil et pellicule.

Mise à mort du cerf sacré (The Killing of a Sacred Deer, Yorgos Lanthimos, Irlande – R.-U., 2017)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

5 juin 2022 – 974

N.B.

Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 19 juin 2022.

LUNDI.          

Lecture.

The Cool Man (William R. Burnett, Fawcett, 1968 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1269, 1969 sous le titre Un homme à la coule pour la traduction française, rééd. coll. Quarto, “Underworld : romans noirs”, 2019, traduit de l’américain par Denise May, révisé par Marie-Caroline Aubert; 1120 p., 28 €).

Mes notes de 1985, date de ma première lecture de ce livre en Série Noire, ne sont guère indulgentes : intrigue embrouillée, personnages sans épaisseur et mal définis… C’est vrai que l’histoire n’est pas très claire, qu’on a du mal à déterminer qui est qui dans celle-ci mais tout n’est pas à jeter, loin de là. Le personnage de Willie Madden, un braqueur recherché à la fois par la police et par ses complices, présente un profil intéressant. Il retrouve par hasard sa fille, abandonnée à sa naissance et devenue adulte, dont il tombe amoureux. L’ombre de l’inceste qui plane sur leur relation, un thème peu fréquent dans ce genre de littérature, donne son originalité au roman.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Dimanche 1er juin [1941]

Ainsi donc, “le printemps 1941” – dont nous redoutions tellement qu’il ne nous apporte de nouvelles catastrophes, si ce n’est la catastrophe finale –, ce printemps s’est achevé. Et pourtant nous sommes encore là ! Nous vivons encore, nous sommes encore debout, rien d’irréparable ne s’est produit. Je me demande s’il est vrai qu’il est passé facilement ou si, parce que nous en voyons le bout, nous avons l’impression trompeuse qu’il a finalement été supportable. (Hélas ! tout est supportable.) Si, le 1er mars, quelqu’un nous avait dit qu’au cours du printemps la Bulgarie serait occupée, la Yougoslavie anéantie, la Cyrénaïque à nouveau cédée, la Grèce vaincue, la Crète évacuée, peut-être la perspective de tant de défaites nous aurait-elle paru désastreuse. Mais aujourd’hui, après coup, tout cela a perdu de son importance. Au fond, encore et toujours, la seule chose qui compte, c’est que nous restions debout. Aussi longtemps que l’Angleterre ne capitule pas, on peut espérer.” (Mihail Sebastian, Journal 1935-1944)

Vie professionnelle (fin).

C’est aujourd’hui que je passe du statut de salarié à celui de pensionné. Je l’ai espérée, attendue, rêvée, cette date du 1er juin, l’imaginant comme une rupture succédant à une litanie de dernières fois que je me voyais célébrer comme autant de pas en avant vers la libération finale : c’est la dernière fois que je prends le 7 heures 43, c’est la dernière fois que j’assiste à un conseil de classe, la dernière fois que je lis ce texte ou vois ce film, la dernière fois que je subis ce butor ou cette pintade, c’est ma dernière copie, ma dernière sieste sur ma chauffeuse, c’est mon dernier cours. Mon opération et ses suites auront empêché cette rupture et cette litanie, qui m’aurait sans doute attristé. J’ai gagné une année sur le programme prévu, une année pas toujours facile à vivre mais c’est toujours bon à prendre. Je ne me suis jamais illusionné sur un changement de vie radical : je n’ai pas de projet – à part celui, peut-être, d’acheter un téléphone de poche mais je ne sais pas vraiment ce que j’en ferais –, je n’ai pas d’envie de voyager, de déménager, de me mettre au triathlon ou à l’aquarelle. Et j’ai bien fait : le temps passé au boulot devenu vacant a été rapidement rempli sans que mon mode de vie en soit particulièrement affecté. Je ne me lève pas plus tard, je ne lis pas plus de livres, je ne vois pas plus de films, je n’ai pas pris de poids, je me rase et je change de chemise tous les matins. L’emploi du temps a cependant changé, le début de ma période d’inactivité ayant coïncidé avec le déclin rapide de la santé physique et morale de nos parents, à Caroline et à moi. L’un d’eux nous a quittés récemment, les autres nécessitent une attention et un soin qui nous accaparent durablement, ça suffit pour l’instant à meubler nos existences.

caricature d’élève, année scolaire 2020-2021

Lecture.

Brassens : des souvenirs trop beaux pour moi (Agathe Fallet, Éditions des Équateurs, 2021; 128 p., 18 €).                               

Dans Étonnez-moi Benoît, l’émission qu’il présente sur France Musique, Benoît Duteurtre invite régulièrement des chanteurs et chanteuses du temps passé à raconter leurs souvenirs. Agathe Fallet n’est pas chanteuse mais suite à son mariage avec René Fallet en 1956, elle a côtoyé toute sa vie ce qui se faisait de mieux dans le genre, à commencer par Georges Brassens, le meilleur ami de l’écrivain. À plusieurs reprises, j’ai suggéré à Benoît Duteurtre de faire venir Agathe Fallet à son micro. Las, il a fait, jusqu’à ce jour, la sourde oreille et si jamais il se décidait à changer d’avis, il ferait bien de se hâter : Agathe est née en 1939 et n’est pas éternelle. Heureusement, elle a pris les choses en main et s’est décidée à confier dans un livre quelques bribes de cette époque. Photos et souvenirs inédits, touchants, d’une jeune fille puis d’une femme qui devait se pincer pour croire à la place “unique et privilégiée” qu’elle occupait dans ce milieu. Brassens est mort en 1981, Fallet est mort peu après, Agathe a toujours bon pied bon œil et j’ai hâte de la retrouver, comme chaque année, à Jaligny-sur-Besbre (Allier) à l’occasion du Prix René-Fallet qui sera décerné dans une dizaine de jours.

JEUDI. 

Brève de trottoir.

          Presse.

Et ça ne fait pas deux jours que je suis parti…

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Vestiges postaux, photos de l’auteur.

Cindré (Allier), 27 décembre 2020

Anzême (Creuse), 6 août 2021

SAMEDI.            

Films vus.

  • Demain tout commence (Hugo Gélin, France – R.-U., 2016)
  • Tout nous sépare (Thierry Klifa, France, 2017)
  • L’Héritier des Mondésir (Albert Valentin, France – Allemagne, 1940)
  • No Sudden Move (Steven Soderbergh, É.-U., 2021)                             
  • Mensonges et trahisons et plus si affinités… (Laurent Tirard, France, 2004)                             
  • Enragé (Unhinged, Derrick Borte, R.-U. – É.-U., 2020)                             
  • La Captive aux yeux clairs (The Big Sky, Howard Hawks, É.-U., 1952).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 mai 2012

Lodève (Hérault), photo de Jean-Damien Poncet, 23 septembre 2020

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

4 juillet 2021. 108 km. (40 868 km).

90 habitants

Au sommet du village, au milieu des tables de pique-nique, un monument pimpant, à l’ombre des tilleuls. La fontaine fait glouglou, les bacs ne sont pas fleuris mais plantés de figurines animales aux couleurs vives (perroquet, grenouille, flamant rose…). On s’attendrait presque à trouver sur l’obélisque une citation du genre “Ah Dieu que la guerre est jolie” ou “Les obus jouaient à pigeon vole” mais il n’en est rien.

La commune de Serocourt reconnaissante

Aux morts

Pour la Patrie

1914-1919

Guerre 1914-1919

BOULANGER Gabriel

BARRAT Clément

VALANTIN Émile

LECLERC Éloi

BOURGEOIS Achille

ROLIN Georges

LINARD Jules

BOURCIER André

GÉNION Ernest

COLLOT André

Guerre 1939-1945

COLLIN Lucien            

Poil et pellicule.

Le Mouton enragé (Michel Deville, France – Italie, 1974)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

29 mai 2022 – 973

DIMANCHE.

Courriel.

Une demande de désabonnement aux notules.

MERCREDI.

Éphéméride.               

“Pékin, 25 mai 1917.

“Mère chérie,

J’ai été découragé ces jours-ci d’apprendre que nos deux derniers courriers nous étaient renvoyés. Les Anglais font maintenant passer leurs lettres par le Canada. Nous allons reprendre la voie de Suez.

Je confie à la Valise une caissette légère qui vous portera une bien menue chose de votre fils : trois petits objets de cloisonné en vieil émail authentique du XVe siècle chinois. Leur patine naturelle en dégradé vous fera songer à certaines études peu connues que vous aimiez de mon vieil ami Odilon Redon. […]” (Saint-John Perse, Lettres)                 

Lecture.

L’Âge d’homme (Michel Leiris, Gallimard, 1939, rééd. Bibliothèque de la Pléiade n° 600, 2014; 1402 p. 75 €).

Curiosité. “La fréquentation d’un bizarre personnage nouvellement survenu dans notre groupe – séminariste défroqué qui était un mythomane doublé d’un aventurier – acheva de me faire perdre pied.” On reconnaît, dans ce portrait express, la figure d’Ernest Gengenbach, notre vieille connaissance qui fait l’objet d’une note développée. On savait que Michel Leiris avait croisé sa route : dans une lettre à Jacques Baron du 26 juillet 1925, il le décrivait déjà comme “un prêtre défroqué très sympathique mais probablement fou.”

JEUDI.

En feuilletant Livres Hebdo.

James Sacré, Brouettes, Obsidiane, 2022; 52 p., 13 €. “Recueil de poèmes autour de la brouette.”

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Deux fois rien.

Saint-Germain-du-Bel-Air (Lot), photo de Dominique Renaux, 14 juillet 2018

Sippenaeken (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 30 août 2021

Lecture.

La Sainte Touche (Djamel Cherigui, Jean-Claude Lattès, coll. La Grenade, 2021; 224 p., 19 €).                      

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.                 

Courriel.

Une demande d’abonnement aux notules.

SAMEDI.            

Films vus.

  • Douce (Claude Autant-Lara, France, 1943)
  • Le Charlatan (Nightmare Alley, Edmund Goulding, É.-U., 1947)                             
  • C’est la vie (Julien Rambaldi, France – Belgique, 2020)                             
  • Quelqu’un de bien (Patrick Timsit, France, 2002)                             
  • The Trip (I onde dager, Tommy Wirkola, Norvège, 2021).            

Football.

SA Spinalien – Auxerre B 3 – 0.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Gien (Loiret), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 mai 2012

La Bâthie (Savoie), photo de Sylvie Bernasconi, 31 octobre 2017            

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

6 mai 2021. 116 km. (40 760 km).

100 habitants

L’herbe est bien verte sur le flanc de l’église où une dalle de ciment supporte un monument tout blanc, entouré d’une lourde chaîne. Le sommet de l’obélisque est couvert d’un drapé, deux drapeaux, véritables ceux-ci, sont dressés sur les côtés.

À nos morts glorieux

HOCQUARD Lucien . Nancy 22 7bre 1914

RICHARD Charles . Guillaucourt 1r 8bre

GENION Victor . Bs-Le-Prêtre 20vier 1915

ARNOULD Paul . Neuvele St Vaast 9 mai

ARNOULD Albert . Carency 19 mai

FLOGNY Thdore .  Ablain-St Nazaire 26 mai

GALLOIS Chles . Hopl Gama Toul 27 mai

BROUSSIER Henri . Bs-le-Prêtre 31 mai

PINOT Georges . Gambigneulles 6 juilt

Gauche :

DERUF Paul . Lingekopf 2 août 1916

JUSSOT Louis . Souain 8 octobre

JUSSOT Henri . Aubigny 17 octobre

JUSSOT Émile . Jouy 5 mai 1917

LEVIEUX Cles . Htal Necker Paris 9 mai 1918

MOUGINOT Paul . Eve 23 mai

RICHARD Henri . Ridge-Wood 8 juin

FLOGNY Denis . Côte 17 Oise 11 juin

HUGUES René . Lieut Méry Courcelles 11 juin

Droite : une plaque pour les trois victimes de la guerre 39-45.

Le monument est signé : Genion (qui est le nom d’une des victimes) à Sauville.            

Poil et pellicule.

Fahrenheit 451 (François Truffaut, R.-U., 1966)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

22 mai 2022 – 972

DIMANCHE.

Vie culturelle.

Nous profitons d’une visite aux filles pour aller nous promener dans “le musée sentimental d’Eva Aeppli” au Centre Pompidou de Metz. L’air du temps a parfois du bon : il pousse, par exemple, les responsables des musées à fouiller leurs méninges et leurs réserves pour donner une place plus importante aux artistes féminines dans leurs expositions et les bouses des vaches de Rosa Bonheur sont en passe d’atteindre le prestige des nymphéas de Monet. Tant mieux pour Toyen, Eva Jospin, pour les pionnières des Années folles, pour les femmes photographes de guerre, à l’honneur ces derniers temps, et pour Eva Aeppli, qui sort ainsi de l’ombre. D’une ombre double même, celle de Tinguely dont elle fut l’épouse, et celle de Niki de Saint Phalle qui lui succéda sous ce statut. On ne savait rien d’elle pour ce qui nous concerne et voir ainsi surgir ses immenses sculptures textiles, particulièrement impressionnantes dans les compositions de groupes, a de quoi couper le souffle. Bonne chose aussi : Pompidou-Metz semble avoir renoncé aux expositions gigantesques et épuisantes de ses débuts : celle-ci est à taille humaine et on peut en faire deux ou trois fois le tour sans se lasser.

MARDI.

Lecture.

Notes d’un embusqué (Aurèle Patorni, La Maison française d’Art et d’Édition, 1919, rééd. Mille et une nuits n° 633, 2014; 80 p., 3 €).

Qui gagne perd (Somebody Owes Me Money, Donald Westlake, 1969 pour l’édition originale, Gallimard coll. Série Noire n° 1356, 1970 pour la traduction française, rééd. Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir, 2021, traduit de l’américain par Jean Esch; 288 p., 21 €).

MERCREDI.

Éphéméride.                                                                               

“Harar, 18 mai 1889.

“Ma chère mère, ma chère sœur,

J’ai bien reçu votre lettre du 2 avril. Je vois avec plaisir que, de votre côté, tout va bien.

Je suis toujours fort occupé dans ce satané pays. Ce que je gagne n’est pas en proportion des tracas que j’ai; car nous menons une triste existence au milieu de ces nègres.

Tout ce qu’il y a de bon dans ce pays, c’est qu’il n’y gèle jamais; nous n’avons jamais moins de 10 au-dessus de zéro et jamais plus de 30. Mais il y pleut à torrents dans la saison actuelle; et, comme vous, ça nous empêche de travailler, c’est-à-dire de recevoir et d’envoyer des caravanes.

Celui qui vient par ici ne risque jamais de devenir millionnaire, – à moins que de poux, s’il fréquente de trop près les indigènes. […]

En attendant de vos nouvelles, je vous souhaite beau temps et bon temps.

RIMBAUD.

Adresse : chez Monsieur César Tian

Négociant.

Aden.”

(Arthur Rimbaud, Correspondance)

JEUDI.

Lecture.

Danse avec la foudre (Jérémy Bracone, L’Iconoclaste , 2021; 286 p., 19 €).                         

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.         

Brève de trottoir.

VENDREDI.                 

Obituaire.

C’est un dimanche du printemps 1995 que je suis venu pour la première fois à Saint-Jean-du-Marché. Je ne sais plus ce que j’avais fait la veille mais j’avais une gueule de bois de plusieurs stères quand Caroline m’a présenté ce jour-là à ses parents. Je n’ai pas dû paraître très brillant mais enfin, on ne m’a pas chassé et Saint-Jean est devenu, au fil du temps, le refuge des beaux jours et des vacances. Pour les filles, ce fut le lieu des découvertes, des libellules et des papillons que je ne savais pas encore nommer, des brimbelles et des confitures, des premiers gadins à vélo et des balades à la remorque du petit tracteur, des bains dans la fontaine et des siestes interminables de leur père. Il n’y aura plus d’été, il n’y a plus d’après à Saint-Jean-du-Marché. Il va falloir vendre la ferme, personne, dans la famille, n’a les moyens, l’envie, le temps, les épaules pour continuer à l’entretenir. Mais nous reviendrons. Seulement, nous nous arrêterons là où nous sommes aujourd’hui réunis, au cimetière, autour de celui qui fit que tout cela fut possible.

Saint-Jean-du-Marché (Vosges), photos de l’auteur, 24 juillet 2004 & 14 février 2010

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Hommage à un ancien Premier ministre.

Paris (Seine), photo de Francis Henné, 12 février 2022

SAMEDI.            

Films vus.

  • Retour de manivelle (Denys de La Patellière, France, – Italie, 1957)
  • L’École buissonnière (Jean-Paul Le Chanois, France, 1949)
  • The Impossible (Lo impossible, J.A. Bayona, Espagne – Thaïlande – É.-U., 2012)                           
  • Le BGG : Le Bon Gros Géant (The BFG, Steven Spielberg, R.-U. – Inde – É.-U., 2016)                            
  • Le Jouet (Francis Veber, France, 1976).            

Bestiolaire de Saint-Jean-du-Marché.

Identification d’un Grand Clairon.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Milly-la-Forêt (Essonne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 26 mai 2012

Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), photo de Christophe Hubert, 31 mars 2014

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

24 mai 2021. 26 km. (40 644 km).

240 habitants

L’obélisque est à l’entrée de l’église, ceinte par le cimetière qui, avertit un écriteau, “n’est pas une aire de jeux”. Le temps n’autorise pas la prise de notes sur mon habituel calepin, je prends des photos que je décortiquerai at home.

À ses fils

La commune

Reconnaissante

Gauche :

JACQUES Paul

BOMBARDE Jules

MATHIS Joseph

Grande Guerre

RENAUX Marcel

SAUFFROY Louis

COLIN Henri

1914-1918

LAVALLÉE Léon

REMY Joseph

DEMENGEON Mathieu

39-45

Joséphine BAJOLET

Née COLIN

SAUFFROY Marcel (Tunisie)

Âmes chrétiennes pensez à eux

Dans vos prières

Dos :

Pour la Patrie

Ils ont donné leur vie

Gloire immortelle

À nos héros

L’église est ouverte, on trouve à l’entrée une simple plaque avec les noms des victimes des deux guerres. Pour une fois, ce sont exactement les mêmes que ceux du monument extérieur.

Poil et pellicule.

Shoah (Claude Lanzmann, France – R.-U., 1985)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

15 mai 2022 – 971

MARDI.           

Lecture.

Bouclard n° 4 (Bouclard Éditions, 2021; 64 p., 10 €).

“Revue littéraire” Le Rapport chinois (Pierre Darkanian, Éditions Anne Carrière, 2021; 304 p., 19,90 €).                         

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“9 juin [1894].

Ces locations meublées si douteuses qu’on y coucherait dans des journaux, et qu’on en étale partout.

J’écris tout de même de gentilles lettres. Si les gens savaient, ils voudraient ne jamais me connaître que par correspondance.

Il faut que notre Journal ne soit pas seulement un bavardage comme l’est trop souvent celui des Goncourt. Il faut qu’il nous serve à former notre caractère, à le rectifier sans cesse, à le remettre droit.” (Jules Renard, Journal)                 

Lecture.

Les Sept Minutes (Georges Simenon, Gallimard, 1938, rééd. Rencontre, 1967, in “Œuvres complètes Maigret” V; 552 p., s.p.m.).                               

Nouvelles.                               

Les trois nouvelles rassemblées sous ce titre mettent en scène l’inspecteur G 7 qui passe, au fil des histoires, de la police officielle à la police privée. Le récit est pris en charge, sur le modèle holmésien, par un ami du héros qui s’attache à ses pas. Bien que plus jeune que Maigret, G 7 applique les mêmes méthodes, privilégiant l’imprégnation, l’observation et l’écoute à l’action, et obtenant les mêmes résultats.

VENDREDI.

Lecture.

Propriété privée (Julia Deck, Minuit, 2019, rééd. coll. double, 2021; 176 p., 8 €).

Ça commence comme un épisode de Desperate Housewives transposé dans une banlieue parisienne. Un couple de bobos s’installe dans un nouveau quartier, écoquartier pardon, parmi ses semblables qui tous, derrière une façade lisse et polie, cachent leur lot de névroses. La peinture du milieu est fine, drôle, cruelle : les mesquineries et les jalousies ne tardent pas à apparaître sous les dehors policés. Julia Deck est moins à son aise quand elle choisit de faire subir à son roman un tournant policier (une femme et son bébé disparaissent, le mari de la narratrice est arrêté) peu convaincant qui aboutit à un dénouement tronqué et décevant.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Rayonnement capital sur divers supports.

La Souterraine (Creuse), photo de l’auteur, 7 août 2020

Smic Smac Smoc (Claude Lelouch, France, 1971)

SAMEDI.            

Films vus.

  • La Vierge du Rhin (Gilles Grangier, France, 1953)
  • Tais-toi quand tu parles ! (Philippe Clair, France – Italie, 1981)
  • Éducation sentimentale (Alexandre Astruc, France – Italie, 1962)
  • Meurtre en suspens (Nick of Time, John Badham, É.-U., 1995)                            
  • Voyage sans espoir (Christian-Jaque, France, 1943).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Épinal (Vosges), 11 mai 2012, photo de l’auteur

Felletin (Creuse), 8 août 2014, photo de l’auteur

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

9 mai 2021. 172 km. (40 618 km).

43 habitants

   L’obélisque surélevé – terrasse et piédestal – est à l’entrée de l’église. Le granit gris, très propre, est orné d’une croix de Lorraine et d’une palme dorées. Au sol, une vasque de fleurs sans fleurs. Le tout est signé “Le Granit Abainville”.

Seraumont

À ses enfants

Morts

Pour la France

1914-1918

ANDRIEUX Gustave

CHRETIEN Léon

DIDIER Albert

VIARD Fernand

Poil et pub.

Épinal (Vosges), Musée de l’image

Bon dimanche,

Philippe DIDION