21 octobre 2018 – 811

MARDI.
            Lecture. Rébus (Paul Gégauff, Minuit, 1957, rééd. Le Passeur, 1998; 208 p., 82 F).
                          C’est sous sa couverture des Éditions de Minuit qu’apparaît Rébus dans le Fahrenheit de Truffaut : il fait partie des livres brûlés par les pompiers pyromanes. Il y aurait d’ailleurs une étude à faire au sujet de ces livres, ou au moins une liste à établir, car ils n’ont sans doute pas été choisis au hasard. Truffaut n’a pas montré Rébus par amitié pour Paul Gégauff, avec qui il avait peu d’affinités. Gégauff a travaillé comme scénariste pour toute la Nouvelle Vague, Rohmer, Chabrol, Godard, mais pas avec Truffaut. Celui-ci, qui savait lire, a choisi Rébus pour son contenu, pas pour son auteur. La deuxième partie du roman, digne de Kafka, présente une société totalitaire proche de celle de Fahrenheit et l’ensemble du livre reflète un talent, une originalité et une intelligence redoutables. Rébus est une énigme, indéchiffrable, une histoire incompréhensible, qui ne pouvait que séduire Jérôme Lindon, alors à la tête de Minuit : Gégauff, pilier de la Nouvelle Vague, aurait pu être aussi un élément du Nouveau Roman.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Samedi 17 [octobre 1914]
Départ de Villers-Cotterêts le matin, pour aller à la Ve armée, Gal de Franchet d’Esperey, que je trouve à Romigny. Continué par route vers la IVe armée, Gal de Langle de Cary, que je trouve à Châlons. Le général m’envoie sur la ligne de feu, dans les tranchées du côté de la Ferté-Hurder.
Rentré à la nuit à Châlons, où je couche.” (Pierre Loti, Soldats bleus : Journal intime 1914-1918)
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Toilettes de campagne.

811 (4)-min  811 (1)-min

Brethenay (Haute-Marne) photo de Jean-François Fournié, 6 mars 2016 / Ecot-la-Combe (Haute-Marne), photo du même, 23 juillet 2016

SAMEDI.
              Films vus. Le Mouton enragé (Michel Deville, France – Italie, 1974)
                               Going to Brazil (Patrick Mille, France, 2016)
                               Seul contre tous (Gaspar Noé, France, 1998)
                               Or noir (Black Gold, Jean-Jacques Annaud, France – Italie – Qatar – Tunisie, 2011)
                               The Square (Ruben Östlund, Suède – Allemagne – France – Danemark, 2017)
                               Les Fantômes d’Ismaël (Arnaud Desplechin, France, 2017)
                               Incognito (Éric Lavaine, France, 2009)
                               Embrasse-moi ! (Océan Michel & Cyprien Vial, France, 2017).
               Football. SA Spinalien – Croix 1 – 2.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
811 (3)-min  811 (2)-min
Saint-Jean-Pla-de-Corts (Pyrénées-orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011 / Le Boulou (Pyrénées-Orientales), photo du même, 29 juin 2011
              Poil et plume. À l’unique coiffeur de notre petite ville, je demandai de mettre de côté, à l’occasion, quelques mèches de cheveux foncés de la longueur voulue… Ceci, lui avais-je dit, aux fins d’expériences sans grande importance. Je n’étais pas pressé.
   Un jour le coiffeur remit à ma femme un paquet : c’étaient deux mèches, longues et fournies, de très beaux cheveux châtains.
   À B…, tout le monde se connaît. Nous sûmes qu’il s’agissait des cheveux de la petite Ève J…, une fillette de onze ans de qui la maman avait décidé de faire couper les nattes.” (Jacques Yonnet, Enchantements sur Paris)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

             
Publicités

14 octobre 2018 – 810

DIMANCHE.

Lecture. La Folie de Banvard (Banvard’s Folly, Paul Collins, 2001 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Le Promeneur, 2008 pour la traduction française, traduit de l’américain par Lionel Leforestier; 344 p., 28,50 €).

Paul Collins est allé fouiller dans les archives oubliées du XIXe siècle et en a retiré une douzaine d’excentriques et monomaniaques versés dans diverses disciplines : astronomie, poésie, photographie, médecine, mécanique… Tous ont en commun d’avoir connu la gloire avant de sombrer dans l’oubli, comme le Banvard du titre qui amassa une fortune avec ses peintures panoramiques avant d’être ruiné par l’irruption du cinématographe. De ce côté-ci de l’Atlantique, Bruno Fuligni sort des livres à la chaîne sur le même modèle, consacrés à des inventeurs ou explorateurs oubliés. Paul Collins ne déploie peut-être pas l’éventail historique de Fuligni, il n’offre pas les mêmes richesses bibliographiques qu’André Blavier (car plusieurs de ses personnages apparaissent dans Les Fous littéraires, comme ce René Blondlot, inventeur des rayons N, N comme Nancy où il dirigeait la faculté de physique), mais il sait raconter des histoires et rendre attachantes des figures qui, dans la réalité, étaient sans doute parfaitement imbuvables.

LUNDI.

Lecture. L’Orangeraie (Larry Tremblay, Éditions Alto, Québec, 2013, La Table Ronde, 2015, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 6139, 2017; 160 p., 6 €).

MARDI.

Lecture. Les Heures noires (The Deadly Climate, Ursula Curtiss, 1954 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un Mystère n° 209, 1954 pour la traduction française, traduit de l’américain par Maurice-Bernard Endrèbe, rééd. in « Polars années 50 », vol. 2, Omnibus, 1996; 1078 p., 145 F).

Une jeune femme qui vient d’assister à un meurtre se réfugie dans une maison inconnue. L’assassin rôde aux alentours, désireux de supprimer un témoin gênant. Ce thème de la femme traquée est, d’après Claude Mesplède (Dictionnaire des littératures policières), une constante de l’œuvre d’Ursula Curtiss. Elle a dû faire mieux dans le genre pour accéder à la notoriété car avec ses effets appuyés et ses rebondissements peu vraisemblables, cette histoire ne présente pas un grand intérêt.

MERCREDI.

Vie professionnelle. J’inaugure aujourd’hui une pratique qui sévit déjà depuis un moment, et pas seulement dans ma profession, la formation à distance. Il est fini le temps où l’on partait en stage à droite ou à gauche, heureux à l’idée de découvrir de nouveaux horizons et de retrouver des figures perdues de vue. Une lointaine notule (n° 38, 9 décembre 2001) évoquait ces pratiques révolues :

En général, on était convoqués à 9 heures, à 9 heures 45 tous les stagiaires étaient là, la formatrice arrivait parfois avant 10 heures, un tour de table pour se présenter, arrivée de la gestionnaire pour savoir qui mange à la cantine à midi, bon, on fait une pause pour boire un café, bon, déjà 11 heures 30, on va constituer les groupes pour cet après-midi, allez, on se retrouve à 13 heures 30 pour finir à 16 heures 30 plutôt qu’à 17 heures, hein, il y en a qui on des enfants, on sait ce que c’est, à 14 heures 15 on reprenait, bataillait une demi-heure pour trouver un couillon qui accepte d’être le rapporteur du groupe, à 15 heures 30 on commençait à entendre des raclements de chaises et des claquements de cartables, vous comprenez, mes enfants à l’école, j’habite loin, j’ai un conseil de classe, allez, à demain, c’était très enrichissant. Moi, je m’en fichais, je m’inscrivais à tous les stages qui se déroulaient à Nancy pour pouvoir aller coucher à Liverdun chez Y. et J., les enfants étaient contents de me voir et de me céder une chambre, on faisait de la musique, on se couchait tard et ça me changeait de ma solitude.

Après ont débarqué les Castafiore du Powerpoint qui lisaient fidèlement ce qui était inscrit sur leurs diapositives, on roupillait paisiblement après une croûte trop copieuse, quel beau métier. Il était temps de mettre le holà, de couper court à ces pratiques du monde d’hier. Aujourd’hui, je reste donc at home. J’ai réussi, en recopiant des liens interminables et en repêchant des identifiants oubliés depuis lurette, à me connecter sans trop de difficultés. Je me méfie du micro et de la caméra intégrées à l’ordinateur : et si l’on pouvait me voir ou m’entendre ? Donc je reste coi, j’ai mis une chemise propre, mais j’ai gardé mes chaussons, hors champ. Je constate avec soulagement qu’une chose reste immuable : les premiers mots de l’inspectrice en chef sont pour dire que le bazar, censé débuter à 9 heures, commencera à 9 heures 30. En attendant, on peut lire les messages des stagiaires qui disent poliment bonjour au fur et à mesure de leur arrivée sur le site. Une dame : “Bonjour, je suis conectée”. On est bien heureux de l’apprendre et de savoir à qui l’on confie nos enfants. D’après l’intitulé du bazar, il s’agit d’“Accompagner la mise en œuvre des ajustements des programmes de français collège”. Des programmes qui datent d’un an et qui sont déjà modifiés, j’ai bien fait de ne pas les étudier en profondeur. J’écoute religieusement l’inspectrice en chef dérouler son laïus, admirant son implication et sa conscience à l’heure où son esprit doit être occupé pas le sort qui sera le sien quand le nouveau découpage des rectorats suivra celui des régions et qu’elle recevra ses ordres de Strasbourg. C’est vite ennuyeux (je m’occupe, je classe des photos, je notule) mais parfois drôle : quand le son est coupé, trente personnes envoient un message (il y a un cadre “chat”) pour dire que le son est coupé. Quand il revient au bout de vingt secondes, ils sont cinquante à dire que le son est rétabli. Fin des hostilités à midi, j’ai appris des choses, j’en ai noté, sans pouvoir m’empêcher d’être déprimé par le fossé qui existe entre ces belles paroles prononcées depuis la forteresse rectorale et la réalité que je vis. Les hyperactifs interactifs disent merci, le flagorneur de service, qui vient de franchir dans le bon sens le seuil de pauvreté, ajoute même “c’était très enrichissant”. La “classe virtuelle”, c’était le nom du bazar, est enregistrée et peut être rediffusée. Ça peut aider ceux qui ont du mal à trouver le sommeil. En attendant, j’éteins l’ordinateur, retourne à l’époque où je vis et allume le transistor pour écouter Le Jeu des mille francs.

Éphéméride. “Dimanche 10 octobre [1943]

Visite de Gautheron. Avec lui, visite aux 4 Sergents et chez les Champonnet. Déjeuné chez moi. Allé avec Arlette à Versailles : train de Montparnasse à 3h 50. Très bonne après-midi. Brouillard. Beaucoup de cons. Trianon. Retour à 6h 1/2. Allés à la Porte Saint-Martin voir Les surprises du divorce. Souper chez Arlette. Couché. Baisé.” (Jacques Lemarchand, Journal 1942-1944)

Lecture. La Femelle du Requin n° 48 (automne/hiver 2017; 94 p., 10 €).

Marie-Hélène Lafon – Marc Graciano.

VENDREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Amos Oz, Judas, Folio, 2018.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Place des grands hommes.

810 (5)-min

810 (4)-min

Paris (Seine), rue des Petites-Écuries, photo d’Hervé Lechat, 16 janvier 2018 / Le Journal de la Haute-Marne, 19 juin 2018, transmis par Jean-François Fournié

SAMEDI.

Films vus. Petit paysan (Hubert Charuel, France, 2017)

La Villa (Robert Guédiguian, France, 2017)

Shoah (Claude Lanzmann, France – R.-U., 1985)

Seven Sisters (What Happened to Monday, Tommy Wirkola, R.-U. – France – Belgique, 2017).

Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4200 salons, atteint le 28 avril 2018.

Bilan géographique.

Classement général par pays.

  1. France : 3506 (+ 85)
  2. Espagne : 169 (+ 1)
  3. Royaume-Uni : 81 (+ 5)
  4. Belgique : 59 (+ 2)
  5. Italie : 51 (=)
  6. États-Unis : 45 (=)
  7. Danemark : 34 (=)
  8. Suisse : 26 (+ 1)
  9. Portugal : 25 (+ 5)
  10. Allemagne : 23 (=)

Le Portugal dépasse l’Allemagne.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 643 (+ 2)
2. Île-de-France : 554 (+ 17)
3. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 281 (+ 18)
4. Languedoc-Roussillon : 279 (+ 4)
5. Lorraine : 267 (+ 8)
6. Midi-Pyrénées : 220 (+ 20)
7. Pays de la Loire : 141 (+ 1)
“. Bretagne : 141 (+ 1)
9. Bourgogne : 134 (=)
10. Centre : 123 (+ 1)

16 régions sur 27 progressent. PACA prend place sur le podium en dépassant le Languedoc-Roussillon. Les Pays de la Loire et la Bretagne ne se quittent pas d’un pouce.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 445 (+ 13)
2. Rhône : 324 (+ 2)
3. Vosges : 150 (+ 3)
4. Loire-Atlantique : 111 (+ 1)
5. Pyrénées-Orientales : 92 (=)
6. Loire : 91 (=)
7. Meurthe-et-Moselle : 83 (=)
8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
9. Bouches-du-Rhône : 72 (+ 17)
“. Saône-et-Loire : 72 (=)

Bond en avant des Bouches-du-Rhône qui gagnent 3 places et chassent l’Hérault du top 10.

Classement général par communes.

1. Paris : 445 (+ 13)
2. Lyon : 149 (+ 2)
3. Nantes : 57 (=)
4. Barcelone : 55 (=)
5. Nancy : 47 : (=)
6. Épinal : 40 (+ 2)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 29 (+ 3)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

La 11e place est occupée par Toulouse, précédemment 28e, qui compte 21 salons (+ 10).

Bilan humain.

Délaissons un peu les têtes d’affiche, qui changent peu, pour regarder le classement au-delà de la 10e place.

11. Christophe Hubert : 62 (=)
12. Jean-François Fournié : 59 (+ 3)
13. Francis Henné : 53 (=)
14. Philippe de Jonckheere : 43 (=)
“. Bernard Gautheron : 43 (=)
16. Bernard Bretonnière : 41 (=)
17. Bernard Visse : 40 (=)
18. Yannick Séité : 31 (=)
19. Francis Pierre : 30 (+ 1)
20. Antoine Fetet : 20 (=)

Étude de cas. Ces chers disparus.

810 (3)-min  810 (1)-min

Brive-la-Gaillarde (Corrèze), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2013 / Tournus (Saône-et-Loire), photo du même, 5 octobre 2018

810-min  810 (2)-min

Châtenois (Vosges), photo de l’auteur, 6 octobre 2013 / Pont-Saint-Vincent (Meurthe-et-Moselle), photo de Denis Garcia, 13 juillet 2013

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 12 mars 2017. 115 km. (32340 km).

810 (6)-min

287 habitants

   Le monument de pierre blonde se trouve adossé à une haie de thuyas au bout d’une courte allée dallée. Un bas-relief, deux branches autour d’une torche, figure sur deux faces de la colonne, à l’avant et à l’arrière.

810 (7)-min

À ses enfants

Morts pour la France

La Commune de Rainville

reconnaissante

1914-1918

   Droite :

1914

DUVAL Louis

THIÉRY Marcel

BILLET Maurice

CHAUMONT Paul

ROLIN Abel

GALAND Fernand

1915

BASTIEN Alfred

1916

DEVAUX Émile

BASTIEN Marcel

1917

GRANDIDIER Maurice

FLORENTIN Paul

DEVILLE Joseph

   Dos :

Ceux qui sont morts

Pour la Patrie

Ont droit qu’a leur tombe

La foule vienne et prie

   Paul Chaumont a droit à une plaque individuelle.

810 (8)-min

             Poil et dessin. 

810-min (2)

Chaval, L’Homme-page

Bon dimanche,

Philippe DIDION

7 octobre 2018 – 809

LUNDI.
           Lecture. La Nuit myope (A.D.G., Belfond, 1981 pour l’édition originale, rééd. La Table Ronde, coll. La Petite Vermillon n° 427, 2017; 112 p., 5,90 €).
                         Je m’étonne de n’avoir pas vu passer ce titre à l’époque de sa sortie, époque à laquelle je suivais de près ce qu’A.D.G. publiait dans la Série Noire. À lire ce texte, je me demande d’ailleurs si le prix que j’accordais alors aux ouvrages de cet auteur n’était pas un peu surestimé : le style faussement négligé paraît vieillot, les jeux de mots faiblards, le prétexte narratif bien mince. Bref, on est plus du côté d’un San-Antonio paresseux que de Manchette – un des rares auteurs français de cette époque à résister aux outrages du temps.
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Annie Ernaux, Mémoire de fille, Folio, 2018.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “3 octobre [1931].
Travail abrupt. Détails sur les différentes espèces de masques; langue secrète de la société. Mais il semble que rien n’avance et que les gens, s’ils lâchent quelques petits secrets, cachent soigneusement le principal.
Je ne suis pas sorti du tout et j’ai travaillé avec Ambara. Il doit m’emmener demain à un sacrifice en vue de faire tomber la pluie… Je le lui ai demandé. Mais que fera-t-il ?
Par ailleurs, je souhaiterais être un missionnaire catholique appliquant les principes du plus pur syncrétisme, enseignant que Jésus-Christ est l’inventeur du rite pégou, la Sainte Vierge la mère du masque, et communiant sous les espèces de la bouillie de mil et du dolo.” (Michel Leiris, L’Afrique fantôme)
VENDREDI.
                  Lecture. La Nouvelle Revue française n° 622 (Gallimard, janvier 2017; 176 p., 15 €).
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Misère de la signalisation routière en Creuse.
809 (1)-min  809 (2)-min  809 (3)-min  809 (4)-min
Mazeyrat / Parsac / Rougnat, photos de l’auteur, août 2016 – juillet 2017
SAMEDI.
Films vus pendant la semaine. Marie-Francine (Valérie Lemercier, France – Belgique, 2017)
                                                               Demain et tous les autres jours (Noémie Lvovsky, France, 2017)
                                                               Sales gosses (Frédéric Quiring, France, 2017)
                                                               Chacun sa vie (Claude Lelouch, France, 2017).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
809 (5)-min  809-min
Brouilla (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011 / Lyon (Rhône), photo du même, 7 février 2016
             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 19 février 2017. 52 km. (32225 km).
809 (7)-min
160 habitants
Le monument, de facture ordinaire (pierre blanche, croix chrétienne, croix de Lorraine, Croix de Guerre, guirlande végétale), est dans le cimetière. Les plaques de marbre noir portant les noms sont neuves.
809 (6)-min
À nos morts
1914-1918

ADAM Émile

COLIN Louis

GABRIEL Marcel

GÉRARD Edmond

MICHEL Alphonse

POIROT Marcel

ROBERT Henri

THIEBAUTGEORGES Henri

THOMASSIN Henri

VERNIER Joseph

Guerre 1939-1945

THÉVENIN Jean

STAUFFER Jean

MATHEY Étienne

Poil et plume. “Jeanne était coiffée comme les jeunes gens de l’époque “à l’écuelle”, c’est-à-dire d’après le procédé très simple qui consiste à placer une écuelle sur la tête et à couper ras tous les cheveux qui dépassent. Les tempes se trouvent ainsi rasées, les oreilles très largement dégagées et il ne reste sur le sommet du crâne qu’une sorte de calotte brève. Et, dans l’acte d’abjuration tel qu’il fut établi par Cauchon, il est en effet fait mention de “cheveux rongnez en guise de homme”.” (Jean Grimod, Jeanne d’Arc a-t-elle été brûlée)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

30 septembre 2018 – 808

LUNDI.

             Lecture. La Malédiction des neuf fois neuf (Nine Times Nine, Anthony Boucher, Duell, Sloane & Pierce, New York, 1940 pour l’édition originale, traduit de l’américain par Danièle Grivel, in « Mystères à huis clos », Omnibus, 2007; 1148 p., 27 €).

                           Les récits de meurtres à huis clos sont toujours décevants : les solutions imaginées par les auteurs sont tellement biscornues et alambiquées qu’elles en perdent toute vraisemblance, quels que soient les efforts prodigués par leurs auteurs. Il n’est pas inconvenant de dire que Le Mystère de la chambre jaune doit son succès et la longévité de celui-ci à d’autres raisons que celles de la résolution du crime proprement dite. Le roman d’Anthony Boucher ne déroge pas à la règle et la résolution de l’énigme proposée est aussi des plus tordues. Cependant, comme chez Gaston Leroux, il y a autre chose, d’autres qualités qui rendent le livre attachant : un humour léger, un rythme soutenu et une peinture des milieux religieux sectaires de Los Angeles qui valent finalement le détour.
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Danielle Steel, Rançon, Pocket, 2012; Raphaëlle Giordano, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, Pocket, 2017.
            Obituaire. Dans l’éditorial du dernier Bulletin de l’Association Georges Perec, je constatais benoîtement le développement régulier de la rubrique “Carnet”, consacrée en partie aux disparitions de ceux et celles qui avaient côtoyé le jeune homme, l’adulte ou l’écrivain. Les choses ne vont pas en s’arrangeant et deux noms viennent aujourd’hui s’ajouter à la liste de ceux déjà couchés dans le prochain numéro : Paul Virilio, éditeur d’Espèces d’espaces, et Marceline Loridan-Ivens, qui avait récemment exhumé un morceau de sa correspondance amoureuse avec Perec. Marceline, née Rozenberg à Épinal (Vosges) a été régulièrement mentionnée dans les notules : je m’étais fait fort de retrouver trace de sa famille dans sa ville natale mais mes recherches n’avaient guère été concluantes. Son séjour ici avait été très bref, très éloigné dans le passé, et elle ne répondait pas aux sollicitations. Aujourd’hui, grâce à l’obligeance d’une notulienne locale, je peux juste montrer l’endroit où se trouvait la boutique de confection de sa mère. La boutique s’appelait “Suzy”. Il en reste au moins une lettre.

808 (5)-min

Épinal (Vosges), rue des Minimes, photo de l’auteur, 2 septembre 2018, remerciements à A.-M. V.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Friday 19 [septembre 1919] 10 1/2 p.m.
The change on London is lower, but since yesterday morning I am very unwell, and wonder whether I shall be able to leave Paris on Sunday. In fact, I don’t think I shall, because as yet I have not asked formally for a passport; so that, if I am better and can go, I shall not be able to leave before Wed. or Thursday next. I have suffered horribly yesterday afternoon and today. Pain in my head, and all the usual troubles.” (Valery Larbaud, Journal)
VENDREDI.
                  Vendredi. Vosges Matin du jour m’apprend le décès de M. Grandhomme. Une notule du temps jadis (n° 179, 10 octobre 2004), ci-dessous reproduite, lui avait rendu un hommage anthume.

VENDREDI.
                  Vie de quartier. Ici, c’est une photo de M. Grandhomme, prise le 30 septembre dernier.

 

179-808 (2)-min

M. Grandhomme tient un garage en face de la pharmacie, juste à côté du coiffeur, ex-marchand de télé qui n’avait jamais vendu de télé. Voici le garage, photographié également le 30 septembre dernier. 

179-808 (1)-min

Donc c’est le garage, vu de mon bureau. Le 30 septembre, M. Grandhomme a pendu son bleu au clou, raccroché ses clés à tube et a fermé les portes du garage du Char-d’Argent. Il y travaillait depuis l’âge de 14 ans, en compagnie puis à la suite de son père qui avait pris l’affaire en 1936. M. Grandhomme travaillait seul, pelant de froid l’hiver et crevant de chaud l’été sous son toit en tôle. Le garage du Char-d’Argent n’était pas une clinique pour voitures où le chef d’atelier vous reçoit en blouse blanche de médecin hospitalier. C’était une chape de ciment avec un pont et une fosse, des bidons, des flaques de graisse et des seaux de sciure. On y était bien reçu. M. Grandhomme prend sa retraite, un peu las et incapable d’investir dans l’appareillage électronique que réclame désormais sa profession. M. Grandhomme ne quitte pas le quartier. Il continuera d’habiter au-dessus du garage, c’est là qu’il est né. Il essaiera de louer les lieux, il paraît que des gens cherchent des endroits comme le sien pour l’hivernage de leurs caravanes. M. Grandhomme n’est pas amer, il est content de pouvoir souffler un peu. Derrière sa maison, il a un petit jardin qui descend jusqu’à la Moselle, j’y suis allé une fois ou deux. L’été, Madame Grandhomme y étend les cottes de son mari et y soigne ses géraniums. Il y a des sièges pour se reposer. Il y a aussi quelques GS et une 504 qui rouillent gentiment sur la pelouse, sans roues, sans phares, mais qui ont l’air d’être heureuses d’avoir quitté l’asphalte et d’être là, dans l’herbe. M. Grandhomme, quand les beaux jours reviendront, ira s’asseoir sur une chaise longue et fumera ses Gauloises, paisible, au milieu des carcasses aux orbites creuses. M. Grandhomme ne sera jamais seul.

                  Vie en Creuse. À la fin nous décidâmes de ne plus jamais y revenir parce que ces semaines avaient été parfaites et rien n’aurait pu les égaler.” J’ai toujours essayé de respecter cette phrase de Fitzgerald, écrite après un séjour à Annecy en compagnie de Zelda en juillet 1931, en évitant autant que possible de retourner sur les lieux où j’avais été heureux. Pour ce qui est de la Creuse, l’endroit de la Terre où, justement, je suis le plus heureux, je suis obligé d’y aller souvent pour avoir l’impression de n’en jamais partir. C’est pourquoi aujourd’hui, sitôt mes cours expédiés, je m’enfuis vers Guéret.
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Restauration souriante.
808 (1)-min  808 (2)-min
Aubusson (Creuse), photo de l’auteur, 29 décembre 2017 / Beaune (Côte-d’Or), photo de Gérard Luraschi, 18 mars 2018
SAMEDI.
              Vie littéraire. Treizièmes rencontres de Chaminadour à Guéret, donc. Ça commence par l’annonce de la défection de Michon, qui a sacré son camp aux Cards. Ce n’est plus une surprise, il fait ça chaque année, heureusement qu’on ne vient plus seulement pour lui. Je finis ma nuit bercé par la voix de Marie-Hélène Lafon qui parle de Mathieu Riboulet, récemment décédé. De Marie-Hélène Lafon, je ne connais que le premier roman, que j’avais lu pour le Prix René-Fallet. Elle a fait son chemin depuis, son profil de prof sévère – qu’elle est peut-être dans la réalité – est bien connu et m’incite à ne dormir que d’un œil, de peur d’une verte remontrance. Chaque fois que je vois cette femme, j’ai l’impression que j’ai oublié de lui rendre ma rédaction. La table ronde qui suit tourne autour de “Corps, sexualité, travestissement”, ce qui me rend un poil circonspect au moment d’aller me soulager aux urinoirs. Pas de soupeurs, c’est déjà ça. Au bout d’une matinée passée à écouter des écrivains parler d’autres écrivains et parfois d’eux-mêmes, j’en arrive à me dire que l’écrivain est fait pour écrire, le lecteur pour lire et que le reste – et c’est là que Michon a raison – n’est que fanfreluches. L’après-midi est d’un autre calibre avec une longue intervention de Leïla Shahid, appelée à témoigner sur son amitié avec Jean Genet. Elle était avec lui à Beyrouth en 1982, est entrée avec lui dans les camps de Sabra et Chatila, juste après les massacres. On peut penser qu’elle a eu le temps de roder son récit au fil de sa longue carrière politique et médiatique, n’empêche, ça remue.
              Films vus pendant la semaine. Happy End (Michael Haneke, France – Autriche – Allemagne, 2017)
                                                                Le Pays sans étoiles (Georges Lacombe, France, 1946)
                                                                Les Ex (Maurice Barthélémy, France, 2017)
                                                                La Vie de château (Jean-Paul Rappeneau, France, 1966)
                                                                Laissez bronzer les cadavres (Hélène Cattet & Bruno Forzani, France – Belgique, 2017).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
808 (3)-min   808 (4)-min
Boissy-sous-Saint-Yon (Essonne), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 26 mars 2011 / Crach (Morbihan), photo de l’auteur, 12 juillet 2014
             Poil et pellicule.
808-min
Une fille et des fusils (Claude Lelouch, France, 1965)
DIMANCHE.
                   Vie en Creuse. Place Bonnyaud, Guéret. La petite troupe de Chaminadour se rassemble. Tiens, Pierre Michon est de retour. Marie-Hélène Lafon, absente, des rédactions à corriger peut-être. Avant le départ du cortège, j’échange quelques mots avec Leïla Shahid, immense honneur. Puis on démarre, direction la maison Jouhandeau, à travers les rues désertes – elles le sont toujours – au son de l’orchestre New Orleans, sous les banderoles “Honneur à Mathieu Riboulet” et “Honneur à Jean Genet”. Comme à chaque fois, un cafard noir m’envahit, parce que c’est l’heure de repartir, parce que j’ai l’impression de suivre un enterrement sans savoir si l’on porte en terre des réfugiés palestiniens de 1982, des réfugiés d’aujourd’hui, les cadavres de Genet et de Riboulet, ou celui de la littérature tout entière.
LUNDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Alex Dahl, Le Garçon derrière la porte, City, 2018.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Mardi 26 septembre. – Je m’amusais hier à envoyer à M.D. sur une feuille de papier recouverte d’une autre, très légèrement collée par les bords, le dessin, au crayon, d’un trait très léger, d’une q….
Ce soir je trouve dans ma boîte deux lignes d’elle me demandant si c’est moi qui lui envoie “ceci” (qu’elle me retourne), ce qui serait déplacé dans l’inquiétude dans laquelle elle est (sa toilette dérangée l’autre matin).
“Déplacé !” Ce mot entre nous. Je lui ai fait une petite réponse… Tant pis si elle la prend mal. Elle ne peut pas se douter à quel point, d’un coup, elle me refroidit.” (Paul Léautaud, Journal particulier 1933)
VENDREDI.
                  Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lalie Walker, Les Survivantes, Actes Sud, 2010.
                  Lecture. Jeunesse (Youth : A Narrative, and Two Other Stories, Joseph Conrad, Blackwood, 1902 pour l’édition originale, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 318, 1985 pour la traduction française in “Œuvres 2”; 1514 p., 59 €).
                                Après avoir vu récemment Apocalypse Now, j’ai voulu savoir ce que le film devait à la nouvelle de Conrad, “Au coeur des ténèbres”, citée comme une des sources du scénario. C’est la figure de Kurtz, personnage énigmatique et hors d’atteinte imaginé par Conrad, qui a été reprise par Coppola. La nouvelle figure dans le recueil Jeunesse, au milieu de deux autres, “Jeunesse” et “Au bout du rouleau”, les trois textes illustrant trois âges de la vie. “Jeunesse” en est le meilleur élément, et j’y ai retrouvé la magie des phrases de Conrad dont j’avais lu quelques romans en anglais – j’étais alors moins paresseux – dans mes vertes années. J’ai encore en mémoire cette image du soir tombant sur le bateau de Lord Jim, en conclusion d’un chapitre, et qui me semble toujours somptueuse : “The night descended on her like a benediction”.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Souplesse des horaires en milieu artistico-commercial.
808 (7)-min  808 (6)-min
Bouguenais (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 18 août 2017 / Paris (Seine), avenue Philippe-Auguste, photo de Jean-François Fournié, 17 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. La Pluie qui chante (Till the Clouds Roll By, Richard Whorf, É.-U., 1946)
                               Nos années folles (André Téchiné, France, 2017)
                               Streetlife (Karl Francis, R.-U., 1995)
                               C’est beau la vie quand on y pense (Gérard Jugnot, France, 2017)
                               Le Roi et moi (The King and I, Walter Lang, É.-U., 1956)
                               Le Jeune Karl Marx (Raoul Peck, France – Belgique – Allemagne, 2017)
                               Y aura-t-il de la neige à Noël ? (Sandrine Veysset, France, 1996).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
808 (8)-min   808 (9)-min
Villelongue-dels-Monts (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011 / Cahors (Lot), photo du même, 2 mars 2013
              Poil aux arts.
808 (10)-min
Performance perruquière au Musée d’Art Contemporain de Barcelone
Bon dimanche,
Philippe DIDION

16 septembre 2018 – 807

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 30 septembre 2018.

LUNDI.

Vie de famille. Alice part pour Nancy rejoindre Lucie et entamer à son tour sa vie d’étudiante. Nous sommes désormais voués à passer, Caroline et moi, nos semaines en duo, en attendant le retour hebdomadaire – du moins dans un premier temps – de nos oiseaux. L’envol hors du nid est un point de passage obligé, souvent vécu et relaté par les parents sur le mode déploratif : la chambre vide, les repas en tête-à-tête, la conversation qui s’assèche, les portes qui ne claquent plus… Tout cela est secondaire face aux vrais tourments engendrés par cette situation nouvelle : il va nous falloir un temps fou pour garnir le lave-vaisselle et remplir un sac poubelle.

MARDI.

Malfantômas.

807-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, mai 2018

 MERCREDI.

Éphéméride. “12 septembre [1912]. – Ce soir, le Dr L. est venu nous voir. Encore quelqu’un qui part pour la Palestine. Il passe son examen d’avocat un an avant la fin de son stage et part (dans quinze jours) avec douze cents couronnes. Il chercherait un poste à l’Office palestinien. Tous ces gens qui vont en Palestine (le Dr B., le Dr K.) baissent les yeux, se sentent éblouis par leurs auditeurs, promènent leurs doigts tendus sur la table, ont une voix qui chavire, sourient d’un sourire faible qu’ils font tenir debout avec un peu d’ironie. – Le Dr K. a raconté que ses élèves sont chauvins, ils n’ont que les Macchabées à la bouche et veulent suivre leurs traces.”(Franz Kafka, Journaux)

Lecture. Liberté pour les ours ! (Setting Free the Bears, John Irving, Random House, 1968, Le Seuil, 1991 pour la traduction française, traduit de l’américain par Josée Kamoun; 420 p., 130 F).

Il fut un temps où tout le monde lisait Le Monde selon Garp. Je l’ai fait aussi, et avec grand plaisir, trouvant dans ce roman un mélange plaisant de fantaisie et d’émotion. Du coup, on a traduit les romans antérieurs de John Irving, dont celui-ci, avec à la manœuvre Josée Kamoun qui vient de défrayer la chronique avec une traduction controversée du 1984 d’Orwell. Ce n’était peut-être pas une nécessité vitale : bien sûr, John Irving y dévoile son penchant pour les histoires débridées avec un récit picaresque, l’odyssée de deux amis à travers l’Autriche et les Balkans de l’après-guerre, mais c’est très long, très décousu, les traits d’humour sont rares et on s’ennuie vite.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Affaires religieuses : coup de balai sur le christianisme et implantation du bouddhisme en Creuse.

807 (1)-min  807 (2)-min

Combourg (Ille-et-Vilaine), photo de Bernard Bretonnière, 19 octobre 2017 / Bétête (Creuse), photo de l’auteur, 26 juillet 2017

SAMEDI.

Lecture. Revue des Deux Mondes, juillet-août 2016 (224 p., 15 €).

Films vus. L’École buissonnière (Nicolas Vanier, France, 2017)

Good Men, Good Women (Hao nan hao nu, Hou Hsiao-Hsien, Japon – Taïwan, 1995)

Message from the King (Fabrice du Welz, R.-U. – France – Belgique – É.-U., 2016)

Rififi à Tokyo (Jacques Deray, France – Italie, 1963)

Épouse-moi mon pote (Tarek Boudali, France, 2017)

Le Tigre du Bengale (Der Tiger von Eschnapur, Fritz Lang, R.F.A. – France – Italie, 1959).

L’Invent’Hair perd ses poils.

807 (4)-min  807 (3)-min

Saleilles (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011 / Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), photo du même, 16 février 2014

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 8 janvier 2017. 77 km. (32173 km).

807 (5)-min

158 habitants

   Pas de monument visible. Il doit y avoir quelque chose à l’intérieur de l’église, si j’en crois les figures dessinées au bas d’un vitrail, mais elle est fermée.

807 (6)-min

   Jetant par acquit de conscience un regard à travers la vitre sale de la Mairie, je vois la salle du conseil et, dans un coin, une plaque commémorative près d’un crucifix et d’un drapeau tricolore. La photographie est malaisée, mauvaise, mais au moins le bredouille est évité.

807 (7)-min

Aux enfants de Puzieux

BONGARD Henri 1884-1914

CLAUDEL Marcel 1889-1914

ELARDIN Henri 1892-1916

THOUVENOT Albert 1894-1917

Morts pour la France

             Poil et pellicule.

807 (8)-min

Vive la France (Michel Audiard, France, 1974)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

9 septembre 2018 – 806

LUNDI.

Vie professionnelle. Les élèves de sixième qui découvrent aujourd’hui le collège le quitteront définitivement en même temps que moi. Je me demande qui de nous sera le plus heureux.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 14 (15 décembre 2017, 80 p., 15 €).

“L’échec”

MARDI.

Malfantômas.

806-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, juillet 2018

            Lecture. En mémoire de Fred (My Brother’s Destroyer, Clayton Lindemuth, 2013, Seuil, coll. Cadre noir, 2017 pour la traduction française, traduit de l’américain par Patrice Carrer; 400 p., 21,50 €).

Fred, c’est le chien de Baer Crichton, un homme des bois qui gagne sa vie en distillant de l’alcool frelaté. Fred est dognappé par des amateurs de combats de chiens, puis abattu. La vengeance de Baer sera terrible… La langue de Lindemuth s’adapte au côté fruste et violent des personnages, à la dureté des paysages. Le récit au présent est censé coller à une réalité sans fioritures. On lorgne du côté de Jim Harrison et de Craig Johnson mais on se retrouve avec une sorte de Peter Cheyney ayant quitté le milieu urbain pour la nature sauvage. Le transfert ne fonctionne pas, on tourne rapidement en rond avec la répétition des mêmes procédés et on s’ennuie.

MERCREDI.

 Éphéméride. À Nora Barnacle Joyce

“5 septembre 1915                                                     44 Fontenoy Street, Dublin

Ma petite fille bien aimée. Demain soir (Mardi), si j‘ai l’argent demandé par télégramme, j’espère partir d’ici avec Éva et Georgie.

J’ai quelques nouvelles à t’annoncer, ma chérie. Mon bon ami Kettle doit se marier mercredi, et ce soir j’ai eu une conversation de quatre heures avec lui. C’est, je crois, le meilleur ami que j’aie en Irlande, et il m’a rendu de grands services ici. Lui et sa femme vont venir passer un jour ou deux à Trieste à l’occasion de leur voyage de noces et je suis sûr, ma chérie, que tu m’aideras à leur faire un bon accueil. Mets la maison en ordre, assure-toi que le piano n’est pas ouvert et veille à avoir des robes convenables. […]” (James Joyce, Choix de lettres)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Chanteurs en reconversion.

806 1)-min  806 2)-min

Le Grand-Bornand (Haute-Savoie), photo de l’auteur, 16 mai 2016 / Paris (Seine), rue Arsène-Houssaye, photo de Francis Henné, 16 novembre 2016

SAMEDI.

Vie littéraire. Je fais une rapide incursion à Nancy histoire, d’une part, de m’assurer auprès de Maylis de Kerangal qu’elle ne connaît pas le texte de Perec sur le trompe-l’œil (je le lui enverrai, c’est convenu) et, d’autre part, de me procurer le dernier numéro des Refusés qui contient une défense et illustration de l’IPAD.

Football. SA Spinalien – Reims B 1 – 1.

Films vus. Le Prix du succès (Teddy Lussi-Modeste, France, 2017)

La Femme au gardénia (The Blue Gardenia, Fritz Lang, É.-U., 1953)

Aurore (Blandine Lenoir, France, 2017)

Un homme idéal (Yann Gozlan, France, 2015)

The Circle (James Ponsoldt, Émirats arabes unis – É.-U., 2017)

Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, É.-U., 1979).

L’Invent’Hair perd ses poils.

806 (1)-min  806 (3)-min

Théza (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011 / Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), photo du même, 21 mars 2013

              Invent’Hair, étude de cas, addendum. Une négligence coupable nous a fait passer à côté d’un élément qui a tout à fait sa place dans le dossier “Créatif” étudié la semaine dernière. Un élément riche puisque, comme me le fait remarquer son inventeur, il “conjugue calembour et motivation géographique : Le Créac’h (avec ce rare trigramme breton) est un hameau constitutif de la commune de Plédran.”

Réparons donc cet oubli par l’image.

806 (2)-min

Plédran (Côtes-du-Nord), photo de Yannick Séité, 26 juillet 2017

              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 27 novembre 2016. 157 km. (32096 km).

806 (5)-min

183 habitants

   Le monument se trouve à l’entrée du cimetière, sur une esplanade gazonnée semée de gros plots de ciment. De chaque côté, des banquettes de pensées et de bruyère, à l’avant la composition du 11 novembre ornée d’un ruban tricolore. La flèche porte en bas-relief un fusil et un fanion entrecroisés au-dessus d’un casque, une couronne, des feuillages et une Croix de Guerre. La plaque de 14-18 est signée “Macaire Favières”.

806 (4)-min

1914-1918

Hommage

A nos héros

Morts pour la France

Gustave SIMONIN      Marcel FERRY

Émile CANTON      Henri ZILOCCHI

Charles JACQUOT      André RANSELANT

Adrien BICOTTE      Lucien MALAGOLI

Maxime GEROME      Marcel GEROME

Aimé BIGEON      Robert ROSE

Henri BOSSI      Paul ZILOCCHI

René BARBILLON

Émile PICARD 1922

Guerre 1939-1945

Marcel AUBERT 1945

Léon AUBERT 1945

A la mémoire

de Jean Nicolas BERNARD

Tombé glorieusement

Aux combats

de Sidi Brahim

le 23 09 1845

              Poil et plume. “Lors d’une de ses rares visites à Herndon pour se faire couper les cheveux, Phil était confortablement incliné en arrière dans le fauteuil de Whitey Potter parce qu’il avait décidé de ne pas lésiner et de s’accorder un rasage maison – la raison principale en étant que, lorsqu’il rasait, Whitey parlait moins. Whitey était en effet un de ces coiffeurs qui croient qu’on le paie pour bavasser. Bon, Phil était donc allongé, avec ses longues jambes et ses chaussures de ville noires de mauvaise qualité bien en évidence. C’était un samedi, les deux autres coiffeurs donnaient du ciseau dans les crinières hirsutes de deux citadins, et le salon résonnait de bavardages animés, quelques personnes lisaient Elks Magazine ou d’autres revues que Whitey mettait là pour l’agrément et l’édification de sa clientèle, tout cela en humant l’odeur de la bonne vieille lotion capillaire Lucky Tiger, et ainsi de suite.” (Thomas Savage, Le Pouvoir du chien)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

2 septembre 2018 – 805

DIMANCHE.

Lecture. Fatale (Jean-Patrick Manchette, Gallimard, 1977, rééd. in Jean-Patrick Manchette « Romans noirs », Gallimard, coll. Quarto, 2005; 1344 p., 29,50 €).

On comprend, à la lecture de ce roman, les réticences de Robert Soulat à le faire paraître dans la Série Noire : trop mince, trop simple, trop radical, trop noir, peut-être, tout simplement. Il est vrai que cette histoire de tueuse névrosée ne fait pas dans la subtilité : la jeune femme débarque dans une ville de province et zigouille tous les notables, impliqués dans diverses magouilles, avant de se tuer. Soit. Mais il reste l’écriture de Manchette – qui explique d’ailleurs que le livre ait été tout de même accueilli, hors collection, par Gallimard : un mélange de nonchalance et de rigueur, un culot monstre qui lui fait inclure, sans guillemets, un paragraphe de Hegel dans la bouche d’un personnage, un mélange des registres, un mouvement de balancier qui fait alterner les images les plus plates et les comparaisons les plus inattendues, une patte dont on peine à trouver l’équivalent à l’époque (seul ADG, à l’autre bout du spectre idéologique, peut s’en approcher) ou aujourd’hui (Houellebecq ?).

LUNDI.

Lecture. Revue des Deux Mondes, novembre 2016 (184 p., 15 €).

“Peut-on penser librement en France ?”

Lecture. Schnock n° 21 (La Tengo, décembre 2016; 176 p., 14,50 €).

Michel Audiard.

MARDI.

Malfantômas.

805-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, 31 mai 2018

Lecture. Un monde à portée de main (Maylis de Kerangal, Verticales, 2018; 285 p., 20 €).

Maylis de Kerangal est une femme de classe, belle allure, qui m’impressionne lorsque je la vois à l’automne aux Rencontres de Chaminadour où elle forme un duo contrasté avec la silhouette toute balzacienne de Mathias Énard. Pour autant, je ne l’avais jamais lue avant d’entreprendre ce roman, première et peut-être seule concession faite à la rentrée des classes littéraire – il y a bien le petit Mathieu, mon compatriote, qui semble intéressant mais pas question de filer un fifrelin à Actes Sud. Contentons-nous donc de Maylis. Le sujet est fouillé (l’histoire d’une jeune femme qui étudie puis pratique le trompe-l’œil), documenté à l’extrême, le style ample, la phrase puissante. Influence de Chaminadour ? Je ne peux m’empêcher d’y voir une certaine proximité avec l’écriture de Michon, ce qui n’a rien de honteux, et pas seulement dans les phrases en cascade. Michon et Kerangal fonctionnent à rebours du roman ordinaire dans lequel le personnage semble conscient du regard que posent sur lui l’auteur et le lecteur. Chez eux, le personnage vit sa vie sans s’en préoccuper. L’auteur n’en donne qu’un aperçu furtif, le surprend dans telle ou telle étape de son parcours, est obligé d’imaginer ce qu’il ne voit pas, ce qu’il ne sait pas de lui. C’est le fameux “J’aimerais croire que…” de Michon dont on s’approche ici à plusieurs reprises. Le fait de situer le dernier épisode du roman à Lascaux, où l’héroïne est embauchée à la copie des fresques, rapproche aussi de La Grande Beune, le roman préhistorique de Michon, à la lecture duquel il peut servir de très belle introduction.

MERCREDI.

Lecture. L’Œil ébloui (Georges Perec & Cuchi White, Chêne/Hachette, 1981; n.p., 125 F).

J’ai voulu vérifier si Maylis de Kerangal n’avait pas, dans les passages qu’elle consacre à la technique du trompe-l’œil, emprunté une phrase ou plus au texte que Perec écrivit pour présenter les photos de Cuchi White sur ce sujet. Apparemment non. Je me promets toutefois de lui demander à l’occasion si elle connaît ce livre.

Éphéméride. “29 août 1943, Le Savoureux

Chateaubriand pas attaché à ses livres, et peu à la religion.

Grasset dérangeant tout le monde deux fois par nuit – méchant avec sa secrétaire à qui il essaie de faire du tort. Quand les Allemands à Paris, a prétendu n’avoir vu que 2 fois [Otto] Strasser et ignorer ce qu’il était devenu.

Le chanoine Mugnier se fait lire Les Martyrs, mais trouve détestable le merveilleux chrétien. Ses mots : [“]Croyez-vous à l’enfer ? – Oui, mais pour moi seulement.[“] A écrit Journal sauvegardé par Le Savoureux.” (Jean Grenier, Sous l’Occupation)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour rester propre.

805 (1)-min  805 (2)-min

Paris (Seine), rue Custine, photo d’Alice Cohen-Hadria, 19 novembre 2017 / Nice (Alpes-Maritimes), photo de Gérard Noël, 16 décembre 2017

SAMEDI.

  Films vus. Visages villages (JR & Agnès Varda, France, 2017)

Mensonge (François Margolin, France, 1993)

Problemos (Éric Judor, France, 2017)

Le Syndrome de Stendhal (La sindrome di Stendhal, Dario Argento, Italie, 1996)

Grand froid (Gérard Pautonnier, France – Belgique – Pologne, 2017)

Le Testament du docteur Mabuse (Das Testament des Dr. Mabuse, Fritz Lang, Allemagne, 1933).

  L’Invent’Hair perd ses poils.

805 (3)-min  805 (4)-min

Montescot (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011 / Uxegney (Vosges), photo de l’auteur, 18 octobre 2015

Invent’Hair, étude de cas. Dimanche, Bernard Bretonnière, fidèle contributeur du chantier (41 photos au dernier bilan), m’envoyait la photo d’un salon Créa’tif sis à Aunac-sur-Charente (Charente), envoi assorti d’une demande : combien l’Invent’Hair comptait-il de salons ainsi nommés ? La question est plus difficile qu’on peut le croire. La nomenclature établie le 25 avril 2010 (notules n° 443) répertoriait trois axes majeurs dans les intitulés des salons : l’axe Hair, l’axe Coif et l’axe à Tif, trois axes qui regroupent, à ce jour, 63,8 % du corpus. Dans l’axe à Tif, la branche Créatif contient de nombreuses ramifications :

– Créatif : 10 éléments

– Créatifs : 1 élément

– élément antéposé + Créatif (ex. Esprit Créatif) : 7

– Créatif + élément postposé (ex. Créatif Coiffure) : 4

Passons maintenant au cas complexe de la césure, marquée par le trait d’union ou l’apostrophe, en laissant de côté le problème de l’utilisation des majuscules ou minuscules qui nous entraînerait plus loin encore :

– Créa-tif : 3 éléments

– Créa-tifs : 3

– élément antéposé + Créa-tif : 1

– élément agglutiné + Créa-tif : 1 (Récréa-tif)

– élément antéposé + Créa-tifs : 2

-Créa’tif : 20 éléments

– Créa’tifs : 11 éléments

– élément antéposé + Créa’tif : 7

– élément agglutiné + Créa’tif : 2

– Créa’tif + élément postposé : 2

– élément antéposé + Créa’tifs : 3

Cas des guillemets :

– “Créa-tif” : 1 élément

– Créat”tifs” : 1

On a remarqué, dans ce dernier, cas, le doublement du t. Le doublement du f est plus fréquent :

– Créa tiff : 2 éléments

– Créa’tiff : 3

– Créa’tiffs : 1

– Récréa tiff : 1

Dans les enseignes utilisant des majuscules, nous avons considéré le E de CREATIF comme étant accentué. Une seule enseigne possède un e minuscule non accentué, Creatif à Riga (Lettonie). Signalons aussi, dans le domaine étranger, la présence d’un salon Creative Cutting à Cassino (Italie). On ne trouve pas, à ce jour, de Créatyf, tyff ou typhe, ni de Craie à tifs – qui serait pourtant bienvenu. Notons, pour conclure, qu’une étude aussi précise et aussi captivante, consacrée à l’intitulé “L’Hair du temps”, a paru dans le n° 19 de la revue Les Refusés (Nancy, 2017).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 20 novembre 2016. 125 km. (31939 km).

805 (6)-min

96 habitants

   Le monument, signé Roche-Petiot à Senones, est récent. C’est une construction de granit poli, plantée au sommet du village, derrière de gros conifères taillés en boule. Une flèche ornée d’une Croix de Lorraine est flanquée de deux dalles verticales supportant deux sphères. De la bruyère et des chrysanthèmes décorent l’ensemble, avec les compositions datant du 11 novembre (Fleurs de Salm, à Senones). Un Christ portant sa croix surmonte l’inscription.

805 (5)-min

Aux enfants du Puid

Morts pour la France

   Dalle de gauche :

Guerre 1914-1918

AUCLAIR Adolphe

CAUMONT Maurice

CHARPENTIER René

MARCHAL Édouard

MARCHAL Léon

Victimes civiles

CAUMONT Julien

EYMANN Fortuné

LAUNAY Joseph

MARCHAL François

Mort aux Armées

MAGISTRIS Henri

   Dalle de droite :

Guerre 1939-1945

A nos martyrs déportés

19 noms sur deux colonnes

   Une plaque : “Sous ce monument ont été déposées des cendres de Dachau”.

  Poil et deuil.

805 7-min  805-8 min

Le Monde, 16 décembre 2016

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

26 août 2018 – 804

MARDI.

Lecture. La Nouvelle Revue française n° 623 (Gallimard, mars 2017; 144 p., 15 €).

Malfantômas.

804-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, juin 2018

MERCREDI.

Lecture. Dans la forêt (Into the Forest, Jean Hegland, 1996 pour l’édition originale, Gallmeister, 2017 pour la traduction française, rééd. Gallmeister, coll. Totem n° 106, 2018, traduit de l’américain par Josette Chicheportiche; 320 p., 9,90 €).

On ne s’explique pas pourquoi il a fallu attendre vingt ans avant de voir ce roman traduit en français. Il se classe en effet nettement au-dessus de la production ordinaire américaine du genre choisi par Jean Hegland. Car c’est un récit de survivant, de survivantes plus précisément, deux sœurs amenées à vivre dans une maison isolée en bordure de forêt suite à une catastrophe. L’habileté de l’auteur tient au fait que la catastrophe en question n’a rien de violent : pas de guerre, pas de bombe nucléaire, pas de fin du monde. C’est une catastrophe insidieuse, une catastrophe économique – beaucoup plus plausible – qui se traduit d’abord par des coupures de courant de plus en plus longues et fréquentes, puis par une panne totale qui sape les fondements de la société moderne : les communications et les déplacements. Plus d’essence, plus de vivres, plus de nouvelles, plus de contacts. Il faut survivre. Commence alors une robinsonnade qui, si elle n’est pas nouvelle, se distingue toutefois par l’évolution des liens entre les deux sœurs et leurs réactions face aux intrus (humains et animaux) venus du monde extérieur empiéter sur leur territoire. Le journal que tient l’une des deux protagonistes, matière première du roman, est écrit dans une très belle langue, sait mêler l’émotion au récit d’aventures, captive de bout en bout. Un film tiré du livre est sorti aux États-Unis en 2016. On espère ne pas avoir à attendre vingt ans pour le voir.

Éphéméride. “22 août

* Rosa Luxemburg, au bord du Schlachtensee, s’applique à peindre le paysage. C’est la première fois qu’elle peint dans la nature. Elle s’aperçoit que c’est horriblement difficile. Il y a toutes sortes d’obstacles matériels (tenir à la main tout son matériel, n’avoir nulle part où le poser) et puis les promeneurs dérangeants, et surtout l’eau et le ciel, qui changent d’aspect à chaque instant.

* Viktor Ullmann, au camp de Theresienstadt, compose sa Septième sonate, qu’il dédie à ses trois enfants.

* Zola est à Médan où il peine sur son terrible roman, La Terre.” (Michelle Grangaud, Calendrier des poètes : Année folle I)

JEUDI.

Lecture. Les Trésors de la mer Rouge (Romain Gary, Gallimard, 1971, rééd. in « Romain Gary – Émile Ajar, Légendes du je », Gallimard, coll. Quarto, édition établie et présentée par Mireille Sacotte; 1428 p., 29,90 €).

C’est un Gary inattendu que présente ici ce recueil, le Gary reporter, une fonction qu’il a pourtant exercée à de fréquentes reprises pour Life ou pour France-Soir. Commandée par Pierre Lazareff, cette exploration des bords de la mer Rouge, entre Djibouti, Éthiopie et Yémen, fit l’objet d’une plaquette éditée par Gallimard. Elle le méritait assurément, tant le récit est intéressant et bien mené, à la manière des maîtres du genre, Londres ou Kessel. Comme le veut la loi du genre, les descriptions, les notations historiques et les rencontres se succèdent. Dans cette dernière catégorie, des anonymes, des humbles, des illuminés, mais aussi quelques connaissances comme Dominique Ponchardier, alors haut fonctionnaire à Djibouti et plus connu de nos services comme l’auteur, sous le pseudonyme d’Antoine Dominique, des aventures du Gorille à la Série Noire. À Sanaa, Gary rencontre un ancien barbouze, qui fut “collaborateur direct d’Enver Hodja en Albanie”, auteur d’une Confession d’un agent secret que nous n’avons pu identifier.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Titre choc, Vosges Matin, Épinal (Vosges), 17 juillet 2017, photo de Lucie Didion.

804 (2)-min

J’ai déjà fait mieux.

SAMEDI.

  Film vus. Telle mère, telle fille (Noémie Saglio, France, 2017)

Guy de Maupassant (Michel Drach, France, 1982)

West Side Story (Jerome Robbins, Robert Wise, É.-U., 1961)

Le Caire Confidentiel (The Nile Hilton Incident, Tarik Saleh, Maroc – Suède – Danemark – Allemagne – France, 2017)

M le Maudit (M – Eine Stadt sucht einen Mörder, Fritz Lang, Allemagne, 1931).

L’Invent’Hair perd ses poils.

804 (3)-min  804 (1)-min

Saint-Pierre (La Réunion), photo d’Antoine Fetet, 7 avril 2010 / Cannes (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 23 avril 2010

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 13 novembre 2016. 142 km. (31814 km).

804 (6)-min

892 habitants

   Au pied des marches qui mènent à l’église se dresse une stèle de grès sali traversée par une croix portant la mention “Pro Patria”. À sa base, sur un petit autel orné d’une palme et portant les dates 1914-1918, est couché un Poilu qui serre contre son cœur le drapeau de son régiment. Le gisant est signé “Ch. Pourquet 1922”. Au dos sont inscrits les vers “Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie / Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.” Le 11-novembre n’a pas donné lieu, apparemment, à des débordements floraux.

Colonne de gauche :

THONNELIER Émile Lieutenant

PIERRE René Sous-Lieutenant

MORITZ Paul Adjudant-Chef

JEUNESSE Edmond Adjudant

FADE Lucien Sergent

GELINET Pierre -id-

KNUR Paul -id-

PAULUS Émile -id-

STOUVENEL Alphonse -id-

GIRARD Léon -id-

ADAM Jean-Baptiste Soldat

BAGARD Auguste -id-

DESPEINES Raymond -id-

GAILLARD Charles -id-

GEORGE Albert -id-

GÉRARD Lucien -id-

   Colonne de droite :

GUIDAT Georges Soldat

GUIOT Émile -id-

LEMAIRE Albert -id-

MOREL Léon -id-

MOREL Joseph -id-

PAULUS Victor -id-

ROUSVILLE Charles -id-

Victimes civiles

ARCIN Marie-Claire 80 ans

BERNHARD Marie Louise 1 an

Commandant GÉRARD 77 ans

GAIRE Joseph 34 ans

HAMMERER Émile 52 ans

MELCHIOR Jules 65 ans

NICOLE Marie-Rose 60 ans

   L’église est ouverte et abrite une plaque commémorative portant des renseignements plus complets mais je n’ai pas le temps de l’étudier.

Poil et pub.

804 (7)-min

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

19 août 2018 – 803

DIMANCHE.

Lecture. Le Jardin de Bérénice (Maurice Barrès, Perrin, 1891, rééd. in « Romans et voyages », Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Vital Rambaud, 1994; 1508 p., 179 F).

Le troisième volet du Culte du moi poursuit la construction idéologique et sentimentale de Philippe, le personnage derrière lequel se cache Maurice Barrès. En campagne électorale à Aigues-Mortes, Philippe rejoint Bérénice, une jeune courtisane repentie, et trouve le bonheur dans la conjonction de ce lieu et de cette personne. La lecture est moins ardue que pour les épisodes précédents mais Barrès est toujours difficile à suivre quand on n’a pas sous la main les notions qu’il manipule (spinozisme, positivisme, inconscient d’avant Freud, etc.). Il reste qu’on voit apparaître l’importance du territoire, des racines, qui formera un des thèmes majeurs de l’œuvre à suivre. Reste aussi que, notuliennement parlant, ce livre est d’un intérêt majeur puisqu’il y est question de “la pauvre race italiote”. La rubrique “les un et les otes”, consacrée à ce suffixe, est un des axes de la recherche notulienne et ce nouvel élément permet de faire le point sur le sujet, le dernier bilan datant des notules n° 734 en date du 1er janvier 2017. Depuis, sont apparus : les “Florentins ou autres Italiotes” (déjà), évoqués par Paul-Jean Toulet dans une lettre à Curnonsky; Pierre Cohen-Hadria m’a signalé que “les pêcheurs de ce bourg au sud de la lagune de Venise, nommé Chioggia, sont qualifiés de Chioggiottes” (cas rare d’un t doublé); le même indique avoir “croisé l’adjectif romaniote pour qualifier les

habitants de la Romanie” (s’agit-il de l’ancienne partie de l’Empire romain ou de l’actuelle Romagne ?); Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique nous apprend qu’un “organisme eucaryote est un organisme vivant dont le noyau cellulaire est séparé du cytoplasme par une membrane, ce qui l’oppose notamment aux bactéries (procaryotes)”; enfin, Delfeil de Ton évoque Ankara et les Ankariotes dans L’Obs du 16 février 2017. À suivre.

LUNDI.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 13 (15 septembre 2017, 96 p., 15 €).

“L’esprit de l’escalier”

MARDI.

Transhumance. La Didionnée se transporte à Scionzier (Haute-Savoie) pour un petit rab de vacances, même pas méritées.

MERCREDI.

Vie aux Alpes. À la découverte de Cordon, village perché face au mont Blanc. La route qui y mène est semée d’épingles à cheveux, du genre de celles qui vous obligent à regarder dans le rétroviseur pour voir si une auto arrive en face. Mais quoi de plus naturel qu’une route en lacets pour atteindre Cordon. Esclaffons-nous.

Éphéméride. “15 août [1862]

Ce soir, je me réjouis d’aller au feu d’artifice, de me fondre dans la foule, d’y perdre mon chagrin, ma personnalité. Il me semble qu’un grand chagrin vous perd, parmi tant de monde. Je me réjouis d’être coudoyé par du peuple, comme on est roulé par des flots.” (Edmond et Jules de Goncourt, Journal : Mémoires de la vie littéraire)

JEUDI.

Vie aux Alpes. Nous arpentons le plateau des Glières, que je ne manque jamais de visiter lors de chacun de nos passages dans la région. Lieu chargé d’histoire, on le sait, mais aussi lieu fondateur dans mon histoire personnelle pour des raisons qui le sont tout autant.

Lecture. Zone érogène (Philippe Djian, Éditions Bernard Barrault, 1984, rééd. J’ai lu n° 2062, 1989; 352 p., s.p.m.).

La persévérance paie : après plusieurs tentatives infructueuses, c’est la première fois que je trouve de l’intérêt à un texte de Philippe Djian. Zone érogène est un roman torpille, mené à cent à l’heure, qui ne laisse place ni à la respiration ni à l’ennui. Il a l’air d’avoir été tapé en une seule prise, au fil de jours et de nuits fiévreux et enfumés, mais comme tout ce qui a l’air fluide, spontané et relâché, il est certainement le fruit d’un travail conséquent. On ne peut que le croire car il met en scène un écrivain nommé Philippe Djian, justement aux prises avec un roman en cours mais aussi avec une vie sentimentale chaotique et les soucis ordinaires du quotidien. L’argent, par exemple, qui manque et qu’il faut se procurer au prix d’un travail salarié – les deux meilleures séquences du livre montrent d’ailleurs l’écrivain dans deux expériences professionnelles racontées de façon formidable. J’avais pris ce livre pour le virer de ma bibliothèque après lecture, je crois que je vais le garder.

VENDREDI.

Vie aux Alpes. Nous partons à la découverte de Flaine, une station qui doit bientôt fêter son cinquantenaire. L’ensemble conçu par Marcel Breuer n’a pas trop mal vieilli, si l’on considère que l’homme avait commencé par fabriquer des chaises à l’époque du Bauhaus, et l’hôtel originel en aplomb sur le vide, vendu depuis à la découpe, est aussi impressionnant que je l’imaginais.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pompes de collection à Rasey (Vosges), photos de l’auteur, 12 novembre 2017.

803 (4)-min  803 (3)-min  803 (5)-min

SAMEDI.

Film vus. Ce qui nous lie (Cédric Klapisch, France, 2017)

La Tour, prends garde ! (Georges Lampin, France – Italie – Yougoslavie, 1958).

Lecture. Daniel Avner a disparu (Elena Costa, Gallimard, coll. nrf, 2015; 144 p., 13,50 €).

Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4100 salons, atteint le 27 février 2018.

Bilan géographique.  

Classement général par pays.

  1. France : 3421 (+ 71)
  2. Espagne : 168 (+ 3)
  3. Royaume-Uni : 76 (+ 6)
  4. Belgique 57 : (=)
  5. Italie : 51 (+ 1)
  6. États-Unis : 45 (=)
  7. Danemark : 34 (=)
  8. Suisse : 25 (+ 1)
  9. Allemagne : 23 (+ 7)
  10. Portugal : 20 (=)

L’Allemagne entre dans le top 10, le Pérou et le Canada en sortent.

Classement général par régions (France).

1 Rhône-Alpes : 641 (+ 10)
2. Île-de-France : 537 (+ 21)
3. Languedoc-Roussillon : 275 (+ 2)
4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 263 (=)
5. Lorraine : 259 (+ 5)
6. Midi-Pyrénées : 200 (+ 3)
7. Bretagne : 140 (+ 2)
“. Pays de la Loire : 140 (+ 2)
9. Bourgogne : 134 (+ 2)
10. Centre : 122 (=)

Positions inchangées.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 432 (+ 18)
2. Rhône : 322 (=)
3. Vosges : 147 (+ 2)
4. Loire-Atlantique : 110 (+ 1)
5. Pyrénées-Orientales : 92 (=)
6. Loire : 91 (=)
7. Meurthe-et-Moselle : 83 (+ 3)
8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
9. Saône-et-Loire : 72 (=)
10. Hérault : 69 (=)

Pas de changement dans le top 10. Les progressions notables sont celles de la Haute-Savoie (15e, + 6 places), de la Corse (36e, + 10 places) et de la Martinique (62e, + 12 places).

Classement général par communes.

1. Paris : 432 (+ 18)
2. Lyon : 147 (=)
3. Nantes : 57 (=)
4. Barcelone : 55 (+ 1)
5. Nancy : 47 : (+ 2)
6. Épinal : 38 (+ 1)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 26 (=)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

En dehors de Paris, les villes du Top 10 ne progressent quasiment pas et conservent les mêmes places. Bastia (8 salons), Francfort-sur-le-Main (7 salons pour son apparition dans le classement), Caen et Cracovie (4 salons) sont les principales bénéficiaires de cette centaine.

Bilan humain.

  1. Marc-Gabriel Malfant : 1410 (+ 14)
  2. Philippe Didion : 339 (+ 1)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 269 (+ 8)
  4. Jean-Damien Poncet : 236 (+ 17)
  5. François Golfier : 232 (+ 31)
  6. Jean-Christophe Soum-Fontez : 153 (+ 3)
  7. Hervé Bertin : 132 (+ 1)
  8. Sylvie Mura : 113 (+ 8)
  9. Benoît Howson : 81 (=)
  10. Bernard Cattin : 76 (+ 1)

Positions inchangées, malgré la belle progression de François Golfier. Pierre Cohen-Hadria n’a pas l’air décidé à laisser sa place sur le podium.

Étude de cas. Depuis la création de notre chantier ou presque, Marc-Gabriel Malfant en a été le principal contributeur. Logiquement, ce sont ses photos qui apparaissent le plus souvent dans l’aperçu hebdomadaire illustrant chaque numéro des notules. Comme il n’est pas homme à se contenter d’un seul sujet, son nom apparaît aussi dans d’autres rubriques, Le cabinet de curiosités, Poil et plume principalement. Cette forte présence interpelle, intrigue et même, parfois, agace : récemment, les notules ont été menacées (stupeur) de non-lecture (et tremblements) en cas de nouvelle apparition d’une photo de notre phénomène. En un mot comme en cent, la notuloclastie est à nos portes. Il est donc temps d’en dire un peu plus sur l’homme et sur ses liens avec le notulographe. Marc-Gabriel Malfant est un notulien canal historique, abonné depuis 2004 suite à une notule mentionnant Roland Toutain, un acteur auquel il s’intéressait à l’époque pour je ne sais quelle raison. Des échanges ont suivi, qui ont abouti à une correspondance riche aujourd’hui d’un ou deux courriels et d’un bon millier de lettres, dont beaucoup accompagnées de photos aptes à nourrir différents chantiers. Ses connaissances dans divers domaines m’ont souvent été précieuses : il n’est pas pour rien dans mon intérêt pour Ernest Gengenbach – je crois bien que c’est lui qui m’a signalé que la bibliothèque de Saint-Dié abritait les archives de celui-ci – et nous travaillons actuellement à une plaquette contenant un inédit et une réédition du surréaliste repenti. Cela dit, je n’ai jamais rencontré Marc Malfant et ne le verrai peut-être jamais. Je ne connais pas son âge ni son apparence physique. Ce qui ne m’empêche pas de pouvoir dévoiler son portrait, d’abord ci-dessous puis, à partir du prochain numéro, dans une rubrique dédiée qui paraîtra à la page du mardi sous le titre, quel autre, “Malfantômas”.

803 (1)-min  803 (2)-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportraits hétérocéphales, 2018

             L’Invent’Hair perd ses poils.

803-min

Saint-Génis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011

             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 6 novembre 2016. 105 km. (31672 km).

803 (7)-min

186 habitants

   Sous un beau marronnier, la stèle courtaude est entourée d’une grille circulaire et fait face à l’église. En bas-relief, une Croix de Guerre et deux fûts de canon en croix au-dessus de trois boulets. Les inscriptions figurent sur des plaques de marbre.

803 (6)-min

Aux glorieux morts

De la Guerre

1914-1918

LÉVÊQUE Henri

BAUGUE Henri

THIÉRY Joseph

BAUGUE Louis

DESCIEUX Émile

LORRAIN Paul

BINOT Flavien

PROTOIS Charles

LORRAIN Auguste

CAPRON Georges

1939-1945

THIERRY René      ROLLIN Charles

PHELISSE Emma      ROLLIN Paul

ROLLIN Albert

             Poil et pub.

803 (8)-min

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

12 août 2018 – 802

LUNDI.
           Lecture. Temps Noir n° 18 (Joseph K., 2015; 352 p., 19,50 €).
                         « La Revue des Littératures Policières »
                         Le Premier qui dort réveille l’autre (Jean-Edern Hallier, Le Sagittaire, 1977; 168 p., s.p.m.).
                         Dans la biographie qu’il consacre à Jean-Edern Hallier, Jean-Claude Lamy ne mentionne qu’en passant ce roman. Il date pourtant d’une époque à laquelle Hallier était encore considéré comme un auteur prometteur, au talent certain, avant de devenir le polémiste que l’on a retenu. Le fait est qu’on ne le reconnaît pas dans ces pages, qui constituent le long cri de douleur poussé par un enfant dont le frère est victime d’une maladie incurable et promis à une fin prochaine. Le but est de retarder l’instant fatal par des jeux, des scènes qui s’adaptent à l’état de plus en plus critique du malade, de ne jamais parler de la mort à venir pour tenter de conjurer le sort. L’écriture parfois ampoulée et la curieuse obsession pour la Seconde Guerre mondiale dans les jeux des enfants n’empêchent pas l’émotion d’être présente ni de se dire, et on n’est pas le premier, que Jean-Edern Hallier aurait mieux fait de se concentrer sur son travail littéraire.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Berlin, 8 août 1963
Goma : j’ai récemment écrit à Quiloflor, qu’il vous montre la lettre, les deux dernières plus exactement, car elles abondent en nouvelles. Vraiment, Goma, ce que vous êtes intelligent ! Je vous avais pourtant bien dit de ne m’adresser vos courriers SANS ACCUSÉ DE RÉCEPTION NI RECOMMANDÉ, ce à quoi vous me répondez en ne m’envoyant certes pas de recommandé mais en m’envoyant quand même un accusé de réception. Et on me réveille à 8 h du matin pour me faire signer le reçu. Ce qui est plaisant lorsqu’on a affaire à un intellect véritablement supérieur c’est qu’il s’avère imprévisible.” (Witold Gombrowicz, “Lettres inédites”, in Nouvelle Revue française n° 620, septembre 2016)
                  Lecture. Alibi noir (Black Alibi, William Irish, , 1942 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 278, 1956 pour la première traduction française, rééd. Presses de la Cité, coll. Omnibus, vol. « Nuit noire », 1994, d’après la traduction de M. Michel-Tyl et Bruno Albert-Guillaume; 948 p., 135 F).
                                Familier des grandes villes américaines anonymes, William Irish donne ici une touche d’exotisme à son oeuvre avec une histoire située en Amérique du Sud, où un jaguar défraie la chronique avec des meurtres à répétition. Mais s’agit-il bien d’un animal ? Le problème avec les meurtres à répétition, qu’ils soient perpétrés par un animal ou par un homme, c’est qu’ils sont répétitifs et William Irish, malgré tout le talent qu’on lui accorde, n’évite pas ce travers. Le roman devient vite lassant et son dénouement, qui se tourne de façon inattendue vers l’horreur gothique, n’arrange pas vraiment les choses.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Rues curieuses.

802 (2)-min  802 (1)-min

Charmes (Vosges), photo de l’auteur, 4 juillet 2017 / Château-Chalon (Jura), photo de Sylvie Mura, 24 août 2017
SAMEDI.
              Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
              Football. SA Spinalien – Saint-Maur Lusitanos 2 – 1. Après les dentelles de la Coupe du monde, retour au football de caniveau avec combat de phacochères dans la surface et ballet de crampons en zone maxillo-faciale. Je préfère.
              Film vus. L’Amant double (François Ozon, France – Belgique, 2017)
                             Nocturne indien (Alain Corneau, France, 1989)
                             HHhH (Cédric Jimenez, É.-U. – France – R.-U. – Belgique, 2017)
                             L’Âge des possibles (Pascale Ferran, France, 1995)
                             De plus belle (Anne-Gaëlle Daval, France – Belgique, 2017)
                             L’Âge d’homme… maintenant ou jamais ! (Raphaël Fejtö, France, 2007).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
802-min
Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 23 mars 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 30 octobre 2016. 30 km. (31567 km).
802 (7)-min
100 habitants

   De loin, j’ai cru que j’avais trouvé le monument : un socle avec un homme en buste, pas vraiment l’air du Poilu mais portant moustache, une palme sur la face avant, mais la date du 30 septembre 1899 montre vite que l’on a fait fausse route. Nous sommes devant la Mairie, la rue est celle du Docteur Villemin. Logiquement c’est de lui qu’il s’agit. Effectivement, une plaque peu lisible signale, un peu plus loin, que nous sommes en présence de la maison natale du Docteur Jean-Antoine Villemin “auteur de la découverte de la contagiosité de la tuberculose”. C’est donc le Villemin de l’ancien hôpital Villemin de Paris qui était situé à l’emplacement de l’actuel Jardin Villemin devant lequel je passe lors de chacun de mes séjours parisiens, entre la gare de l’Est et le canal Saint-Martin.

802 (4)-min   802 (6)-min 802 (3)-min

   Mais n’oublions pas le but de notre voyage. Sur le mur arrière de la Mairie est fixée une plaque.

802 (5)-min

Hommage

De la commune et des habitants de Prey

A leurs morts glorieux

De la Grande Guerre 1914-1918

CUNIN Louis tué le 11 juin 1918 en Albanie

DURUPT Alphonse décédé à Toul le 3 septembre 1918

KIENZEL Albert tué le 22 juillet 1916 à Assevillers (Somme)

WOLFF Charles disparu le 3 mars 1915 à Lorette

             Poil à l’affiche.

802 (8)-min

Bon dimanche,

Philippe DIDION