26 juin 2022 – 976

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Vendredi 22 juin 1906.

Cela fait maintenant deux ans que le christianisme a repris, en Russie, et avec assiduité, le genre de massacres et de mutilations qui lui ont permis de siècle en siècle depuis mille neuf cents ans de persuader la chrétienté qu’il est l’unique et vraie religion – la seule vraie religion de paix et d’amour. Depuis deux ans maintenant, le gouvernement ultra-chrétien de la Russie a officiellement ordonné et conduit les massacres de ses sujets juifs. Ces massacres sont tellement fréquents que nous y sommes presque devenus indifférents. Les comptes rendus de ceux-ci nous affectent à peine plus qu’une razzia sur les actions du chemin de fer alors que nous n’avions rien investi. Nous nous sommes tellement habitués à la description de ces horreurs que nous avons plus ou moins cessé de frissonner en les lisant.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : L’Amérique d’un écrivain)                 

Lecture.

Histoires littéraires n° 82 (Du Lérot éditeur, avril-mai-juin 2020; 200 p., 25 €).

Jean Cocteau – Publicités – Myriam Boucharenc – Maurice Carême – Les frères Galignani philanthropes.

VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Menu carné.

Villeurbanne (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 9 novembre 2018

Xonrupt-Longemer (Vosges), photo de l’auteur, 30 avril 2018

SAMEDI.            

Films vus.

  • N’oublie pas que tu vas mourir (Xavier Beauvois, France, 1995)
  • Drive My Car (Doraibu mai kâ, Ryûsuke Hamaguchi, Japon, 2021).

Bestiolaire de Saint-Jean-du-Marché.

Identification d’un Moro-sphinx, d’un Leste fiancé, d’un Bourdon des pierres et, merveille devenue si rare que je pensais ne jamais la voir, d’un Machaon. Riche journée.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de l’auteur, 30 mai 2012

Saint-André-les-Vergers (Aube), photo de Catherine Stavrinou, 18 janvier 2014            

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

14 juillet 2021. 159 km. (41 027 km).

140 habitants

La stèle se dresse contre la façade de la Mairie. Pas le temps de la détailler, il pleut des cordes. Je prends les photos en espérant que je pourrai déchiffrer les noms dont les lettres ont pour grande partie perdu leur dorure.

La commune de

Sionne

À ses enfants

Morts pour

La France

1914-1918

1939-1945

Droite :

ÉTIENNE Auguste

FERRY Louis

POTTIER Fernand

LOUDENOT Louis

Gauche :

CHARLICANNE Maurice

CIEAUX Ernest

DINE Léon

ÉTIENNE André

Poil et pellicule.

Logan Lucky (Steven Soderbergh, É.-U. – Chine, 2017)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

19 juin 2022 – 975

LUNDI.

Lecture.

Journal de 5 à 7 (René Fallet, Éditions des Équateurs, 2021; 464 p., 21 €).

Les trois volumes des Carnets de jeunesse de René Fallet, publiés entre 1990 et 1994, couvraient les années 1947-1950. Il y a ensuite un trou, car ce Journal ne commence qu’en 1962 (avec toutefois quelques notes datant des années 1950), reste à savoir si ce trou sera comblé un jour. En attendant, voici les vingt et une dernières années de l’écrivain bourbonnais vues par lui même, et c’est déjà considérable. En 1964, l’actrice Corinne Marchand est pressentie pour tenir le rôle principal du film Les Pas perdus, d’après son roman paru en 1954. L’actrice ne laisse pas Fallet indifférent. Du coup, du 8 au 12 mars, il va la voir à trois reprises dans Cléo de 5 à 7 d’Agnès Varda. Corinne Marchand n’aura pas le rôle (Michèle Morgan la supplantera), René Fallet n’aura pas son histoire d’amour avec elle mais il a trouvé le titre de son journal. Celui-ci mêle les aventures littéraires, sentimentales et amicales de l’auteur, qui se reconnaît deux mentors : Paul Léautaud pour l’écriture et Georges Brassens pour le compagnonnage. Toujours en 1964, il reçoit le Prix Interallié pour Paris au mois d’août, prix synonyme d’une aisance financière que consolidera le succès des romans qui suivront, d’Un idiot à Paris à La Soupe aux choux. Fallet travaille vite, trois semaines lui suffisent pour venir à bout d’un livre, il lui reste du temps pour goûter les plaisirs de la vie. Sans qu’il en soit pour autant satisfait : le journal est le plus souvent pessimiste, voire plaintif, notamment à cause d’histoires d’amour qui finissent mal et dont il tirera ses livres les plus noirs, L’Amour baroque en tête. Mais il y a le Bourbonnais, Thionne puis Jaligny où il se fait construire la maison de la rue du Loup, les copains, les boules, le vélo, la bouteille qui lui permettent de tutoyer le bonheur lorsqu’il y séjourne. Mais à raison de trois paquets de pipes par jour, les éponges s’encrassent vite et la maladie survient. À partir de 1975, on ne compte plus que trois ou quatre pages par an dans le journal, même si la production romanesque reste présente. La dernière entrée porte la date du 14 juin 1983, Fallet mourra le 25 juillet. À l’hôpital, m’a dit Agathe Fallet, l’un de ses derniers visiteurs fut Louis de Funès. Peut-être l’a-t-il fait rire une dernière fois.

MERCREDI.                  

Éphéméride.

À Madame de Grignan

“À Vichy, lundi 8e juin [1676]

Hélas ! ma très chère et bonne, n’en doutez pas que je ne sois touchée très sensiblement de préférer quelque à vous qui m’êtes si chère et que j’aime si parfaitement. Toute ma consolation, c’est que vous ne sauriez douter de mes sentiments, et que vous verrez un beau sujet de faire votre réflexion de l’autre jour sur la préférence du devoir sur l’inclination; en voici un bel exemple, ma bonne, et je vous conjure, et M. de Grignan, de vouloir bien me consoler de cette violence qui coûte si cher à mon cœur. Voilà donc ce qui s’appelle la vertu et la reconnaissance; je ne m’étonne pas si l’on trouve si peu de presse dans l’exercice de ces belles vertus. Je n’ose, en vérité, appuyer sur ces pensées; elles troublent entièrement la tranquillité qu’on ordonne en ce pays. Je vous conjure donc, une bonne fois, de vous tenir pour toute rangée chez moi, comme vous y étiez, et de croire encore que voilà précisément la chose que je souhaite le plus fortement.” (Madame de Sévigné, Lettres choisies)                 

Lecture.

Trillium (Jeff Lemire, Vertigo, 2014 pour l’édition originale, Urban Comics, 2014 pour l’édition française, traduit de l’anglais par Benjamin Rivière; 216 p., 20 €).                       

“Katina” (“Only This”, Roald Dahl, in Ladies’ Home Journal, septembre 1944 pour l’édition originale, in À tire-d’aile, Julliard, 1976 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Jean Malignon, rééd. in “Contes de l’inattendu : nouvelles, romans, récits”, Gallimard, coll. Quarto, 2021; 1568 p., 32 €).                       

Nouvelle.                       

“L’Heure du wub” (“Beyond Lies the Wub”, Philip K. Dick, in Planet Stories, juillet 1952, traduit de l’américain par Pierre-Paul Durastanti et révisé par Hélène Collon, in “Nouvelles complètes I 1947-1953”, Gallimard, coll. Quarto, 2020; 1280 p., 28 €).

Nouvelle.

JEUDI. 

Brève de trottoir.

Courriel.

Une demande d’abonnement aux notules.

VENDREDI.

Lecture.

Parlez-moi d’amour (What We Talk About When We Talk About Love, Raymond Carver, Knopf, 1981 pour l’édition originale, Mazarine, 1986 pour la traduction française, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche biblio n° 3137, 1993, traduit de l’américain par Gabrielle Rolin; 160 p., s.p.m.).

À force d’entendre nombre d’écrivains (Philippe Djian en tête) se réclamer de Raymond Carver, j’avais envie depuis un moment de découvrir ses nouvelles. Celles qui sont rassemblées ici tournent autour du couple, un couple le plus souvent en souffrance, voire en rupture. Plus que des nouvelles construites comme un tout narratif avec un début, un milieu et une fin, ce sont des instantanés, des moments de vie, des épiphanies que donne à voir Carver : pas de conclusion, encore moins de chute, les personnages sont laissés en plan à la dernière ligne et c’est au lecteur d’imaginer ce que sera la suite de leur parcours. C’est très noir, très subtil, écrit avec une grande économie de moyens et digne, effectivement, de servir de modèle.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Presse : titres percutants, collection de l’auteur.

L’Écho des Vosges, 18 mars 2021

Vosges Matin, 16 avril 2021

SAMEDI.

Vie littéraire.

Retour à la normale à Jaligny-sur-Besbre (Allier) pour le Prix René-Fallet après deux éditions tronquées pour cause de virus. C’est un plaisir de retrouver, après le gymnase surchauffé de l’an dernier, le cadre habituel et mes amies du coin, Agathe en tête. L’attribution du prix à Barcella, pour son roman Les Papillons (une prose faite d’alexandrins raboutés, comme dans L’Honneur de Pédonzigue de Roger Rabiniaux qui date tout de même de 1951), en paraîtrait presque anecdotique. Ma préférence allait à Aussi riche que le roi, d’Abigail Assor, mais je ne gagne jamais à ce jeu-là. Et puis Barcella est bien sympathique, il paraît qu’il est aussi chanteur, très à l’aise avec le public assurément. Comme chaque année, il fait beau à Jaligny, et puis Caroline m’accompagne, les soucis s’éloignent, je biche.

Films vus.

  • L’Homme de la cave (Philippe Le Guay, France, 2021)
  • Chérie, je me sens rajeunir (Monkey Business, Howard Hawks, É.-U., 1952)                              
  • Yoyo (Pierre Étaix, France, 1965)                              
  • Le Maître-nageur (Jean-Louis Trintignant, France, 1979)                              
  • Sans un bruit 2 (A Quiet Place Part II, John Krasinski, É.-U., 2020).             

Invent’Hair, bilan d’étape.

Bilan établi au stade de 5 400 salons, atteint le 15 septembre 2021.

Bilan géographique.

Classement général par pays.

  • 1. France : 4 511 (+ 84)
  • 2. Espagne : 179 (=)
  • 3. Royaume-Uni : 110 (=)
  • 4. Belgique : 82 (+ 4)
  • 5. Italie : 63 (+ 2)
  • 6. États-Unis : 45 (=)
  • 7. Suisse : 40 (+ 2)
  • 8. Portugal : 37 (=)
  • 9. Allemagne : 36 (+ 1)
  • 10. Danemark : 34 (=)

En dehors du top 10, notons la progression des Pays-Bas (14e) qui gagnent 6 places avec 5 nouveaux salons.

Classement général par régions (France).

  • 1. Rhône-Alpes : 731 (+ 10)
  • 2. Île-de-France : 730 (+ 19)
  • 3. Languedoc-Roussillon : 355 (=)
  • 4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 352 (=)
  • 5. Lorraine : 337 (+ 9)
  • 6. Midi-Pyrénées : 243 (+ 4)
  • 7. Bretagne 184 : (+ 2)
  • 8. Pays de la Loire : 182 (+ 4)
  • 9. Centre : 179 (+ 8)
  • 10. Bourgogne : 169 (+ 7)

Pas de changement dans le classement général mais la 1re place de Rhône-Alpes ne tient plus qu’à un cheveu.

Classement général par départements (France).

  • 1. Seine (Paris) : 580 (+ 16)
  • 2. Rhône : 341 (+ 1)
  • 3. Vosges : 181 (+ 5)
  • 4. Loire-Atlantique : 135 (+ 3)
  • 5. Hérault : 112 (=)
  • 6. Alpes-Maritimes : 103 (=)
  • 7. Meurthe-et-Moselle : 100 (+ 2)
  • 8. Loire : 98 (+ 5)
  • 9. Pyrénées-Orientales : 96 (=)
  • 10. Bouches-du-Rhône : 92 (=)

La Loire passe devant les Pyrénées-Orientales.

Classement général par communes.  

  • 1. Paris : 580 (+ 16)
  • 2. Lyon : 161 (+ 1)
  • 3. Nantes : 68 (=)
  • 4. Nice : 59 (=)
  • 5. Barcelone : 58 (=)
  • 6. Nancy : 54 (=)
  • 7. Épinal : 48 (+ 1)
  • 8. Marseille : 32 (=)
  • 9. Dijon : 28 (+ 6)
  • 10. Strasbourg : 27 (=)

Dijon entre dans le top 10 et en expulse Toulouse, Villeurbanne et Le Havre. 31 communes arrivent dans le classement, portant le total à 1 877. Meilleure entrée : Les Andelys, à la 195e place avec 4 salons.

Bilan humain.

  • 1. Jean-Damien Poncet : 582 (+ 18)
  • 2. Philippe Didion : 410 (+ 6)
  • 3. Pierre Cohen-Hadria : 391 (+ 6)
  • 4. François Golfier : 341 (+ 2)
  • 5. Jean-Christophe Soum-Fontez : 169 (+ 1)
  • 6. Sylvie Bernasconi : 158 (=)
  • 7. Hervé Bertin : 146 (+ 2)
  • 8. Bernard Cattin : 133 (+ 8)
  • 9. Jean-François Fournié : 114 (+ 11) 
  • 10. Benoît Howson : 88 (=)

Pas de changement dans le top 10.

Étude de cas. Poésie de salon.

  Saint-Cergue (Suisse), photo de Sylvie Bernasconi, 6 juin 2018

Dunkerque (Nord), photo d’Alain Hardebolle, 7 août 2020

  Paris (Seine), photo de Christiane Larocca, 3 avril 2013

idem, rue Lamartine, photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 29 septembre 2018

Barcelone (Espagne), photo d’Alain Mathieu, 25 avril 2012

Poil et plume.

“Alors il va chez le coiffeur, se fait couper les cheveux, assez court pour ressentir un véritable malaise quand il contemple le résultat, comme s’il était étranger à lui-même, reconnaissant son visage mais pas l’identité qu’il s’était construite, sans s’en rendre compte, années après années, et se laisse payer un costume-cravate par le ministère de l’Intérieur.” (Laurent Binet, La Septième Fonction du langage)

DIMANCHE.

Vie des objets.

Les anciens entrepôts de Manufrance abritent désormais la Cité du design à Saint-Étienne (Loire). Nous y sommes pour visiter la Biennale internationale dudit design, à la découverte d’un nouveau lieu et d’un nouveau domaine artistique. Jusqu’à une époque récente, le design, c’était en gros synonyme de plastique. Cette matière étant aujourd’hui honnie, les créateurs ont suivi l’air du temps et on ne voit, dans les bâtiments de la Manu, que des objets en matériaux recyclés, naturels, biologiques : on fait des briques avec de l’urine, des sièges à partir de compost, des vélos en bois, ce genre de choses. Je suis particulièrement attentif au travail de Mathilde Pellé, un projet intitulé “Maison Soustraire” qui présente des objets et des restes d’objets obtenus après qu’elle eut décidé de retirer deux tiers de la matière de chacun de ceux qui occupaient son intérieur. J’ai dit l’autre jour que je n’avais pas de projet pour ma retraite. En fait, j’en ai un, très simple : celui de ne laisser à ceux et celles qui resteront après moi que le minimum de choses à débarrasser. C’est une préoccupation qui ne date pas d’hier et dont je m’étais ouvert dans une ancienne notule que je reproduis ici : “J’aide le père de R. à faire le tri dans ses bouquins. Le cauchemar d’avoir à vider la maison d’un mort, il y a eu un roman là-dessus il y a un ou deux ans, Comment j’ai vidé la maison de mes parents, quelque chose comme ça. Cauchemar de plus en plus présent, avec la volonté de ne pas imposer ça à ceux qui me survivront, le souhait d’arriver au moment final, s’il ne survient pas brusquement, à l’issue d’un lent processus de dépouillement progressif, d’une asymptote soigneusement entretenue. L’idéal : ne laisser, au final, qu’un disque dur effaçable, un livre entamé, une brosse à dents et le pyjama de l’hospice.” (n° 317, 2 septembre 2007). Dans ce but, j’ai entrepris de me débarrasser, à partir du 1er juin dernier, d’un objet par jour. Un objet petit ou gros, précieux ou sans valeur, qui sera donné, jeté, détruit – en tout cas pas vendu, je suis incapable de vendre quoi que ce soit. Le processus est engagé, on verra ce que ça donne.                    

Lecture.

Le Sommet des Dieux 3 (Kamigami no itadaki, Jirô Taniguchi, Baku Yumemakura, Shūeisha Inc., 2002 pour l’édition originale, Kana, 2010 pour la traduction française, traduit et adapté du japonais par Sylvain Chollet; 338 p., 18 €).

MARDI.

Devoirs de vacances.

Je relis le fichier du Bulletin de l’Association Georges Perec n° 80 et l’envoie à la mise en page.

MERCREDI.                   

Éphéméride.

“Rome, 15 juin 1834.

Page 9. Et l’on permet le serment !

9, 39. Guerre impossible. Chrétiens conquis sur-le-champ.

9, 1. Mercenaire. La religion n’est qu’un marché.

Page 10, 13. Pater adouci. Vérifier cela; c’est décisif pour cette traduction : et ne nos INDUCAS in tentationem. M. de Sacy dit : ne nous abandonnez point à la tentation au lieu de “ne nous induisez point”, etc.” (Stendhal, Journal)

JEUDI.

Bestiolaire de vacances.

Identification d’une Punaise verte ponctuée.

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Comment sonner les cloches en l’église de Malleret-Boussac (Creuse), photos de l’auteur, 5 août 2021.

SAMEDI.

Vie familiale.

Nous rentrons at home après un périple d’une semaine qui nous aura menés du Bourbonnais à la Haute-Savoie, en passant par le Forez et les Cévennes. Nous, c’est Caroline et moi, je le souligne parce que c’est la première fois que nous partons si longtemps sans les filles. Même quand elles eurent atteint l’âge de voler de leurs propres ailes, elles nous ont toujours accompagnés, sans contrainte, sur nos lieux de villégiature, oui, même en Creuse, oui, même et surtout en Creuse. Ce qui, à la fois, me ravit et me surprend dans la mesure où, dans ma jeunesse, le principal attrait des vacances était de pouvoir m’enfuir loin de mes parents.              

L’Invent’Hair perd ses poils.

Paris (Seine), boulevard Arago, photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 mai 2012

Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo de l’auteur, 4 novembre 2012             

Poil et pellicule.

Mise à mort du cerf sacré (The Killing of a Sacred Deer, Yorgos Lanthimos, Irlande – R.-U., 2017)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

5 juin 2022 – 974

N.B.

Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 19 juin 2022.

LUNDI.          

Lecture.

The Cool Man (William R. Burnett, Fawcett, 1968 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1269, 1969 sous le titre Un homme à la coule pour la traduction française, rééd. coll. Quarto, “Underworld : romans noirs”, 2019, traduit de l’américain par Denise May, révisé par Marie-Caroline Aubert; 1120 p., 28 €).

Mes notes de 1985, date de ma première lecture de ce livre en Série Noire, ne sont guère indulgentes : intrigue embrouillée, personnages sans épaisseur et mal définis… C’est vrai que l’histoire n’est pas très claire, qu’on a du mal à déterminer qui est qui dans celle-ci mais tout n’est pas à jeter, loin de là. Le personnage de Willie Madden, un braqueur recherché à la fois par la police et par ses complices, présente un profil intéressant. Il retrouve par hasard sa fille, abandonnée à sa naissance et devenue adulte, dont il tombe amoureux. L’ombre de l’inceste qui plane sur leur relation, un thème peu fréquent dans ce genre de littérature, donne son originalité au roman.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“Dimanche 1er juin [1941]

Ainsi donc, “le printemps 1941” – dont nous redoutions tellement qu’il ne nous apporte de nouvelles catastrophes, si ce n’est la catastrophe finale –, ce printemps s’est achevé. Et pourtant nous sommes encore là ! Nous vivons encore, nous sommes encore debout, rien d’irréparable ne s’est produit. Je me demande s’il est vrai qu’il est passé facilement ou si, parce que nous en voyons le bout, nous avons l’impression trompeuse qu’il a finalement été supportable. (Hélas ! tout est supportable.) Si, le 1er mars, quelqu’un nous avait dit qu’au cours du printemps la Bulgarie serait occupée, la Yougoslavie anéantie, la Cyrénaïque à nouveau cédée, la Grèce vaincue, la Crète évacuée, peut-être la perspective de tant de défaites nous aurait-elle paru désastreuse. Mais aujourd’hui, après coup, tout cela a perdu de son importance. Au fond, encore et toujours, la seule chose qui compte, c’est que nous restions debout. Aussi longtemps que l’Angleterre ne capitule pas, on peut espérer.” (Mihail Sebastian, Journal 1935-1944)

Vie professionnelle (fin).

C’est aujourd’hui que je passe du statut de salarié à celui de pensionné. Je l’ai espérée, attendue, rêvée, cette date du 1er juin, l’imaginant comme une rupture succédant à une litanie de dernières fois que je me voyais célébrer comme autant de pas en avant vers la libération finale : c’est la dernière fois que je prends le 7 heures 43, c’est la dernière fois que j’assiste à un conseil de classe, la dernière fois que je lis ce texte ou vois ce film, la dernière fois que je subis ce butor ou cette pintade, c’est ma dernière copie, ma dernière sieste sur ma chauffeuse, c’est mon dernier cours. Mon opération et ses suites auront empêché cette rupture et cette litanie, qui m’aurait sans doute attristé. J’ai gagné une année sur le programme prévu, une année pas toujours facile à vivre mais c’est toujours bon à prendre. Je ne me suis jamais illusionné sur un changement de vie radical : je n’ai pas de projet – à part celui, peut-être, d’acheter un téléphone de poche mais je ne sais pas vraiment ce que j’en ferais –, je n’ai pas d’envie de voyager, de déménager, de me mettre au triathlon ou à l’aquarelle. Et j’ai bien fait : le temps passé au boulot devenu vacant a été rapidement rempli sans que mon mode de vie en soit particulièrement affecté. Je ne me lève pas plus tard, je ne lis pas plus de livres, je ne vois pas plus de films, je n’ai pas pris de poids, je me rase et je change de chemise tous les matins. L’emploi du temps a cependant changé, le début de ma période d’inactivité ayant coïncidé avec le déclin rapide de la santé physique et morale de nos parents, à Caroline et à moi. L’un d’eux nous a quittés récemment, les autres nécessitent une attention et un soin qui nous accaparent durablement, ça suffit pour l’instant à meubler nos existences.

caricature d’élève, année scolaire 2020-2021

Lecture.

Brassens : des souvenirs trop beaux pour moi (Agathe Fallet, Éditions des Équateurs, 2021; 128 p., 18 €).                               

Dans Étonnez-moi Benoît, l’émission qu’il présente sur France Musique, Benoît Duteurtre invite régulièrement des chanteurs et chanteuses du temps passé à raconter leurs souvenirs. Agathe Fallet n’est pas chanteuse mais suite à son mariage avec René Fallet en 1956, elle a côtoyé toute sa vie ce qui se faisait de mieux dans le genre, à commencer par Georges Brassens, le meilleur ami de l’écrivain. À plusieurs reprises, j’ai suggéré à Benoît Duteurtre de faire venir Agathe Fallet à son micro. Las, il a fait, jusqu’à ce jour, la sourde oreille et si jamais il se décidait à changer d’avis, il ferait bien de se hâter : Agathe est née en 1939 et n’est pas éternelle. Heureusement, elle a pris les choses en main et s’est décidée à confier dans un livre quelques bribes de cette époque. Photos et souvenirs inédits, touchants, d’une jeune fille puis d’une femme qui devait se pincer pour croire à la place “unique et privilégiée” qu’elle occupait dans ce milieu. Brassens est mort en 1981, Fallet est mort peu après, Agathe a toujours bon pied bon œil et j’ai hâte de la retrouver, comme chaque année, à Jaligny-sur-Besbre (Allier) à l’occasion du Prix René-Fallet qui sera décerné dans une dizaine de jours.

JEUDI. 

Brève de trottoir.

          Presse.

Et ça ne fait pas deux jours que je suis parti…

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Vestiges postaux, photos de l’auteur.

Cindré (Allier), 27 décembre 2020

Anzême (Creuse), 6 août 2021

SAMEDI.            

Films vus.

  • Demain tout commence (Hugo Gélin, France – R.-U., 2016)
  • Tout nous sépare (Thierry Klifa, France, 2017)
  • L’Héritier des Mondésir (Albert Valentin, France – Allemagne, 1940)
  • No Sudden Move (Steven Soderbergh, É.-U., 2021)                             
  • Mensonges et trahisons et plus si affinités… (Laurent Tirard, France, 2004)                             
  • Enragé (Unhinged, Derrick Borte, R.-U. – É.-U., 2020)                             
  • La Captive aux yeux clairs (The Big Sky, Howard Hawks, É.-U., 1952).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 mai 2012

Lodève (Hérault), photo de Jean-Damien Poncet, 23 septembre 2020

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

4 juillet 2021. 108 km. (40 868 km).

90 habitants

Au sommet du village, au milieu des tables de pique-nique, un monument pimpant, à l’ombre des tilleuls. La fontaine fait glouglou, les bacs ne sont pas fleuris mais plantés de figurines animales aux couleurs vives (perroquet, grenouille, flamant rose…). On s’attendrait presque à trouver sur l’obélisque une citation du genre “Ah Dieu que la guerre est jolie” ou “Les obus jouaient à pigeon vole” mais il n’en est rien.

La commune de Serocourt reconnaissante

Aux morts

Pour la Patrie

1914-1919

Guerre 1914-1919

BOULANGER Gabriel

BARRAT Clément

VALANTIN Émile

LECLERC Éloi

BOURGEOIS Achille

ROLIN Georges

LINARD Jules

BOURCIER André

GÉNION Ernest

COLLOT André

Guerre 1939-1945

COLLIN Lucien            

Poil et pellicule.

Le Mouton enragé (Michel Deville, France – Italie, 1974)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

29 mai 2022 – 973

DIMANCHE.

Courriel.

Une demande de désabonnement aux notules.

MERCREDI.

Éphéméride.               

“Pékin, 25 mai 1917.

“Mère chérie,

J’ai été découragé ces jours-ci d’apprendre que nos deux derniers courriers nous étaient renvoyés. Les Anglais font maintenant passer leurs lettres par le Canada. Nous allons reprendre la voie de Suez.

Je confie à la Valise une caissette légère qui vous portera une bien menue chose de votre fils : trois petits objets de cloisonné en vieil émail authentique du XVe siècle chinois. Leur patine naturelle en dégradé vous fera songer à certaines études peu connues que vous aimiez de mon vieil ami Odilon Redon. […]” (Saint-John Perse, Lettres)                 

Lecture.

L’Âge d’homme (Michel Leiris, Gallimard, 1939, rééd. Bibliothèque de la Pléiade n° 600, 2014; 1402 p. 75 €).

Curiosité. “La fréquentation d’un bizarre personnage nouvellement survenu dans notre groupe – séminariste défroqué qui était un mythomane doublé d’un aventurier – acheva de me faire perdre pied.” On reconnaît, dans ce portrait express, la figure d’Ernest Gengenbach, notre vieille connaissance qui fait l’objet d’une note développée. On savait que Michel Leiris avait croisé sa route : dans une lettre à Jacques Baron du 26 juillet 1925, il le décrivait déjà comme “un prêtre défroqué très sympathique mais probablement fou.”

JEUDI.

En feuilletant Livres Hebdo.

James Sacré, Brouettes, Obsidiane, 2022; 52 p., 13 €. “Recueil de poèmes autour de la brouette.”

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Deux fois rien.

Saint-Germain-du-Bel-Air (Lot), photo de Dominique Renaux, 14 juillet 2018

Sippenaeken (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 30 août 2021

Lecture.

La Sainte Touche (Djamel Cherigui, Jean-Claude Lattès, coll. La Grenade, 2021; 224 p., 19 €).                      

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.                 

Courriel.

Une demande d’abonnement aux notules.

SAMEDI.            

Films vus.

  • Douce (Claude Autant-Lara, France, 1943)
  • Le Charlatan (Nightmare Alley, Edmund Goulding, É.-U., 1947)                             
  • C’est la vie (Julien Rambaldi, France – Belgique, 2020)                             
  • Quelqu’un de bien (Patrick Timsit, France, 2002)                             
  • The Trip (I onde dager, Tommy Wirkola, Norvège, 2021).            

Football.

SA Spinalien – Auxerre B 3 – 0.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Gien (Loiret), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 mai 2012

La Bâthie (Savoie), photo de Sylvie Bernasconi, 31 octobre 2017            

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

6 mai 2021. 116 km. (40 760 km).

100 habitants

L’herbe est bien verte sur le flanc de l’église où une dalle de ciment supporte un monument tout blanc, entouré d’une lourde chaîne. Le sommet de l’obélisque est couvert d’un drapé, deux drapeaux, véritables ceux-ci, sont dressés sur les côtés.

À nos morts glorieux

HOCQUARD Lucien . Nancy 22 7bre 1914

RICHARD Charles . Guillaucourt 1r 8bre

GENION Victor . Bs-Le-Prêtre 20vier 1915

ARNOULD Paul . Neuvele St Vaast 9 mai

ARNOULD Albert . Carency 19 mai

FLOGNY Thdore .  Ablain-St Nazaire 26 mai

GALLOIS Chles . Hopl Gama Toul 27 mai

BROUSSIER Henri . Bs-le-Prêtre 31 mai

PINOT Georges . Gambigneulles 6 juilt

Gauche :

DERUF Paul . Lingekopf 2 août 1916

JUSSOT Louis . Souain 8 octobre

JUSSOT Henri . Aubigny 17 octobre

JUSSOT Émile . Jouy 5 mai 1917

LEVIEUX Cles . Htal Necker Paris 9 mai 1918

MOUGINOT Paul . Eve 23 mai

RICHARD Henri . Ridge-Wood 8 juin

FLOGNY Denis . Côte 17 Oise 11 juin

HUGUES René . Lieut Méry Courcelles 11 juin

Droite : une plaque pour les trois victimes de la guerre 39-45.

Le monument est signé : Genion (qui est le nom d’une des victimes) à Sauville.            

Poil et pellicule.

Fahrenheit 451 (François Truffaut, R.-U., 1966)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

22 mai 2022 – 972

DIMANCHE.

Vie culturelle.

Nous profitons d’une visite aux filles pour aller nous promener dans “le musée sentimental d’Eva Aeppli” au Centre Pompidou de Metz. L’air du temps a parfois du bon : il pousse, par exemple, les responsables des musées à fouiller leurs méninges et leurs réserves pour donner une place plus importante aux artistes féminines dans leurs expositions et les bouses des vaches de Rosa Bonheur sont en passe d’atteindre le prestige des nymphéas de Monet. Tant mieux pour Toyen, Eva Jospin, pour les pionnières des Années folles, pour les femmes photographes de guerre, à l’honneur ces derniers temps, et pour Eva Aeppli, qui sort ainsi de l’ombre. D’une ombre double même, celle de Tinguely dont elle fut l’épouse, et celle de Niki de Saint Phalle qui lui succéda sous ce statut. On ne savait rien d’elle pour ce qui nous concerne et voir ainsi surgir ses immenses sculptures textiles, particulièrement impressionnantes dans les compositions de groupes, a de quoi couper le souffle. Bonne chose aussi : Pompidou-Metz semble avoir renoncé aux expositions gigantesques et épuisantes de ses débuts : celle-ci est à taille humaine et on peut en faire deux ou trois fois le tour sans se lasser.

MARDI.

Lecture.

Notes d’un embusqué (Aurèle Patorni, La Maison française d’Art et d’Édition, 1919, rééd. Mille et une nuits n° 633, 2014; 80 p., 3 €).

Qui gagne perd (Somebody Owes Me Money, Donald Westlake, 1969 pour l’édition originale, Gallimard coll. Série Noire n° 1356, 1970 pour la traduction française, rééd. Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir, 2021, traduit de l’américain par Jean Esch; 288 p., 21 €).

MERCREDI.

Éphéméride.                                                                               

“Harar, 18 mai 1889.

“Ma chère mère, ma chère sœur,

J’ai bien reçu votre lettre du 2 avril. Je vois avec plaisir que, de votre côté, tout va bien.

Je suis toujours fort occupé dans ce satané pays. Ce que je gagne n’est pas en proportion des tracas que j’ai; car nous menons une triste existence au milieu de ces nègres.

Tout ce qu’il y a de bon dans ce pays, c’est qu’il n’y gèle jamais; nous n’avons jamais moins de 10 au-dessus de zéro et jamais plus de 30. Mais il y pleut à torrents dans la saison actuelle; et, comme vous, ça nous empêche de travailler, c’est-à-dire de recevoir et d’envoyer des caravanes.

Celui qui vient par ici ne risque jamais de devenir millionnaire, – à moins que de poux, s’il fréquente de trop près les indigènes. […]

En attendant de vos nouvelles, je vous souhaite beau temps et bon temps.

RIMBAUD.

Adresse : chez Monsieur César Tian

Négociant.

Aden.”

(Arthur Rimbaud, Correspondance)

JEUDI.

Lecture.

Danse avec la foudre (Jérémy Bracone, L’Iconoclaste , 2021; 286 p., 19 €).                         

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.         

Brève de trottoir.

VENDREDI.                 

Obituaire.

C’est un dimanche du printemps 1995 que je suis venu pour la première fois à Saint-Jean-du-Marché. Je ne sais plus ce que j’avais fait la veille mais j’avais une gueule de bois de plusieurs stères quand Caroline m’a présenté ce jour-là à ses parents. Je n’ai pas dû paraître très brillant mais enfin, on ne m’a pas chassé et Saint-Jean est devenu, au fil du temps, le refuge des beaux jours et des vacances. Pour les filles, ce fut le lieu des découvertes, des libellules et des papillons que je ne savais pas encore nommer, des brimbelles et des confitures, des premiers gadins à vélo et des balades à la remorque du petit tracteur, des bains dans la fontaine et des siestes interminables de leur père. Il n’y aura plus d’été, il n’y a plus d’après à Saint-Jean-du-Marché. Il va falloir vendre la ferme, personne, dans la famille, n’a les moyens, l’envie, le temps, les épaules pour continuer à l’entretenir. Mais nous reviendrons. Seulement, nous nous arrêterons là où nous sommes aujourd’hui réunis, au cimetière, autour de celui qui fit que tout cela fut possible.

Saint-Jean-du-Marché (Vosges), photos de l’auteur, 24 juillet 2004 & 14 février 2010

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Hommage à un ancien Premier ministre.

Paris (Seine), photo de Francis Henné, 12 février 2022

SAMEDI.            

Films vus.

  • Retour de manivelle (Denys de La Patellière, France, – Italie, 1957)
  • L’École buissonnière (Jean-Paul Le Chanois, France, 1949)
  • The Impossible (Lo impossible, J.A. Bayona, Espagne – Thaïlande – É.-U., 2012)                           
  • Le BGG : Le Bon Gros Géant (The BFG, Steven Spielberg, R.-U. – Inde – É.-U., 2016)                            
  • Le Jouet (Francis Veber, France, 1976).            

Bestiolaire de Saint-Jean-du-Marché.

Identification d’un Grand Clairon.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Milly-la-Forêt (Essonne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 26 mai 2012

Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), photo de Christophe Hubert, 31 mars 2014

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

24 mai 2021. 26 km. (40 644 km).

240 habitants

L’obélisque est à l’entrée de l’église, ceinte par le cimetière qui, avertit un écriteau, “n’est pas une aire de jeux”. Le temps n’autorise pas la prise de notes sur mon habituel calepin, je prends des photos que je décortiquerai at home.

À ses fils

La commune

Reconnaissante

Gauche :

JACQUES Paul

BOMBARDE Jules

MATHIS Joseph

Grande Guerre

RENAUX Marcel

SAUFFROY Louis

COLIN Henri

1914-1918

LAVALLÉE Léon

REMY Joseph

DEMENGEON Mathieu

39-45

Joséphine BAJOLET

Née COLIN

SAUFFROY Marcel (Tunisie)

Âmes chrétiennes pensez à eux

Dans vos prières

Dos :

Pour la Patrie

Ils ont donné leur vie

Gloire immortelle

À nos héros

L’église est ouverte, on trouve à l’entrée une simple plaque avec les noms des victimes des deux guerres. Pour une fois, ce sont exactement les mêmes que ceux du monument extérieur.

Poil et pellicule.

Shoah (Claude Lanzmann, France – R.-U., 1985)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

15 mai 2022 – 971

MARDI.           

Lecture.

Bouclard n° 4 (Bouclard Éditions, 2021; 64 p., 10 €).

“Revue littéraire” Le Rapport chinois (Pierre Darkanian, Éditions Anne Carrière, 2021; 304 p., 19,90 €).                         

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

“9 juin [1894].

Ces locations meublées si douteuses qu’on y coucherait dans des journaux, et qu’on en étale partout.

J’écris tout de même de gentilles lettres. Si les gens savaient, ils voudraient ne jamais me connaître que par correspondance.

Il faut que notre Journal ne soit pas seulement un bavardage comme l’est trop souvent celui des Goncourt. Il faut qu’il nous serve à former notre caractère, à le rectifier sans cesse, à le remettre droit.” (Jules Renard, Journal)                 

Lecture.

Les Sept Minutes (Georges Simenon, Gallimard, 1938, rééd. Rencontre, 1967, in “Œuvres complètes Maigret” V; 552 p., s.p.m.).                               

Nouvelles.                               

Les trois nouvelles rassemblées sous ce titre mettent en scène l’inspecteur G 7 qui passe, au fil des histoires, de la police officielle à la police privée. Le récit est pris en charge, sur le modèle holmésien, par un ami du héros qui s’attache à ses pas. Bien que plus jeune que Maigret, G 7 applique les mêmes méthodes, privilégiant l’imprégnation, l’observation et l’écoute à l’action, et obtenant les mêmes résultats.

VENDREDI.

Lecture.

Propriété privée (Julia Deck, Minuit, 2019, rééd. coll. double, 2021; 176 p., 8 €).

Ça commence comme un épisode de Desperate Housewives transposé dans une banlieue parisienne. Un couple de bobos s’installe dans un nouveau quartier, écoquartier pardon, parmi ses semblables qui tous, derrière une façade lisse et polie, cachent leur lot de névroses. La peinture du milieu est fine, drôle, cruelle : les mesquineries et les jalousies ne tardent pas à apparaître sous les dehors policés. Julia Deck est moins à son aise quand elle choisit de faire subir à son roman un tournant policier (une femme et son bébé disparaissent, le mari de la narratrice est arrêté) peu convaincant qui aboutit à un dénouement tronqué et décevant.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Rayonnement capital sur divers supports.

La Souterraine (Creuse), photo de l’auteur, 7 août 2020

Smic Smac Smoc (Claude Lelouch, France, 1971)

SAMEDI.            

Films vus.

  • La Vierge du Rhin (Gilles Grangier, France, 1953)
  • Tais-toi quand tu parles ! (Philippe Clair, France – Italie, 1981)
  • Éducation sentimentale (Alexandre Astruc, France – Italie, 1962)
  • Meurtre en suspens (Nick of Time, John Badham, É.-U., 1995)                            
  • Voyage sans espoir (Christian-Jaque, France, 1943).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Épinal (Vosges), 11 mai 2012, photo de l’auteur

Felletin (Creuse), 8 août 2014, photo de l’auteur

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

9 mai 2021. 172 km. (40 618 km).

43 habitants

   L’obélisque surélevé – terrasse et piédestal – est à l’entrée de l’église. Le granit gris, très propre, est orné d’une croix de Lorraine et d’une palme dorées. Au sol, une vasque de fleurs sans fleurs. Le tout est signé “Le Granit Abainville”.

Seraumont

À ses enfants

Morts

Pour la France

1914-1918

ANDRIEUX Gustave

CHRETIEN Léon

DIDIER Albert

VIARD Fernand

Poil et pub.

Épinal (Vosges), Musée de l’image

Bon dimanche,

Philippe DIDION

8 mai 2022 – 970

LUNDI.

Lecture.

Les Papillons (Barcello, Le Cherche Midi, 2021; 224 p., 18 €).                        

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.

MARDI.           

Lecture.

Paroles juives (Albert Cohen, G. Crès et Cie, 1921, rééd. in “Œuvres”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 402, 1993; 1438 p., 66 €).                         

Curiosité. Dans les remerciements adressés par les responsables de cette édition à diverses personnes et institutions, on trouve “la bibliothèque municipale d’Épinal”. Je me demande bien pourquoi.           

MERCREDI.

Éphéméride.

“4 mai [1916] –  Je n’ai pas été au cinéma; j’ai beaucoup marché mais je n’ai rien remarqué d’important.” (Raymond Queneau, Journal du  Havre, 1914-1920)                  

Lecture.

Schnock n° 37 (La Tengo, décembre 2020; 368 p., 19,50 €).

Alain Delon.                                

Temps Noir n° 21 (Joseph K., 2019; 352 p., 19,50 €).

Le roman policier sous l’Occupation.

Les Apprenties Détectives (Boileau-Narcejac, magazine Elle, 1967, rééd. in « Quarante ans de suspense » vol. 2, Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Francis Lacassin, 1988; 1314 p., 120 F).

Nouvelles.

Curiosité. On peut lire, dans la nouvelle intitulée “Certain vendredi soir” : “Au loin, une radio jouait une rengaine disco et Michel se trémoussa en chantonnant.” De la musique disco en 1967 ? Boileau et Narcejac étaient-ils des visionnaires ?

JEUDI.

Brève de trottoir.

Lecture.

La Mue (Pierre Bergounioux, Gallimard, coll. Blanche, 1991; 136 p., 12,90 €).

La mue, c’est celle que connaît le narrateur au tournant de ses dix-sept ans, lorsqu’il passe de l’enfance à l’adolescence, de la campagne à la ville, du cocon familial à l’internat, de la torpeur à l’éveil politique. Deux événements déclencheurs sont à l’origine de ce tournant : la guerre du Viêt Nam et le tourbillon de Mai-68. Seulement, on est chez Bergounioux et c’est au lecteur de deviner ces événements qui ne sont jamais nommés mais évoqués au sein d’un réseau complexe d’allusions et de métaphores. Le propos est clairement autobiographique, mais clairement seulement pour ceux qui connaissent le bonhomme à travers ses Carnets de notes, dans lesquels il est souvent revenu sur son parcours. Et l’on en vient à se demander comment ce livre, et ceux qui précèdent, ont pu être accueillis au moment de leur parution, quand on ne connaissait rien de Bergounioux. C’est tellement obscur, difficile, que cela a dû en décourager plus d’un et l’on admire d’autant plus l’éditeur d’avoir laissé l’auteur conduire ainsi son œuvre de la manière qu’il l’entendait.

VENDREDI.                 

Lecture.

Dans l’œil du démon (Hakuchû kigo,Jun’ichirô Tanizaki, 1918 pour l’édition originale, Picquier, 2019 pour la traduction française, rééd. Picquier coll. poche, 2021; 142 p., 7 €).

“Trois poèmes parus dans La Tribune des jeunes” (Robert Desnos, 1918, rééd. in “Œuvres”, Gallimard, coll. Quarto, 1999; 1400 p., 27 €).                               

Spéculations. Viridis Candela, 10e série, n° 1 (15 septembre 2021, 80 p., 15 €).

Les mobilités douces.

La dénomination est récente et fort à la mode chez les responsables politiques de tout poil. Cependant, le concept n’est pas neuf, comme le montre ce dossier qui présente des véhicules parfois venus du fond des âges et n’offrant aucun risque pour l’environnement : chaise à porteur, vélocipède à glace avec roue arrière munie d’un patin, landau-corbillard (pour enfant mort en bas âge), tricycle amphibie, canot à voile pour chemin de fer, bicyclette rouleau-compresseur, galère, etc. Il y manque toutefois ce moyen de locomotion déniché dans l’Encyclopédie des farces et attrapes de François Caradec et consorts parue chez Jean-Jacques Pauvert en 1964 :

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Papillons fakiristes, collecte d’Alice Didion.

Nancy (Meurthe-et-Moselle), 31 octobre 2020

Metz (Moselle), décembre 2021

SAMEDI.            

Films vus.

  • Jenny (Marcel Carné, France, 1936)
  • Les Canons de Navarone (The Guns of Navarone, Jack Lee Thompson, R.-U. – É.-U., 1961)               
  • Maestro (court métrage, Illogic, France, 2019)                             
  • Vortex (Gaspar Noé, France – Belgique – Monaco, 2021)                             
  • Les Passagers de la nuit (Mikhaël Hers, France, 2022).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Golbey (Vosges), 1er mai 2012

Saulcy-sur-Meurthe (Vosges), 22 décembre 2013, photos de l’auteur

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

28 mars 2021. 78 km. (40 446 km).

128 habitants

   Un monument de pierre blanche se dresse à côté de l’église. Il est lourdement chargé en bas-reliefs représentant des gerbes, des médailles, des macarons, des armes, des drapeaux, un coq, une croix…

Senonges à ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

Hommage de la commune

Et de ses habitants

Face :

SUPRIN Marcel

SUPRIN Eugène

BERTRAND Léon LT

BLANCHARD Roger

BOULANGE Georges

MARON Marius

GAUDÉ André

PARISOT Alexandre SOF

VALENTIN Alphonse SOF

SUPRIN Louis

BLANCHARD Gaston

BARTHELEMY Marc

FRANQUIN Charles

Gauche :

Jean BARBIER Brigadier chef

Guy EPPLÉ Sous/lieutenant

Abel NOËL Déporté

Louis GEORGES Déporté

Poil et plume.

“Aglaia n’a-t-elle pas imaginé, il y a six mois, de couper sa magnifique chevelure ? (Mon Dieu ! mais je n’en avais même pas une aussi belle dans mon jeune temps !) Elle avait déjà les ciseaux en main; il a fallu que je la supplie à genoux pour qu’elle renonce à sa lubie… Et encore ! admettons que celle-là ait voulu se tondre par malice, rien que pour faire enrager sa mère, car, c’est une fille méchante, volontaire, gâtée, mais surtout méchante, oui, méchante ! Mais est-ce que ma grosse Alexandra n’a pas été sur le point de l’imiter et de se couper les cheveux ? Chez elle, ce n’était pas de la malice ni du caprice, mais de la simplicité; Aglaia avait fait accroire à cette sotte qu’en se rasant la tête elle dormirait mieux et n’aurait plus de migraines ! Et Dieu sait combien de partis convenables se sont présentés à elles depuis cinq ans ! Il y en a eu qui étaient vraiment très bien, même magnifiques ! Qu’attendent-elles donc, et pourquoi ne se marient-elles pas, si ce n’est pour fâcher leur mère ? Elles n’ont pas, absolument pas, d’autre raison !” (Fiodor Dostoïevski, L’Idiot)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

1er mai 2022 – 969

DIMANCHE.                  

Lecture.

Un poulet chez les spectres (Ghosts, Ed McBain, 1980 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1832, 1981 pour la traduction française, rééd. in “87e District 5”, Omnibus, 2000, traduction de l’américain par Rosine Fitzgerald, revue et augmentée par Pierre de Laubier; 1374 p., 145 F).                                  

On ne trouve pas de personnages plus ancrés dans la réalité que les inspecteurs du 87e mis en scène par Ed McBain. Aussi, quand ceux-ci doivent enquêter sur la mort d’un écrivain spécialisé dans le paranormal et que Steve Carella doit prendre pour associée à une femme médium qui voit des fantômes partout pour découvrir l’assassin, on se trouve face à un conflit des valeurs du genre aigu. Aucun des deux camps ne l’emporte : le réel et le fantastique jouent leur rôle dans la résolution de l’affaire, preuve de l’habileté d’Ed McBain qui n’a pas cédé à la facilité de montrer le triomphe des flics sur les charlatans.

LUNDI.          

Lecture.

Le Pan-Pan au cul du nu nègre (Clément Pansaers, Éditions Alde, 1920, rééd. Allia, 2005; 48 p., 6,10 €).

MARDI.           

Lecture.

Aussi riche que le roi (Abigail Assor, Gallimard, coll. Blanche, 2021; 208 p., 18 €).                         

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2022.

MERCREDI.                  

Éphéméride.

“Dimanche [27 avril 1958]

[GP à JL]

J’ai passé quasiment toute la journée au lit m’y étant couché hier soir à 7 heures – J’ai lu trois romans noirs – 1 Chase sadique et con – 2 autres, classiques, pas mal faits – lu aussi un “San Antonio” (alias Frédéric Dard). Pensé à Dominique, à toi, à Paris, à La Nuit et autres sujets plus ou moins intéressants.

Lever à 4 heures demain –

Pour le stage de saut – Si possible je t’écrirai tous les soirs afin de te donner le maximum de mes impressions – l’Action se passant tjs de commentaires cela risque parfois d’être con (je ne suis pas St-Ex).” (“Cher, très cher, admirable et charmant ami…” : Correspondance Georges Perec & Jacques Lederer)

JEUDI.

Lecture.

Biographie de la faim (Amélie Nothomb, Albin Michel, 2004, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 30562, 2006; 192 p., 6,40 €).

Ce titre fait partie du pan autobiographique de l’œuvre d’Amélie Nothomb, qui raconte ici son enfance. Si l’on en croit les entretiens enregistrés dans l’émission À voix nue en 2019, les événements évoqués sont authentiques, malgré leur aspect peu commun. Tout le monde n’a pas eu l’enfance d’Amélie Nothomb, ballottée de pays en pays au gré de la carrière diplomatique de son père, expérimentant tour à tour la boulimie et l’anorexie, alcoolique à l’âge de neuf ans et qui se voit offrir un éléphant pour son douzième anniversaire. Mais le traitement accordé aux faits n’est pas banal non plus, mélange de détachement léger et d’analyse profonde, de sérieux et d’autodérision. L’humour est présent mais le tragique n’est jamais loin, comme lorsqu’elle évoque, en trois phrases, le viol dont elle a été victime pour conclure de façon glaçante : “La vie devint moins bien.”

VENDREDI.                 

Lecture/Écriture.

Mots croisés : Grilles confortables 1 (Michel Laclos, Zulma, coll. Grain d’orage, 2009; 50 grilles, 142 p., 15,95 €).                  

Le cabinet de curiosités du notulographe.

La lettre volée, photos de l’auteur.

Chantraine (Vosges), 15 avril 2018

Épinal (Vosges), 11 juillet 2020

SAMEDI.            

Films vus.

  • Piège pour Cendrillon (André Cayatte, France – Italie, 1965)
  • La Femme invisible, d’après une histoire vraie (Agathe Teyssier, France, 2009)
  • Lunes de fiel (Bitter Moon, Roman Polanski, France – R.-U., 1992)
  • La Tunique (The Robe, Henry Koster, É.-U., 1953)                             
  • Un divorce heureux (Henning Carlsen, France – Danemark, 1975)                             
  • L’Étranger au paradis (Kismet, Vincente Minnelli, É.-U., 1955)                           
  • À l’ombre des filles (Étienne Comar, France – Belgique, 2021).            

Lecture.

Résine (Harpiks, Ane Riel, Tiderne Skifter, 2015 pour l’édition originale, Le Seuil, coll. Cadre noir, 2021 pour la traduction française, traduit du danois par Terje Sinding; 304 p., 20 €).            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Condé-sur-Noireau (Calvados), photo de Pierre Cohen-Hadria, 26 avril 2012

Compiègne (Oise), photo de Jean-Damien Poncet, 4 mai 2018

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

20 mars 2021. 115 km. (40 368 km).

2 464 habitants

Avant de photographier le monument, j’alimente mes diverses collections : salons de coiffure, panneau indiquant un musée du VéloSoleX, publicités et enseignes peintes… Parmi celles-ci, un vieux café dont le nom est inscrit en lettres artistement formées et dont la façade est ornée de guirlandes et de frises à peine visibles. Pour prendre la photo, il faut s’approcher. Problème : sur le trottoir, devant l’édifice, se tient une réunion au sommet. Une bonne demi-douzaine de punks à chiens, bouteille en main, titubants et un rien braillards. Si je m’avance, je peux dire adieu à mon Canon tout neuf, à mes dents et à mon froc. Caroline me dit que le zoom peut suffire, tant pis j’y vais, les cannes molles. Un des types pose sa bière et s’avance vers moi. Mon compte est bon. Je prends quand même la photo en vitesse et j’entends : “Vous savez que Monsieur de Voltaire a fréquenté cet établissement ? On peut voir certaines de ses lettres à la bibliothèque si ça vous intéresse.” Je réponds que non, je ne savais pas, je remercie d’une voix chevrotante et tourne les talons en philosophant, puisque c’est le lieu, sur le mystère des apparences. 

Le monument est au pied de l’église, sur une place en partie pavée qui témoigne du passé prestigieux de la ville. Entouré d’une bordure circulaire de cotonéaster, l’obélisque parallélépipédique est dressé sur trois marches.

Gauche : 90 noms sur deux colonnes, d’ANDRÉ Alexandre à FUGER Antoine, au-dessus de l’inscription ALSACE VERDUN.

Droite : 93 noms de HUMBERT Jean à GRANDADAM Auguste, au-dessus de l’inscription MARNE ARTOIS.

Dos : Victimes civiles. 46 noms de MME ROTH Joséphine à MARY Camille, au-dessus de l’inscription suivante :

Monument érigé par souscription publique

Avec le concours de la municipalité

Sous le haut patronage de M. Constant Verlot

Maire de Senones – Député des Vosges

Inauguré par M. le Maréchal Joffre

Le 18 octobre 1925

Poil et plume.

“Ensuite, la coiffure. Le coiffeur de l’hôpital, d’après mon père, avait appris son métier “plusieurs siècles auparavant”, quand on coupait encore les têtes et que l’on devait dégager la nuque des condamnés. Lorsqu’il entrait dans la chambre, ses premiers mots étaient souvent : “Bon Dieu, mais qu’est-ce qu’ils t’ont fait encore !“ Et il passait de longues minutes à tenir entre ses doigts, d’un air sinistre, les mèches raides et ternes qui tombaient sur le cou de la malade. Mais aujourd’hui maman était bien – très bien – coiffée. Ses cheveux noirs brillaient et, je le remarquai en m’approchant, sentaient bon; une boucle s’enroulait souplement sur son front. Jamais je ne l’avais vue aussi coquette, pas même sur la photo de son voyage de noces à Paris, où elle contemplait la tour Eiffel d’un air dubitatif.” (Jean-Pierre Ohl, Redrum)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

24 avril 2022 – 968

DIMANCHE.

Lecture.

Le Serpent majuscule (Pierre Lemaitre, Albin Michel, 2021; 336 p., 20,90 €).

Pierre Lemaitre a ressorti de ses tiroirs un manuscrit qui date de 1985. Sa carrière ne commencera que vingt ans plus tard avec une série de polars durs, très noirs, et l’on peut comprendre son choix de ne pas avoir proposé ce texte à ses éditeurs de l’époque. En effet, Le Serpent majuscule n’est pas du tout dans la même ligne, il contient peut-être plus de cadavres que tous ses autres romans mais c’est un polar fantaisiste à la manière de Fred Kassak, presque parodique, construit autour d’une mémé tueuse à gages qui commence à s’emmêler dans les contrats qu’on lui donne du fait d’une mémoire défaillante. On imagine très bien la chose adaptée à l’écran par Georges Lautner et Michel Audiard aurait adoré donner son rôle principal à Annie Girardot. On regrette, à sa lecture, le fait que Pierre Lemaitre ait tourné le dos au polar pour les grandes fresques historiques qui ont fait son succès. Il y a trouvé son compte, sa famille aussi désormais bien nourrie, mais cette réédition choisie montre qu’il partage un peu, lui aussi, ces regrets.

MARDI.

Vie de retraité (entraînement à la).

Dans la salle d’attente où j’attends, c’est fait pour, que mon père sorte de son rendez-vous médical, je trouve une pile de Notre temps, “le magazine de la retraite heureuse”. Je remplis sans trop de difficultés quelques grilles de mots croisés. Apparemment, je suis apte.

MERCREDI.

Lecture.

La Chamade (Françoise Sagan, Julliard, 1965, rééd. in “Œuvres”, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2019; 1494 p., 30 €).

Françoise Sagan, en bonne lectrice de Proust, analyse de façon clinique une liaison amoureuse qui prend naissance dans un salon, version moderne et affadie de celui des Verdurin. La phrase n’est pas proustienne, ce n’est pas ce qu’on lui demande, mais la description des phases de cet amour est aussi précise et intéressante que chez son modèle. Modèle avoué d’ailleurs, Proust étant mentionné à deux reprises dans ce roman tout à fait réussi.                 

Éphéméride.

À Ernest Delahaye

“Lieu de Po[u]rrière[s], 20 avril 1912.

Cher ami,

C’est un signalement que vous nous demandez là, ce n’est pas une signature. Qu’est-ce à dire ?

Sentiments dévoués,

B. Nouveau

Professeur de dessin

Pourrières (Var)

Soigner les majuscules, S.V.P.” (Germain Nouveau, Correspondance)

JEUDI.                                 

Lecture.

Histoires littéraires n° 81 (Du Lérot éditeur, janvier-février-mars 2020; 208 p., 25 €).

Charles Nodier – Robert Doisneau – Claude Farrère – Pierre-Victor Stock – Matthieu Letourneux.

VENDREDI.                 

Lecture.

Le Cercle des Pataphysiciens (Collège de ‘Pataphysique, Mille et une nuits n° 544, 2008; 128 p., 3,50 €).                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Histoires de l’œil, photos de Pierre Cohen-Hadria.

Nantes (Loire-Inférieure), 14 octobre 2020

Asnières (Hauts-de-Seine), 26 janvier 2019

SAMEDI.            

Films vus.

  • Le Jour et l’Heure (René Clément, France – Italie, 1963)
  • Alliés (Allied, Robert Zemeckis, R.-U. – É.-U., 2016)                             
  • Le Toubib (Pierre Granier-Deferre, France, 1979)                             
  • Ange (Angel, Ernst Lubitsch, É.-U., 1937).

Football.

SA Spinalien – Beauvais 0 – 1.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Salons d’actualité.

Brive-la-Gaillarde (Corrèze), photo de Bernard Cattin, 23 décembre 2019

Paris (Seine), rue du Faubourg-Saint-Martin, photo de Pierre Cohen-Hadria, 17 janvier 2018

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

7 mars 2021. 137 km. (40 253 km).

181 habitants

Le monument, dressé au pied de l’église, est d’inspiration antique. Je ne pense pas avoir déjà rencontré ce genre d’architecture funéraire, néoclassique peut-être. Deux colonnes échappées d’un temple grec sont plantées sur une esplanade dont les coins portent des ogives d’obus. Un chapiteau domine un mur sur lequel les noms sont inscrits en grosses capitales.

Aux Héros de Senaide

1914-1918

Général MENESTREL Frédéric

Suivent 33 noms sur deux colonnes, de BRISSEY Gabriel à FLORIOT Achille (Syrie 1921).            

Poil et plume.

“Un après-midi, à la maison Cotter, elle produisit une pochette en suède fermée au milieu par une lanière en cuir, la défit, puis la posa sur le matelas et exposa une batterie d’instruments de barbier étincelants, ciseaux, rasoir à manche, peignes en écaille et tondeuse argent rutilante avec un double jeu superposé de petites dents extrêmement bien aiguisées. Cette affaire était une sorte de grand frère de l’étui à manucure que Billy m’avait offert à Noël. Mme Gray avait suivi un cours de coiffure dans le temps, me confia-t-elle, et coupait les cheveux de tout le monde chez elle, même les siens. Malgré mes gémissements plaintifs – comment allais-je expliquer ça à ma mère ? –, elle m’obligea à m’asseoir dans un vieux fauteuil en osier du porche ensoleillé et s’attaqua à ma tignasse hérissée avec une célérité de professionnelle, chantonnant entre ses dents pendant qu’elle s’activait. Lorsqu’elle eut terminé, elle me permit de me regarder dans le miroir miniature de son poudrier; je ressemblais à Billy. Quant à ma mère, puisque nous y sommes, je n’aurais pas dû me tracasser car, dans sa confusion habituelle, elle ne remarqua même pas mes cheveux étonnamment tondus – c’était bien d’elle, franchement.” (John Banville, La lumière des étoiles mortes)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

17 avril 2022 – 967

DIMANCHE.

Vie politique.

Nous allons voter en quatuor. Nous avons parlé de nos choix – le mien est simple, je vote depuis que j’en ai l’âge pour le même parti, quand il a encore la force de présenter un candidat – et chacun a donné sa voix à sa petite chapelle. Il me vient alors à l’esprit que je n’ai jamais ces derniers temps rencontré ou entendu quelqu’un disant qu’il allait voter pour le président sortant. Et si on allait vers une mauvaise surprise comparable à celle de 2002 ? J’écris ces mots à 19 heures, je saurai bientôt si mes craintes sont justifiées.

MARDI.

Lecture.

Le Fidèle Berger (Alexandre Vialatte, Gallimard, 1942, rééd. coll. L’Imaginaire n° 415, 2000; 270 p., 9,20 €).

Entre Battling le ténébreux, son premier roman publié, et ce Fidèle Berger, Vialatte a traduit Kafka. Il saura s’en souvenir au moment de transcrire sous forme romanesque son expérience de la drôle de guerre et de la déroute de l’armée française à laquelle il a pris part. “Comme un chien, murmura Berger. C’était une phrase qu’il avait lue dans un roman à propos d’une exécution qui se passait dans une carrière imaginaire, avec deux messieurs en haut-de-forme pour faire fonction d’exécuteurs, la guillotine étant remplacée par une scie.” Cette allusion à la fin du Procès confirme l’ancrage du récit de Vialatte dans un univers proprement kafkaïen. Le brigadier Berger, à l’issue d’une marche forcée qui le laisse à bout de forces et à demi-fou, est capturé par l’ennemi. Prisonnier, aliéné, libéré, il passe du cachot à la salle d’asile sans saisir ce qui lui arrive, incapable de comprendre le crime dont, comme Joseph K., il est persuadé d’être accusé. C’est le parcours qu’a connu Vialatte lui-même, qu’il reproduit dès sa libération sous la forme d’un monologue intérieur. Le récit est certes répétitif, en devient parfois longuet, mais constitue une expérience littéraire singulière qui ne ressemble en rien aux souvenirs de guerre habituels.

MERCREDI.                 

Éphéméride.

[13 avril 1939]

« À : Hôtel Royal Versailles, 31, r. Le Marois, Paris 16e

[Londres]

13-IV-39

3 heures

Mon amour, mon ange, toutes mes félicitations : 14 ans ! Encore une semaine et je t’embrasserai, ma tendresse. Aujourd’hui en me levant, j’ai eu soudain envie de tout laisser tomber et de rentrer – d’autant plus que Gleb me dit d’un air maussade que la soirée chez Chklovskaïa ne rapportera pas plus de 3 livres (mais je vais prendre mes mesures). J’irai chez elle demain pour mettre tout cela au point directement avec elle.” (Vladimir Nabokov, Lettres à Véra)VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe.

Curiosités mortuaires.

Dore-l’Église (Puy-de-Dôme), photo de Christophe Hubert, 11 août 2019

Le Malzieu-Ville (Lozère), photos de Bernard Cattin, 22 juillet 2020

SAMEDI.            

Films vus.

  • Un après-midi de chien (Dog Day Afternoon, Sidney Lumet, É.-U., 1975)                             
  • Le Discours (Laurent Tirard, France – Belgique, 2020)
  • Thérèse (Alain Cavalier, France, 1986)
  • Boîte noire (Yann Gozlan, France – Belgique, 2021)
  • L’Homme qu’on aimait trop (André Téchiné, France, 2014).

Football.

SA Spinalien – Sannois Saint-Gratien 0 – 0.            

L’Invent’Hair perd ses poils.

Flers (Orne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 24 avril 2012/
Bastia (Corse), photo de Jean-Damien Poncet, 7 novembre 2017    

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental).

6 février 2021. 111 km. (40 116 km).

Commune du Valtin

Pas de monument aux morts, bien entendu, ni de plaque dans la chapelle. La présence du col dans la liste des communes figurant dans le calendrier des postes de 2006 n’est due qu’à l’existence, à l’époque, d’une cabine téléphonique.            

Poil et plume.

“La façon dont les gens regardent leur propre visage est souvent révélatrice. Ce n’est pas une chose qu’ils font souvent, ni même qu’ils ont envie de faire, mais chez le coiffeur, vous n’avez guère le choix. Au café, les gens paient pour s’asseoir et voir défiler le monde. Chez le coiffeur, ils paient pour contempler leur propre visage et vous voyez ce qui se passe en eux quand ils le font.

Vous ne voyez pas grand-chose sur une tête. Même s’il m’arrive de me dire : Là, au-dessous de mes doigts, se trouvent leur crâne, leur cerveau, et toutes les pensées qu’il peut contenir.

Ce que ce client-là me disait, à la façon dont il se regardait dans la glace, c’était qu’il avait vécu toute sa vie avec – ou pour – papa et maman. Vous avez des hommes qui sont de grands enfants. C’était à peu près tout ce que je percevais. Et qu’il devait avoir la soixantaine bien sonnée. Un de ces solides gaillards au cœur tendre. Ce qu’il me disait, c’était qu’il était seul au monde.” (Graham Swift, “Les autres, c’est la vie”, in De l’Angleterre et des Anglais)

Bon dimanche,

Philippe DIDION