Avril 2014

6 avril 2014 – 619

DIMANCHE.

Vie au grand air. Vosges Matin du jour annonce 4000 inscriptions pour le Trail des terroirs. Le Trail des terroirs est une manifestation sportive et para-sportive au cours de laquelle les participants sont invités à marcher, courir ou pédaler le long d’un parcours champêtre dans les alentours d’Epinal. Comme le temps est au beau et que les frais d’inscription donnent droit à manger quelques produits locaux si on a la patience de faire la queue – la Chambre d’agriculture assurant la partie terroir -, on comprend qu’ils soient nombreux. Tout le catalogue Décathlon est de sortie. Il y a des parkings réquisitionnés, des navettes prévues pour éviter les encombrements qui s’annoncent, c’est magique. Comme disait Coluche, si on obligeait les gens à faire ça, ils gueuleraient comme jamais mais là, non, ils sont contents. La chose a l’immense mérite de rendre déserts tous les chemins qui ne font pas partie du parcours et permet à ceux qui souhaitent se promener au grand air sans la foule de le faire en toute tranquillité. Moi, j’ai pris mes précautions, je suis parti monumenter au diable vauvert, loin des dangereux terroiristes. Au retour, je fais un crochet par la forêt de Sionne – j’étais l’autre jour à Sion, il vaut mieux respecter la parité en cette période électorale – où je me mets à la recherche de hêtres tortillards, une essence rarissime dont cinq représentants sont répertoriés à cet endroit. J’en trouve quatre, je prends des photos qui me serviront à illustrer un travail à venir.

MERCREDI.

Lecture parallèle. Ulysses (James Joyce, 1922, rééd. Penguin Modern Classics, 1982; 720 p., 3,50 £)

Ulysse (James Joyce, nouvelle traduction collective, Gallimard, coll. Du monde entier, 2004; 992 p., 34 €€)

Ulysse (James Joyce, traduction d’Auguste Morel assisté par Stuart Gilbert, entièrement revue par Valery Larbaud et l’auteur, La Maison des Amis des livres, 1929, rééd. in « Oeuvres II », Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 420, 1995; 2012 p., 76 €€).

Bien sûr, il faut du temps : cette triple lecture a été entreprise le 20 juin 2004. Il s’agissait, après avoir effectué au cours des décennies précédentes deux lectures intégrales de l’oeuvre en anglais, lectures forcément insatisfaisantes, de reprendre page par page cette version originale et de la comparer aux deux traductions françaises existantes. La traduction collective, la plus récente, a ses atouts : un texte en continu, sans notes, des voix multiples répondant bien aux différents registres utilisés par Joyce au fil des chapitres, une traduction plus assurée et moins fautive que celle de la première équipe. On pourrait s’en contenter si l’on possédait la totalité des connaissances et références de l’auteur, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Un homme, au moins possède cette science : Jacques Aubert, responsable de l’édition Pléiade qui est, à n’en pas douter, une des plus belles réussites de la collection. L’appareil de notes y est d’une richesse stupéfiante, permet de tout saisir des éléments qui se répondent d’un bout à l’autre du roman, déniche les sources, les références, les citations, les allusions, fait suivre phrase par phrase, presque mot à mot, la construction du roman, donne au lecteur l’impression d’habiter le cerveau de Joyce et de suivre sa main en train d’écrire. S’arrêter à chaque note hache considérablement la lecture, d’où la nécessité de repartir vers la traduction sans notes avant de revenir au texte original pour retrouver la source. On peut passer sa vie dans ces allers et retours sans s’ennuyer une seconde.

Lecture. Le Chiendent (Raymond Queneau, Gallimard, 1933, rééd. in « Oeuvres complètes II », Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 485; 1766 p., 69 €€).

En janvier 2010, la découverte d’un poème de Robert Desnos intitulé « Au bordel d’Epinal » m’avait fait un temps envisager le fait que le poète aurait pu connaître l’établissement dont il parlait : quelques détails topographiques semblaient en effet désigner un bordel local qui avait existé rue Jean-Charles-Pellerin. Las, après recherches, vérifications et consultation de spécialistes de Desnos, il fallut se rendre à l’évidence : Desnos n’avait jamais mis les pieds à Epinal et les détails qui semblaient attester son passage ne relevaient que de la coïncidence et du hasard. L’épisode avait tout de même nourri une notule replète sur l’histoire de l’établissement en question (disponible sur demande pour les notuliens intéressés qui l’auraient ratée), à partir des articles, des photos et des témoignages que j’avais rassemblés. Je pensais bien en avoir fini avec ce sujet mais voilatipas, comme l’écrirait l’autre, qu’en février dernier, j’apprenais qu’il était aussi question d’un bordel spinalien dans le premier roman de Queneau. Au chapitre VII du Chiendent, on apprend en effet que le numéro 47 de la rue Thiers abrite « le boxon le plus cher, le plus célèbre, le mieux coté d’Epinal. Trente femmes sages comme des images y travaillaient avec application. » Une scène s’y déroule et l’on apprend que l’établissement devra fermer plus tard à cause d’une épidémie de béribéri qui ravagera la ville. Cette fois, pas d’affolement, je ne vais pas remuer ciel et terre pour chercher des traces d’un bordel spinalien de la rue Thiers. Le livre de Jean Bossu Chronique des rues d’Epinal (tome II, Jeune Chambre Economique d’Epinal et de sa région, 1982) m’a appris qu’outre celui de la rue Jean-Charles-Pellerin, la ville n’avait compté qu’un seul autre boxon, rue de Bellevue où, d’ailleurs, les pensionnaires n’étaient pas aussi nombreuses que dans le roman : « En 1926, écrit Jean Bossu, c’étaient Mlles Henriette, Marguerite, Madeleine, Emma et Germaine, en 1931, Mlles Julia, Philomène, Léa (deux du même prénom), Fernande et Marie-Charlotte. » On doit à Elisabeth Chamontin, notulienne canal quenien que je remercie de m’avoir mis sur cette piste, une étude précise et précieuse du Chiendent : « Une famille qui cloche. Liens de famille dans Le Chiendent » que l’on trouvera sous ce lien : ttps://docs.google.com/file/d/0B2c52ZQKaimjLXBJck1FWndXSEE/edit

Il y est bien sûr question du bordel d’Epinal et on y apprend, entre autres, que le 47 rue Thiers n’était autre que l’adresse de la mercerie Queneau au Havre. Inutile de dire que le roman vaut le détour pour bien d’autres raisons.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rue Thiers, Epinal (Vosges), dernier numéro impair (pas de 47, donc), photo de l’auteur, 4 avril 2014.

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SAMEDI.

Lecture. Oupeinpo : du potentiel dans l’art (Collectif, Le Seuil, 2005; 224 p., 40 €€)

Tango tranquille (Verena Hanf, Le Castor Astral, coll. Escales des lettres, 2013; 176 p., 13 €€) 

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2014.

L’Ami-livre : confidences d’un bouquinomane (Thierry Paquot, Librairie La Brèche Editions, 2011; 40 p., 6,90 €€).

Football. SA Spinalien – US Raon-l’Etape 1 – 1.

 Films vus.

Rendez-vous avec un ange (Sophie de Daruvar & Yves Thomas, France, 2010)

Des gens qui s’embrassent (Danièle Thompson, France – Belgique, 2013)

Belle Epine (Rebecca Zlotowski, France, 2010)

Vive la France (Michaël Youn, France, 2013)

Waati (Souleymane Cissé, France – Mali – Burkina-Faso, 1995)

A Woman’s Tale (Paul Cox, Australie, 1991).

IPAD. 24 mars 2013. 65 km. (21958 km).

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93 habitants

    Le monument est à un croisement, derrière l’’église. C’’est une stèle simple, entourée d’’une grille blanche, ornée d’’une croix de Lorraine et de divers rameaux, guirlandes et couronnes.

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A nos morts

1914-1918

ZAMARON Charles 1914                   PILLEMENT Etienne 1915

DENET Victor                   SYLVESTRE Joseph 1915

AIME Ernest                   COLLIN Nestor 1915

MATHIEU Eugène 1915                   DENET Jules 1915

PILLEMENT Paul                   ZAMARON Maurice 1915

LAURENT Albert 1915                    COUSOT Marcel 1916

THOMAS Denis                   BONAVENTURE Georges 1918

COUSOT Gustave 1915                   POISSONNIER Georges 1918

BEGARD Marcel 1942                   FEDELLE Etienne 1944

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), photo de ?, 22 août 2009 / Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 septembre 2011

Invent’Hair, bilan d’étape. Le cap des 1900 salons étant atteint, examinons ce qui s’est passé au cours de cette dernière centaine.

Bilan géographique. 94 des 100 derniers salons sont d’origine française, les autres pays représentés étant les Etats-Unis (+ 3), l’Allemagne (+ 2) et l’Espagne (+ 1). L’Allemagne dépasse ainsi le Japon, la Tunisie et la République tchèque pour s’installer à la 13e place du classement général. PACA (+ 60) et l’Île-de-France (+ 19) ne laissent que des miettes aux autres régions et la première s’installe sur le podium derrière Rhône-Alpes et l’Île-de-France, le Languedoc (4e), la Lorraine (5e) et Midi-Pyrénées (6e) reculant par conséquent d’une place. Les départements rhônalpins sont bien sûr à l’honneur avec 37 salons pour les Alpes-Maritimes, 18 pour les Alpes-de-Haute-Provence et 9 pour les Hautes-Alpes. Au classement général, les positions de tête restent les mêmes avec Paris (+ 18) devant le Rhône (+ 1) et les Vosges (+ 4), et les départements cités plus haut progressent sensiblement : les Alpes-Maritimes de la 20e à la 6e place, les Alpes-de-Haute-Provence de la 55e à la 23e, les Hautes-Alpes de la 83e à la 41e. Signalons également que l’Indre et le Territoire de Belfort, deux de nos derniers départements chauves, ont désormais un poil sur le caillou avec un salon chacun. Il reste à poser des implants dans l’Eure et dans le Gers. De belles villes sont tombées dans la soucoupe à pourboires avec Nice (33 salons du premier coup et une 4e place au général derrière Paris, Lyon et Barcelone), Gap (7), Belfort (1), Berlin (1), Châteauroux (1), soit 4 préfectures et une capitale.

                                                  Bilan humain. Marc-Gabriel Malfant signe 70 photos sur les 100 nouveautés et caracole en tête avec un total de 721 prises, devant le notulographe (184, + 5), Pierre Cohen-Hadria (156, + 7), Benoît Howson (65, =), Jean-Christophe Soum-Fontez (59, + 2), Hervé Bertin (54, + 3), François Golfier (43, + 2), Philippe de Jonckheere (40, =), Christophe Hubert (+ 1) rejoignant Sylvie Mura (=) à la 9e place avec 33 salons.

Etude de cas. Nos amies les bêtes, qui restent à la porte de l’Invent’Hair.

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Obernai (Bas-Rhin), photo de l’auteur, 24 mai 2010 / Feurs (Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 27 septembre 2013 / Nantes (Loire-Atlantique), photo de Danielle Constantin, 24 août 2008

Poil et pellicule. Triptyque issu de The Barber, L’Homme qui n’était pas là (The Man Who Wasn’t There, Joel Coen, E.-U – G.-B., 2001).

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Bon dimanche,

Philippe DIDION

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13 avril 2014 – 620

MARDI.

Lecture. Station Rome (Vincent Pieri, Mercure de France, 2013; 240 p., 18,50 €€) 

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2014.

MERCREDI.

Lecture. L’Indice de la feuille de thé (The Tea Leaf, Robert Eustace & Edgar Jepson, 1925 pour l’édition originale, traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez in « Mystères à huis clos », Omnibus, 2007; 1148 p., 27 €€).

Cette nouvelle de meurtre en chambre close, due à un duo britannique, ne vaut que par l’originalité du cadre, un bain turc en l’occurrence. La solution du mystère – l’arme du crime qui semble s’être évaporée – fait appel à des connaissances en chimie qui étaient la spécialité de Robert Eustace, médecin de profession.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Sculpture sur haie à Entre-Deux-Eaux (Vosges), photos d’Alain Mathieu, 6 novembre 2012.

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SAMEDI.

 Films vus.

Raging Bull (Martin Scorsese, E.-U., 1980)

La Raison d’état (André Cayatte, France – Italie, 1978)

Bazar (Patricia Plattner, Suisse – France, 2009)

The Wrestler (Darren Aronofsky, E.-U. – France, 2008)

11.6 (Philippe Godeau, France, 2013)

Les 11 commandements (François Desagnat & Thomas Sorriaux, France, 2004).

IPAD. 1er avril 2013. 164 km. (22122 km).

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89 habitants

   Cela ressemble plus à une petite tombe qu’’à un monument aux morts, une tombe sans dalle, un peu de terre retournée et quelques tiges de perce-neige, une grille basse, rouillée, le tout à la porte de l’’église. La stèle porte une grande Croix de Lorraine blanche.

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A nos morts pour la France

1914-1918                                         1939-1945

LOUIS Louis                                 LOUIS Eugène

1892-1915                                       1918-1940

LOUIS Firmin                                BANVOY René

1888-1915                                       1920-1944

ANDRE Emile                                 GROSSE Marcel

1886-1916                                       1921-1944

                                                                                                                     PRETAT Louis

1876-1918

Bien sûr, le Louis Louis attire l’oe’œil, je crois que c’’est le seul cas rencontré jusqu’à maintenant dans le département.

 L’Invent’Hair perd ses poils.

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Ouessant (Finistère), photo de Pierre Cohen-Hadria, 23 août 2009 / Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de François Golfier, 20 juin 2011

Poil et plume. « Monca se soumit. Elle sentit les doigts frais et jeunes qui lui épinglaient la camisole sous le menton. « Oui, il y a du vent », répondit-elle, s’enfonçant de nouveau dans le fauteuil. Et le silence tomba. George, de son geste expert, retirait les épingles. Les cheveux s’écroulèrent, mais il ne les saisit pas, comme généralement, avec cet air de les soupeser, d’admirer leur finesse et leur poids. Il les laissa tomber et, prenant une brosse dans un tiroir, il toussa faiblement, se racla la gorge et dit d’une voix sans timbre : « Oui, il est assez fort, on dirait. » (Katherine Mansfield, Félicité)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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20 avril 2014 – 621

DIMANCHE.

Lecture. Le Piéton de Paris (Léon-Paul Fargue, Gallimard, 1939, rééd. Gallimard, coll. L’Imaginaire n° 301, 1993; 308 p., 8,50 €).

Tout auteur se mettant en tête d’écrire sur Paris se voit un jour ou l’autre renvoyé à Léon-Paul Fargue et à ce Piéton de Paris qui est devenu la périphrase par laquelle on le désigne immanquablement. Avant cela, Fargue avait publié, un peu dans le même esprit, D’après Paris, que l’on retrouve aussi dans ce volume à la suite du Piéton. Fargue, que l’on ne lit plus guère comme poète, est resté à la postérité par ces chroniques parisiennes qui sont le fruit de ses déambulations. Le Paris d’avant-guerre est traité sur le plan géographique (en commençant par le quartier de la gare de l’Est, préféré de et habité par l’auteur, « quartier de poètes et de locomotives » comme il le dira souvent) ou thématique (les cafés, les hôtels…) dans une langue toujours agile et pleine de trouvailles : on croise ici « un ténor de plate-forme d’autobus », là une dame « d’une bêtise de fraises à la crème ». La promenade donne lieu, on s’y attendait, à une certaine nostalgie, à une vision un peu désenchantée de ce que la ville est en train de devenir, notamment avec le déplacement artistique de Montmartre à Montparnasse. On préfère Fargue quand il cesse de s’apitoyer et se transforme en précieux guide sur l’histoire du Jardin des Plantes ou sur la vie dans les palaces. Beaucoup de personnes traversent ce livre, Fargue ayant connu le Tout-Paris de l’époque. Peu de portraits cependant, mais le rappel d’amitiés solides avec Jarry et Charles-Louis Philippe. Le plus souvent, l’auteur se contente de citer des noms, parfois en ribambelle, et c’est dans une de celles-ci que l’on trouve celui de Régine Flory qui fut, ne l’oublions pas, la première tentatrice de celui qui croyait alors – en 1925 – devenir l’abbé Gengenbach.

Vocabulaire. J’apprends l’adjectif « alliciant », qui signifie, en parlant d’une femme ou de ses attraits, « séducteur, attirant ». Le TLF nous propose un extrait de poème de Jean Richepin qui évoque les « seins alliciants » de la mer. Diable.

LUNDI.

Invent’Hair, étude de cas. Je suis en train de classer les photos prises et reçues en décembre 2013. Je sais, je ne suis pas en avance. L’Invent’Hair est un chantier exigeant, un monstre qui réclame beaucoup de temps : pour chaque image, examen, vérification, homologation, classement doivent être réalisés avec soin, sans précipitation. Ce soir, je tiens dans mes brucelles électroniques un cliché pris à Lyon par Marc-Gabriel Malfant le 29 décembre dernier.

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Je consulte les archives. « Hair du temps » (sans article) : 19 photos, dont une prise à Lyon par Patrick Flandrin le 29 décembre 2006, soit 8 ans avant jour pour jour, et notulisée dans le numéro 445.

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Je sors la loupe, il s’agit bien du même salon : la galerie commerciale a une structure différente mais la pharmacie à droite, le gazon devant, la forme des poteaux sont bien les mêmes. Pas de problème, bon pour le dossier « Salons modifiés après travaux ». Sauf qu’une chose m’intrigue : comment les arbres et les immeubles, à l’arrière, ont-ils pu pousser aussi vite ?

MARDI.

 Lecture. Tartes aux pommes et fin du monde (Guillaume Siaudeau, Alma, 2013; 144 p., 14 €).

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2014.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Agnès Ledig, Marie d’en haut, Pocket, 2012.

 Lecture. Mes aveux les plus doux : souvenirs (André Asséo, l’Archipel, 2014; 224 p., 18,95 €).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

VENDREDI.

  Vie musicale. Charlélie Couture, c’est une longue histoire. Elle nous ramène aux années d’adolescence, 1978-1979, au début de la carrière de deux chanteurs promis à un bel avenir, Hubert-Félix Thiéfaine et Charlélie Couture. A Epinal, nous étions pris entre deux feux : Couture au nord (Nancy), Thiéfaine au sud (Haute-Saône). Deux beaux disques (et ils allaient avoir du mal à faire mieux par la suite), Le Pêcheur pour le premier, Tout corps vivant branché sur le secteur… pour l’autre, sortis quasiment en même temps. Mais ici, entre l’étudiant aux Beaux-arts de la grande ville méprisante et le péquenot de Haute-Patate élevé à la cancoillotte, il n’y avait pas photo. Pour nous, c’était Thiéfaine. On connaissait un peu ses musiciens, Jean-Pierre Robert, Tony Carbonare, des types réglos qui avaient officié dans un groupe nommé Machin, on le suivait dans les petites salles où il se produisait à l’époque en maillot de cycliste, le cinéma Eden à Chantraine, la salle André-Malraux à Vandoeuvre, ça sentait la vache enragée mais ça n’allait pas tarder à changer. Dans la famille Couture, à la limite, on préférait le frère, Tom Novembre, qui écumait les MJC du coin avant de connaître la réussite au cinéma. Un soir, Couture et Thiéfaine sont venus à Epinal pour un concert commun, salle de la Louvière. Couture s’est fait jeter comme un malpropre, il n’a pas tenu trois chansons. Plus tard, il est revenu, tout seul, en vedette. Le contrat avec Island Records, l’album Poèmes rock, la chanson « Comme un avion sans aile » en avaient fait une star. Le public avait oublié l’affront, lui pas : son « Salut Epinal, je me souviens de vous » lancé en entrée avait jeté un froid. Thiéfaine, lui, on ne l’a jamais revu. Ce soir, Charlélie est de retour à Epinal pour l’inauguration d’une nouvelle salle. Il est ici en résidence d’artiste pour préparer un nouveau disque et une tournée. Une copine interrogée, serveuse dans un restaurant où il a pris ses habitudes : « Comment il est ? – Il est vieux. » C’est vrai que de loin, sur la scène, il y a du Jean-Pierre Coffe dans la silhouette. Mais au micro, une fois que la machine tourne, ça tient encore la route. Son jeu de piano, héritage des cours de dactylo donnés à l’école Pigier, sa voix traînante, son talent pour torcher une histoire en trois ou quatre couplets, le dosage habile entre nouveautés à mettre en place et vieilles chansons à dépoussiérer, tout cela emporte rapidement le morceau. A la fin, il a même souri et dit merci. C’est officiel : Charlélie et moi, on n’est plus fâchés.

Le cabinet de curiosités du notulographe. La ferme !, Nantes (?) (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, janvier 2014.

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SAMEDI.

Films vus.

L’Homme qui rit (Jean-Pierre Améris, France – République tchèque, 2012)

Mariage à l’anglaise (I Give It a Year, Dan Mazer, G.-B., 2013)

Un prince (presque) charmant (Philippe Lellouche, France, 2013)

                            Neverland (Finding Neverland, Marc Forster, E.-U. – G.-B., 2004)

                            Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel (Laurence Ferreira Barbosa, France, 1993)

Hantise (Gaslight, George Cukor, E.-U., 1944).

IPAD. 8 avril 2013. 79 km. (22201 km).

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   Le monument est dans le cimetière. C’est un grand crucifix, perché au-dessus de cinq marches et entouré d’autant de mâts destinés à recevoir des drapeaux. Sa taille étonne, mais se comprend quand on s’aperçoit qu’il rassemble les morts de trois communes, Julienrupt (qui n’est d’ailleurs qu’un hameau), Cleurie et La Forge, deux lieux où nous avions bien sûr fait chou blanc – même si une plaque est apposée sur la le mur de la Mairie à Cleurie.

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A nos morts pour la France

1914-1918

A nos enfants

Morts pour la France

  Face : les morts de 1939-1945 sont inscrits sur les deux pages d’un livre de granit. Ils concernent les communes de Cleurie (7 noms), La Forge (12 noms) et Le Syndicat Cleurie (13 noms).

Gauche :

La Forge

BLAISON Auguste

BODSEN Eugéne

COLNEL Adolphe

FELIX Arthur

FERRY Albert

LAMOUCHE Jean-Bte

LEROY Louis

PETIN Eugéne

PHILIPPE Louis

PHILIPPE Henri

PIERRAT Emile

PIERRE Henri

REMY Georges

VILLEMIN Léon

COLNEL Adrien

PERRIN Léon

  Dos :

Julienrupt

32 noms de BART Jean-Louis à VINEL Louis

  Droite :

Cleurie

21 noms de BAILLY Constant à VILLEMIN Henri

A.F.N.

DE PEDRINI Marcel

  On a déjà rencontré des graveurs fâchés avec l’accent d’Eugène à Evaux-et-Ménil, à Gerbépal et au Haut-du-Tôt.

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Montrieux-en-Sologne (Loir-et-Cher), photo de Thierry Beinstingel, 30 août 2009 / Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 mars 2011

Poil et plume. « (Il sort sur un pas de courante. Best entre en costume de coiffeur, blanchi à en briller, ses boucles en papillotes. Il conduit John Eglinton qui est vêtu d’un kimono de mandarin jaune nankin, lettrélizzard, coiffé d’un haut chapeau pagode.) » (James Joyce, Ulysse, traduction collective; Gallimard, 2004)

Joyeuses Pâques,

Philippe DIDION

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27 avril 2014 – 622

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 11 mai 2014.

DIMANCHE.

Lecture. 20 bonnes raisons d’arrêter de lire (Pierre Ménard, Le Cherche Midi, 2014; 128 p., 12 €).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

LUNDI.

Lecture. La Silencieuse (Ariane Schréder, Editions Philippe Rey, 2013; 224 p., 17 €).

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2014.

MARDI.

Relecture. La Ferme des animaux (Animal Farm, George Orwell, 1945, Gallimard, Folioplus classiques n° 94, 2007, traduit de l’anglais par Jean Quéval; 192 p., 5,60 €).

MERCREDI.

Lecture. Schnock n° 6 (La Tengo Editions, mars 2013; 176 p., 14,50 €).

« La Nostalgie, camarades ! » : Serge Gainsbourg.

Dossier sur Gainsbourg mais pas vraiment en l’honneur de Gainsbourg : l’idole sort un peu égratignée des pages où elle est évoquée, notamment par ses arrangeurs ou quelques admirateurs. L’un d’eux encadre sa contribution de deux règles apprises au contact du beau Serge : « Règle n° 1 : ne jamais idolâtrer qui que ce soit », « Règle n° 2 : ne jamais rencontrer son idole ». Mais au-delà de l’affectif, le dossier propose des articles intéressants sur une tournée avec Bijou en 1978, sur les chansons ratées écrites pour des collègues qui ont laissé moins de traces que celles offertes à Birkin ou Bardot (Claude François, Sacha Distel, Martin Circus, Shake, Bambou…), sur sa contribution à un dessin animé pour l’ORTF ou sur la genèse de « Bonnie and Clyde ». Ailleurs, Schnock poursuit son tour d’horizon des vieilleries qui ont nourri notre jeune temps (parfois au sens propre : qui se souvient des Minizzas ?), déplore le nouveau design des boîtes de boules Quies, ressuscite Groquick (mascotte de Nesquik), interviewe l’aventurier Bob Maloubier et revient sur des oeuvres oubliées : le film Baxter, un roman de Jean-Michel Gravier, un disque de Serge Lama et une nouvelle (illisible) de Gérard Guégan.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. Aptonymie forcée à Rouen (Seine-Maritime), photo de ?, 14 octobre 2011.

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SAMEDI.

 Football. SA Spinalien – FC Mulhouse 3 – 0.

 Films vus.

Voyage en Italie (Viaggio in Italia, Roberto Rossellini, Italie – France, 1954)

La Maison de la radio (Nicolas Philibert, France – Japon, 2013)

Requiem for a Dream (Darren Aronofsky, E.-U., 2000)

                            La Ferme des animaux (Animal Farm, Joy Batchelor & John Halas, G.-B., 1954)

                            Lincoln (Steven Spielberg, E.-U., 2012)

Pale Rider : Le Cavalier solitaire (Pale Rider, Clint Eastwood, E.-U., 1985).

IPAD. 1er mai 2013. 64 km. (22265 km).

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299 habitants

  Une stèle en pierre brute s’élève sur l’esplanade dallée de la Mairie, alignée sur le clocheton qui surmonte le bâtiment. Une Croix de Guerre et une palme métallique servent d’ornements.

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Aux enfants de Jussarupt

Morts pour la France

1914-1918

  Gauche :

CLAUDEL René                   FLAGEOLLET Eugène

CONRAUD Charles                   FLAGEOLLET Jules

DENY Edmond                   GIGNEY Etienne

DROUOT Adrien                   GROS Henri

DURAND Charles                   GUYOT Albert

FEVE Paul

  Droite :

HENRY Jean Baptiste                   ROUSSEL Jules

LALLEMAND François                   SEVRIN Léon

LEMARQUIS Denis                   SAINT-DIZIER Albert

PIERRAT Charles                   STOUVENEL Albert

POURCHER Charles                    VOIRIN Maurice

  Au dos a été ajoutée une plaque portant les noms des 12 victimes de 1939-1945. Parmi les victimes civiles, une Julia BOMBARDE. Sans commentaire.

 L’Invent’Hair perd ses poils.

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Ban-de-Laveline (Vosges), photo de l’auteur, 6 septembre 2009 / Château-la-Vallière (Indre-et-Loire), photo de Bernard Bretonnière, 5 avril 2013

Poil et plume. « Le cheveu peut être à l’origine d’une calvitie grave quand il cesse d’être nombreux. » (Grégoire Lacroix, Le Penseur malgré lui, Le Cherche Midi, 2012)

Bon dimanche,

Philippe DIDION