20 janvier 2019 – 823

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 3 février 2019.
LUNDI.
           Vie professionnelle. Quand je suis arrivé dans le collège où je travaille aujourd’hui, la période entre le dernier cours du matin et le premier cours de l’après-midi était sacrée. On s’attardait à la cantine, on allait boire un café au bistrot, on jouait au volley, on chantait – oui, il y avait une chorale d’enseignants – on glandait gentiment. En salle des professeurs, il y avait des journaux qui traînaient, on parlait football, politique, on commentait ce qu’on avait vu la veille à la télévision, ce genre de choses futiles. Aujourd’hui, cette période s’appelle “la pause méridienne” et il n’est plus question de la consacrer à la détente : elle abrite des cours, des séances de devoirs, des activités qui ne laissent plus aucune place à l’oisiveté. Les professeurs la mettent à profit pour faire des heures supplémentaires ou pour se livrer à des manœuvres mystérieuses sur les ordinateurs de la salle de travail, l’arrivée de l’informatique dans ce milieu comme dans d’autres ayant considérablement alourdi et multiplié les tâches à effectuer. Entrez un jour dans la salle de travail, essayez de dire bonjour aux dos qui vous y accueillent et vous aurez une bonne idée de ce qu’est la solitude. Je ne fréquente pas la salle de travail. Je fréquente rarement la salle des professeurs, ça fait partie de mon processus d’effacement progressif, j’y passe parfois pour ouvrir mon casier mais il n’y a plus rien dans les casiers, tout passe par l’informatique, par une messagerie professionnelle que je me garde bien d’ouvrir, et je passe la pause méridienne dans ma salle de cours. J’avale mon manger boulot, j’écoute Le Jeu des mille francs, je lis mes journaux, je fais la sieste. Depuis que j’ai détourné une chauffeuse promise à la réforme pour l’installer dans le fond de la classe, je fais même de très bonnes siestes. Mais revenons à la pause méridienne. De plus en plus souvent vient se loger dans ce créneau une réunion convoquée par la hiérarchie – la justification d’une hiérarchie intermédiaire, celle qui se trouve par exemple à la tête d’un collège, semblant consister à peser sur l’échelon inférieur pour satisfaire les exigences de l’échelon supérieur. Réunion, creuse, stérile, j’y ai subi il y a deux ans un débat de trente minutes pour décider si les élèves devaient conserver leurs cours dans un classeur petit ou grand format. Croyez-moi, on est mieux à ronfloter sur une chauffeuse. Je ne vais plus à ces réunions, je ne réponds plus aux convocations, on me l’a déjà reproché et on le fera encore mais c’est au-dessus de mes forces. Aujourd’hui, j’ai encore raté une de ces réunions essentielles programmée à 13 heures 15. Il fut un temps où la culpabilité m’aurait empêché de dormir. Apparemment, ce temps est révolu.
MARDI.
            Vie politique. Je découvre avec effarement la “Lettre aux Français” d’Emmanuel Macron. Comment celui-ci peut-il croire que ceux-là – et notamment ceux qui portent un gilet qui ne vient pas de chez Jupien – vont-ils s’infliger la lecture de ce pensum ? Sa prof de français ne lui a donc pas appris à faire court ?
            Lecture. Sérotonine (Michel Houellebecq, Flammarion, 2019; 352 p., 22 €).
                          “La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique-là, il faut la chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production.” On se souvient de cette phrase surprenante qui apparaît dans la première page du Petit Bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette. Comme Manchette, Houellebecq n’hésite pas à expliquer frontalement le comportement de ses personnages par le mécanisme de la société qui les entoure. Le déterminisme social règne en maître dans ses pages. Manchette était plus nettement politique, Houellebecq a tenté de l’être avec Soumission – ce n’était pas très réussi – mais il est plus à l’aise du côté de la sociologie, dans l’analyse des rapports humains. Et c’est magistral : il a une faculté à saisir l’air du temps, à dévoiler les travers du monde moderne qui peut être partagée par bien d’autres mais la façon dont il sait la mettre en mots, au prix de longues phrases sinueuses absolument parfaites, est stupéfiante. On connaît ses travers, ses facilités, sa complaisance pour les scènes de sexe et les attaques personnelles (bien atténuées depuis Plateforme) mais il faut souligner sa lucidité, son humour froid et sa capacité à captiver le lecteur avec des personnages aussi peu attirants que lui-même peut l’être. Sérotonine est, au-delà du tintouin médiatique qui accompagne chaque production de son auteur, un roman fort, passionnant et saisissant.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Liège, le 16 janvier 1946
Cher Monsieur Véry,
Après un long retard causé par les ennuis de toutes sortes que m’occasionnent la dévaluation française et ses effets néfastes, je tien à vous faire part de la mauvaise impression que me cause la lecture de votre dernière lettre. Madame de Béchillon y a répondu d’autre part et mis au point pas mal de détails.
Me permettrez-vous, dans l’intérêt de l’amitié que je vous porte, tout autant que dans l’intérêt de nos relations d’affaires, de passer en revue nos relations antérieures. Vous jugerez par là que le Maréchal dont vous vous plaignez amèrement a toujours fait comme le pianiste et qu’il n’y a pas lieu de tirer dessus, même à blanc. […]” (Auguste Maréchal à Pierre Véry in “Correspondance Pierre Véry – Éditions A. Maréchal 1942-1947”, Temps Noir n° 13)
                  Lecture. Esprit n° 426 (juillet-août 2016; 240 p., 20 €).
                                “Trop de touristes ?”
VENDREDI.
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour rester propre. Aperçu d’une collection de bains-douches.

823 (3)-min  823 (4)-min

Fayl-Billot (Haute-Marne), photo de Jean-François Fournié, 2 février 2017 / Montluçon (Allier), photo de l’auteur, 1er août 2017

SAMEDI.
              Films vus. Roma (Alfonso Cuarón, Mexique – É.-U., 2018)
                               Robert et Robert (Claude Lelouch, France, 1978)
                               Quelques minutes après minuit (A Monster Calls, J.A. Bayona, R.-U. – Espagne – É.-U., 2016)
                               Showgirls (Paul Verhoeven, France – É.-U., 1995)
                               Cherchez la femme (Sou Abadi, France, 2017)
                               La Cité des douleurs (Beiqing Chéngshi, Hou Hsiao-Hsien, Hong Kong – Taïwan, 1989).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Bruxelles (Belgique), photo de Yannick Bollati, 3 avril 2011 / Saint-Jean-de-Muzols (Ardèche), photo de Marc-Gabriel Malfant, 27 septembre 2011
Poil et presse.
823-min
Le Canard enchaîné, 4 janvier 2017 
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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13 janvier 2019 – 822

LUNDI.

Lecture. Le Temps retrouvé (Marcel Proust, Gallimard, 1927, rééd. Bibliothèque de la Pléiade n° 102, 1954; 1342 p., s.p.m.).

L’important n’est pas ici d’avoir terminé La Recherche mais de l’avoir fait en étant toujours actif, professionnellement parlant. Je m’explique et, pour ce faire, remonte une quarantaine d’années en arrière. Vie de lycée. Le professeur nous donne une page de Proust à étudier en nous prévenant que ce n’est pas du gâteau. “De toute façon, dit-il, Proust, on le lit quand on est en retraite.” J’ai reçu cette phrase comme un défi et me suis promis que j’aurais fini de lire Proust avant d’atteindre ce statut. Parole tenue. J’ai commencé en 1983, j’ai poursuivi cahin-caha jusqu’à ce jour avec des trous béants de plusieurs années et des retours réguliers Du côté de chez Swann, le volume le plus magique, le plus touchant, le plus juste car il rassemble ce que j’ai déjà dit considérer comme les trois piliers de la littérature : l’enfance, la géographie et le dialogue avec les morts. Il y a eu des tunnels, des longueurs, des langueurs mais Proust touchait juste à chaque fois, en mettant miraculeusement en mots les sensations, les souvenirs, les sentiments, les ambitions, les déceptions, les joies et les chagrins de son narrateur et en amenant le lecteur à reconnaître qu’il avait connu les mêmes. C’était prévu, bien sûr, car Proust avait tout compris, tout programmé : lorsque, dans Le Temps retrouvé, le Narrateur imagine ses futurs lecteurs, c’est ainsi qu’il les voit : “ ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes”. Pari gagné, il le savait, ce type savait tout. Maintenant, comment faut-il lire La Recherche ? Faut-il tout avaler d’un bloc à l’adolescence comme le fit Matthieu Galey et risquer l’indigestion ? Faut-il attendre d’hypothétiques vieux jours qui se révéleront au final aussi encombrés que ceux qui les ont précédés ? Sans le vouloir, sans la choisir, j’ai peut-être suivi la bonne voie : lire Proust en grandissant, en apprenant, en vieillissant avec le Narrateur, en s’émerveillant qu’un homme ait su, à chaque étape de ce parcours, écrire les mots et les phrases qui sachent l’expliquer et l’enrichir.

MERCREDI.

Éphéméride. “9 janvier 1906

Plus j’y pense, plus ce projet paraît être à la limite de l’impossible. Ses difficultés m’accablent toujours un peu plus. Par exemple, l’idée de mettre en place une série consécutive d’événements qui me sont arrivés, ou que j’imagine m’être arrivés – je vois bien que c’est là pour moi une impossibilité. La seule chose qui m’est possible est de parler de la chose qui me vient à l’instant – quelque chose du milieu de ma vie, peut-être, ou quelque chose qui s’est passé il y a à peine quelques mois.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : Une histoire américaine)

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lisa Gardner, Famille parfaite, Le Livre de poche, 2018.

VENDREDI.

Lecture. Mort d’un tatoué (Shotgun, Ed McBain, 1969 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 350, 1970 pour la traduction française, , rééd. in “87e District 4”, Omnibus, 1999, traduit de l’américain par Alain Chataignier; 1042 p., 145 F).

Notons ce bel incipit, variante inattendue sur le thème “La marquise sortit à cinq heures” : “L’inspecteur Bert Kling sortit pour vomir.”

Le cabinet de curiosités du notulographe. Baignoires champêtres à Évires (Haute-Savoie), photos de l’auteur, 9 juillet 2017.

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SAMEDI.

Films vus. De la soupe populaire au caviar (From Soup to Nuts, Edgar Kennedy, É.-U., 1928)

Ami-ami (Victor Saint Macary, France, 2018)

Vivre pour vivre (Claude Lelouch, France – Italie, 1967)

Daddy Cool (Maxime Govare, France, 2017)

Les Deux Détectives (Do Detectives Think ?, Fred Guiol, É.-U., 1927)

Un château en enfer (Castle Keep, Sydney Pollack, É.-U., 1969)

Rider (Jamie M. Dagg, Canada – É.-U., 2015)

Au revoir là-haut (Albert Dupontel, France – Canada, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Montréal-la-Cluse (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Lyon (Rhône), photo du même, 11 février 2016

Poil et plume. “Ses cheveux d’avant-guerre tombaient de plus en plus et quand elle avait le courage de se battre, elle voulait que je lui trouve une nouvelle perruque avec des vrais cheveux pour avoir l’air d’une femme. Sa vieille perruque était devenue dégueulasse, elle aussi. Il faut dire qu’elle se faisait chauve comme un homme et ça faisait mal aux yeux parce que les femmes n’ont pas été prévues pour ça. Elle voulait encore une perruque rousse, c’était la couleur qui allait le mieux avec son genre de beauté. Je ne savais pas où lui voler ça. À Belleville, il n’y a pas d’établissements pour bonnes femmes moches qu’on appelle instituts de beauté. Aux Élysées, j’ose pas entrer. Il faut demander, mesurer, et merde.” (Émile Ajar, La Vie devant soi)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

6 janvier 2019 – 821

LUNDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 71 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2017; 120 p., 25 €).

MARDI.

Bilan annuel 2018.

* 126 livres lus (- 2 par rapport à 2017)

* 304 films vus (+ 10)

* 403 abonnés aux notules courriel + 5 abonnés internet + 1 abonnée papier = 409 (- 2)

Chantiers littéraires :

* 500 volumes étudiés dans l’Atlas de la Série Noire (+ 5, fin de l’étude du corpus)

* 413 communes visitées (+ 29) d’Ableuvenettes (Les) à Rozières-sur-Mouzon dans le cadre de l’Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental

* 305 photos de Bars clos (+ 8)

* 1330 tableaux commentés dans la Mémoire louvrière (=)

                                          * 646 publicités murales et enseignes peintes photographiées (+ 21)

* 4060 photographies de salons de coiffure pour l’Invent’Hair (+ 286)

                                          * 196 frontons d’école photographiés pour un Aperçu d’épigraphie républicaine (+ 2)

* 110 Lieux où j’ai dormi retrouvés ou ajoutés et photographiés (+ 1)

                                          Parutions :

* Bulletin de l’Association Georges Perec n° 72, juin 2018

* « IPAD coté », Les Refusés n° 20, dossier « Un pas de côté », Nancy, septembre 2018.

* Notes de lecture, Histoires littéraires n° 74 (Du Lérot éditeur, avril – mai – juin 2018)

Mentions :

* Bruno Montpied, Le Gazouillis des éléphants, Éditions du Sandre, 2017

* Librairie du Scalaire, Lyon (Rhône), catalogue 2018-3

Contributions (anonymes) :

* Schnock n° 27 (La Tengo, juin 2018)

* Le Canard enchaîné n° 5101 (1er août 2018)

* Schnock n° 28 (La Tengo, septembre 2018)

Internet :

* Bulletin Flaubert n° 194, 12 janvier 2018 http://flaubert.univ-rouen.fr/bulletin/vient_de_paraitre/partie_00.php

* L’Oreille tendue (Benoît Melançon), 10 décembre 2017 http://urlz.fr/6vfZ et 11 novembre 2018 https://urlz.fr/8biA

* L’Alamblog (Éric Dussert), “Gengenbach comme Bloy”, 2 novembre 2018 https://urlz.fr/8aon

Précision concernant la politique photographique des notules :

* Les notuliens contribuent de façon efficace à l’avancée des chantiers photographiques qui meublent nos livraisons dominicales : le cabinet de curiosités et l’Invent’Hair leur doivent beaucoup, sans parler des aptonymes ou de la rubrique Poil et plume. Merci. Une précision s’impose toutefois : ne sont acceptés que les clichés dûment localisés, pris “en vrai”, à l’aide d’un appareil idoine ou d’un téléphone de poche. Les photos issues de sites internet ou de réseaux plus ou moins sociaux ne sont pas homologuées.

Appel :

* Le début de l’année est généralement propice aux bonnes résolutions. Si parmi ces résolutions figure celle de ne plus vous laisser importuner par des messages électroniques antédiluviens, pesants, inutiles, creux, mal écrits, pompeux, j’en passe, et si vous vous apercevez tout à coup que les notules correspondent à l’une des catégories précitées, inutile d’engorger les tuyaux pour rien : un simple mot « stop » en réponse à ce numéro mettra fin à votre abonnement.

MERCREDI.

Éphéméride.

“Aux armées, 2 janvier 1916.

Mon cher Toulet,

[…] Je suis ravi, cher ami, de vous avoir distrait, si j’y ai réussi, avec ces notes du Temps ! Et si je n’y ai pas joint, depuis trop longtemps à mon gré, des nouvelles manuscrites à votre adresse, c’est que la vie que je mène est fort sotte, d’une part, si de l’autre elle est glorieuse. (Encore est-ce là une façon de parler, et peut-être un préjugé : car la gloire de ramasser du crottin dans des cours de ferme, et faire l’exercice dans un champ, ou se tapir dans des trous de rat, sous la sauvegarde de fils de fer, et d’y recevoir des bouts de ferraille chaude, c’est un sujet discutable, quand depuis six mois on mène ce métier.) Néanmoins, je suis, cher ami, enchanté de l’exercer, et de passer à travers la neige, le froid, la pluie, la boue, les puces, quelquefois les balles, la mauvaise humeur des uns et des autres, en conservant une humeur, pour ma part, charmante, beaucoup d’appétit, et une santé telle que je ne m’en suis jamais connu. […]” E. H. (Paul-Jean Toulet, “Lettres de P.-J. Toulet et d’Émile Henriot”, in Paul-Jean Toulet, Œuvres complètes)

Obituaire. Lisant un tas de journaux en retard, j’apprends dans un numéro du Monde de la semaine dernière la mort de Claude Mesplède, à qui je dois l’essentiel de mes connaissances en matière de polar grâce à son énorme Dictionnaire des littératures policières.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Psittacisme funéraire.

821 (3)-min  821 (2)-min  821 (4)-min  821 (1)-min

Vosges Matin 21 décembre 2009 / 18 octobre 2015 / 29 mars 2017 / 16 août 2017

SAMEDI.

Films vus. Numéro une (Tonie Marshall, Belgique – France, 2017)

Les Malabars sont au parfum (Guy Lefranc, France, 1966)

Les Gardiennes (Xavier Beauvois, France – Suisse, 2017)

Dernier atout (Jacques Becker, France, 1942)

Jeune femme (Léonor Serraille, France – Belgique, 2017)

Une folle envie (Bernard Jeanjean, France, 2011).

L’Invent’Hair perd ses poils.

821 (6)-min  821 (5)-min

Bellignat (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Vincennes (Val-de-Marne), photo de Jean-François Fournié, 13 octobre 2017

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 12 novembre 2017. 39 km. (33020 km).

821 (7)-min

Commune de Xertigny

   Rasey a disparu du calendrier des postes mais figure toujours dans l’édition de 2006 qui me sert de feuille de route. Tant mieux, ça fait un lieu de plus à visiter et ça recule le moment où il faudra mettre le mot fin à ce chantier – moment que je redoute plus qu’on ne pourrait le croire. Cette disparition est d’autant plus dommageable que Rasey possède un monument aux morts, contrairement à ce que je pensais en m’y rendant, situé au milieu de son cimetière : il s’agit d’une plaque vissée sur la base d’une haute croix et ornée d’une cocarde du Souvenir Français et d’une palme métallique.

821 (8)-min

 Aux enfants

de la paroisse de Rasey

Morts au champ d’honneur

1914-1918

LAUNOY René

PELLETIER Louis

DAGNEAUX Arthur

BILQUEZ Marcel

ÉTIENNE Henri

ROBINET René

BRENIERE Jean

MUNIER Paul

BAUDOIN Léon

HUSSON Louis

PETITJEAN Georges

DROUOT Léon

QUENISSET Joseph

VIARD Georges

ALEXANDRE Georges

FOUCHECOURT Camille

JEANDEMANGE Henri

VAUTHIER Maurice

COLNOT Henri

GABRION Louis

PIROUE Henri

BEAUDOIN Marcel

LANGLOIS Joseph

MAROTEL Marcel

SAUNIER Albert

   À la base, une plaque porte les noms des victimes de 1939-45.

La commune de Xertigny, à laquelle Rasey est rattachée, n’a pas jugé bon de fleurir le monument pour le 11-novembre.

Poil et plume. “Le train roulait à nouveau, depuis à peu près quinze minutes, approchant souvent la vitesse de cent quatre-vingts kilomètres à l’heure. Après le départ de l’employé, la jeune femme ralluma toutes les lumières du compartiment. Elle ôta la serviette de sa tête et ses cheveux apparurent, trempés et bigarrés de jaune et de noir. La petite serviette était toute souillée de teinture noire. Au lavabo, la jeune femme acheva d’ôter la teinture noire de ses cheveux. Du grand sac de voyage, elle tira un petit séchoir. Auparavant elle avait posé sur le sol un appareil américain à piles, sur lequel étaient enfilés vingt bigoudis chauffants américains. Elle brancha le séchoir sur la prise du lavabo et sécha ses cheveux. À cause d’une transformation chimique réversible, l’axe rouge des bigoudis chauffants devint noir, signalant qu’ils avaient atteint une bonne température d’usage. La jeune femme blonde se débarrassa de la grande serviette qui gênait ses mouvements. Elle mit les vingt bigoudis dans ses cheveux.

Quand elle descendit du train à Bléville, la jeune femme était blonde et frisée comme un mouton.” (Jean-Patrick Manchette, Fatale)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

30 décembre 2018 – 820

DIMANCHE.
                    Lecture. Pour services rendus (Version of Events, Iain Levison, 2017 pour l’édition originale, Liana Levi, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle; 224 p., 18 €).
                                  La guerre du Vietnam joue encore un rôle primordial dans les élections américaines : le passé des candidats au cours de cette période, s’ils sont assez âgés pour l’avoir connue, est épluché, le mensonge traqué, car le vétéran a plus de chances de sortir vainqueur que l’embusqué. C’est sur ce thème que Levison construit son intrigue, à partir d’un sénateur en campagne pour sa réélection accusé d’avoir menti sur ses faits d’armes. On retrouve dans cette histoire la patte talentueuse de Levison, auteur de polars courts, nerveux et efficaces, qui grattent le vernis de la société américaine.
LUNDI.
           Lecture. Scott Fitzgerald : Biographie (André le Vot, Julliard, coll. Les Vivants, 1979; 462 p., s.p.m.).
                         Ce n’est pas parce que son ouvrage est dépourvu de notes qu’André Le Vot n’a pas effectué un gigantesque travail de fouille dans les écrits, publiés ou non, de Fitzgerald. Sa biographie est un modèle du genre par sa précision, donc, ce qui est aujourd’hui assez répandu, mais surtout par la position qu’il adopte : il rend le personnage attachant sans dissimuler ses travers, il raconte l’anecdote sans oublier le contexte historique général, il éclaire l’homme sans omettre l’étude de chacun de ses titres, en s’attardant sur sa genèse, sur son contenu symbolique ou sur ses caractéristiques stylistiques.
MARDI.
            Noël au volant. Nous arrivons en milieu d’après-midi à Lyon (Rhône). L’appartement qui va nous abriter quelques jours est situé à l’ouest de la ville, dans le quartier de Vaise. Un premier arpentage me permet de recenser les éléments capillicoles de l’endroit, riche en enseignes susceptibles d’alimenter l’Invent’Hair. Nous verrons demain pour nous livrer à un tourisme plus traditionnel. En attendant, nous célébrons notre présence dans la capitale de la gastronomie en ce jour de fête par une ventrée de jambon-coquillettes de belle farine.
MERCREDI.
                  Éphéméride.
“[26 décembre 1814.]
So ben che in tutto il gran femmineo stuolo
una non è che stia contenta a un solo.
Lequel des deux que vous soyez, cela est également vrai. Avis pour le 26 d[écembre 1814].” (Stendhal, Journal)
                  La vie en Rhône. Le logis que nous occupons est confortable, assez impersonnel pour convenir aux visiteurs qui le louent sur cette plate-forme qui suppriment les intermédiaires. On devine des propriétaires jeunes et rompus au mode de vie moderne : pas de téléphone fixe, pas de télévision mais un projecteur vidéo et un grand écran, pas de cafetière mais un bidule au fonctionnement énigmatique, pas de mange-disque mais une enceinte connectée, tout cela baignant dans un éclairage chiche car ces gens-là n’en ont pas besoin de plus pour se pencher sur leurs écrans. Il faut dire que les quelques livres présents n’offrent guère d’attrait : Éric-Emmanuel Schmitt, David Foenkinos, Régine Pernoud, Bernard Werber, Ken Follett, après tout, ça peut se lire dans le noir. Mais quittons les lieux pour découvrir la ville, aux dimensions quelque peu exagérées pour des jambes et des yeux accoutumés à la modestie spinalo-guérétoise. La montée vers Fourvière vaut bien celle de Montmartre et les points communs sont nombreux : les escaliers sont tout aussi casse-pattes, la vue aussi saisissante et la basilique aussi pâtissière. Il y a même un tronçon de Tour Eiffel et un accordéoniste aveugle pour compléter le tableau. Seule originalité : comme les grands médecins dans les hôpitaux, les prêtres ont leurs place de stationnement réservées, avec lourdes chaînes et pancartes.
                  Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.
JEUDI.
          La vie en Rhône. Musée des Beaux-Arts le matin, Musée d’Art Contemporain l’après-midi, il faut suivre depuis que Lucie s’est inscrite en histoire de l’art. Le premier est conforme à ce qu’on peut attendre d’un tel lieu avec une belle section XXe siècle due à un legs monumental de Jacqueline Delubac. Le second réserve une déception quand on apprend que les collections ont été remisées pour laisser place à une exposition consacrée à Bernar Venet. Venet, on connaît, depuis qu’il a envahi les places de nos villes au moyen de ses énormes “lignes indéterminées” en acier. Mais la déception se transforme en bonne surprise quand on découvre que l’homme ne se limite pas à cela : actif depuis 1959, il a eu le temps d’expérimenter un tas de démarches, de techniques et de matériaux. Son adhésion au principe d’équivalence, qui permet de transmettre un même contenu par des canaux différents (sculpture, film, livre, enregistrement sonore…) ne peut que réjouir le pataphysicien. Le perecquien, lui, sera sensible à une certaine “Méthode de recouvrement de la surface d’un tableau” qui, dès 1963, annonce un peu celle de Bartlebooth dans La Vie mode d’emploi : “Le collectionneur achète une toile vide, de la dimension qui lui convient. Cette toile est alors divisée en rectangles d’une taille fixée à 30 cm x 10 cm. Il indique à l’artiste la couleur de son choix, et chaque mois un rectangle sera peint de cette même couleur jusqu’à ce que la toile soit complètement recouverte. Un mois après que le tableau est terminé, il doit être détruit.”
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Avis à la clientèle.

820 (1)-min  820 (2)-min

Gérardmer (Vosges), photo de l’auteur, 15 avril 2016 / Vierzon (Cher), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 26 mars 2017
SAMEDI.
              Films vus. Maryline (Guillaume Gallienne, France – Belgique, 2017)
                               Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, France, 1967)
                               La Vie est belle (It’s a Wonderful Life, Frank Capra, É.-U., 1946)
                               Orphée (Jean Cocteau, France, 1950).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
820 (3)-min  820-min
Bellignat (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Saint-Pons-de-Thomières (Hérault), photo de Nathalie Valdevit, 11 mai 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 novembre 2017. 69 km. (32981 km).
820 (4)-min
19 habitants
   Pas de monuments aux morts visible.
              Poil et plume. “Raiponce avait de longs et merveilleux cheveux qu’on eût dits de fils d’or. En entendant la voix de la sorcière, elle défaisait sa coiffure, attachait le haut de ses nattes à un crochet de la fenêtre et les laissait se dérouler jusqu’en bas, à vingt aunes au-dessous, si bien que la sorcière pouvait se hisser et entrer.” (Jacob & Wilhelm Grimm, “Raiponce ou L’Échelle de cheveux” in Contes de l’enfance et du foyer)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

23 décembre 2018 – 819

LUNDI.

            Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). William Shakespeare, Hamlet – Le Roi Lear, Folio, 1978.

MARDI.
            Vie des aptonymes.

819-min

Vosges Matin, 13 décembre 2018
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Dimanche, 19 décembre [1937]
Dans une vie normale, ce qui m’est arrivé ces trois ou quatre dernières années devrait être, je ne dirai pas réjouissant, mais certainement pas atterrant. Grave, certes, mais utile précisément par sa gravité.
Perdre ma situation – Cuvantul; un homme à l’égard duquel je me sentais responsable – Nae Ionescu; plusieurs amis – Ghita Racoveanu, Haig, Marietta, Lilly, Nina et, enfin, le plus cher de tous, Mircea; tout perdre, absolument tout, voilà qui peut, à trente ans, ne pas être un désastre, mais une expérience de maturité.
Ne devrais-je pas être reconnaissant à la vie de faire le vide autour de moi, de me reprendre toutes les habitudes, toutes les commodités que j’avais accumulées avec le temps et de me replacer face au commencement, quand j’ai la lucidité de mes trente ans et non l’inconscience de mes vingt ans ? Ne devrais-je pas comprendre qu’une étape s’achève (et elle s’achève totalement, définitivement) et qu’une autre commence, qui me conduit vers d’autres gens, vers d’autres affections, vers un autre amour ? peut-être vers une autre solitude ?
Si, si. Mais il n’en sera pas ainsi, car il est une chose, une seule, qui rend mon destin sans issue. Alors que tout le reste pourrait être rebâti.” (Mihail Sebastian, Journal 1935-1944)
                  Lecture. Journal d’un négrier au XVIIIe siècle (Capitaine William Snelgrave, 1735 pour l’édition originale, traduit de l’anglais par A. Fr. D. de Coulange, rééd. Gallimard, coll. Témoins, 2008; 256 p., 19 €).
                                “Nouvelle relation  de quelques endroits de Guinée et du commerce d’esclaves qu’on y fait (1704-1735)”
                                Les quelques pages qui présentent de l’intérêt sont celles que Snelgrave consacre à la façon dont il achète et transporte les esclaves à partir de la côte de Guinée. On a là un exemple de ce que Pierre Gilbert appelle, dans son introduction, une “littérature de justification”. En 1735, en effet, les protestations concernant ce genre de commerce ont commencé à s’élever et l’auteur se sent obligé d’y répondre en présentant ses arguments : les Nègres achetés sont déjà captifs, prisonniers de guerre pour la plupart, le commerce sauve la vie à quantité d’entre eux, ils sont appelés à mener une vie plus paisible que celle qu’ils ont connue jusqu’alors, etc. Cependant, le récit qu’il fait des mutineries qu’il a eu à combattre sur ses bateaux vient à l’encontre de la plupart de ses arguments. Le reste du livre, consacré au récit de ses démêlés avec les autorités locales et avec les pirates, est raconté dans un style plat, au moyen de phrases interminables qui ôtent toute saveur à des aventures pourtant peu communes.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Malfantômas.
819 (2)-min  819 (1)-min
Autoportraits hétérocéphales, Marc-Gabriel Malfant, 2 septembre 2015 / 19 mai 2018
SAMEDI.
              Films vus. Angoisse (Experiment Perilous, Jacques Tourneur, É.-U., 1944)
                               Les Têtes de l’emploi (Alexandre Charlot & Franck Magnier, France, 2016)
                               Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (François Dupeyron, France, 2003)
                               Nos patriotes (Gérard Le Bomin, France – Belgique, 2017)
                               La Fille sur le pont (Patrice Leconte, France, 1999)
                               Le Semeur (Marine Francen, France – Belgique, 2017)
                               Détour (Detour, Edgar G. Ulmer, É.-U., 1945).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
819 (3)-min  819 (4)-min
Nantua (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Florac (Lozère), photo du même, 21 septembre 2014
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 29 octobre 2017. 140 km. (32912 km).
819 (7)-min
160 habitants

   Le monument est au pied de l’église, au bord de la rue principale. Une statue de métal signée Charles Breton montre un Poilu enserrant un drapeau. Les noms sont inscrits sur un muret en demi-cercle interrompu en son milieu par la flèche de granit gris. En arrière-plan, une plaque gravée portant des inscriptions en latin, provenant sans doute de l’intérieur de l’église; derrière encore, un mât et un drapeau tricolore; en avancée et sur les côtés, les noms des victimes de 1939-1945.

819 (6)-min

1914-1918

Raon sur Plaine

À ses enfants

Morts pour la France

   Gauche :

ROUSSELLE Gaston Lieutenant

LENSEIGNIES Théodore Adjudant

ROY Georges « 

CLEMENT Charles Sous-officier

COLIN Gustave « 

COLTAT Alphonse « 

RECEVEUR Louis « 

CLEMENT Paul Caporal

VIBERT Henri Brigadier

   Droite :

BARREL Émile Soldat

EVRARD Émile « 

EVRARD Paul « 

FREMIOT Joseph « 

GRÉGOIRE Joseph « 

JACQUOT Maurice « 

PIERRON Aimé « 

SISTEL Paul « 

THIRIET Émile « 

VIBERT Paul « 

GRANCHER « 

              Poil & pellicule.
819 (5)-min
La Religieuse (Guillaume Nicloux, France – Allemagne – Belgique, 2013)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

16 décembre 2018 – 818

DIMANCHE.
                   Lecture. Détour (Detour, Martin M. Goldmsith, 1939 pour l’édition originale, Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir n° 1056, 2018; 272 p., 6,90 €).
                                 Aucune trace d’un autre titre de ce Goldsmith, absent du Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède. Le roman n’était pas inconnu pour autant, car adapté au cinéma par Edgar G. Ulmer en 1945 (pas vu). C’est en tout cas une bonne trouvaille des éditions Rivages qui permettent de découvrir une histoire simple, celle de deux humbles partis à la découverte et à la conquête de Hollywood. Le musicien doué et l’apprentie danseuse ne réussiront pas à percer, vaincus par les difficultés économiques et la survenue d’événements tragiques qui donnent une tonalité noire au récit, traité de façon sobre et efficace.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Jeudi 5 décembre [2013]. Cent un ans. Quatre mois et douze jours.
Lucette endormie toute la soirée me pose en boucle toujours les mêmes questions. D’où je viens, ce que j’ai fait, s’il fait beau. Cette nuit elle a rêvé qu’on partait pour Dieppe toutes les deux. Il faisait nuit, elle ne voyait rien, conduisait dans le noir absolu et refusait de me passer le volant.” (Véronique Robert-Chovin, Lucette Destouches, épouse Céline)
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Fantaisies charcutières.

 

818 (1)-min  818 (2)-min

Madrid (Espagne), photo de Christophe Hubert, 29 décembre 2017 / carte postale du même
SAMEDI.
              Films vus. Les Spécialistes (Patrice Leconte, France, 1985)
                               Knock (Lorraine Lévy, France – Belgique, 2017)
                               Le Drapeau noir flotte sur la marmite (Michel Audiard, France, 1971)
                               D’après une histoire vraie (Roman Polanski, France – Pologne – Belgique, 2017)
                               La Féline (Cat People, Jacques Tourneur, É.-U., 1942)
                               Le Brio (Yvan Attal, France – Belgique, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
818 (4)-min  818 (3)-min
Strasbourg (Bas-Rhin), photo de Christian Ramette, 3 avril 2011 / Auxerre (Yonne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 30 mai 2011
              Poil et plume. À Kasbeam, un très vieux coiffeur me coupa très mal les cheveux : il ne cessa de parler d’un de ses fils qui jouait au base-ball, et, à chaque explosive, postillonna dans mon cou, et il n’arrêtait pas d’essuyer ses lunettes sur mon peignoir, ou interrompait le ballet tremblotant de ses ciseaux pour me montrer des coupures de journaux jaunies, et j’étais si peu attentif que ce fut pour moi un choc quand soudain, alors qu’il me montrait une photographie sur son support perdue au milieu d’antiques lotions grises, je compris que le jeune joueur de base-ball moustachu était mort depuis trente ans.” (Vladimir Nabokov, Lolita)
DIMANCHE.
                   Vie littéraire. Je suis à Paris pour le conseil d’administration de l’Association Georges Perec au sein duquel j’obtiens ce que j’étais venu chercher, à savoir le final cut sur le Bulletin pour éviter les mauvais traitements inclusifs subis récemment.
LUNDI.
           Lecture. Les Aventures d’Olivier Twist (Oliver Twist, or The Parish Boy’s Progress, Charles Dickens, Bentley, 1838 pour l’édition originale, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 133, 1958, traduit de l’anglais par Francis Ledoux; 1470 p., 60,50 €).
                         Les premiers volumes de Dickens en Pléiade, presque tous épuisés aujourd’hui, ont paru dans les années 1950. À cette époque, la collection avait pour but principal de rassembler les textes, et l’appareil critique n’était pas une priorité : les notes sont chiches, les présentations on ne peut plus succinctes. Cela n’est pas gênant quand on les achète, comme je le fais, pour avoir les œuvres à disposition immédiate dans un format pratique. La collection a beau procéder à des rééditions enrichies des derniers travaux de la critique, mes vieux Proust, mes vieux Flaubert et mes vieux Stendhal me suffisent, je n’ai pas racheté Lautréamont ni Rimbaud. Là où le besoin de réédition se fait sentir, c’est pour les auteurs étrangers. Pas toutes, le Kafka d’origine a plutôt bien vieilli, mais pour ce qui est de Dickens, c’est urgent si l’on en croit cette version d’Oliver Twist vraiment poussiéreuse. La lecture s’en trouve alourdie, le pathos accentué, et on regrette de ne plus avoir le courage de relire le roman en langue originale comme il y a trente ans.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Washington, 12 Déc[embre 19]51
Ma chère Ysan
Une nouvelle commission qui, cette fois ne te causera ni perte de temps ni dérangement : Peux-tu me rappeler le nom de ce journaliste bien intentionné mais intempestif et sans tact qui avait écrit sur moi (dans Le Rouge et le Noir et Samedi Soir) après avoir été reçu par toi ?
Je suis désolé de tout le mal qu’a pu te donner ma dernière lettre, au milieu d’une vie aussi occupée que la tienne. À la réflexion, tout n’était pas aussi nécessaire. Tu peux t’attacher seulement à ce que je t’indiquais comme le plus urgent : la photographie de la petite aquarelle de Gordon Stevenson, les photographies de moi : à cheval en Chine, jeune homme à Pau, enfant à Feuilles, et à Washington en 1921 (portrait par un photographe professionnel), et la vue surtout de la maison du Bois-Debout avec son encadrement d’anciens palmiers. […]” (Alexis Leger à Éliane Leger, in Saint-John Perse, Lettres familiales 1944-1957)
JEUDI.
            Lecture. L’Affaire Saint-Fiacre (Georges Simenon, Arthème Fayard, 1932, rééd. Rencontre, 1967, in “Œuvres complètes Maigret IV”; 528 p., s.p.m.).
                          Dans L’Ombre chinoise, paru juste avant Saint-Fiacre, Simenon nous faisait pénétrer dans l’intimité du foyer de Maigret. Ici, il poursuit le développement du personnage en s’intéressant à ses racines : Maigret retourne dans le petit village proche de Moulins où il a passé son enfance. Son père était régisseur au château des Saint-Fiacre et c’est la châtelaine qui vient de mourir de façon suspecte. L’enquête intéresse moins le commissaire – et le lecteur – que le bain nostalgique qui l’entoure. Les choses ont changé, la splendeur des Saint-Fiacre n’est qu’un lointain souvenir, la brume envahit constamment le paysage et concourt à la mélancolie. Quelle joie de vivre !
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Bizarreries automobiles.
818 (6)-min  818 (5)-min
Retour du gazogène à Regney (Vosges), photo de l’auteur, 14 janvier 2018 / Porto (Portugal), photo de Bernard Cattin, 16 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. L’Examen de minuit (Danièle Dubroux, France, 1998)
                               Free Fire (Ben Whitley, R.-U., 2016)
                               1 chance sur 2 (Patrice Leconte, France, 1998)
                               Flyboys (Tony Bill, R.-U. – É.-U., 2006)
                               Contagion (Steven Soderbergh, É.-U. – Émirats arabes unis, 2011)
                               Diane a les épaules (Fabien Gorgeart, France, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
818-min
Pont-d’Ain (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011
         IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 juin 2017. 91 km. (32772 km).
818 (9)-min
6478 habitants

   À l’entrée de la ville, au milieu d’un square, se dresse le monument de grès rose. Un Poilu, l’arme au pied et la main sur le cœur, est adossé à un mur surmonté d’une Croix de Guerre encadrée par les dates 1914-1918 et 1939-1945. Les noms sont gravés sur les faces latérales et arrière, sous des animaux sculptés en bas-relief (vache et poule).

 

818 (7)-min

La Neuveville lès Raon

À ses enfants

Morts pour la France

   Droite :

Pour la Voge ancestrale

76 noms sur deux colonnes d’AMOS F. à KLEIN N.

   Gauche :

Pour la France éternelle

Autant de noms, à première vue, que de l’autre côté, mais abîmés et, pour beaucoup, illisibles.

   Dos :

Ils sont morts

Pour la vie

Immortelle

De leur race

Le souvenir

De leur suprême

Sacrifice

Subsistera à jamais

MCMXXIV

Victimes civiles

16 noms sur deux colonnes d’ANDRE JNE à ZIVY Paul AD CAPNE

   Le monument est signé Pierre-Dié MALLET, sculpteur, à un endroit, Pierre-Die MALLET Paul PATERNOTTE à un autre.

   Arrivé au centre de la ville, je trouve un autre monument, avec un groupe de Poilus sur un socle. Pas de noms, juste la dédicace aux victimes des deux guerres. J’apprendrai au retour que Raon-l’Étape et La Neuveville-lès-Raon étaient deux villes différentes qui ont fusionné en en 1947.

818 (8)-min

Poil et plume. Contre la calvitie, une recette simple (car je veux être utile aux hommes) : briquez et astiquez votre crâne nu vigoureusement puis choisissez des amis et interlocuteurs de votre taille qui se refléteront dedans et vous verront des cheveux qui seront en réalité les leurs.” (Éric Chevillard, L’Autofictif : Journal 2007-2008)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

2 décembre 2018 – 817

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 16 décembre 2018.
DIMANCHE.
                   Lecture. La Destruction des Juifs d’Europe (The Destruction of the European Jews, Raul Hilberg, Quadrangle, 1961 pour l’édition originale, Fayard, 1988 pour la traduction française, traduit de l’américain par Marie-France de Paloméra et André Charpentier; 1104 p., 450 F).
                                 Dans Shoah, Claude Lanzmann a choisi d’évoquer l’Holocauste au moyen d’entretiens, donnant la parole à des témoins et à des survivants pour revenir sur quelques faits et lieux emblématiques. Raul Hilberg (qui apparaît justement dans le film de Lanzmann) a lui choisi l’exhaustivité : toutes les situations historiques sont examinées, toutes les procédures sont analysées, tous les courriers et rapports sont épluchés, tous les lieux sont étudiés, rien n’est laissé dans l’ombre. L’examen est froid, clinique, sans pathos. Pour traquer les tortionnaires, leurs motivations, leurs actions, Hilberg a utilisé leur méthode : il fallait faire en sorte qu’aucun élément du système destructeur n’échappe à son étude, comme il fallait, pour les Nazis, qu’aucun Juif n’échappe à leurs griffes. La somme est gigantesque, exigeant plus d’un mois de lecture continue, parfois ardue, mais nécessaire.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Samedi 28 [novembre 1874]. C’est bien résolu, je ne vais pas au chant le mois prochain, cependant quelquefois peut-être, si tout va bien. Je suis sortie avec ma mère ce matin. De la neige dans les rues depuis hier soir.” (Vitalie Rimbaud, Journal et autres récits)
                   Lecture. Le Coin des fous : Histoires horribles (Jean Richepin, Flammarion, 1921 pour l’édition originale, rééd. Éditions Le Chat Rouge, coll. Pourpre et Or, 2011; 198 p., 20 €).
                                 Comme André Hardellet, évoqué la semaine dernière, Jean Richepin fut condamné en son temps pour “outrage aux bonnes mœurs et à la morale publique”. C’était pour La Chanson des gueux, son premier recueil de poèmes, qui contenait quelques pièces assez crues. On était alors en 1876, à une époque où Richepin jouait les insoumis sur le plan littéraire comme sur le plan politique. La suite de sa carrière fut beaucoup plus calme : il faudrait se le représenter, écrit Gérald Duchemin dans sa présentation, comme “un Genet qui eût fini patriote, le cul vissé sur un fauteuil de l’Académie”. Les nouvelles rassemblées ici tournent autour de la folie et du fantastique. Elles sont de qualité inégale mais contiennent deux pépites, “Le Perroquet” et “Les Sœurs Moche”, qui justifient à elles seules la réédition de ce recueil.    
JEUDI.
          Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Rappelons, pour éviter toute confusion, que cette rubrique recense les lectures de mes compagnons de voyage sur le trajet-titre. Compagnons et compagnes, d’ailleurs, puisqu’aujourd’hui ma voisine n’est autre que Caroline, en route vers Nancy, qui lit Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie (Stock, 2018).
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Logique commerciale.

817 (1a)-min  817 (2a)-min

Épinal (Vosges), photo de Sylvie Mura, 20 août 2017 / Plombières-les-Bains (Vosges), photo de l’auteur, 22 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. Oliver Twist (David Lean, R.-U., 1948)
                               Logan Lucky (Steven Soderbergh, É.-U., 2017)
                               L’Homme de chevet (Alain Monne, France, 2009)
                               Detroit (Kathryn Bigelow, É.-U., 2017)
                               Dernières heures à Denver (Things to Do in Denver When You’re Dead, É.-U., 2017)
                               Tout l’argent du monde (All the Money in the World, Ridley Scott, É.-U. – Italie – R.-U., 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
817 (1)-min  817 (2)-min
Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 16 mars 2011 / Cucuron (Vaucluse), photo d’Hervé Bertin, 6 octobre 2017
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 30 avril 2017. 44 km. (32681 km).
817 (5)-min
1243 habitants

   Un obélisque courtaud se dresse sur une esplanade dallée qui semble très récente : ce n’est certainement pas son emplacement d’origine. Sur le talus, des graviers ont été peints pour figurer le drapeau tricolore. Quatre drapeaux, bien vrais ceux-là, flottent au ras du sol. Le conseil municipal a déposé une gerbe en provenance d’Amaryllis Fleurs à Remiremont.

817 (4)-min

Raon aux Bois

À ses héros

Morts pour la France

1914-1918

   Face : 21 noms sur deux colonnes, de L. ADAM à P. GROSSIR

   Gauche : 20 noms sur deux colonnes de L. CREUSOT à A. LÉONARD CAL

   Droite : 20 noms sur deux colonnes, d’E. MAROTEL à J. VIEUGEOT St

   Dos :

Guerre 1939-1945

Morts au champ d’honneur

5 noms

Déporté

1 nom

S.T.O.

1 nom

   En avancée, une plaque avec le macaron du Souvenir Français :

Ils sont morts

Pour que la France vive

1914-1918     1939-1945

TOE AFN

   L’église est ouverte et renferme une plaque commémorative sur laquelle figurent 66 noms, soit 5 de plus que sur le monument extérieur. Ils sont rangés par origine géographique, selon les différents hameaux qui composent la commune : Raon-Haut, Raon-Basse, La Racine…

817 (3)-min

              Poil et plume. “Lecoq a vu le meurtrier porteur de cheveux noirs, assez longs, a remarqué qu’ils étaient coiffés en arrière.

   Elle est le seul témoin à avoir noté le type de coiffure du coupable.
   Je n’ai jamais coiffé mes cheveux en arrière.
   En décembre 1969 et, en général, à toute époque, j’ai toujours eu les cheveux courts, très courts par rapport aux canons de la mode qui régnait déjà en 1969. Toutes personnes m’ayant fréquenté pendant la période incriminée auraient pu le confirmer : elles n’ont pas été interrogées, jamais, sur ce point.” (Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

25 novembre 2018 – 816

MARDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Irvin Yalom, Le Problème Spinoza, Le Livre de poche, 2014.

MERCREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Harlan Coben, Tu me manques, Pocket, 2016.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 15 (15 mars 2018, 80 p., 15 €).

“Mélanges offerts au Sme Paul Gayot”

Éphéméride. “21 novembre [1900]

Monsieur Vernet. Il a lui-même poussé sa femme vers Henri. Au deuxième acte, une vraie douleur. Il dit à Henri de s’éloigner, mais il est trop tard. Au troisième acte, tout se sait. Fin tragique de Mme Vernet.

Moi, moi, pas enthousiaste ? Quelques notes de musique, le bruit d’une eau courante, le vent dans les feuilles, et voilà mon pauvre cœur qui déborde de larmes, de vraies larmes, oui, oui !

Les adieux d’Henri et de Mme Vernet. Trop tard, car M. Vernet les surprend. D’abord, il les a soupçonnés; maintenant, il est sûr.

Pauline est musicienne. En l’entendant jouer, Henri pleure. L’âme d’un piano n’est pas méchante. Henri à Pauline :

– Je suis un raté comme vous. J’entends le piano sous vos doigts, et je voudrais être un grand musicien, etc. Je ne suis rien, et je ne serai jamais rien.

J’attends, pour travailler, que mon sujet me travaille.

Je regarde un camelot poser sur une table de café un petit cochon gonflé d’air et transparent, qui se dégonfle en criant, s’aplatit, et se couche sur le côté.

Voilà bien mes enthousiasmes, en moins long.” (Jules Renard, Journal)

JEUDI.

Lecture. Lourdes, lentes… (André Hardellet, éditions Jean-Jacques Pauvert, 1969, rééd. Gallimard, coll. L’Imaginaire n° 317, 1994; 140 p., s.p.m.).

En 2005, je participais à mon premier Colloque des Invalides. Le thème traité était celui de la censure, abordé, c’était la marque des Invalides, de façon plaisante. J’étais trop novice pour oser prendre la parole mais je me souviens que j’avais sans cesse à l’esprit le nom d’André Hardellet, pour qui la censure avait été tout sauf plaisante, à l’occasion de la sortie de Lourdes, lentes… Hardellet avait été condamné pour complicité d’outrages aux bonnes mœurs, et ce en dépit de la défense de Me Paul Lombard, du témoignage de Julien Gracq, de la pétition initiée par René Fallet et du soutien de figures comme Pierre Seghers, Hubert Juin, François Caradec ou Jean-Louis Bory. On est même allé jusqu’à dire que l’affaire l’avait tué, au sens propre, ce qui est exagéré mais le fait est qu’elle a gâché les derniers moments de sa vie. La lecture de Lourdes, lentes… montre à quel point les juges s’étaient montrés obtus et imperméables à toute sensibilité littéraire en prononçant leur condamnation. C’est un livre rempli de poésie, d’onirisme, de nostalgie de l’enfance, d’une grande beauté et d’une grande sensibilité. Certes, c’est de la poésie avec du poil autour, dira le soudard, mais l’érotisme qui le traverse n’a rien de malsain ni d’outrageant. Lourdes, lentes…, écrivait Jean-Louis Bory à son auteur, est “un texte admirable, débordant de vie, de générosité, d’amour, de chaleur, de santé.”

VENDREDI.

Lecture. Une aventure d’Arsène Lupin (Maurice Leblanc, 1911, rééd. in « Les Aventures extraordinaires d’Arsène Lupin » vol. 1, Omnibus 2004, 1216 p., 23 €).

Théâtre.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Problèmes d’accent.

816 (2)-min  816 (1c)-min

Épinal (Vosges), 29 octobre 2015 / Longemer (Vosges), 12 avril 2017, photos de l’auteur

SAMEDI.

Football. SA Épinal – Belfort 0 – 2.

Films vus. Persepolis (Vincent Paronnaud & Marjane Satrapi, France – É.-U., 2007)

L’Affaire Marcorelle (Serge Le Péron, France, 2000)

Mary (Gifted, Marc Webb, É.-U., 2017)

Fahrenheit 451 (Ramin Bahrani, É.-U., 2018)

Madame (Amanda Sthers, France, 2017)

L’Arbre de vie (Raintree County, Edward Dmytryk, É.-U., 1957)

Crash test Aglaé (Éric Gravel, France, 2017).

   L’Invent’Hair perd ses poils.

816 (4)-min  816 (3)-min

Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 16 mars 2011 / Antibes (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 6 mai 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 avril 2017. 71 km. (32637 km).

816 (2c)-min

58 habitants

   Pas de monument extérieur visible mais l’église, une église de poche, est ouverte. Une plaque de marbre est accrochée sur le mur de gauche.

816 (1)-min

Pro Patria

1914-1919

Abel CLEMENT Lorraine 1914

Paul LOMBARD Somme « 

Adrien BLOC Lorraine « 

Émile CHAPELLE Lorraine 1915

Émile ANTOINE Verdun 1916

Célestin LACROIX Verdun « 

Auguste ANTOINE Vitry-le-Fçois 1919

Jean-Marie LANTERNE Algérie 1956

Credo in resurrectionem

et vitam æternam

             Poil et plume. “Machinalement, elle ouvrit son sac et prit son peigne. Elle portait les cheveux courts, rareté encore à Dublin, mode nouvelle. S’examinant dans la glace au-dessus du lavabo, elle se plut. Et se trouva dangereusement belle. Elle passait son peigne dans ses cheveux, lentement, posément. Le léger grattis des dents d’écaille sur la peau de son crâne, suivi de la douce ondulation des boucles, la faisait très très agréablement frémir. Elle fixait ses yeux comme pour s’hypnotiser.” (Raymond Queneau, On est toujours trop bon avec les femmes)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

18 novembre 2018 – 815

LUNDI.

En direct de l’IPAD. « Pas d’église, pas de cimetière, pas de monument aux morts visible. Pour un numéro publié un 11 novembre, ce n’est pas fort », écrivait-on dans le dernier numéro. “T’es viré”, me lance un notulien canal Robespierre. Mais l’IPAD must go on, je ravale ma déception et prends la route de Rouvres-en-Xaintois pour le nourrir. Route qui passe par Ramecourt, où, miracle du 11 novembre, le monument est cette fois bien visible, grâce aux drapeaux, aux bougies et aux fleurs qui le décorent. C’est une petite niche, au bord de la route principale, difficile à repérer en temps normal. Le mal est réparé. Moralité : pour être sûr de ne rien rater, il aurait fallu ne pratiquer l’IPAD que les 11 novembre, ce qui m’aurait donné du grain à moudre pendant un peu plus de 500 ans.

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MARDI.

La vie en jaune. En déambulant ces jours-ci, je m’aperçois qu’un grand nombre de conducteurs ont placé en évidence leur gilet de sécurité sur le tableau de bord de leur véhicule, en préparation d’une action de protestation prévue pour la fin de semaine. Je n’ai pas l’intention de prendre part à celle-ci mais quand bien même l’aurais-je, je n’exposerais pas ainsi mon gilet jaune. Je n’oserais même pas l’enfiler en cas d’accident, préférant périr écrasé plutôt que de le voir souillé – raison pour laquelle, d’ailleurs, je le garde at home. Il s’agit en effet d’une pièce de collection, la pièce majeure, et même unique, de ma collection de gilets jaunes, obtenue à grand renfort d’achat et de mastication d’une variété de camembert.

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MERCREDI.

  Éphéméride. Paul Verlaine à Edmond Lepelletier

“Rethel, mercredi 14 novembre [1877]

[…] Tu m’écriras au Collège Notre-Dame, Rethel (Ardennes) et ne communiqueras mon adresse à personne.

Ma famille, M. Istace et Nouveau sont les seuls à Paris à connaître mon actuelle Thébaïde. Donc, motus, même aux anciens camarades, quels qu’ils soient, parnassiens, cabaneristes ou autres : je ne veux plus connaître que juste de quoi emplir cette maison de Socrate qui s’appelle l’amitié. […]” (Germain Nouveau, Correspondance)

Lecture. Schnock n° 22 (La Tengo, mars 2015; 176 p., 14,50 €).

Françoise Hardy.

VENDREDI.

                  Lecture. Tue-moi (Hit Me, Lawrence Block, 2013 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire, 2017 pour la traduction française, traduit de l’américain par Sébastien Raizer; 336 p., 19 €).

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Aurélie Valognes, Au petit bonheur la chance, Mazarine, 2018.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Le beaujolais nouveau est arrivé.

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Liège (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 27 septembre 2014 / Chamonix-Mont-Blanc (Haute-Savoie), photo de l’auteur, 11 juillet 2017

SAMEDI.

Films vus. Mon poussin (Frédéric Forestier, France, 2017)

La Taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef, John Ford, É.-U., 1963)

Le Fidèle (Michaël R. Roskam, Belgique – France – Pays-Bas, 2017)

Scaramouche (George Sidney, É.-U., 1952)

  Jalouse (David & Stéphane Foenkinos, France, 2017)

  Esther et le Roi (Esther and the King, Raoul Walsh, É.-U., 1960)

Whiplash (Damien Chazelle, É.-U., 2014).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4300 salons, atteint le 12 mai 2018.

Bilan géographique.  

Classement général par pays.

  1. France : 3586 (+ 80)
  2. Espagne : 169 (=)
  3. Royaume-Uni : 82 (+ 1)
  4. Belgique : 59 (=)
  5. Italie : 51 (=)
  6. États-Unis : 45 (=)
  7. Portugal : 37 (+ 12)
  8. Danemark : 34 (=)
  9. Allemagne : 30 (+ 7)
  10. Suisse : 26 (+ 1)

Le Portugal dépasse le Danemark, l’Allemagne passe devant la Suisse.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 645 (+ 2)
2. Île-de-France : 555 (+ 1)
3. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 281 (=)
4. Languedoc-Roussillon : 279 (=)
5. Lorraine : 271 (+ 4)
6. Midi-Pyrénées : 222 (+ 2)
7. Pays de la Loire : 141 (=)
“. Bretagne : 141 (=)
9. Bourgogne : 134 (=)
10. Centre : 124 (+ 1)

Pas de mouvement dans le top 10 où l’on progresse au compte-gouttes. Plus loin, on se remue d’avantage : 11 salons en Limousin et en Poitou-Charentes, 12 salons en Aquitaine, et 32 en Picardie, une région qui passe de la 20e à la 17e place.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 446 (+ 1)
2. Rhône : 326 (+ 2)
3. Vosges : 152 (+ 2)
4. Loire-Atlantique : 111 (=)
5. Pyrénées-Orientales : 92 (=)
6. Loire : 91 (=)
7. Meurthe-et-Moselle : 84 (+ 1)
8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
9. Bouches-du-Rhône : 72 (=)
“. Saône-et-Loire : 72 (=)

Là aussi, il faut regarder vers le bas pour trouver des changements notables : 27 salons de mieux pour l’Oise qui bondit de la 72à la 24e place.

Classement général par communes.

1. Paris : 446 (+ 1)
2. Lyon : 150 (+ 1)
3. Nantes : 57 (=)
4. Barcelone : 55 (=)
5. Nancy : 48 : (+ 1)
6. Épinal : 41 (+ 1)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 29 (=)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

Compiègne, précédemment 95e, arrive à la 12e place avec 21 salons (+ 15). Karlsruhe (12 salons) et Crépy-en-Valois (7) sont les entrées les plus spectaculaires dans un classement qui compte aujourd’hui 1588 communes.

Bilan humain.

Nous nous étions arrêtés à la 20e place. Poursuivons notre exploration des étages inférieurs.

21. Caroline Didion : 28 (=)
22. Laurence Bessac : 27 (+ 1)
23. Christiane Larocca : 25 (=)
24. Cecilia Howson : 24 (+ 1)
25. Victorio Palma : 23 (=)
26. Martine Sonnet : 22 (=)
27. Noémie Fiore : 20 (=)
28. Danielle Constantin : 18 (=)
“. Sibylline : 18 (=)
30. Christine Gérard : 17 (=)

Étude de cas. Enseigne énigmatiques.

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Paris (Seine), rue Édouard-Manet, photo de Jean-Damien Poncet, 24 avril 2016 / Orléans (Loiret), photo de Christiane Larocca, 16 juillet 2016

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Ixelles (Belgique), photo de François Golfier, 15 septembre 2016 / Paris (Seine), rue de la Glacière, photo de Jean-Damien Poncet, 18 septembre 2016

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 9 avril 2017. 101 km. (32566 km).

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1999 habitants

   Devant la porte du cimetière, le monument se présente comme un mur de granit gris avec, au centre, une colonne sur laquelle se détache une croix chrétienne. L’esplanade est pavée, entourée d’une guirlande d’ogives grises avec, de chaque côté, un parterre de tulipes dont certaines sont déjà fleuries. A gauche, un mât avec le drapeau tricolore. Au-dessus des listes de noms, dans des espèces de niches, des bas-reliefs de cuivre (?) représentant des scènes de guerre. Une gerbe “A Nos Camarades A.F.N.”, fanée, a été déposée. Les noms sont inscrits sur huit colonnes : les cinq premières sont consacrées à 14-18, les trois autres à 39-45, à l’exception des deux derniers noms qui concernent l’Algérie.

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À nos enfants

Morts pour la France

1914-1918

et

1939-1945

   Colonne 1 : 14 noms d’AMBIEHL Camille à COLLE Émile

Colonne 2 : 14 noms de CREUSOT Camille à GARNIER Émile

Colonne 3 : 14 noms de GÉHIN Charles à MARCHAL Charles

Colonne 4 : 14 noms de MARCHAL Joseph à REMY Camille

Colonne 5 : 11 noms de REMY Camille Joseph à WELKER Albert

Colonne 6 : 13 noms de CHEVRIER Camille à HANS Léonie

Colonne 7 : 13 noms de HOFFNER Roland à PARMENTIER Richard

Colonne 8 : 8 noms de PAROT Charles à MILLOTTE Paul

Poil et plume. “Disant cela, il tourne autour d’elle et, brusque, il lui arrache son foulard… Tout s’explique alors d’un seul coup ! Tondue elle est cette pauvre môme… rasibus… enfin des tifs repoussés de huit jours à peine ! Ça surprend toujours une tête de femme tondue… on arrive pas à s’y habituer.” (Alphonse Boudard, Les Matadors)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

11 novembre 2018 – 814

MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Donato Carrisi, Tenebra Roma, Le Livre de poche, 2018.
MERCREDI.
                  Éphéméride.
                                      « À : 8 Craigie Cercle, ap 35, Cambridge, Mass.
Springfield
7-XI-42
Mon amour,
J’ai été accueilli à la gare de Springfield par le secrétaire du Club (qui m’a emmené le lendemain voir la maison et la tombe de Lincoln) – un mélancolique horriblement silencieux d’allure quelque peu cléricale, muni d’un petit stock de questions automatiques qu’il a vite épuisé. C’est un célibataire d’un certain âge et sa profession consiste à être le secrétaire de plusieurs clubs de Springfield. Il ne s’est animé et ses yeux n’ont brillé qu’une seule fois – quand il s’est terriblement inquiété en voyant que la hampe du drapeau devant le mausolée de Lincoln avait été remplacée par une nouvelle, plus longue. Il s’est avéré que c’était son hobby – et même plus, la passion de sa vie – les hampes de drapeaux. Il a poussé un soupir de soulagement quand le gardien lui a fourni l’information précise – 70 feet – car le mât qu’il a dans son jardin a tout de même 10 feet de plus. Il a aussi été très rassuré quand je lui ai dit qu’à mon avis, le haut de la hampe déviait de la verticale. Il l’a longuement tâtée, a regardé vers le haut d’un air soucieux et est enfin arrivé à la conclusion qu’elle ne faisait même pas 70 feet et que son inclinaison n’était pas une illusion d’optique, mais un fait. Il économise pour s’acheter une hampe de 100 feet. Chponka, à en juger par son rêve, souffrait du même complexe, et le Dr Freud aurait eu des choses intéressantes à dire à ce sujet.” (Vladimir Nabokov, Lettres à Véra)
JEUDI.
          Vie littéraire. Parmi les lauréats des prix littéraires décernés cette semaine (Goncourt, Femina, Renaudot, Médicis, Décembre…), on compte un Spinalien et un notulien, ce qui donne deux bonnes raisons de se réjouir.
VENDREDI.
                  Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Aurélie Valognes, En voiture, Simone !, Le Livre de poche, 2017.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Parlons chiffons.

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Crépy-en-Valois (Oise), photo de Jean-Damien Poncet, 29 avril 2018 / Bordeaux (Gironde), photo de Gérard Luraschi, 9 mars 2018
SAMEDI.
              Films vus. Aux postes de combat (The Bedford Incident, James B. Harris, R.-U. – É.-U., 1965)
                               K.O. (Fabrice Gobert, France, 2017)
                               Au diable la vertu (Jean Laviron, France, 1953)
                               Le Sens de la fête (Olivier Nakache & Éric Toledano, Belgique – Canada – France, 2017)
                               Mariées mais pas trop (Catherine Corsini, France – Belgique, 2003)
                               Ôtez-moi d’un doute (Carine Tardieu, France-Belgique, 2017)
                               Le Come back (Music and Lyrics, Marc Lawrence, É.-U., 2007).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 16 mars 2011, Sault (Vaucluse), photo d’Hervé Bertin, 10 juin 2013
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 26 mars 2017. 73 km. (32465 km).
814-min
168 habitants
   Pas d’église, pas de cimetière, pas de monument aux morts visible. Pour un numéro publié un 11 novembre, ce n’est pas fort.
              Poil et pellicule.
814 (4)-min  814 (3)-min
Baxter (Jérôme Boivin, France, 1989)
Bon dimanche,
Philippe DIDION