Février 2013

3 février 2013 – 566

DIMANCHE.

Lecture. Rimbaud (Jean-Baptiste Baronian, Gallimard, coll. Folio biographies n° 58; 304 p., s.p.m.).

En ce temps-là, j’étais en mon adolescence et je me repaissais des chroniques policières que Jean-Baptiste Baronian livrait au Magazine littéraire sous le pseudonyme d’Alexandre Lous. Il y manifestait un goût très sûr et je lui dois nombre de découvertes intéressantes dans le domaine du polar. Comment ce Baronian-là en est-il venu à mouliner des biographies express (il a aussi commis un Baudelaire et un Verlaine pour la même collection), c’est un mystère. On a tous besoin de réviser de temps à autre les sujets qui nous intéressent, moi le premier, et ces petits Folio ne sont pas un outil pire qu’un autre pour ce faire, mais quel crédit peut-on accorder à quelqu’un qui commet trois erreurs en recopiant « Voyelles » ?

VENDREDI.

Football. SA Spinalien – US Orléans. Match remis pour raisons météorologiques. Ma place restera vide.

place colombière, 566

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 22 décembre 2011. 106 km. (18008 km).

gironcourt-sur-vraine, 566

988 habitants

   J’’ai eu du mal à trouver le monument, il a fallu que je demande à des passants. Il est pourtant en bordure de la grand-route, un peu à l’’écart cependant, sur une placette couverte de groise. Un chemin dallé mène à une butte recouverte de cotonéaster sur laquelle se dresse une stèle de granit gris. Deux vasques plantées de bruyère sont situées en avancée, devant deux piquets blancs qui doivent servir à soutenir des drapeaux – quoiqu’’un mât plus important soit situé à l’’arrière, entre le monument et une haie de thuyas disposés en demi-cercle. Curiosité : un Christ en croix figure au sommet de la colonne, un christ en double croix devrait-on dire : le Sauveur est cloué sur un crucifix… cloué sur une Croix de Lorraine.

gironcourt-sur-vraine détail, 566

   La dorure des noms est en mauvais état. A la base, une plaque récente porte les noms des victimes des guerres de 1939-1945, d’’Indochine et d’’Algérie.

gironcourt-sur-vraine monument, 566

   Face :

La commune de Gironcourt-sur-Vraine

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

Illisible

Illisible

ANSIETT (?) Louis

BASTIEN Alfred

BASTIEN Joseph

BASTIEN Henri

BOUSSELOT Louis

BULET Léon

CHOLLEY Hippolyte

COUSIN André

DIDIER Henri

    Droite :

DILLET Paul

DROUOT Paul

DUVAL Pierre

FENOT Marcel

FEUILLATEY Jean

KERMANN Nicolas

LACOUTIERE Etienne

LECERF Gustave

LECLERC Emile

MAGNIERE Paul

NICOLAS Emile

   Dos :

PIERSON René

POLLAZZON Emile

RAGUET Fernand

SAVARINO Pierre

SCHWALLER Florent

THIERRY Emile

VAIRELLES Henri

VAUBOURG Gaston

VERISSEL Benoît

VILLEMIN Albert

    Gauche :

BERY Eugène

CLAUDEL Georges

DOISELET Léon

NICOLAS Louis

PATISSIER Paul

PY Louis

USUNIER Marcel

             L’Invent’Hair perd ses poils.

évasion hair, chartres, 566 (2)  hair évasion, bruxelles, 566 (2)

Chartres (Eure-et-Loir), photo de Pierre Cohen-Hadria, 20 décembre 2008 / Bruxelles (Belgique), photo du même, 25 novembre 2011

Poil et plume.« Lucy sortit dix minutes plus tard, pendant que j’attendais chez le coiffeur. Je ne risquais rien, car il y avait deux clients avant moi, le premier en train de se faire tondre la nuque, le second en train de lire son journal sur une chaise. » (John Ross MacDonald, La Grimace d’ivoire)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

________________________________________________________________________________

10 février 2013 – 567

DIMANCHE.

Lecture. Vert-de-gris (Field Grey, Philip Kerr, 2010 pour la version originale, éditions du Masque, 2013 pour la version française, traduit de l’anglais par Philippe Bonnet; 462 p., 22 €€).

Philip Kerr est allé trop vite dans la biographie de son personnage, Bernie Gunther, un policier berlinois témoin de la montée et de l’apogée du nazisme. Après avoir commencé par les années 1930, il se retrouve, au septième volume, avec un héros plus tout jeune qui vit à Cuba en 1954. La solution qu’il a trouvée dans le volume précédent, Hôtel Adlon, est simple, c’est celle du retour en arrière. Il l’utilise encore ici en parallèle avec la progression naturelle de son héros. Ainsi, les démêlés de Gunther avec les Américains, les Français et les Allemands de l’Est de 1954 l’amènent à revenir sur ses années de guerre, ses relations pas toujours très nettes avec les Nazis, son séjour dans un camp de prisonniers en Russie, son passage en France occupée et bien d’autres épisodes. On sait Philip Kerr très méticuleux en ce qui concerne la reconstitution du cadre historique de ses romans et il semble ici atteindre son apogée dans ce domaine. Ce sont des centaines de noms, d’organismes ou de personnes, qui sont livrées au lecteur dans une succession de courtes biographies ou d’histoires qui finissent par donner le vertige. Si l’on ajoute à cela une traduction mal assurée (l’urgence ?) et un fil principal plutôt tordu, on est en droit de considérer cet épisode comme le moins réussi de la série. L’oeuvre de Philip Kerr est unique, on a vu que ses imitateurs comme Richard Birkefeld et Göran Hachmeister ne lui arrivaient pas à la cheville, mais on est devenu exigeant avec lui.

LUNDI.

Vie diplomatique. Grand moment de rhétorique ce soir au collège où l’on accueille un groupe de lycéens allemands pour la semaine. Le principal, dans un discours un rien empâté, mentionne à plusieurs reprises l’anniversaire du traité de Versailles au lieu de celui de l’Elysée. Je résiste à l’envie de lui souffler la phrase de Philip Kerr qui pourrait admirablement conclure son speech : « L’histoire de l’Allemagne n’est rien de plus qu’une série de moustaches ridicules. »

VENDREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Nikolaus Harnoncourt, Le Discours musical (Gallimard, 1984).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Trilogie porcine : Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo du notulographe, 4 novembre 2012, Nantes (Loire-Atlantique), photos de Christophe Hubert, 1er janvier 2009 et 25 décembre 2012.

au porcelet solognot, romorantin-lanthenay, détail, 567

SAMSUNG DIGITAL CAMERA

SAMSUNG DIGITAL CAMERA

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 8 janvier 2012. 94 km. (18102 km).

girovillers-sous-montfort, 567

   La taille du hameau – une rue en fait,– laissait peu d’’espoir, d’’autant que Girovillers n’’est pas une commune. Mais il faut toujours y croire. Après tout, Domjulien n’’a absorbé le hameau qu’’en 1972, ce qui laissait amplement le temps de construire un monument. Celui-ci, car il existe bien, se trouve dans le minuscule cimetière qui se trouve à l’’écart, sur une éminence qui sépare Domjulien de Girovillers. C’’est une stèle de belle taille (si l’’on considère qu’’elle ne concerne que quatre victimes), en mauvaise pierre, plantée dans un enclos grillagé. Au sol, une composition de tulipes en faïence, une bouteille d’’eau en plastique et une plaque « A mon père » portant photo d’’icelui. La base de la colonne est ornée d’’une guirlande en bas-relief, puis, de bas en haut, on trouve un crucifix, un casque entouré de feuilles de chêne et une Croix de Guerre.

girovillers-sous-montfort monument, 567

Aux enfants de Girovillers

Morts pour la France

La commune reconnaissante

    Les noms sont situés au pied du Christ, dans la disposition suivante :

Charles                   Fernand                     Joseph

FLORENTIN                   LAURENT                     HOCQUARD

_______                         ____________                     __________

1914                         Gustave                           1918

GENOT

             L’Invent’Hair perd ses poils.

hemisp'hair, marseille, 567

Marseille (Bouches-du-Rhône), photo de Catherine Stavrinou, 3 janvier 2009

             Poil et plume. « Oh, je peux te raconter tout un tas de choses sur ce sujet. Par exemple, on vient de voter une loi dans ce pays obligeant tous les habitants à se raser le crâne, si bien que les gens les plus influents, ce sont les coiffeurs. » (Vladimir Nabokov, L’Exploit)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

______________________________________________________________________________

17 février 2013 – 568

DIMANCHE.

Lecture. Autobiographie et imaginaire dans l’oeuvre d’Ernest de Gengenbach (Maria Emanuela Raffi, L’Harmattan, coll. Espaces littéraires, 2008; 240 p., 23 €€).

J’ai découvert Gengenbach, je m’en étais ouvert ici, dans l’Histoire du surréalisme de Maurice Nadeau qui écrivait à son sujet : « Abbé chez les Jésuites de Paris, il s’éprend d’une actrice de l’Odéon et fréquente en sa compagnie restaurants et dancings. Défroqué par son évêque, il perd son amie qui ne l’aimait qu’en soutane et tombe par hasard sur un numéro de la Révolution surréaliste au moment où il pensait mettre fin à ses jours. Il ne se jette donc pas dans le lac de Gérardmer où il s’était rendu pour mettre son projet à exécution, mais entre en contact avec Breton et ses amis. On le voit au Dôme, à la Rotonde, un oeillet à la boutonnière de la soutane qu’il a revêtue à nouveau par provocation, une femme sur les genoux, pris à partie par les bien-pensants qu’il prend plaisir à scandaliser. Il partage son temps entre une vie mondaine scabreuse, le repos chez une artiste russe à Clamart, et la retraite à l’abbaye de Solesmes. » J’avais reproduit ce passage dans le n° 545 des notules, en demandant à la notulie des éclaircissements sur le personnage. Des réponses m’ont permis de progresser dans la connaissance de Gengenbach, en allant un peu plus loin que ce qui attire en premier lieu, à savoir bien sûr le côté folklorique et sulfureux du bonhomme. J’ai fouillé un peu de mon côté, mais la biographie de Breton par Henri Béhar et d’autres ouvrages sur le surréalisme ne m’apportèrent pas grand-chose, on n’y mentionnait Gengenbach que pour ses frasques. Seul Eric Losfeld, dans ses souvenirs d’éditeur (Endetté comme une mule ou la passion d’éditer) dont MGM me fournit des extraits, parlait de Gengenbach d’une façon un peu plus précise. J’appris aussi, par le même précieux intermédiaire, que Gengenbach avait confié ses papiers et ses livres à la bibliothèque de Saint-Dié. Gérardmer, Saint-Dié, ça commençait à intéresser sur le plan géographique. C’est alors que j’appris que Gengenbach était né dans les Vosges, à Gruey-lès-Surance, et que j’avais déjà rencontré son nom, enfin celui de son père, sur le monument aux morts local. A partir de là, je tenais mon sujet, il y avait de quoi travailler sur le parcours vosgien de Gengenbach. Il me restait à fouiller ma collection d’Histoires littéraires qui m’apprit que des lettres de Gengenbach apparaissaient de façon régulière dans les ventes et que Maria Emanuela Raffi avait écrit un essai sur ce drôle de paroissien. Maria Emanuela Raffi est allée à Saint-Dié, elle a fouillé les archives et a entrepris de comparer la vie réelle de Gengenbach avec celle qu’il raconte dans son oeuvre qui peut être vue comme « une phanta-biographie romancée » (ce sont les termes qu’emploie Gengenbach) sans cesse écrite et réécrite. Accessoirement, Maria Emanuela Raffi m’offre une autre piste locale en signalant que Gengenbach a séjourné à Plombières-les-Bains et enseigné à Epinal, à l’Institution Saint-Joseph, au début des années 20. Son travail confirme également ce que je soupçonnais, à savoir que Gengenbach n’est pas un clown et que son oeuvre mérite le détour. Les vers tirés de L’abbé de l’Abbaye qu’elle propose ne dépareraient une anthologie de poésie surréaliste et le parcours idéologique qu’elle retrace est beaucoup plus subtil que le raccourci offert par Nadeau (« il verra en Breton une nouvelle incarnation de Lucifer et dénoncera les surréalistes comme des possédés démoniaques conscients ou des démons incarnés »). En réalité, si l’on suit Maria Emanuela Raffi, Gengenbach n’a pas renié le surréalisme : il a tenté de le marier à des domaines qu’il a successivement explorés, le christianisme, l’érotisme, le catharisme, l’occultisme à la fin de sa vie, les livres, articles et brochures qu’il publie ou parfois se contente d’écrire faisant à chaque fois le point sur son parcours, ce qui explique le côté répétitif de l’oeuvre. Le travail de Maria Emanuela Raffi est précis, sérieux, documenté et argumenté. L’Harmattan, c’est assez peu fréquent pour qu’on le signale, l’a édité correctement. Ou presque : la fin semble abrupte, les dernières années sont estompées et il manque une conclusion générale dont on imagine mal que l’auteur ait fait l’économie. Las, on sait que chez L’Harmattan, on n’hésite pas à sabrer, à supprimer par exemple les notes au bout de cinquante pages quand on s’aperçoit qu’elles prennent trop de place ce qui, heureusement, n’est pas le cas ici.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Harlan Coben, Innocent (Pocket, 2011).

MARDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Agatha Christie, Cinq heures vingt-cinq (Le Livre de poche, 2001).

 Lecture. Détours (Collectif, Bleu autour, 2000; 128 p., 100 F).

Hommages à René Fallet.

Pour son dixième anniversaire, les organisateurs du Prix René-Fallet ont demandé à divers lauréats ou auteurs sélectionnés de fournir une nouvelle inspirée par l’auteur de La Soupe aux choux ou par Jaligny-sur-Besbre, son fief du Bourbonnais. Résultat inégal, on s’y attendait, pour certains ça sent le fond de tiroir rendu au jour pour l’occasion avec quelques modifications (tiens, si je plaçais cette histoire à Jaligny…) pour répondre à la demande. On ne citera pas de noms, on vient de se faire taxer de facilité et de bêtise par un biographe de Rimbaud, on n’est pas là pour tendre des joues à longueur de journées. Parmi les auteurs représentés, il est intéressant de constater que ce sont ceux qui ont fait depuis une belle carrière qui s’en sortent le mieux : Philippe Jaenada qui prend le contrepied de ce qui était attendu (« Pourquoi je hais Jaligny ») et Serge Joncour (« Des sardines dans la Besbre ») avec un texte joyeusement déjanté. Mais le meilleur est situé à la fin du volume : un texte rare de Fallet paru en août 1978 dans Les Nouvelles littéraires, texte sur Jaligny bien sûr, intitulé, ce n’est pas une surprise, « N’y venez pas ».

L’étrange destin de Katherine Carr (The Fate of Katherine Carr, Thomas H. Cook, Houghton Mifflin Harcourt Publishing, 2009 pour l’édition originale, Le Seuil, coll. Policiers, 2013 pour l’édition française, traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc; 304 p., 19,80 €€).

On avait pris l’habitude, depuis l’époque où il était édité dans la Série Noire, d’acheter les livres de Thomas H. Cook les yeux fermés. Et on retrouve ici avec plaisir ses thèmes de prédilection : une petite communauté urbaine et une famille secouées par un drame. Une famille ici réduite à un seul élément puisque le journaliste local, George Gates, a perdu son fils il y a plusieurs années à la suite d’un enlèvement. Ce drame est ravivé par un autre cas de disparition sur lequel sa profession l’amène à se pencher, celui de Katherine Carr. Le plaisir dure vingt pages, guère plus. Cook s’enferre ensuite dans un récit alambiqué qui mêle les souvenirs du père et les pages écrites par Katherine Carr dans lesquelles il espère trouver l’explication de sa disparition. Des pages fumeuses sur lesquelles il médite de façon fumeuse sans que jamais une maigre lueur de logique apparaisse. Les échanges entre le héros et son entourage sont d’une vacuité sans nom : « Il n’y a pas de solution, déclara Arlo. Il y a seulement… de l’espoir. – L’espoir de quoi ? – L’espoir de ne pas perdre espoir. » En tout cas, l’espoir que cette histoire aboutisse à quelque chose de sensé ne se réalisera jamais et la lecture de ce livre s’apparente à de temps perdu. Désormais, on ouvrira les yeux.

VENDREDI.

Lecture. Journal secret (Léo Malet, Fleuve Noir, 1997; 336 p. 57 F).

Relecture, plutôt. Ce livre ayant même fait l’objet d’une notule, dans le n° 18 du 15 juillet 2001. Comme à cette époque les notules comptaient 378 abonnés de moins qu’aujourd’hui, soit un seul, je peux recopier ce que j’écrivais à l’époque sans gêner grand monde :

Ce journal couvre une période allant du 9 août 1982 au 29 février 1984, c’est-à-dire celle où Léo Malet rencontre une gloire tardive : les rééditions se multiplient, chez NéO, à la Butte aux Cailles, et surtout au Fleuve Noir. Mais aucune trace de satisfaction chez l’auteur : « écrire des livres à trente ans et n’être reconnu que quarante ans plus tard, ce n’est pas une réussite. C’est la consécration de l’échec. » Il faut dire qu’il vient juste de perdre sa femme, et qu’il ne parvient pas à satisfaire sa jeune maîtresse. Il s’enfonce alors dans une profonde dépression, rumine, fulmine, bougonne, devient vieux con. Pas de trace cependant des propos racistes qu’on lui a attribués par la suite. Pourtant, il voit du monde, Guérif, Doisneau, Lacassin…, participe à des émissions de radio, écrit des chroniques dans Polar…. Rien n’y fait, seule l’intéresse son absence d’érection. Il regarde beaucoup la télé (même L’Ecole des Fans), passe beaucoup de temps au téléphone, larmoie, se plaint et se complaint. Il ne fait pas bon vieillir.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aptonyme de saison, celle où l’on entend hennir les lasagnes. Document transmis par Christiane Vauzelle le 26 octobre 2011.

veau, vétérinaire, christine vauzelle, 568 (2)

SAMEDI.

Vie littéraire. J’ai passé la semaine à fureter sur ma piste Gengenbach. J’ai pris rendez-vous à la bibliothèque de Saint-Dié, contacté la mairie de Gruey-lès-Surance, commandé L’Expérience démoniaque, son livre le plus connu, et je suis en train de lire des textes épars d’André Breton. J’ai cherché des renseignements sur sa famille, sachant qu’un de ses frères avait été prêtre à Epinal. Aujourd’hui, j’apprends que ma tante, soeur aînée de mon père, a fait sa communion et sa confirmation sous la férule d’un abbé Gengenbach, vicaire de la paroisse Saint-Maurice. Elle va chercher des photos. Les archives diocésaines sont à deux rues d’ici, je vais aller y faire un tour. L’histoire littéraire est en train de me transformer en limier à soutanes.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 15 janvier 2012. 108 km. (18210 km).

godoncourt, 568

142 habitants

   Nous sommes au sommet du village dominé, ô surprise, par un monastère orthodoxe. Sur le flanc de l’’église, posé sur l’’herbe gelée d’’un talus qui domine la belle vallée de la Saône, se dresse une stèle de pierre blanche ornée d’’une croix chrétienne et de deux fûts de canon entrecroisés. Au sol, un pot de fleurs gelées, elles aussi, renversé.

godoncourt monument, 568

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

La commune de Godoncourt

    Face :

FANACH Jean-Bte

POISSONNIER Eloi

GIROUX François

MARCHAND Ferdinand

OUDIN Noël

AUBERT Rémy

RIMET Arthur

    Droite :

CONET Henri

RAGOT Edmond

DEMONGEOT Marcel

BOBANT Gabriel

JACQUES Gaston

CHAUSSE Maurice

DISPOT André

   Dos

RIMET Arthur Constant

Sous-intendant militaire

1916

    Gauche :

LOUISON Maurice

MARCHOND Charles

JACQUEL Léon

VERPY Léon

BERNARD Albert

DIZIEN Emile

CLERC Louis

   Sur le même côté, au sommet :

1939-1945

ABRIET Stéphane

CLERC Georges

DISPOT Pierre

CROSS Roger

VOIRIN Robert

   Marchond Charles fait pendant à Pierre Marchond rencontré sur le monument aux morts de Darney. “Marchond, Marchond”, air connu.

             L’Invent’Hair perd ses poils.

liberty'f, roanne, 568  liber'tiff, éragny, 568

Roanne (Loire) photo de Patrick Flandrin, 12 août 2007 / Eragny (Val-d’Oise), photo de Philippe de Jonckheere, 10 avril 2011

Poil et plume. « César de son nom de peigne, grand oiseau pensif à lunettes de fer et crâne rasé d’atomiste, lui désigna un fauteuil. Installez-vous, dit-il, je suis enchanté de vous revoir, je vous fais servir un café ? Elle prit place devant un miroir et César, sans d’’abord émettre le moindre commentaire, passa trois doigts dans sa chevelure, soulevant une mèche, en soupesant pensivement une autre et réservant son diagnostic. Seigneur, fit-il enfin d’’un ton navré. Vous ne vous les seriez pas coupés vous-même, la dernière fois ? Gloire hocha la tête en souriant. Bien, dit César. Alors ? J’’essaie d’’arranger les choses telles quelles, ou bien on reprend tout à la base ?
– Tout à la base, dit Gloire, tout comme avant. La même couleur qu’’avant. » (Jean Echenoz, Les grandes blondes).

Bon dimanche,

Philippe DIDION

_____________________________________________________________________________

24 février 2013 – 569

DIMANCHE.

Vie notulienne. Je finis de corriger un ensemble de notules destiné à une édition papier. Le premier volume de ces morceaux choisis couvre les années 2001-2007 et la relecture des pages concernées m’a un peu dérangé. Il n’est pas évident d’être ainsi confronté au vieillissement : vieillissement du bonhomme, vieillissement de l’écriture, vieillissement de l’actualité, des centres d’intérêt, des passions. J’ai dû me forcer pour ne me consacrer qu’aux corrections formelles : il est certain qu’aujourd’hui, je n’écrirais pas la moitié de ce que j’ai écrit à l’époque et que je ne m’autoriserais plus le même dévoilement autobiographique. Il faut aussi prendre en compte le fait que ma vie étant du genre calme et répétitif, il suffisait de dire les choses une fois pour éclairer certaines situations et il ne sert à rien de les ressasser. Après tout, c’est Gide qui le notait dans son Journal, « le nombre de choses qu’il n’y a pas lieu de dire augmente chaque jour » et c’est ce qui fait que j’apparais désormais dans les notules comme un homme plus très jeune mais bien entouré qui poursuit quelques lubies, lit quelques livres et écrit quelques phrases que certains ont l’amabilité de lire et parfois l’imprudence de publier, ce qui suffit à meubler une existence. M’a frappé également à la relecture de ces pages l’importance qu’y tenaient ma vie professionnelle et ses aléas. Les choses ont bien changé sur ce point et c’est heureux, j’aurais fini par être un prof qui raconte ses histoires de prof, comme on en trouve deux par semaine dans Livres Hebdo. J’aurai au moins échappé à cela, du moins je l’espère.

VENDREDI.

Lecture. Alentours III 1925-1930 (André Breton, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 346, « Oeuvres complètes I », 1988, textes établis, présentés et annotés par Marguerite Bonnet, Philippe Bernier et Etienne-Alain Hubert; 1800 p., 61 €€).

Les éditeurs des oeuvres complètes de Breton en Pléiade ont regroupé, dans plusieurs sections intitulées Alentours, des écrits épars de l’auteur parus dans La Révolution surréaliste et d’autres revues. La tranche 1925-1930 est particulièrement riche et intéressante car elle présente le surréalisme naissant, face aux choix artistiques et politiques qu’il doit faire. On y trouve, souvent co-signés avec Aragon ou Eluard, des récits de rêves, un éloge des voyantes, un appel à la grève des intellectuels, un éloge de l’Orient, un hommage à Saint-Pol-Roux, une critique du Lénine de Trotski, des jeux surréalistes, une pièce de théâtre (Le Trésor des jésuites), un exercice d’imitation des Poésies de Ducasse et bien d’autres choses encore. Se pose, dans beaucoup de textes, le problème de l’adhésion au Parti communiste et la question d’une action révolutionnaire commune, ce qui entraîne des différends avec les membres du Grand Jeu et de Clarté, ainsi que des querelles de personnes qui ne se font pas à fleurets mouchetés. Soupault et Artaud sont sérieusement secoués, ce dernier étant carrément traité de canaille et de charogne. Ce qui ne peut choquer que si l’on ignore qu’Artaud avait auparavant qualifié les surréalistes, merci les notes, de « révolutionnaires au papier de fiente » et de « sales bougres ». Quelle époque ! Enfin, on trouve dans ce recueil ce qu’on était venu y chercher, à savoir le texte prononcé par André Breton « Avant une conférence de Jean Genbach à la salle Adyar le 3 avril 1927 », Jean Genbach sous lequel on aura reconnu l’objet de nos préoccupations actuelles, Ernest Gengenbach.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Bien sûr, ce n’est pas la dernière photo de Rimbaud, mais je ne suis pas mécontent d’avoir mis la main sur un document (coll. Michel Didion) où l’on peut voir la trogne de l’abbé Gengenbach (je ne sais pas encore son prénom, les recherches se poursuivent), frère de l’écrivain, qui était donc prêtre à Epinal en 1946. Dans L’Expérience démoniaque, Gengenbach écrit à propos d’un événement de sa vie qui semble prendre place en 1948 : « Le règlement de mes frais de séjour à Ville-Evrard [avait] été refusé par le docteur A., qui avait procuration de mon frère, prêtre dans les Vosges, pour gérer mes intérêts. »

abbé gengenbach 1, 569  abbé gengenbach 2, 569

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 22 janvier 2012. 6 km. (18216 km).

golbey, 569

8229 habitants

   Le monument fait face à la Mairie, dans le coin d’’une place dallée de rose qui est un modèle de laideur dans le domaine de l’’aménagement urbain. Trois marches mènent à une esplanade surélevée, la stèle elle-même étant posée au sommet d’’un monticule au flanc duquel sont plantées quatre marches recouvertes de gerbes métalliques. L’’une d’’elles indique « Les Médaillés militaires à leur camarade ». A mi-hauteur de la stèle, un entablement porte un buste de Poilu doré, au niveau d’’une Croix de Guerre rayonnante. Plus haut, un coq dans un médaillon, puis une croix. A l’’arrière, cinq grandes dalles de granit, découpées de façon irrégulière. Celle de droite porte une plaque « A la mémoire de M.D.L. Chef DROUARD Robert 1906-1945 / Gendarme VILLEMIN Roger 1910-1945 / Combattants volontaires de la Résistance / Morts pour la France ». Deux flammes stylisées, en granit, sur lesquelles sont vissées des plaques, l’’une pour les combattants d’Algérie, l’’autre pour ceux d’’Indochine. Deux drapeaux encadrent l’’ensemble.

golbey monument, 569

   Face :

Golbey

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

1939-1945

    28 noms rangés sur deux colonnes, d’’ABEL Pierre à BIER Louis, puis de BONNEFOY Louis à CHARTON Emile.

Droite : 44 noms rangés sur deux colonnes, de CHOLEZ Louis à DURAND Henri, puis d’’EHRARDT André à GRAMSAMMER Louis.

Dos : 44 noms rangés sur deux colonnes, de GRISE Henri à LECOANET Patrice, puis de LECOMTE Léon à MEYER Albert.

Gauche : 43 noms rangés sur deux colonnes, de MEYER Edmond à RICHARD Paul, puis de RISSER Charles à WILLMANN Charles.

Au-dessus, sur trois côtés, des plaques pour les victimes civiles et militaires 1939-1945.

L’Invent’Hair perd ses poils.

miss t hair, roanne, 569  miss t'hair, charleville-mézières, 569

Roanne (Loire), photo de Patrick Flandrin, 26 décembre 2008 / Charleville-Mézières (Ardennes), photo d’Hervé Lechat, 4 mai 2010

Poil et plume. « Il s’est trompé de file, d’entrée, de vie. Entraîné par les voies rapides, il glisse dans un faubourg où il n’a hélas plus rien à faire. De vraies rues où les petits commerces frileux se tassent, coude à coude, boulangerie, charcuterie, marchand de couleurs, salon de coiffure. SALON DE COIFFURE. Son visage s’adoucit, s’illumine, une rondeur mécanique s’installe dans la ligne de ses mâchoires. Il arrête sa voiture dans le halo doré de la vitrine, les marottes perruquées le regardent tendrement; derrière la buée, il aperçoit le ballet des silhouettes claires, le vol argenté des ciseaux… » (Bernard Blangenois, « Ici et là »).

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

Publicités