Février 2014

2 février 2014 – 610

LUNDI.

Courriel. Deux demandes d’abonnement aux notules.

Lecture. Le Thé des vieilles dames (Pierre Véry, Gallimard, 1937; rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 1, Librairie des Champs-Elysées, 1992; 1024 p., s.p.m.).

Prosper Lepicq, qui fut l’un des collégiens des Disparus de Saint-Agil, a grandi. Il est devenu avocat et se plaît à démasquer des malfaiteurs dont il se propose ensuite d’assurer la défense. Il débarque ici à Criquebec, une petite ville normande où sa présence, comme il est souvent de mise avec les détectives, suffit à faire advenir un crime. Lepicq s’installe, observe, fréquente différents cercles de la ville – dont celui des vieilles dames du titre, adeptes des sciences occultes – assiste, un rien goguenard, l’enquêteur officiel et finit par confondre le meurtrier. Les romans policiers de Pierre Véry ont toujours quelque chose en plus : un parfum d’enfance (Les disparus de Saint-Agil), de nostalgie (Les Anciens de Saint-Loup), une ambiance un brin féérique. Le côté sordide des passions humaines qui conduisent au meurtre est compensé par le pittoresque des personnages et la poésie du décor (voir les enseignes des magasins de Criquebec : « A la fine lame », « Au désir de contenter », « A la taille de guêpe »…) et cet entre-deux constitue l’originalité et le charme de son oeuvre.

MARDI.

Lecture. Le Livre de « Quinze Grammes », caporal (Jean Arbousset, Georges Crès et C., 1917, rééd. Aux éditions Obsidianes, 2013; 72 p., 12 €€).

Dans la masse de livres qui sortent à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, il serait dommage que celui-ci passe inaperçu. Cette mince plaquette rassemble ni plus ni moins que les oeuvres complètes de Jean Arbousset, dit « Quinze Grammes », mort au combat le 9 juin 1918 à l’âge de 23 ans. Jean Arbousset fut appelé avec la classe 1915 alors qu’il s’apprêtait à intégrer l’Ecole Normale Supérieure, et on peut imaginer qu’un bon bagage littéraire accompagnait son paquetage quand il participa aux batailles d’Argonne, de Champagne, de la Somme, de l’Aisne et de Lorraine. A la lecture des poèmes qu’il composa au front et parvint à faire éditer en 1917, on devine aisément qu’il a lu Apollinaire, Cendrars, qu’il connaît Georges Fourest et Jean Richepin. Ses pièces prennent parfois une forme classique, la ballade, le sonnet, le rondeau, ailleurs on trouve des sortes de chansons et des textes de forme plus libre. Ce sont des instantanés, des scènes de la vie du soldat – la vue d’un cheval mort, la mort du sapeur dans la mine, l’ambulance qui ne peut embarquer les blessés parce que leur nombre ne suffit pas à la remplir – qui portent parfois quelques piques destinées aux gradés et aux embusqués de l’arrière. Une vingtaine de poèmes qui suffisent à tout dire de cette guerre et, parmi eux, une merveille.

QUELQUES MOTS

                                     A ma mère.

   Lorsque la mort viendra chez vous,

ouvrez toutes grandes vos portes,

ouvrez vos portes avec amour

et bénissez avec amour

ce qu’elle apporte

à celui qui n’est plus à vous :

ces pleurs de l’amitié,

ces fleurs de pitié

dans la chambre blanche effeuillées

en tapis de douceur où marchera son âme…

   Lorsque la mort viendra, comme une bonne femme

tout simplement, tout bêtement, faucher un corps

chez vous,

aimez jusqu’au détail du funèbre décor,

et si vous êtes pauvre

vous aimerez encore

jusqu’à ce triste bruit des clous

dans le sapin, dans les planches jointes à peine,

parce qu’il a manqué des sous

pour un cercueil de chêne

aux vis silencieuses

comme des veilleuses.

Et si le mort était un frêle poitrinaire,

vous aimerez le lent calvaire

de sa chair arrachée pétale par pétale

aux ronces de sa route pâle.

Car tous ceux-là sont morts dans le lit de famille.

leur mère, s’ils étaient enfants,

et, s’ils étaient âgés, leur fille

leur a serré les dents,

clos

les yeux

et joui des moments du soin minutieux,

presque dévot.

   Mais d’autres meurent dans la boue,

sans bras, sans jambes et sans joues;

on les enterre n’importe où,

souvent on ne met rien du tout

sur leur tombe.

On les enterre là où ils tombent.

Ceux qui ne les ont pas aperçus

marchent dessus.

   Lorsque la mort viendra chez vous,

ouvrez toutes grandes vos portes

et bénissez cette joie forte

de pouvoir vous mettre à genoux.

                                                                Vauquois, 1915.

JEUDI.

 Lecture. Histoires littéraires n° 51 (juillet-août-septembre 2012, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 200 p., 25 €€).

Après le dossier Dada, conduit par Marc Dachy et qui contient quatre textes inédits de Noël Arnaud sur le sujet, on trouve une « Contribution à la gloire posthume de Quinze Grammes », signée par Gérard Goutierre. C’est à lui que je dois mon intérêt pour Jean Arbousset, dont il était question plus haut. La réédition de Livre de « Quinze Grammes », caporal est « établie et présentée par Eric Dussert ». Lequel, dans son introduction, reprend les éléments biographiques présentés par Gérard Goutierre et, en fin de volume, propose une bibliographie dont est absent l’article dudit Goutierre, ce qui peut sembler curieux. L’ouvrage d’Eric Dussert, Une forêt cachée : 156 portraits d’écrivains oubliés, est lui dûment référencé. Dans la section « Livres reçus », le notulographe est responsable des notices consacrées à La Nièce de Flaubert, au Journal particulier 1935 de Léautaud et à un recueil de Perles de la littérature.

VENDREDI.

Lecture. Le Penseur malgré lui : On peut rire de tout mais on n’est pas obligé (Grégoire Lacroix, Le Cherche Midi, 2012; 224 p., 14,80 €€).

 Le cabinet de curiosités du notulographe. C’est du propre à Longchamp-sous-Châtenois (Vosges), photo de l’auteur, 6 octobre 2013.

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SAMEDI.

Films vus.

Donnez-lui une chance (Give a Girl a Break, Stanley Donen, E.-U., 1953)

Jack Reacher (Christopher McQuarrie, E.-U., 2012)

Temps sans pitié (Time Without Pity, Joseph Losey, G.-B., 1957)

Le Temps retrouvé (Raoul Ruiz, France-Italie-Portugal, 1999)

Max (Stéphanie Murat, France, 2012)

Itinéraire d’un enfant gâté (Claude Lelouch, France, 1988).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er janvier 2013. 108 km. (21378 km).

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318 habitants

   Face à l’’église, la colonne de 14-18 se dresse derrière une dalle verticale dédiée aux morts de 1939-1945. Au sommet, sur trois côtés, les noms Honneur, Gloire et Patrie. L’’ensemble se trouve au bout d’’une allée dallée, encadrée par deux allées gazonnées, derrière une petite porte grillagée. Il y a eu des arbres aux quatre coins, il n’’en reste que les souches coupées ras. Une gerbe de fleurs ornée d’’un ruban tricolore est disposée à l’’entrée du petit square. Il pleut des cordes, ce qui m’’empêche de travailler sur le motif. Je prends les photos qui me permettront de recopier les noms à mon retour. Le travail est malaisé à cause de la dorure des lettres qui a disparu par endroits.

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1914

GEORGE Camille

STRABACH Henri

TOUSSAINT Charles

LEMOINE Jean

FRANCOIS Auguste

1915

SCHOENY Gustave

BASTIEN Henri

BASTIEN Fulbert

GERARD Eugène

DEVANI Hubert

1916

CONROY Georges

QUIRIN Charles

TOUSSAINT Lucien

1918

BERNARD Jn Baptiste

MARQUAIRE Alexandre

André FINANCE

1919

FEBVAY René

QUIRIN Gaston

VENDIER Edmond

La commune d’’Hurbache

A ses enfants

Morts pour la France

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Dallas (Texas, Etats-Unis), photo de Benoît Howson, 7 août 2009 / Paris, rue des Vinaigriers, photo de Pierre Cohen-Hadria, 13 octobre 2010

 Poil et plume. « Ses cheveux bruns étaient un peu rageurs. Si les sculpteurs de l’Antiquité connaissaient dix-huit façons d’arranger la chevelure de Minerve, Passepartout n’en connaissait qu’une pour disposer la sienne : trois coups de démêloir, et il était coiffé. » (Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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9 février 2014 – 611

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Khaled Hosseini, Les Cerfs-volants de Kaboul, 10 18, 2006.

Vie professionnelle. Quand j’arrive au boulot, j’ai déjà parcouru la presse nationale au bistrot. Il me reste à prendre connaissance du quotidien local, ce que je fais dans le bureau de la secrétaire. C’est l’heure où celle-ci reçoit, au téléphone, les notifications d’absence des élèves et des professeurs. Ce matin, un collègue appelle pour se faire porter pâle. Il souffre d’une entorse apparemment assez grave. Il s’est fait ça hier, au cours de son footing. C’est toujours la même chose : quand quelqu’un est empêché, c’est à chaque fois pour une noble cause : enfants à demi-morts qu’il faut garder, maladies quasi-tropicales, accidents occasionnés par une conduite héroïque et sportive. L’an passé, quand j’ai été victime de ma dernière entorse de la cheville, c’était en descendant du trottoir pour aller à la boulangerie. Et la première, il y a bien longtemps, quand je m’étais fichu à bas d’un escalier, sous l’emprise de fumées alcooliques. Si un jour je me mets à faire du sport, ça va saigner.

Vie familiale (ou ce qu’il en reste). Selon la rumeur, la théorie du genre s’immisce dans les programmes scolaires et l’école travaille à l’indifférenciation sexuelle. L’honnêteté me force à avouer que ça ne date pas d’hier : depuis plusieurs années, j’illustre mon cours sur L’Iliade avec des extraits de La Guerre de Troie (La guerra di Troia, Giorgio Ferroni, Italie-France-Yougoslavie, 1961), péplum de facture classique dans lequel on voit s’ébattre et se battre Enée, Ulysse, Pâris et consorts, en casque à plumes et en jupe plissée. On n’imagine pas les dégâts que j’ai déjà pu causer dans les jeunes cervelles.

MARDI.

Lecture. Histoires à suspense (Grave Business, 1975, in « Alfred Hitchcock présente 100 nouvelles histoires extraordinaires », Collectif, Presses de la Cité, 1994; 1260 p., 145 F).

On peut regretter, à la lecture de ces nouvelles, la disparition des Mystère magazine, Hitchcock magazine, Choc suspense et autres Le Saint détective magazine qui les proposaient dans les années 1960-1970. Ces revues reprenaient alors ce qui paraissait aux Etats-Unis dans des publications multiples spécialisées dans la littérature policière. Les volumes « Alfred Hitchcock présente » en ont heureusement conservé le meilleur, dû à des auteurs souvent traduits dans la Série Noire ou dans la collection Un mystère aux Presses de la Cité, et qui ne considéraient pas la nouvelle comme un genre inférieur au roman. Dans ce volume, notons la présence de Robert Bloch, passé à la postérité grâce à Alfred Hitchcock qui adapta son roman Psychose.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur, Points, 1995.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Enseigne à clés à Pouilly-en-Auxois (Côte-d’Or), photo de Thierry Vohl, 3 mai 2010.

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SAMEDI.

Football. US Raon-l’Etape – SA Spinalien 0 – 3. Faire un déplacement dans le bus affrété par le club des supporters du SAS, c’est un peu comme partir en vacances avec la famille Pierrafeu. N’empêche, pour un 3 – 0 dans le derby vosgien, ça en vaut la peine. D’ailleurs, au troisième, but j’arrivais à chanter aussi faux qu’eux.

Films vus.

Le Paquebot Tenacity (Julien Duvivier, France, 1934)

Poltergeist (Tobe Hooper, E.-U., 1982)

Noce blanche (Jean-Claude Brisseau, France 1989)

Profession : reporter (Professione : reporter, Michelangelo Antonioni, Italie-France-Espagne, 1975)

Mam’zelle Nitouche (Marc Allégret, France, 1931)

L’Homme des vallées perdues (Shane, George Stevens, E.-U., 1953)

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 13 janvier 2013. 64 km. (21442 km).

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519 habitants

   C’’est une stèle simple, en pierre blonde, avec pour tout ornement une croix au sommet et une Croix de Guerre entourée de branches de chêne et d’’olivier en bas-relief. Elle est posée sur une esplanade pavée, devant l’’église.

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   Face :

A nos morts

1914-1918

SCHRECKLER Louis   1887-1914

DIEUDONNE Georges   1887-1914

JEANDEL André   1894-1914

PERISSE Victor   1894-1915

SCHRECKLER Emile   1888-1915

GROMAIRE André   1895-1916

LARCHER Auguste   1889-1916

LORANGE Fourier   1897-1917

VILLEMIN Auguste   1888-1918

GRANDJEAN Charles M.D.L.   1890-1918

PLUMET André ST     1895-1918

WELKER Pierre   1895-1918

    Gauche :

Sergent

GRANDJEAN Albert

1893-1940

GUILLEREZ Raymond

1914-1940

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Mers-les-Bains (Somme), photo de Chantal Potart, 7 août 2009 / Saint-Herblain (Loire-Atlantique), photo de Bernard Bretonnière, 22 juin 2010

 Poil et plume. « [Le juge] était un gros homme tout rond. Il décrocha une perruque pendue à un clou et s’en coiffa lestement.

« La première cause », dit-il.

Mais portant la main à sa tête : « Hé ! Ce n’est pas ma perruque !

– En effet, […] c’est la mienne, répondit le greffier.

– Cher Monsieur Oysterpuf, comment voulez-vous qu’un juge puisse rendre une bonne sentence avec la perruque d’un greffier ! »

L’échange des perruques fut fait. » (Jules Verne, Le tour du monde en quatre-vingts jours)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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16 février 2014 – 612

DIMANCHE.

Lecture. La Lampe de Proust et autres objets de la littérature (Serge Sanchez, Payot & Rivages, 2013; 208 p., 18,50 €€).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

MARDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

Lecture. Vestiaire de l’enfance (Patrick Modiano, Gallimard, 1989; 154 p., 78 F).

Le narrateur de cette histoire s’appelle Jimmy Sarano. Il vit en Amérique du Sud dans une ville qui abrite une population cosmopolite et travaille pour une radio internationale à laquelle il fournit des textes, des histoires, des feuilletons. Un jour, il rencontre une femme qui lui rappelle une jeune fille qu’il a connue autrefois, à Paris. Si Modiano se lance dans une histoire exotique, c’est pour nous ramener au plus vite, par le biais de la mémoire, dans le cadre parisien où il se meut habituellement. Car Jimmy Sarano est en réalité Jean Moreno, il a vécu à Paris, une ville qu’il a dû quitter à la suite d’un accident (nocturne ?) non précisé. Le vestiaire de l’enfance qu’il entrouvre à l’aide de ce visage retrouvé est une armoire aux souvenirs dans laquelle le lecteur retrouve l’univers familier du romancier.

Curiosité 1. « Ma mère était assise au fond de la salle, en compagnie de Max Montavon, un comédien qui jouait dans la pièce. » Parmi les noms cités en ribambelle, point de passage obligé d’un roman de Modiano, on sursaute à l’énonciation de celui-ci, qui évoque un personnage réel. Max Montavon était effectivement acteur. Au théâtre sans doute, au cinéma assurément car je l’ai vu dans 35 films, depuis, chronologiquement, La Maison Bonnadieu (Carlo Rim, France, 1951) jusqu’aux Misérables (Robert Hossein, France, 1982). Habitué des seconds rôles, c’était un spécialiste des emplois de majordomes, valets, et autres domestiques. Je ne l’imagine pas autrement qu’en gilet rayé jaune et noir, avec un plumeau à la main, un peu à la manière du Nestor de Moulinsart. Max Montavon fait partie de cette cohorte d’acteurs qui peuplent les films des années 60 (Marcel Gassouk, Bernard Musson, Robert Rollis…), dont on connaît le visage sans pouvoir mettre un nom dessus, des silhouettes fugaces qui, par leur présence transparente, trouvent tout à fait leur place dans un roman de Patrick Modiano.

Curiosité 2. « Il s’agit de trois cahiers où j’avais recopié, en consultant des journaux d’une quarantaine d’années, des noms propres, des adresses, des petites annonces, des noms de chevaux de plat et d’obstacles, ceux de leurs jockeys et de leurs propriétaires, des publicités, des déclarations de faillites et bien d’autres choses… A partir de minuit et jusqu’à six heures du matin, Marcadié, Simone Delorme ou Jacques Lemoine lisent des extraits de cet énorme agenda périmé au micro de Radio-Mundial. Ils le font pendant dix minutes environ, après chaque bulletin d’information. » L’auditeur nocturne que je suis rêve d’un tel programme sur une station française. Longtemps je me suis endormi en écoutant la Tentative de description de choses vues au carrefour Mabillon de Georges Perec.

MERCREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Erik Orsenna, Sur la route du papier, Stock, 2012.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. Sans commentaire, photo de Bernard Bretonnière, 22 septembre 2013.

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SAMEDI.

Films vus.

                           Gangster Squad (Ruben Fleischer, E.-U., 2013)

                           Joyeuses funérailles (Death at a Funeral, Frank Oz, G.-B.-Allemagne, 2007)

                           Les Amants passagers (Los amantes pasajeros, Pedro Almodovar, Espagne, 2013)

                           Le dernier train de Gun Hill (Last Train From Gun Hill, John Sturges, E.-U., 1959)

                           Le Jardin (Zahrada, Martin Sulik, Slovaquie-France, 1995)

                           La Sirène du Mississipi (François Truffaut, France-Italie, 1969)

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 17 janvier 2013. 20 km. (21462 km).

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1155 habitants

    La neige rend peu lisible cet emplacement qui semble être une sorte de square : on devine des bancs, des vasques, dominés par des lampadaires à l’’ancienne. La stèle est en pierre non taillée, une colonne posée sur un socle lui-même reposant sur une plate-forme surélevée. Les noms sont inscrits sur des plaques. Un macaron du Souvenir français et une palme sont mêlés à l’’inscription :

A nos morts pour la France

1914-1918

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   Face : 20 noms de HANZO Charles à ETIENNE Emile

Gauche : 20 noms de JACQUOT Adrien à KIMMERLE Alphonse, puis une liste de victimes 1939-1945 et A.F.N.

Droite : 20 noms de LAUMONT Auguste à ABSALON Joseph, puis deux victimes T.O.E.

 L’Invent’Hair perd ses poils.

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Ussel (Corrèze), photo de Caroline Didion, 7 août 2009 / Fontvieille (Bouches-du-Rhône), photo de Joëlle Molina, 24 mai 2011

 Poil et plume. « Nous, on avait des poux depuis toujours.

De père en fils, pour ainsi dire. Cela ne nous gênait plus, nous n’y faisions plus attention. Ca nous cavalait sur la tête dans tous les sens. […]

-Ah ! Pouilleux ! Je vous veux tondus à ras dès demain matin ! [dit le directeur d’école]. Si l’un de vous s’amène demain avec sa tignasse, je lui casse les reins ! Ah ! Croûteux sagouins ! Ah ! Ordures !

Tout bien pesé, il n’avait pas tort. Nos crinières supprimées, les petites bêtes n’auraient plus leurs aises. Et puis cette idée de nous voir tous rasés à zéro nous séduisait.

Le soir même, chez Feld [un bistrot de la zone], on installa une petite chaise de fer et le soutier Malot tailla nos crins à larges coups réguliers, avec une énorme tondeuse à chien.

Les cheveux s’entassaient par terre. Les blonds et les bruns. Les poux déménageaient en vitesse, sans pour cela nous quitter tout à fait. En riant, à la queue, nous attendions que vînt notre tour de nous asseoir sur la chaise… » (Louis Calaferte, Requiem des innocents, 1952)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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23 février 2014 – 613

DIMANCHE.

Vie administrative. Mon frais minois et mon teint de rosière peuvent tromper les foules, n’empêche : je prends de l’âge et il ne me reste que quelques années à vivre sous le statut de salarié. Combien exactement ? C’est ce que s’évertuent à calculer les services compétents qui ont besoin, pour ce faire, d’un certain nombre de documents qu’ils me demandent depuis quelques mois en vue de renseigner mon dossier. On ne trouvera guère, dans les annales de la fonction publique, de carrière – si l’on peut employer ce terme – plus linéaire, plus morne et plus terne que la mienne : je n’ai pratiquement jamais bougé. J’ai eu la vie professionnelle d’un bibelot : on m’a posé dans un coin et j’ai pris la poussière, préférant m’agiter sur d’autres fronts. Et pourtant, on me réclame, pour reconstituer ce plat cursus, des documents de toutes sortes. J’en envoie un, il en faut immédiatement un autre, que je dois repêcher dans des archives qui ont tout de même vécu plusieurs déménagements, un incendie et quelques inondations. Il me faut solliciter des services militaires, académiques, sanitaires pour faire face aux demandes. Aujourd’hui, j’entreprends de compléter une fiche de renseignements pour la « prise en compte de [mon] activité à l’étranger ». Il s’agit de l’imprimé E207, qui semble extrait des tiroirs de Courteline. Il contient six rubriques et un tableau à remplir, accompagnés d’une page comprenant 4 lignes d’instructions et 23 notes dont certaines ne sont pas sans dégager un certain charme exotique (note 20 : « Si le formulaire est destiné à une institution danoise, indiquez le numéro CPR, à une institution islandaise, le numéro d’identification islandais, et à une institution du Liechtenstein, le numéro d’immatriculation AHV »). La note 9, qui explique la procédure à suivre pour écrire sa date de naissance, est ainsi libellée : « Le jour et le mois sont chacun exprimés par deux chiffres, l’année par quatre chiffres (par exemple : 1er août 1921 = 01.08.1921) ». L’exemple donne une idée de la fraîcheur du document. N’oublions pas les instructions, sur quatre lignes en caractères gras : « Le formulaire doit être rempli en caractères d’imprimerie, en utilisant uniquement les lignes pointillées. Il se compose de trois pages; aucune d’elles ne peut être supprimée, même si elle ne contient aucune mention utile. Si l’espace prévu à la page 2 n’est pas suffisant pour y indiquer toutes les périodes de la carrière de l’assuré, intercaler à la suite une ou plusieurs pages identiques en modifiant les numéros qui figurent à l’extrême gauche (remplacer 1, 2, 3 … par 9, 10, 11 …) ». Le 10 janvier dernier, le député de l’Essonne Thierry Mandon a été nommé à la tête d’un « conseil de la simplification » administrative. Tous nos voeux l’accompagnent.

MARDI.

Lecture. Six nuits de tonnerre (Six Nights of Mystery, William Irish, 1950 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 69, 1951, rééd. coll. Omnibus, vol. « Noir c’est noir », 1993; traduit de l’américain par Gilles Malar et Alex Gral; 1016 p., 135 F).

C’est un recueil de nouvelles d’un niveau très moyen que livre ici William Irish : six histoires se déroulant chacune dans une ville différente. « Une nuit à New York », « Une nuit à Hollywood », « Une nuit à Montréal », etc., on comprend le principe… sauf quand on s’aperçoit que « Une nuit à Chicago » se déroule de bout en bout à New York. La traduction, très vieillotte, n’arrange pas les choses et n’améliore pas la qualité des intrigues, plutôt convenues. En fait, Irish s’en tire mieux quand il utilise un registre dont il n’est pas coutumier pour décrire, dans la dernière nouvelle, des révolutionnaires d’opérette dans « Une nuit à Zacamoras », ville imaginaire du Mexique.

MERCREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Katherine Pancol, Muchachas I, Albin Michel, 2014.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Roy Lewis, Pourquoi j’ai mangé mon père, Pocket, 2012.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. Marcel, reviens, ils sont devenus fous. Franconville (Val-d’Oise), photo de Philippe de Jonckheere, octobre 2012.

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SAMEDI.

  Films vus.

Copland (James Mangold, E.-U., 1997)

                           Thérèse Desqueyroux (Claude Miller, France, 2012)

                           Tu seras mon fils (Gilles Legrand, France, 2011)

                           Le Drame de Shanghai (Georg Wilhelm Pabst, France, 1938)

V pour vendetta (V for Vendetta, James McTeigue, E.-U – G.-B – Allemagne, 2005)

 IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 27 janvier 2013. 119 km. (21581 km).

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184 habitants

   Temps épouvantable. Le monument est situé derrière le chevet de l’église. C’est une simple stèle surélevée et surmontée d’une Croix de Guerre. Cette simplicité ne l’empêche pas d’être signée « Gaudel Dalbanne, Lamarche (Vosges) ». Quelques vasques de bruyère sèche sont posées sur les marches.

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   Face :

A ses héroïques défenseurs

La commune d’Isches reconnaissante

THOUVENOT J. Bte                     GEORGES Ernest

DUNAND Alfred                   MOTESSIER Gusve

MANGIN Fernand                   MOUGIN Fernand

THOUVENOT Gges                     GARCIN Paul

GARCIN Amand                   MOUGINE Georges

Morts pour la France

1914-1918

    Droite :

1939-1945

Lucien AUDINOT

Louis VAUMEREL

          L’Invent’Hair perd ses poils.

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New York (New York, E.-U.), photo de Benoît Howson, 10 août 2009 / Paris, rue de la Roquette, photo de Pierre Cohen-Hadria, 2 octobre 2010

Poil et plume. « … Assise, nue, tête penchée en avant. Et l’autre qui pointe la tondeuse. Ca crisse le poil coupé, c’est comme ça qu’il pleure le cheveu. On écoute le bruit de l’acier, le claquement affamé des dents de l’outil, on frissonne au froid du métal sur la peau avec ces cheveux coupés qui ne tombent pas tout de suite, qui semblent s’attarder sur le crâne en boule compacte, un ballon rond fait de fibres vivantes qui traîne sur la tête en sphère de feu, encore une minute, monsieur le bourreau ! Oublier ? Ce bruit et la sensation de peau labourée doucement, tout doucement. Et l’autre, le tondeur, pousse de la main la masse de cheveux qui file en avant, une avalanche d’or, une coulée de neige dans du cuivre en fusion, un rocher de cheveux blonds filant vers le sol. Il fait froid, soudain, et l’on regarde impassible sans comprendre que c’est sa propre chevelure qui reste là éparpillée sur le sol. » (Joseph Bialot, C’est en hiver que les jours rallongent)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

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