Janvier 2012

1er janvier 2012 – 518

DIMANCHE.

Lecture. Récits de la Kolyma (Kolymskiïé rasskazy, Varlam Chalamov, traduit du russe par Sophie Benech, Catherine Fournier, Luba Jurgenson, Verdier, coll. Slovo, 2003; 1532 p., 45 €€).

La Kolyma est une sorte de Biribi sibérien, la région qui accueillit, du début des années trente à la fin des années cinquante, les prisonniers de l’ère stalinienne. Varlam Chalamov y a vécu, survécu plutôt, de 1937 à 1953 et a tiré de son expérience cet ensemble de récits que l’on peut ranger, dans le domaine de la littérature concentrationnaire, au niveau des oeuvres de Robert Antelme ou Primo Levi. Avec des différences qui ne sont pas seulement politiques ou géographiques : là où les auteurs de L’Espèce humaine et de Si c’est un homme condensent leur expérience dans des textes ramassés, structurés chronologiquement, là où ils manifestent une volonté pédagogique et une visée philosophique, Chalamov choisit le fouillis apparent, l’entremêlement des époques et la neutralité du ton. Il ne veut pas que la vie des camps s’apparente à un Bildungsroman ou à une leçon quelconque, le mot d’expérience, utilisé plus haut, est d’ailleurs mal adapté pour lui. En apparence, Chalamov aligne environ cent cinquante histoires vécues dont il a été le témoin, l’acteur, la victime. Cent cinquante récits qui mêlent les personnages, les anecdotes, les époques, les narrateurs (lui même apparaît à la première ou à la troisième personne, sous les noms de Chalamov, Andreïev, Krist, Goloubiev…) : c’est au lecteur de retracer le parcours de l’auteur, dont il ne donne le résumé succinct qu’à la page 1353 : « Cette formation [celle d’aide-médecin], que j’ai menée à bien, a divisé ma vie à la Kolyma en deux périodes : de 1937 à 1946 – dix années de pérégrinations de gisements d’or en hôpitaux et d’hôpitaux en gisements d’or avec, en 1943, une nouvelle condamnation de dix ans. Et de 1946 à 1953, années durant lesquelles j’ai travaillé comme aide-médecin, libéré en 1951 grâce au décompte des journées de travail. » Ces deux époques, on l’a dit, sont racontées dans le désordre le plus complet mais sont bien sûr liées par les thèmes que l’on peut s’attendre à rencontrer dans cet univers : la faim, le froid, le travail (la « norme » à remplir, de laquelle dépend la quantité de nourriture reçue), la saleté, les coups, la maladie, la mort. Thèmes attendus parce que déjà rencontrés dans les récits de camps nazis et qui mènent à l’inévitable question : la Kolyma était-elle pire qu’Auschwitz, Staline pire qu’Hitler ? Chalamov parle d’Auschwitz (« Dans tous les gisements et dans toutes les directions, on dressait des listes de victimes pour les convois que l’on conduisait dans l’un des Auschwitz de la Kolyma »), il cite à de multiples reprises l’inscription figurant sur le portail du camp, « Le travail est affaire d’honneur et de gloire, de vaillance et d’héroïsme », en écho à l »Arbeit macht frei » d’Auschwitz. Dans sa postface, Michel Heller essaie d’établir un distinguo de façon peu habile : « La Kolyma est le jumeau des camps de la mort nazis. Elle s’en distingue, toutefois, et pas uniquement, bien sûr, par le fait qu’à Auschwitz ou à Treblinka on exterminait les gens dans des chambres à gaz, alors que dans l’Extrême-Nord soviétique, il suffisait pour cela de loger les détenus dans des tentes de toile goudronnée. La différence réside dans le fait que les victimes des camps nazis savaient pourquoi on les tuait. Certes, les hommes n’avaient pas pour autant envie de mourir. Mais l’homme assassiné par les nazis savait qu’il mourait parce qu’il était un adversaire du régime, un Juif ou un prisonnier de guerre russe. Celui qui mourait dans les camps de la Kolyma, comme dans tous les camps soviétiques, était, lui, dans l’ignorance. » Contestable, on pourrait en discuter pendant des plombes, mais intéressons-nous plutôt aux spécificités de Chalamov. D’abord son affirmation comme véritable écrivain : les récits, d’apparence anecdotiques, uniquement factuels, constituent un réseau extrêmement construit. Le retour des personnages, la répétition des événements n’est pas le fruit d’une négligence mais la marque d’une architecture, celle d’une toile qui enserre le lecteur amené à se cogner à ses limites, témoin à son tour de la répétition des mêmes manifestations. Cette portée symbolique se retrouve dans un tas de pages, celles consacrées au pin nain qui se courbe à l’arrivée de l’hiver et se relève, comme le prisonnier, à l’arrivée du printemps, celles sur le permafrost, le sous-sol gelé qui refuse d’avaler les cadavres, celle, la première, sur l’homme chargé de tracer la route à travers la neige vierge, image de l’écrivain préparant le terrain pour ses lecteurs. Autre spécificité, la haine de ceux que Chalamov appelle « les truands », les prisonniers de droit commun mélangés aux politiques et mieux traités du fait de leur pouvoir néfaste mais aussi parce que le régime les considère comme rééducables, à la différence des « ennemis du peuple ». Le prisonnier politique est pris entre deux feux, celui de ses gardiens et celui des truands. De toute manière, il est seul : l’amitié, pour l’auteur, est impossible au camp, seuls deux ou trois gestes de solidarité apparaissent dans ces centaines de pages. C’est une des raisons pour lesquelles Chalamov en veut particulièrement à Dostoïevski, à ses Souvenirs de la maison des morts et à sa conclusion optimiste. Il n’y a pas de conclusion heureuse possible à la vie concentrationnaire, il n’y a pas de valeurs à défendre, il n’y a pas d’espoir à entretenir. Deux choses seules échappent au massacre et à l’anéantissement, deux choses qui gardent une forme de beauté dans la laideur environnante : la nature et la poésie.

LUNDI.

TV. Dans une scène d’’Imposture, film de Patrick Bouchitey (France, 2005) au menu ce soir, on voit un professeur d’’université interrogé par un policier au sujet de la disparition d’’une étudiante avec laquelle il avait rendez-vous. Le policier demande la raison de ce rendez-vous. Réponse du professeur : « Nous devions parler d’’un travail d’’écriture à partir des Infrasons de Georges Perec. » Une œœuvre énigmatique s’’il en est.

Radio. Ces phrases, j’étais sûr de les avoir entendues et non lues, je les avais gardées en mémoire mais de façon lacunaire. Je savais qu’elles étaient de Pierre Dumayet, j’en connaissais la chute mais j’avais oublié le nom des protagonistes. Je ne pensais pas pouvoir remettre un jour l’oreille dessus. Et puis Pierre Dumayet est mort, en novembre dernier, et France Culture rediffuse des entretiens, l’émission A voix nue. C’était donc là. Dumayet répond à une question sur les paysages : « C’est Paulhan et Fautrier, le peintre, qui sont en voiture. Ils traversent un beau pays, la Dordogne, le Lot, l’Aubrac, je ne sais quoi, et Fautrier s’arrête tout le temps. Et Paulhan en a assez, il lui dit : « Tu n’as jamais vu de tableaux ? »

MARDI.

Réaction aux notules. Vous vous souvenez de Nénette et René, évoqués dans le dernier numéro par le biais d’un article nécrologique ? Le notulien Jean Vaubourg en savait un peu plus à leur sujet et a bien voulu en faire part au notulographe :

   « Lorsque l’on connaît René C., on sait que le correspondant local a dû faire réellement de gros efforts !  Le « Baron » était très certainement quelqu’un de très singulier. Je voudrais apporter à ta culture personnelle une précision de taille : non seulement le Baron était grosse caisse à l’harmonie de Thaon, mais « en chef ! » se plaisait-il à préciser.

   La Nénette n’était pas en reste quant à la singularité, son vieux chien Médor lui fit un jour une portée de 8 chiots.

   Et la cerise sur le gâteau, il parait que le jour de leur mariage, depuis les Lederlin*, le parvis de l’église de Thaon n’avait pas été aussi encombré. Toute la BTT était présente. Et là, prise d’une envie naturelle, Nénette écarta sensiblement les pieds et s’épancha sur les escaliers devant la foule hilare !

   Pour ce qui est de boire un coup à leurs santés, je peux t’affirmer que le Baron n’aurait pas été contre.

   Ils auraient pu faire de beaux personnages de nouvelle. »

* Lederlin : famille industriels d’origine alsacienne qui dirigea la BTT (Blanchisserie et Teinturerie de Thaon).

MERCREDI.

Lecture. Revue de la Bibliothèque nationale de France n° 31 (BnF, 2009; 96 p., 19 €€).

« Blagues et supercheries »

C’est la première fois que je mets le nez dans cette revue qui paraît trois fois par an, attiré par l’intitulé du dossier à l’affiche. Un coup d’oeil sur les numéros précédents montre que cette publication a plusieurs fois par le passé visité mes centres d’intérêt puisqu’elle a déjà consacré des numéros à la chanson française, aux manuscrits d’écrivains du XXe siècle, au « faux », à l’Oulipo, au polar… Ce dossier est logiquement dédié à François Caradec dont l’Encyclopédie des farces et attrapes fait l’objet d’un article d’Eric Dussert. D’autres spécialistes de la mystification sont ensuite évoqués comme Paul Masson, alias Lemice-Terrieux, qui profita de son poste d’attaché au bureau du catalogue de la Bibliothèque nationale pour farcir ledit catalogue de fausses fiches. Le reste de la revue est plus spécialisé : liste des acquisitions, archives du département des Monnaies, étude d’une gravure de Jacques Callot, journal d’un saint-simonien…, tout cela est affaire de professionnels mais le profane saura apprécier les photos de Nathan Lerner, photographe, peintre et designer de Chicago dont une série de tirages originaux est récemment venue compléter les collections de photographie américaine de la BnF.

VENDREDI.

Lecture. Brassens, homme libre (Jacques Vassal, le Cherche Midi, 2011; 634 p., 22 €€).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Elle est retrouvée ! Quoi ? La photo du fleuriste hongrois, prise à Fertöd le 16 août 1994 en hommage à Léopold Bloom.

virag à fertöd, 518

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 14 novembre 2010. 0 km. (14192 km).

  épinal, 518

35814 habitants

L’’ensemble monumental fait face à la Préfecture et prolonge la promenade du Cours dont les derniers arbres masquent partiellement les mâts de deux drapeaux tricolores. Deux autres mâts sont plantés au milieu des massifs floraux qui figurent en avancée, de chaque côté. Au premier plan, c’’est un bloc de pierre blonde sur lequel s’’appuie un Poilu aux bras écartés. Deux de ses compagnons d’’armes sont représentés de profil, le premier, à gauche, appuyé sur son fusil, le second, à droite, saisi dans une attitude plus paisible, la pipe à la main, appuyé sur une pelle. Le bloc porte des noms de batailles alignés sur deux colonnes.

épinal monument, 518

Les Vosges                   La Fontenelle

Alsace                   Le Linge

La Chipotte                     Hartmann

GD Couronné                     Verdun

Marne                     Somme

Artois                     Aisne

Yser                   Chemin des Dames

Argonne                     Reims

Les Eparges                     Macédoine

Dardanelles                    Italie

N-D de Lorette                   Le Rhin

Metzeral

Au pied du bloc, des chrysanthèmes et des thuyas qu’’il faut écarter pour y trouver les noms suivants : P. BRIDAULT architecte DG à gauche, BACHELET et LHURCY (je ne suis pas sûr du L initial) statres. Le parterre est semé des gerbes déposées le 11 novembre. J’’en dénombre 17, sans compter les bouquets individuels déposés sans doute par les enfants des écoles. Elles proviennent des fleuristes locaux, Merlino et La Comédie des fleurs, plus un Flower’s dont j’’ignorais l’’existence. Les noms des commanditaires figurent en lettres dorées sur un ruban tricolore (sauf celui des Médaillés militaires, à bandes jaunes et vertes) : Président du Conseil général, Fils des tués… et l’’énigmatique C.V.R – F.N.C.V F.N.C.M.V.A. Souci d’’économie des deniers publics ? Le préfet des Vosges et le député-maire d’Epinal se partagent la même gerbe. Le bouquet de l’’American Battle Monuments Commission est orné d’’un flot aux couleurs du drapeau américain.

Derrière, un arc-de-cercle dont les saillies extérieures portent les dates 1914 et 1939 (à gauche), 1918 et 1945 (à droite). Les noms des victimes sont alignés sur 54 colonnes. Au pied du mur, 14 jardinières de plantes bicolores. Les travaux réalisés par Gérard Guéry sur les victimes spinaliennes de la Grande Guerre sont disponibles en ligne. On y trouve, outre la liste des victimes, les statistiques par années et les lieux de décès, une étude du plus haut intérêt sur les prénoms des 1154 Spinaliens morts pour la France. « Les prénoms les plus fréquents sont Henri (75), Charles (75), Louis (68), Paul (63), Joseph (54), Georges (53), René (51), Emile (45), etc. »

Dernière remarque : le monument aux morts d’’Epinal est le premier devant lequel je dois faire face à la concurrence.

épinal concurrent, 518

L’Invent’Hair perd ses poils.

cafran'ge, le tholy, 518 (2)

Le Tholy (Vosges), photo de l’auteur, 15 juillet 2008

Enseigne énigmatique si l’on ignore, comme je l’ignorais avant d’être éclairé sur le sujet, que les habitants du Tholy sont appelés les Cafrancs.

Poil et plume. « Je me faufilai dans l’isba. La lourde porte se referma derrière moi, me poussant à l’intérieur. Des yeux bleus, un grand front marqué d’un début de calvitie et une chevelure bien peignée, indiscutablement peignée : avoir des cheveux, c’était s’affirmer. Au camp, les cheveux témoignent de votre situation. Car on rase tout le monde complètement. Et ceux qui échappent au « coiffeur », tous les envient. Les cheveux, c’est une manière originale de lutter contre le régime du camp. » (Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma).

Bonne année,

Philippe DIDION

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8 janvier 2012 – 519

DIMANCHE.

Bilan annuel 2011.

* 129 livres lus (+ 31 par rapport à 2010)

* 304 films vus (+ 45)

* 318 abonnés aux notules version électronique, sans oublier les irréductibles abonnés papier de l’Aveyron (+ 41)

* 49739 visites sur la page d’accueil du site des notules (+ 6471)

En ce qui concerne les chantiers littéraires :

* 4791 Souvenirs quotidiens notés (+ 365, le compte est bon)

* 412 volumes étudiés dans L’Atlas de la Série Noire (+ 33)

* 210 communes visitées (+ 42) de Ableuvenettes (Les) à Gironcourt-sur-Vraine dans le cadre de L’Itinéraire patriotique alphabétique départemental

* 186 photos de Bars clos commentées (+ 15)

* 884 tableaux commentés dans La Mémoire louvrière (+ 63)

                                             * 314 publicités murales peintes photographiées (+ 27)

* 435 numéros de téléphone récoltés dans des films en vue d’un travail à venir (+ 47)

* 895 photographies de salons de coiffure pour l’Invent’Hair (+ 327)

                                             * 132 frontons d’école photographiés pour un Aperçu d’épigraphie républicaine (+ 16)

* 53 Lieux où j’ai dormi retrouvés ou ajoutés et photographiés (+ 2)

                                             Parutions :

* Bulletin de l’Association Georges Perec n° 58 & 59

* 3 articles dans la page « Livres » de Vosges Matin.

                                            * Notes de lecture et Propos dans la revue Histoires littéraires n° 40-41-42-43

* Les Refusés n° 13

* Site Lecture / Ecriture

Revue de presse :

* Place de la Toile, France Culture, 16 janvier

* Le Soir, 23 décembre

* Sites de François Bon, Laurent Margantin, Benoît Melançon.

MERCREDI.

Lecture. Moonlight Mile (Dennis Lehane, 2010, Payot & Rivages, coll. Thriller, 2011 pour l’édition française, traduit de l’américain par Isabelle Maillet; 384 p., 20 €€).

Après sa tentative, plutôt réussie, de « grand roman américain » (Un pays à l’aube), Dennis Lehane rentre dans les rangs du polar et ressort, pour l’occasion, Pat Kenzie et Angela Gennaro, ses personnages emblématiques. Emblématiques mais un peu essoufflés quand il s’agit ici de remettre la main sur Amanda McCready, qu’ils avaient déjà sauvée dans Gone Baby Gone et qui a de nouveau disparu. En vérité, c’est Dennis Lehane qui apparaît comme étant le plus usé, incapable de se renouveler dans une histoire qui ne présente guère d’intérêt, sinon de reposer un peu les yeux du lecteur à la sortie des 1500 pages de Chalamov.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Un endroit idéal pour satisfaire une envie de picer. Aubusson (Creuse), photo de l’auteur, 5 août 2011.

Epicerie Aubusson 519

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 21 novembre 2010. 49 km. (14241 km).

Escles panneau 519

475 habitants

La porte de l’’enclos, une grille peinte en bleu canard adossée à une haie de thuyas, est restée ouverte. Le ruban tricolore s’’est séparé de la gerbe du 11 novembre (Rose Passion à Golbey). La pierre de la stèle est très abîmée, ce qui rend la lecture un peu difficile.

Escles monument 519

La commune d’’Escles

A ses morts pour la France

1914-1918

Face, plaque 1 :

1939-1945

BAUDOIN. K                     GORNET. M

FLORENCE. R                     LAGARDE. M

GERARD. M                     LHUILLIER. A

RICHARD. P

Plaque 2 :

ALGERIE

BLANC. D

Plaque 3 :

OFFICIERS

COLNELLE. E   SLT 149e. I                     PETITJEAN. G   SLT 160e. I

SOUS OFFICIERS

VANCON. J   ADJT 94e. I                     FREMIOT. M 9e. GIE

BRULE. F   ST 158e. I                     CLAUDEL. G   ST 152e. I

FREMIOT. H   ST 149e. I                     VANCON. E   S.F 170e. I

CAPORAUX

FOMBARON. F   174e. I                     MANGIN. B   121e BCP

THOUVENOT. L   174e. I

Gauche :

SOLDATS

AUBRY.A   174e. I                     FREMIOT. J   170e. I

AUBRY. G   9e. A                     GALLAND. A   17e I

BLOT. A   5e. BCP                     GERARD. G.   149e. I

BREGIER. G   149e. I                     GLAUDEL. L   121e. I

COUSIN. J   17e. I                     GRANDMAIRE. A   52e. A

COSSIN. E   170e. I                     HIMBLOT. L   35e. I

DOUCHET. J   GVC                     JEANMICHEL. M   17e. I

Droite :

SOLDATS

JEANMICHEL. C   10e. BCP                     ROLLOT. J   170e. I

JEANMICHEL. E   3e. BCP                     THOMAS. AL   3e. BCP

JEANMICHEL. L   149e. I                     THOMAS. AU   170e. I

LACHAMBRE. M   174e. I                     THOUVENOT. J   62e. A

LHUILLIER. M   158e. I                     THOUVENOT. P   23e. I

MALENFER. P. BTE   121e. A                     VANCON. A   22e. CAL

MESSE. J   43e. IT                     VAUTRIN. E   3e. ZES

             Invent’Hair, bilan d’étape. L’année commence avec 900 salons inscrits à la devanture du chantier. Les 100 derniers ont été recueillis entre le 11 septembre 2011 et aujourd’hui, ce qui colle à peu près au rythme d’un salon par jour, la performance est toujours remarquable. Elle ne pourra être sans cesse renouvelée : les notuliens commencent à se marcher sur les pieds et l’on déplore de plus en plus fréquemment l’envoi de doublons qui sont logiquement refusés.

             Bilan géographique. Pas de nouveau pays à signaler dans la dernière centaine. 91 salons français, 5 espagnols, 2 britanniques et 1 belge sont venus s’ajouter au corpus. On ne signale pas non plus de grand bouleversement au classement général, mais on remarque tout de même que la Belgique rejoint les Etats-Unis à la cinquième place. Comme pour la dernière centaine, on note 15 régions françaises sur 26 en progression avec un trio de pointe constitué de l’Île-de-France (+ 21), le Languedoc-Roussillon (+ 19) et Rhône-Alpes (+ 18). Ces trois régions occupaient les mêmes positions lors du bilan précédent et se retrouvent logiquement en tête du classement général où Rhône-Alpes ne devance désormais l’Île-de-France que d’une unité (134 salons contre 133). Un département fait son entrée dans l’Invent’Hair, celui des Landes. Hors Paris, l’Hérault (+ 9), l’Ardèche et le Gard (+ 7) connaissent la progression la plus forte. Le classement général ne bouge pas beaucoup, Paris reste hors d’atteinte (113) pour le Rhône (69) et les Vosges (50) qui repassent devant les Pyrénées-Orientales (49). 38 nouvelles communes apparaissent dans le chantier. Saluons notamment l’entrée tonitruante d’Alès qui inscrit 4 salons d’un seul coup (de ciseaux), soit autant que Lyon mais bien moins que Paris (16), ce qui lui permet d’atteindre d’emblée la 24e place sur 474 communes répertoriées. Paris que l’on retrouve logiquement en tête (113), devant les mêmes poursuivants, à savoir Lyon (38), Nancy (16), Epinal (14) et Barcelone (12) au général. Il faut aller un peu plus bas pour voir de grosses villes gagner des places, Nantes et Toulouse qui rattrapent, entre autres, Marseille avec 6 salons (+ 2), ce qui les porte au 11e rang du classement.

  Bilan humain. Nos deux champions, Marc-Gabriel Malfant (+ 43) et Pierre Cohen-Hadria (+ 19) sont une nouvelle fois à l’honneur dans les cent dernières photos. Leur constance remarquable ne doit cependant pas laisser dans l’ombre la belle performance de Bernard Bretonnière (+ 8) et celle, honorable, de François Golfier (+ 4). Les autres ramassent les miettes mais remarquons tout de même l’apparition de 6 nouveaux photographes qui portent le nombre total de contributeurs à 113. Classement général : Marc-Gabriel Malfant est bien sûr en tête (242), devant le notulographe (112), Pierre Cohen-Hadria (88), Benoît Howson (43), Philippe de Jonckheere (36).

                                                  Etude thématique. Il sera question, à l’occasion de ce bilan, de prénoms. Les prénoms ont souvent été la seule manière de désigner un salon d’une façon un tant soit peu fantaisiste. C’était l’époque du Salon Gisèle et de Chez Claude et Jean-Marie. Les prénoms sont encore fréquents dans les enseignes mais de façon plus sophistiquée, avec, pour les insérer dans un jeu de mots, des orthographes transformées, des apocopes, des aphérèses, des apostrophes que nous avons éliminées dans la liste qui suit et qui content les prénoms originels reconstitués. Sont privilégiés bien sûr les prénoms contenant une syllabe pouvant se transformer en Hair (Jennifer) où auxquels on peut adjoindre la syllabe en question (Mylène-Hair). Le prénom le plus répandu, de par le signifié capillaire de sa syllabe d’attaque, est Nathalie, dont on compte 7 occurrences, suivi de Tiffany (4), France (grâce à Hair France), Sam(uel ?), Betty, Jade, Jennifer, Angel (3), d’Annie, Sophie, Cybèle, Philippe, Chris, Mylène, Aline et de l’inattendu Fabrice (2). Suivent, en vrac : Stella, Jean-Robert, Oliver, Denise, Marine, Esther, Cathy, Maurice, Déodat, Caroline, Sophie, Isabelle, Sandrine, Pilar, Lorena, Eric, Christophe, Gisèle, Robert, Eve, Arman, Mireia, Marco, Jean-Claude, Annabelle, Hermès, Pierre, Jésus, Anne, Victorio, Victoria, Lana, Todd, Giovanna, Mel(vin ?), Jeff, Shana, Laetitia, Harmony, Frantz, Jack, Carl, Tom, Mélodie, Isabelle, Noé, Marie, Emilie, Céline, Samson (et Dalila), Pat, Emmanuelle, Mitch, Anthony, Axel, Rosy et Séverine (1). 74 prénoms au total. Si un jour nous venait l’idée – et comment cacher plus longtemps le fait que nous l’avons déjà caressée – de confectionner un « Calendrier du Coiffeur » dans lequel chaque jour serait placé sous le patronage d’un(e) saint(e) présent(e) dans une enseigne, nous serions à la moitié du troisième mois.

L’Invent’Hair perd ses poils.

impéra'tif, lausanne, 519 (2)  Impératif Paris 519

Lausanne (Suisse), photo de Nelly Membré, 22 juillet 2008 / Paris, avenue Ledru-Rollin, photo de Pierre Cohen-Hadria, 15 juin 2011

Poil et plume. « Quelquefois les coiffures montent insensiblement; et une révolution les fait descendre tout à coup. Il a été un temps que leur hauteur immense mettait le visage d’une femme au milieu d’elle-même : dans un autre, c’était les pieds qui occupaient cette place; les talons faisaient un piédestal, qui les tenait en l’air. Qui pourrait le croire ? Les architectes ont été souvent obligés de hausser, de baisser et d’élargir leurs portes, selon que les parures des femmes exigeaient d’eux ce changement; et les règles de leur art ont été asservies à ces fantaisies. » (Montesquieu, Lettres persanes, Lettre 100)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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22 janvier 2012 – 520

DIMANCHE.

Lecture. Correspondance V – Janvier 1876 – mai 1880 (Gustave Flaubert, Gallimard, 2007, Bibliothèque de la Pléiade n° 539, édition établie, présentée et annotée par Jean Bruneau et Yvan Leclerc; 1566 p., 62 €€).

C’est la fin d’un travail éditorial gigantesque entrepris par Jean Bruneau en 1973, et même avant puisque cette date est celle de la parution du premier volume. Gigantesque et tuant : Bruneau est mort en 2003 et c’est Yvan Leclerc qui a pris son chantier en cours de route pour le mener à bien. Gigantesque et interminable : au fur et à mesure que les lettres étaient classées, annotées, éditées, d’autres surgissaient au gré des recherches, des découvertes, des ventes publiques et ce n’est pas fini. On en comptait, lors de la parution de ce dernier volume, 4273, il en existe davantage aujourd’hui sans doute. Et ne parlons pas du travail de lecture : j’ai entamé celle du premier volume, si j’en crois mes tablettes, le 2 janvier 1998 et l’oeuvre épistolaire du brave Tatave m’aura donc occupé, de façon sporadique bien sûr, une bonne quatorzaine d’années. Les cinq dernières années de Flaubert sont consacrées, sur le plan créatif, aux Trois contes et à Bouvard et Pécuchet. Pour les contes, ou du moins le premier d’entre eux, laissons la parole au Journal d’Edmond de Goncourt (1er septembre 1876) : « Flaubert racontait que pendant ces deux mois où il était resté chambré, la chaleur lui avait donné comme une ivresse de travail, et qu’il avait travaillé quinze heures tous les jours. Il se couchait à 4 heures du matin et s’étonnait de se trouver à sa table de travail quelquefois à 9 heures. Un bûchage coupé seulement de pleines eaux, le soir  dans la Seine. Et le produit de ces neuf cents heures de travail est une nouvelle de trente pages. » A savoir, « Un coeur simple ». Et ce n’est pas exagéré puisque, si l’on suit la correspondance, Flaubert n’a pas passé deux mois sur ce conte, mais six (mars – août 1876). Pour Bouvard et Pécuchet, c’est encore pire puisque l’ambition encyclopédique de l’ouvrage oblige Flaubert à des recherches et à un travail de documentation abyssal. C’est une chose de savoir ce dernier roman inachevé, c’en est une autre de lire, c’est l’avant-avant-dernière lettre adressée à Maupassant : « Si la maison Charpentier ne me paye pas immédiatement ce qu’elle me doit […], Bouvard et Pécuchet iront ailleurs. » On est le 4 mai 1880, Flaubert mourra le 8. 1876-1880, c’est aussi la période de la reconnaissance. Flaubert est un personnage de la vie littéraire, de la vie mondaine aussi, d’où un nombre important de lettres « officielles » ou de circonstance dans lesquelles il fait preuve d’une flagornerie qui ne correspond pas à l’image de l’ours mal léché qu’il aime entretenir. Pour la sincérité, il faut voir les lettres à sa nièce Caroline, à ses vrais amis que sont Tourgueneff ou Edmond Laporte (avant la brouille). Pour le monde littéraire, voir les liens ambigus qu’il entretient avec ses illustres contemporains, Zola, Daudet, Goncourt, qu’il admire quand il s’adresse directement à l’un d’eux et dézingue quand il écrit sur eux à quelqu’un d’autre. Plus les relations tempétueuses avec les éditeurs, les menaces de ruine, les soucis du quotidien, les rendez-vous, les visites. Comme toute correspondance, celle de Flaubert n’est pas toujours palpitante à suivre. Il y a des tunnels, des répétitions quand il s’agit d’apprendre la même nouvelle à plusieurs correspondants mais on tombe assez fréquemment sur une pépite comme ici, quand il s’essaie au style rabelaisien (à sa nièce Caroline, 7 août 1876) : « Tout à l’heure, je vais aller m’esbattre comme un triton dans les ondes de la Séquane, où nageant ores sur le ventre, ores sur le dos, emmy les nefs, à la marge des isles bordées de feuillages, je cuyde ressembler aux dieux marins des tapisseries de haute lisse. Puis, m’estant fait revestir par ung mien valet, prendrai-je ung potaige et viandes substantielles, n’oultrepassant le réconfort nécessaire que ie alambyquerai en mon estomach à l’aide de caouë et petun, avec tout petit de alcool des Arabes, – tellement, qu’en pleine teneur de mes esprits animaux, me remettray-je à la forge, dans ma librairie, iusques au lever du soleil, comme ung alquimiste, me pollicitant la palme de langaige françoys, si ie adviens à couler la vraie nature des choses dans un moule ciceronian. »

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Un monde sans fin de Ken Follett au Livre de Poche (2010).

MERCREDI.

Maison éclusier 520  Ecluse Chatel 520

Gravats 520  Jardin 520

                  Histoire du petit but (suite). Le début, c’était en novembre 2007. Le 18, notules 327 pour ceux qui veulent s’y reporter. On se souvient peut-être de la maison de l’éclusier à Nomexy, Vosges, et du petit but au fond du jardin. Je continue à passer devant tous les jours. Hier, stupeur, plus de maison. Une pelleteuse, un tas de gravats. On ne se soucie pas trop d’archéologie industrielle par ici. Tout ce qui pourrait montrer qu’un jour des gens ont travaillé dans cette vallée est voué à la destruction : usine, cheminée, gare, écluse, cités, tout s’en va. Lundi, j’aurais peut-être pu assister à la démolition en direct mais lundi je ne suis pas venu, nous étions en diabétologie avec Lucie, à Nancy. Aujourd’hui, j’ai pensé à prendre l’appareil photo. J’ai franchi le grillage, chantier interdit au public, je suis monté sur le tas de décombres, ai failli me casser la margoulette et m’empaler sur une ferraille. Je suis descendu dans le jardin qui n’est plus qu’un amas d’herbes folles. Le petit but est toujours là. Il n’est pas bien vaillant, la transversale est tombée mais il est là. J’ai repensé aux deux mômes, leur passé n’a pas été démoli, il en reste un morceau, il tiendra, nous y veillerons. J’ai toujours rêvé d’être gardien de but.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Pas de veine avec le pendu de Léo Malet dans un volume Bouquins (Robert Laffont, 2005).

Lecture. Betty (Arnaldur Indridason, Forlagid, 2003 pour l’édition originale, Métailié Noir/Bibliothèque nordique, 2011 pour la traduction française, traduit de l’islandais par Patrick Guelpa; 208 p., 18 €€).

Il y avait un trou dans les aventures du commissaire Erlendur qui se succèdent au rythme d’un volume par an. 2001, La Femme en vert, 2002, La Voix, 2004, L’Homme du lac. On sait désormais ce qu’a fait le roi du polar islandais en 2003 : un petit roman en parallèle, dans lequel Erlendur fait tout de même une courte apparition. La crainte était que Métailié racle les fonds de tiroir et nous livre une aventure secondaire histoire de patienter mais ce n’est pas le cas. Bien sûr, c’est un peu étiré, une nouvelle aurait peut-être été suffisante pour contenir l’intrigue qui se déroule ici mais c’est une bonne histoire de manipulation avec une femme fatale aux commandes. C’est sa victime qui mène le récit et le temps de quelques chapitres, au début, on n’est pas très loin de Modiano. Ce qui n’est pas peu dire.

SAMEDI.

Vie parisienne. J’entreprends aujourd’hui un voyage en grande Perecquie en trois stations, rue Linné, à la bibliothèque de l’Arsenal pour l’Assemblée générale de l’Association Georges Perec et dans un bistrot mitoyen où j’en apprends moins sur Perec que sur Modiano grâce à la responsable du récent Cahier de l’Herne consacré à ce dernier.

L’Invent’Hair perd ses poils.

Element Hair Bastia 520

Bastia (Haute-Corse), photo d’Yves Lambert, 30 avril 2008

MARDI.

Brève de dur. Ce matin, dans le 7 heures 38, conversation entre deux lycéennes.

« J’aime pas le train.

– T’aimes pas les trains, t’aimes pas les gens, t’aimes rien, toi !

– T’as tout compris. »

En feuilletant Livres Hebdo. Marie Céline Moatty, Mayotte, l’île aux sourires (Orphie, 2011). Si l’on ajoute un lipogramme en E à l’anagramme, c’était un nom d’auteur tout à fait prédestiné.

MERCREDI.

Lecture. La Prisonnière (Marcel Proust, Gallimard, 1923, rééd. Gallimard, A la recherche du temps perdu III, Bibliothèque de la Pléiade n° 102, édition établie et présentée par Pierre Clarac et André Ferré, 1954; 1342 p., s.p.m.).

On bascule ici dans la partie posthume de la Recherche. Proust n’a eu le temps de relire et corriger ce texte que partiellement avant sa mort, ce qui n’autorise qu’une version reconstituée à partir de différents états du manuscrit. On imagine les affres des responsables de l’édition face aux incessantes corrections et aux nombreux becquets qui truffent les copies successives. On en voit la trace dans les notes, bien sûr, mais aussi dans certains passages qui sont donnés en ajouts de bas de page, et dans certaines incongruités comme l’annonce de la mort de Mme de Villeparisis qui réapparaîtra bien vivante dans le volume suivant. La problématique sexuelle est devenue envahissante avec les personnages d’Albertine et de Charlus qui poursuivent le fil de Sodome et Gomorrhe. Le mouvement de balancier, inauguré avec les côtés de Méséglise et de Guermantes, attient ici son paroxysme : le geôlier est prisonnier de sa captive, l’art est-il préférable à la vie, vaut-il mieux « voir l’univers avec les yeux d’un autre » ou partir pour Venise, etc. Le narrateur est sans cesse partagé, n’épousant une opinion que pour se soumettre plus loin à son contraire. Et c’est ce qui rend Proust si humain, ce qui me le rend si proche : cette absence de certitudes, cette perpétuelle indécision, la misère de ce Narrateur sans cesse ballotté, influencé, instrumentalisé, dont la prise sur le monde extérieur et sur les êtres qui le peuplent n’est qu’illusion. Je l’ai déjà dit cent fois, Proust a tout compris, nous sommes tous de petits Marcel ayant un jour éprouvé ce qu’il ressent sans pouvoir forcément le mettre en mots. Et, c’est là l’exploit, le côté exceptionnel de l’aventure, Proust nous fait découvrir cela en relatant la vie d’un personnage qui mène une vie à cent lieues de celle que nous vivons.

VENDREDI.

Entrevue. Les notules et les différents chantiers qu’elles présentent attirent parfois l’attention de journalistes qui me contactent pour en savoir plus. D’ordinaire, bien que ce soit pour la presse écrite, c’est par voie électronique que l’on me questionne et que je réponds. Aujourd’hui, paradoxe, une journaliste qui travaille pour une publication électronique a fait le déplacement pour me rencontrer et m’interroger. Une heure d’entretien au Q.G. du notulographe, le bistrot d’en face. C’est beaucoup plus difficile qu’à l’écrit. Je connais les questions, pourquoi les monuments aux morts, qu’est-ce qui vous a donné l’idée de l’Invent’Hair, tout ça, mais je n’ai pas de réponses, je n’en sais rien, alors il faut faire comme si. Quant à la séance photos, n’en parlons pas. J’en sors lessivé et assez fâché contre moi-même d’avoir laissé paraître tant de vacuité.

Le cabinet de curiosités du notulographe. De la misère de l’orthographe en milieu commercial : Paris, photo de Pierre Cohen-Hadria, Epinal (Vosges) photo de l’auteur.

Travaux annuelle 520  Fermeture définitif 520

SAMEDI.

Lecture. Temps Noir n° 13 (Éditions Joseph K., mars 2010; 304 p., 16 €€).

Un menu copieux comme d’habitude pour cette revue toujours vaillante dans un domaine où les publications sont souvent éphémères. Le gros morceau concerne les auteurs français de la Série Noire, ceux du début qui sont venus, timidement d’abord, donner une autre couleur à un catalogue purement américain à l’origine. Le premier roman français, La mort et l’ange, est dû au Breton Serge Arcouët rebaptisé pour l’occasion Terry Stewart, et il apparaît tout de même dès le n° 18. Suivent Jean (dit John) Amila dont la revue donne aussi l’intégralité d’une pièce théâtrale absolument impossible à suivre (Nous avons les mains rouges), Yvan Dailly, André Piljean, Albert Simonin et Marcel Le Chaps pour la période 1948-1953. A déguster aussi une correspondance courtoise mais féroce entre Pierre Véry et son éditeur belge Auguste Maréchal, le premier souhaitant récupérer les titres qu’il a imprudemment confiés au second qui ne les exploite pas de façon suffisante : « Mais il faut vivre – tous les jours, – et la vérité m’oblige à dire que s’il n’y avait que les éditeurs pour me permettre de vivre, j’occuperais depuis belle lurette une gentille couchette au cimetière ! ». Lettres précieuses aussi, celles que Jim Thompson adressa à Jean-Claude Zylberstein au moment où celui-ci s’était mis en tête de publier ses inédits. On goûtera particulièrement ce passage qui montre que Jim Thompson n’avait rien d’un archiviste attaché à sa propre gloire : « Il se trouve que j’ai fait des recherches dans le petit stock de mes ouvrages – j’ai un nouvel agent ici à Hollywood et j’avais besoin de lui en fournir certains afin qu’il les présente à des studios de cinéma – et je suis tombé sur trois exemplaires d’un roman que j’ignorais avoir en ma possession. J’ai toujours aimé ce livre et je n’avais jamais compris pourquoi il ne s’était pas mieux vendu aux Etats-Unis. Son titre : The Grifters. » Qui deviendra Les Arnaqueurs.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 décembre 2010. 74 km. (14315 km).

Esley panneau 520

183 habitants

Une esplanade entourée de buis bas surplombe la rue qui mène à l’église. Elle est dominée par une stèle de pierre blonde ornée de bas-reliefs représentants des armes, des casques, des palmes et des décorations. Ce qui reste de la gerbe du 11 novembre provient de Rêverie Fleurs à Vittel.

Esley monument 520

   Face :

BAGUET Abel

GEORGEOT Henri

CHOLE Henri

POIROT Adrien

BAGUET Joseph

THOUVENEL Charles

BAGUET Nicolas

NOIRTIN Maurice

FOURNIER Pierre

MIDENET Aimé

NOIRTIN Joseph

NOIRIEL Ernest S OF

DIDELOT André S OF

PIERROT Jules

LASSAUSSE Alfred

EVRARD Eugène

Esley

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

Droite :

1939-1945

WEBERT Marcel

CLEANTIS Had

LASSAUSSE Pierre

NOIRTIN Jean-Maurice

CABLE Raymond

Esley

A la mémoire du

Général Leclerc

1947

Pendant que je recopie les noms, la neige n’’arrête pas de tomber. A un point tel qu’’une fois sorti du village j’’aurai du mal à retrouver la route. Je ne parle pas de la direction mais de la route au sens matériel, qui ne se différencie plus des prés qui la bordent. Finalement, je ne retrouve pas la direction non plus et me perds un peu avant de regagner l’’axe Vittel – Epinal. L’’IPAD devient un sport de l’’extrême.

L’Invent’Hair perd ses poils.

Boite à tifs Ussel 520                  Boite à tifs Cluny 520

Ussel (Corrèze), photo de l’auteur, 7 août 2008                              Cluny (Saône-et-Loire), photo de Benoît Howson, 19 avril 2010

Poil et plume. « Je vous envoie une mèche de mes cheveux, ceux que je me fais à cause de vous. » (Antoine Blondin, Un singe en hiver).

Bon dimanche,

Philippe DIDION

________________________________________________________________________________

DIMANCHE.

Lecture. Concerto pour l’étrangleur (Strangler’s Serenade, William Irish, 1951 pour la version originale; Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 284, 1956; rééd. coll. Omnibus, vol. « Noir c’est noir », 1993; traduit de l’américain par F. de Bardy; 1016 p., 135 F).

Le policier Prescott débarque sur une île du Massachusetts. Il est là pour se reposer après un séjour à l’hôpital, mais les meurtres commis pour saluer son arrivée ne vont pas le laisser indifférent ni inactif. Il est surprenant de trouver ce point de départ et ce schéma sous la plume de William Irish. Plutôt tourné habituellement vers les intrigues urbaines à dominante noire, le voilà occupé à un roman d’inspiration rurale assez léger en dépit des morts violentes qui le parsèment. C’est une sorte d’exercice de style, avec un petit air de « Hercule Poirot dans l’île », dont il se tire avec brio et parfois avec humour, une parenthèse dans l’oeuvre. On lit cela avec plaisir mais on préfère tout de même le William Irish traditionnel.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lolita de Nabokov en Folio, lu par une jeune fille qui n’a pas l’air beaucoup plus âgée que l’héroïne.

Vie professionnelle (et la suite). On joue les prolongations ce soir au collège où nous sommes invités à réfléchir sur des démarches destinées à favoriser l’autonomie des élèves. Ce qui se soldera par une accumulation de béquilles, emplâtres, rambardes et autre garde-fous marqués certes au coin du bon sens mais qui me semblent aller dans le sens inverse de l’autonomie recherchée. Je pensais qu’être autonome consistait à se dépatouiller tout seul mais je me garde bien de le dire, je ne tiens pas à rater le 20 heures 03. Je rentre bien ennuité, Claude Daubercies a appelé, je le rappelle après mes agapes et au milieu des siennes, il m’annonce l’envoi de son dernier livre, toujours aimable, chaleureux et bienveillant pour mes petites écritures. Plus le temps de regarder un long film, je me contenterai d’un court métrage avec Laurel et Hardy avant de me mettre enfin au travail, au vrai, et il y en a : réponses aux demandes d’abonnement, traitement des dernières informations pour le Bulletin Perec, épluchage de Livres Hebdo pour envoyer à Jean-Jacques Lefrère la liste des ouvrages à commander en vue d’une éventuelle chronique dans Histoires littéraires, écritures diverses jusqu’au coucher tardif. Le sommeil ne viendra qu’aux petites heures du matin, je constate qu’il n’est jamais bon de passer ainsi directement de la plume au plumard.

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Le guide des huiles essentielles pour vaincre vos problèmes de santé de Jean-Pierre Willem (LMV, 2004).

JEUDI.

Lecture en cours. Le troisième volume des Carnets de notes de Pierre Bergounioux est sorti. Il est acheté. Il est ouvert et je ne lâche plus. Pendant les jours qui viennent, je suis aux abonnés absents. Do not disturb. Le seul visage que j’offrirai à mes contemporains sera celui d’un rectangle jaune. Aujourd’hui, au boulot, j’ai même réussi à abattre une cinquantaine de pages à la faveur d’une conjoncture favorable faite de cours qui roulent tout seuls et d’une opportune absence de copies à corriger. En errant dans les couloirs avec ma brique jonquille sous le bras, j’ai l’impression qu’arrivé au soir de mes jours, j’aurai passé la moitié de mon temps à lire et l’autre moitié à chercher un coin tranquille pour le faire en paix.

01 lecture bergounioux, 521

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Un petit tour du côté des aptonymes. Celui-ci, imparfait sur le plan de l’orthographe, exerce à Aubusson (Creuse), photo de l’auteur, 4 août 2010.

adant, aubusson, 521 (2)

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 20 décembre 2010. 74 km. (14389 km).

essegney, 521

622 habitants

Ceint d’une grille métallique, le monument est en contrebas de l’’église. On aperçoit sur le côté de celle-ci un morceau de la crèche installée à l’’extérieur (la Vierge en robe bleue). C’’est une stèle de pierre polie grise à deux étages ornée d’’une palme dorée. La neige recouvre la gerbe du 11 novembre dont on peut encore voir un morceau du ruban tricolore.

essegney monument, 521

Face :

A nos héros

Morts pour la France

1914-1918

1939-1945

La commune d’’Essegney reconnaissante

Droite :

EGLEZ Paul Cal

BERTAUD Abel Mal des Lis

BAPTISTE Jules

ROUGEL Achille

VUILLAUME Léon

THIESSELIN Henri

FEVE Auguste

DUPRE Camille

MAGUIN Jean

D’HONNEUR André

FOLLOT René

Gauche :

QUEUCHE Paul Snt

SUZAINE René Cal

FOURNIER Charles

VUIDART Edouard

NOEL Albert Cal

LARCHER Gaston

MATHIEU Albert

JACQUOT Georges

REMY Marcel

THOUVENIN Abel

L’Invent’Hair perd ses poils.

l'hair marin, saint-gildas-de-rhuys, 521 (2)

Saint-Gildas-de-Rhuys (Morbihan), photo de Cécile Carret, 13 août 2008

hairmarin, lacanau, 521

Lacanau (Gironde), photo d’Elisabeth Chamontin, 8 juin 2010

Rappelons, pour l’occasion, que les notules ont déjà présenté deux Hair Marin (Dieppe et Saint-Cast) et un Hair Marine (Paris) dans les numéros 368, 477 et 490.

Poil et plume. « Le téléphone a sonné à six heures moins dix de l’après-midi. C’était l’hôpital de Brive. J’ai mis une seconde à comprendre. La dame, au fort accent du cru, m’a dit tout de suite qu’elle me passait Mam. Il y a eu, pendant quelques secondes, cette musique qu’on passe aux gens qu’on fait patienter puis j’ai entendu la voix altérée de Mam. Elle a eu un malaise cardiaque, à onze heures, chez la coiffeuse. » (Pierre Bergounioux, Carnet de notes 2001-2010)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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