Janvier 2013

6 janvier 2013 – 563

LUNDI.

Lecture. Splendeur et Misères de René Fallet (Jean-Paul Liégeois, Denoël, 1978; 258 p., 58 F).

« Entretiens et témoignages »

Relecture commandée par la préparation d’un article sur Fallet destiné à Histoires littéraires.

MARDI.

Lecture. L’Exploit (Vladimir Nabokov, Podvig, version russe, 1932; Glory, version américaine, 1971; traduit de l’anglais par Maurice Couturier, Julliard 1981, révision de la traduction par Yvonne Couturier et le traducteur in « Oeuvres romanesques complètes » I, Gallimard 1999, Bibliothèque de la Pléiade n° 461; 1732 p.).

Comme bon nombre de classiques, Nabokov impressionne. Sa valse en trois langues, ses papillons, les deux énormes tomes de sa biographie par Brian Boyd, son ton sans réplique quand il s’agit de commenter son oeuvre, tout cela donne l’image d’un auteur peu facile d’accès. Et pourtant, ses romans, du moins dans la période russe qui est la seule que je connais, sont d’une fluidité parfaite et d’une lecture facile et stimulante. L’Exploit est peut-être un peu moins riche sur le plan événementiel que La Défense Loujine ou Roi, dame, valet mais se situe bien dans la lignée des oeuvres précédentes. On y suit la formation intellectuelle et sentimentale d’un jeune Russe, Martin, chassé de son pays par la Révolution et qui décide d’y retourner clandestinement par défi, par désir de faire quelque chose de sa vie. Avant d’entreprendre ce voyage, on l’accompagne de Yalta à Berlin, en passant par Athènes, Cambridge et le sud de la France. Nabokov a utilisé les éléments de son parcours personnel pour illustrer la vie d’un personnage qui ne lui ressemble pas vraiment mais qui est une des formes qu’il aurait pu connaître. Les romans russes de Nabokov peuvent ainsi se lire comme autant d’autobiographies possibles, autant d’itinéraires différents qui passent par les mêmes étapes imposées par l’exil mais aux variations multiples et, encore une fois, extrêmement plaisantes à suivre.

Bilan annuel 2012.

* 113 livres lus (- 16 par rapport à 2011)

* 240 films vus (- 64)

* 379 abonnés aux notules version électronique, sans oublier les irréductibles abonnés papier de l’Aveyron (+ 20)

* 51827 visites sur la page d’accueil du site des notules (+ 2088)

Ces deux derniers chiffres appellent quelques commentaires. Il est en effet étonnant de voir que, pendant l’année écoulée, le nombre de notuliens a encore crû alors que le site dédié aux notules, qui était le principal vecteur d’abonnement, a cessé d’être alimenté depuis le 1er janvier dernier. Site qui continue de recevoir quelques dizaines de visites par semaine, provenant d’internautes sans doute égarés. Ces faits sont rassurants, pour moi tout au moins, car ils montrent que l’aventure peut continuer avec un public fidèle, et même, contre toute attente, en légère expansion. Je ne lâcherai donc pas la barre de cette coque de noix, qui est devenue pratiquement le seul lien que je conserve avec Internet. Je suis devenu un internaute du dimanche, comme il y a quelques années j’étais devenu un automobiliste du dimanche. Si je me mettais à téléphoner, je serais un téléphoneur du dimanche. C’est le dimanche que je prends l’auto pour aller monumenter et que je me connecte pour notuler, consulter les messages arrivés et en envoyer quelques-uns. Le reste du temps, je marche, j’envoie des lettres et je suis injoignable. Ceci me permet de conserver à Internet le côté magique qu’il avait à ses débuts, à l’époque où l’attente de la connexion se faisait sur fond de bruits de siphon récalcitrant, sans avoir à subir ses contraintes et de consacrer mon temps à d’autres activités qui me siéent d’avantage.

En ce qui concerne les chantiers littéraires :

* 5157 Souvenirs quotidiens notés (+ 366, le compte est bon)

* 431 volumes étudiés dans L’Atlas de la Série Noire (+ 19)

* 252 communes visitées (+ 42) de Ableuvenettes (Les) à Houssière (La) dans le cadre de L’Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental

* 205 photos de Bars clos commentées (+ 19)

* 1015 tableaux commentés dans la Mémoire louvrière (+ 131)

                                      * 348 publicités murales peintes photographiées (+ 34)

* 459 numéros de téléphone récoltés dans des films en vue d’un travail à venir (+ 24)

* 1334 photographies de salons de coiffure pour l’Invent’Hair (+ 439)

                                      * 149 frontons d’école photographiés pour un Aperçu d’épigraphie républicaine (+ 17)

* 62 Lieux où j’ai dormi retrouvés ou ajoutés et photographiés (+ 9)

                                      Parutions :

* Bulletin Flaubert n° 129

* Bulletin de l’Association Georges Perec n° 60 & 61

* Notes de lecture et article « Perec et les petits papiers » dans la revue Histoires littéraires n° 44-45-46-47

* Les Refusés n° 14

 

Revue de presse :

* Laurent Margantin, « Philippe Didion extraterrestre du Web littéraire », Carnets d’outre web, 10 janvier 2012.

* Sites Lecture / Ecriture, BiblioBabil, Le carnet de Jimidi, L’Oreille tendue, Fragments lointains…

           2013. Et c’est parti pour une nouvelle année pleine de trouvailles, de découvertes, d’innovations, de changements, d’audace et de nouveauté. Pour commencer, je regarde Le Corniaud à la télévision.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Département du Gard (France), photo d’Anne-Marie Emery, 14 avril 2012.

ruelle principale, gard, émery, 563

SAMEDI.

IPAD. 13 novembre 2011. 34 km. (17772 km).

girecourt-sur-durbion, 563

310 habitants

   Le temps est gris, froid et moche. Le monument, simple stèle posée sur le côté de l’’église, est à son image. Les drapeaux du 11-novembre ont été retirés, s’’ils ont jamais été sortis, seule la gerbe de fleurs donne un peu de couleur.

girecourt-sur-durbion monument, 563

   Face :

ANDRE Emile

BRIGNON Hubert

BRIGNON Lucien

CLOSSE Jean

CUNY Léon

GEHIN Edmond

GERARD René

LAGRUE René

LEMARQUIS Charles

LEONARD Henri

MARY Louis

MOREL Emile

MOUGIN Joseph

NEYRAT Barthélémy

RIVOT Adolphe

ROUSSEL Charles

THIEBAUT Paul

Guerre 1914-1918

Commune de Girecourt

A ses enfants

Morts pour la France

    Gauche :

Guerre 1939-1945

Victimes civiles

BAROTTE Jean

TRIBOULOT Michel

    L’’église est ouverte et contient, sur le mur de droite, une plaque due à la paroisse, sous une statue de Jeanne d’’Arc.

girecourt-sur-durbion église, 563

   12 noms y figurent, cinq de moins que sur le monument extérieur : Henri Léonard, Joseph Mougin, Barthélémy Neyrat, Adolphe Rivot et Paul Thiébaut n’’apparaissent pas. Les victimes sont rangées selon la date de leur mort, du 7 novembre 1914 à 1919. On donne également le lieu où elles sont tombées et leurs régiments d’’origine, ce qui permet de comptabiliser 3 chasseurs à pied, 3 fantassins, 3 artilleurs, 2 territoriaux et un aviateur. La liste est soulignée par l’’inscription suivante :

Ils sont la gloire de notre paroisse

Vénérons leur souvenir et prions pour leurs âmes

Mr l’’abbé Bédon

   Dans le cimetière qui entoure l’’église, la tombe de l’’abbé Bédon est la première sur la gauche. On apprend qu’’il fut curé de la paroisse de 1907 à 1944.

L’Invent’Hair perd ses poils.

hair du temps, paris, 563  hair du temps, paris, rue faidherbe, 563

Paris, avenue Félix-Faure, photo de Pierre Cohen-Hadria, 29 novembre 2008 / Paris, rue Faidherbe, photo du même, 9 mai 2011

Poil et plume. « Cette nuit j’ai trouvé le titre de ma chronique du Canard et je me suis relevé pour la noter. Je le trouve bon et dans la note : « Le plat à barbe ». Ce serait donc un coiffeur, être qui voit du monde, qui serait censé parler de ce qui l’indigne ou le met en joie. Soumettre l’idée à Tréno demain. » (René Fallet, Carnets de jeunesse, 20 juillet 1947)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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  20 janvier 2013 – 564

DIMANCHE.

Football. SA Epinal – Olympique Lyonnais 3 – 3, Epinal vainqueur aux tirs au but. Pour être franc, je n’ai jamais été fou de la Coupe de France. Et moins que jamais des commentaires qui accompagnent régulièrement la sortie d’un gros par un petit : la glorification des humbles, les épopées des David croqueurs de Goliath (Calais, Carquefou, Quevilly…), les exploits des mangeurs de raves face aux culs dorés des grands clubs qui tendent à nous faire croire à l’existence d’un football pur et sain opposé à l’air vicié des cimes. Le football est le même à tous les étages de sa hiérarchie et ses acteurs, joueurs, entraîneurs, dirigeants, ne possèdent pas un niveau de sainteté inversement proportionnel au rang qu’ils occupent dans celle-ci. Seulement là, quand ça se déroule sous mes yeux et dans mon jardin, j’avoue que je ne boude pas mon plaisir et que je suis bien heureux d’avoir vu ça.

LUNDI.

Lecture. L’Indien blanc (Kindness Goes Unpunished, Craig Johnson, 2007 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. Noire, 2011 pour l’édition française, traduit de l’américain par Sophie Aslanides; 296 p., 23 €€).

Les auteurs de polars qui choisissent de se consacrer à un personnage récurrent éprouvent tous un jour ou l’autre le besoin de faire sortir leur héros de son cadre habituel. Simenon a envoyé Maigret dans tous les azimuts, Nestor Burma a traîné son trench coat en province, Michel Connelly a envoyé Harry Bosch à Hong-Kong, le commissaire Adamsberg, de Fred Vargas, a enquêté au Québec et en Normandie et l’inspecteur Wallander, un sédentaire s’il en fut, s’est un beau jour retrouvé à Riga. On n’est donc pas surpris de voir ici Walt Longmire quitter son Wyoming d’élection pour aller exercer ses talents à Philadelphie, même si cette expatriation est très précoce : on n’en est qu’au troisième volet de la série et déjà Craig Johnson éprouve le besoin de changer de cadre, comme s’il avait déjà fait le tour de son comté d’Absaroka. Seulement, l’auteur n’a fait que déplacer en milieu urbain les défauts qui empêchaient d’apprécier pleinement ses histoires rurales : la bonne conscience pro-indienne de son personnage, ses dialogues elliptiques et son goût pour les scènes d’action embrouillées impossibles à suivre. Le tout au service d’une histoire invraisemblable, obscure à souhait, dont on ne retirera que quelques scènes émouvantes entre le shérif et sa fille. Ce qui est bien maigre pour consentir à persévérer avec un auteur qui semble peu à peu se noyer dans le talent qu’il avait laissé apparaître à ses débuts.

MERCREDI.

Lecture. Artaud Rimbur (Jean-Pierre Verheggen, ELA / La Différence, 1990, rééd. in Gallimard, coll. Poésie n° 356, 2001; 216 p., s.p.m.).

J’étais venu chercher Rimbaud, mais c’est en fait d’Artaud que Verheggen a choisi de parler dans ce long poème. Quand on connaît son style, on comprend très bien qu’il ait été attiré par celui d’Antonin Artaud mais les deux se conjuguent en fait assez mal : en ajoutant l’outrance à l’outrance, le délire au délire, Verheggen fait en quelque sorte de l’Artaud au carré qui, avec son abondance d’exclamations et de jeux de mots plutôt médiocres par rapport à ceux qu’il créera dans ses recueils futurs, devient vite indigeste. Ce qui n’enlève rien à la sincérité de l’hommage rendu à l’homme et à sa poésie.

Vie orale. Je récupère ma voix, un rien abîmée par le match de dimanche.

VENDREDI.

 Lecture. Un homme libre (Maurice Barrès, première édition Perrin, 1889, rééd. in « Romans et voyages », Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Vital Rambaud, 1994; 1508 p., 179 F).

En 1889, Barrès entreprend de conjuguer vie politique et vie littéraire : il est élu député boulangiste et il publie la deuxième partie de son Culte du moi. Bonne chose : ce deuxième volet est moins illisible que le premier (Sous l’oeil des Barbares). Il comprend des parties narratives qui permettent de faire passer la pilule idéologique, celle-ci comprenant cependant les mêmes ingrédients : il s’agit de forger son propre moi en tournant le dos aux maîtres (ici Benjamin Constant et Sainte-Beuve) et en pratiquant une méthode ainsi résumée : « Il faut sentir le plus possible en analysant le plus possible ». Soit.

SAMEDI.

Vie littéraire. Je prends le 9 heures 27 pour Paris. Je commence, sous la flotte, par un itinéraire Rimbaud que j’ai préparé en vue de prendre des photos mais c’est difficile. Si les rues sont toujours là, les numéros ont changé, des maisons ont disparu et à part l’Hôtel des Etrangers et l’Hôtel Cluny de la rue Victor-Cousin, c’est difficile de s’y retrouver. Il y a aussi l’adresse de Verlaine rue Nicolet mais ce sera pour une autre fois. Après une croûte rapide au Petit Cardinal, je me rends à la Bibliothèque de l’Arsenal où se tient l’assemblée annuelle de l’Association Georges Perec. Je suis élu au conseil d’administration. Quand je pense aux personnes que j’ai remplacées pour diverses tâches littéraires plus ou moins essentielles (Martin Winckler, François Caradec, aujourd’hui Bernard Magné), je ne peux m’empêcher de penser que le niveau baisse. Bernard Magné, on le retrouvera un peu plus tard, rue des Beaux-Arts pour un hommage au cours duquel ses proches évoqueront quelques souvenirs. J’apprends qu’il est mort de la « démence à corps de Lewy » : « Le nombre des maladies épouvante encore plus que le chiffre des étoiles » (Goncourt, Journal, 31 juillet 1866). C’est l’occasion de découvrir quelques facettes du bonhomme mais aussi, grâce à la présence de quelques-uns de ses fondateurs comme Eric Beaumatin, d’en savoir plus sur la genèse de l’association qui vient de fêter ses trente ans. Je m’éclipse au moment où l’on commence à s’échanger des private jokes qui réclament une intimité que je n’avais pas avec le disparu. Le SAS joue à Saint-Ouen contre le Red Star mais il est déjà tard pour un si long trajet.

DIMANCHE.

Vie parisienne. J’ai rendez-vous le matin avec Jean-Jacques Lefrère, qui m’éclairera sur quelques adresses rimbaldiennes, en un lieu proche de celui où vont converger, un peu plus tard, les manifestants contre le mariage pour tous. Déjà hier, dans le dur, je regardais les gens d’un air soupçonneux. Notamment une famille bleu marine avec des garçons en culottes courtes (il faisait 0° au départ) dont l’un se prénommait Calixte. Aujourd’hui, dans le métro, il n’y a plus de doute. Il est temps de rentrer au bercail avant d’être comptabilisé.

MARDI.

En feuilletant Livres Hebdo. Couaketa Lou Foque, La cuisine des péteuses et des péteurs : sur les effets merveilleux de ces exhalaisons et sur les devoirs indispensables de bien péter, Lacour-Ollé, 77 p., 16 €€.

JEUDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 47 (juillet-août-septembre 2011, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 192 p., 25 €€).

Le notulographe a l’immense honneur d’ouvrir cette livraison avec un texte intitulé « Histoire littéraire : attention pièges ! » qui n’est autre qu’une notule gonflée pour la circonstance. Voisinage prestigieux, c’est René Fallet qui prend la suite avec des extraits d’un Journal de A à Z, des pages écrites entre mars 1954 et mars 1965. On croyait avoir tous les écrits intimes de Fallet depuis la parution des trois volumes de Carnets de jeunesse mais apparemment Agathe Fallet en a encore dans ses tiroirs. Reste à savoir, et à espérer, qu’un éditeur se montrera un jour intéressé. On parle ensuite de Baudelaire, de Cézanne et de Georges Fourest dont les sonnets sont disséqués de main de maître par Paul Schneebeli, un habitué du Colloque des Invalides. Nelly Kaplan a confié à la revue quelques lettres reçues de Jacques Sternberg, Bruno Racine fait l’objet de l’entretien trimestriel et suivent les rubriques habituelles de Delfeil de Ton, de Jean-Paul Goujon (qui rappelle ce jugement de Picabia : « M. André Gide qui ne mange pas de choux à la crème mais les glisse négligemment dans sa poche où il les oublie et où ils redeviennent bientôt du caca illustré par Roger de la Fresnaye ») et de l’équipe entière de la revue réunie pour la critique des livres reçus, dans laquelle je m’intéresse à Antoine Blondin, à Roger Grenier et aux faits divers de Montmartre.

VENDREDI.

 Lecture. Dans le jardin de la bête (In the Garden of Beasts, Erik Larson, Crown Publishers, 2011 pour l’édition originale, Le Cherche Midi, 2012 pour l’édition française, traduit de l’américain par Edith Ochs; 648 p., 21 €€).

Erik Larson aimerait être pris pour un historien. Après un livre sur un tueur en série de Chicago situé en 1893, il raconte ici l’histoire de William E. Dodds qui fut ambassadeur des Etats-Unis à Berlin de 1933 à 1937. Une évocation de la montée en puissance d’Hitler et de ses sbires soigneusement documentée : les sources, multiples, sont précisément citées et recoupées et Larson s’enorgueillit du fait que « tout passage entre guillemets est extrait d’une lettre, d’un journal intime, de mémoires ou d’un autre document historique ». Et le fait est qu’il parvient à bien faire sentir les difficultés d’un homme qui n’est pas du sérail diplomatique et qui assiste, impuissant, à l’émergence d’un péril qui va prendre les dimensions que l’on sait. Coincé par les directives de son gouvernement qui ne souhaite pas s’opposer frontalement à une Allemagne qui est encore sa débitrice, il est plus témoin qu’acteur, à la différence de sa fille, autre personnage principal du livre, qui commence à fricoter avec les Nazis avant de devenir une espionne au service des Russes. Mais on comprend les libraires qui placent ce livre non pas dans la section histoire mais au milieu des autres polars du moment. L’éditeur a mis au point une jaquette illustrée dans le genre des couvertures que réalise Le Masque pour les livres de Philip Kerr, Philip Kerr qui sert d’ailleurs de caution en disant tout le bien qu’il pense du bouquin sur le revers de la jaquette. La quatrième de couverture parle d’un « superbe thriller politique et d’espionnage », ce que le livre n’est pas : c’est un collage scolaire d’événements et de citations au long duquel de molles anticipations du genre « mais vous n’avez pas encore tout vu » sont censées garder le lecteur en haleine. On se trouve donc face à un produit hybride, un peu l’équivalent de ce que les télévisions présentent sous le terme « docufiction » et qui ne satisfait ni les amateurs de documentaires, ni les amateurs de fiction. Et puis imagine-t-on un historien digne de ce nom clore son interminable liste de remerciements par un adieu « à Molly notre adorable et gentille chienne, qui a succombé à un cancer du foie à l’âge de dix ans » ?

Vie familiale. Lucie s’est envolée tout à l’heure pour le Danemark. Si tous les membres de ce foyer partageaient mon manque de passion pour les nouveaux modes de communication, nous en serions, pour être rassurés, à attendre l’arrivée d’une carte postale qu’elle n’écrirait jamais. Heureusement, par des voies qui me restent hermétiques, des messages arrivent et nous informent sur la bonne marche des opérations, notamment le passage de la douane qui, avec un barda d’aiguilles et de flacons d’insuline, effrayait un peu tout le monde.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Cayenne (Guyane), photo de Sylvie Mura, 17 février 2012.

cayenne, sylvie mura, 564

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 20 novembre 2011. 43 km. (17815 km).

girmont, 564

960 habitants

    Le monument, une stèle de granit rose ornée de décorations et d’’une palme, est situé sur une esplanade pavée, en contrebas de l’’église. Mais il n’’a pas toujours été à cet endroit : il est posé, avec les deux marches qui le soutenaient, sur un socle massif et récent. A l’’arrière, un drapeau. La gerbe rescapée du 11-novembre provient de la maison « Aux fleurs d’’Eloïse », à Thaon-les-Vosges.

girmont monument, 564

   Face :

A nos enfants

Morts pour la France

    Gauche :

JACQUES Constant

PERRIN René

LAGARDE Joseph

JACQUES Paul

CLAUDEL Gabriel

MASSON Henri

GARILLON Georges

MOUGEL Victor

REMY Louis

LAPOIRIE Henri

LAPOIRIE Alphonse

BROUILLIER Henri

PAPELIER Donat

LOUIS Georges

OCHS Edmond

PIERRE Auguste

BREYMANN Albert

JEANPIERRE Nicolas

VILLEMIN Paul

Aux victimes de la Guerre

1939-1945

JACQUEL Yvonne

JACQUEL Claude

THURIOT André

VALENCE Fernand

VILLAUME André

    Droite :

SEVRIN Auguste

MARCHANDOT Théophile

REMY Gabriel

THOMAS Alphonse

THOMAS Auguste

CLAUDEL Léon

NANCY Camille

LALLOUE Henri

CHARLOT Paul

GENAY Louis

PETITDEMANGE Louis

SERRIER Augustin

THOMAS André

COINCHELIN Paul

REMY Théophile

ANTOINE Marcel

MARTIN Charles

MATHIEU Alphonse

Aux victimes de la Guerre

1939-1945

AMBROISE Pierre

COLIN René

COSSERAT Paul

HOUOT René

LAGUIN Jean

A.F.N.

THIRIOT Charles

             L’Invent’Hair perd ses poils.

hair france, curiosité, 564  hair france, bruxelles, 564 (2)

La Baffe (Vosges), photo de Francis Pierre, 7 décembre 2008 / Bruxelles (Belgique), photo de Christophe Didion, 20 mai 2010

Poil et plume. « Empressons-nous d’ajouter à sa louange que c’était une noble ambition qui avait desséché le coiffeur. Il avait longtemps rêvé de s’illustrer par la découverte d’une pommade qui, tout à la fois, arrêtât la chute des cheveux et empêchât la carie des dents. Nous devons avouer qu’il n’avait pas encore réussi en ses recherches. Elles n’avaient abouti qu’à le rendre complètement chauve, car, en homme courageux, il avait expérimenté sur lui-même les produits successifs de ses efforts laborieux et stériles.

Et non seulement lui était chauve, mais son père, ses trois frères, une soeur, deux oncles et quatre cousins l’étaient aussi. Il avait obtenu de leur affection qu’ils prêtassent leur tête à ses essais, et il en était résulté qu’à eux tous ils n’avaient pu réunir assez de cheveux pour en faire une bague qu’ils avaient voulu offrir à Zuléma, quand elle devint Mme Paul, dit Ernest. » (Eugène Chavette, Aimé de son concierge)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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27 janvier 2016 – 565

DIMANCHE.

Lecture. Les Ecrivains : portraits intimes (textes de Gilles Martin-Chauffier, Glénat / Paris Match, 2012; 208 p., 30,50 €€).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). On a le temps ce matin, le 7 heures 38 reste à quai, une autre rame bloque la ligne un peu plus loin, victime du froid. Des lycéens boivent du Red Bull, ils seront en retard mais ils seront en forme. Ma voisine lit Le Bleu de la nuit de Joan Didion (Grasset, 2013). Je résiste à l’envie de lui sortir ma carte d’identité et de lui dire que l’auteur est, j’ai vu des photos, ma grand-mère. J’aime beaucoup Joan Didion. Pas vraiment sa littérature, j’ai lu un de ses livres par curiosité et ça ne m’a pas laissé un souvenir impérissable mais j’aime voir la considération dont elle semble entourée. J’aime surtout, ne le cachons pas, lire des articles où l’on parle d’elle sans mentionner son prénom. Des phrases comme « le style de Didion est inimitable » ou « Didion bâtit peu à peu une oeuvre qui fera date dans le monde des lettres » me transportent aux nues.

MARDI.

Lecture. La plus vieille énigme de l’Humanité (Bertrand David, Jean-Jacques Lefrère, Fayard, 2013; 180 p., 16 €€).

Il est parfois intéressant de voir des gens se mêler de ce qui ne les regarde pas. Bertrand David, par exemple. Bertrand David est peintre et dessinateur. Il n’est en rien spécialiste de la Préhistoire. Pourtant, c’est dans ce domaine qu’il vient présenter ici une découverte qu’il a faite par hasard au sujet des peintures qui ornent les grottes et cavernes de cette époque, concernant la manière dont elles ont été réalisées. Sans dévoiler la teneur de cette découverte (disons simplement qu’elle fait davantage appel aux lois de l’optique qu’à celles d’un apprentissage artistique), on peut dire qu’elle explique pas mal de mystères : l’identité des motifs et de la technique utilisée malgré les milliers d’années de distance qui séparent Lascaux de Chauvet, la superposition de certaines figures, l’inachèvement d’autres, les effets d’anamorphose, l’absence de trait marquant le sol, la présence exclusive d’animaux (pas de végétation, pas d’humains), la variété des échelles, la netteté des contours, la sûreté du geste, l’absence de lignes à l’intérieur des corps, les défauts (mauvais emplacement des yeux, mauvais attachement des membres), l’étrangeté des supports choisis (surfaces irrégulières, emplacements éloignés du jour et nécessitant parfois une position acrobatique de la part du peintre). Après une série d’expériences auxquelles Jean-Jacques Lefrère, encore un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas, a prêté son concours, Bertrand David en arrive à réfuter l’existence d’une formation artistique, d’une « école des Beaux-Arts préhistoriques » au sein de laquelle des maîtres auraient fait passer leur savoir de génération en génération. Les auteurs poursuivent en donnant une interprétation de ces peintures qui est plus spéculative, mais pour ce qui est de l’explication technique, force est de constater que c’est diablement convaincant. Enfin, pour le profane que je suis, car ce livre appelle bien sûr les commentaires de personnes plus autorisées. Pour l’instant, c’est Jean Clottes, un spécialiste de l’art pariétal, qui a été envoyé au front dans un article du Parisien mais ses réfutations sont bien faibles et il semble s’ingénier à répondre à côté aux questions qui lui sont posées. On attend la suite avec impatience.

           Football. SA Spinalien – FC Nantes Atlantique 1 – 1, Epinal vainqueur aux tirs au but. Mine de rien, on y prend goût.

MERCREDI.

Lecture. René Fallet, vingt ans après, colloque de Cusset, 17-18 octobre 2003, actes publiés sous la direction de Marc Sourdot (Maisonneuve & Larose, 2005, 174 p., 20 €€).

Relecture commandée par la préparation d’un article sur Fallet destiné à Histoires littéraires.

Le Secret (Francis Ryck, Gallimard, Série noire n° 1549 sous le titre Le Compagnon indésirable, 1973, rééd. Gallimard, Carré noir n° 194, 1974; 192 p., s.p.m.).

Relecture.

Le Compagnon indésirable est devenu Le Secret sous l’influence du film qu’en a tiré Robert Enrico en 1974 avec Philippe Noiret, Marlène Jobert et Jean-Louis Trintignant. Cette relecture m’aura convaincu que Manchette n’était pas seul dans le néo-polar des années 1970 et que Francis Ryck pouvait, en suivant d’autres voies, se montrer son égal. En construisant, par exemple, un livre à partir de rien du tout, un secret qui ne sera jamais révélé au lecteur et qui lance sur les plages des Landes un trio poursuivi par des ombres invisibles. Un modèle de roman noir sur la paranoïa.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Benoît Eyraud, Protéger et rendre capable : La considération civile et sociale des personnes très vulnérables (Erès, 2013).

Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 19 (15 mars 2012, 128 p., 15 €€).

Un numéro musical construit autour de La Langouste atmosphérique, opérette d’Hervé, et qui explique comment on est passé de La Walkyrie à La Vache qui rit en passant par La Wachkyrie. Alain Chevrier livre une étude bien sentie sur le pet musical (il n’y manque que l’évocation de Banarasidas, le grand penseur de la mystique digambara qui aimait à se comparer à un pet de chameau, le propre du pet de chameau étant de ne se diriger ni vers la terre ni vers le ciel) et s’intéresse à l’orchestre d’Ubu roi, Jean-Paul Morel nous fait découvrir la Vapeur-Musik du Dr Puff, Martin Granger la musique électro-ménagère et la compression musicale. Bref, il y en a pour toutes les oreilles.

VENDREDI.

Lecture. L’Aiguille creuse (Maurice Leblanc, Lafitte, 1909, rééd. in « Les Aventures extraordinaires d’Arsène Lupin » vol. 1, Omnibus 2004, 1216 p., 23 €€).

Maurice Leblanc n’a cessé de progresser depuis son premier recueil, Arsène Lupin gentleman-cambrioleur et trouve avec ce roman son rythme de croisière. C’est l’histoire la plus connue de Lupin et on comprend pourquoi : elle conjugue une intrigue soignée qui fait appel à l’histoire et à la géographie, un personnage principal qui gagne en subtilité et en complexité psychologique en s’éloignant de l’image de fanfaron qu’il avait dans les premières histoires et enfin un adversaire digne de lui. Loin de Herlock Sholmès et de Ganimard qui n’étaient que des caricatures, Maurice Leblanc oppose à Lupin une sorte de double de Rouletabille, un lycéen nommé Isidore Beautrelet qui, ingénieux et intrépide à souhait, saura le pousser dans ses derniers retranchements.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Housseras (Vosges), photo de l’auteur, 23 décembre 2012.

housseras, 565

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 18 décembre 2011. 87 km. (17902 km).

girmont-val-d'ajol, 565

257 habitants

   Il neige. Les dorures de la Croix de Guerre qui surmonte la stèle et de la palme qui la décore commencent à être recouvertes. Il va falloir gratter pour découvrir les noms en bas de la liste. Impossible de prendre des notes sous la tempête, je prends des photos du monument sous tous les angles pour travailler plus tard au chaud. Nous sommes sur le flanc du parvis de l’’église, au sommet de quatre marches flanquées d’’une chaîne reliant une suite d’’obus peints en gris.

girmont-val-d'ajol monument, 565

Le Girmont

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

   Gauche :

ARNOULD . Joseph

ARNOULD Léon . Caporal

AUBEL Albert . Sergent

BABEL. Alfred . Caporal

BALANDIER . Aimé

BALANDIER . Constant

BALANDIER . Paul

CLEMENT . Jules

DAVAL . Adolphe

DAVAL . Léon . Sergent

DESCHASEAUX . Emile . Caporal

DIDIER . Léon

FAIVRE . Delphin

FLEUROT . Auguste

    Droite :

FRESSE . Théophile . Brigadier

GRANDMOUGIN . Constant

GROSJEAN . Jules

GURY . Constant

GURY . Léon

HEYRAUD . Alain

JACQUOT Louis . Sergent

MAROTEL . Emile

NURDIN . Henri

RICHARD . Joseph . Caporal

SALZEBER . Eloi

VINCENT . Alphonse . Adjudant

VINCENT . Joseph . Mal des Logis

XEMARD . Jules

XEMARD . Julien 

1939-1946

DAVAL Edmond

LAMBERT Louis

NURDIN Pierre

ARNOULD André

    Les victimes de la Seconde Guerre mondiale n’’ont pas droit au point séparant le nom du prénom. A propos de prénom, noter ce joli « Delphin », sans doute un unicum.

L’’église est ouverte mais ne recèle aucun souvenir patriotique. En revanche, sur la place, au fond, un monument patriotico-religieux attire l’’attention :

girmont-val-d'ajol monument religieux, 565

O

Christ-roi

Gardez-nous

Toujours

Comme

De

1939 à 1945

             L’Invent’Hair perd ses poils.

le rouge et le noir, metz, 565 (2)  le black, madagascar, 565

Metz (Moselle), photo de Pierre Cohen-Hadria, 20 décembre 2008 / Madagascar, photo de Monique Guneau, 14 mai 2011

Poil et plume.

Le blaireau

Pour faire ma barbe

Je veux un blaireau,

Graine de rhubarbe,

Graine de poireau.

Par mes poils de barbe !

S’écrie le blaireau,

Graine de rhubarbe,

Graine de poireau,

Tu feras ta barbe

Avec un poireau,

Graine de rhubarbe,

T’auras pas ma peau.

Robert Desnos, Chantefables

 

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

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