Juin 2013

2 juin 2013 – 580

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Camille de Peretti, Thornytorinx, Pocket, 2006.

Lecture. Des impatientes (Sylvain Pattieu, éditions du Rouergue, coll. La Brune; 254 p., 19,50 €€).

Lecture commandée par la sélection de ce titre pour le Prix René-Fallet 2013.

MERCREDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 50 (avril-mai-juin 2012, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 168 p., 25 €€).

Bruno Fuligni présente en ouverture un beau morceau d’éloquence parlementaire avec le débat qui a opposé, en 1912, Maurice Barrès à René Viviani et à quelques autres de ses collègues de la Chambre à l’occasion du bicentenaire (à célébrer ou non) de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. On se souvient que ce sujet (ou presque, car il s’agissait alors du centenaire de sa mort) avait été traité par Louis Dumur, en 1910, dans un petit roman amusant intitulé Le Centenaire de Jean-Jacques. Pour rester dans les anniversaires, la revue célèbre aussi le centenaire de La Prose du Transsibérien en présentant son édition originale illustrée par Sonia Delaunay. Ensuite, Jean-Pierre Goldenstein fait l’inventaire de ce que l’informatique a pu et peut encore apporter à la connaissance de Lautréamont, Daniel Zinszner fait l’objet de l’entretien trimestriel et Jean-Paul Goujon livre son lot habituel de trouvailles dans sa chronique des ventes et des catalogues. Pour ce qui est du notulographe, signalons la présence de l’article sur la réception de Perec dans la presse contemporaine à la sortie de ses oeuvres (« Perec et les petits papiers ») et des recensions ouvrages de Jean Paulhan, Georges Perec et Régis Messac.

JEUDI.

Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 21 (15 septembre 2012, 128 p., 15 €€).

Un numéro très intéressant qui débat d’une notion essentielle de la ‘Pataphysique, celle de l’équivalence. L’équivalence, est-il rappelé d’emblée, est au coeur de la ‘Pataphysique : « toutes choses sont également belles, vraies, sérieuses ou niaises, en un mot équivalentes. » C’est le principe d’équivalence qui permet d’étudier les enseignes de coiffeurs avec la même rigueur scientifique que les métaphores chez Marcel Proust. Après un éclairant Cours de Pataphysique Générale sur le sujet, la revue traite quelques cas particuliers, rappelle que l’équivalence fut à l’origine de la rupture de Jean Dubuffet avec le Collège, convoque Boris Vian, Noël Arnaud et bien sûr Jarry, se penche sur la poétique (qu’on ne contestera pas ici pour la mettre souvent à l’étude) des index et répertoires et étudie, bien avant le ramdam des lasagnes à la viande de cheval, le centaure à tête de veau, autrement dit l’équiveau.

VENDREDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Après le Bonnemort mort de la semaine dernière, un Bonnemort vivant qui permet de voir la mort en face, Saint-Gaudens (?), (Haute-Garonne), photo de Christophe Hubert, 23 mars 2007.

bonnemort, hubert, saint-gaudens, 580

SAMEDI.

 Inventaire Patriotique Alphabétique Départemental. 1er mai 2012. 166 km. (19162 km).

greux, 580

168 habitants

    Devant l’’église, un cube de pierre blanche, posé sur trois marches, supporte un Poilu couleur bronze. Celui-ci présente un bouclier portant l’’inscription

L’’Yser

Verdun

La

Marne

    De la main gauche, il tient son fusil, posé à terre, auquel on a attaché un drapeau tricolore à l’’aide d’’un bout de ficelle. Ce modèle est également présent à Bellefontaine, où le bouclier porte en plus l’’inscription « Alsace ». Sur le socle de la statue figure un cartouche avec une inscription illisible. La plaque noire qui porte les noms est ornée d’’un motif déjà vu dans l’’église de Beaufremont et peut-être ailleurs : un ange casqué étendant une palme au-dessus de la liste des victimes.

greux monument, 580

BAUSSET Jules

BOURLIER Léonce

DABONVILLE Louis

DIEZ Aimé

FERBUS Célestin

HUGON André

MANGEOT Eugène

MOUGENOT Louis

MUNIER Albert

NOSJEAN Maurice

OUDOT Charles Marcel

PARIS Jules

ROUSSELOT Jean

URIOT Emile

URIOT Jules

THIEBAUT Aimé

A nous le souvenir

A eux l’’immortalité !

    A la base, sur une plaque de marbre :

PAUL René

VILLARD Paul

FARNIER Pol 1939-1945

DIDIERJEAN René

              L’Invent’Hair perd ses poils.

capill'hair, villeurbanne, 580  capill'hair-b, angoulême, 580

Villeurbanne (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 14  mars 2009 / Angoulême (Charente), photo de Sylvie Mura, 10 août 2010

              Invent’Hair, bilan d’étape (1500 salons). 

Bilan géographique. Un pays fait son entrée, le Japon, avec 4 salons. Par ailleurs, on note un salon belge supplémentaire, les 95 autres sont français et se répartissent dans les régions suivantes : Midi-Pyrénées (57), Auvergne (13), Aquitaine (8), Île-de-France (7), Lorraine (4), Rhône-Alpes (4), Franche-Comté (1), PACA (1). Ces acquisitions permettent à Midi-Pyrénées de monter de la 10e à la 5e place et à l’’Auvergne de rentrer dans le top 10. Mais c’’est au niveau départemental que les choses sont particulièrement intéressantes. En effet, deux départements chauves, soit absents de l’’Invent’Hair, font leur apparition dans le classement, et pas sur la pointe des pieds : 9 salons pour le Lot-et-Garonne, 29 pour le Tarn-et-Garonne qui se classe d’’emblée à la 8e place. L’’autre grand gagnant de cette centaine est le Lot qui gagne 20 salons et 41 places (14e). Paris, avec 7 acquisitions, reprend la première place au Rhône (+ 1) mais le duel est toujours serré (154 contre 151). Il est temps peut-être de rappeler quels sont les derniers départements chauves. Les voici : le Cher, l’’Eure, le Gers, l’’Indre, le Pas-de-Calais, le Territoire de Belfort et la Martinique. Notons enfin, pour ce qui est des communes, quelques entrées fracassantes : Montauban (9 salons), Agen et Moissac (5), Brioude et Castelsarrasin (4). Paris (+ 7) et Cahors (+ 6) sot les autres bénéficiaires de la centaine écoulée. Au classement général, les positions restent inchangées en tête, avec, dans l’’ordre, Paris, Lyon, Barcelone, Nantes et Epinal qui gagne un salon et décroche Nancy.

Bilan humain. Le grand sachem Marc-Gabriel Malfant a une fois de plus joué du tomahawk et accroché 83 nouveaux scalps à sa ceinture. Le notulographe (+ 9) et 7 autres photographes ont ramassé quelques pellicules autour de son tipi.

Bibliographie.       

                  l'art poétif, bailly, 580 (2)

 Le cliché inaugural de L’Invent’Hair date du 8 mars 2004. Cette plaquette, réalisée par Jean-Louis Bailly, lui est donc à peu près contemporaine et précède la parution des travaux du Collège de ‘Pataphysique sur le poil, parus dans le numéro 27 de ses Carnets trimestriels en mars 2007. L’Art poétif est une liste d’environ 500 salons de coiffure issue de la consultation des pages jaunes de l’annuaire. Salons sélectionnés selon les mêmes critères que ceux de l’Invent’Hair, à savoir dotés d’une raison sociale mettant en oeuvre les jeux de mots les plus calamiteux et les trouvailles linguistiques les plus osées. La liste et le chantier comptent bien entendu de nombreux éléments en commun, même si certains items de la première font cruellement défaut au second, comme Inter Mehdi Hair ou Johnny Bigoudy. Dans son avant-propos, Jean-Louis Bailly se montre plus lucide que le notulographe qui, à l’ouverture de son travail, n’avait pas encore pris en compte la portée scientifique de son travail, n’y voyant qu’une aimable promenade propre à susciter sourires et gausseries. Il propose notamment une analyse pertinente de l’apostrophe omniprésente sur les enseignes sélectionnées, voyant en elle une « allusion transparente aux accroche-coeurs et bouclettes dont les merlans savent nous orner. » Il a su également deviner la dimension temporelle du chantier, proche de l’éternité : « à peine aurons-nous frisé, pardon : bouclé notre relevé que d’autres intitulés imagina’tiffs auront fleuri, le rendant déjà caduc. » Saluons pour finir, au lendemain du premier mariage homosexuel célébré, la présence en sa liste d’un Hom et Gars tout à fait visionnaire.

 Poil et pellicule. Rolfe Sedan et Buster Keaton dans le film Le Roi de la bière (What – No Beer ?), Edward Sedgwick, E.-U., 1933.

le roi de la bière, 580

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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9 juin 2013 – 581

DIMANCHE.

Vie littéraire. Je boucle le Bulletin Perec n° 62 et l’envoie à la mise en page. Mon horizon s’éclaircit, je suis sans échéance jusqu’à l’arrivée de livres à chroniquer. Les bras m’en ballent.

LUNDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

Lecture. Deux essais de suspense dans l’ailleurs (première parution en revues – Fiction, 1954 et Satellite, 1958 – rééd. in « Quarante ans de suspense » vol. 1, Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Francis Lacassin, 1988; 1340 p., 120 F).

Francis Lacassin a rassemblé sous ce titre deux courts récits de science-fiction, un genre dans lequel Boileau et Narcejac ont fait quelques tentatives. Celles-ci n’ont pas véritablement marqué l’histoire mais la deuxième est construite sur une idée intéressante, celle de l’insuffisance du langage : les astronautes de retour d’un voyage sur Mars se révèlent incapables de raconter leurs découvertes, faute de mots capables de les désigner.

MERCREDI.

Lecture. Brèves de comptoir. Tome I : 1988-1994 (Jean-Marie Gourio, édition originale en volumes séparés, Michel Lafon, rééd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1156 p., 25 €€).

Inutile de présenter ce travail de glanage réalisé par Jean-Marie Gourio aux abords de multiples zincs. La collection Bouquins lui offre un bel emballage, avec un travail typographique original (la taille des caractères reproduit le volume des propos énoncés) et une mise en page tout aussi intéressante. Si l’on met de côté quelques brèves inspirées par une actualité immédiate qui a vieilli, l’ensemble est d’une remarquable tenue humoristique et une lecture fractionnée assure un boyautage quotidien. S’il y a une chose à reprocher à Jean-Marie Gourio, et à nombre de ses commentateurs, c’est la présentation qu’il fait de son travail, au seuil des différentes sections annuelles : il n’a de cesse de présenter ses brèves comme des éclairs de poésie, une poésie spontanée, populaire, vivante. Or, le matériau premier des brèves de comptoir, ce n’est pas la poésie, c’est la bêtise. Une bêtise qui n’est pas moins noble que la poésie quand elle atteint cette dimension, une bêtise « hénaurme », celle qui réjouissait tant Flaubert. Le bistrot est le temple de la bêtise, une bêtise assumée, claironnante et, c’est pourquoi elle est digne d’être recueillie, parfois inventive. Au point de confiner au génie parfois, ce qui pose le problème de l’authenticité. On s’est souvent demandé si Gourio n’était pas l’auteur de ses brèves. Je ne crois pas. L’arrangeur, peut-être quelquefois, mais le matériau existe, pas besoin de l’inventer. Je connais suffisamment les bistrots pour le penser, même si les établissements que je fréquente ne donnent pas lieu à de telles trouvailles. Je vais au bistrot tous les jours. Nulla dies sine taberna. Avant le 7 heures 38, en bas de chez moi. Le bougnat est nazairien et de commerce agréable. Chez lui, je lis L’Equipe, Libération, Aujourd’hui en France avant de prendre le dur. Je laisse de côté le journal local, que je lirai au boulot, il faut bien que je m’occupe, et je trouverai Le Monde dans ma boîte à lettres au retour. Cinq quotidiens par jour, c’est ma dose, après ça j’en sais assez, je n’ai jamais regardé une seule minute de journal télévisé. Le matin, de bonne heure, inutile de chasser la brève. Il y a peu de monde, quelques lycéens, Christian le facteur, Claude le peintre, le taulier, on s’échange les canards, on cause peu. Le samedi et le dimanche, j’y vais plus tard, c’est un peu plus fourni, j’y reste un peu plus longtemps, il y a le tiercé à préparer, des choses comme ça, mais je ne prends pas de quoi noter, ça n’en vaut pas la peine. En revanche, à une époque de ma vie, je me suis assez consciencieusement poivré dans un café de la ville où il y avait peut-être de quoi faire. La bêtise y était palpable, c’était une matière qu’on pouvait sentir, toucher, et bien sûr entendre. Et si je m’y sentais aussi bien, c’est j’en faisais partie, que j’étais un élément de cette matière. Là, ce n’étaient pas à proprement parler des brèves qui volaient, c’étaient des conversations entières qu’il aurait fallu retranscrire. J’ai d’ailleurs songé à le faire, à les enregistrer en douce pour les recopier plus tard même si à l’époque les appareils de poche qui auraient permis une capture discrète n’existaient pas. Le café s’appelait le Café du Vallon, j’avais le titre : Cinq semaines au Vallon. Et puis j’ai abandonné.

Citation. « Quand t’es mort, t’es mort, qu’est-ce que t’en as à faire qu’on te prenne des organes, si ça peut sauver des gens…

   – J’ai jamais fumé si ça se trouve je vais donner mes poumons tout propres, et l’autre y va fumer dedans. »

JEUDI.

Vie aurorale. Je me lève à 4 heures 15 pour accompagner Alice au collège, d’où elle part excursionner à Paris. J’espère que la conduite du chauffeur de bus sera plus sûre que l’orthographe des professeurs accompagnateurs.

orthographe, jules-ferry, épinal, 581

VENDREDI.

Lecture. Géologies (Pierre Bergounioux, Galilée, coll. Incises, 2013; 56 p., 11 €€).

Le 29 mai 2012, apprenant ma situation géographique, Pierre Bergounioux m’écrivait ceci : « Curieusement, je note une ressemblance entre le N.E. et le S.O : c’est le grès. On a le même, plus ou moins bariolé, qui sert aussi à bâtir. Ca donne à la vie une teinte sépia, comme sur les vieilles photographies, comme si on était déjà mort. » Aujourd’hui, je vois quelles préoccupations étaient les siennes et quel livre il avait en tête ou en chantier. Outre le côté primesautier du bonhomme, on aura reconnu dans ses mots la traduction d’une idée qui parcourt aussi ses autres textes : celle selon laquelle le terrain dont on est issu détermine toute notre existence. Au terrain géographique et économique (qui en est la conséquence) il ajoute ici le terrain géologique, le fondement matériel, minéral de nos vies. Dans un récit qui, une fois de plus, replonge dans l’enfance corrézienne, Bergounioux explique son intérêt pour la géologie, raconte ses premières explorations et en tire les conséquences habituelles : « L’éloignement, la médiocrité du sol, le tour d’esprit qui en résulte inévitablement, nous dérobaient la cause de nos agissements, c’est-à-dire l’éloignement, la médiocrité du sol… » Le propos de Bergounioux tourne toujours autour des mêmes thèmes mais se présente toujours sous un jour neuf qui happe le lecteur : après avoir entamé cette lecture dans le 7 heures 38, je n’ai pu faire autrement que de la poursuivre et de la terminer sur un banc, à la descente du train, au risque de rater quelques minutes de boulot. J’ai pu ainsi commencer ma journée en apprenant avec plaisir que les « étoiles de mer » que je déterrais il y a quarante ans sur la colline de Sion, n’étaient autres que des « articles de lys de mer, des entroques. »

Le cabinet de curiosités du notulographe. Cimetière de la Gaudinière, Nantes (Loire-Atlantique), photo de Bernard Bretonnière.

cimetière nantes, bretonnière, 581

SAMEDI.

Vie littéraire. A Jaligny-sur-Besbre (Allier), il y a aujourd’hui quatre romans en compétition pour le Prix René-Fallet. Un essai pseudo-poétique, un texte ennuyeux, un roman de prof et Marcus, de Pierre Chazal, qui m’a rappelé les meilleurs livres de René Frégni : une veine populiste, teintée de noir, assortie d’une langue qui mêle habilement les registres. En partant ce matin pour Jaligny, j’étais sûr de deux choses : que Pierre Chazal n’avait jamais entendu parler de René Frégni, et que ma voix ne suffirait pas à lui faire obtenir le prix. Je ne m’étais trompé que sur l’une des deux.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 6 mai 2012. 119 km. (19281 km).

grignoncourt, 581

44 habitants

    Il y a un décrochement dans le mur qui entoure l’’église, un mur sur lequel les affiches des candidats à l’’élection présidentielle ont commencé à pâlir et à battre au vent. C’’est à cet endroit qu’’est installé le monument, une colonne de pierre blonde surmontée d’un coq et ornée d’’une palme dorée, au sommet d’’une volée de marches et au coeœur d’’une minuscule enceinte grillagée. L’’ensemble n’’a pas l’’air très ancien, presque moins en tout cas que les plantes défraîchies qui se racornissent dans deux vasques posées sur le mur, de chaque côté du monument.

grignoncourt monument, 581

1914-1918

Aux enfants de Grignoncourt

Morts pour la France

DROUHOT Albert

DROUHOT Firmin

CHAMBLANT Yves

HENRY Edouard

LEMAIRE Jules

DEVINCEY Paul

VARANDAL Edmond

MARCHAND Maurice

L’Invent’Hair perd ses poils.

déoda'tif, saint-dié, 581

Saint-Dié-des-Vosges (Vosges), photo de l’auteur, 22 mars 2009

   Signalons, pour ceux qui ne sont pas nés sur le grès, que les habitants de Saint-Dié sont les Déodatiens.

 Poil et plume.

art de se coiffer soi-même, 581

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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16 juin 2013 – 582

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Roger J.V. Cotte, Musique et symbolisme, éditions Dangles, 1999.

JEUDI.

Presse. « Une pharmacie ferme tous les trois jours. L’an dernier, le nombre d’officines a encore reculé, notamment dans les villes de plus de 10 000 habitants. Et de nombreux diplômés jettent l’éponge. » (Aujourd’hui en France du jour). Confirmation du fait qu’il est temps de prendre la tangente avant de se faire coincer les doigts dans le rideau de fer. On s’y emploie.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. Variations plombières, Dijon et Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), photos de Thierry Vohl, avril & août 2012.

illic'eau, dijon, vohl, 582  à l'au plombier, semur-en-auxois, thierry vohl, 582

SAMEDI.

Courrier. Je m’abonne à La Quinzaine littéraire. C’est quelque chose que j’aurais dû faire depuis longtemps mais la situation alarmante dans laquelle se trouve la revue commande de se dépêcher. Mes achats au numéro, assez irréguliers et motivés par la présence au sommaire d’un ou deux notuliens, ne suffisaient plus. Je dois bien ça à Maurice Nadeau, qui fut tout de même le premier éditeur de Perec et qui m’a fait découvrir, au détour d’une page de son Histoire du surréalisme, Ernest de Gengenbach. J’avais croisé le chemin de Nadeau, il y a trois ans, à l’occasion d’une rencontre autour de François Caradec à la Bibliothèque de l’Arsenal. Il n’avait alors que cent ans.

 IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 13 mai 2012. 79 km. (19360 km).

gruey-lès-surance, 582

248 habitants

   Derrière une grille de fer peinte en noir, quatre marches (sur l’’une trois jardinières de géraniums, sur une autre la gerbe du 8-Mai) mènent à une stèle de pierre ordinaire décorée d’’une Croix de Guerre et d’’une palme. Les noms figurent sur des plaques de marbre blanc.

La commune de Gruey

A ses glorieux morts

1914-1918

    Face :

GENGENBACH. J.   CNE                   JACQUOT. P.   CNE

DIDIER. E. S/LT

COLLARDEY. L.   AJT                   JOLY. M.   ST

MUNIER. L.   ST                   THOMAS. R.   “

THOUVENOT. P.   “                   VIEUGEOT. J.   “

CHOINIER. R.   CAL                   DIGNEY. C.   CAL

DIDIER. R.   “                   FARON. M.   “

MONNE. A.   “                   VINCENT. L.   “

VINCENT. M.   “

ROMMEVEAUX. P. 1944                   THIBOUT. R. 1940

TARI. P. 1983

    Droite :

BREGIER. H.   2CL                   FARON. J.   2CL

BOURLETTE. J.   “                   FARON. J.   “

COLLARDEY. P.   “                   GARNIER. A. “

DAVILLERS. L.   “                   GERBERON. A.   “

DEMARQUE. C.   ‘’                      GERBERON. E.   ‘’

DELAMBERT. J.   ‘’                   GERBERON. E.     ‘’

DIDIER. P.   ‘’                     GERBERON. G.   ‘’

DIDIER. P.   ‘’                   GROSMAIRE. F.   ‘’

FARON. E.   ‘’                   HONORE. J.   ‘’

BALTZINGER. A. 1945                   BRECHER. M. 1944

BREGIER. P. 1940                   GARNIER. P. 1945

    Gauche :

HORIOT. A.   2CL                   RUAUX. E.   2CL

HIMMELSPACH. L.   “                   SAUSSURE. C.   “

LAZARD. P.   “                     THOMAS. L.   “

LAZARD. L.   “                   THOUVENOT. C.   “

LOMBARD. E.   “                   THOUVENOT. G.   “

LUTIN. F.   “                   THOUVENOT. L.     “

MARCHAL. R.   “                   VIARD. D.   “

MUNIER. A.   “                   VINCENT. E.   “

RENARD. E.   “                   VIARD. H.   “

GERARD. J. 1943                   LOMBARD. R. 1947

GERBERON. M. 1943                   MARCHAL. R. 1951

     Le premier nom est celui du capitaine Joseph Gengenbach, père d’Ernest, dont on connaît désormais la carrière surréaliste mais dont j’ignorais tout à l’époque. Merci Nadeau, voir plus haut.

L’Invent’Hair perd ses poils.

hair angel's, contrexéville, 582  angel'hair, port-la-nouvelle, 582

Contrexéville (Vosges), photo de l’auteur, 5 avril 2009 / Port-la-Nouvelle (Aude), photo de Marc-Gabriel Malfant, 13 novembre 2011

 Poil et plume. « Car un barbier est présent, travaillant presque sans relâche.

D’où vient cet artiste capillaire ?

Ne croyez pas qu’il soit délégué par un patron coiffeur tenant boutique dans le quartier ! N’allez pas voir en lui l’ouvrier qu’une malchance continuelle a précipité fatalement dans le vagabondage !

Ce barbier est un ancien mégotier; chaque matin, il venait là trier sa marchandise et se rencontrer avec ses confrères les chineurs.

Ancien perruquier d’occasion au régiment, il s’est aperçu, un jour, qu’il serait préférable de manier le rasoir et la tondeuse que de visiter les terrasses des cafés à la recherche des bouts de cigare.

Et le salon de coiffure s’est ouvert sur les pierres de taille débarquées d’un chaland.

Ici, sur un journal déplié, le blaireau trempe dans une tasse ébréchée, près des rasoirs; là, les peignes édentés, plantés sur les brosses à tête, avoisinent le flacon d’odeur et le bâton de cosmétique.

Et combien la barbe ? – Dix centimes ! » (Lucien Savineau, « Le barbier en plein air », in Les existences problématiques (La loi naturelle du travail), Melun, Imprimerie administrative, 1901).

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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23 juin 2013 – 583

LUNDI.

La Quinzaine mortuaire. On m’apprend à midi la mort de Maurice Nadeau, survenue hier, quelques heures après l’envoi des notules où il était question de lui. Je lui avais donné 103 ans, il n’en avait que 102, on ne prête qu’aux riches. Je suis heureux d’avoir pu m’abonner, de justesse, à sa Quinzaine littéraire de son vivant. Je crois que je me serais, sinon, tenu pour partiellement responsable de sa disparition. Bien sûr, un homme qui a passé sa vie dans les livres ne pouvait choisir qu’une date marquante de la littérature pour partir. N’empêche : on aurait préféré que soit marqué autrement le cent neuvième anniversaire du Bloomsday.

Lecture. L’Ecume des jours (Boris Vian, première édition Gallimard, 1947, rééd. in « Oeuvres romanesques complètes I », Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 562, 2010; 1312 p., 57,50 €€).

La question qui s’était posée lors de cette édition Pléiade est revenue sur le devant de la scène récemment à l’occasion d’une nouvelle adaptation filmée de L’Ecume des jours : Boris Vian, est-ce que ça marche toujours ? Les années 1970 avaient fait de cette oeuvre un véritable roman culte, principalement auprès du jeune public. Même si cette relecture m’a été commandée par des raisons professionnelles, je ne peux répondre à la place des adolescents qui l’ont découverte : la lecture – et non seulement son support comme on tend à le croire – n’est plus désormais une source de découverte, d’émotion ou de formation pour le public que je côtoie. Celui-ci utilise d’autres outils, d’autres moyens, c’est ainsi. Mais si l’on se place uniquement sur le plan littéraire, on peut affirmer que L’Ecume des jours porte plutôt bien ses soixante et quelques années. Si quelques aspects du livre ont vieilli, ils se trouvent dans la première partie, celle qui est uniquement portée par la fantaisie de Boris Vian et dans laquelle ses trouvailles langagières peuvent sembler faciles ou poussives. Mais dès que l’histoire bascule dans le tragique, les réticences s’effacent : les coups dirigés contre les trois cibles choisies (la religion, la guerre, le travail) portent encore, la course contre la montre engagée avec la mort est toujours aussi prenante, la dernière page est toujours aussi poignante.

MARDI.

La Quinzaine mortuaire (suite). Hommages nourris dans la presse et sur d’autres supports. Nourris mais pas unanimes : on ne manque pas de souligner ici ou là l’immobilisme de La Quinzaine, son incapacité à faire débat, sans parler de Nadeau lui-même qui n’a rien découvert depuis Houellebecq. On ne blâmera jamais assez l’incurable paresse de nos nonagénaires.

JEUDI.

Presse. « Par jugement en date du 4 juin 2013, le tribunal de commerce d’Epinal a prononcé la résolution du plan de sauvegarde et a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’égard : PHARMACIE DE … (SARLU), rue …, 88000 Epinal, ayant pour activité : exercice de la profession de pharmacien d’officine […] » Le danger se rapproche.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Ces chers disparus, Thaon-les-Vosges et Gérardmer (Vosges), photos de l’auteur, 22 août 2008 et 2 septembre 2012.

staline thaon, 583  doriot thaon, 583

mao, gérardmer, 583

SAMEDI.

 IPAD. 17 mai 2012. 37 km. (19397 km).

gugnécourt, 583

203 habitants

    C’est un monument neuf, à flanc d’’église : deux nuances de marbre pour une dalle funéraire sur laquelle repose la gerbe du 8-Mai (provenance : Triboulot à Girecourt-sur-Durbion), et une stèle à trois volets devant laquelle s’’élève une branche stylisée, en bronze peut-être.

gugnécourt monument, 583

Gugnécourt

A ses Enfants

Morts pour la France

    Volet gauche :

1914-1918

HATTON Marcel 1893-1914

PARADIS Léon 1887-1915

POUREL André 1895-1915

THOMAS Gabriel 1897-1916

MANGEOLLE Lucien 1885-1917

RIVOT Alphonse 1896-1917

JACQUOT Félicien 1893-1918

    Volet droit :

1939-1945

LEMASSON Albert 1879-1944

LEMASSON Raymond 1906-1944

PARADIS André 1923-1944

LECOMTE Roger 1906-1944

PARADIS Paul 1907-1944

PIERSON Fernand 1884-1945

             L’Invent’Hair perd ses poils.

atmosphair, lyon, 583  atmosphair, châlons-sur-marne, 583

Lyon (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 11 avril 2009 / Châlons-en-Champagne (Haute-Marne), photo de Catherine Stavrinou, 11 décembre 2010

Poil et plume. « Voulez-vous participer à une activité au sein de la prison ? demande-t-il.

– Une activité ?

– Eh bien oui, certains ont demandé de travailler aux cuisines, d’autres dans les ateliers de menuiserie ! Vous avez le choix…

– Est-ce que vous avez déjà un coiffeur ?

– Oui, malheureusement. Pourquoi, vous étiez coiffeur ?

– Non, mais c’est un métier qui m’aurait plu.

En fait, le métier de coiffeur n’a rien qui me passionne, mais en taule, c’est une place qui autorise de nombreux déplacements.

– C’est dommage, dit le surveillant chef. Attendez, voilà ce que je vais vous proposer. Puisque vous souhaitez apprendre, pourquoi ne pas être son aide ? Assistant coiffeur, ça vous va ?

– C’est formidable, chef ! » (René Girier dit René la Canne, Tu peux pas savoir…, Londreys, 1988).

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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30 juin 2013 – 584

DIMANCHE.

Vie locale. La salle des ventes d’Epinal est à deux pas d’ici. Pourtant, je n’y étais jamais allé avant aujourd’hui. L’impression d’un monde clos, réservé aux initiés. Des ventes aux enchères, je n’en ai vu que dans les films, la dernière dans La Part des anges, de Ken Loach, il n’y a que quelques jours. Mais là je suis, en quelque sorte, en service commandé. Une vente consacrée à plusieurs successions contient quelques tableaux de Marcel Levieux. Marcel Levieux, c’est le peintre de Gruey-lès-Surance, le village natal de Gengenbach. Lorsque je me suis rendu à la Mairie du village pour y consulter des documents sur mon loustic, Madame Le Maire m’avait appris l’existence de cet artiste et son souhait de rapatrier quelques-unes de ses oeuvres dans sa commune. Il y a quatre ou cinq aquarelles de Levieux en vente, et je suis là pour avoir une idée du prix auquel on peut les obtenir. Un prix qui, il faut l’avouer, ne vole pas bien haut. A part ça, je jouis du spectacle : les gestes discrets, presque invisibles, des enchérisseurs (j’ai bien recommandé aux filles qui m’accompagnent de ne se gratter le nez sous aucun prétexte), les prix démesurés atteints par les objets maçonniques (tabliers et autres étoles), la goujaterie stupéfiante de quelques antiquaires du cru et d’ailleurs qui sont en terrain conquis et qui, avachis sur des fauteuils en vente, échangent plaisanteries grasses et propos niais.

TV. J’ai sursauté en voyant, ce soir, Denis Podalydès entrer dans un salon Définitif (film Adieu Berthe de son frère Bruno). Las, il s’agissait d’un salon funéraire.

Lecture. Casco Bay (Gray Ghost, William G. Tapply, 2007 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. Noire, 2008 pour l’édition française, traduit de l’américain par François Happe; 304 p., 23,30 €€).

Où l’on retrouve, après l’avoir découvert dans Dérive sanglante, un des personnages les plus attachants du polar contemporain, Stoney Calhoun. Stoney Calhoun est guide de pêche, il vit dans une cabane du Maine avec son chien et parfois une fiancée, il a perdu la mémoire après avoir été frappé par la foudre sept ans avant le début de ses aventures. Au cours d’une sortie de pêche avec un client, il découvre un cadavre calciné. Un peu plus tard, c’est le client lui-même qui est refroidi devant sa cabane. Calhoun accepte de devenir l’adjoint du shérif local et de mener l’enquête à son côté. Pour raconter cette histoire, William G. Tapply s’est une fois de plus débarrassé des boursouflures qui encombrent les polars de ses collègues américains les plus proches, comme James Lee Burke ou Craig Johnson. Chez lui, tout est direct, sans chichis : pas d’entorse à l’ordre chronologique, pas de sous-entendus dans les conversations, pas de tempête sous les crânes de ses personnages, pas de jugements de valeur hâtifs. Dans les dernières pages, le coupable sort de l’ombre comme un poisson sort de l’eau, on ferre, on ramène, on met ça dans sa filoche et on se dit vivement le prochain.

JEUDI.

Courrier. Arrivée du Bulletin de l’Association Georges Perec n° 62 qui doit être, si mes calculs sont exacts, le dix-neuvième que je rédige.

VENDREDI.

Vie littéraire. Je profite d’une pause dans mes obligations professionnelles pour faire le point sur mes recherches en cours concernant Ernest de Gengenbach. Je suis toujours en quête du premier travail universitaire consacré à celui-ci, dû à un étudiant italien nommé Carlo Dallospedale. Lequel, à la fin de ses études, est devenu missionnaire en Afrique, où il a disparu de fort rimbaldienne manière. A la bibliothèque du musée de Plombières, où devrait, selon certaine source, reposer une traduction de ce travail, on me dit qu’on ne l’a pas encore trouvé mais que l’on cherche encore. Meilleure nouvelle, je reçois de Padoue, toujours l’Italie, copie d’une lettre de Gengenbach qui confirme sa présence à l’institution Saint-Joseph d’Epinal en septembre 1921. Reste, là aussi, à fouiller les archives.

Lecture. Impurs (Dirt, David Vann, 2012 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. Nature Writing, 2013 pour l’édition française, traduit de l’américain par Laura Derajinski; 288 p., 23,10 €€).

Avec ce troisième roman, David Vann poursuit son exploration du monde décomposé de la famille américaine. Cependant, ce qui avait si bien marché dans Sukkwan Island et dans Désolations ne fonctionne plus ici. Bien sûr, on a toujours affaire à une famille en crise, mais là où il prenait le temps de montrer le lent délitement des relations entre ses membres, David Vann nous projette ici in medias res dans l’esprit ravagé de son personnage. Galen, un puceau de 22 ans étouffé par sa mère, a déjà versé dans la folie quand on fait sa connaissance au premier chapitre. Nourri de littérature new age faisandée, ravagé par sa misère sexuelle, allumé par une cousine entreprenante, il ne peut plus surprendre et le talent romanesque de David Vann, qui tenait surtout dans une bonne maîtrise des effets, tourne à vide. Il n’a rien d’autre à décrire, sur plus de deux cents pages, que les gesticulations d’un personnage dont on a fait le tour au bout d’un chapitre et la lecture de l’ensemble finit par devenir bien pesante.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Médecine douce à Paris, place Léon-Blum, photo de Pierre Cohen-Hadria, 2 avril 2013.

c. sibon, paris, place léon-blum, pch, 584

SAMEDI.

  IPAD. (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 20 mai 2012. 53 km. (19450 km).

gugney-aux-aulx, 584

147 habitants

   Un monument neuf, là aussi, une dalle de marbre, découpée de façon irrégulière. Elle est posée verticalement sur un carré de pelouse, au bout du cimetière qui jouxte l’’église, en surplomb du village. Deux jardinières de fleurs séchées et un drapeau tricolore ont été convoqués pour l’’aspect décoratif.

gugney-aux-aulx monument, 584

A nos morts

De la guerre

1914-1918

COLLE Maurice                   JEHEL Lucien

COLLE Emile                   OREAL Alphonse

CORNEMENT Alfd                   POULET Xavier

COLINMAIRE Léon                  RAVON Abel

CHATELAIN Emile                   ROGNON Emile

FINOT Emile                   SERMENT Anatole

FINOT Joseph                   SERMENT Henri

FINOT Léon                   ROGNON Georges

HUMBERT Paul                   VIRION Charles

JACQUET Camille

             L’Invent’Hair perd ses poils.

f.m hair, lyon, 584  ephem'hair, charleville-mézières, 584

Lyon (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 11 avril 2009 / Charleville-Mézières (Ardennes), photo d’Eléonore Hamaide, 4 août 2012

 Poil et plume. « Je m’habillai promptement, attrapai un chapeau poussiéreux et m’élançai dans la rue.

C’était un salon de coiffure, peu avenant, qui suffirait pour cette tâche immonde. La jeune shampouineuse me salua gaiment. Et rosit. La patronne enveloppait de gaze une dame aux cheveux myosotis.

– Lucie, dit-elle, occupe-toi du jeune homme, je vais en avoir pour un moment avec madame.

– Qu’est-ce que je vous fais ? Je peux dégager la nuque et les oreilles ou bien garder le volume en effilant.

– Vous dégagez tout.

– Tout !?

– Je ne les verrai plus tomber.

– Vous en avez encore beaucoup…

– Rasez tout. » (Augustin Guilbert-Billetdoux, Le Messie du peuple chauve, Gallimard, 2012)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

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