Mai 2012

6 Mai 2012 – 534

DIMANCHE.

Carnets de notes. Après le concert de Jan Vanek à Thaon-les-Vosges (le guitariste le plus rapide qu’il m’ait été donné de voir jouer), je délaisse provisoirement les monuments aux morts pour m’intéresser aux casernes d’Epinal. J’ai lu ce matin, page 854 du dernier Carnet de notes de Pierre Bergounioux, le passage suivant dans lequel il retranscrit un autre carnet de notes, celui de son père : « Les événements se précipitent, hélas. Nous quittons Pfaffenhoffen pour Hochfelden où nous restons jusqu’au 14 juin [1940]. Le 15, nous sommes à Saverne. Le 17 nous trouve à Cirey-sur-Vezouze (Meurthe-et-Moselle), le 18 à Raon-l’Etape. Et le 21, à trois heures du matin, le bruit des fusils et des mitrailleuses nous réveille et nous nous trouvons prisonniers des Allemands. Nous continuons à fonctionner sous leur surveillance jusqu’au 27 juillet. Nous partons alors pour Saint-Dié où nous restons quelques jours sans travail avant de reprendre du service jusqu’au 13 octobre. Je suis alors dirigé vers le camp de prisonniers d’Epinal (caserne Courcy). Le 28 octobre, je suis envoyé à l’hôpital complémentaire Haxo. » Les casernes Haxo et Courcy sont aujourd’hui désaffectées mais il reste les portails que le père a franchis, que je photographie et que je ne manquerai pas d’envoyer au fiston. Le 21 juin 1940 est la date de la mort de Wolfgang Döblin, fils de l’auteur de Berlin Alexanderplatz, dont le régiment venait de tomber aux mains des Allemands au col de la Chipotte, soit pas très loin de Raon-l’Etape.

MARDI.

Vie laborieuse. Je voulais acheter du muguet auprès du Parti communiste, mon fournisseur exclusif depuis des lustres, mais la camionnette n’est pas au rendez-vous, devant la préfecture où l’on se rassemble avant de défiler. Avant de me défiler, plus exactement : les entorses à répétition qui me jettent régulièrement à terre me rendent la marche difficile et la disgrâce physique qui m’afflige me conduit à limiter mes apparitions publiques au strict minimum. Et puis il faut que je rentre, j’ai du vrai travail qui m’attend avec le Bulletin Perec dont j’attaque rituellement la rédaction chaque 1er mai.

JEUDI.

Football. SA Spinalien – US Quevilly 0 – 1.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de l’auteur, 9 juin 2010.

chien nancy, 534

SAMEDI.

Lecture. Le Pouce de l’assassin (Hit List, Lawrence Block, Armonk, New York, 2000 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2012 pour l’édition française, traduit de l’américain par Vincent Delezoide; 384 p., 20,50 €€).

Le personnage de Keller occupe une toute petite place dans l’oeuvre de Lawrence Block : quatre titres de 1998 à 2007, et je le découvre seulement aujourd’hui. Keller est un tueur à gages, un professionnel compétent et cependant à cent lieues des stéréotypes qui habillent d’ordinaire ses collègues. Il va tuer comme on va au bureau, fait son boulot et retourne chez lui sans état d’âme. C’est même un homme charmant, simple et touchant qui, comme tout le monde, possède son petit hobby, une collection de timbres que ses contrats permettent d’enrichir régulièrement. Une femme, Dot, sert d’intermédiaire avec les clients et lui donne le détail des contrats à réaliser. Le livre est construit sur le va-et-vient entre les missions de Keller, très elliptiques (on ne le voit pas opérer, on se contente de le suivre, en avion, au restaurant, à l’hôtel, chez les marchands de timbres) et ses entretiens avec Dot, qui occupent la majorité des pages : des conversations menées sur le mode humoristique avec jeux de mots et coq-à-l’âne et dont le côté désinvolte jure avec les sujets abordés. Le piment est ici apporté par un tueur concurrent qui semble vouloir priver Keller de son gagne-pain en réalisant les contrats avant lui, et qu’il convient donc de démasquer et d’éliminer. C’est un polar léger, une récréation sans doute pour son auteur, qu’on avale avec plaisir malgré quelques longueurs.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 20 mars 2011. 27 km. (15298 km).

fomerey, 534

154 habitants

    Deux plaques blanches sont apposées sur le mur de la Mairie, qui a perdu son M, au centre du village, à un carrefour. Elles sont abritées par une espèce de portique métallique. De chaque côté, deux banquettes surélevées recueillent des pensées, des pieds de bruyère et une paire de baskets mise à sécher.

fomerey monument, 534

    Plaque 1.

Fomerey

A ses enfants

1914-1918

BRESSON Célestin

COLLENNE Jules

DUGRAVOT Achille

DUGRAVOT Paul Albert

RIVOT Gabriel

VAIVRE Jean

    Plaque 2.

Victimes de guerre

1939-1945

CHRISTOPHE Paul

BERGE Charles

TOUSSAINT Marcel

PIERRON Léon

LECOMTE Louis

          L’Invent’Hair perd ses poils.

créa'tifs, sauzet, 534

Aigues-Mortes

Sauzet (Lot), photo d’Hervé Bertin, 18 septembre 2008 / Aigues-Mortes (Gard), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 3 octobre 2008

Poil et plume. « Il vient d’arriver au prince de Salm un accident bien fâcheux. Son valet de chambre le rasoit; il se sentit une coupure à la joue : il y porta la main, le valet de chambre retira dans le même tems le rasoir, qui passant à travers les doigts du prince lui en coupa quatre. On croit qu’il en demeurera estropié parce que les muscles sont attaqués. » (Courrier du Bas-Rhin, numéro 101, du mercredi 18 décembre 1776)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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13 mai 2012 – 535

DIMANCHE.

Vie politique. J’allume la radio à 19 heures 59. Je l’éteins à 20 heures 01. J’en sais assez. Maintenant que l’on connaît le résultat de l’élection présidentielle, on peut en parler librement et tranquillement. Une chose m’aura étonné tout au long de cette campagne, c’est la constante référence aux « déçus de M. Sarkozy » ou aux « déçus du sarkozisme ». Je ne comprends pas que l’on ait pu être déçu par cet homme, tant il aura été prévisible. Car enfin, quand il s’est présenté à la présidence en 2007, il n’était pas tout neuf. Le Napoléon en short de l’Elysée se devinait aisément sous le Bonaparte de Neuilly et de la place Beauvau et il fallait être doté d’une belle naïveté pour croire qu’il allait changer aussi brutalement d’amis, de comportement ou de politique. Tout ce qu’il a fait, ses choix, ses attitudes, tout était aisément décelable avec un brin de jugeote. D’ailleurs il n’a pas déçu tout le monde, près de dix-sept millions de suffrages se sont portés sur lui et il faut croire que la politique et la manière dont elle a été conduite ces cinq dernières années auront convenu à pas mal de gens. Non, s’il y a lieu d’être déçu, ce n’est pas par Sarkozy lui-même mais plutôt par ceux qui l’ont entouré et servi pendant ces années. Il y avait quand même dans le tas des gens estimables, des gens avec des convictions, avec des idées, voire des idéaux, qui sait. Pendant cinq ans, ils ont joué de courbettes, se sont mués en carpettes, sans tiquer, sans moufter, gobant tout, avalisant tout et n’importe quoi de peur de perdre leur petite part de pouvoir. Serviles au point de faire passer Rama Yade et Jean-Louis Borloo pour d’audacieux contestataires, ce qui est tout de même fortiche. Ceux-là, oui, ont déçu, et les élections législatives qui arrivent leur montreront peut-être à quel point. Mais Sarkozy, encore une fois, n’a pas déçu. Il a fait ce pour quoi une majorité l’avait élu en connaissance de cause. Il ne faut pas se tromper de sens : c’est l’électeur qui fait l’élu et, pour prendre un autre exemple tiré de l’entourage du président déchu, ce n’est pas Nadine Morano qui est consternante, c’est le fait que plus de 23 000 électeurs l’aient choisie comme députée de la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle en 2007.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lituma dans les Andes de Mario Vargas Llosa en Folio.

Lecture. Une jeune fille aux cheveux blancs (Fanny Chesnel, Albin Michel, 2010; 222 p., 16 €€; sélectionné pour le Prix René-Fallet 2012).

Il est assez surprenant, à l’heure où tout peut être vérifié en quelques clics, de voir sous la plume d’une primo-romancière qu’on imagine donc soucieuse de donner une bonne impression à l’occasion de ses premiers pas dans le monde merveilleux – mais impitoyable – de la littérature, assez surprenant donc de voir le patronyme de Fernand Raynaud devenir celui d’un ancien président du Conseil, celui de Mike Brant se changer en marque d’électroménager et celui de Marvin Gaye en emblème de la communauté homosexuelle. Vous me direz, je n’ai appris qu’hier que l’égérie de Nietzsche n’était pas Lou-Andreas Salomé, comme je le croyais et l’écrivais – assez rarement, je le concède – mais Lou Andreas-Salomé. A chacun ses lacunes.

MERCREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). La Rivière noire d’Arnaldur Indridason (Métailié, 2011).

VENDREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Kate Moss de Françoise-Marie Santucci (Flammarion, 2008).

Le cabinet de curiosités du notulographe. La Montagne (Loire-Atlantique), photo (avec un accent de sincérité) de Bernard Bretonnière, mars 2012.

boite à idèe, hyper u, la montagne, bretonnière, 535

Pas trop à la fois

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 3 avril 2011. 29 km. (15327 km).

fontenay, 535

484 habitants

   Nous sommes devant l’’église, sur une avancée qui surplombe le centre du village. Un buste de Poilu en pierre blanche est posé sur une stèle, bras coupés au niveau des épaules, un étendard dans le dos. Il se trouve au centre d’’un parterre entouré d’’une grille noire. Au sol, des gravillons, une gerbe métallique, un ruban tricolore échappé d’’une composition de conifères encore posée sur une marche et une plaque :

Victimes civiles

Henriette DUPAYS

1940

Eugène GASPARD

1944

fontenay monument, 535

    Face :

1914-1918

Fontenay

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

1939-1945

    Gauche :

ROBERTON Charles 1914

TOULOUSE Henri 1914

VUILLEMIN Gustave 1914

LEROY Louis 1914

DEBAY Eric 1914

PIERROT Constant 1914

RICHARD Gustave 1915

LALEVEE Alfred 1916

 

VIGNERON Henri 1940

CLAUDEL Fernand 1942

   Droite :

FOUGEROLLE Edmond 1916

CHRISTOPHE Léon 1916

COLLOT Victor 1916

FLEURANT Edouard 1916

RICHARD Ernest 1918

HAILLANT Joseph 1918

LECOMTE Eugène 1918

BECKMANN Emile 1918

CLOSSE Robert 1943

GERARDOT Georges 1943

   L’’église est fermée mais j’’avais pris mes précautions lors d’’un précédent passage.

fontenay église, 535

          L’Invent’Hair perd ses poils.

cybèle coiffure, lyon, 535

Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 septembre 2008

             Poil et plume. « Ce fut dans cette petite ville d’eaux tranquille [i.e. La Bourboule] que Perec eut la pire frayeur de sa vie militaire. Il avait revêtu son uniforme de para pour aller se faire raser chez le coiffeur local. Ce dernier ne put que remarquer les petites ailes sur la vareuse de son client et la parano du para était telle, à l’époque, qu’il se mit à trembler – de peur ou de colère. Sa main chancelante approcha la lame du sabre sous le menton de Georges, puis descendit le long de la gorge, et le soldat du contingent comprit d’un seul coup que ce barbier risquait de la lui trancher… sinon par représailles, du moins du fait de son incontrôlable tremblement. Il se sentit défaillir et quitta précipitamment la boutique. » (David Bellos, Georges Perec : une vie dans les mots)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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20 mai 2012 – 536

MARDI.

Lecture. L’Amour du métier (Hit Man, Lawrence Block, éd. William Morrow, 1998 pour l’édition originale, Le Seuil, coll. Policiers, 2000 pour l’édition française, traduit de l’américain par Jean Esch; 288 p., 16,77 €€).

Après la légère déception occasionnée par la lecture du Pouce de l’assassin, roman dans lequel je découvrais le personnage de Keller, tueur à gages hors normes créé par Lawrence Block, j’ai retrouvé tapi au fond d’une étagère ce volume dans lequel il apparaissait pour la première fois. Et les réticences se sont envolées : ce qui chagrinait un brin dans le dernier roman, les longueurs, le manque de jus, est ici éliminé par le format choisi : ce sont des nouvelles, parues principalement dans Playboy, un format qui convient parfaitement à notre tueur : un contrat, une histoire, une tranche de la vie du personnage (Keller suit une thérapie, Keller achète un chien, Keller perd son chien, etc.), une nouvelle et on passe à la suivante. Du coup, j’ai beaucoup plus envie de lire les deux autres Keller traduits en français, Le Blues du tueur à gages et Keller en cavale.

MERCREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Ma vie balagan de Marceline Loridan-Ivens (Robert Lafont, 2008). Pour une fois, j’aurais bien aimé parler à la lectrice de ce livre. Lui demander si Marceline parlait d’Epinal, la ville où elle est née en 1928, si elle donnait son nom de jeune fille, si elle parlait de Perec, qui lui fit paraît-il une cour assidue – et infructueuse – en 1959. Bon, je n’ai plus qu’à acheter le bouquin.

JEUDI.

Lecture. Comme elle vient (Raphaëlle Riol, Rouergue, coll. la brune, 2011; 176 p., 17 €€; sélectionné pour le Prix René-Fallet 2012).

Page 98 : « Ca sentait la pâte à crêpes jusque dans le hall d’entrée de l’immeuble. Quand Marine a ouvert la porte, j’ai vu passer deux gamins déchaînés qui s’étaient collé des crêpes sur le visage en ayant pris soin d’en grignoter les coins afin de faire deux trous pour les yeux. »

Des crêpes avec des coins. Des crêpes carrées. On lit de  drôles de choses, parfois.

VENDREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Mon tour du « Monde » d’Eric Fottorino (Gallimard, 2012).

Football. SA Spinalien – Gazélec Ajaccio 1 – 1. Toute la magie du football corse : des joueurs, non dénués de qualités, qui viennent sur le terrain avec leurs propres règles auxquelles l’arbitre se conforme en tremblant dans son short.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rubrique nécrologique du Figaro, 3 mai 2012. Je me demande, les autorités qui régissent ce domaine me le diront, si l’on ne touche pas ici à la quintessence de l’aptonymie : l’aptonyme universel, l’aptonyme protée.

gagnepain, 536

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 10 avril 2011. 74 km. (15401 km).

fontenoy-le-château, 536

739 habitants

   Il faut passer devant la statue du poète Gilbert, contourner la Mairie, monter vers l’’église, gravir dix-huit marches pour trouver, au-delà d’’une grille aux deux battants ouverts, un monument sous forme de stèle massive en granit gris plantée au centre d’’une vaste esplanade. Des massifs de buis et d’’autres végétaux agrémentent la place. La colonne, entourée d’’une chaîne aux maillons rectangulaires, porte une médaille, une palme et l’’écusson aux armes de la ville.

fontenoy-le-château monument, 536

    Face :

1914-1919

Aux enfants de Fontenoy-le-Château

Morts pour la Patrie

   Droite :

38 noms sur deux colonnes, de BARBIER Camille à JACQUOT Louis

    Gauche :

34 noms sur deux colonnes, de JACQUOT Mansuy à BELLO Sévrin

    Dos :

Campagne

1870-1871

20 noms sur deux colonnes, de PRETOT Jules à VAUTRIN Hippolyte

   Deux dalles ont été ajoutées, adossées aux faces latérales, portant les noms des victimes de 1939-1945, d’’Indochine et d’’Algérie.

On remarque, dans la première liste, le nom d’’Alphonse Daubié, peut-être héritier de celle qui, avec Gilbert, constitue la gloire de la localité et fait l’’objet d’’une gigantesque fresque.

fontenoy-le-château plaque daubié, 536  fontenoy-le-château fresque daubié, 536

   L’’église est ouverte. A gauche, immédiatement après la porte d’’entrée, un monument dû à « La paroisse reconnaissante ». Sous un bas-relief signé H. Giscard et la mention « Enfants de Fontenoy tombés au champ d’’honneur », on trouve 82 noms, soit 10 de plus qu’’à l’’extérieur, rangés par année de décès, sur quatre colonnes.

fontenoy-le-château église, 536

         L’Invent’Hair perd ses poils.

haute coiffure, nancy, 536   haute coiffure, le havre, 536

Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de l’auteur, 24 septembre 2008 / Le Havre (Seine-Maritime), photo de Martine Sonnet, 24 mars 2012

Les dénominations sont banales mais les photos ont été retenues, l’une pour le contraste entre son aspect décrépit et sa raison sociale, l’autre pour son bel entourage de bouées et le musée qu’il abrite.

Poil et plume. « […] ce que j’ai aimé à Annecy, c’est le carrelage des chiottes, à Belgrade c’était le coiffeur au rez-de-chaussée et le hall de l’immeuble, à Londres un sandwich au concombre, à N.Y. ?… Les musées, ça va encore, mais les Parthénons, le folklore et la spiritualité, merde ! » (Georges Perec, lettre inédite)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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27 mai 2012 – 537

DIMANCHE.

Lecture. Carnet de notes 2001-2010 (Pierre Bergounioux, Verdier, 2012; 1280 p., 39 €€).

Nous y voilà. Au bout d’une lecture volontairement fragmentée, année par année, pour faire durer le plaisir. Car c’est est un, énigmatique peut-être, mais réel. Tiphaine Samoyault dans La Quinzaine littéraire a posé les données du problème : « La plongée fascinée que l’on peut faire dans cette lecture doit être expliquée. Comment se fait-il qu’on puisse être pris, de façon presque addictive, à ne plus pouvoir le lâcher, pour ce journal qui ne nous apprend rien qu’on ne sache déjà, qui répète jour après jour les mêmes choses, qui est foncièrement inintéressant ? Comment se fait-il qu’on n’en ressente aucun ennui, qu’il nous émeuve comme les grands livres savent faire ? » On parlait ici même, l’autre dimanche, des bergouniaques anonymes. J’en connais, j’en suis. Je lis pas mal de choses de façon mécanique, presque compulsive, parce que je ne sais faire que ça, je ne prête parfois pas plus d’attention à ce que je lis qu’à l’air que je respire. Bergounioux est un des rares auteurs qui me fasse réfléchir, me ramène sans cesse à moi-même, qui peuple mon intérieur de points d’interrogation. J’ai la conviction que tout ce qu’il dit sur lui peut se rapporter à chacun de ses lecteurs. J’ai donc lu, et souvent relu, chacune de ces pages avec précaution, avec lenteur. Par crainte, souvent, de passer à côté de quelque chose de fort, d’essentiel. C’est que chez Bergounioux, tout se vaut : un tournage avec Godard à Sarajevo est relaté sur le même ton qu’un étendage de lessive. Par sidération devant une hauteur de vue qu’on a déjà connue mais chez si peu de gens, celle qui prend quand on écoute Braudel ou Dumézil. Par goût, aussi, comme chez Proust, de trouver des sensations vécues enfin mises en mots, le goût des points communs qu’on aime, immodestement, à se trouver avec plus fort que soi. Quand Jacques Réda, dans un portrait de Bergounioux paru dans Le Préau des collines, dit de lui : « Il ne fume que des Gauloises. Ne téléphone jamais », je me dis que c’est moi, avec la Gitane maïs en lieu et place de la Gauloise. Des points communs, j’en ai trouvé de plus sérieux. L’âge d’abord. C’est qu’il devient, au début de la décennie qui l’occupe ici, mon exact contemporain. Je lis enfin le Bergounioux de la cinquantaine, il m’a enfin rattrapé. Et avec lui les effets collatéraux : le métier qui use, le corps qui demande plus de soin, les amis et parents qui s’en vont, la mesure de la chance apportée par une rencontre décisive qui nous a tirés du néant. Nous partageons aussi, désormais, des connaissances, je peux mettre un visage, une voix sur certains protagonistes de ce volume : le Spinalien Denis Montebello, Martine Sonnet, François Bon, Jacques Dürrenmatt, Françoise Gaillard qui ne rate aucun colloque des Invalides, Thierry Beinstingel, Eric Beaumatin, Frédéric Ciriez croisé un jour à Jaligny et d’autres comme Jean-Claude Bourdais ou Anne-Marie Emery qui, si je ne les ai jamais rencontrés, me sont devenus proches par la chimie notulienne. J’ai sillonné sa Corrèze, acheté ses livres dans la librairie d’Ussel qu’il visite chaque été, j’ai cherché sa trace à l’Ecole des beaux-arts. Bien sûr, nous ne lisons pas les mêmes livres, les siens sont trop costauds pour moi, et puis vous imaginez Bergounioux un Série Noire à la main ? Mais il y en a quand même : Painter, Hunter S. Thompson, Malinowski, Steinbeck, Remarque, Cueco, la nouvelle traduction d’Ulysse… Mais assez pour les considérations personnelles. Pour ce qui est des généralités, de l’étude approfondie de ce journal, des plumes plus autorisées et plus expertes que la mienne ont déjà fait le travail depuis qu’il est paru. Reste la possibilité de s’offrir une petite promenade au hasard des pages.

« Cela fera bientôt quarante-trois ans que je me suis enfermé dans un réduit, que la réalité se ramène aux quatre murs entre lesquels mon existence aura passé. » (p. 997) Assez. Ca ne tient pas. L’ermite de Gif-sur-Yvette n’a pas plus de réalité que l’ermite de Croisset. Faisons le bilan des déplacements effectués en une décennie, hors Corrèze et région parisienne : Allemagne, Jura, Bordeaux, Bari, La Rochelle, Toulouse, Cuba, Pontoise, Lille, Lyon, Nantes, Sarajevo, Cassis, Nancy, Gand, Bruxelles, Montpellier, Tours, Marseille, Amsterdam, Caen, Rennes, Chambéry, Rouen, Narbonne, Lagrasse, Périgueux, Poitiers, Saint-Etienne, Guéret, Lorient, Chartres, Aix-en-Provence, Figeac, j’en oublie mais c’est plus que je n’en aurai vu quand la lumière s’éteindra. Il aurait pu m’envoyer des photos de salons de coiffure.

« Saint-Céré est vide en ce dimanche de novembre. Le monument aux morts n’est pas exempt de sauvagerie. L’inévitable poilu a cloué au sol, avec sa baïonnette, l’aigle germanique. Et comme cela ne suffisait pas à terrasser l’orde volatile, il l’a achevé au moyen d’un gourdin primitif, torsadé, qu’il brandit d’une main, l’autre élevant le casque. » (p. 1243) Et l’on parlait de points communs. Quoique, en y réfléchissant bien, « l’orde volatile », ça ne me serait pas venu spontanément.

[Dans le train] « Enfin, devant moi, deux Bordelais, trente-cinq ans, épais, moustache. L’un d’eux va passer les trois heures du voyage à lire un journal de sport qui détaille, je crois, les rencontres de la prochaine coupe du monde de football. Me demande chaque jour un peu plus ce que je fais encore parmi les vivants. » (p. 166) J’aime aussi l’humour de Bergounioux, volontaire ou non. Surtout quand je me dis que je pourrais très bien être ce voyageur plongé dans L’Equipe. J’aime m’afficher avec du futile.

L’humour (in)volontaire, encore : « J’ouvre Les Cadres de l’expérience de Goffman que, pour une raison qui m’échappe, je n’avais toujours pas lus » (p. 764); « Je n’ouvre les yeux qu’à huit heures. On aura tout vu ! » (p. 196); mieux : « N’ouvre les yeux qu’à six heures et demie. Une honte. » (p. 260) « Sujet à une insomnie provoquée par un emballement du rythme cardiaque, une gêne qui me fait craindre un accident circulatoire. Me lève, passe au bureau où j’avais laissé le spray de Trinitrine. J’appuie sur le bouchon. Rien. Peut-être qu’une coiffe de protection recouvre la valve. J’essaie de la retirer, sans succès, descends chercher des pinces, à la cave, sans plus de résultat, et me résous alors à lire la notice. Il fallait presser cinq fois le bouchon, pour amorcer le spray. Il ne doit pas être loin de deux heures du matin lorsque je finis par m’endormir. » (p. 1099)

« C’est un Corail, et je me rappelle le premier train Corail que j’ai emprunté. C’était pour les congés de Pâques, à Limoges, en avril 1967. » (p. 167) Un des rares moments où l’on peut prendre Bergounioux en faute. Les voitures Corail doivent dater du mitan des années 70.

« Je porte un gros pull de laine bleue que Mam m’a tricoté il y a peut-être quarante ans. » (p. 775). On le connaît ce pull, il existe même en version écrue, on voit l’un ou l’autre sur nombre de photos. Une espèce de serpillère à boudins, un truc qui gratte rien qu’à le regarder. C’est pour ça, entre autres, qu’il faut acheter les livres de cet homme : pour qu’il puisse enfin s’offrir un petit cashmere avec ses droits d’auteur.

« A l’instant de repartir, une collègue me dit que la principale souhaite me voir. Je me rends au bâtiment administratif. On m’attendait pour m’annoncer que la Légion d’honneur m’a été décernée – le rectorat vient d’appeler. Je réponds que je n’en veux pas. » (p. 301). Erreur. Les décorations sont contingentées. En refusant une telle breloque, un homme de qualité laisse sa place au suivant sur la liste qui risque d’être un fâcheux ou un incapable notoire. C’est comme l’Académie française. Tant que Bergounioux ou Michon refuseront d’y entrer, on sera exposé à y voir trôner des Poivre d’Arvor ou des Philippe Meyer. Moi, je préfère le dire tout de suite, je prends tout : Légion d’honneur, Palmes académiques, Mérite agricole, médaille des sapeurs-pompiers et des donneurs de sang, je veux que ça tintinnabule sur mon veston.

« Je reprends l’Esquisse, que je termine vers une heure du matin. » (p. 462). J’ai eu peur, j’ai cru un moment que c’était L’Equipe.

« Beaucoup de voitures, de cars venus de Bretagne, à cause de la finale de football au Stade de France. La sorte d’existence que je mène me rend incompréhensible le fait de parcourir un millier de kilomètres pour assister, une heure et demie durant, aux évolutions de deux douzaines de bonshommes en culottes courtes derrière un ballon. » (p. 998). Vingt-deux bonshommes, Pierrot, pas vingt-quatre. Mais une heure et demie, c’est juste.

« Un garçon me dira encore que les Carnets de notes l’ont aidé à vivre et alors, la peine que c’est, jour après jour, de combattre le temps irréparable est justifiée. » (p. 1061) Un moment rare, là aussi : le seul, en 3500 pages de Carnets, où Bergounioux jette un oeil indulgent sur son oeuvre.

« Mme Leboissetier me propose d’assurer l’enseignement de littérature, pour lequel un poste vient d’être créé, à l’Ecole des beaux-arts. J’hésite. Je sais, pour l’avoir vérifié, il y a deux ans, combien il est plaisant de faire cours devant ces étudiants. Mais pour ingrat qu’il soit, mon public de collégiens me dispense, depuis le commencement, des tâches annexes, les corrections exceptées, qui sont la croix du métier. J’arrive, jette un oeil au cahier de textes et poursuis mon chemin… » (p. 634) Privilège de l’âge, il en faut bien, que je connais parfaitement. Une efficacité nécessaire, obligatoire, pour garder intact le temps imparti à la vraie vie : je suis capable en une séance, s’il le faut, de dépêcher mon cours, de corriger les travaux issus du précédent et de préparer ceux du suivant tout en épluchant Livres Hebdo et en remplissant une fournée de bulletins trimestriels. C’est fatigant, mais c’est la condition nécessaire au respect de la loi que j’ai édictée il y a une douzaine d’années et à laquelle je n’ai jamais dérogé : rentrer at home par le premier train, le cartable vide et l’esprit léger. Suffisamment désencombré pour rédiger, par exemple, une interminable notule sur Bergounioux.

« Je réponds courtement aux questions de Frédéric Ferney. » (p. 640). C’était pour l’émission Le Bateau livre, dont l’enregistrement a lieu le 29 mars 2006. C’est là que j’ai vu et entendu Bergounioux pour la première fois, su que je devais lire cet étrange bonhomme toutes affaires cessantes.

« Nous quittons Les Bordes, Cathy et moi, vers sept heures. […] Retardés par les gens de la Creuse et du Berry, qui n’avancent pas. » Ne pas oublier que Bergounioux est un automobiliste. Sur la route, il quitte sa grille de lecture marxiste pour se comporter comme vous et moi et prendre les plaques d’immatriculation pour des marqueurs socioculturels. Les Creusois roulent comme des limaces aux yeux des Corréziens. Les Vosgiens avancent comme des tortues aux yeux des Nancéiens mais les premiers considèrent les Meusiens comme des lambins alors que les seconds se font agonir par tout Mosellan qui se respecte. On est toujours le 88 ou le 23 de quelqu’un.

« Je me suis procuré des macarons, rue Bonaparte, et les remets à Cathy. » Bergounioux chez Pierre Hermé. On aura tout vu, comme dirait l’autre.

« Je fais quelques lancers mais la passion n’y est plus. » (p. 1177) Bergounioux ne pêchera plus. Plus le goût. Passion enfuie. J’en ai rêvé, peu après avoir lu ça. J’étais en vacances, en Creuse, et je n’allais pas à la pêche. On s’étonnait autour de moi. Je répondais que ça ne me disait plus rien. Quand je me suis réveillé, j’étais le plus malheureux des hommes. Si je perds ça et l’envie d’aller au stade, les deux fièvres qui m’accompagnent depuis l’enfance, qu’on m’abatte sans sommation.

« Cathy rentre de l’institut et repart presque aussitôt pour Versailles. Elle passera par l’hôtel des ventes où sont exposés de la vaisselle, des bijoux puis dans une boutique de vêtements dont elle me rapporte deux pull-overs. » Ca, pour sûr, c’est les pulls écrus. On tient la coupable.

« Il fait – 2° lorsque, à l’aube, je descends chercher le pain de la semaine ». (p. 835) On imagine qu’il le congèle ensuite pour les jours à venir. J’ai horreur du pain décongelé, ça n’a plus de goût, la croûte se détache, c’est une hérésie alimentaire. Quand Bergounioux m’invitera à manger, j’apporterai le pain.

MARDI.

En feuilletant Livres Hebdo. Agnès Bouquet, J’ai épousé un con : l’histoire de (presque) toutes les femmes, Pocket, 2012, 6,70 €€.

MERCREDI.

Lecture. Le Musée de l’Annonciade : Saint-Tropez (catalogue, Fondation Paribas/Ville de Saint-Tropez/Réunion des musées nationaux; 120 p., 22,87 €€).

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Patricia MacDonald, Personnes disparues (Albin Michel, 1997).

Lecture. Jeux de pouvoir (The Playroom, John Connor, Orion, 2004 pour l’édition originale, Le Masque, 2012 pour l’édition française, traduit de l’anglais par Michèle Garène; 480 p., 6,60 €€).

John Connor a fait partie de l’appareil judiciaire britannique pendant une quinzaine d’années avant de quitter son pays pour aller vivre en Belgique. Deux raisons qui légitiment sans doute le thème de son polar, une série d’enlèvements et de viols d’enfants qui mettent en cause des personnes haut placées dans la hiérarchie policière et politique de Bradford. Seulement une bonne connaissance des procédures et de l’actualité ne font pas forcément de vous un écrivain de polar. John Connor en administre la preuve à chaque page, peu aidé par une traduction paresseuse (« I need a favour » = « J’ai besoin d’une faveur »). La volonté de dépeindre une enquête menée sur les chapeaux de roue, de ne jouer que sur l’urgence avec en guise de leader une policière intrépide n’aboutit qu’à un embrouillamini indigeste et invraisemblable. On n’ira pas voir ce que devient l’inspectrice Karen Sharpe dans les autres romans de John Connor, qui semble lui avoir consacré une série.

VENDREDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 44 (octobre-novembre-décembre 2010, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 224 p., 25 €€).

Au menu du trimestre : Flaubert en groupie de Balzac, Louis Emon en ennemi de Baudelaire, Pierre Loti en citoyen de Rochefort, Rimbaud en employé de commerce, Jacques Vallet en critique de théâtre, Marc Décimo en interviewé et Gaston Chaissac en auteur de conte ci-dessous reproduit.

La carpe qui s’emmerdait

   Il y avait une carpe dans un joli étang qui s’ennuyait tout le temps qu’elle ne dormait pas et elle ne dormait guère. Elle avait beau marcher pour ne pas sentir le froid lui monter dans le dos, elle se sentait glacée, tandis qu’un riquiqui de ses parages ne cessait de frétiller de joie. Ah ! comme elle l’enviait cette carpe altière, pourtant sortie depuis longtemps de la misère. Mais vient à passer un maraudeur qui s’en allait à son travail et qui l’entendit soupirer comme une désespérée : « viens donc avec moi, ma jolie, ça te distraira. » Elle s’en sentit déjà toute réjouie, et ses inutiles efforts pour le suivre finirent de la remettre d’aplomb. Depuis elle frétille de joie à longueur de journée au côté du Riquiqui avorton de ses parages. Et quand j’aurais trouvé une moralité de cette histoire, à qui j’aurai voulu donner un peu l’allure d’une parabole, je vais la communiquer. En attendant j’écoute la T.S.F. qui gueule du Tino Rossi la gorge déployée en tenant un peu mes méninges au repos pour les réutiliser dès que l’occasion se présentera. Et merci à mes muses ainsi qu’à mon chétif stylo-bille.

Le Voyage en Polynésie (Jean-Jo Scelma, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1994; 1268 p., 27,95 €€)

« Anthologie des voyageurs occidentaux de Cook à Segalen »

Ce recueil vaut surtout pas sa première partie, « Les découvreurs », qui rassemble de longs extraits dus aux premiers visiteurs de Tahiti et des îles voisines : Wallis, Bougainville, Cook, Maximo Rodriguez, William Bligh, James Morrison, Vancouver, James Wilson. Les extraits sont longs (200 pages de Cook sur ses trois voyages, un régal) et donnent la mesure de la fascination exercée par la découverte de ces terres lointaines. Pour la seconde moitié de l’ouvrage, Jean-Jo Scemla a choisi de ranger les textes de façon thématique pour présenter les personnages principaux et les différents aspects de la société polynésienne. Le morcellement et la brièveté des textes ne produisent pas le même effet, l’aspect répétitif des propos finit par lasser même si dans cette section sont regroupés les cadors de la littérature sur le sujet : Loti, Stevenson, Melville, London et autres. Signalons également deux obstacles à une lecture pleinement satisfaisante : La mauvaise qualité des cartes et l’orthographe des noms propres locaux, soumise à d’incessantes variations au gré des auteurs et qui aurait mérité d’être uniformisée.

Curiosités : le volume propose des extraits du Curieux voyage sans la lettre A, lipogramme réalisé en 1853 par Jacques Arago à la suite d’un défi, et du texte de Georges Winter intitulé Un Vosgien tabou à Nouka-Hiwa, Souvenirs de voyage d’un soldat d’infanterie de marine paru en 1882-1884 dans le Bulletin de la Société de géographie de l’Est, à Nancy.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Cimetière de Gorhey (Vosges), photo de l’auteur, 5 février 2012. Modèle de pierre tombale à l’usage de mes descendantes.

gorhey, 537

SAMEDI.

Vie épistolaire. C’est le samedi matin que je rédige mon courrier. Une besogne qui me prend de plus en plus de temps depuis que je délaisse l’activité électronique au profit de la pratique manuscrite. On sait combien il est facile de s’emmêler les pinceaux dans les envois de courriels, on en a tous reçu qui ne nous étaient pas destinés, on a tous commis des bourdes suivies de plates excuses, on est trop pressé et Dieu nous a faits avec des doigts trop gros. Pour le courrier à l’ancienne, il ne faut pas non plus s’emballer, on a tôt fait de mélanger les enveloppes. Imaginez par exemple que ce matin j’aie glissé ma lettre destinée à Bergounioux dans l’enveloppe du centre de médecine préventive qui s’occupe du dépistage du cancer colorectal, et que j’aie adressé à l’ermite de Gif-sur-Yvette les échantillons organiques réclamés par le laboratoire. Vraiment de quoi aurions-nous l’air, j’entends déjà les commentaires, air connu.

Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 16 (15 juin 2011, 128 p., 15 €€).

Le temps nous manque pour présenter en détail ce numéro magnifique consacré aux saints (c’est le deuxième sur ce thème) : c’est la Science conduite aux plus hautes extrémités, qui se consacre, c’est le mot, à l’art de porter l’auréole, à la canonisation canine, aux saints sans tête et aux saintes sans seins. Un bijou.

Ma chère Lise (Vincent Almendros, Editions de Minuit, 2011; 160 p., 13,50 €€; sélectionné pour le Prix René-Fallet 2012).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 17 avril 2011. 82 km. (15483 km).

forge (la), 537

579 habitants

   Pas de monument aux morts visible.

L’Invent’Hair perd ses poils.

maxi mâle, marseille, 537 (2)  magn'hom, marseille, 537 (2)

Marseille (Bouches-du-Rhône), photos de Marc-Gabriel Malfant, 26 septembre 2008

   Deux enseignes quasiment synonymes.

Poil et plume. « Le cheveu est un poil qui a bien tourné. Chacun sait en effet que le terme de « poil » vous a un petit relent bestial qui ne satisfait pas les pensées convenables. C’est que le cheveu a quelque chose de noble, puisqu’il pousse sur la tête. De là son côté méprisant, qui autorise son porteur à l’émonder en public, au contraire des poils pubiens, abandonnés à leur prolifération libertaire ou rasés dans le secret de l’alcôve. » (Ce petit texte d’André Ruellan est tiré d’un minuscule catalogue d’une exposition collective « Panique universelle » qui a eu lieu en 1982 (24 mai au 17 juillet) à Bruxelles à la galerie-salon de coiffure « Le
Salon d’Art », 81 rue de l’Hôtel des Monnaies. Le galeriste-coiffeur-éditeur, Jean Marchetti, était déjà très chauve ainsi que plusieurs artistes exposés (Alechinsky, Abram Topor, Roland Topor) et le sol du salon était abondamment jonché de cheveux…)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

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