Mai 2013

5 mai 2013 – 576

DIMANCHE.

Lecture. Le Coup du hasard (A Stab in the Dark, Lawrence Block, Armonk, New York, 1981 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2013 pour l’édition française, traduit de l’américain par Alain Defossé; 208 p., 19,50 €€).

Dans le monde du roman policier, il faut parfois être patient. Il aura fallu plus de trente ans pour que cet épisode des aventures de Matt Scudder nous parvienne, permettant ainsi de placer une importante pièce de puzzle dans la biographie de ce personnage. Matt Scudder est en effet apparu au lecteur français comme un détective alcoolique repenti, interrompant régulièrement ses enquêtes pour se rendre à des réunions des Alcooliques Anonymes. Mais avant de carburer à l’eau claire et au café noir, Matt Scudder a bu et cela, on ne l’a découvert qu’après : ses premières apparitions, arrosées donc, datent de 1976 mais n’ont été traduites qu’à la fin des années 1990. Le Coup du hasard, s’il n’y a pas de chaînon encore manquant, précède immédiatement Huit millions de façons de mourir (1982, traduit en 1985) qui voit le privé rompre avec le goulot et entamer son idylle avec les A.A. Cela est bien emmêlé mais ne concerne et ne chagrine que le lecteur minutieux. Lequel oubliera bien vite ces contretemps pour suivre avec plaisir une histoire où, déjà, le parcours personnel de Matt Scudder se révèle aussi intéressant que sa quête d’un meurtrier.

LUNDI.

Presse. Vosges Matin du jour publie la nécrologie d’un certain Marc V. A la fin du résumé biographique habituel, on apprend que Marc V. « partageait sa vie avec son compagnon Jean-Jacques ». Cela n’a l’air de rien mais c’est la première fois – et en tant que lecteur éplucheur assidu de toutes les rubriques nécrologiques qui passent à ma portée, je puis sur ce point être formel – qu’une telle phrase, mentionnant qu’un homme vivait avec un autre homme, apparaît dans la presse locale. Une phrase simple, un fait apaisant et rassurant après les excès que ce sujet a suscités ces dernières semaines.

MERCREDI.

TV. Voyage au bout de l’enfer (The Deer Hunter, Michael Cimino, E.-U., 1978 avec Robert De Niro, John Cazale, Christopher Walken, Meryl Streep, support DVD).

J’avais vu ce film à sa sortie. Ce devait donc être en 1978, et c’était à Londres, à l’occasion de mon premier séjour en Angleterre. A cette époque, mon anglais était à l’état embryonnaire et je n’avais pas compris un traître mot des paroles échangées par les personnages. De plus, circonstance aggravante, mon voisin avait foutu le feu à son cendrier – on fumait alors dans les cinémas anglais – et j’avais passé une bonne partie de la séance à essayer avec lui de mettre fin au brasier dont la fumée se mêlait à celle dégagée par les scènes de guerre que l’on devinait à peine, dans le brouillard, sur l’écran. Ce baptême du feu ne m’avait pas empêché de deviner qu’il s’agissait d’un grand film, ce dont j’ai eu la confirmation ce soir. C’est l’oeuvre d’un cinéaste mégalomane comme les Américains savent en sortir de temps à autre avant de leur tourner le dos, Orson Welles, Terrence Malick, Cimino donc, des types qui ne sont pleinement heureux que quand ils ont réussi à ruiner leur carrière et leurs producteurs. En tout cas, cela faisait longtemps que je n’avais été pareillement secoué devant un écran.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. L’Echo des Vosges, janvier 2013.

4_nécrologie, bonhomme, 576 (2)

SAMEDI.

 Football. SA Spinalien – FC Bourg-Péronnas 3 – 2

IPAD. 18 mars 2012. 44 km. (18828 km).

grandvillers, 576

721 habitants

   Le Poilu braillard, désormais bien connu, pousse son cri par-dessus la route de Bruyères, en direction de la Forêt de Grandvillers. Le socle sur lequel il se dresse est situé au contre d’’un parterre carré, semé de cailloux clairs et ceint d’’une grille verte. A l’’avant, deux ogives d’’obus, à l’’arrière, un mât à drapeau.

grandvillers monument, 576

   Face :

Grandvillers

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

    Gauche :

1914

GUERIN J.  Commandant

VOINÇON E.  Sergent

CHAUFFOUR V.  M. des Logis

HERTEMENT L.  Caporal

1915

VILEMIN H.  Capitaine

BOULAY E.  Lieutenant

ROBINOT A.  Soldat

BEGEL H. « 

ROBERT L.   « 

SEVRIN J.   « 

BALLAND E.   Caporal

LEROY M.   Soldat

GERARDOT E.   « 

NOURDIN G.   « 

DELAITE C.   « 

ROBERT F.   ROBERT J.

CURIN Ch. L.

ROBERT A.

   Droite :

1916   JACQUEMIN     Soldat

HERTEMENT D.   DEMENGEON C.

1917

MARTIN L.   Soldat

GUYOT C.   « 

PIERRE E.   « 

ROBERT C.   « 

DEMANGEON G.   « 

GEORGE P.   « 

1918

PETITJEAN A.     S/Lieutenant

CHANAL L.   Sergent

DEMANGEON G.   « 

SIMER J.   M. des Logis

DORIDAT E.   Soldat

MENTER G.   « 

SEVRIN R.   « 

OZELLE J.   « 

CONRAUX G.   « 

   Dos : une plaque de marbre blanc porte les noms des victimes civiles et militaires de la guerre 1939-1945.

 L’Invent’Hair perd ses poils.

cizor's, paris, 576 (2)

Paris, rue Jean-Pierre-Timbaud, photo de Pierre Cohen-Hadria, 14 février 2009

             Poil et plume. Rébus de Roland Topor.

topor, 576 (2)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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12 mai 2013 – 577

DIMANCHE.

Lecture. Remise de peine (Patrick Modiano, Le Seuil, 1988, rééd. Points, coll. Signatures, P 261, 2013; 134 p., 7,10 €€).

Modiano a beau être, selon le mot de Robert Gallimard cité dans le Cahier de l’Herne consacré au romancier, « un écrivain né chez Gallimard », cela ne l’a pas empêché de donner, de temps en temps, du travail à d’autres éditeurs. Et pas avec des textes mineurs : son petit Ephéméride, paru au Mercure de France, condense quasiment tout ce qu’il veut donner à connaître de sa vie et les trois romans donnés au Seuil sont aussi importants que ceux siglés NRf. Remise de peine fait partie des oeuvres franchement autobiographiques de Modiano. Il y relate une période de son enfance passée en banlieue parisienne, sous la garde de personnages équivoques – les parents sont bien sûr absents, lointains. Cependant, le « je » autobiographique s’efface la plupart du temps derrière un « nous » qui englobe le jeune frère, dont on connaît le destin tragique. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu ce frère, dont le prénom (Rudy) n’est jamais donné, aussi présent dans un autre livre de Modiano mais je peux me tromper. Je n’ai pas lu les derniers romans de Modiano, je me suis un peu détaché de lui ces dernières années. Non pas que j’aie senti un quelconque fléchissement dans son oeuvre, Modiano n’a jamais déçu, mais pour des raisons qui tiennent davantage à l’homme qu’à l’écrivain. Je n’ai pas aimé la façon dont les membres de sa famille se sont tout à coup mis en avant, on se croirait chez les Delerm, la fille qui chante, la femme qui commente (dans le Cahier de l’Herne, entre autres, ces révélations : « Pour lui, les lieux, les gens, les noms sont une suite infinie de mystères qu’il faut élucider », « Il peut rester là, un temps infini, la tête levée vers un immeuble, à rêver de ramener à la surface, tels des revenants, tous les gens qui ont habité là successivement », c’est comme si, me confiait au moment de sa sortie un des premiers lecteurs de ce Cahier, Paulette Perec nous apprenait que « Georges passait beaucoup de temps à faire des listes »), je n’ai pas aimé ce que j’ai appris sur la confection de ce fameux Cahier de l’Herne, sur la mise à l’écart de l’auteur de la biographie de Modiano… Broutilles, sans doute, mais qui m’ont un moment détourné de l’auteur vers lequel je reviens, aujourd’hui, avec le même plaisir qu’avant.

JEUDI.

Lecture. La Danseuse du Gai-Moulin (Georges Simenon, Fayard, 1931, rééd. Rencontre, 1967, in Oeuvres complètes Maigret II; 632 p., s.p.m.).

L’histoire se déroule à Liège, ce qui permet une confrontation intéressante entre la police locale et Maigret, représentant de la police française. Maigret, d’ailleurs, qui n’est qu’une silhouette dans la première moitié du roman et qui ne fait sa véritable entrée qu’à la fin du sixième chapitre. Cette discrétion lui permet de se livrer à sa méthode préférée, celle de l’imprégnation, pour tirer au clair l’énigme que constitue la mort d’un étranger nommé Graphopoulos dans un cabaret de la ville et surtout innocenter deux mauvais garçons immédiatement soupçonnés.

VENDREDI.

Vie littéraire. Je retourne par le 7 heures 38 à la bibliothèque de Saint-Dié, histoire de me livrer à quelques vérifications dans mon enquête Gengenbach. Mon texte est prêt et n’appelle plus que quelques éventuelles retouches, suite à mon travail d’aujourd’hui et à un entretien que je dois avoir la semaine prochaine à Gruey-lès-Surance. Tout d’abord, je veux m’assurer que je n’ai pas rêvé et que l’homme qui m’affirma au téléphone « Je n’ai jamais rencontré Gengenbach »  – en appuyant sur « jamais » – avait bien écrit à celui-ci le 26 décembre 1978 qu’il avait fait développer les photos prises de lui au mois de septembre précédent. Les écrits étaient bien restés dans le dossier, avec d’ailleurs des notes prises par ce monsieur lors d’une première visite à Gengenbach en juillet 1978. Ouf. C’est que je n’étais plus sûr de rien dans ce chantier, qui parvient même à troubler mon sommeil. Qu’on en juge. La semaine dernière, j’ai appris que venait de sortir un Dictionnaire Breton dû à Henri Béhar. Tout le monde ne connaît peut-être pas Henri Béhar, disons, pour faire court que pour ce qui est du surréalisme, c’est une pointure, rayon grandes tailles. Comme je ne voulais surtout pas marcher sur ses brisées, j’ai contacté immédiatement Henri Béhar, qui ne me connaît pas bien sûr mais que je vois chaque année au Colloque des Invalides, histoire de savoir s’il avait consacré dans son bouquin un article à Gengenbach. Il m’a aimablement répondu, son article ne parle que des rapports de celui-ci avec André Breton et est donc suffisamment éloigné de mes préoccupations pour que je puisse continuer sereinement. Henri Béhar m’a demandé de lui communiquer le fruit de mes recherches qui, je le rappelle, ne concernent que les conditions dans lesquelles les archives de Gengenbach sont parvenues à la bibliothèque de Saint-Dié. Ce que je ferai le moment venu. Mais que j’ai fait immédiatement dans ma vie onirique. Je recevais alors, dans mon rêve, un mot de Béhar me disant que tout ce que j’avais « découvert » était connu depuis des années et que mon article était « transparent ». Je me suis réveillé me demandant ce qu’il voulait dire par là mais en devinant que ce n’était pas un compliment… Gengenbach, je t’en supplie, sors de ce corps…

Le cabinet de curiosités du notulographe. Photo intitulée « Mme Boigey » envoyée à Ernest de Gengenbach le 23 février 1971 par M. Aimé Clément, receveur distributeur des PTT à Vosne-Romanée (Côte-d’Or), fonds Gengenbach, bibliothèque de Saint-Dié-des-Vosges (Vosges).

envoi du receveur des postes de vosne-romanée à gengenbach, 577 (2)

SAMEDI.

 IPAD. 25 mars 2012. 73 km. (18901 km).

granges-de-plombières (les), 577

Commune de Plombières-les-Bains

   Le monument est situé sur le territoire de Plombières, qui n’’a avalé l’’ancienne commune des Granges qu’’en 1991. Un coq doré chante au sommet d’’une colonne ornée d’’une Croix de Guerre et d’’une Croix de Lorraine. Le pourtour est un polygone dont les angles sont matérialisés par des ogives d’’obus à tétons dorés.

granges-de-plombières (les), monument, 577

Les Granges de Plombières

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

    Gauche : 30 noms d’’ARNOUX A. à CREUSOT L. (dont un CHEF A.)

Dos : 3 noms sous les dates 1939-1945

Droite : 31 noms de CREUSOT H. à VIRY A. (dont 4 JEANVOINE, 3 LAMBERT et 3 LEYVAL).

  L’Invent’Hair perd ses poils.

ajust'tif, la turballe, 577 (2)

La Turballe (Loire-Atlantique), photo de Patrick Chartrain, 15 février 2009

              Poil et plume. « Les soldats dans l’’autocar hier, « en permission »; l’’un d’eux pince les cordes d’’une guitare, un autre tripote son chapelet; la coupe de cheveux mal faite, irrégulière, des jeunes garçons et alors ma tirade muette, « contre les coiffeurs »; puis dans la nuit, encore les soldats, s’’en revenant du Grado vers la caserne de Cervignano, tous muets comme après un match de football perdu, dans une tristesse puissante. » (Peter Handke, Hier en chemin)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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19 mai 2013 – 578

DIMANCHE.

Lecture. Marcus (Pierre Chazal, Alma, 2012; 336 p., 17 €€).

Lecture commandée par la sélection de ce titre pour le Prix René-Fallet 2013.

LUNDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

MARDI.

Vie littéraire. A la radio j’écoute un morceau d’Offenbach tandis que je conduis avec belle assurance sur la route qui mène à Gruey-lès-Surance où naquit un beau jour mon ami Gengenbach. Mme C. m’attend avec quelques documents qu’elle a exhumés de ses archives familiales. Je reconstitue avec elle un arbre généalogique assez complexe sur lequel elle apparaît comme étant la fille d’une cousine d’Ernest le poète. Elle ne se souvient pas de lui, même s’il a rendu une fois visite à sa famille lorsque celle-ci habitait au Lavandou, une visite destinée à se procurer de l’argent bien entendu. Gengenbach est mentionné dans un livre qu’elle me montre et qui rassemble les lettres de Poilu de son grand-oncle. Mieux, elle a déniché copie d’une longue lettre de Gengenbach écrite à ses grands-parents à elle, une lettre de tapeur, il ne semble n’avoir écrit que ça. Je la donnerai à la bibliothèque de Saint-Dié, ce sera ma petite contribution au fonds. Elle me montre la maison de la famille, je photographie, le monument aux morts, je connais mais je fais un gros plan sur le nom du père, et me conduit à la Mairie. Madame le Maire ouvre pour moi les registres d’état-civil, acte de naissance d’Ernest Gengenbach, je photographie. Selon elle, je suis le premier à venir au village sur les traces du poète – ce qui n’est pas tout à fait vrai. Elle me dit qu’elle ignore tout de cette célébrité locale, alors qu’elle a, en vain, cherché des traces d’un autre artiste de la commune, un peintre nommé Marcel Levieux dont j’apprends ainsi l’existence. Rentré au bercail lesté et ravi de ces découvertes, je trouverai toutefois les reproductions de trois aquarelles de Levieux dans un livre de Roland Conilleau, Les Vosges et les peintres. J’en enverrai copie en guise de remerciement.

MERCREDI.

Vie littéraire. Dernier entretien, avant bouclage, avec un membre de ma famille qui a connu l’abbé Gengenbach, frère d’Ernest. Et qui n’en a gardé aucun souvenir. Je mets ici un point final à mes recherches. Final ? C’est peut-être excessif. Disons que pour ce qui est de mon travail pour Histoires littéraires, je peux considérer que j’en ai terminé mais il va de soi que le bonhomme, qui m’a hanté pendant trois mois, continue de m’intéresser. J’ai encore quelques pistes qui ne demandent qu’à être approfondies à son sujet et que je ne manquerai pas d’arpenter le moment venu. En attendant, je suis ravi d’avoir pu, pour la première fois, mener un véritable travail de recherche littéraire et ce sur un terrain relativement vierge. Il y aurait bien entendu une vraie biographie de Gengenbach à entreprendre, Jean-Paul Goujon le répète souvent. Ce serait un travail gigantesque au vu de la vie qu’a menée le bonhomme et du récit qu’il en a fait, à multiples reprises et de façon très changeante, il faudrait démêler la part du vrai et du faux dans chacun de ses propos. Mais plutôt que la taille ou la durée du chantier, ce sont mes limites techniques qui me font reculer, on ne s’improvise pas biographe comme ça. D’autant que je crois savoir que d’autres personnes ont ce projet en vue… Si je peux donner un coup de main à l’un ou à l’autre, ce sera amplement suffisant pour un petit bonhomme comme moi.

VENDREDI.

 Football. SA Spinalien – Red Star FC 93 2 – 1.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Nantes (Loire-Atlantique), photo de Christophe Hubert, 7 octobre 2012.

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SAMEDI.

IPAD. 25 mars 2012. 73 km. (18901 km).

granges-sur-vologne, 578

2373 habitants

   De chaque côté de l’’église se tient une statue surélevée, entourée d’’un parterre de tulipes fraîchement sorties de terre et de rosiers taillés. Le socle du monument de gauche est fait de blocs de granit empilés et jointoyés, il est signé « Ch. Marchal à Granges ». Au-dessus, deux soldats dos à dos : l’’un est occupé à viser avec son fusil, l’’autre, à genoux, main sur la poitrine, vient d’’être touché par une balle.

granges-sur-vologne monument 1, 578

Aux soldats morts

Pour la Patrie

Granges

    Droite :

Aumontzey

Jussarupt

Champdray

    Gauche :

Barbey-Seroux

Rehaupal

Herpelmont

   Dos :

Erigé par souscription publique

 

A droite de l’’église, dans le même enclos donc, c’’est une femme qui surmonte une base de granit uni. Elle porte d’’une main une couronne de laurier, de l’’autre une petite Victoire ailée. A ses pieds, un casque de Poilu. La composition est signée « Déchin 1920 ».

granges-sur-vologne monument 2, 578

Granges

A ses héroïques enfants

Morts pour la Patrie

1914-1918

    Sur la base :

Hommage à nos morts

1939-1945

    Les noms sont à l’’intérieur de l’’église, sous une fresque où l’’on peut lire « Hommage à nos morts / Hommage à la Sainte Vierge ». Ils vont de G. ANDLAUER à J. VIFFLIN et sont inscrits sur deux croix grises, de part et d’’autre d’’un autel fleuri qui supporte une statue de Vierge à l’’Enfant.

granges-sur-vologne église, 578

              L’Invent’Hair perd ses poils.

elle d'coiff, salornay-sur-guye, 578 (2)  ld'coiff., ambrières-les-vallées, 578 (2)

Salornay-sur-Guye (Saône-et-Loire), photo de Bernard Gautheron, 31 octobre 2008 / Ambrières-les-Vallées (Mayenne), photo de Martine Sonnet, 13 août 2012

 Poil et plume. « Le garçon coiffeur, qui travaillait dans le salon voisin du collège, venait, comme tous les jeudis, de s’installer avec ses instruments dans le petit parloir, pièce abandonnée qui ne servait plus guère qu’à cette occasion, et il était très entouré; ceux qui venaient de se faire couper les cheveux restaient; des curieux entraient causer un moment, surtout les anciens camarades du garçon coiffeur : il était l’un des mauvais élèves qui avaient dû quitter le collège sans parvenir au bachot, et il revenait, fier, méprisant, couper les cheveux de ceux qui restaient enfermés. » (Henri Thomas, Le Seau à charbon)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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26 mai 2013 – 579

DIMANCHE.

Vie familiale. J’envoie les notules de bonne heure, au risque de les priver de leurs vertus apéritives. Nous partons pour Montbéliard où se déroule une cérémonie familiale. C’est la première fois que je revois mon frère depuis le drame qui l’a frappé. Il est devenu si maigre qu’il passerait aisément entre le mur et le papier peint.

LUNDI.

Vie littéraire. J’envoie mon article sur Ernest de Gengenbach et me tourne vers d’autres échéances avec la rédaction du prochain bulletin de l’Association Georges Perec. Après quoi je reviens à Gengenbach pour réactiver quelques réseaux dormants du côté de Plombières-les-Bains (musée Louis-Français), Epinal (institution Saint-Joseph) et Padoue (faculté de lettres et de philosophie). J’espère, dans ce dernier cas, avoir plus de chance avec l’université italienne qu’avec l’université française. Depuis que j’ai entrepris ce chantier, à toutes les portes où j’ai frappé, dans les bibliothèques, dans les établissements scolaires, au diocèse, en notulie, chez des particuliers, on m’a répondu. Il n’y a que chez les universitaires – je mets de côté Henri Béhar qui est d’une dimension particulière – que je n’ai rencontré aucun écho et où je me suis heurté à un mur. J’en ai vite conclu que lesdits universitaires étaient trop occupés pour me répondre, vite sinon j’aurais volontiers cédé à un confortable penchant paranoïaque en ne voyant chez ces gens qu’indifférence (d’où sort cet avorton ?), mépris (qui n’est même pas du sérail) ou crainte de la concurrence (ce qui, au vu de mon envergure, confine au comique mais qui confirmerait ce que j’ai déjà pu observer dans les sphères perecquiennes).

Lecture. Le Dément à lunettes (Lady, Lady, I Did It, Ed MCBain, 1961 pour l’édition originale, première édition française Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 644, 1962, rééd. in « 87e District 2 », Omnibus, 1999; 940 p., 145 F).

Le héros de cette histoire est Bert Kling, collègue de Steve Carella au commissariat du 87e District. Héros involontaire puisque sa fiancée est victime d’une fusillade dans une librairie. C’est l’époque où l’on pouvait tuer quatre personnes d’un coup dans une librairie, c’est dire si ça date. Le commissariat se mobilise et découvre que la fiancée de Kling avait aidé une jeune fille victime d’un viol à avorter. L’enquête policière est impeccable, on en a l’habitude, comme le traitement des personnages, mais le sujet laisse à Ed McBain l’occasion de dévoiler son côté moralisateur qui n’est pas ce qu’on préfère chez lui. La loi punit l’avortement, quelles qu’en soient les causes, la loi est la loi, tel est l’essentiel de son message. On peut goûter son oeuvre policière sans adhérer à ses idées.

MARDI.

Vie littéraire. Du nouveau dans l’affaire Gengenbach. Cette fois, c’est mon passé musical qui, de façon inattendue, m’ouvre de nouvelles perspectives. Un musicien québécois m’apprend qu’il a croisé, à Metz, il ya quelques années, un groupe dans lequel officiait un nommé Gengenbach. Le nom étant peu courant, cela valait sans doute la peine de creuser de ce côté-là. Je n’ai jamais joué avec le groupe en question mais il est possible que certains de mes anciens camarades de scène l’aient fait. Je m’informe, j’obtiens confirmation et les coordonnées du bonhomme, prénommé Daniel. Je lui envoi un message, il me répond immédiatement, ce n’est donc pas un universitaire. Je lui demande s’il connaît Ernest, il me répond que c’est son tonton. Dans le mille. Il me dit être en possession de toute la généalogie Gengenbach et que « le sujet « Ernest », parrain d’une de mes soeurs, était « tabou » chez nous devant mes parents mais pas entre frères et soeurs. » J’espère en savoir plus mais il n’a pas encore répondu à ma demande de rencontre. A suivre, j’espère.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. Rubrique nécrologique, Le Monde, 10 novembre 2012.

avis de décès, bonnemort, le monde, 10-11-2012, 579 (2)

SAMEDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

 IPAD. 9 avril 2012. 95 km. (18996 km).

graviers (les), 579

commune de Saulxures-sur-Moselotte

   Pas de monument aux mots visible.

L’Invent’Hair perd ses poils.

axe & cible coiffure, villeurbanne, 579  axel'hair, lyon, 579

Villeurbanne (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 14 mars 2009 / Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 3 novembre 2011

Poil et plume. « Je mets un peu de gel, m’a-t-elle répété.

– Euh…, merci, non, ça va aller », j’ai fait.

Alors elle m’a passé un coup de brosse autour du cou et sur les épaules avant de me mettre un miroir entre les mains. Elle a retourné mon fauteuil et, par un savant jeu de reflets, m’a fait voir ma nuque.

– « Ca va comme ça ?

– C’est parfait, j’ai dit. C’est très bien. » (Joël Egloff, « Les jours raccourcissent », in Libellules).

Bon dimanche,

Philippe DIDION