Mai 2014

11 mai 2014 – 623

LUNDI.

Lecture. Mémoire assassine (Mortal Memory, Thomas H. Cook, G.P. Putnam’s Sons, 1993 pour l’édition originale, Points P 3169, 2011 pour l’édition française, traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc; 336 p., 7,60 €).

On a assez lu de Thomas H. Cook ici pour savoir que tous ses polars tournent autour de la famille. Familles usées, décomposées, détruites, jamais heureuses. Celle du narrateur a été anéantie lorsqu’il avait neuf ans et que son père a tué, à coups de fusil, sa mère, son frère et sa soeur avant de disparaître dans la nature. Bien des années plus tard, une femme entreprend d’écrire un livre sur le drame et rencontre le rescapé. Celui-ci plonge dans ses souvenirs et remet au jour, petit à petit, les fragments de sa vie d’alors au long d’une série d’entretiens. C’est une véritable entreprise psychanalytique, avec transfert et contre-transfert, qui permet au narrateur de tracer un parallèle entre le père qu’il a connu quand il était enfant et ce qu’il est devenu, lui, adulte. Au point que l’enjeu du roman devient la possibilité qu’il en arrive à commettre le même acte, une issue présente à l’esprit du lecteur tout au long du livre. C’est une parfaite réussite, une histoire tenue de bout en bout malgré la lenteur du dévoilement, qu’il était temps de traduire près de vingt ans après sa sortie aux Etats-Unis.

MERCREDI.

 Lecture. Le Temps d’arriver (Aurélien Manya, Gallimard, coll. L’Arpenteur, 2013; 176 p., 17,50 €).

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2014.

 Obituaire. J’apprends le décès de JPL, survenu à Thionville au début de ce mois. JPL était mon exact contemporain : nous avons partagé trois années d’études à Nancy et même passé l’une d’elles dans la même chambre d’internat. Il était originaire de Jarny, issu du Lycée Jean-Zay dont il se plaisait à nommer les anciens élèves les Jean-Zayriens. C’était un type charmant, du genre extraverti, aimant à se donner des allures de grande folle – La Cage aux folles était d’ailleurs son film fétiche, qu’il alla voir une bonne douzaine de fois au moment de sa sortie. Je n’avais pas entretenu de lien avec lui après nos années de formation, mais sa mort me touche par le souvenir des moments partagés et surtout par ce qu’elle implique : la confirmation du fait que les trous dans les photos de classe, occasionnés jusqu’ici de façon exceptionnelle par des accidents ou des suicides, peuvent désormais survenir de façon naturelle par la maladie ou l’usure.

SAMEDI.

Films vus. A la poursuite d’Octobre Rouge (The Hunt for Red October, John McTiernan, E.-U., 1990)

Amour et Turbulences (Alexandre Castagnetti, France, 2013)

Alceste à bicyclette (Philippe Le Guay, France, 2013)

L’Ecume des jours (Michel Gondry, France – Belgique, 2013)

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Paris, avenue Richerand, photo de Pierre Cohen-Hadria, 30 octobre 2009

LUNDI.

Relecture. Cent ans de solitude (Cien anos de soledad, Gabriel Garcia Marquez, Editorial Sudamérica, Buenos Aires, 1967 pour l’édition originale, Editions du Seuil, 1968 pour l’édition française, traduit de l’espagnol par Claude et Carmen Durand, rééd. Points P n° 1; 480 p., 8 €).

La lecture des rubriques nécrologiques qui ont accompagné sa disparition il y a quelques semaines m’a appris qu’avec ce roman et quelques autres, Gabriel Garcia Marquez avait créé une sorte de genre littéraire appelé le réalisme fantastique, ou quelque chose d’approchant. Je n’avais aucune connaissance de cela lors de ma première lecture de ce livre, il y a trente ans, et je m’en bats l’oeil aujourd’hui avec vigueur. Par sa force, son souffle et sa démesure, Cent ans de solitude échappe à toute tentative de théorisation : c’est un ouragan, un livre monde comme il y en a peu, qui vous emporte dès sa première phrase : « Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace. » A partir de là, le lecteur est fichu, embarqué pieds et poings liés pour une aventure qui le tiendra captif pendant des centaines de pages, le laissant tout juste capable de regretter qu’il n’y en ait pas des milliers. Garcia Marquez raconte l’histoire de Macondo, petit village isolé de la côte caribéenne, et de la famille Buendia, celle de son fondateur. C’est une succession ininterrompue d’histoires innombrables qui mettent en scène des personnages par dizaines, par centaines. On ne voit comme concurrents à Garcia Marquez dans ce domaine que la Bible, l’Odyssée, Joyce, Cervantès ou Rabelais. Et comme successeur le Perec de La Vie mode d’emploi. Perec avait lu Cent ans de solitude, il lui avait emprunté, pour son roman monde à lui, le nom d’un personnage (Crespi) et un certain nombre de citations semées au gré des chapitres. Il en avait repris l’aspect foisonnant et le thème principal qui est celui du « faire pour mieux défaire », celui de Pénélope tissant et détissant sa toile, celui qui gouverne une partie de la vie du colonel Aureliano Buendia, « lequel échangeait ses petits poissons contre des pièces d’or, puis transformait les pièces d’or en petits poissons, et ainsi de suite » et qui sera au centre de celle de son héros, Bartlebooth avec ses marines transformées en puzzles, reconstituées et détruites à l’endroit même où il les a peintes. Comme avec Perec, il est difficile d’aller au-delà du plaisir pur de la lecture pour analyser ce qui est caché dans l’oeuvre. On peut trouver dans celle de Garcia Marquez l’idée très proustienne que chaque individu n’est que la somme des êtres qui l’ont précédé, on peut y trouver les fondations de ce fameux réalisme fantastique (si c’est bien son nom) et sans doute bien d’autres choses. On peut aussi, et c’est ce à quoi je me bornerai, s’émerveiller devant un « grand escogriffe qui s’empiffrait un demi-cochon de lait à déjeuner et dont les vents faisaient se faner les fleurs », devant le corps lourd de plomb du capitaine Aquiles Ricardo « qui se défaisait comme du pain mouillé », devant le colonel assis sur sa chaise dans la rue attendant que passe son enterrement et mille autres images de la même avoine dont je me suis nourri avec délectation au cours de cette lecture qui devait me faire la semaine et qui a duré trois jours.

MARDI.

  Vie touristique. Je visite enfin le musée Bonnard au Cannet (Alpes-Maritimes). Enfin parce que cela fait plusieurs années que j’ai ce projet sans pouvoir le réaliser à chacun de mes passages dans cette région. En 2011, le musée n’existait pas, en 2012 il était déjà fermé pour travaux, en 2013 je m’y étais présenté le jour de la fermeture hebdomadaire. Le site est parfait, un bâtiment dont les salles sont distribuées sur cinq étages avec une terrasse dominant la baie maintes fois peintes par Bonnard depuis sa maison du Bosquet, située un peu plus haut sur la colline. La visite montre combien il est difficile et méritoire, aujourd’hui, d’ouvrir un tel lieu, consacré à un artiste majeur dont les oeuvres sont déjà accrochées à Paris, Washington, Philadelphie ou Pétaouchnock. Heureusement, les prêts du musée d’Orsay, qui doivent être tournants, permettent de garnir les murs et puis Bonnard n’est pas seul dans ce musée, bien épaulé qu’il est par Vallotton et mon cher Vuillard.

MERCREDI.

Vie sanitaire. Au début, on rigolait quand Caroline nous disait qu’à la pharmacie, elle voyait passer des ordonnances provenant de médecins lointains pour des clients habituels. Ceux-ci profitaient de leurs vacances en Bretagne, en Provence, en Aquitaine ou ailleurs pour aller consulter des docteurs, des spécialistes difficiles à approcher chez nous. Aujourd’hui, on ne rigole plus, Caroline et Lucie ont rendez-vous chez un ophtalmologiste de Mandelieu – La Napoule, rendez-vous pris facilement il y a quelques semaines à peine. L’ophtalmologie est devenue inaccessible dans les Vosges : les cabinets ne répondent plus au téléphone, n’acceptent plus de nouveaux clients, donnent des rendez-vous avec des délais au moins semestriels. Peu à peu, les autres spécialités suivent le même chemin. M’est avis qu’un jour, ce ne seront pas les belles automobiles, les belles maisons, les belles femmes ou les beaux zéros alignés sur leurs fiches de paie que l’on enviera chez les footballeurs professionnels : ce sera le fait d’avoir à leur disposition, au sein de leur club, une noria de médecins, de soigneurs et de kinés aptes à les soigner immédiatement au moindre bobo.

Football. AS Monaco FC – EA Guingamp CA 1 – 1. Je l’avoue, mon intérêt pour le football a désormais du mal à dépasser la modeste sphère du club d’Epinal. Si j’avais un jour à choisir entre une finale de Coupe du monde et un match entre le SAS et Raon-l’Etape, je filerais dare-dare me geler les nougats à la Colombière. Mais là, l’occasion était trop belle de voir un match de haut niveau dans un beau stade avec de beaux joueurs bien soignés. La Didionnée est au complet – ce qui ne serait pas le cas pour un SAS – Raon – et tient à le faire savoir avec ses moyens propres : Caroline envoie des SMS, j’envoie une carte postale. L’En Avant de Guingamp vient au stade Louis II tout auréolé de son récent exploit, celui d’avoir été la quinzième équipe à battre le Stade Rennais cette saison, et donne du fil à retordre à Monaco. Le match est peu engagé, le public bon enfant, c’est du football de vacances, rien à voir avec un derby vosgien.

JEUDI.

Vie touristique. Qu’est-ce qui m’a pris de vouloir aller à Saint-Paul-de-Vence ? Nous avions pourtant soigneusement évité cet endroit lors d’une lointaine visite à la Fondation Maeght, flairant l’arnaque, même de loin. Avec les années, la vigilance a dû s’endormir. Il a fallu, pour arriver jusque là, s’embourber dans le vide-greniers de Pégomas, traverser Grasse la lépreuse et suivre la peu avenante vallée du Loup. Saint-Paul : parc de stationnement Vinci plus cher qu’à Monaco, boutiques de plume-touristes, galeries pseudo-artistiques, puanteur de lavande à chaque pas-de-porte, Riquewihr sans les cigognes et le Mont-Saint-Michel sans la Mère Poulard. Et avec ça, pas un coiffeur.

VENDREDI.

Vie littéraire. Je viens à bout des devoirs de vacances que j’avais emportés : le Bulletin Perec n° 64 et un article sur les faux de Sionne.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Agriculture lettrée à Maconcourt (Vosges), photo de l’auteur, 1er novembre 2013.

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SAMEDI.

IPAD. 5 mai 2013. 86 km. (22351 km).

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177 habitants

   On a le sens de la récupération et de l’économie à Juvaincourt : c’est un ancien calvaire qui, grâce à trois plaques collées sur sa base cubique, a été reconverti en monument aux morts. On l’a placé derrière l’église, en bordure d’un parc de stationnement, entre un lampadaire bleu et un mât à drapeau.

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A nos morts

1914-1918

    Gauche :

GAUDE Edmond     3 octobre 1914

APPARUT Camille     3 octobre 1914

TOUSSAINT Jules     22 mars 1915

FURY Aimé     8 avril 1915

PAGEOT Paul     12 mai 1915

BAUDOIN Hyacinthe     5 juin 1915       Adjt

JACOPIN Emile     Mort en déportation

   Droite :

BASTIEN Jean-Joseph     7 mars 1915

ADAM Charles     25 septembre 1915       Capt

GARDEUX Lucien     27 février 1916       Sert

SPIESZ Paul     11 mars 1916       ComDant

BLONDIN Camille     4 mars 1917

BASTIEN Marc     20 novembre 1918

HOFFMANN Jean FFI     13 septembre 1944

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Sallanches (Haute-Savoie), photo de Laurent Lagarde, 24 juin 2009 / Saint-Memmie (Marne), photo d’Yves Lambert, 11 mai 2011

 Poil et plume. « Ce n’est pas terminait (sic) ! Ajoutez, au sommet d’ma tête, une tendre couronne de laurier en reste de cheveux crollés, posée sur mon crâne tonsuré, marqué : on rase gratif, et désigné : rasibus, et – last buste not least ! – au-dessus d’mes humérus à gonflette, le gros cou mégalo, callipyge (belles fesses) et matamoresque, d’un qui aurait gagné l’enduro-mobylettes pour péquenots, dimanche dernier, dans l’circuit très fermé d’ses bois communaux. » (Jean-Pierre Verheggen, Ridiculum vitae)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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18 mai 2014 – 624

DIMANCHE.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Mary Higgins Clark, La Nuit du renard, Le Livre de poche, 1980.

 Lecture.

Prague fatale (Philip Kerr, Quercus, Londres, 2011 pour l’édition originale, Editions du Masque, 2013 pour l’édition française, traduit de l’anglais par Philippe Bonnet; 408 p., 22 €).

Commencée sur le mode chronologique dans La Trilogie berlinoise, la biographie de Bernie Gunther n’a aujourd’hui plus rien de fluide ni d’ordonné. Philip Kerr a choisi de présenter son héros, policier membre de la SS, dans des lieux et dans des épisodes différents de l’histoire du nazisme au gré de son inspiration. On l’a déjà suivi à Berlin, à Paris, à Vienne, à Cuba, à Buenos Aires, le voici, en 1942, à Prague où il est l’hôte du redoutable général Reinhard Heydrich lequel, s’il se méfie de l’homme Gunther et de ses scrupules, apprécie le flair du policier dont il a besoin. Les intrigues policières, chez Philip Kerr, ne sont que prétextes à soutenir son but principal qui est de présenter la guerre du côté allemand, ici un épisode de la résistance tchèque. Elles sont souvent compliquées ou convenues, ce qui est le cas ici avec une enquête calquée sur Le Meurtre de Roger Ackroyd, référence revendiquée et assumée. Ce qui compte avant tout, c’est l’aspect historique, la description des rouages du nazisme vus de l’intérieur. A ce jeu, si l’on peut appeler ça ainsi, Philip Kerr est imbattable. On a déjà essayé, et au Masque même d’ailleurs, de lui envoyer des concurrents dans les pattes, Birkefeld et Hachmeister, Erik Larson, mais il s’est montré inégalable par la richesse de son travail de recherches, la précision et la masse des informations données et le ton ironique et désabusé de son personnage principal.

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Christophe Grangé, Kaïken, Le Livre de poche, 2014 à l’aller et Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, Points Seuil, 1983 au retour. J’envie ce dernier lecteur qui est parti pour un fameux voyage.

MERCREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Guillaume Musso, Central Park, XO, 2014. Celui-là, curieusement, je l’envie moins.

JEUDI.

Lecture. Europe n° 993-994 : Georges Perec (Europe, janvier-février 2012; 384 p., 18,50 €).

Le numéro est riche et très sérieux, à l’image d’une revue qui s’est toujours montrée rigoureuse, sinon austère. Il a aussi une allure de charnière dans l’histoire de la critique perecquienne. Depuis la mort de Perec en 1982, l’étude de son oeuvre a quasiment toujours été dans les mains des mêmes personnes, pour la plupart celles qui avaient connu l’auteur, avaient suivi son parcours, avaient parfois entretenu avec lui des liens d’amitié. Là-dessus se greffait un cercle d’amateurs et de chercheurs de la première heure qui avaient su très tôt deviner l’importance d’un travail trop souvent ramené à une série de performances formelles. A ce sujet, notons les propos de Claude Burgelin à la page 24 de ce numéro : « Derrière un « à la Perec » désinvolte (un itinéraire à la Perec, un inventaire à la Perec, etc.), on en fait un successeur de Prévert, oubliant ce qu’il y a en amont. Le tragique de son histoire, le courage qu’il a eu pour le penser et le dépasser, l’étincelant travail de l’intelligence et de l’ironie me paraissent souvent étourdiment survolés. » Donc Burgelin est là, ainsi que d’autres anciens : Marcel Bénabou, Pierre Getzler, Paul Fournel, Maurice Olender; d’autres noms sont familiers, comme ceux de Christelle Reggiani, Jean-Luc Joly, Maryline Heck… Mais, et c’est là qu’on en revient à cette idée de charnière, de nouvelles signatures apparaissent, une nouvelle génération semble prête à prendre le relais de celle qui fut formée par Bernard Magné. Autre aspect de la charnière, l’aspect thématique. Là aussi, on observe une tendance au renouveau car aux sujets bien connus et encore présents ici (l’infra-ordinaire, la judéité, Proust…) s’ajoutent de nouveaux champs d’investigation : l’amitié avec Gotlib, la mélancolie, la traduction et surtout, plutôt inattendus et traités sur un mode très plaisant par Yannick Séité et Raoul Delemazure, les liens de Perec avec le XVIIIe siècle, ses auteurs et ses Lumières. Preuve que le domaine est vaste et que, avec de nouvelles têtes et de nouvelles pistes, la recherche perecquienne a encore de beaux jours devant elle.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. Oenologie ducassienne, cave de Marc-Gabriel Malfant.

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SAMEDI.

Films vus. Les Envoûtés (The Believers, John Schlesinger, E.-U., 1987)

Hôtel Normandy (Charles Nemes, France, 2013)

                             Le petit soldat (Jean-Luc Godard, France, 1960)

                             Un numéro du tonnerre (Bells Are Ringing, Vincente Minnelli, E.-U., 1960)

A coeur ouvert (Marion Laine, France-Argentine, 2012).

Lecture. Bérénice 33-44 (Isabelle Stibbe, Serge Safran éditeur, 2012; 320 p., 18 €).

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2014.

IPAD. 8 mai 2013. 92 km. (22443 km).

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Commune de Gérardmer

    Il y a une église, mais pas de monument aux morts.

 L’Invent’Hair perd ses poils.

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Dijon (Côte-d’Or), photo de Paul Olry, 3 juin 2008 / Paris, boulevard de Picpus, salon fictif (Antilles sur Seine, Pascal Légitimus, 2000), capture d’écran de l’auteur, 2 mai 2013.

             Poil et plume. « Si le fauteuil de Molière agonisant est bien connu, il en existe un autre, moins célèbre : celui de Molière jeune. En voici l’histoire, elle vaut la peine. Entre 1653 et 1656, la troupe séjourna à plusieurs reprises à Pézenas, où elle trouva protection auprès du prince de Conti. Le samedi, c’était « jour de barbe et de marché ». Selon la tradition locale, Molière avait ses habitudes chez le barbier Gelly, dont l’échoppe était un lieu de retrouvailles très animé, d’échanges, de discussions. On y apprenait les nouvelles du jour, on y réglait ses affaires, on y plaisantait dans un patois que l’accent du Midi rendait savoureux. Bref, en plus d’être rasé et coiffé de frais, on passait un bon moment. Or, il y avait là un fauteuil sur lequel Molière s’asseyait « avec une sorte de prédilection », pour reprendre les termes d’un compte rendu de délibération du conseil municipal de Pézenas daté de 1836. Cette « sorte de prédilection » avait une cause : Molière, c’est tout au moins ce qu’on se plaît à penser dans la région, puisait une partie de son inspiration au contact de la clientèle du barbier Gelly. » (Serge Sanchez, La Lampe de Proust et autres objets de la littérature, Payot, 2013)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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25 mai 2014 – 625

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 8 juin 2014.

MARDI.

Lecture. Le Soldeur (Michel Field, Julliard, 2014; 360 p., 20 €).

Drôle d’accueil pour ce roman qui, au moment où La Quinzaine littéraire le plaçait dans sa sélection, recevait une volée de bois vert de la part du Nouvel Observateur. D’où l’envie d’aller voir de plus près la chose afin de savoir quel était l’avis le plus pertinent. Réponse : les deux, mon adjudant. La Quinzaine a dû être sensible au propos d’un auteur éclairé, désireux de montrer que derrière l’homme de télévision se cachait un bon connaisseur de toutes les formes de littérature. Pour ce faire, il a imaginé l’histoire d’un personnage qui décide, un beau jour, de se débarrasser de ses livres. En vidant sa bibliothèque et en remplissant ses cartons, il évoque ce que les livres lui ont appris, ses goûts et ses passions en la matière. Le propos est vaste car plus qu’une collection personnelle, Michel Field présente une bibliothèque idéale qui serait celle du parfait honnête homme de ce siècle. Et c’est là qu’on en arrive aux reproches de l’Observateur qui ne voit dans ce livre qu’un prétexte à une énumération de noms et de titres, un étalage complaisant, sans nuance et sans hiérarchie. Il est vrai que l’auteur ne nous épargne rien, de la philosophie (qu’il a dû enseigner) à la gastronomie en passant par la sociologie, l’histoire, l’érotisme, le polar, les dictionnaires… Il n’y a guère que les recueils de mots croisés qui passent à la trappe, il est vrai qu’on les conserve rarement. Cette avalanche est encore plus assommante quand on voit que Michel Field colle deux L à Léo Malet, fait naître Alain Ducasse en 1866, écrit Choumo pour Chourmo (titre de Jean-Claude Izzo), oublie le E final de Graham Greene et donne à Gilbert Lascault (là, il n’est pas le premier) le nom d’une grotte préhistorique. Au total, on peut considérer que louanges et reproches s’équilibrent et prendre plaisir à cette balade entre les tomes, un plaisir parfois gâché par un brin de suffisance. Mais il y a plus grave : Michel Field a voulu faire de cette balade une fiction, un genre pour lequel il n’est manifestement pas fait. Les personnages de carton et les épisodes de roman-photo qui servent de lien et de cadre à ses considérations de lecteur sont d’un ridicule absolu, ce que l’on perçoit dès la première phrase (« Paris pleurait ses larmes de pluie »). Michel Field, visiblement encombré par son image d’homme de télévision et son passé de faire-valoir chez Dechavanne, montre ici qu’il est certes un fort lecteur, capable de faire partager ses goûts, mais en aucun cas un romancier.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Sauvons la planète à Lignéville (Vosges), photo de l’auteur, 15 septembre 2013.

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SAMEDI.

Films vus. More (Barbet Schroeder, Allemagne – France – Luxembourg, 1969)

Le Ciel peut attendre (Heaven Can Wait, Warren Beatty & Buck Henry, E.-U., 1978)

Taxi 3 (Gérard Krawczyck, France, 2003)

Gran Torino (Clint Eastwood, E.-U., 2008), film doublement intéressant d’un point de vue notulien : un salon de coiffure sert de cadre à plusieurs scènes et Clint Eastwood prononce un nouveau spécimen de juron farci, un phénomène qui nous intéressa un moment : « Allefuckingluia »

Boule & Bill (Alexandre Charlot & Franck Magnier, France – Belgique – Luxembourg, 2013)

                             La plus belle soirée de ma vie (La più bella serata della mia vita, Ettore Scola, Italie – France, 1972).

Lecture. Des noeuds d’acier (Sandrine Collette, Denoël, coll. Sueurs froides, 2013, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche n° 33253, 2013; 264 p., 6,90 €).

Sandrine Collette fait une entrée remarquée dans le domaine du polar français avec ce titre couronné par le Grand Prix de littérature policière. Elle y traite une histoire de claustration assez effrayante sans cependant avoir recours aux effets lourdauds et aux tics d’écriture. Le style est sobre, l’histoire bien ramassée donne envie de voir ce que vaut son deuxième titre récemment paru, Un vent de cendres.

Football. SA Spinalien – AS Moulins 1 – 1. Le SAS termine premier du groupe B de CFA et accède au National.

 IPAD. 9 mai 2013. 136 km. (22579 km).

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1109 habitants

   Le Poilu de Lamarche n’a pas froid aux yeux. Il pose, adossé à un mur dont le sommet porte en bas-relief un détail de La Marseillaise de Rude. Il n’a même pas d’arme, il défie l’ennemi les bras croisés. A ses pieds sont posées une masse, une roue dentée et une enclume. La composition se tient sur un socle qui porte les dates 1914 et 1918. Hier, trois gerbes ont été déposées, provenant de La Boutique de Laure (c’est en face, et ça fait aussi coiffeur, je photographie). En avancée, quatre ogives d’obus, deux mâts à drapeaux copieusement garnis et deux vasques de fleurs fraîchement repiquées. A l’arrière, bien taillée, une haie d’un genre de troènes. L’esplanade circulaire est recouverte de graviers blancs et entourée d’une grille basse. Les noms sont inscrits sur deux plaques qui flanquent le Poilu.

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   Plaque gauche : 37 noms, de NICOLAS Gustave à CLEMENT Charles.

Plaque droite : 36 noms, de GENIN Joseph à MONESTIER Henri.

 L’Invent’Hair perd ses poils.

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La Rochelle (Charente-Maritime), photo de Charles-Edouard de Pontalba, 15 septembre 2009

             Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 2000 salons, atteint le 17 février 2014.

Bilan géographique.     

                                                  Classement général par pays.

  1. France : 1776 (+ 97)
  2. Espagne : 59 (=)
  3. Royaume-Uni : 33 (=)
  4. Etats-Unis : 28 (=)
  5. Canada : 15 (=)
  6. Belgique : 11 (=)
  7. Allemagne : 8 (+ 3)

 » . Maroc : 8 (=)

  1. Italie : 6 (=)
  2. Turquie 6 (=)

Classement général par régions (France)

  1. Rhône-Alpes : 388 (+ 25)
  2. Île-de-France : 254 (+ 6)
  3. Midi-Pyrénées : 154 (+ 43)
  4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 149 (=)
  5. Lorraine : 134 (+ 8)

« . Languedoc-Roussillon : 134 (=)

  1. Bretagne : 72 (+ 3)
  2. Pays de la Loire : 64 (+ 4)
  3. Auvergne : 50 (=)
  4. Aquitaine : 45 (=)

Classement général par départements (France)

  1. Paris : 210 (+ 4)
  2. Rhône : 190 (+ 22)
  3. Vosges : 87 (+ 8)
  4. Loire : 74 (=)
  5. Pyrénées-Orientales : 59 (=)
  6. Alpes-Maritimes : 57 (=)
  7. Loire-Atlantique : 50 (+ 2)
  8. Lot : 44 (=)
  9. Meurthe-et-Moselle : 40 (=)
  10. Drôme : 33 (+ 3)

Le Gers fait désormais partie du territoire, l’Eure restant le seul département chauve.

Classement général par communes

  1. Paris : 210 (+ 4)
  2. Lyon : 87 (+ 17)
  3. Barcelone : 42 (=)
  4. Nice : 33 (=)
  5. Nantes : 29 (+ 1)
  6. Epinal : 21 (+ 1)
  7. Nancy : 19 (=)
  8. Roanne : 17 (=)
  9. Cahors : 14 (=)

« . Perpignan : 14 (=)

                                                  Bilan humain.

  1. Marc-Gabriel Malfant : 786 (+ 65)
  2. Philippe Didion : 193 (+ 9)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 160 (+ 4)
  4. Benoît Howson : 65 (=)
  5. Jean-Christophe Soum-Fontez : 63 (+ 4)
  6. Hervé Bertin : 54 (=)
  7. François Golfier : 50 (+ 7)
  8. Philippe de Jonckheere : 40 (=)
  9. Christophe Hubert : 34 (+ 1)
  10. Sylvie Mura : 33 (=)

Etude de cas.

Scènes d’intérieur.

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Jacques Noizet (notulien) à Lille (Nord), 6 août 2013

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Philippe Didion (notulographe) à Izmir (Turquie), 1er avril 1994 et à Lousa (Portugal), été 1993, photos de Jean-Jacques Gonand

Poil et plume. « Il sortit sa tête brûlante de la chaude enveloppe et enfonça si brusquement ses doigts dans les cheveux de Jeannette qu’il fit tomber son peigne. Il le ramassa, se laissa retomber nonchalamment sur le dos et promena, comme sur ses lèvres un harmonica champêtre, les dents du peigne sur son pouce, les faisant crisser. » (Georges Limbour, Les Vanilliers, Gallimard, 1938)

Bon dimanche,

Philippe DIDION