Mars 2013

3 mars 2013 – 570

DIMANCHE.

 Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.

LUNDI.

Vie immobilière. La participation à une réunion d’immeuble me permet d’entendre parler pour la première fois de « déficit abbatial ».

MARDI.

Lecture. La Licorne n° 100 : 50 ans d’Oulipo : de la contrainte à l’oeuvre (études réunies et présentées par Carole Bisenius-Penin et André Petitjean, Presses universitaires de Rennes, 2012; 282 p., 18 €€).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

MERCREDI.

Fait divers capillaire. Tiré de Vosges Matin du jour : « IL SE VENGE DE SON EX EN BRISANT UNE VITRINE. Il était 12 h 40 lundi, lorsque la responsable d’un salon de coiffure de la rue du maréchal de Lattre de Tassigny appelle les policiers du commissariat d’Epinal. Un individu vient, d’un puissant coup de pied, de briser la vitrine de l’établissement de près de 8 m². A l’arrivée des policiers, l’homme avait déjà pris la poudre d’escampette. Une des employées a pu donner un signalement précis de l’auteur puisqu’il n’est autre que son ex-petit ami. Les fonctionnaires ont interpellé le chenapan et l’ont conduit au commissariat. Il s’agit d’un golbéen, sans emploi, âgé de 25 ans. Pour toute explication sur son attitude, il a avoué ne pas supporter d’être séparé de la jeune employée du salon de coiffure […] »

                                                  Allons bon. Voilà que mes coiffeuses – car il s’agit du salon où je confie ma tignasse – non contentes de s’amouracher de sous-mariniers (voir les notules n° 560) se mettent à éconduire des chenapans.

TV. Je revois ce soir Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Avec grand plaisir, car c’est le premier et le meilleur film de Jean Yanne. Un film précieux : on ne peut imaginer tourner aujourd’hui une satire aussi féroce – et lourde, Jean Yanne n’a jamais fait dans la dentelle – de la religion avec cette histoire de radio qui se met à placer du Jésus partout, dans ses chansons, dans ses messages publicitaires, dans ses informations. Maintenant que les mots sont devenus des « éléments de langage », les vigiles de la bonne parlure tireraient à vue. En même temps, Jean Yanne démolit les radios commerciales, ce qui est facile, et donne une vision exacte de ce que deviendront les radios dites libres après l’ouverture des ondes en 1981, ce qui l’était moins. Ce film contient quelques pépites (Ginette Garcin interprétant « Dans les bras de Jésus ») mais donne surtout la mesure du gouffre qui sépare les provocateurs d’alors des soi-disant impertinents d’aujourd’hui. Le parcours d’un Philippe Val en est la parfaite illustration. On peut en voir un autre exemple dans le numéro 4 de la revue Schnock qui consacre un dossier à Daniel Prévost. Lequel revient sur ses années Jean Yanne et sur la série télévisée Merci Bernard où là aussi, tout était permis. En ce temps-là, donner une caméra ou un micro à des énergumènes comme Jean Yanne, Jean-Michel Ribes ou Pierre Desproges était un peu plus risqué que de confier des chroniques à François Morel ou à Philippe Meyer.

JEUDI.

Football. Le SAS joue ce soir à Lens en 8e de finale de la Coupe de France. Je n’y suis pas. L’idée d’effectuer le déplacement m’a un temps chatouillé, je suis en vacances, ce n’était pas trop cher. Et le fait est que j’aurais aimé y aller, et y être. Mais l’idée du retour m’a fait reculer : six heures de bus, avec quatre buts dans la soute à bagages (car je ne suis guère optimiste de nature) et sans équipement technologique propre à masquer les propos des cinquante utilisateurs de téléphone de poche en train de raconter le match à ceux qui sont restés au pays, m’ont paru une épreuve difficile à surmonter. En fait, s’il y a un bus dans lequel j’aurais aimé être, c’est celui des professionnels bordelais au moment où ils ont découvert hier, pour un match comptant pour la même compétition, le stade de Raon-l’Etape. Tout le monde connaît, au moins de réputation, le Théâtre du Peuple de Bussang. Chaque pièce qui y est montrée se termine par l’ouverture du fond de scène qui donne directement sur la forêt vosgienne. C’est un moment inoubliable. Eh bien, le stade de Raon-l’Etape, c’est la même chose, sauf qu’il n’y a pas de fond de scène : lorsque vous vous asseyez en tribune, vous faites face à un paysage de chaos gréseux surmonté par des sapins noirs plus hauts que les mâts supportant les projecteurs. Guy Roux, qui a appuyé sa bedaine sur pas mal de mains courantes, parle encore avec des tremblements dans la voix du match qu’il était venu disputer un soir au stade de Raon-l’Etape avec ses joueurs d’Auxerre, quand ceux-ci s’attendaient à tout moment à voir des bûcherons débarquer en schlitte pour les hacher en menus morceaux.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Epinal (Vosges), photo de l’auteur, 27 janvier 2013.

épinal, rue du boudiou, 570

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 février 2012. 33 km. (18249 km).

gorhey, 570

147 habitants

   Sur un terre-plein herbeux entouré de barrières de bois, au pied de l’’église, se dresse une petite stèle. Toute petite. C’’est un monument pour enfants, absolument, charmant, à peine plus grand que moi. Un chêne magnifique et un drapeau au sommet d’’un mât blanc veillent sur lui.

Hommage

Aux enfants de Gorhey

Morts pour la France

   Gauche :

1914-18

BEAUDOIN J.

WETZEL A.

SACHOT C.

GRANDGIRARD C.

JEANPIERRE J.

DUBOIS J.

GOUSY E.

    Droite :

1914-18

THIRIAT C.

RICHARD A.

GERARD H.

GARNAUD G.

1939-45

NOËL P.

HURAUX G.

             L’Invent’Hair perd ses poils.

imagina'tif, lieu inconnu, 570  imagina'tif, illiers-combray 1, 570

Lieu inconnu, photo de Patrick Flandrin, 16 août 2007 / Illiers-Combray (Eure-et-Loir), photo de Jean-Claude Bourdais, 20 février 2011

Poil et plume. « Ne croyez pas qu’en laissant vos cheveux chez le coiffeur, vous l’avez payé. » (Proverbe turc)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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10 mars 2013 – 571

DIMANCHE.

Football. SA Spinalien – FC Metz 1 – 0.

LUNDI.

Lecture. L’Expérience démoniaque : Racontée par frère Colomban de Jumièges (Ernest de Gengenbach, Editions de Minuit, 1949, rééd. Camion Noir, 2012; 316 p., 32 €€).

Voici donc l’oeuvre centrale de Gengenbach, qui relate « l’errance douloureuse d’un itinéraire spirituel aussi enténébré que tourmenté ». A une autobiographie classique, qui aurait peu convenu à un personnage aussi hors normes, Gengenbach a préféré un récit de vie faite par un certain frère Colomban de Jumièges, réel ou imaginaire, entrecoupé de lettres et de coupures de presse. La vie du défroqué surréaliste y apparaît soumise alternativement à trois pôles, Dieu, Satan et les femmes. Elle oscille entre des périodes d’exposition publique frénétique et des séjours en lieux clos, monastères, prison, asile psychiatrique. Elle est marquée par les décès qui, à chaque fois, la réorientent vers une nouvelle – ou ancienne – direction : celles de l’actrice Régine Flory, celles de René Crevel, de Robert Desnos et d’Antonin Artaud. Elle est soumise à une vraie foi, souvent reniée mais toujours renaissante, mise à mal par le rôle que jouent l’Eglise et ses représentants. Elle est à la recherche d’un idéal, la Beauté, et en cela fidèle au surréalisme avec ou malgré Breton. Elle n’est pas facile à suivre car Gengenbach est avare de dates et de lieux précis, passe de longues périodes sous silence et multiplie les embardées chronologiques. Les longues lettres citées in extenso posent problème : leur reproduction laisse supposer que leur auteur en aurait pris et gardé copie alors qu’il déclare à plusieurs reprises avoir détruit ses manuscrits. Ces copies figurent-elles dans le fonds Gengenbach de la bibliothèque de Saint-Dié ? C’est ce que nous saurons demain.

Curiosité. Dans un paragraphe qui figure en exergue, l’éditeur précise : « Malgré ses recherches, l’éditeur n’a pu identifier les héritiers d’Ernest de Gengenbach pour solliciter l’autorisation de réédition de ce livre. » Messieurs du Camion Noir, avez-vous bien cherché ? Moi, j’en ai retrouvé, des héritiers, avec mes moyens supersoniques, un annuaire, un stylo, une enveloppe et un timbre. J’en parlerai plus loin.

MARDI.

Vie littéraire. C’est aujourd’hui que j’ai rendez-vous à la bibliothèque de Saint-Dié pour y consulter le fonds Gengenbach. J’y arrive par le 7 heures 38, au bout d’un parcours champêtre, Arches, Docelles, Lépanges, Bruyères, Laveline, Corcieux, Saint-Léonard, on s’arrête à toutes les gares ou à ce qu’il en reste, c’est délicieux mais ça m’étonnerait que la SNCF garde encore longtemps cette ligne en activité. Sur place, je suis reçu par Mme Ronsin, veuve de l’ancien conservateur qui est à l’origine de la présence de Gengenbach en ces lieux. Elle m’explique l’historique de l’affaire, répond à mes interrogations et me laisse avec quelques cartons d’archives que j’explore pendant des heures, ravi de mettre le pied dans des sentiers qui ont été rarement foulés. Je trouve là matière à l’article que j’ai en tête, c’est encore assez confus à cause de la masse d’éléments que j’ai à assimiler rapidement mais j’ai bon espoir d’arriver à quelque chose de cohérent. A mon retour, je téléphone à M. C., un Spinalien, qui, selon Mme Ronsin, est l’homme qui a mis son mari sur la piste Gengenbach, a établi les premiers contacts avec l’auteur et a servi d’intermédiaire. L’homme me répond mais, à ma grande surprise, nie toute intervention de sa part dans cette histoire. Il s’est contenté de fournir à Ronsin quelques renseignements sur Gengenbach lors de ses passages à la Bibliothèque nationale, c’est tout. Je l’interroge. A-t-il écrit à Gengenbach ? Non. A-t-il été le voir à Nogent, où il a fini ses jours ? Non. Je n’insiste pas, il me dit qu’il me contactera si quelque chose lui revient en mémoire. Pourtant, il y a quelques heures, j’ai vu ses lettres, j’ai vu la dernière photo de Gengenbach, qui lui est créditée. A cette heure, je suis troublé, et pas qu’un peu. M. C. a-t-il réellement perdu la mémoire ou, plus sûrement, souhaite-t-il se débarrasser d’un importun qu’il ne connaît pas et en qui il n’a pas confiance ? Pourquoi veut-il s’effacer derrière Ronsin alors que je peux, et souhaite, mettre en valeur son rôle ? De toute façon, je ne lâche pas le morceau. Je vais écrire au bonhomme, mettre tout cela par écrit, faire une présentation plus complète et attendre. D’un autre côté, je vais informer Mme Ronsin de cet entretien bizarre, histoire de savoir ce qu’elle en pense… Diable, comme dirait Gengenbach, tout ceci est bien compliqué, mais passionnant.

MERCREDI.

Vie littéraire. Je reste préoccupé par le cas de M. C. J’ai cherché des photos, l’homme n’est plus un bambin. J’ai vérifié son adresse à Epinal, qui est celle d’une résidence pour personnes âgées. J’ai ressassé mon entretien avec lui, remarqué après coup le nombre important de fois où il a évoqué sa mémoire. J’en arrive à croire que celle-ci est en train de le fuir, qu’il souffre d’une maladie bien connue chez les gens de son âge. La triste conclusion à laquelle je parviens est que le seul témoin vivant à avoir rencontré Gengenbach pour des raisons littéraires est en train de me filer entre les pattes… Néanmoins je place quelques espoirs dans la lettre que je vais lui adresser : la forme écrite ravivera peut-être quelques souvenirs, il en fera peut-être part à son entourage. Heureusement, j’ai lancé plusieurs sondes. Dont une en direction de Gruey-lès-Surance, village natal de Gengenbach. Cet après-midi, je reçois un coup de téléphone de Mme C., qui est une élue de la localité et qui se présente comme étant la fille d’un cousin d’Ernest Gengenbach…. Un nom qu’il était, on devine pour quelles raisons, absolument interdit de prononcer dans la famille. Elle me donne cependant quelques précieux renseignements généalogiques et me promet de contacter des cousins à elle établis en Alsace et à Marseille. Ces personnes pourraient détenir des informations, voire des documents. Reste à savoir s’ils sont prêts à me les communiquer, à cause du tabou précédemment évoqué. Allons, tout n’est pas perdu, l’affaire rebondit.

JEUDI.

Vie parisienne. Je pars pour Paris par le 6 heures 23, oubliant un peu Gengenbach qui, on l’aura remarqué, commence à m’obséder un brin. Pendant deux jours, je me consacre à d’autres chantiers : La Mémoire louvrière, L’Atlas de la Série Noire, Perec et Rimbaud, ce dernier pour des raisons professionnelles puisque j’ai embarqué une classe dans l’organisation d’une exposition qui doit se tenir en avril. Après ça, je pourrai me montrer satisfait de mes vacances et retourner au boulot histoire de souffler un peu.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Chantraine (Vosges), photo de Laurent Fetet, 25 janvier 2013.

aquari'home, chantraine, laurent fetet, 571

SAMEDI.

  IPAD. 12 février 2012. 197 km. (18446 km).

Gouécourt n’’est plus une commune depuis 1965, date à laquelle elle a fusionné avec celle de Moncel-et-Happoncourt pour former Moncel-sur-Vair. Contrairement aux autres cas similaires déjà rencontrés, il ne reste aucune trace de l’’ancienne appellation, pas une pancarte, pas un nom de rue. Ce qui explique, et c’est la première fois, que la photo d’’illustration soit une vue panoramique du lieu.

gouécourt, 571

             L’Invent’Hair perd ses poils.

act'tifs, saint-claude, 571  ac'tif coiffure, pons, 571

Saint-Claude (Jura), photo de Patrick Flandrin, 10 août 2008 / Pons (Charente-Maritime), photo de Bernard Cattin, 1er juillet 2012

Poil et plume. « L’ex-maire de Cherbourg, Gosse, était en proie à un barbier, quand il cria et mourut, sans que le rasoir y fût pour rien. » (Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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17 mars 2013 – 572

DIMANCHE.

Lecture. Froid mortel (Sankta Psycho, Johan Theorin, Wahlström & Widstrand, Stockholm, 2011 pour l’édition originale, Albin Michel, 2013 pour la traduction française, traduit du suédois par Rémi Cassaigne; 448 p., 21,50 €€).

Après trois romans situés sur l’île d’Öland au cours de différentes époques de l’année, on attendait le quatrième qui devait être consacré à l’été pour boucler un cycle conçu selon le rythme des saisons. Mais, soit que Johan Theorin ait décidé de renoncer à son projet, soit pour des raisons de traduction retardée, c’est dans une autre direction que l’auteur s’est engagé. Quoique, à bien y regarder, il continue à s’intéresser aux lieux fermés puisqu’à l’île succède un hôpital psychiatrique mystérieux dont il est tout aussi difficile de s’échapper. C’est pourtant pour organiser une évasion que le jeune Jan Hauger s’est fait engager dans la crèche voisine, fréquentée par les enfants des internés. Trois époques de la vie de Jan Hauger sont racontées en alternance pour expliquer ses motivations. C’est une construction sans faille, dans laquelle s’insinue un suspense bien mené. Johan Theorin confirme son talent en élargissant son champ d’intervention : c’est un auteur de polar qui, pour l’instant, n’a jamais déçu.

LUNDI.

Bougies. Les notules entrent dans leur treizième année. En plein âge bête. Prometteur.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules pour fêter ça.

 Vie phonologique. Un notulien me demande comment prononcer le nom de Gengenbach. Bonne question. Quand je l’ai découvert, je l’appelais Jean-Jean-Bach. Mais les personnes à qui j’ai parlé, que soit celles qui ont connu son frère spinalien, celles qui ont travaillé sur lui à la bibliothèque de Saint-Dié ou sa petite cousine, prononcent Jean-Gêne-Bach, ce qui est logique si l’on songe à Offenbach. Le mieux serait que je mette la main sur l’enregistrement de la Radioscopie que Jacques Chancel lui a consacrée en 1972 et dont je n’ai que la transcription. J’en j’en rêve.

MARDI.

Vie professionnelle. Je fais un peu de rab au boulot pour suivre avec une classe la prestation d’une conteuse que mes collègues ont commanditée. Comme à chaque fois devant ce genre de spectacle – et comme c’est à chaque fois, il est possible que je l’aie mentionné ici précédemment, en douze ans on peut commettre des redites – je suis partagé entre l’effarement devant l’indigence de ce qui est proposé par des gens qui se prennent pour des artistes et qui ne sont que des tâcherons, et l’admiration devant le fait qu’ils sont parvenus à faire commerce et argent de ce manque de talent qui ne peut de toute façon être toléré que par un public captif. Partout ailleurs, on enlèverait nos godasses pour les leur balancer à la figure.

  Football. SA Spinalien – Paris FC 2 – 2.

Lecture. Les Mémoires du Baron Mollet (Jean Mollet, Gallimard, 1963 pour l’édition originale; rééd. Gallimard, coll. Le Promeneur, 2008; 176 p., 21 €€).

Le Baron Jean Mollet est resté dans l’histoire littéraire pour avoir été le secrétaire d’Apollinaire alors qu’il n’était ni baron ni secrétaire – son rôle auprès de l’auteur d’Alcools se bornait à trier les visiteurs de celui-ci en congédiant les indésirables. Paul Léautaud, qui l’appréciait, en fait même « le commissionnaire, cuisinier et secrétaire » du poète. Plus sérieusement, le Baron Mollet est resté dans l’histoire pataphysique pour avoir été élu Vice-Curateur du Collège en 1959, succédant au Docteur Sandomir et précédant Sa Magnificence Opach. Le fait d’avoir, dans sa jeunesse, côtoyé Alfred Jarry faisait de lui le « garant des choses qui furent au commencement ». C’est au cours de son magistère que Mollet entreprit de raconter sa vie. Une autobiographie sans dates ou presque, relatant les rencontres faites et les activités exercées pendant les soixante premières années du XXe siècle. Pour ce qui est des rencontres, le lecteur est servi puisque le Baron a croisé à peu près tout ce qui a compté dans la vie littéraire et artistique de cette époque, de Jarry et Apollinaire, on l’a vu, à Boris Vian en passant par Picasso, Derain, Satie, Max Jacob et des dizaines d’autres. Mollet a exercé presque autant d’activités qu’il a rencontré de gens, dans des revues, dans des imprimeries, dans des théâtres, dans des régiments, dans des studios de radio. Il raconte tout cela de la manière bonhomme dont il a mené sa vie : sans se pousser du col (la fréquentation des cadors lui a montré qu’il était vain pour lui de prétendre réaliser quoi que ce soit dans les domaines artistiques), sans faire d’effets de manche. Tout ce qu’il retient de sa vie, c’est qu’il s’est bien amusé : la faim, la pauvreté, les guerres ont glissé sur lui sans l’atteindre. « Il est curieux que dans la vie l’on me prenne pour un phénomène parce que j’ai toujours vécu comme bon me semblait, en dehors de toutes les contingences. Si cela allait bien, tant mieux, Si cela allait mal, tant pis : la vie continuait quand même. Je puis vivre dans tous les milieux, je suis à mon aise partout : pauvres ou riches, je suis chez moi; dans le luxe ou dans la misère, cela ne me dérange nullement. » Le caméléon Mollet vous salue bien.

MERCREDI.

Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 20 (15 juin 2012, 128 p., 15 €€).

Un numéro consacré à la Patachronie et au voyage dans le temps, avec de nombreuses références à la science-fiction qui ne peuvent m’atteindre, vu l’ignorance qui est la mienne en ce domaine. Et c’est sans doute en référence à la planète qui a inspiré nombre d’auteurs du genre que cette livraison parue au mois de juin dernier est datée, comme la précédente, du mois de mars.

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Vivre avec Picasso, de Françoise Gilot & Lake Carlton (Calmann-Lévy, 1965).

Vie politico-littéraire. Je trouve dans le Journal des Goncourt (23 avril 1868) un prédécesseur inattendu de Dominique Strauss-Kahn : « A Luchon, trois petites jeunes fillettes faisaient leur chambre [à Dumas Fils et à Feydeau]. Un jour, Dumas, qui avait l’habitude d’être tout nu sous sa robe de chambre, la laissa tomber et se mit à danser, nu comme un nègre, dont il a le sang et le tempérament de priape, devant ces enfants pleurant et criant de peur et de dégoût ! »

VENDREDI.

Football. SA Spinalien – US Quevilly 2 – 2.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Lyon (Rhône), photo de Sylvie Mura, 23 février 2013.

chez riz, lyon, mura, 572

SAMEDI.

Vie religieuse. Je passe l’après-midi à la bibliothèque diocésaine à remuer des bulletins paroissiaux et des annuaires religieux. Je suis à la trace l’abbé Gengenbach, frère du poète Ernest, dans ses paroisses successives. J’apprends qu’on l’avait prénommé Jean, ce qui prouve que sa famille, contrairement à ce qu’on pourrait croire, n’était pas dénuée d’un certain sens de l’humour bègue. Lorsque je le quitte, à la fermeture de l’établissement, nous sommes en 1996, il a 79 ans, vit à Gérardmer et sort de l’hôpital. Le n° 22 de Vie des chrétiens dans les Vosges précise qu’il est « encore sous traitement ». M’est avis que j’aurai peu à feuilleter, lors de ma prochaine visite, avant d’apprendre sa mise en boîte. J’ai déjà retrouvé quelqu’un qui a assisté à son enterrement, je sais où a eu lieu celui-ci mais j’ignore encore la date et son lieu de sépulture.

Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental. 12 février 2012. 197 km. (18446 km).

grand, 572

475 habitants

   Le passé gallo-romain de l’’endroit explique la forme du monument : une colonne antique tronquée, portant palme dorée, au milieu d’’un quadrilatère matérialisé par une lourde chaîne reliée à quatre plots, située devant les halles du village.

grand monument, 572

Hommage

Aux enfants de Grand

Morts pour la France

1914-1918

    Gauche :

1914                                         1915

THOUVENIN Paul                   DURAND Paul

JACQUEMIN Auguste                   GEORGIN Paul

ROBERT Emile                   FRICH Edmond

COUSIN Gaston                   GIROUX Henri

JACQUINOT Henri                   COIRNOT Etienne

MOUROT Maurice                   CORROY Joseph

CORROY Jean-Baptiste                   ROUX Alix

DELAGOUTTE Emile                   JACQUINOT Théodore

ROBERT Emile                   MANGIN Paul

ROBERT Albert                   GERARD Louis

MICHEL Emile                   PREVOST Maurice

    Droite :

MARCHAL Jules                   CLEMENT Charles

VIVENOT Henri                   REITER Henri

                                                   JACQUINOT Gustave

1916                                             1918

FRANCOIS Jules                   VIARD Paul

HUGUET Jules                   LHUILLIER René

GEORGIN Fernand                   ROBIN Camille

MORLET Marcel                   OUDARD Irénée

THOUVENIN Auguste                   DEMANGEL Jules

COLLOT Paul                   FOURNIER Henri

BOIS Paul                   SORIOT Marcel

CREPET Paul                   VIVENOT Maurice

           1917                           CORROY Henri 1921

                                                                 GRELOT Germain

Dos :

GRAVIER Henri

COIRNOT Ernest 1914

1939-1945

JACQUEMIN Paul

BUGIN Jean

BUGIN Henri

             L’Invent’Hair perd ses poils.

rock-hair cut, paris monge, 572  rock-hair cut, paris jemmapes, 572 (2)

Paris (rue Monge), photo de l’auteur, 21 novembre 2009 / Paris (quai de Jemmapes), photo de Pierre Cohen-Hadria, 14 janvier 2009

Poil et plume. « Les pensées, comme les cheveux, se réveillent aussi dépeignées. » (Caio Fernand Abreu)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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31mars 2013 – 573

DIMANCHE.

Lecture. Les Souffrances du jeune Werther (Die Leiden des Jungen Werther, Wolfgang Goethe, 1774, traduit de l’allemand par Bernard Groethuysen, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 103, 1954; 1404 p., 53 €€).

En ce temps-là, 1954 donc, les volumes de la Pléiade n’avaient pas encore l’épaisseur – ni le prix – de ceux d’aujourd’hui. Il s’agissait avant tout de rassembler des textes et l’appareil critique, devenu le principal argument de la collection, n’avait pas autant d’importance. Ici, Groethuysen se contente de trois pages de présentation et de quatre pages de notes, ce qui est quand même un peu léger : il ne donne même pas le titre original et n’indique pas si la version qu’il propose est la traduction de la version de 1774 ou de celle, remaniée, de 1782. Qu’importe, il n’est pas nécessaire de suivre de longues gloses pour comprendre que Goethe a vécu l’amour qu’il prête ici à Werther et que le seul élément importé est la fin tragique de son personnage. La sincérité, la justesse de la description du sentiment amoureux qui avait fait tant de ravages parmi les jeunes lecteurs de l’époque n’ont pas vieilli : « Je la quittai en lui demandant la permission de la revoir le jour même; elle y consentit, et je l’ai revue. Depuis ce temps, soleil, lune, étoiles, peuvent s’arranger à leur fantaisie; je ne sais plus quand il est jour, quand il est nuit : l’univers autour de moi a disparu. » Souvenons-nous : c’est tout à fait ça. Achevé en quatre semaines, Werther témoigne cependant d’une maîtrise remarquable dans la construction : une série de lettres que Werther adresse à son ami Wilhelm, puis celui-ci prend la parole pour conter la fin tragique de l’amoureux, récit entrecoupé par des passages de la dernière lettre écrite par Werther à Charlotte. Le seul passage qui a pris la poussière n’est d’ailleurs pas de Goethe, ce sont les chants d’Ossian dont l’auteur propose des extraits traduits par Werther et dont on a peine à concevoir l’engouement qu’ils suscitaient à l’époque.

LUNDI.

Vie sans frontières. Avec mon Goethe en guise de viatique, je pars pour l’Allemagne en voyage scolaire. Je dois passer la semaine à Kaarst, près de Düsseldorf, où je suis déjà venu en 2000, me semble-t-il. Ce qui éclaire le premier objectif que je poursuis en y retournant : retrouver et photographier, avant d’en ajouter un, les lieux où j’ai dormi cette année-là.

MERCREDI.

Vie sans frontières (suite). Nous étions hier à Düsseldorf, ce matin à Cologne, ce soir à Mönchengladbach. J’ai l’impression d’habiter en Bundesliga.

VENDREDI.

Vie littéraire. J’apprends qu’un de mes collègues du cru part la semaine prochaine en Forêt-Noire. Ne perdant pas de vue les recherches qui m’ont occupé ces dernières semaines au pays, je lui demande de me dégotter des cartes postales d’une petite ville de la région qui porte le doux nom de Gengenbach.

 Vie sans frontières (fin). Comme on l’écrit sur les cartes postales, justement, je passe un excellent séjour avec des élèves, chez des hôtes et en compagnie de collègues qui sont tous de commerce facile et agréable. Je vois du pays, des musées, des coiffeurs, je lis ce que je ne lirais pas ailleurs, je fume des clopes par la fenêtre comme un collégien, j’échappe à une semaine de cours abrutissante et à des conseils de classe lénifiants. Je mange comme un ogre et je bois comme un tas de sable. Je retrouve avec grand plaisir des gens du pays – j’en connais certains depuis plus de vingt ans – qui sont à mille lieues de leurs compatriotes colonisateurs de la planète touristique : charmants, attentionnés, cultivés, prévenants. Je retrouve aussi les sensations – celles que Lucie m’a dit avoir connues récemment au Danemark – que j’éprouve toujours lorsque je loge chez des inconnus : le soin pris à marcher sur la pointe des pieds, à occuper le moins d’espace et à faire le moins de bruit possible, la peur d’avoir laissé un cheveu dans le bac à douche, toutes choses qui, au final, font que vous passez pour un sauvage mutique et sans intérêt chez des gens qui préféreraient cent fois avoir à demeure un bon gros jovial qui met ses pieds sur les canapés et s’esclaffe bruyamment en se tapant sur les cuisses. Que voulez-vous, on ne se refait pas, mais j’ai bien peur que nos hôtes ne prient ma collègue de choisir, à l’avenir, ses accompagnateurs avec un peu plus de discernement.

SAMEDI.

 L’Invent’Hair perd ses poils.

art créa'tif, argelès-sur-mer, 573 (2)

art tif, saint-herblain, 573

Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 janvier 2009 / Saint-Herblain (Loire-Atlantique), photo de Bernard Bretonnière, 8 juillet 2010

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Carol O’Connell, L’Homme qui mentait aux femmes (Robert Laffont, 1996).

JEUDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 49 (janvier-février-mars 2012, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 176 p., 25 €€).

On a consacré, il y a peu, un ouvrage complet au manteau de Proust, la fameuse pelisse à col de loutre. Le rasoir d’Antonin Artaud n’a pas encore reçu cet honneur mais il figure, sous la forme de trois photographies, dans ce numéro d’Histoires littéraires. Et ce grâce à la collection de François Caradec qui avait, dans une livraison précédente de la revue, raconté cette anecdote : « Après la mort d’Artaud, en sortant du cimetière d’Ivry, une infirmière qui m’avait déjà vu avec lui, m’a demandé si je voulais prendre un souvenir dans sa chambre. Dans le petit pavillon, elle m’a montré le « joli petit secrétaire d’époque » qu’on lui avait offert pour qu’il puisse écrire. Mais Artaud avait surtout besoin de faire des incantations, et il avait massacré le petit secrétaire à coups de marteau, il ne restait que les quatre pieds. On lui avait alors donné un billot qu’il martelait en gueulant. Est-ce que je le voulais ? Il était malheureusement trop volumineux et trop lourd. Je me suis contenté de prendre son rasoir. » Et nul ne sait ce qu’il advint du marteau d’Artaud.

VENDREDI.

 Le cabinet de curiosités du notulographe. Manque de place à Malakoff (Hauts-de-Seine), photo de Jean-Claude Febvre, 22 juin 2012.

vélo à malakoff, jc febvre, 573

SAMEDI.

             Football. SA Spinalien – ES Uzès-Pont-du-Gard 0 – 1.

Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental. 18 février 2012. 137 km. (18583 km).

grande-fosse (la), 573

115 habitants

  C’’est une simple colonne sur le côté de l’’église. La pierre est ancienne mais les plaques portant les noms sont récentes. Une croix en bas-relief et une vasque de fleurs gelées tiennent lieu de décoration.

grande-fosse (la), monument, 573

Hommage aux combattants

De la guerre

1914-1918

Morts pour la Patrie

CUNY                   H. GEORGES

KELLER                   H. GAUDRON

PERRIN                   A. GAUDRON

SANNER                   E. JEANDEZ

HERMAL                   F. VAUCOURT

VINCENT                  A. VALDENAIRE

KELLER                     L. LANKUETIN

Victimes civiles

EPPE                   E. BONTE

DIDIER                     GEORGES

Victimes de la guerre

1939-1945

Morts en Déportation

MELCHIOR Camille                  GAUDRON Joseph

BONTEMS René                   CLEVENOT René

HUNG André                   GAUDRON Jean

GAUDRON Pierre                   HOUTMANN Maurice

Fusillés par les Allemands

GRANDADAM Emile

FARRE Joseph

Victime civile

MELCHIOR Henri

               Invent’Hair, bilan d’étape (1400 salons). 

                                                                      Bilan géographique.

Classement général par pays :

  1. France 1224 (+ 78)
  2. Espagne 53 (+ 18)
  3. Royaume-Uni 32 (+ 2)
  4. Etats-Unis 25 (=)

Classement général par régions (France)

  1. Rhône-Alpes 317 (+ 53)
  2. Île-de-France 173 (+ 8)
  3. Languedoc-Roussillon 132 (=)
  4. Lorraine 103 (+ 4)
  5. PACA 72 (+ 3)

Classement général par départements (France)

  1. Rhône 150 (+ 16)
  2. Paris 147 (+ 6)
  3. Vosges 62 (+ 1)
  4. Pyrénées-Orientales 59 (=)
  5. Loire 57 (+ 25)

Classement général par communes

  1. Paris 147 (+ 6)
  2. Lyon 63 (+ 5)
  3. Barcelone 37 (+ 18)
  4. Nantes 27 (+ 1)
  5. Epinal, Nancy 18 (+ 1)
  6. Roanne 17 (+ 14)

        Bilan humain.

  1. Marc-Gabriel Malfant 468 photos (+ 67)
  2. Philippe Didion 144 (+ 1)
  3. Pierre Cohen-Hadria 129 (+ 8)
  4. Benoît Howson 64 (=)
  5. Philippe de Jonckheere 41 (=)
  6. Hervé Bertin 35 (=)
  7. Christophe Hubert 32 (+ 1)
  8. Bernard Gautheron, Francis Henné 25 (=)
  9. Sylvie Mura 24 (+ 4)

            Curiosité.

Vu à la TV.

ainsi soit tif, albi, 573-2  ainsi soit tif, albi, tv, malfant, 573-2

Albi (Tarn), photo de Philippe Mauger, 10 juillet 2010 / capture d’écran de Marc-Gabriel Malfant, 20 octobre 2011

  L’Invent’Hair perd ses poils.

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Barcelone (Espagne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 16 janvier 2009 / Villelongue-de-la-Salanque, photo du même, 21 mars 2011

Poil et plume. « Les sept merveilles du monde moderne sont :

  1. Le moteur à explosion
  2. Le roulement à billes S.K.F.
  3. La coupe d’un grand tailleur
  4. La musique de Satie qu’on peut enfin écouter sans se prendre la tête dans les mains
  5. L’argent
  6. La nuque dénudée d’une femme qui vient de se faire couper les cheveux
  7. La publicité.

J’en connais encore 700 ou 800 qui meurent et qui naissent tous les jours. » (Blaise Cendrars, Aujourd’hui)

Bon dimanche,

Philippe DIDION