Novembre 2012

2

11 novembre 2012 – 556

DIMANCHE.

Lecture. L’Assommoir (Emile Zola, Charpentier, 1877, rééd. Fasquelle, coll. Le Cercle du Bibliophile, s.d.; 514 p., s.p.m.).

Quand j’étais petit, mon père, lassé sans doute de se nourrir exclusivement au Livre de poche, avait acheté au Cercle du Bibliophile les oeuvres complètes de Balzac, Hugo et Zola. J’en ai immédiatement entamé la lecture, systématique, dans l’ordre des volumes, passant du Club des cinq aux Misérables, à la Comédie humaine et aux Rougon-Macquart  sans effort et sans visiter la case Jules Verne ou Alexandre Dumas. Je n’en suis pas venu à bout, bien sûr, appelé en route par d’autres lectures mais j’en ai abattu un bon pan dans mes jeunes années. Pour Zola, je m’étais arrêté à Son Excellence Eugène Rougon, le sixième de la série. J’en ai lu d’autres par la suite, dans le désordre, mais ce n’est qu’aujourd’hui que je découvre L’Assommoir. L’impression qui se dégage au début du livre, c’est que Zola semble privilégier les morceaux de bravoure, qu’il enchaîne à l’envi : la bagarre au lavoir, l’atelier du chaîniste, l’Assommoir du père Combe, la noce, la visite du Louvre, la naissance de Nana, la forge de Goujet, etc. Fort de sa documentation et de sa maîtrise de la langue qu’il a choisie, il brille, il fait le paon, il étale son savoir-faire. Mais peu à peu les morceaux éclatants se coulent dans le fil général, magistralement tissé, celui de la dégringolade programmée de Coupeau et de Gervaise. Il y aura encore, çà et là, des scènes brillamment illustrées, jusqu’à l’apothéose, c’est-à-dire le fond du trou (Coupeau à Sainte-Anne, Gervaise sur le trottoir) mais Zola n’est plus dans la performance alors, il est dans la logique du destin qu’il a conçu pour ses personnages. Sa préface fait état de ses principales préoccupations : « peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière » et « couler dans un moule très travaillé la langue du peuple ». C’est cette dernière intention qui lui vaudra les foudres de la critique dans sa majorité et fera que Le Bien public décidera de suspendre la publication de L’Assommoir en feuilleton. C’est que Zola a réussi son coup : à aucun moment, la langue populaire qu’il utilise ne sonne faux. Il a choisi de ne pas la réserver aux paroles de ses personnages mais de l’utiliser de bout en bout, dans ses descriptions, dans un style indirect libre omniprésent (merci Flaubert). Céline saura s’en souvenir. C’est d’une richesse époustouflante, plein de trouvailles comme cette évocation d’Augustine « qui bien sûr devait avoir mangé ses pieds, tant elle trouillotait du goulot ». La dimension sociale du roman ne naît que de l’histoire, des personnages, des situations. Zola n’est pas Hugo : il ne souligne pas à gros traits, ne se perd pas en sentences moralisatrices, ne cherche pas à dominer sa création. En fait, il ne prend la parole qu’une seule fois, quelques lignes au milieu d’un paragraphe, au début du chapitre 12 qui voit Gervaise se nourrir de melons pourris, de maquereaux tournés et d’autres horreurs : « Oui, elle en était là; ça répugne les délicats, cette idée; mais si les délicats n’avaient rien tortillé de trois jours, nous verrions un peu s’ils bouderaient contre leur ventre; ils se mettraient à quatre pattes et mangeraient aux ordures comme les camarades. Ah ! la crevaison des pauvres, les entrailles vides qui crient la faim, le besoin  des bêtes claquant des dents et s’empiffrant de choses immondes, dans ce grand Paris si doré et si flambant ! » Ce sera tout, un seul « nous » caché dans la masse, le reste est suffisamment éloquent. Dans une préface presque véhémente, Henri Guillemin s’emporte contre ceux qui, hier et aujourd’hui, considèrent que Zola se vautre dans l’ordure et rappelle que l’auteur sait de quoi il parle, lui qui dans les années « 1860-1862 – de vingt à vingt-deux ans – n’avait pas de métier et vivait, Dieu sait comment, dans des garnis abominables. » La documentation, pont aux ânes de la critique zolienne, ne fait pas tout : un peu d’expérience ne nuit pas.

  Vie nocturne. J’ai passé un bon dimanche. Beaucoup de photos dans la matinée, le bistrot pour les journaux et le tiercé, les notules, une bonne croûte, une bonne sieste, un monument aux morts sous la première neige, le premier feu dans la cheminée au retour. J’ai fini L’Assommoir, entamé au plume un polar qui semble prometteur. A 23 heures 17, j’éteins. Je rêve, un rêve intéressant, mouvementé, je dois être un héros quelconque, j’en bave mais je gagne. Je me réveille, satisfait de cette belle nuit bien remplie. J’ouvre un oeil. Il est 23 heures 31.

MERCREDI.

                  Lecture. Le Préau des collines n° 11 (Préau des collines, 2010; 350 p., 22 €€).

« A propos de Pierre Bergounioux »

Bergounioux est en couverture, vêtu d’un de ses inoubliables pullovers dont nous avons déjà parlé ici (mais, m’a-t-il dit entre-temps, c’est sa maman qui les lui tricote). A l’intérieur, le bonhomme fait l’objet de portraits signés Jacques Réda, Jean-Paul Michel, François Bon, Tristan Hordé. Quelques pages de ses livres sont reproduites, ainsi que des photos de jeunesse. Mais à l’époque de sa sortie, ce numéro valait surtout par les pages inédites du Carnet de notes couvrant le mois de juillet 2002 qui permettaient aux amateurs de prendre un peu d’avance sur la sortie du volume. On trouve aussi un entretien entre Pierre Bergounioux et son frère Gabriel : les propos échangés sont de haute volée, mais trop haute pour un petit bonhomme comme moi; si j’étais invité à un repas de famille, je n’attendrais pas le dessert pour aller faire la sieste. Il reste, après Bergounioux, plus de deux cents pages entièrement occupées par des poètes contemporains. On n’y déniche pas des pépites à chaque page et, dans le lot, c’est encore Michel Butor (« Jai fêté mes quatre-vingt-trois ans / sournoisement s’amassent les hivers / tombant comme des flocons de neige ») qui apparaît comme le plus intéressant.

SAMEDI.

             L’Invent’Hair perd ses poils.

m'coiff, paris, 556-1 (2)  aim' coif, 556-1 (2)

Paris, rue Amelot, photo de Pierre Cohen-Hadria, 8 novembre 2008 / Baume-les-Dames (Doubs), photo de Francis Pierre, 10 août 2012

DIMANCHE.

Villégiature exotique. Au moins, cette fois, quand on me demandera si j’ai « bougé » pendant ces vacances, je pourrai répondre par l’affirmative et faire état d’un séjour express à Romorantin. Romorantin, charmant port de pêche où nous avions déjà mis les pieds en 2003, passant nos vacances d’été à proximité, dans une bourgade du Loir-et-Cher. En ce temps-là, nous choisissions comme destination de vacances un département français que nous étions infichus de situer sur une carte. C’est comme ça que nous avions atterri dans l’Eure, dans le Loir-et-Cher, en Haute-Vienne puis en Creuse, là où le jeu s’arrêta puisque nous n’avons jamais réussi à en décoller, nous privant ainsi  – à tout jamais ? – des délices de l’Aisne, de l’Orne, de l’Indre-et-Loire et d’autres endroits sans doute enchanteurs. Si nous revenons en cette fin de semaine à Romorantin, c’est pour une cérémonie amicale importante, revoir un poteau que l’on croyait perdu et qui semble se refaire la cerise dans une longère solognote. Il fallait bien ça pour que je consente à faire un mille bornes au sens propre, à retarder ma visite au monument aux morts d’Hennezel, à rater un match du SAS à domicile, à dormir dans un cube hôtelier avec vue imprenable sur une gare de péage autoroutier et à priver la foule notulienne de sa pâture dominicale.

LUNDI.

          Lecture. René Fallet : Le Braconnier des lettres (Michel Lécureur, Les Belles Lettres, 2005; 368 p., 24 €€).

Relecture, en fait, commandée par la préparation d’un article sur Fallet destiné à Histoires littéraires. 

MARDI.

           Lecture. Les Apparences (Girl Gone, Gillian Flynn, Crown, 2012 pour l’édition originale, Sonatine, 2012 pour l’édition française, traduit de l’américain par Héloïse Esquié; 576 p., 22 €€). L’idée de départ est on ne peut plus séduisante : une femme disparaît, son mari avertit la police et se trouve pris dans le tourbillon qui accompagne ce genre d’affaires, enquête de police (dans laquelle il est le premier suspect), création d’un comité de soutien, de groupes de recherches, invasion des médias, appels divers. Tout ceci est très ordinaire. Ce qui l’est moins, c’est que le couple que formaient la disparue et son mari était loin de couler des jours heureux et que la disparition de la femme soulage davantage l’homme qu’elle ne l’afflige. Ce qu’il ne peut bien sûr avouer sans alourdir les soupçons qui pèsent sur lui, obligé qu’il est de faire bonne figure devant les enquêteurs, les voisins, les journalistes, etc. Ce double jeu occupe la première partie du roman, une réussite parfaite qui est du niveau du précédent livre de Gillian Flynn, Les Lieux sombres. Malheureusement, la suite n’est pas du même tonneau : trop longue, trop embrouillée, trop convenue, elle laisse une impression mitigée. Un livre qu’on peut arrêter de lire à la page 305.

VENDREDI.

                Football. SA Spinalien – Etoile FC Fréjus-Saint-Raphaël 0 – 2.

      Le cabinet de curiosités du notulographe. Aptonyme déniché par Régis Conraud, 20 août 2012.

 émaille, coquelles, conraud, 556

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 2 octobre 2011. 77 km. (17284 km).

 gérardmer, 556

9424 habitants

  Le monument occupe le centre d’’un rond-point malaisé à atteindre du fait de la circulation. Une Victoire trône, posée sur quatre hautes colonnes. A ses pieds, sur quatre faces, les noms Vosges, Marne, Verdun et Somme. L’’esplanade est bien entendu circulaire, à demi-pavée et à demi-gazonnée. Une haie basse en marque le périmètre. L’’ensemble est en pierre grise, quatre urnes en forme d’’obus renversés sont posées aux angles du socle. Un bas-relief orne la partie basse, c’’est l’’écusson aux armes de la ville qui masque une croix surmontée d’’un casque. Des fleurs rouges et blanches agrémentent le tout.

gérardmer monument, 556

   Face :

A la gloire

des enfants de Gérardmer

Morts pour la France

1914-1918

  Droite : trois colonnes de noms, d’’ANCEL Joseph à BONNE Jean-Baptiste (deux occurrences), de BONNE Jean-Baptiste (et de trois) à CLAUDEPIERRE Adolphe et de COSTET Ernest à DORIDANT Auguste. Plus bas, trois plaques consacrées aux Requis et aux Victimes civiles de 1939-1945.

Dos : trois colonnes de noms, de DORIDANT Cyrille à GEHIN Edmond, de GENLOT Albert à LIEVRE René et de MAINGON Joseph à NETTER Julien. Plus bas, trois plaques consacrées aux Déportés et aux Prisonniers de 1939-1945.

Gauche : trois colonnes de noms, de NETTER Lucien à SACHOT Henri, de SAINT-DIZIER Gaston à VALENCE Georges et de VALENVE Henri à WORMSER Lucien. Plus bas, trois plaques consacrées aux Maquisards et aux Militaires de 1939-1945.

Trois loustics viennent se photographier l’’un l’’autre dans des poses grotesques au pied du monument pendant que je prends mes notes. « Eh les mecs, y a du paparazzi. »

             L’Invent’Hair perd ses poils.

  rock hair, paris, 556  rocksthair, livron-sur-drôme, 556

Paris, boulevard Beaumarchais, photo de Pierre Cohen-Hadria, 7 novembre 2008 / Livron-sur-Drôme (Drôme), photo de Marc-Gabriel Malfant, 27 septembre 2011

  Poil et plume.

 aymé, 556 1  aymé, 556 2

Bon dimanche,

Philippe DIDION

____________________________________________________________

25 novembre 2012 – 557

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). S.J.Watson, Avant d’aller dormir, Sonatine, 2011.

MERCREDI.

                  Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Hélène Berr, Journal, Tallandier, 2008.

Lecture. Anicet ou le Panorama, roman (Louis Aragon, Gallimard, 1921, rééd. Gallimard, 1997, coll. Bibliothèque de la Pléiade n° 436, « Oeuvres romanesques complètes I »; 1324 p., 65,50 €€).

A l’heure où paraît le cinquième volume des oeuvres romanesques d’Aragon en Pléiade, il est peut-être temps d’ouvrir le premier. Et de découvrir cette face inconnue, pour moi, de ses écrits avec cet Anicet ou le Panorama, roman. C’est le titre complet qu’il faut reproduire car l’auteur tenait à ce qu’il soit prononcé « d’un seul coup de glotte », avec ce mot « roman » qui peut sembler un rien dérangeant, tant le texte est éloigné de ce qu’il recouvre habituellement – et plus encore en 1921. Anicet ne ressemble en rien à un roman, disons qu’à l’aune de nos connaissances, il ressemble plutôt aux premiers ouvrages de Gide ou à Sous l’oeil des Barbares de Barrès. On est tenté, pour éclaircir les choses, d’accoler au moins un adjectif à ce nom pour tenter de l’éclairer. Roman autobiographique, parce que le personnage d’Anicet reproduit l’Aragon de l’époque, un jeune homme en quête de vérité artistique et esthétique. Roman surréaliste, avant l’heure bien sûr et avant la condamnation du genre par Breton – c’est d’ailleurs celui-ci qui fit en sorte que les premiers chapitres d’Anicet paraissent dans la NRf. Roman à clefs, incontestablement, Aragon n’hésitant pas, à plusieurs reprises, à donner les explications nécessaires pour que le lecteur reconnaisse, sous les masques des personnages, Picasso, Max Jacob, André Breton, Charlie Chaplin et autres contemporains essentiels ou en passe de le devenir. Roman onirique, qui fait intervenir Rimbaud, Ducasse et Nick Carter. Roman visionnaire : « L’histoire des récentes écoles littéraires nous a appris à nous défier des étiquettes. Les classiques n’avaient pas de nom et nous sommes les classiques de demain. » Roman de formation enfin, mais formation d’un auteur en recherche d’identité qui en écrit les premières pages au front, en 1918, et qui forme un jalon obscur, mais nécessaire, de l’histoire littéraire.

JEUDI.

          Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Jane Austen, Orgueil et préjugés, Folio, 2007.

VENDREDI.

     Vie littéraire.

Vin !  Hydromel ! Kummel ! Whisky ! Zythogala !

J’ai bu de tout ! parfois saoul comme une bourrique !

l’Archiduc de Weimar jadis me régala

d’un vieux Johannisberg à très-cher la barrique !

 

Dans le crâne scalpé du sachem Ko-Gor-Roo

Boo-Loo, j’ai puisé l’eau des torrents d’Amérique !

Pour faire un grog vive l’Acide Sulfurique !

Tout petit je suçai le lait d’un kanguroo !

 

(Mon père est employé dans les pompes funèbres :

c’est un homme puissant ! J’attelle quatre zèbres

à mon petit dog-car et je m’en vais au trot !)

 

Or aujourd’hui, noyé de Picons et d’absinthes,

je meurs plus écoeuré que feu Jean des Esseintes

Mon Dieu ! n’avoir jamais goûté de vespetro !

Du vespetro – cette liqueur censée provoquer vesses, pets et rots – il fut bien sûr question au cours du XVIe colloque des Invalides à l’intitulé gouleyant : « Alcools ». Un colloque, comme d’habitude, de haute tenue, la densité de notuliens présents en chaire et en salle en attestant de manière incontestable. Comme d’habitude aussi, les intervenants ont su explorer des territoires inattendus. Là où l’on pouvait s’attendre à rencontrer, au croisement de la littérature et des liqueurs, des auteurs comme Blondin, Fallet, Lowry ou Fitzgerald, il fut en fait question de l’alcool chez Racine ou chez la comtesse de Ségur. L’absinthe, logiquement, fut à l’honneur avec la présentation de quelques trésors du Musée de l’Absinthe sis à Auvers-sur-Oise et l’évocation de son pouvoir créateur et toxique chez les littérateurs du XIXe siècle. On y entendit ce qu’on peut appeler les vers de mirlitrons de Raoul Ponchon et de toute une pléiade de cabaretiers poètes. Christophe Bourseiller, d’ordinaire présent en chair et en os, se fit remarquer par une intervention filmée et enregistrée, comme dans un vulgaire meeting de l’UMP. On y mentionna l’escrimeur Smirnov, la vodka Kalashnikov et le vin Mariani, on y conspua Boileau et Feydeau, les mal nommés. On termina sur une note bizarre, en constatant que deux personnes qui avaient connu Tristan Tzara ne parvenaient pas à se mettre d’accord sur certains aspects des plus simples de sa personnalité, se renvoyant des témoignages contradictoires. On y regretta enfin, car il faut bien qu’il y ait des fâcheux dans toute assemblée, fût-elle des plus doctes, l’attitude d’un participant particulièrement envahissant et grossier, spécialiste des interventions intempestives, des commentaires superfétatoires, faisant, c’est un euphémisme, peu de cas des autres intervenants. On aurait préféré qu’il se manifeste uniquement par l’immense et incontestable connaissance qu’il possède sur un pan entier de l’histoire littéraire et qu’il se contente du bel hommage qu’il rendit à Clément Pansaers, surréaliste belge dont je tiens en haute estime Le Pan-Pan au cul du nu nègre.

SAMEDI.

             Vie parisienne. Je remonte le boulevard Saint-Michel. Un peu avant chez Gibert, un jeune type me hèle, quémande une piécette, je l’ignore, il m’apostrophe : « Où tu vas, toi, si tu ne sais pas partager ? » Je ne sais pas où je vais, mais j’y vais sans toi et sans ta moraline à deux balles, bonhomme. Pourtant, je suis un bourgeois, j’ai mes pauvres. Ils sont légion, là où j’habite. Mon domicile se situe à proximité immédiate d’une gare, d’un bureau de poste et d’une église, des lieux prisés des quêteurs. Je connais les habitués, ils me connaissent aussi, je ne sors jamais sans ma poche à mitraille, j’arrose maigrement mais largement. Ils me voient venir de loin, on échange deux mots et ils me remercient avec l’excès de politesse qui vient souvent recouvrir la dignité perdue. Mais ce que je préfère, c’est quand un jeune me demande une cigarette. Je dégaine mon paquet de maïs, j’offre. Les regards sont circonspects devant l’apparence de l’objet mais bon, c’est ça ou rien. Je reste quelques secondes, histoire de voir la tête du type qui tire sa première bouffée. Là, je suis sûr de ne plus jamais être importuné.

             L’Invent’Hair perd ses poils. 

 soph'hair, paris, 557-2  sof'hair, palau-del-vidre, 557-2

Paris, avenue Ledru-Rollin, photo de Sylvie Mura, 8 novembre 2008 / Palau-del-Vidre (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 17 février 2011

DIMANCHE.

Lecture. Les mal nommés : Duras, Leiris, Calet, Bove, Perec, Gary et quelques autres (Claude Burgelin, Le Seuil, coll. La Librairie du XXIe siècle, 2012; 368 p., 25 €€).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Bertold Brecht, Théâtre complet 5 (L’Arche, 1976).

JEUDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). John Katzenbach, L’Analyste (Pocket, 2007).

VENDREDI.

         Le cabinet de curiosités du notulographe. Gérardmer (Vosges), photo de l’auteur, 1er avril 2012. Ce que j’ai pris d’abord pour ce que je cherchais, le monument aux morts local…

 monument gley, gérardmer 1, 557

   … était en fait un monument dédié à un seul mort, une personnalité locale dont j’ignorais l’existence : Antoine Gley, dit « Le boulanger de Paris ».

monument gley, gérardmer 2, 557 (2)

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 9 octobre 2011. 94 km. (17378 km).

 gerbamont, 557

338 habitants

   Il n’y a pas de pancarte, d’’ailleurs il n’’y a pas vraiment de village, l’’habitat est éclaté sur tout le pan de montagne qui surplombe la commune de Vagney. Il y a tout de même un semblant de centre avec une chapelle, l’’école et la Mairie dont le mur est orné d’’une plaque en guise de monument. A Cleurie, qui se trouve pas très loin sur le même versant, on avait déjà rencontré le même peuplement éparpillé, la même plaque, même pierre, même forme, sur le mur de la Mairie. Et les mêmes mômes désoeœuvrés aux alentours.

 gerbamont monument, 557

Hommage de la commune de Gerbamont

A ses enfants morts pour la Patrie

1914-1918

BERNARD André

CLAUDEL Albert

DIDIERLAURENT Adelin

GEHIN Louis

GEHIN Paul

GRANDEMANGE Juste

JACQUOT Adrien

JACQUOT Albert

JACQUOT JN BTE

LAURENT Joseph

LAURENT Louis

MATHIEU Emile

MATHIEU Léon

MATHIEU Louis

MATHIEU Louis

THOMAS Albert

THOMAS Juste

DIDIERLAURENT Ernest

JOLY Ernest

PIERRAT Léon

PERRIN Camille

  Sur les côtés, deux petites plaques. A gauche pour les « Tués à l’’ennemi » et les fusillés de 1939-1945, l’’autre pour les victimes civiles de la même période. Plus inattendue, une plaque de marbre gris, sur un autre mur, avec cette inscription :

Habitants de Gerbamont

Souvenez-vous

Du don des villages suisses

Parrainant votre commune

Soyez comme eux

Bons, généreux, désintéressés

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 coupe tiff, chaumousey, 557-2 (2)  coup'tiff, firminy, 557-2 (2)

 Chaumousey (Vosges), photo de l’auteur, 11 novembre 2008 / Firminy (Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 15 juillet 2012

Poil et plume. « C’’est dommage, tous les gens qui savent comment diriger le pays sont occupés à conduire les taxis ou à couper les cheveux. » (George Burns, comédien)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

Publicités