Octobre 2012

7 octobre 2012 – 552

LUNDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? (Points, 1992) à l’aller, Nora Roberts, Le Secret du bayou (Harlequin, 2009) au retour.

MERCREDI.

Lecture. Seul le silence (A Quiet Belief in Angels, R.J. Ellory, 2007 pour l’édition originale, Sonatine, 2008 pour la première édition française, rééd. LGF, 2009, coll. Le Livre de poche thriller n° 31494, traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau; 606 p., 7,50 €€).

Premier roman publié, premier roman traduit pour R.J. Ellory. La légende raconte qu’avant de pouvoir sortir ce titre, Ellory en avait présenté vingt-deux sans succès. C’est sans doute la raison pour laquelle Seul le silence semble rassembler divers morceaux d’oeuvres précédentes et se présente comme une collection de romans : roman historique américain (plutôt réussi sous la plume d’un Anglais), roman policier (sur le mode whodunit), roman rural (le Deep South, forcément), roman urbain (New York par quelqu’un qui a bien lu Paul Auster), roman de construction (d’un écrivain bien sûr), roman de procès, roman de prison, roman familial… Le patchwork est bien assemblé malgré les longueurs et redites des dernières pages et Ellory y dévoile l’habileté dont il fera preuve par la suite avec, en plus, une préoccupation stylistique, une recherche des images qu’on ne trouve plus dans Les Anonymes. Une ouverture large comme un boulevard.

JEUDI.

Les uns et les otes. Je parlais, dans une notule d’octobre 2007, de « la grande affection que j’entretiens pour le suffixe « ote » qui, ajouté à un nom de lieu, en désigne les habitants. J’ai d’ailleurs commencé à établir une liste à ce sujet. Elle n’est pas très longue, puisque, outre les Chypriotes, elle ne comprend que les habitants de Smyrne (Smyrnotes), du Caire (Cairotes), Istanbul (Stambouliotes), Skopje (Skopjotes), Sofia (Sofiotes), Andros (Andriotes). Je n’ai jamais trouvé d’où venaient Judas Iscariote et Simon le Zélote. Mais j’ai connu une grande félicité lorsque j’ai découvert dans le Larousse illustré de 1905 que les habitants de Chio (« île de l’archipel ottoman ») étaient les Chiotes. L’article précise même qu’au Moyen Âge, « Arabes, Turcs et Européens s’en sont constamment disputé la domination ». Ce qui me permet d’affirmer, renouant avec un humour de cour de récréation que je n’ai jamais totalement renié, que les Chiotes ont été souvent occupés. »

Depuis 2007, ma liste ne s’est guère étendue. Tout juste ai-je pu y ajouter les Nilotes du Nil, les Epirotes d’Epire, les Rouméliotes de Roumélie, les Parganiotes de Parga et les Dubaïotes de Dubaï. Mais elle vient de recevoir un apport non négligeable, suite au message d’un notulien helvète qui m’apprend que « dans le canton de Genève, les habitants d’Avully sont des Avuillotes, ceux de Cologny des Colognotes, ceux de Dardagny des Dardagnotes, ceux de Prégny des Pregnotes et ceux de Satigny des Satignotes. » La quête continue.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Paris, rue des Boulangers, photo de l’auteur, 24 août 2012.

 coeur, rue des boulangers, paris, 552 (2)

SAMEDI.

Football. Sa Spinalien – US Créteil 1 – 2.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 4 septembre 2011. 53 km. (16832 km).

 gelvécourt-et-adompt adompt, 552  gelvécourt-et-adompt gelvécourt, 552

90 habitants

   La commune s’’appelle Gelvécourt-et-Adompt, elle est composée de deux hameaux distants d’’un petit kilomètre. Normalement, j’’aurais dû photographier la pancarte Adompt à sa place sur le calendrier des postes, c’’est-à-dire entre Les Ableuvenettes et Ahéville. Ils sont loin mes débuts, où manquant de pratique et de la plus élémentaire rigueur, je me laissais aller à de telles entorses. J’’aurais même dû photographier le monument, situé sur le territoire d’Adompt, ce que je n’’ai fait que lorsque j’’en suis arrivé à l’étude de Begnécourt dont les morts sont ici célébrés, avec ceux des deux hameaux et ceux de Légéville-et-Bonfays. J’’en recolle ici un détail qui n’’apparaissait pas sur la photo de l’’époque.

gelvécourt-et-adompt monument, 552

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 coiffures de dames de messieurs, lyon, 552

Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 août 2008

             Poil et plume. « Hélas, trois jours plus tard, Kevin succombit et périssa dans un terrible accident capillaire. Il était allé se faire friser les douilles chez Jacques Dessange et tout se passait plutôt bien quand soudain Magalie, la jeune femme qui lui faisait des bouclettes, renversa malencontreusement son thé au jasmin sur le sèche-cheveux, électrocutant le pauvre Kevin qui jusqu’’ici lisait un article de Gala consacré à la thermodynamique des fluides en milieu carcéral. » (Claro, blog Le clavier cannibale, 21 juillet 2012, Kevin et Esther vont à La Baule)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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 14 octobre 2012 – 553

DIMANCHE.

Rugby. RA Epinal-Golbey – RCS Vittel 6 – 11. Je crois bien que je n’étais jamais venu au stade de rugby de la route d’Archettes en civil. Il y a bien longtemps, j’y étais en crampons et j’y exposais ma silhouette trop fluette aux assauts de gaillards plus rudes que moi. Ce qui ne m’empêcha pas d’y prendre plaisir, un plaisir que je retrouve en suivant le match depuis la touche. A un moment, le ballon s’est égaré dans les fourrés qui bordent le stade. Je l’ai récupéré et l’ai lancé au joueur qui allait effectuer le lancer en touche. Le type m’a dit merci. C’est là que j’ai pleinement pris conscience que j’étais au rugby et non au football.

MERCREDI.

Lecture. Cahiers Georges Perec n° 11 (Collectif, textes réunis et présentés par Maryline Heck, Le Castor Astral, 2011; 272 p., 20 €€).

« Filiations perecquiennes »

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

JEUDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 45 (janvier-février-mars 2012, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 176 p., 25 €€).

Revue trimestrielle consacrée à la littérature française des XIXe et XXe siècles.

Hector France, Joseph Primoli, Jean Drault… Il arrive fréquemment que la revue, à côté des célébrités des deux siècles passés, nous donne un éclairage inattendu sur un oublié de l’histoire littéraire. C’est son boulot, me direz-vous, il n’empêche que cela manque rarement d’intérêt. Ici, nous avons droit à un long portrait de Jules Roques (1850-1909), une gloire de la presse des années 1880, directeur du Courrier français, organisateur de spectacles (le Bal des Quat’z’Arts), fondateur d’une Ligue socialiste, candidat à la députation, amant supposé d’Yvette Guilbert et surtout grigou impénitent, jongleur de dettes et expert en fumisteries de tous ordres. Laurent Bihl consacre une trentaine de pages illustrées à sa vie peu commune. Autour de ce dossier, il est question d’Aloysius Bertrand, du journal Les Belles Lectures, Dominique Noguez livre quelques pages de son « Journal d’un jeune homme de vingt-trois ans » et la rubrique « En société » nous révèle l’existence du coiffeur-poète toulonnais Anatole Alabe, auteur, en 1895, de Ma première gerbe littéraire [elle restera la seule] : chants d’amour et surtout d’un Catalogue des coiffeurs de Toulon…ainsi que de quelques villes et villages du Var et des Alpes-Maritimes qui ne peut laisser le notulographe indifférent. Notulographe coupable, dans la section « Livres reçus », de notices consacrées à François Caradec, Paul Léautaud et Marcel Proust.

VENDREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Jean Teulé, Mangez-le si vous voulez, Julliard, 2009.

    Le cabinet de curiosités du notulographe. Bel exemple de politique commerciale antiségrégationniste à Gouzon (Creuse), photo de l’auteur, 17 août 2012.

 snack bar, gouzon, 553

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 11 septembre 2011. 142 km. (16974 km).

gemaingoutte, 553

126 habitants

   Le monument a un air de jardinet privé, avec un portail à deux battants qui   le sépare de la rue menant à la Mairie. C’’est une stèle imposante au vu de la taille du village, qui porte sur trois côtés les mots Honneur, Gloire et Patrie. Elle est posée sur trois marches au centre d’’une esplanade couverte de cailloux gris. Deux buis en pot, une haie de thuyas et un bac de géraniums agrémentent l’’ensemble. Les noms sont alignés au-dessous d’’une Croix de Guerre.

 gemaingoutte monument, 553

1914-1918

BRESSON Jn Baptiste

BRESSON Louis

CHEVALIER Edmond

DOLMAIRE Emile

GARNIER Jn Baptiste

GRANDADAM Jules

JEANDEL William

JEANDEL Emile

LAMAZE Joseph

LAURENT Henry

NICOLE Ernest

NICOLE Marcel

PIERRON Joseph

THIEBAUT Antoine

THIEBAUT Eugène

LOTZ Emile

PIERRON Jn Baptiste

NOEL Raymond

DIELAINE Henri

Victimes civiles

BRESSON Ernest

CHEVALIER Henri

CHATELAIN Marie

GERMAIN Clémentine

MAIGRAT Marie

1939-1945

COMBEAU Raymond

JACQUOT André

PIERRON Jean

RENAUX Maurice

RAIMBOURG Etienne

La commune de Gemaingoutte

A ses enfants

Morts pour la France

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 na'tifs, voujeaucourt, 553  natif, saint-maurice-l'exil, 553

Voujeaucourt (Doubs), photo de l’auteur, 26 octobre 2008 / Saint-Maurice-l’Exil (Isère), photo de Marc-Gabriel Malfant, 22 mars 2012

Poil et plume. « La carte de membre du parti religieux de Nanak, c’était d’être au poil avec ses poils. L’usage de la tondeuse et du rasoir est un génocide. A bas l’extermination des poils ! Vie éternelle au système pileux. Pas un Sikh, depuis François Ier, qui se soit rasé la barbe ou la moustache, taillé les cheveux. Tout ce foin, ils l’emballent, celui de la tête, en chignon, sous un turban, celui des joues, dans une résille. Peut-être là est la source de leurs légendaires virilité et esprit d’entreprise. » (Jack Thieuloy, L’Inde des grands chemins)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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21 octobre 2012 – 554

MARDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Anna Sam, Les Tribulations d’une caissière, Le Livre de poche, 2009.

MERCREDI.

  Lecture. Volte-face (The Reversal, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2010 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2012 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 440 p., 21,50 €€).

Connelly réunit dans ce polar ses deux héros principaux, le policier Harry Bosch et l’avocat Mickey Haller. La volte-face du titre est celle de Haller qui, habituellement voué à la défense, passe ici du côté de l’accusation à l’occasion de la révision d’un procès concernant le meurtrier d’une fillette. En convoquant ces deux personnages, l’auteur espère faire jaillir l’étincelle de l’opposition de deux genres qu’il a pour l’instant pratiqués avec bonheur : le roman d’enquête et le roman de prétoire. D’un côté l’action, l’intuition, le mouvement, de l’autre la stratégie, le calcul, le compromis. Le combat est rapidement déséquilibré : les arcanes du système judiciaire nécessitent des développements plus longs que la traque d’un suspect et Harry Bosch est rapidement voué au rôle de comparse. Le bilan n’est pas brillant : peu de suspense, peu d’émotion, l’ennui gagne. Un danger menace Michael Connelly : celui d’écrire ses livres comme on en est venu à les acheter et à les lire, par habitude.

VENDREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Robin Cook, Manipulations, Sylvie Messinger, 1985.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Mélange des genres à Chénérailles (Creuse), photo de l’auteur, 15 août 2012.

 café charcuterie chénérailles, 554

SAMEDI.

             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 18 septembre 2011. 102 km. (17076 km).

 gemmelaincourt, 554

158 habitants

  C’’est une stèle dressée devant le bâtiment qui abrite les « Ecoles communales » (fronton photographié pour le Petit aperçu d’’épigraphie républicaine), sur un parterre de graviers agrémenté d’’une jardinière. Il y a des couronnes, un crucifix et un étendard en bas-relief, l’’ensemble est dû à « Bastien à Vittel », désormais bien connu de nos services.

 gemmelaincourt monument, 554

   Face :

La commune de Gemmelaincourt

A ses enfants

Morts pour la Patrie

1914-1918

BARBIER Camille

GEORGIN Maurice

HENRY Albert

HENRY Emile

SUSSET Georges

PETITJEAN Louis

ANTENAT Henri

GEORGIN Arthur

THIVET Henri

LIEGEROT Léon

MARCHAL Louis

FEVE Rainal

GARDEUX Louis

MARMAND Marius

FLORENTIN René

GEANTISHOMME Paul

VIRGILE Abel

1939-1945

René CONTAL

Marcel ROUSSEL

  Droite :

INDOCHINE 1953

Paul GUILLERAY

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 artis tifs, francheville, 554 (2)  artis'tif, saint-valery-en-caux, 554

Francheville (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 1er novembre 2008 / Saint-Valery-en-Caux (Seine-Maritime), photo d’Elisabeth Chamontin, 18 août 2012

Poil et plume.

« Un barbier possédé de la fureur d’écrire

En vers, surtout, fera pitié, s’il ne fait rire :

Comment imaginer un barbier écrivain !

Mieux vaudrait donc pour moi, qu’à l’avenir, ma main,

Pour soigner les rasoirs, abandonne la plume,

Car de les négliger, si je prends la coutume,

Sans perdre le défaut de mal versifier,

Je contacte celui de mal barbifier. »

(Anatole Alabe, Ma première gerbe littéraire : chants d’amour, « Préface de l’auteur »)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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28 octobre 2012 – 555

MARDI.

     Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Ken Follett, L’hiver du monde, Robert Laffont, 2012.

           Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 18 (15 décembre 2011, 112 p., 15 €€).

Le traitement pataphysique d’une discipline dans laquelle on est peu versé, la science-fiction en l’occurrence, réserve toujours de bonnes surprises. Ce dossier consacré aux extraterrestres n’avait a priori rien pour me passionner mais j’y ai trouvé une étude sur Ignis, de Didier de Chousy, un roman qui fit il y a peu l’objet d’une notule, un exposé sur le palindrome dans la science-fiction et, au fil d’autres articles d’un moindre intérêt pour ma pomme, des illustrations qui valent le détour. Les pages consacrées à l’actualité contiennent leur lot de pépites éditoriales à diffusion faible, voire inexistante : comment ne pas avoir envie de se procurer le Catalogue de magasin à destination de la gent aquatique et La cuisson des potages à 37° Celsius de Patrice Bauduinet, la Lorraine secrète et insolite de Marcel Cordier (quand on sait que des rubriques y sont consacrées à Jean Ferry, Philippe Cathé, Pascal Bouché, Marc Ways…), OP OLOOP de Juan Filloy, « l’histoire d’un statisticien pour qui les chiffres permettent d’appréhender l’essentiel d’un être ou d’un phénomène et qui considère comme sa seule véritable oeuvre la liste complète de ses rencontres dans les bordels (999 fiches descriptives de 999 filles) » ?

MERCREDI.

                  En feuilletant Livres Hebdo. Dernier avatar, et pas le moindre, de La Vie mode d’emploi : Séverine Duchesne, Michaël Escoffier, Zizi, zézette, mode d’emploi, Frimousse, 2012; 32 p., 15 €€. Le texte de présentation est alléchant : « Avant d’utiliser le zizi ou la zézette pour la première fois, il faut le retirer délicatement de l’emballage, vérifier qu’il n’a subi aucun dommage durant le transport et se conformer aux instructions du manuel pour éviter les erreurs de manipulation. Lecteurs débutants (à partir de 6 ans). »

JEUDI.

          Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Yongey Mingyour Rinpotché, Bonheur de la sagesse, Le Livre de poche, 2011. Je ne sais si le voyageur qui me fait face ce matin dans le 7 heures 38 est en proie au bonheur mais on peut considérer qu’il a atteint une forme de sagesse en laissant son livre fermé à côté de lui et en ne manifestant aucune intention de l’ouvrir.

VENDREDI.

                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Vosges Matin, rubrique nécrologique, 11 septembre 2012.

georges paradis, rectificatif, 555 (2)

   Vosges Matin, rubrique nécrologique, 12 septembre 2012.

 georges paradis, 555 (2)

   Ayant un peu connu Georges Paradis, je peux dire que le fait de se voir attribuer le titre tout à fait gaullien d’ancien Président Général, lui qui oeuvra toute sa vie en usine et n’eut jamais comme cabinet que celui qui était au fond du jardin, l’aurait bien amusé.

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 25 septembre 2011. 131 km. (17207 km).

 gendreville, 555

115 habitants

   La campagne est magnifique, à peine jaunie par la saison, contredite par une température et un soleil printaniers. Le monument surplombe la rue principale du village, il est placé en bordure de l’’esplanade gazonnée qui mène à l’’église. La Croix de Guerre qui le surplombe est masquée par un drapeau tricolore, nous sommes dans les dates anniversaires de la Libération. Une jardinière de géraniums est posée sur la dernière des trois marches qui soutiennent la stèle de pierre grise. En bas-relief, une couronne et des palmes végétales. Les noms sont gravés sur une plaque de marbre blanc.

 gendreville monument, 555

Aux morts

de la Grande Guerre

1914-1918

La commune reconnaissante

BASTIEN René 8 7BRE 1914

MESSAGER Albert 3 8 BRE 1914

DURAND Henri 2 avril 1915

VOILQUIN Jules 22 juin 1915

JACQUOT Lucien 23 X BRE 1915

LARMINAUX Paul 5 avril 1916

CHAPELLIER Firmin 1er juillet 1916

PIEROT Julien 25 avril 1918

Guerre 1939-1945

ROUSSEAU Albert 21 mai 1940

  Dans le cimetière, Jules Voilquin a droit à un beau souvenir.

 gendreville tombe voilquin, 555

             L’Invent’hair perd ses poils.

 merlan et compagnie, paris, 555

Paris, rue de Bretagne, photo de Pierre Cohen-Hadria, 8 novembre 2008

             Poil et plume. « Le mort est mort et il est passé de la vie à l’éternité; il a beaucoup de temps, c’est-à-dire qu’il n’en a pas du tout, personnellement parlant. Cela n’empêche pas que ses ongles et ses cheveux poussent encore et qu’en somme… Mais nous ne voulons pas rappeler l’expression cavalière dont Joachim s’était servi un jour à ce propos et dont Hans Castorp, en homme du plat pays, s’était alors formalisé. Ses cheveux et ses ongles à lui aussi poussaient, ils poussaient vite, semblait-il, car il était souvent installé, enveloppé de la serviette blanche, dans un des fauteuils du coiffeur de la grand’rue de Dorf et se faisait couper les cheveux, parce que des franges s’étaient une fois de plus formées autour de ses oreilles. En somme, il était toujours installé là, ou, plutôt, lorsqu’il y était assis, bavardant avec le garçon adroit et empressé qui faisait son oeuvre après que le temps avait accompli la sienne, – ou encore lorsqu’il était debout près de la porte du balcon et raccourcissait ses ongles au moyen des petits ciseaux et des limes tirées de son joli nécessaire de velours, – il se sentait tout à coup pris, avec une sorte d’effroi auquel se mêlait un singulier plaisir, de certain vertige, d’un vertige qui mêlait l’étourdissement à l’illusion d’une impuissance à distinguer l’ « encore » et le « de nouveau », dont le mélange et la coïncidence produisent le « toujours » et l’ « à jamais » situés en dehors du temps. » (Thomas Mann, La Montagne magique)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

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