Septembre 2012

2 septembre 2012 – 547

DIMANCHE.

Lecture. François Bon : d’un monde en bascule (La Baconnière, coll. Langages, 2012; 280 p., 20 €€).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

                  Lecture/Ecriture. Mots croisés 2 (Robert Scipion, Zulma, coll. Grain d’orage, 80 grilles, 112 p., 7,50 €€).

                  Lecture. Aimer la grammaire (Pierre Bergounioux, Nathan, 2002; 64 p., s.p.m.).

On peut trouver parfois Bergounioux obscur, tortueux, malaisé à suivre et il est vrai que sa phrase, en général, se mérite : ce n’est qu’avec une attention soutenue qu’on en suit les méandres sans s’embourber et qu’à son issue qu’on en découvre la rigoureuse clarté. Rien de tel dans ce petit précis grammatical : tout y est d’emblée limpide et simple. C’est bien sûr très général mais tout y est avec, en prime, des liens avec la linguistique, l’étymologie et la philosophie qui éclairent bien des choses. Du fait de sa simplicité, il m’étonnerait que cet ouvrage ait recueilli les louanges des autorités pédagogiques. Aussi ne manquerai-je pas d’en faire un usage régulier dès la semaine prochaine.

                  Cinéma. Associés contre le crime… (Pascal Thomas, France, 2012, avec André Dussollier, Catherine Frot).

Cela faisait un bon moment que je n’étais pas allé au cinéma et il me fallait, pour renouer avec une pratique jadis assidue, un événement qui me donne le déclic. Si je suis au cinéma ce soir, c’est à cause de Léautaud. On se souvient du procès Pierre Perret – Le Nouvel Observateur au sujet de la rencontre, réelle ou prétendue, du chanteur et de l’écrivain. Etaient appelées comme témoins, au cours de ce procès, deux de mes connaissances : Agathe Fallet, avec qui j’en ai discuté en juin dernier à Jaligny, et Jean-Jacques Lefrère, mon boss d’Histoires littéraires. Plus le réalisateur Pascal Thomas, qui est aussi bibliophile et bon connaisseur de l’oeuvre de Léautaud. Pascal Thomas était alors à la veille de tourner Associés contre le crime… et a proposé à Lefrère de tenir un petit rôle. C’est celui, et il s’en acquitte avec assurance, d’un présentateur d’émission littéraire à la télévision, dont le décor est d’ailleurs constitué de couvertures de la revue Histoires littéraires. Je crois bien que c’est la première fois que je me retrouve, au cinéma, en terrain connu.

LUNDI.

Lecture. Le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 8e série, n° 17 (15 septembre 2011, 112 p., 15 €€).

Le Collège n’oublie jamais d’où il vient et il est rare de trouver, dans ses publications, un article ou le nom de Jarry n’est pas mentionné. Ce numéro fait plus encore en consacrant un fort dossier à la Mère Ubu, à ses premières manifestations, à ses variantes, à ses avatars et à ses interprètes. Ce qui nous vaut, entre autres un très bon article de Jean-Paul Morel sur l’actrice Louise France, illustré de quelques portraits saisissants.

MARDI.

Presse. Trouvé ce titre barrant la une de Vosges Matin du jour : EN GREVE DE LA FAIM POUR DES FENETRES PVC. Si Nicolas M. vient d’entamer une grève de la faim, c’est bien parce qu’il ne digère pas qu’au motif qu’il se trouve sur un site classé, il est sommé par les services de l’Etat de remplacer les fenêtres en PVC de son chalet de Xonrupt-Longemer.

                        Pauvre Bobby Sands.

VENDREDI.

Vie artistique. La dernière escapade des vacances sera pour le Centre Pompidou de Metz où se tient une exposition gigantesque consacrée à l’année 1917. Gigantesque parce que les responsables ont tenu à évoquer les événements historiques (révolution russe, entrée des Etats-Unis dans la guerre…) et leurs implications artistiques (Dada, suprématisme, art des tranchées, cubisme…). Cela va de la première apparition de La Vache qui Rit au rideau de scène peint pour Parade par Picasso, c’est énorme, vertigineux et ça mérite assurément plus qu’une visite. Que voulez-vous, les vacances sont trop courtes.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Le Pompidou (Lozère), photo de Christophe Hubert, 29 juillet 2005.

baignoires, le pompidou, hubert, 547

SAMEDI.

Football. SA Spinalien – AS Cherbourg 1 – 1.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 15 juillet 2011. 58 km. (16314 km).

 frénois, 547

40 habitants

   Deux en un : au centre du village, la Mairie est surmontée d’’un clocher. A côté de la porte, une plaque. Les lettres sont en partie effacées. Sous la plaque, un support métallique destiné à recevoir des fleurs, vide.

frénois monument, 547

En souvenir des soldats

René BLOT

Médaille militaire Croix de Guerre

Gabriel CLAUDEL

Médaille militaire Croix de Guerre

Marcel CLAUDEL

Morts pour la France

1914-1918

– – – – – – – – – – – –

Don fait par Th. BLOT

  A gauche, deux plaques plus petites. Sur la première, la photo de René Blot avec la mention :

A la mémoire de mon [illisible] [regret]té

BLOT René

Mort pour la France le 22 mai 1915 à 24 ans

Regrets éternels

  La seconde se présente ainsi :

A la mémoire de mes chers fils et de nos frères regrettés

CLAUDEL Gabriel                   CLAUDEL Marcel

Morts pour la France

Le 22 juillet 1918                   Le 15 mai 1915

à 28 ans                       à 20 ans

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 jade'hair, banyuls, 547 (2)

NYX
NYX

Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 octobre 2008 / Saint-Pierre (La Réunion), photo d’Antoine Fetet, 7 avril 2010

Poil et plume. « Le Consul, dont M. Laruelle distinguait à présent la vieille demeure sur la pente au-delà de la Barranca, avait alors semblé assez heureux lui aussi, se promenant à travers Cholula aux trois cent six églises et deux salons de coiffure, le « Toilet » et le « Harem », puis escaladant la pyramide en ruine qui était, assurait-il tout fier, la Tour de Babel originale. » (Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan)

« Ce jour-là le Consul, dont M. Laruelle distingua à l’instant la maison, une demeure ancienne, sur la pente, de l’autre côté de la barranca, avait paru plutôt heureux, à en juger par la façon dont il avait erré dans les rues de Cholula, village aux trois cent six églises et aux deux échoppes de barbier, le « Toilette » et le « Harem », avant de gravir un peu plus tard la pyramide en ruine qu’il avait fièrement présentée comme la tour de Babel originale. » (Malcolm Lowry, Sous le volcan)

« The Consul, whose old house M. Laruelle now made out on the slope beyond the barranca, had seemed happy enough too then, wandering around Cholula with its three hundred and six churches and its two barber shops, the « Toilet » and the « Harem », and climbing the ruined pyramid later, which he had proudly insisted was the original Tower of Babel. » (Malcolm Lowry, Under the Volcano)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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9 septembre 2012 – 548

LUNDI.

Vie professionnelle. Il fut un temps où, pour diverses raisons que l’on devine aisément, il m’était impossible de trouver le sommeil à la veille d’une rentrée scolaire. Maintenant, c’est fini : je dors la nuit, et même le jour qui suit. Enfin, d’ordinaire parce que cette année, c’est un peu différent : j’ai perdu ma carte SNCF hier matin en allant la recharger à la gare et l’idée de prendre le volant et d’entreprendre des démarches forcément téléphoniques et interminables, assortie à la perspective d’un rendez-vous inconfortable dans l’après-midi, ont mis à mal ma sérénité légendaire.

MARDI.

Lecture. Mapuche (Caryl Férey, Gallimard, coll. Série Noire, 2012; 462 p., 19,90 €€).

Après Haka (situé en Nouvelle-Zélande) et Zulu (Afrique du Sud), Caryl Férey continue son extension exotique de la Série Noire au pays du rugby des antipodes avec un roman situé dans l’Argentine contemporaine. Contemporaine mais durablement marquée par l’époque des colonels : Rubén Calderon, le personnage central, est le seul rescapé de sa famille et il est devenu détective pour débusquer les tortionnaires de tous poils qui coulent des jours paisibles à l’ombre de leur passé. Un meurtre l’amène à se pencher sur les cas d’enfants enlevés et « adoptés » par des familles de militaires, une aventure dans laquelle il sera secondé par Jana, une indienne mapuche. Le travail documentaire auquel s’est livré l’auteur est très sérieux et permet de remettre certains faits en mémoire à ceux qui, comme moi, ont suivi la Coupe du monde 1978 comme si de rien n’était. Caryl Férey est à l’aise dans l’action, ne recule pas devant la violence et la crudité. On pourra lui reprocher (comme quasiment à tous ses confrères du polar actuel) cent pages de trop – on s’ennuie ferme en attendant le dénouement – et des personnages un brin caricaturaux, même si caricature rime avec dictature.

MERCREDI.

Vie scolaire. Ca y est, toute la Didionnée a fait sa rentrée. Au lycée, Lucie a hérité d’un professeur d’anglais qui fut jadis, dans cette même matière, mon élève. Il use, me dit-elle, du même humour que moi. Je m’en suis trouvé flatté, jusqu’à ce qu’elle juge bon de préciser : « un humour pas drôle ».

VENDREDI.

                 Le cabinet de curiosités du notulographe.

rimbo voyages, niamey, 548

SAMEDI.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 24 juillet 2011. 112 km. (16426 km).

 fresse-sur-moselle, 548

1976 habitants

   C’’est un bloc parallélépipédique de granit noir posé au bout d’’une esplanade qui semble faite pour jouer à la pétanque. Il est orné d’’une frise à la base, de décorations en incrustation au sommet, de palmes collées sur les côtés, près de deux médaillons signés des classes 1922 et 1923. En avancée, un demi-cercle de végétation bien taillée entouré d’’une grille verte. Un crucifix est planté au coeœur d’’un massif de cotonéaster. A droite, un drapeau tricolore au sommet d’’un mât. Les noms sont rangés par année, sur quatre colonnes.

fresse-sur-moselle monument, 548

   Face :

1914-1918

1914

6 noms de GASPARD Louis à SEGUIN Joseph (dont un CLAUDEL Camille)

1915

30 noms de REMY Gustave à St PERRIN Marc

1916

16 noms de Cal MOUROT Henri à NURDIN Emile

1917

7 noms de FEBVAY René à PHILIPPE Eugène

1918

19 noms de LAMBOLEZ Gustave à REMY Jules

A nos enfants

Morts pour la France

Algérie 1954-1962

5 noms

  Gauche :

1939-1945

 Civils

10 noms

  Droite :

1939-1945

Militaires

11 noms

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 diminu'tif, cahors, 548  diminu'tif, nogent-en-bassigny, 548

Cahors (Lot), photo de Francis Grossmann, 12 octobre 2008 / Nogent-en-Bassigny (Haute-Marne), photo de François Golfier, 23 août 2009

Poil et plume.

« Les mains au quotidien dans les cheveux des autres

Créatif addictif narratif positif

Mon cher coiff1rst m’’a raconté sa vocation

En collant à mes tempes deux guiches ou accroche-cœoeurs

Voilà faudra tif hair dépilatif motif

À la tête du client toi ma sœur ma frange in

Et ne vends pas la mèche surtout aux intondables

Zéro poil au caillou chauve qui peut pas pour nous

Une autre fois veux-tu j’’aimerais que tu penses

Au balayage c’’est trop il y a tant de nuances

Alors réfléchis-y à ta métamorphose

Trottoir contemplatif je rentre à mon logis

Là je me fais deux couettes j’’attrape des ciseaux

Et le tour mien est joué ma coupe franche sans un mot. »

(Valérie Rouzeau, Vrouz)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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16 septembre 2016 – 549

DIMANCHE.

      Lecture. L’Enfant grec (Vassilis Alexakis, Stock, 2012; 320 p., 20 €€).

Le 10 janvier 2011, Vassilis Alexakis m’écrivait ceci, dans une lettre : « Entre-temps, j’ai eu quelques problèmes de santé et j’ai perdu le fil de ma correspondance. » Il a fallu que j’attende de lire L’Enfant grec pour en savoir plus sur ces problèmes de santé, qui sont évoqués dans le cours du récit : victime d’un anévrisme juste avant une conférence qu’il devait donner à Aix-en-Provence, Vassilis a été opéré sur place avant de regagner Paris. Se déplaçant difficilement à l’aide de béquilles, il n’a pu réintégrer son domicile de la rue Juge et a vécu quelques semaines dans une chambre d’hôtel, à proximité du jardin du Luxembourg. Ce sont ces quelques semaines qui ont donné naissance à ce livre. Vassilis Alexakis a pour habitude de livrer des romans ambulatoires qui ont souvent la forme de quêtes : quête de la langue maternelle, quête du premier mot, quête d’une langue africaine dans ses ouvrages les plus récents. Ici, la déambulation est contrariée par le ralentissement des mouvements et la quête a disparu. Vassilis va au Luxembourg, fait des rencontres (la dame pipi, un clochard, un bibliothécaire…), s’intéresse aux marionnettes, aux arbres, au Sénat, à l’histoire du lieu. Ces thèmes le ramènent à son passé d’enfant grec, à ses premiers jeux, à ses premières lectures et à ses héros (Jean Valjean, d’Artagnan, Alice, Tarzan, Vitalis…) qui l’accompagnent toujours. Le « roman » n’a d’autre sujet que le livre lui-même, en train de se faire. C’est un livre marqué par l’âge, les entraves, mais qui montre un homme toujours capable de s’intéresser, de rêver et de s’émerveiller. C’est un livre qui ravira les familiers d’Alexakis mais qui semblera paresseux à ceux qui ne connaissent pas les ouvrages antérieurs de l’auteur. Je l’imagine aisément tomber des mains de lecteurs qui ne connaissent pas son parcours. Sa présence dans la première liste des jurés Goncourt est d’ailleurs surprenante et s’il accédait au fameux prix, on ne manquerait pas de voir dans cette distinction l’habileté de son éditeur, Jean-Marc Roberts, ou le souhait – légitime – de couronner l’ensemble de son œuvre.

Vie rurale. J’aurai vécu ce dimanche comme le dernier jour paisible, épargné par les soucis du quotidien qui ne vont pas tarder à rappliquer. Le dernier dimanche, sans doute, à Saint-Jean-du-Marché, le dernier repas au soleil, la dernière promenade, la dernière sieste en plein air. Dès dimanche prochain, il faudra reprendre la route, les morts s’impatientent sur leurs monuments.

saint-jean-du-marché, percheron, 549-1

VENDREDI.

Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Laurent Gaudé, Caillasses, Actes Sud, 2012.

Football. SA Spinalien – Vannes OC 1 – 1.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Envoyez la clique, Paris, photo de Pierre Cohen-Hadria, 23 juillet 2011.

cli que du bien naître, paris, rue érard, pch, 549

SAMEDI.

Vie littéraire. Je fais un passage éclair à Nancy pour la manifestation Le livre sur la place. Entre deux trains, j’ai le temps de prendre livraison du n° 14 des Refusés, une revue qui a pris la bonne habitude de publier chaque année un morceau des notules, et de saluer l’ami Beinstingel, toujours admirable de sérénité et de simplicité sous la critique louangeuse qui salue son dernier roman, Ils désertent, en piste lui aussi pour le Goncourt.

Lecture. Les Anonymes (A Simple Act of Violence, R.J. Ellory, Orion, Londres, 2008 pour l’édition originale, Sonatine, 2010 pour la première édition française, rééd. LGF, Le Livre de poche Thriller n° 32542, traduit de l’anglais par Clément Baude; 736 p., 8,10 €€).

R.J. Ellory s’est fait récemment prendre les doigts dans le pot de confiture quand on a découvert qu’il répandait, sous pseudonyme, des commentaires enthousiastes concernant ses propres bouquins sur le site amazon.co.uk. D’ordinaire, ce qui n’est guère plus glorieux, on envoie ses potes ou c’est l’attachée de presse qui s’y colle. Mais Ellory ne s’est pas arrêté là : non content d’encenser sa propre production, il s’est également fendu, sur le même support, de notes péjoratives sur les romans de ses confrères en polar britannique, Mark Billingham et Stuart MacBride (voir Le Monde des livres du 7 septembre). Il serait bien confortable de rédiger une notule encensant Billingham et Mac Bride, en les présentant comme bien meilleurs que R.J. Ellory que je découvre avec Les Anonymes. Problème numéro 1 : je n’ai jamais lu ni Billingham, ni MacBride. Qu’à cela ne tienne, démolissons gaillardement Ellory. C’est là qu’apparaît le problème n° 2 : son bouquin est un excellent thriller, sans aucune prétention littéraire mais captivant de bout en bout. Finalement, Ellory est un mauvais camarade, maladroit de surcroît et un rien enflé du melon – on en connaît d’autres – mais c’est peut-être aussi un type lucide.

 IPAD. 14 août 2011. 161 km. (16587 km).

 fréville, 549

141 habitants

   Le monument est au centre du cimetière, à la sortie du village. Il n’’a pas toujours été là, le cimetière non plus d’’ailleurs : un autochtone m’’apprend qu’’ils se tenaient auparavant autour de l’’église et qu’’ils ont été déménagés en 1954. L’’église contient également, me dit-il, un hommage patriotique qui indique les endroits où sont tombés les soldats de la Grande Guerre. Je ne pourrai le vérifier de visu : l’’église est fermée bien sûr. Deux mioches qui jouent avec une voiture à pédales se proposent gentiment pour aller tirer les sonnettes aux portes des gens qui en ont la clé mais personne ne répond.

fréville monument, 549

   Le monument est en pierre jaunâtre, surmonté d’’une croix ornée d’’une branche de lierre. A la base, en bas-relief, un casque, une branche de chêne, une branche d’’autre chose. Sur les épaulements, deux vasques vides. La mention « La commune de Fréville à ses enfants morts pour la France » figure sur une plaque posée devant la stèle, sur un parterre gravillonné.

ADAM Louis

ADAM Pierre

CIREY Léon

ETIENNE Emile

HAFF Lucien

TOLLOT Emile

   Les frères Adam sont enterrés un peu plus loin sur la gauche.

 fréville tombe adam, 549

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 pilar, barcelone, 549

Barcelone (Espagne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 27 juillet 2008

             Poil et plume. « Le plaisir que me procure la salle de bains. – Connaissance progressive. Les après-midi passés en compagnie de mes cheveux. » (Franz Kafka, Journal, 29 mars 1912)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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23 septembre 2012 – 550

DIMANCHE.

   Courriel. Je reçois le programme du XVIe Colloque des Invalides, qui se tiendra à Paris le 16 novembre prochain sur le thème « Alcools ». J’y serai. En attendant, je le transmettrai bien volontiers aux notuliens intéressés.

   Lecture. Petits poèmes en prose (Charles Baudelaire, 1869, rééd. Pocket, coll. Classiques n° 6195, 1995, préface et commentaires de Pierre-Louis Rey; 200 p., s.p.m.).

Fin août, France Culture a diffusé le début d’un cours donné par Antoine Compagnon au Collège de France sur ces Petits poèmes en prose. Après trois ou quatre séances, Compagnon en était encore à disserter sur la question de savoir si le titre devait être entendu comme « Petits / poèmes en prose » ou « Petits poèmes / en prose ». Au bout de cinq heures, on en était encore à la dédicace à Arsène Houssaye. Je ne sais si c’est là le rythme propre à cette vénérable institution ou si Compagnon était particulièrement long à se mettre en train mais j’ai abandonné l’écoute pour passer à la lecture, autrement enrichissante.

LUNDI.

          Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Richard Ford, L’état des lieux, Points, 2009.

JEUDI.

  Lecture. Dérive sanglante (Bitch Creek, William G. Tapply, The Lyons Press, 2004 pour l’édition originale, Gallmeister, 2007 pour l’édition française, rééd. Gallmeister, coll. totem, 2012, traduit de l’américain par Camille Fort-Cantoni; 304 p., 10 €€).

Pour traduire la littérature anglo-saxonne, c’est ma théorie, il faut connaître trois choses : la Bible, Shakespeare et le vocabulaire maritime. Si l’on veut se spécialiser dans le polar américain, il faudra bientôt ajouter un élément à ce trio : le vocabulaire halieutique. Les auteurs traduits chez Gallmeister ont la particularité de présenter des personnages proches de la nature, grands amateurs de pêche en tous genres. Après Craig Johnson, découvert récemment, voici William G. Tapply et son héros Stoney Calhoun, un solitaire qui exerce la fonction de guide de pêche dans le Maine et dont un ami, ici, est retrouvé noyé, abattu apparemment par un client mystérieux. Ce pourrait être le point de départ d’une enquête de Walter Longmire, le personnage de Craig Johnson. Mais Calhoun n’est pas Longmire et Tapply n’est pas Johnson. Tapply se distingue en effet par un atout appréciable : sa simplicité. Chez lui, pas de course à la métaphore la plus originale, pas d’ambition de reconstruire et de juger toute l’histoire de l’Amérique dans les 300 pages d’un polar mais un récit clair, linéaire, racontée dans une succession de chapitres courts et nerveux. Son héros n’est pas un philosophe de la nature, il a certes un passé assez obscur mais il ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas, il cherche à démêler une intrigue avec les moyens qui sont à sa disposition : un chien, une arme, de l’énergie et du bon sens. Voilà qui change agréablement des polars boursouflés qui sont trop souvent notre ordinaire et qui mérite d’être suivi.

VENDREDI.

        Lecture. Revue des Deux Mondes (juin 2011, 192 p., 13 €€).

A signaler un bon dossier Céline, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, qui fait le point sur les éléments éditoriaux et autres qui ont accompagné cet événement et rappelle les liens, inattendus, entre l’auteur et la revue.

        Le cabinet de curiosités du notulographe. Bonnet blanc et bonnet blanc, Saint-Goussaud (Creuse), photo de l’auteur, 2 août 2009.

 bonnnetblanc, saint-goussaud, 550 (2)

SAMEDI.

        Football. SA Spinalien – US Luzenac 0 – 0.

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 20 août 2011. 34 km (16621 km).

 frizon, 550

415 habitants

   Je suis venu de très bonne heure. Le village dort, le Poilu veille, appuyé sur son fusil, le soleil ne va pas tarder à venir jouer sur ses bandes molletières. Le modèle, déjà rencontré à Champdray, est signé E. CAMUS, statuaire à Toulouse.

 frizon monument, 550

Frizon

A ses enfants morts pour la France

1914-1918

  Gauche :

LOPVET Jules

JOYEUX Jules

DEMANGEL Gabriel

HUSSON Arthur

FANTON Victor

FANTON Alcide

PIERTOT Albert

PIERTOT Ernest

GUILIANI Jules

MASSON Georges

ROGERAT Raymond

JOYEUX Camille

MELINE Auguste

BERNARDIN Marcel

THOMAS Jules

POURETTE André

  Droite :

TROMPETTE Charles

FRESSE Adrien

BOUDINET Eugène

HUMBERT Jules

DELUS Isidore

ANTOINE Léon

MORCHE Alfred

MORCHE Maurice

DEMANGEL Jules

MORCHE Pierre

MORCHE Charles

DAVILLER Maurice

BARROUE Charles

COSSIN Emile

KENER Jules

FERRY Charles

   Bien sûr, à cette heure, l’’église est fermée mais ses secrets me seront révélés plus tard par Régis Conraud, notulien du cru.

 frizon église 1, 550

             Invent’Hair, bilan d’étape. 

                                                 Bilan géographique. Deux mois jour pour jour après le dernier bilan, notre chantier atteint le cap des 1200 salons. La période estivale est propice aux déplacements plus ou moins lointains et les missionnaires de l’’Invent’Hair, délaissant les sempiternels couchers de soleil et les églises gothiques savent désormais ce qu’’ils doivent photographier : des salons, encore des salons, toujours des salons. L’’exotisme estival se lit dans les pays représentés dans cette dernière centaine : 78 salons français, bien sûr, mais aussi 19 salons américains, 1 espagnol, 1 néerlandais et 1 britannique. Au classement général par nations, les positions se resserrent derrière la France (1061) mais toujours dans le même ordre : Royaume-Uni (30), Espagne (27), Etats-Unis (25). En France, 15 régions sur 26 progressent. Rhône-Alpes accentue son avance avec 22 nouveaux salons pour un total de 255 et offre désormais une DCR (Densité Capillaire Régionale) d’’un salon pour 24360 habitants. Auvergne, Basse-Normandie, Centre et Île-de-France gagnent 6 salons chacun. La tête du   classement ne bouge pas : Rhône-Alpes (255), Île-de-France (153), Languedoc-Roussillon (128), Lorraine (96), mais l’’Auvergne, la Basse-Normandie et le Centre gagnent deux places. Une bonne nouvelle en provenance des départements : l’’Aisne est enfin représentée avec 2 salons d’’entrée. Les délaissés sont donc désormais au nombre de 11 : Cantal, Cher, Eure, Gers, Indre, Lot-et-Garonne, Pas-de-Calais, Tarn-et-Garonne, Territoire de Belfort, Guadeloupe et Martinique. La Loire connaît la plus belle progression avec 18 salons (32 au total) qui font passer ce département de la 18e à la 6e place, derrière un quintet inamovible : Rhône (131), Paris (129), Vosges (59), Pyrénées-Orientales (56), Meurthe-et-Moselle (34). 60 communes figurent dans cette dernière centaine, dont 48 nouvelles arrivantes. Parmi celles-ci, notons la performance de Firminy (10 salons d’’un coup) et de Nogent-le-Rotrou (6), ainsi que la capture de quelques gros morceaux : Alençon, Le Puy-en-Velay, Lons-le-Saunier, soit 3 préfectures. Le classement général communal montre une capitale hors d’’atteinte (129) pour Lyon (58), Nancy (17) ou Epinal (15). A noter que 435 communes sur les 610 composant l’’Invent’Hair ne comptent qu’’un salon.

                                              Bilan humain. Marc-Gabriel Malfant a laissé un peu plus de place que d’’habitude à ses collègues photographes. Avec 26 clichés, il reste néanmoins le principal contributeur de cette livraison, devant Benoît Howson (21), Christophe Hubert (un nouvel arrivant qui fait une entrée tonitruante, 13) et le notulographe qui fait ce qu’’il peut (10). Au classement général, Marc-Gabriel Malfant (379), Philippe Didion (132), Pierre Cohen-Hadria (114), Benoît Howson (64), Philippe de Jonckheere (41) et Hervé Bertin (28) conservent leurs positions, Bernard Bretonnière (9e) et Francis Pierre (12e) gagnent deux places, Francis Henné (7e) en gagne une et Christophe Hubert entre directement en 15e position.

    Etude thématique. Le coiffeur est un officiant, son salon est une chapelle. Son tiroir est son tabernacle d’’où il tire des objets sacerdotaux. Il vous place sur la sedia gestatoria, vous drape dans un peignoir à col romain, pratique l’’ondoiement et l’’onction. Dans ses mains, le shampooing est un saint chrême, l’’encens se dégage de sa poire à parfum. Les bigoudis forment une couronne d’’épines, le casque chauffant est une tiare, une mitre ou une barrette. A l’’issue de la cérémonie, les pièces de la quête tintent dans la soucoupe à pourboires. Certains merlans (le poisson, symbole de la chrétienté) ont mis en valeur la dimension spirituelle de leur sacerdoce, comme le montrent ces enseignes et la rubrique « Poil et plume » qui suit. L’Hair du Temple, B’Attitude, Coupe Coupe Paradise et nombre de variations sur le mot Ange (ou Angel) auraient pu également figurer dans cet évangéliaire illustré.

 capil'ève, lyon, 550  (2)  l'hair de noé, saint-paul-trois-châteaux, 550

Lyon (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 19 avril 2009 / Saint-Paul-Trois-Châteaux (Drôme), photo d’Hervé Bertin, 19 juillet 2011

samson & dalila, montreuil, 550

SAMSUNG
SAMSUNG

Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo de Pierre Cohen-Hadria, 21 septembre 2011 / Paris, rue de Metz, photo de Joachim Séné, 24 mars 2012

 jesus, madrid, 550  les beautés de nazareth, paris, 550

Madrid (Espagne), photo d’Alain Lafarge, 17 août 2010 / Paris, rue Notre-Dame-de-Nazareth, photo de l’auteur, 21 février 2012

Poil et plume. « –   Les gens ne viennent pas me voir uniquement pour que je donne un peu d’’allant à leurs cheveux ou que je sauve ce qui peut être sauvé. Ils apportent aussi leurs problèmes. Je ne voudrais pas me poser en guide spirituel, ce serait exagéré, mais il se crée entre le coiffeur et son client une relation étroite, qui n’’est pas très différente de celle qui existe entre un médecin et son patient ou encore entre un prêtre et un fidèle.

Le fait de manipuler les cheveux et le crâne d’’une personne créait une grande intimité, expliqua Sternbach. Sans compter qu’’en changeant la coiffure, le coiffeur changeait tout l’individu – du moins c’’était ce que croyaient les clients. Ce qu’’ils voulaient croire. Et que cela plût ou non au coiffeur, les gens devenaient du coup épouvantablement familiers.

– Ils viennent pour se faire coiffer, expliqua Sternbach, pour avoir l’’air un peu plus jolis, un peu plus crédibles ou un peu plus élégants, et les voilà en train de parler de leurs petits et grands problèmes sans la moindre vergogne. Et ne croyez pas que les jeunes se comportent différemment des vieux. A un moment ou à un autre, tout le monde commence à raconter, à se plaindre, certains deviennent grossiers, d’’autres craquent à moitié. Mais la plupart se contentent de gémir, ils implorent de l’’aide, ils implorent un conseil comme si leur coiffeur était détenteur d’’une sagesse que n’’ont ni les médecins ni les prêtres, ni les conseillers fiscaux ni les psychanalystes. C’’est incroyable tout ce qu’’on peut demander à un coiffeur. » (Heinrich Steinfest, Requins d’’eau douce)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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30 septembre 2012 – 551

DIMANCHE.

Lecture. La Traversée des jours : Souvenirs de la République des Lettres (1958-2008) (François Bott, Le Cherche Midi, coll. Documents, 2010; 180 p., 15 €€).

Journaliste à France-Soir puis à L’Express, fondateur du Magazine littéraire, directeur du Monde des livres, François Bott a fréquenté avec assiduité le milieu littéraire des cinquante dernières années. De quoi remplir, sans doute, de forts volumes pleins d’anecdotes piquantes et de portraits fouillés. Au lieu de ça, il nous livre un ouvrage léger, à lire d’une traite, préférant se contenter de vignettes rapides sur les auteurs qu’il a côtoyés. Il en ressort quelques témoignages d’amitiés solides (Louis Nucéra, Jacques Laurent, Vassilis Alexakis qui lui a dédié son dernier roman) et quelques coups de griffe (Françoise Giroud, Jean-Edern Hallier) dont on regrette qu’ils ne soient qu’esquissés. Le plus souvent, Bott se contente de relater des instants fugitifs (« Claude Roy, Roger Grenier et moi, nous déjeunions régulièrement pour parler littérature et politique », soit, on espère que la soupe était bonne) ou d’énumérer les gens qu’il a rencontrés à telle ou telle époque de sa vie. Ce sont ces énumérations qui m’ont le plus intéressé. J’ai remarqué, bien avant de lire ce livre, que dans une énumération de célébrités, il y en avait toujours au moins une que je ne connaissais pas. Ainsi, chez Bott, toujours à propos de repas : « Ils rassembleraient Alphonse Boudard, Louis Nucéra, Georges Walter, François Cérésa, Eric Deschodt, Jean-Paul Caracalla… ». Deschodt ? Inconnu au bataillon. Plus loin : « … j’aurais l’occasion d’approcher ou de fréquenter beaucoup de ces monstres sacrés : Léo Malet, Cioran, Jean Pasqualini, Ernst Jünger, Lawrence Ferlinghetti, Edmond Jabès, Jacques Laurent, Vladimir Jankélévitch, Françoise Sagan, Louis Calaferte… » Ferlinghetti ? Pasqualini ? Des monstres sacrés ignorés de mes services. Elargissons le champ et jetons un oeil sur ce qui traîne autour de moi à cette heure. Dans une revue, à propos d’Alfred de Vigny : « L’ont lu et goûté Flaubert, Baudelaire, Proust, Breton, De Gaulle, Char [jusque là, ça va]. Ou encore Jacques Perret, Claude Roy, Guy Dupré. » Je ne connais pas le dernier. Mieux encore, dans une lettre de Pierre Louÿs : « Depuis deux mois et dix-sept jours, Vautel, Bidou, Brisson, Boylesve, Courteline, Weil, Vely, Lévy, Lyonnet, Plan, Le Senne, Donnay, Zamacoïs (!) jaspinent sans s’apercevoir que je ne dis rien. A qui répondent-ils ? » Là, s’il n’y avait pas Courteline, je ne connaîtrais carrément personne. Un dernier exemple, lu à l’instant dans une biographie de René Fallet. On donne la liste des premiers acheteurs de Paroles de Jacques Prévert chez Adrienne Monnier en 1946 : « … on sait que le premier acheteur fut Michel Cournot, puis parmi les plus connus, Maurice Henry, René Leibowitz, Félix Labisse, Sylvia Beach, Alain Resnais, Julien Gracq, Michel Leiris et, le 23 mai, René Fallet. » Vous connaissez tout le monde, vous ? La culture est une longue marche.

LUNDI.

          Vie professionnelle. Cri du coeur poussé ce jour en salle des professeurs. Une mère d’élève a l’outrecuidance de solliciter auprès d’une enseignante un rendez-vous à la fin de ses heures de travail. « Vendredi 18 heures ? Non mais ça va pas ? Elle croit que je suis à son service ? » Ben, un petit peu quand même non ? La méconnaissance, parce que j’ose espérer que ce n’est pas du mépris, de la vie des autres me sidère parfois chez certains de mes collègues, qui ne savent pas la chance qu’ils ont de rentrer chez eux à des heures décentes. Pour un peu, je pousserais Caroline à demander des rendez-vous après sa journée de travail. 20 heures 15, 20 heures 30, ça irait ?

MARDI.

           Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Véronique Olmi, Cet été-là, Grasset, 2011.

MERCREDI.

      Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Pouchkine, La Dame de pique et autres récits en Folio.

JEUDI.

          Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). Nathalie Dargent & Anne Montel, Chez nous on danse !, Milan, 2012; Michaël Krüger & Quint Buchholz, Les animaux reviennent, Petite Plume de carotte, 2012.

VENDREDI.

             Le cabinet de curiosités du notulographe. Dépaysement à petit prix, Gruey-lès-Surance (Vosges), photo de l’auteur, 13 mai 2012. Sur le mur, à droite, une publicité peinte pour Le Petit Journal presque entièrement effacée.

 gruey-lès-surance, pancarte exotique, 551

SAMEDI.

             IPAD. 29 août 2011. 158 km. (16779 km).

 fruze, 551

   Pas de population, pas de monument aux morts puisque, on l’’a vu, ce n’’est pas une commune. 158 kilomètres pour aller photographier une pancarte. Si je dis que j’’adore ça, personne ne me croira.

       L’Invent’Hair perd ses poils.

 l'épitête, arles, 551  l'épi-tête, lyon, 551

Arles (Bouches-du-Rhône), photo de Sylvie Mura, 6 septembre 2008 / Lyon (Rhône), photo de Bernard Gautheron, 19 avril 2009

         Poil et plume. Enigme de Jean-Louis Bailly publiée sur Center Blog le 15 juillet 2012.

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Bon dimanche,

Philippe DIDION