Novembre 2013

3 novembre 2016 – 600

DIMANCHE.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

Vie radiophonique. J’écoute souvent, le dimanche, La tribune des critiques sur France Musique. Surtout depuis qu’elle a changé d’animateur, Thierry Beauvert remplaçant Benjamin François, et que Renaud Machart ne vient plus y pontifier. Dans cette émission, qui doit être une des plus anciennes de la chaîne, les critiques s’expriment sur différentes versions, différents enregistrements d’une même oeœuvre. Parfois je les admire : ils se disputent sur des détails, des nuances que je suis incapable de déceler. La piètre qualité de mon matériel d’écoute et mon absence de connaissances en musicologie ou organologie font qu’à peu de choses près, les différentes versions proposées sonnent de façon identique à mon oreille. Parfois, aussi, je les plains. Ce sont des spécialistes et les spécialistes, de par la qualité et la masse de leurs connaissances, sont privés de la fraîcheur, de l’innocence et des premières fois. Le spécialiste ne s’étonne plus. Il connaît les trucs, les ficelles, les tenants, les aboutissants, il connaît l’histoire, il connaît la chanson, on ne la lui fait plus. Cela peut le rendre un peu triste. Sans me proclamer spécialiste en quoi que ce soit, j’ai un peu lu et j’ai atteint cette tristesse qui me rend aujourd’hui incapable de lire comme il le faudrait certains aspects de la littérature. Le roman, tel qu’il apparaît au moment de la rentrée littéraire, ne m’intéresse plus, je n’ai plus la fraîcheur nécessaire. C’est pourquoi je continue à lire des polars, un genre dans lequel les stéréotypes font partie du jeu et où je suis toujours en position de découvreur, c’est pourquoi je me suis tourné, depuis quelques années, vers l’histoire littéraire qui m’offre toujours des territoires inconnus, des choses à apprendre. J’espère ne jamais en devenir un spécialiste.

Lecture. Fin de course (Nowhere to Run, C.J. Box, G. P. Putnam’s Sons, 2010 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2013 pour la traduction française, traduit de l’américain par Aline Weill; 360 p., 20,90 €€).

Le garde-chasse du Wyoming Joe Pickett en est à sa dixième aventure en dix ans et on ne constate pas d’essoufflement dans la série de C.J. Box, en dépit du fait qu’il en ait entamé une autre en parallèle. Au contraire, cette dixième livraison est à classer parmi les meilleures : l’auteur n’a jamais été aussi proche du pur western – Pickett se lance à la poursuite de deux hors-la-loi réfugiés dans les montagnes – qui a toujours été son point fort. Les scènes familiales, dans lesquelles il se laisse souvent aller à la mièvrerie, sont réduites à la portion congrue et tout le monde y gagne. L’action n’empêche pas la réflexion avec une histoire qui traite de la désobéissance civile et offre une illustration des thèses individualistes d’Ayn Rand.

MARDI.

En feuilletant Livres Hebdo. Marc Aumont, Barbershop : l’art de bien ordonner son poil / avec Les mauvais garçons, Hachette Pratique, 2013; 256 p., 14,90 €€.

Romain Fessard, Délicieux ! : 60 recettes à base d’insectes / photographies de Yolaine Rilhac, Héliopoles, 2013; 143 p., 19,80 €€ : « De l’apéritif au dessert, 60 recettes de cuisine destinées aux entomophages : cake aux vers de palmier, criquets su canapé, capuccino d’avocat aux vers de bambou, terrine de poisson aux vers de farine, nouilles sautées aux scorpions, crumble pomme-framboise et vers de farine. Avec une sélection d’adresses pour se fournir en insectes. »

Lecture. Méditerranée : l’Espace et l’Histoire (sous la direction de Fernand Braudel, Arts et Métiers graphiques, 1977, rééd. Flammarion, coll. Champs n° 156, 1985; 224 p., s.p.m.).

Ce volume n’est qu’un des aspects du travail de Braudel sur le monde méditerranéen : il s’accompagnait, dans l’édition originale, d’un volet sur « Les hommes et l’héritage » et il voisine avec d’autres ouvrages comme la somme consacrée à La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II. C’est un ouvrage collectif mais Braudel s’y octroie la part du lion avec la rédaction de quatre chapitres sur six. Tant mieux car, à l’encontre de ce qui est énoncé plus haut, Braudel est un spécialiste qui a oublié d’être triste. Il raconte le monde méditerranéen depuis ses origines sur un ton enlevé, parfois lyrique, sait se montrer intéressant jusque dans les passages les plus ardus. Et il y en a peu : tout est fluide, limpide, comme quand Jean-Pierre Vernant parlait d’Homère ou de Virgile. Il sait en quelques phrases tracer une ligne historique, montrer l’importance de la géologie, de la géographie dans les destinées économiques des peuples. On devine que Bergounioux a lu, et bien, Braudel, Vernant et des gens de leur trempe : même si ses exposés théoriques sont toujours faits suivant une approche idéologique particulière, ils bénéficient toujours de la clarté apprise au voisinage de ces maîtres.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Détournement de mobilier urbain à Paris et environs, photos de l’auteur (1 & 2) et de Marc-Gabriel Malfant (3).

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boulevard Raspail, 7 mars 2013 / rue Cail, 29 juillet 2012 / 14 septembre 2008

SAMEDI.

 IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 21 octobre 2012. 71 km. (20657 km).

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155 habitants

   C’’est une stèle de granit sombre, posée sur une volée de quatre marches. Le pourtour est constitué d’’une chaîne métallique peinte en blanc et de plots de béton. En ornement, une palme et une Croix de Guerre. Les lettres ont perdu leur dorure, principalement sur la face droite, ce qui rend la lecture des noms difficile et peut-être fautive.

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Aux enfants de Hautmougey

Morts pour la France

1914-1918

    Droite :

HUSSON Gabriel

BELARGENT Paul

MARTIN Lucien

BINET Victor

LEBOEUF Léon

RICHARD René

ANTOINE Joseph

THOMAS Ernest

DAGNEAUX Léon

DICHE Paul

HUSSON Henri

    Gauche :

ANTOINE Gustave

CHASSARD Charles

BERNARD André

THOUVENOT Marcel

MUNIER Ernest

RENARD Léon

MUNIER Marcel

BAGUET René

DEPREDURAND Henri

MUNIER Léon

THIETRY René

FOYON Joseph

    De l’’autre côté de la rue, l’’église est ouverte. J’’entre et, stupeur, tombe sur des concurrents.

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   Je les contourne, les surprends, les confonds, les vire à grands coup de lattes et m’’approche du souvenir patriotique, une plaque fixée sur le mur du fond, à droite de la porte. On y apprend que Joseph Antoine était abbé et on y constate l’’absence de René Baguet, Henri Husson et Paul Belargent. Le texte précédant la liste des victimes est le suivant :

Hautmougey à ses fils

Morts pour la France

1914-1918

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Paris, rue Saint-Honoré, photo de Denis Garcia, 21 juillet 2009 / Paris, rue Beaurepaire, photo de Pierre Cohen-Hadria, 6 mai 2011

                         Poil et plume. « Mais la minute qui compte, c’est tout à la fin. Les gestes se sont alentis, le coiffeur vous a délivré du tablier de nylon, qu’il a secoué d’un seul coup, dompteur fouetteur infaillible. Avec une brosse douce, il vous a débarrassé des derniers poils superflus. Et l’instant redouté arrive. Le coiffeur s’est rapproché de la tablette; et saisit un miroir qu’il arrête dans trois positions rapides, saccadées : sur votre nuque, trois quarts arrière gauche, droite. C’est là qu’on mesure soudain l’étendue du désastre… Oui, même si c’est à peu près ce qu’on avait demandé, même si l’on avait très envie d’être coiffé plus court, chaque fois on avait oublié combien la coupe fraîche donne un air godiche. Et cette catastrophe est à entériner avec un tout petit oui oui, un assentiment douloureux qu’il faut hypocritement décliner dans un battement de paupières approbateur, une oscillation du chef, parfois un « c’est parfait » qui vous met au supplice. Il faut payer pour ça. » Philippe Delerm, La sieste assassinée)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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10 novembre 2016 – 601

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 24 novembre 2013. En fin de semaine prochaine, le notulographe sera présent au Colloque des Invalides (envoi du programme sur demande).

DIMANCHE.

Vie dominicale. Je lis sur le site de Martine Sonnet un billet intitulé « D’un usage perdu du dimanche soir » qui commence ainsi : « Beaucoup plus jeune, je cirais mes chaussures tous les dimanches soirs et l’’avenir me souriait tous les lundis matins. Mais les années filent et les semaines naissantes portent de moins en moins de promesses alors je me suis défaite de cette habitude. » Pas moi. Je cire mon cartable à chaque veille de rentrée et mes chaussures chaque dimanche. Mais le matin. Comme je suis un peu maladroit, il arrive fréquemment que je laisse choir le couvercle métallique de la boîte de cirage, l’ouverture à l’aide du rivet papillon est malaisée. Le couvercle rebondit donc sur le carrelage du couloir dans un grand bruit de cymbale, ce qui me vaudra – j’opère de bonne heure – les commentaires acerbes des miennes une fois levées. En général, je m’enfuis avant pour aller gagner des sous au PMU. Plus tard dans la journée, j’irai vagabonder dans la campagne boueuse et patauger devant des monuments aux morts d’où je reviendrai les pneus et les souliers crottés jusqu’à la garde. Tant pis, cette paire-là attendra dimanche prochain pour retrouver son lustre.

Lecture. La Planète des singes (Pierre Boulle, Julliard, 1963, rééd. Pocket n° 1867, 1983; 192 p., s.p.m.).

Le Royaume des perches (Ahventen valtakunta, Martti Linna, 2007 pour l’édition originale, Gaïa, coll. Polar, 2013 pour la traduction française, traduit du finnois par Paula et Christian Nabais; 192 p., 18 €€).

Allons bon, voilà les Finlandais qui débarquent, maintenant. En barque, comme il se doit, au milieu des bouleaux verruqueux et des aulnes glutineux, et à portée de sauna. Martti Linna, tête de pont du polar made in Helsinki (on connaît tout de même Arto Paasilinna dans un genre plus classique), apparaît d’emblée comme un auteur à suivre. Un auteur qui surprend agréablement par l’économie des moyens qu’il déploie : un camping, des bungalows autour d’un lac, une femme qui disparaît et un policier qui, pour les besoins de l’enquête, se rapproche de l’époux de la disparue. Le policier, c’est le capitaine Sudenmaa auquel, paraît-il, Martti Linna a consacré plusieurs romans. Puissent-ils être traduits à leur tour. Le mari, c’est un pêcheur obsessionnel, un forcené de la perche qui ne vit que par et pour la pêche. Toute l’histoire tourne autour de ces deux hommes qui se cherchent, s’attirent, se fuient et jouent à leur échelle la fable du petit poisson et du pêcheur. Comme Martti Linna sait aussi manier un humour subtil et ne pas trop encombrer son récit avec les soucis personnels de son enquêteur – affligé, comme tout bon héros de polar, d’une famille à problèmes – on se retrouve face à un polar à la fois captivant et subtil, une belle prise s’il en est.

JEUDI.

Lecture. Chien Blanc (Romain Gary, Gallimard, 1970, rééd. in « Romain Gary – Emile Ajar, Légendes du je », Gallimard, coll. Quarto, édition établie et présentée par Mireille Sacotte; 1428 p., 29,90 €€).

Romain Gary recueille un jour à Los Angeles un chien perdu. Il s’aperçoit rapidement que l’animal a été dressé pour attaquer les Noirs. Placé dans un chenil, Chien Blanc sera rééduqué par un dresseur qui va le « retourner » et lui apprendre à s’en prendre aux Blancs. C’est cette histoire que l’on retrouve dans le film de Samuel Fuller Dressé pour tuer (White Dog, 1982) mais ce n’est qu’un mince aspect du livre de Gary. Celui-ci se sert en effet de ce point de départ pour livrer ses réflexions sur la question noire telle qu’elle se pose aux Etats-Unis au moment où il écrit. On est en 1968. Gary en a fini avec la carrière diplomatique. Il vit en Californie après avoir épousé Jean Seberg qui, elle, a épousé la cause des Noirs. Elle met en danger sa carrière d’actrice, ne ménage ni son temps, ni sa personne, ni son chéquier. L’époque est chaude, après les émeutes de Watts : Martin Luther King est assassiné, Los Angeles et les grandes villes américaines s’enflamment au sujet du racisme et de la guerre du Viêt Nam. Gary, sceptique, suit cela de près : il comprend la lutte menée par la communauté noire, au sein de laquelle il compte de nombreux amis, mais il sent que celle-ci est mal orientée et vouée à l’échec. En spécialiste des causes perdues, il apporte son soutien mais ne peut s’empêcher de souligner la vanité de la lutte. Les événements de Mai 68 l’attirent à Paris où il contemple d’un oeil goguenard les mouvements étudiants. Comme dans ses romans, Gary apparaît comme un écorché vif, un homme désabusé qui ne peut se résigner à croire à un monde ou à un homme totalement mauvais. Chien Blanc, qui n’est pas un livre passionnant, qui comporte des longueurs et des redites, vaut au moins par son aspect autobiographique, le portrait de son auteur au moment où il voit que son union avec Jean Seberg touche à sa fin.

VENDREDI.

Lecture. Tu n’as jamais été vraiment là (You Were Never Really Here, Jonathan Ames, Editions Joëlle Losfeld, coll. Littérature étrangère, 2013, traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias; 104 p., 12,90 €€).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Boucherie automobile : vitrine à La Chartre-sur-le-Loir (Sarthe), au moment des 24 Heures du Mans, photos de Bernard Bretonnière, juin 2013.

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SAMEDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 48 (octobre-novembre-décembre 2011, Histoires littéraires et Du Lérot éditeurs; 288 p., 25 €€).

« Pierre Louÿs inédit »

Un numéro passionnant, tout entier consacré à Pierre Louÿs : éléments biographiques, lettres, textes inédits, études, bulletins de santé. Le tout sous la houlette de Philippe Chauvelot et de Jean-Paul Goujon. On connaît ce dernier pour son dévouement à la cause louÿsienne, soutenue par la rédaction d’une forte biographie et l’édition de plusieurs correspondances. Cela ne l’empêche pas de se faire étriller en fin de volume, dans la rubrique « Courrier des lecteurs contents et mécontents » par un libraire parisien qui l’accuse de légèreté et de mauvaise foi dans une chronique de ventes datant d’un numéro précédent.

Football. SA Spinalien – AS Saint-Priest 2 – 0.

 IPAD. 28 octobre 2012. 55 km. (20712 km).

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132 habitants

   Tous les ingrédients sont réunis : une stèle de granit gris à flanc d’’église, deux tilleuls, une grille de fer peinte en blanc, un parterre de graviers gris, deux cônes d’’obus, une jardinière de fleurs gelées. Et l’ombre du photographe.

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   Face :

VAUTRIN Joseph

VIARD René

THIETRY Léon

MOUREY Jules

VOIRPY Léon

BERNARD Augtin

DETREY Léon

DETREY Marcel

DIDIER Augustin

DIDIER Auguste

DIDIER Delphin

DIDIER Louis

DIDIER Clément

FERRY Donat

FRANCOIS Paul

HUSSON Léon

LEVIEUX Augustin

MOUREY Emile

MOUREY Paul

POIROT Camille

THIETRY Louis

THIETRY Maxime

THIETRY Roger

THOMAS Adrien

THOUVENOT Gaston

VAUTRIN Gabriel

VAUTRIN Paul

VAUTRIN Léon

VAUTRIN Delphin

VIARD Louis

VOIRPY Gustave

Aux enfants de La Haye

Tombés au champ d’’honneur

1914-1918

1939-1945

    Droite :

RICHARD Maurice

STORTI Clarisse

STORTI Jean-Marie

STORTI François

THOUVENOT Yvonne

THOUVENOT René

    Gauche :

BELARGENT René

DEMARCHE René

THOUVENOT Pierre

GUIDOT Pierre

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Daoulas (Finistère), photo d’Hervé Bertin, 29 juillet 2009

           Poil et film. L’Homme qui ment (Alain Robbe-Grillet, 1968).

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Bon dimanche,

Philippe DIDION

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24 novembre 2013 – 602

DIMANCHE.

Lecture. La Chambre de Lautréamont (Edith & Corcal, Futuropolis, 2012; 136 p., 20 €€).

L’imaginaire ducassien se porte bien. On a vu arriver ces derniers temps Les derniers chants d’automne : La Vie mystérieuse et sombre du comte de Lautréamont, roman de Ruy Câmara qui met en scène la vie du Montévidéen – on le trouve selon le principe de l’édition sur demande et c’est, j’en suis assez surpris, un travail plus que correct. La Chambre de Lautréamont est une bande dessinée qui, elle aussi, profite des zones d’ombre de la vie du poète pour les meubler avec une fantaisie érudite. On apprend donc ici que, fantasme des fantasmes, Ducasse a bien rencontré Rimbaud à Paris en 1870 et qu’il est à l’origine de la première bande dessinée de l’histoire. La chambre en question est celle de la rue du Faubourg-Montmartre où Ducasse finit ses jours et où il abandonna, nous disent les auteurs, plusieurs exemplaires des Chants de Maldoror.

LUNDI.

 Presse. Tiré d’Aujourd’hui en France de ce jour : Une soirée libertine a tourné au drame dans la nuit de vendredi à samedi à Besançon (Doubs). Une femme de 25 ans a criblé de neuf coups de couteau son compagnon, alors qu’elle s’adonnait à des ébats sexuels avec un inconnu à la demande de son conjoint… Le concubin s’est soudain mis en colère, a frappé le couple avant d’être poignardé. Sa compagne a été écrouée pour « tentative de meurtre ».

                       Bon sang, mais ils étaient combien là-dedans ?

MERCREDI.

Lecture. Ferveur de Buenos Aires (Fervor de Buenos Aires, Jorge Luis Borges, 1923 pour l’édition originale, Gallimard, in « Oeuvres complètes I », Bibliothèque de la Pléiade n° 400, 2010, traduit de l’espagnol par Jean-Pierre Bernès et Nestor Ibarra; 1766 p., 68,50 €€).

JEUDI.

Vie technologique. Au boulot, je m’emploie à dupliquer un document sur lequel j’ai disposé et collé des morceaux provenant de photocopies réalisées au préalable. Survient un jeune collègue, soudain goguenard à la vue de mon travail artisanal. « Les scanners, ça existe, tu sais ? » Le pauvre. Je le sais si bien que j’en possède un, de scanner, depuis au moins deux semaines. C’est dire si je suis à la pointe du combat. Seulement, je ne veux pas le souiller avec des travaux platement scolaires qui sont bannis, de toute façon, dans mon intérieur. Je le réserve à des tâches plus nobles, comme la numérisation des photos de coiffeurs que je reçois sous forme papier pour l’Invent’Hair. Autre signe de mon addiction à la haute technologie, je me suis aperçu récemment que je pouvais accéder à Internet depuis l’ordinateur installé dans ma salle de classe. On imagine les portes que cela m’ouvre : je m’en sers pour écouter la radio. Cela dit, si ce jeune daim (qui se penche désormais sur mes chaussures et ajoute, drôle : « T’es pas venu en sabots ? ») pouvait faire le tour de mes archaïsmes, il en reviendrait essoufflé. Il ne sait pas, par exemple, que j’ai décidé de revenir au franc. Décision individuelle et unilatérale, bien sûr. Toujours est-il que je ne parle plus en euros mais en francs. Je n’aime pas dire ni entendre le mot « euro », sa première syllabe hésitante et interminable avec l’accent de chez nous, la seconde qu’on achève avec la bouche en cul de poule, et la réunion des deux qui fait penser à l’abréviation d’un service hospitalier coincé entre la stomato et la traumato. Le franc est plus droit, le franc est plus rond, le franc est plus franc. Pour rester compréhensible, j’ai adopté la parité 1 euro = 1 franc. Ce qui me permet de continuer à me faire entendre, au bistrot par exemple où je commande rituellement chaque matin 1 franc 40 de café noir et 1 mètre 20 de comptoir pour étaler les journaux. Je rédige les chèques en francs, quand on s’en aperçoit je mets ça sur le compte de l’étourderie et on me regarde d’un oeil compatissant. En attendant, les chèques sont encaissés, selon le taux de change précédemment évoqué. Autant dire que dans ce combat d’avant-garde, j’ai les banques avec moi. Ce n’est pas rien.

VENDREDI.

Vie littéraire. J’assiste à Paris au XVIIe Colloque des Invalides. Au cours d’une intervention de Jean-Pierre Lassalle, il est question d’Ivan Goll, lequel aurait été le premier à avoir utilisé, en 1918, le mot « surréalité ». Le fonds Ivan Goll est détenu par la bibliothèque de Saint-Dié et cela me ramène opportunément à mon ami Gengenbach. J’ai vu, en marge du colloque, qu’était paru le dernier numéro d’Histoires littéraires, qui contient mes textes sur Fallet et Gengenbach. Je devrais trouver la revue au courrier à mon retour at home. En attendant, le colloque suit son cours. C’est une édition assez paisible, sur le thème des « Secrets ». La fantaisie et l’érudition sont au rendez-vous, ce qui est habituel. Ce qui l’est moins, c’est d’entendre Dominique Noguez quitter l’humour pince-sans-rire qui lui est coutumier pour une intervention faisant appel au sérieux et à l’émotion. Dominique Noguez a publié récemment Une année qui commence bien, récit autobiographique qui raconte une relation amoureuse douloureuse. Aujourd’hui, il dit la honte et le remords qui s’emparent de l’écrivain quand sa triste condition d’écrivain, et pas autre chose, le pousse à révéler les secrets de sa vie privée. On pourrait se gausser de cette prétendue obligation mais il semble bien que chez Noguez, avec les mots et le ton adoptés aujourd’hui, on soit loin de la posture. Un compte rendu circonstancié du colloque figure sur le blog de la notulienne Elisabeth Chamontin.

SAMEDI.

Lecture. Il faut tuer Lewis Winter (The Necessary Death of Lewis Winter, Malcolm MacKay, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle, Liana Levi, 2013; 240 p., 17 €€).

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Aubusson (Creuse), photo de l’auteur, 31 juillet 2009 / Baume-les-Dames (Doubs), photo de Francis Pierre, 10 août 2012

MARDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

MERCREDI.

Vie monétaire. Les pompiers sonnent à la porte pour vendre leur calendrier. Je leur donne un billet de cinq francs.

Lecture. Au Bon Beurre (Jean Dutourd, Gallimard, 1952, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 260, 1972; 384 p., 7,70 €€).

J’ai vu des milliers de films mais, de ma vie, je crois bien n’avoir pas regardé plus d’une dizaine de téléfilms. Parmi ceux-ci, je garde un excellent souvenir de l’adaptation d’Au Bon Beurre par Edouard Molinaro et de l’interprétation savoureuse de Roger Hanin et d’André Ferréol, lesquels campaient le couple Poissonard. Les Poissonard sont des crémiers parisiens à qui l’Occupation allemande permet, par le biais de multiples fraudes et trafics, un enrichissement insensé pour l’époque. Au Bon Beurre, c’est le pendant sombre du Père tranquille, la peinture à l’acide d’un couple d’opportunistes, d’égoïstes, de profiteurs sans vergogne. En préférant l’humour à la dénonciation véhémente – que son passé de résistant aurait rendue légitime – Jean Dutourd réussit parfaitement son coup. Son livre est un pamphlet déguisé en farce, semé d’anecdotes piquantes et de trouvailles. On devine, derrière ce texte, un écrivain qui jubile, qui savoure. En fait, malgré les sensibilités politiques opposées, il y a une certaine familiarité entre Jean Dutourd et René Fallet, un même goût pour l’image burlesque et la langue fleurie. Un bougnat, qualifié par Dutourd de « noire et chuintante divinité du feu », pourrait très bien apparaître ainsi sous la plume de Fallet. J’ai retrouvé aussi, comme cela s’est déjà produit chez Fallet, des expressions qu’il m’arrive d’employer et que je n’avais jamais vues écrites, comme « si y a moyen de moyenner » ou « aller au chlofe ». Et ce roman de Dutourd, mais je n’en connais pas d’autres, a finalement moins mal vieilli que certains titres de Fallet – et que son auteur qui a fini grosse tête grincheuse et réactionnaire chez Philippe Bouvard, à l’Académie française et au Figaro.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Tout en douceur, Paris, photo de Victor Cohen-Hadria, 30 avril 2013.

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SAMEDI.

 IPAD. (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er novembre 2012. 35 km. (20747 km).

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363 habitants

   La stèle de granit rose, surmontée d’’une croix, se trouve au sommet des escaliers qui montent à l’’église, la Mairie est sur la droite. Le vent agite les drapeaux et a déjà renversé plusieurs pots de chrysanthèmes dans le cimetière. Ceux qui sont devant le monument ne risquent rien, ils ont été plantés dans une lourde vasque. Au pied de la colonne, une palme métallique porte l’’inscription « Les anciens PG à leurs camarades ».

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   Face :

Aux enfants d’’Hennecourt

Morts pour la France

1914-1918

PERNOT Edmond

PEROSE Paul

DUCHÊNE Henri

CORDIER Georges

    Gauche :

MULOT André

MOUREY Emile

MAURE André

    Droite :

CLAUDEL Georges

FERRY René

MARIN Charles

             L’Invent’Hair perd ses poils.

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Guéret (Creuse), photo d’Hervé Bertin, 8 août 2009 / Paris, rue Marcadet, photo de Pierre Cohen-Hadria, 3 octobre 2011

           Poil et plume. « Je quittais la rue Dauphine à 2 heures et demie pour aller prendre le tramway au Luxembourg. Arrivé au coin de la rue de Buci, je vois une douzaine d’individus, venant d’un pas martial de la rue Saint-André-des-Arts, s’engouffrer dans la boutique du coiffeur à côté du bistro qui fait presque l’angle avec la rue de l’Ancienne-Comédie. Des grévistes coiffeurs qui venaient enjoindre à ce coiffeur de fermer illico boutique. Je reste une minute à les regarder discuter à l’intérieur. Deux ou trois individus, – peuple, – regardaient comme moi. Je me mets à dire : « Si j’étais le patron, je ne serais pas long à les faire déguerpir, et en vitesse. » Un de ces trois individus se met alors à m’expliquer la misère des ouvriers, travaillant pour gagner à peine de quoi vivre. « Comment voulez-vous qu’un homme puisse vivre avec trois enfants ? » Je réponds : « Il n’avait qu’à ne pas les faire. » (Paul Léautaud, Journal littéraire, 13 juin 1936)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

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