30 décembre 2018 – 820

DIMANCHE.
                    Lecture. Pour services rendus (Version of Events, Iain Levison, 2017 pour l’édition originale, Liana Levi, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Fanchita Gonzalez Battle; 224 p., 18 €).
                                  La guerre du Vietnam joue encore un rôle primordial dans les élections américaines : le passé des candidats au cours de cette période, s’ils sont assez âgés pour l’avoir connue, est épluché, le mensonge traqué, car le vétéran a plus de chances de sortir vainqueur que l’embusqué. C’est sur ce thème que Levison construit son intrigue, à partir d’un sénateur en campagne pour sa réélection accusé d’avoir menti sur ses faits d’armes. On retrouve dans cette histoire la patte talentueuse de Levison, auteur de polars courts, nerveux et efficaces, qui grattent le vernis de la société américaine.
LUNDI.
           Lecture. Scott Fitzgerald : Biographie (André le Vot, Julliard, coll. Les Vivants, 1979; 462 p., s.p.m.).
                         Ce n’est pas parce que son ouvrage est dépourvu de notes qu’André Le Vot n’a pas effectué un gigantesque travail de fouille dans les écrits, publiés ou non, de Fitzgerald. Sa biographie est un modèle du genre par sa précision, donc, ce qui est aujourd’hui assez répandu, mais surtout par la position qu’il adopte : il rend le personnage attachant sans dissimuler ses travers, il raconte l’anecdote sans oublier le contexte historique général, il éclaire l’homme sans omettre l’étude de chacun de ses titres, en s’attardant sur sa genèse, sur son contenu symbolique ou sur ses caractéristiques stylistiques.
MARDI.
            Noël au volant. Nous arrivons en milieu d’après-midi à Lyon (Rhône). L’appartement qui va nous abriter quelques jours est situé à l’ouest de la ville, dans le quartier de Vaise. Un premier arpentage me permet de recenser les éléments capillicoles de l’endroit, riche en enseignes susceptibles d’alimenter l’Invent’Hair. Nous verrons demain pour nous livrer à un tourisme plus traditionnel. En attendant, nous célébrons notre présence dans la capitale de la gastronomie en ce jour de fête par une ventrée de jambon-coquillettes de belle farine.
MERCREDI.
                  Éphéméride.
“[26 décembre 1814.]
So ben che in tutto il gran femmineo stuolo
una non è che stia contenta a un solo.
Lequel des deux que vous soyez, cela est également vrai. Avis pour le 26 d[écembre 1814].” (Stendhal, Journal)
                  La vie en Rhône. Le logis que nous occupons est confortable, assez impersonnel pour convenir aux visiteurs qui le louent sur cette plate-forme qui suppriment les intermédiaires. On devine des propriétaires jeunes et rompus au mode de vie moderne : pas de téléphone fixe, pas de télévision mais un projecteur vidéo et un grand écran, pas de cafetière mais un bidule au fonctionnement énigmatique, pas de mange-disque mais une enceinte connectée, tout cela baignant dans un éclairage chiche car ces gens-là n’en ont pas besoin de plus pour se pencher sur leurs écrans. Il faut dire que les quelques livres présents n’offrent guère d’attrait : Éric-Emmanuel Schmitt, David Foenkinos, Régine Pernoud, Bernard Werber, Ken Follett, après tout, ça peut se lire dans le noir. Mais quittons les lieux pour découvrir la ville, aux dimensions quelque peu exagérées pour des jambes et des yeux accoutumés à la modestie spinalo-guérétoise. La montée vers Fourvière vaut bien celle de Montmartre et les points communs sont nombreux : les escaliers sont tout aussi casse-pattes, la vue aussi saisissante et la basilique aussi pâtissière. Il y a même un tronçon de Tour Eiffel et un accordéoniste aveugle pour compléter le tableau. Seule originalité : comme les grands médecins dans les hôpitaux, les prêtres ont leurs place de stationnement réservées, avec lourdes chaînes et pancartes.
                  Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.
JEUDI.
          La vie en Rhône. Musée des Beaux-Arts le matin, Musée d’Art Contemporain l’après-midi, il faut suivre depuis que Lucie s’est inscrite en histoire de l’art. Le premier est conforme à ce qu’on peut attendre d’un tel lieu avec une belle section XXe siècle due à un legs monumental de Jacqueline Delubac. Le second réserve une déception quand on apprend que les collections ont été remisées pour laisser place à une exposition consacrée à Bernar Venet. Venet, on connaît, depuis qu’il a envahi les places de nos villes au moyen de ses énormes “lignes indéterminées” en acier. Mais la déception se transforme en bonne surprise quand on découvre que l’homme ne se limite pas à cela : actif depuis 1959, il a eu le temps d’expérimenter un tas de démarches, de techniques et de matériaux. Son adhésion au principe d’équivalence, qui permet de transmettre un même contenu par des canaux différents (sculpture, film, livre, enregistrement sonore…) ne peut que réjouir le pataphysicien. Le perecquien, lui, sera sensible à une certaine “Méthode de recouvrement de la surface d’un tableau” qui, dès 1963, annonce un peu celle de Bartlebooth dans La Vie mode d’emploi : “Le collectionneur achète une toile vide, de la dimension qui lui convient. Cette toile est alors divisée en rectangles d’une taille fixée à 30 cm x 10 cm. Il indique à l’artiste la couleur de son choix, et chaque mois un rectangle sera peint de cette même couleur jusqu’à ce que la toile soit complètement recouverte. Un mois après que le tableau est terminé, il doit être détruit.”
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Avis à la clientèle.

820 (1)-min  820 (2)-min

Gérardmer (Vosges), photo de l’auteur, 15 avril 2016 / Vierzon (Cher), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 26 mars 2017
SAMEDI.
              Films vus. Maryline (Guillaume Gallienne, France – Belgique, 2017)
                               Les Demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, France, 1967)
                               La Vie est belle (It’s a Wonderful Life, Frank Capra, É.-U., 1946)
                               Orphée (Jean Cocteau, France, 1950).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
820 (3)-min  820-min
Bellignat (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Saint-Pons-de-Thomières (Hérault), photo de Nathalie Valdevit, 11 mai 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 novembre 2017. 69 km. (32981 km).
820 (4)-min
19 habitants
   Pas de monuments aux morts visible.
              Poil et plume. “Raiponce avait de longs et merveilleux cheveux qu’on eût dits de fils d’or. En entendant la voix de la sorcière, elle défaisait sa coiffure, attachait le haut de ses nattes à un crochet de la fenêtre et les laissait se dérouler jusqu’en bas, à vingt aunes au-dessous, si bien que la sorcière pouvait se hisser et entrer.” (Jacob & Wilhelm Grimm, “Raiponce ou L’Échelle de cheveux” in Contes de l’enfance et du foyer)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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23 décembre 2018 – 819

LUNDI.

            Epinal – Châtel-Nomexy (et retour). William Shakespeare, Hamlet – Le Roi Lear, Folio, 1978.

MARDI.
            Vie des aptonymes.

819-min

Vosges Matin, 13 décembre 2018
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Dimanche, 19 décembre [1937]
Dans une vie normale, ce qui m’est arrivé ces trois ou quatre dernières années devrait être, je ne dirai pas réjouissant, mais certainement pas atterrant. Grave, certes, mais utile précisément par sa gravité.
Perdre ma situation – Cuvantul; un homme à l’égard duquel je me sentais responsable – Nae Ionescu; plusieurs amis – Ghita Racoveanu, Haig, Marietta, Lilly, Nina et, enfin, le plus cher de tous, Mircea; tout perdre, absolument tout, voilà qui peut, à trente ans, ne pas être un désastre, mais une expérience de maturité.
Ne devrais-je pas être reconnaissant à la vie de faire le vide autour de moi, de me reprendre toutes les habitudes, toutes les commodités que j’avais accumulées avec le temps et de me replacer face au commencement, quand j’ai la lucidité de mes trente ans et non l’inconscience de mes vingt ans ? Ne devrais-je pas comprendre qu’une étape s’achève (et elle s’achève totalement, définitivement) et qu’une autre commence, qui me conduit vers d’autres gens, vers d’autres affections, vers un autre amour ? peut-être vers une autre solitude ?
Si, si. Mais il n’en sera pas ainsi, car il est une chose, une seule, qui rend mon destin sans issue. Alors que tout le reste pourrait être rebâti.” (Mihail Sebastian, Journal 1935-1944)
                  Lecture. Journal d’un négrier au XVIIIe siècle (Capitaine William Snelgrave, 1735 pour l’édition originale, traduit de l’anglais par A. Fr. D. de Coulange, rééd. Gallimard, coll. Témoins, 2008; 256 p., 19 €).
                                “Nouvelle relation  de quelques endroits de Guinée et du commerce d’esclaves qu’on y fait (1704-1735)”
                                Les quelques pages qui présentent de l’intérêt sont celles que Snelgrave consacre à la façon dont il achète et transporte les esclaves à partir de la côte de Guinée. On a là un exemple de ce que Pierre Gilbert appelle, dans son introduction, une “littérature de justification”. En 1735, en effet, les protestations concernant ce genre de commerce ont commencé à s’élever et l’auteur se sent obligé d’y répondre en présentant ses arguments : les Nègres achetés sont déjà captifs, prisonniers de guerre pour la plupart, le commerce sauve la vie à quantité d’entre eux, ils sont appelés à mener une vie plus paisible que celle qu’ils ont connue jusqu’alors, etc. Cependant, le récit qu’il fait des mutineries qu’il a eu à combattre sur ses bateaux vient à l’encontre de la plupart de ses arguments. Le reste du livre, consacré au récit de ses démêlés avec les autorités locales et avec les pirates, est raconté dans un style plat, au moyen de phrases interminables qui ôtent toute saveur à des aventures pourtant peu communes.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Malfantômas.
819 (2)-min  819 (1)-min
Autoportraits hétérocéphales, Marc-Gabriel Malfant, 2 septembre 2015 / 19 mai 2018
SAMEDI.
              Films vus. Angoisse (Experiment Perilous, Jacques Tourneur, É.-U., 1944)
                               Les Têtes de l’emploi (Alexandre Charlot & Franck Magnier, France, 2016)
                               Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (François Dupeyron, France, 2003)
                               Nos patriotes (Gérard Le Bomin, France – Belgique, 2017)
                               La Fille sur le pont (Patrice Leconte, France, 1999)
                               Le Semeur (Marine Francen, France – Belgique, 2017)
                               Détour (Detour, Edgar G. Ulmer, É.-U., 1945).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
819 (3)-min  819 (4)-min
Nantua (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Florac (Lozère), photo du même, 21 septembre 2014
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 29 octobre 2017. 140 km. (32912 km).
819 (7)-min
160 habitants

   Le monument est au pied de l’église, au bord de la rue principale. Une statue de métal signée Charles Breton montre un Poilu enserrant un drapeau. Les noms sont inscrits sur un muret en demi-cercle interrompu en son milieu par la flèche de granit gris. En arrière-plan, une plaque gravée portant des inscriptions en latin, provenant sans doute de l’intérieur de l’église; derrière encore, un mât et un drapeau tricolore; en avancée et sur les côtés, les noms des victimes de 1939-1945.

819 (6)-min

1914-1918

Raon sur Plaine

À ses enfants

Morts pour la France

   Gauche :

ROUSSELLE Gaston Lieutenant

LENSEIGNIES Théodore Adjudant

ROY Georges « 

CLEMENT Charles Sous-officier

COLIN Gustave « 

COLTAT Alphonse « 

RECEVEUR Louis « 

CLEMENT Paul Caporal

VIBERT Henri Brigadier

   Droite :

BARREL Émile Soldat

EVRARD Émile « 

EVRARD Paul « 

FREMIOT Joseph « 

GRÉGOIRE Joseph « 

JACQUOT Maurice « 

PIERRON Aimé « 

SISTEL Paul « 

THIRIET Émile « 

VIBERT Paul « 

GRANCHER « 

              Poil & pellicule.
819 (5)-min
La Religieuse (Guillaume Nicloux, France – Allemagne – Belgique, 2013)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

16 décembre 2018 – 818

DIMANCHE.
                   Lecture. Détour (Detour, Martin M. Goldmsith, 1939 pour l’édition originale, Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir n° 1056, 2018; 272 p., 6,90 €).
                                 Aucune trace d’un autre titre de ce Goldsmith, absent du Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède. Le roman n’était pas inconnu pour autant, car adapté au cinéma par Edgar G. Ulmer en 1945 (pas vu). C’est en tout cas une bonne trouvaille des éditions Rivages qui permettent de découvrir une histoire simple, celle de deux humbles partis à la découverte et à la conquête de Hollywood. Le musicien doué et l’apprentie danseuse ne réussiront pas à percer, vaincus par les difficultés économiques et la survenue d’événements tragiques qui donnent une tonalité noire au récit, traité de façon sobre et efficace.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Jeudi 5 décembre [2013]. Cent un ans. Quatre mois et douze jours.
Lucette endormie toute la soirée me pose en boucle toujours les mêmes questions. D’où je viens, ce que j’ai fait, s’il fait beau. Cette nuit elle a rêvé qu’on partait pour Dieppe toutes les deux. Il faisait nuit, elle ne voyait rien, conduisait dans le noir absolu et refusait de me passer le volant.” (Véronique Robert-Chovin, Lucette Destouches, épouse Céline)
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Fantaisies charcutières.

 

818 (1)-min  818 (2)-min

Madrid (Espagne), photo de Christophe Hubert, 29 décembre 2017 / carte postale du même
SAMEDI.
              Films vus. Les Spécialistes (Patrice Leconte, France, 1985)
                               Knock (Lorraine Lévy, France – Belgique, 2017)
                               Le Drapeau noir flotte sur la marmite (Michel Audiard, France, 1971)
                               D’après une histoire vraie (Roman Polanski, France – Pologne – Belgique, 2017)
                               La Féline (Cat People, Jacques Tourneur, É.-U., 1942)
                               Le Brio (Yvan Attal, France – Belgique, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
818 (4)-min  818 (3)-min
Strasbourg (Bas-Rhin), photo de Christian Ramette, 3 avril 2011 / Auxerre (Yonne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 30 mai 2011
              Poil et plume. À Kasbeam, un très vieux coiffeur me coupa très mal les cheveux : il ne cessa de parler d’un de ses fils qui jouait au base-ball, et, à chaque explosive, postillonna dans mon cou, et il n’arrêtait pas d’essuyer ses lunettes sur mon peignoir, ou interrompait le ballet tremblotant de ses ciseaux pour me montrer des coupures de journaux jaunies, et j’étais si peu attentif que ce fut pour moi un choc quand soudain, alors qu’il me montrait une photographie sur son support perdue au milieu d’antiques lotions grises, je compris que le jeune joueur de base-ball moustachu était mort depuis trente ans.” (Vladimir Nabokov, Lolita)
DIMANCHE.
                   Vie littéraire. Je suis à Paris pour le conseil d’administration de l’Association Georges Perec au sein duquel j’obtiens ce que j’étais venu chercher, à savoir le final cut sur le Bulletin pour éviter les mauvais traitements inclusifs subis récemment.
LUNDI.
           Lecture. Les Aventures d’Olivier Twist (Oliver Twist, or The Parish Boy’s Progress, Charles Dickens, Bentley, 1838 pour l’édition originale, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 133, 1958, traduit de l’anglais par Francis Ledoux; 1470 p., 60,50 €).
                         Les premiers volumes de Dickens en Pléiade, presque tous épuisés aujourd’hui, ont paru dans les années 1950. À cette époque, la collection avait pour but principal de rassembler les textes, et l’appareil critique n’était pas une priorité : les notes sont chiches, les présentations on ne peut plus succinctes. Cela n’est pas gênant quand on les achète, comme je le fais, pour avoir les œuvres à disposition immédiate dans un format pratique. La collection a beau procéder à des rééditions enrichies des derniers travaux de la critique, mes vieux Proust, mes vieux Flaubert et mes vieux Stendhal me suffisent, je n’ai pas racheté Lautréamont ni Rimbaud. Là où le besoin de réédition se fait sentir, c’est pour les auteurs étrangers. Pas toutes, le Kafka d’origine a plutôt bien vieilli, mais pour ce qui est de Dickens, c’est urgent si l’on en croit cette version d’Oliver Twist vraiment poussiéreuse. La lecture s’en trouve alourdie, le pathos accentué, et on regrette de ne plus avoir le courage de relire le roman en langue originale comme il y a trente ans.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Washington, 12 Déc[embre 19]51
Ma chère Ysan
Une nouvelle commission qui, cette fois ne te causera ni perte de temps ni dérangement : Peux-tu me rappeler le nom de ce journaliste bien intentionné mais intempestif et sans tact qui avait écrit sur moi (dans Le Rouge et le Noir et Samedi Soir) après avoir été reçu par toi ?
Je suis désolé de tout le mal qu’a pu te donner ma dernière lettre, au milieu d’une vie aussi occupée que la tienne. À la réflexion, tout n’était pas aussi nécessaire. Tu peux t’attacher seulement à ce que je t’indiquais comme le plus urgent : la photographie de la petite aquarelle de Gordon Stevenson, les photographies de moi : à cheval en Chine, jeune homme à Pau, enfant à Feuilles, et à Washington en 1921 (portrait par un photographe professionnel), et la vue surtout de la maison du Bois-Debout avec son encadrement d’anciens palmiers. […]” (Alexis Leger à Éliane Leger, in Saint-John Perse, Lettres familiales 1944-1957)
JEUDI.
            Lecture. L’Affaire Saint-Fiacre (Georges Simenon, Arthème Fayard, 1932, rééd. Rencontre, 1967, in “Œuvres complètes Maigret IV”; 528 p., s.p.m.).
                          Dans L’Ombre chinoise, paru juste avant Saint-Fiacre, Simenon nous faisait pénétrer dans l’intimité du foyer de Maigret. Ici, il poursuit le développement du personnage en s’intéressant à ses racines : Maigret retourne dans le petit village proche de Moulins où il a passé son enfance. Son père était régisseur au château des Saint-Fiacre et c’est la châtelaine qui vient de mourir de façon suspecte. L’enquête intéresse moins le commissaire – et le lecteur – que le bain nostalgique qui l’entoure. Les choses ont changé, la splendeur des Saint-Fiacre n’est qu’un lointain souvenir, la brume envahit constamment le paysage et concourt à la mélancolie. Quelle joie de vivre !
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Bizarreries automobiles.
818 (6)-min  818 (5)-min
Retour du gazogène à Regney (Vosges), photo de l’auteur, 14 janvier 2018 / Porto (Portugal), photo de Bernard Cattin, 16 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. L’Examen de minuit (Danièle Dubroux, France, 1998)
                               Free Fire (Ben Whitley, R.-U., 2016)
                               1 chance sur 2 (Patrice Leconte, France, 1998)
                               Flyboys (Tony Bill, R.-U. – É.-U., 2006)
                               Contagion (Steven Soderbergh, É.-U. – Émirats arabes unis, 2011)
                               Diane a les épaules (Fabien Gorgeart, France, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
818-min
Pont-d’Ain (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011
         IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 juin 2017. 91 km. (32772 km).
818 (9)-min
6478 habitants

   À l’entrée de la ville, au milieu d’un square, se dresse le monument de grès rose. Un Poilu, l’arme au pied et la main sur le cœur, est adossé à un mur surmonté d’une Croix de Guerre encadrée par les dates 1914-1918 et 1939-1945. Les noms sont gravés sur les faces latérales et arrière, sous des animaux sculptés en bas-relief (vache et poule).

 

818 (7)-min

La Neuveville lès Raon

À ses enfants

Morts pour la France

   Droite :

Pour la Voge ancestrale

76 noms sur deux colonnes d’AMOS F. à KLEIN N.

   Gauche :

Pour la France éternelle

Autant de noms, à première vue, que de l’autre côté, mais abîmés et, pour beaucoup, illisibles.

   Dos :

Ils sont morts

Pour la vie

Immortelle

De leur race

Le souvenir

De leur suprême

Sacrifice

Subsistera à jamais

MCMXXIV

Victimes civiles

16 noms sur deux colonnes d’ANDRE JNE à ZIVY Paul AD CAPNE

   Le monument est signé Pierre-Dié MALLET, sculpteur, à un endroit, Pierre-Die MALLET Paul PATERNOTTE à un autre.

   Arrivé au centre de la ville, je trouve un autre monument, avec un groupe de Poilus sur un socle. Pas de noms, juste la dédicace aux victimes des deux guerres. J’apprendrai au retour que Raon-l’Étape et La Neuveville-lès-Raon étaient deux villes différentes qui ont fusionné en en 1947.

818 (8)-min

Poil et plume. Contre la calvitie, une recette simple (car je veux être utile aux hommes) : briquez et astiquez votre crâne nu vigoureusement puis choisissez des amis et interlocuteurs de votre taille qui se refléteront dedans et vous verront des cheveux qui seront en réalité les leurs.” (Éric Chevillard, L’Autofictif : Journal 2007-2008)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

2 décembre 2018 – 817

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 16 décembre 2018.
DIMANCHE.
                   Lecture. La Destruction des Juifs d’Europe (The Destruction of the European Jews, Raul Hilberg, Quadrangle, 1961 pour l’édition originale, Fayard, 1988 pour la traduction française, traduit de l’américain par Marie-France de Paloméra et André Charpentier; 1104 p., 450 F).
                                 Dans Shoah, Claude Lanzmann a choisi d’évoquer l’Holocauste au moyen d’entretiens, donnant la parole à des témoins et à des survivants pour revenir sur quelques faits et lieux emblématiques. Raul Hilberg (qui apparaît justement dans le film de Lanzmann) a lui choisi l’exhaustivité : toutes les situations historiques sont examinées, toutes les procédures sont analysées, tous les courriers et rapports sont épluchés, tous les lieux sont étudiés, rien n’est laissé dans l’ombre. L’examen est froid, clinique, sans pathos. Pour traquer les tortionnaires, leurs motivations, leurs actions, Hilberg a utilisé leur méthode : il fallait faire en sorte qu’aucun élément du système destructeur n’échappe à son étude, comme il fallait, pour les Nazis, qu’aucun Juif n’échappe à leurs griffes. La somme est gigantesque, exigeant plus d’un mois de lecture continue, parfois ardue, mais nécessaire.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Samedi 28 [novembre 1874]. C’est bien résolu, je ne vais pas au chant le mois prochain, cependant quelquefois peut-être, si tout va bien. Je suis sortie avec ma mère ce matin. De la neige dans les rues depuis hier soir.” (Vitalie Rimbaud, Journal et autres récits)
                   Lecture. Le Coin des fous : Histoires horribles (Jean Richepin, Flammarion, 1921 pour l’édition originale, rééd. Éditions Le Chat Rouge, coll. Pourpre et Or, 2011; 198 p., 20 €).
                                 Comme André Hardellet, évoqué la semaine dernière, Jean Richepin fut condamné en son temps pour “outrage aux bonnes mœurs et à la morale publique”. C’était pour La Chanson des gueux, son premier recueil de poèmes, qui contenait quelques pièces assez crues. On était alors en 1876, à une époque où Richepin jouait les insoumis sur le plan littéraire comme sur le plan politique. La suite de sa carrière fut beaucoup plus calme : il faudrait se le représenter, écrit Gérald Duchemin dans sa présentation, comme “un Genet qui eût fini patriote, le cul vissé sur un fauteuil de l’Académie”. Les nouvelles rassemblées ici tournent autour de la folie et du fantastique. Elles sont de qualité inégale mais contiennent deux pépites, “Le Perroquet” et “Les Sœurs Moche”, qui justifient à elles seules la réédition de ce recueil.    
JEUDI.
          Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Rappelons, pour éviter toute confusion, que cette rubrique recense les lectures de mes compagnons de voyage sur le trajet-titre. Compagnons et compagnes, d’ailleurs, puisqu’aujourd’hui ma voisine n’est autre que Caroline, en route vers Nancy, qui lit Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie (Stock, 2018).
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Logique commerciale.

817 (1a)-min  817 (2a)-min

Épinal (Vosges), photo de Sylvie Mura, 20 août 2017 / Plombières-les-Bains (Vosges), photo de l’auteur, 22 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. Oliver Twist (David Lean, R.-U., 1948)
                               Logan Lucky (Steven Soderbergh, É.-U., 2017)
                               L’Homme de chevet (Alain Monne, France, 2009)
                               Detroit (Kathryn Bigelow, É.-U., 2017)
                               Dernières heures à Denver (Things to Do in Denver When You’re Dead, É.-U., 2017)
                               Tout l’argent du monde (All the Money in the World, Ridley Scott, É.-U. – Italie – R.-U., 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
817 (1)-min  817 (2)-min
Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 16 mars 2011 / Cucuron (Vaucluse), photo d’Hervé Bertin, 6 octobre 2017
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 30 avril 2017. 44 km. (32681 km).
817 (5)-min
1243 habitants

   Un obélisque courtaud se dresse sur une esplanade dallée qui semble très récente : ce n’est certainement pas son emplacement d’origine. Sur le talus, des graviers ont été peints pour figurer le drapeau tricolore. Quatre drapeaux, bien vrais ceux-là, flottent au ras du sol. Le conseil municipal a déposé une gerbe en provenance d’Amaryllis Fleurs à Remiremont.

817 (4)-min

Raon aux Bois

À ses héros

Morts pour la France

1914-1918

   Face : 21 noms sur deux colonnes, de L. ADAM à P. GROSSIR

   Gauche : 20 noms sur deux colonnes de L. CREUSOT à A. LÉONARD CAL

   Droite : 20 noms sur deux colonnes, d’E. MAROTEL à J. VIEUGEOT St

   Dos :

Guerre 1939-1945

Morts au champ d’honneur

5 noms

Déporté

1 nom

S.T.O.

1 nom

   En avancée, une plaque avec le macaron du Souvenir Français :

Ils sont morts

Pour que la France vive

1914-1918     1939-1945

TOE AFN

   L’église est ouverte et renferme une plaque commémorative sur laquelle figurent 66 noms, soit 5 de plus que sur le monument extérieur. Ils sont rangés par origine géographique, selon les différents hameaux qui composent la commune : Raon-Haut, Raon-Basse, La Racine…

817 (3)-min

              Poil et plume. “Lecoq a vu le meurtrier porteur de cheveux noirs, assez longs, a remarqué qu’ils étaient coiffés en arrière.

   Elle est le seul témoin à avoir noté le type de coiffure du coupable.
   Je n’ai jamais coiffé mes cheveux en arrière.
   En décembre 1969 et, en général, à toute époque, j’ai toujours eu les cheveux courts, très courts par rapport aux canons de la mode qui régnait déjà en 1969. Toutes personnes m’ayant fréquenté pendant la période incriminée auraient pu le confirmer : elles n’ont pas été interrogées, jamais, sur ce point.” (Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France)
Bon dimanche,
Philippe DIDION