15 juillet 2018 – 800

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 5 août 2018.

LUNDI.

Lecture. L’Infini n° 138 (Gallimard, hiver 2017; 128 p., 20,50 €).

MARDI.

Lecture. Histoires qui font tilt (Games Killers Play, Dell Publishing, 1968 pour l’édition originale,  Pocket n° 2361, 1987, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Collectif, Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F).

Nouvelles.

MERCREDI.

Éphéméride. À Mademoiselle Leroyer de Chantepie

“Croisset, 11 juillet [1858].

J’ai trouvé en arrivant ici votre dernière lettre, chère correspondante. Vous me demandez des consolations; ne vous ai-je pas assez rabâché les mêmes choses. Travaillez excessivement à un travail dur et long. Tout amuse quand on y met de la persévérance : l’homme qui apprendrait par cœur un dictionnaire finirait par y trouver du plaisir; et puis voyagez, quittez tout, imitez les oiseaux. C’est une des tristesses de la civilisation que d’habiter dans des maisons. Je crois que nous sommes faits pour nous endormir sur le dos en regardant les étoiles. Dans quelques années, l’humanité (par le développement nouveau de locomotion) va revenir à son état nomade. On voyagera d’un bout du monde à l’autre, comme on faisait autrefois, de la prairie à la montagne : cela remettra du calme dans les esprits et de l’air dans les poumons.” (Gustave Flaubert, Correspondance)

JEUDI.

          Lecture. Les Térébinthe (Marcel Jouhandeau, Gallimard, 1926; rééd. in “Chaminadour, contes nouvelles et récits”, Gallimard 2006, coll. Quarto; 1540 p., 29,90 €).

Après le récit éclaté des Pincengrain, Jouhandeau réduit son champ d’observation et centre son récit sur un couple et son entourage. C’est l’histoire d’un mariage raté, quelque chose qui pourrait être sous-titré “conte cruel”, aucun personnage n’échappant à la verve méchante de Jouhandeau. Bourgeoisie commerçante de Chaminadour, institutions religieuse, militaire et politique, domesticité, tout est marqué par le calcul, la veulerie, la fausseté, à l’exception d’un personnage, un enfant qui accède presque par miracle à une sorte de sainteté incongrue dans ce milieu corrompu.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Papillons fakiristes, récolte de Marc-Gabriel Malfant.

800-min

800 (2)-min

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Les Sept Samouraïs (Schichinin no samurai, Akira Kurosawa, Japon, 1954)

Des vents contraires (Jalil Lespert, France – Belgique, 2011)

La La Land (Damien Chazelle, É.-U. – Hongkong, 2016)

Samedi soir, dimanche matin (Saturday Night and Sunday Morning, Karel Reisz, R.-U., 1980)

Miss Sloane (John Madden, France – É.-U., 2016).

L’Invent’Hair perd ses poils.

800 (3)-min

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 octobre 2016. 30 km. (31507 km).

800 (4)-min

2011 habitants

   À côté de l’église, sur un parvis envahi par de grosses sphères métalliques peintes en rouge brique, le monument surplombe la cour de l’école dont le marronnier commence à voir jaunir ses feuilles. La colonne, flanquée de deux dalles verticales portant les noms des victimes de 39-45, est coiffée d’un coq juché sur une sphère, noire celle-ci. Une Croix de Guerre est collée sur la partie supérieure.

800 (1)-min

1914-1918

La commune de Pouxeux

A ses enfants

Morts pour la France

   Gauche : 25 noms d’ANDRE Émile à DANIEL Camille

Face : 25 noms de DAVAL Léon à JACQUEMIN Auguste

Droite : 25 noms de JÉRÔME Albert à SIMON Henri

L’absence de noms après l’initiale S m’étonne mais le dos est vierge de toute inscription.

Poil et pellicule.

800 (5)-min

Youth (Paolo Sorrentino, Italie – France – R.-U., Suisse, 2015)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

Publicités

8 juillet 2018 – 799

MARDI.

Vie littéraire. Parution du Bulletin de l’Association Georges Perec n° 72. J’ai déjà commencé à travailler sur le suivant et prévenu que ce serait le dernier s’il devait passer, comme celui-ci, à la moulinette inclusive.

MERCREDI.

Lecture. Les Archives familiales des écrivains : des matériaux, un motif, une question (sous la direction de Louis Hincker, Frédérique Amselle, Arnaud Huftier & Marc Lacheny, Presses Universitaires de Vincennes, coll. Pratiques et représentations n° 10, 2017; 208 p., 19 €).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

Bonnard le Le Cannet : Dans la lumière de la Méditerranée (catalogue, Hazan / Musée Bonnard, 2011; 160 p., 25 €).

Histoire de l’œil (Georges Bataille, 1928 pour l’édition originale, rééd. Gallimard, coll. L’Imaginaire n° 291, 1993; 128 p., 8,90 €).

« Bonne lecture », m’a dit le vendeur du Centre Pompidou-Metz en me tendant le livre. A son ton et à son expression, j’ai vu qu’il savait ce qu’il vendait et j’ai fait en sorte qu’il comprenne que je savais ce que j’achetais. Histoire de l’œil est en effet un livre sulfureux, publié sous pseudonyme et circulant de façon clandestine jusqu’à une date récente. L’érotisme qui le traverse n’est pas celui d’Apollinaire, il est dépourvu de toute joie, de toute satisfaction : l’assouvissement des fantasmes n’est que le prétexte à en créer de nouveaux dans une escalade de plus en plus vertigineuse. Mais pour en saisir toutes les implications autobiographiques, psychanalytiques et symboliques, il faudrait une connaissance de Bataille que, malheureusement, je ne possède pas.

JEUDI.

Vie professionnelle. Le gouvernement a mis en place – depuis des années peut-être, en tout cas je le découvre aujourd’hui – un espace numérique qui inclut un “simulateur” permettant à chacun de ses dévoués serviteurs de connaître la date de sa mise à la retraite. J’apprends donc que je serai libéré le 1er juin 2022. C’est bien joli mais j’aimerais savoir à quelle heure.

VENDREDI.

Football. Il revient à ma mémoire le titre d’un film peu connu, jamais vu, mais qui trouve aujourd’hui son actualité : Mardi ?… C’est donc la Belgique (If It’s Tuesday, This Must Be Belgium, Mel Stuart, É.-U., 1969).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Papiers trouvés, Épinal, 14 juillet 2016.

799 1-min799 2-min

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Oppression (Shut In, Farren Blackburn, France – Canada – É.-U., 2016)

Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago, David Lean, É.-U. – Italie – R.-U., 1965)

L’Air de Paris (Marcel Carné, France – Italie, 1954)

Orange mécanique (A Clockwork Orange, R.-U. – É.-U., 1971)

Les Hommes du feu (Pierre Jolivet, France, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

799 (2)-min  799 (1)-min-1

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011 / Livarot (Calvados), photo de Jean-Damien Poncet, 2 juillet 2016

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 16 octobre 2016. 74 km. (31477 km).

799 (4)-min

716 habitants

   Le monument est sur les hauteurs de la localité, sur une terrasse gazonnée. Deux vasques de grès aux armes de la commune encadrent l’allée pavée qui y conduit. La flèche, surmontée d’une urne ou amphore, est ornée d’une croix oblique, d’une palme, d’une guirlande et d’une couronne. L’encadrement est double : une grille avec portillon à l’extérieur et une rambarde faite d’un tube métallique à l’intérieur. Les fleurs sont abondantes mais sentent la fin de saison. Sur le côté, un mât avec un drapeau tricolore déchiré.

799 (3)-min

A nos morts

1914-1918

MANGIN Henri      LECOMTE Gabriel

PHILBERT Paul      MILLER Eugène

MICARD René      HOCQUARD Jules

SCHWEITZER André      ROUGIREL Louis

FRANÇAIS Eugène      DEMANGEON Louis

PETITJEAN Eugène      FRICOT Louis

DOYEN Georges      CLAUDE Marcel

TREMELET Georges      RUBRECHT Eugène

RUELLET Henri      ROUGIREL Pierre

BAUMANN Adolphe      HABLAINVILLE Albert

POULET Romuald      RICOEUR Adrien

LAHEURTE Georges      RICOEUR Jules

ANDRÉ Jules Maroc 1922

SIMON Maurice F.F.I. 1939      VIARD Maurice S.N.C.F.

TOUSSAINT Ferdind S.N.C.F. 1945      PLUMET Raymond

   À la base, une plaque :

Aux Veuves et Orphelins

Victimes des Guerres

   Et une palme métallique gravée “1er groupe et BHR du 194 R.A.L.”

Poil de guerre.

799-min

Installation de Julien Vignikin

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1er juillet 2018 – 798

DIMANCHE.

Lecture. L’Homme qui marchait sur la Lune (The Man Who Walked to the Moon, Howard McCord, 1997 pour l’édition originale, Gallmeister, 2008 pour la traduction française, rééd. coll. Totem n° 10, 2017, traduit de l’américain par Jacques Mailhos; 128 p., 7 €).

En 2016, la revue La Femelle du requin consacrait un dossier à Howard McCord, auteur américain, ancien soldat de la guerre de Corée, alors inconnu de nos services. Il y était longuement question de L’Homme qui marchait sur la Lune, qualifié de roman exceptionnel et inclassable. La chose est effectivement intéressante, elle débute comme un exercice de nature writing avec un narrateur qui entreprend l’ascension de la Lune, un sommet du Nevada. Peu à peu, au fur et à mesure que le voyage progresse, le personnage dévoile son passé et l’excursion se transforme en chasse à l’homme. Ce qui donne effectivement un texte original, sans qu’il y ait besoin de crier au chef-d’œuvre.

                                  Le Retour de l’enfant prodige (Pierre Véry, première parution dans Marianne n° 245, 30 juin 1937; rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 1, Librairie des Champs-Élysées, 1992; 1024 p., s.p.m.).

Nouvelle.

Vie culturelle. Visite de l’exposition “Couples modernes” au Centre Pompidou-Metz (Moselle). Le musée ne possède pas de collection permanente, ce qui laisse un espace immense aux expositions temporaires qui s’y succèdent. Celles-ci sont d’une richesse démesurée, on en prend plein la vue, on en sort à genoux. “Couples modernes” n’échappe pas à la règle. Y sont présentées “plus de quarante rencontres entre des créateurs qui  ont participé à l’évolution des formes et des enjeux esthétiques, de la pensée et des mœurs”. On y trouve des associations attendues, Picasso et Dora Maar, Frida Kahlo et Diego Rivera, les Delaunay, les Mahler, mais il y a aussi beaucoup de figures moins connues, chez nous tout au moins, sur lesquelles il sera urgent de se documenter. En particulier Marianne von Werefkin, Alexej von Jawlensky et Gabriele Münter, ces artistes qui investirent, autour de Kandinsky, le village de Murnau en Bavière dans les années 1900 pour y créer des tableaux remarquables. L’exposition présente également les premiers films de Joris Ivens, associé alors non pas à Marceline Loridan, mais à sa première femme, la photographe Germaine Krull.

MARDI.

Lecture. Alabama Song (Gilles Leroy, Mercure de France, 2007; 192 p., 15 €).

Comme Derniers feux sur Sunset, de Stewart O’Nan, qui raconte les dernières années de Scott Fitzgerald, Alabama Song, consacré à la vie de sa femme Zelda, est un roman dont on peine à saisir l’utilité. À quoi bon ajouter, comme le fait Leroy, des épisodes à une vie suffisamment romanesque dans la réalité ? À quoi bon ajouter un récit de vie réelle, si souvent racontée, quand on n’a pas une écriture nouvelle pour le porter ? Pour réhabiliter Zelda ? La biographie d’André Le Vot, que je lis en parallèle, lui rend parfaitement justice en racontant les pillages effectués par Scott dans sa correspondance et dans son journal pour nourrir son œuvre. On ne comprend pas non plus la démarche de Gilles Leroy qui conserve le nom réel de certains protagonistes (Maxwell Perkins, Gertrude Stein…) et dépeint Hemingway sous un nom d’emprunt. Le livre a été écrit à l’occasion d’un séjour en Alabama et en Géorgie offert à l’auteur par les Missions Stendhal du ministère des Affaires étrangères. C’est cher payé.

VENDREDI.

Lecture. Jusqu’à l’impensable (The Crossing, Michael Connelly, Hieronymus Inc., 2015 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, 2017 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin, rééd. LGF, coll. Le Livre de Poche policier n° 34920, 2018; 480 p., 8,20 €).

Le personnage central des polars de Michael Connelly vieillit et l’auteur n’en finit pas de trouver des subterfuges aptes à maintenir Harry Bosch en activité alors qu’il devrait être à la retraite depuis lurette. Il semble y être pour de bon cette fois – mais on imagine qu’il sera rappelé dans un futur épisode – et travaille donc comme enquêteur indépendant au service de son demi-frère, l’avocat Mickey Haller. Problème de conscience : Bosch, qui a passé sa vie à traquer les criminels, est désormais au service de la défense. Ce qui ne va pas sans certaines réticences, on n’est pas loin du cas de conscience. C’est la seule chose nouvelle à noter dans cette énième aventure car pour le reste rien ne change : une intrigue complexe que l’on suit sans difficulté grâce au métier de Connelly dont l’atout maître est la fluidité : tout s’enchaîne parfaitement, clairement et les moments faibles (ceux qui concernent les relations de Bosch avec sa fille) sont vite oubliés.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aux marches du palais.

798 (1)-min  798 (2)-min

Hasselt (Belgique), photo de J.-F. Fournié, 20 novembre 2016 / Le Val-d’Ajol (Vosges), photo de Caroline Didion, 15 novembre 2016

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. L’Égyptien (The Egyptian, Michael Curtiz, É.-U., 1954)

Le Joli Cœur (Francis Perrin, France, 1984)

Spartacus (Stanley Kubrick, É.-U., 1960)

Les Maudits (René Clément, France, France, 1947)

Rhapsodie en août (Hachi-gatsu no rapusodi, Akira Kurosawa, Japon, 1991).

L’Invent’Hair perd ses poils.

798-min

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 25 septembre 2016. 99 km. (31403 km).

798 (3)-min

264 habitants

   Le Poilu braillard d’Eugène Bénet (dû aux Établissements Métallurgiques [illisible] de Paris), est à l’écart de la route principale, j’ai failli partir sans le voir après avoir arpenté en vain les alentours de la Mairie. Il est peint en vert pâle, posé sur un socle de granit gris.

798 (4)-min

À nos enfants

Morts pour la Patrie

SERGENT Paul Caporal

MOUGEOLLE Louis id

HAUBERDON Edmond Soldat

TOUSSAINT Émile id

CLAUDE Edmond id

TOUSSAINT Adrien id

LEJAL Albert id

BALLAND Camille id

MARCOT Eugène id

COLIN Irénée id

LEJAL Cyprien id

CLAUDEL Auguste id

LEMOINE Émile id

1914

1918

   À la base, une plaque avec les victimes civiles de 1939-1945 et la cocarde du Souvenir Français.

Le caporal Sergent est donc mort avant d’être promu au grade correspondant à son nom.

Poil & plume. “C’était un homme élégant et délicat que tous les habitants de Dombreville soupçonnaient d’une haute ascendance russe ou polonaise. Monsieur Pontiakov ne démentait pas. Il se contentait de sourire et d’incliner légèrement la tête vers le côté, lorsque ses clients et clientes lui demandaient pourquoi, maintenant que le communisme était tombé, il ne cherchait pas plus activement à récupérer ses datchas et tous ses biens confisqués. Monsieur Pontiakov les laissait parler, puis reprenait imperturbablement son manège : les doigts glissés dans une mèche, le ciseau posé sur la tablette, un coup d’œil dans le miroir pour juger du résultat; car il était coiffeur et son salon, au cours des trente dernières années, n’avait jamais perdu un seul client. Même les morts trouvaient des remplaçants.” (Camille de Toledo, Vies potentielles)

Bon dimanche,

Philippe DIDION