25 mars 2018 – 787

MERCREDI.
                  Éphéméride. “Monsieur Jacques Rivière                                                                                             Saragosse, 21 mars XII.
                                        Rue Froidevaux, 15
                                        Paris (Francia)
Mon ami, j’ai eu votre lettre. Merci. Je savais aussi, par une lettre de ma mère, qu’il m’était arrivé à Pau, il y a une quinzaine de jours, une revue portant votre nom; excusez-moi de n’avoir pu la réclamer : je n’avais pas d’adresse fixe; et je vais ici, à peu près sans bagage […].
Je n’ai jamais pensé à vous dire que vous pouviez vous présenter en mon nom chez mon vieux cousin Olivier Sainsère (30, rue de Miromesnil) pour voir ses Gauguin et toute sa collection moderne […]. Je puis lui écrire un mot si vous le voulez […].
Je serai en Espagne six semaines encore, j’imagine. Je rentrerai avant les premières chaleurs, car il me faut parfois mener ici une vie physique qui me fatigue. Mais je ne pouvais plus tenir à Pau, j’ai dû descendre ici comme j’ai pu. Je filerai ensuite vers la Méditerranée, puis je traînerai un peu dans le Sud.
Cette adresse encore pour six jours : Casa Dona Fernanda Carrizo, Calle Santiago, 22. Zaragoza.
A. S.-L.” (Saint-John Perse, Lettres)
                  Lecture. La Nouvelle Revue française n° 619 (Gallimard, juillet 2016; 160 p., 15 €).
                                Canicule (The Dry, Jane Harper, Pan Macmillan Australia, 2016 pour l’édition originale, Kero, coll. Thriller, 2017 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Renaud Bombard; 400 p., 19,90 €).
                                Policier à Melbourne, Aaron Falk revient à Kiewarra, sa ville natale, pour assister à l’enterrement de son ami d’enfance. Celui-ci a-t-il vraiment tué femme et enfant avant de se suicider ? Falk va apporter son concours à la police locale pour le savoir, ce qui lui donne l’occasion de replonger dans son passé. Pour sa première incursion dans le monde du polar, Jane Harper réussit un joli coup avec une histoire bien charpentée et des personnages bien dessinés. C’est trop long bien sûr (tous les polars le sont, désormais, comme si la légitimité littéraire à laquelle aspirent leurs auteurs était une question de volume), il y a des niaiseries dans certains dialogues et certaines situations mais c’est largement au-dessus de la moyenne. Jane Harper a le sens du whodunit, elle sait ménager les fausses pistes propres au genre. Mais surtout, elle sait très bien utiliser les particularités de son cadre : la petite ville aux mœurs rurales, le bush qui l’entoure, le climat qui l’assomme, l’économie qui la tue.
                  Football. SA Spinalien – Schiltigheim 1 – 1.
VENDREDI.
                 Lecture. Schnock n° 19 (La Tengo, juin 2016; 176 p., 14,50 €).
                               Mireille Darc
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Parlons chiffons.
787 (2)-min  787 (1)-min
Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 10 septembre 2014 / Brest (Finistère), photo de Yannick Séité, 24 octobre 2017
SAMEDI.
             Football. SA Spinalien – Saint-Louis Neuweg 0 – 1.
             Films vus pendant la semaine. L’Ascension (Ludovic Bernard, France, 2017)
                                                               Un Martien à Paris (Jean-Daniel Daninos, France, 1961)
                                                               À fond (Nicolas Benamou, France – Macédoine, 2016)
                                                               Le Poison (The Lost Weekend, Billy Wilder, É.-U., 1945)
                                                               The Lost City of Z (James Gray, É.-U., 2016)
                                                               La Courtisane (Susan Lenox, Robert Z. Leonard, É.-U., 1931).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
 787-min   787 (3)-min
Ambérieu-en-Bugey (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 mars 2011 / Bourgoin-Jallieu (Isère), photo du même, 17 décembre 2012
             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 3 janvier 2016. 116 km. (30528 km).
787 (4)-min
853 habitants

   Le monument est à côté de l’église, sur une esplanade pavée. La stèle est trapue, en granit poli, entre deux thuyas. Une médaille représentant un Poilu de profil et deux palmes surmontent l’inscription :

La Petite-Raon

A ses enfants

Morts pour la France

1914-1918

787 (5)-min

   Gauche : 28 noms d’ADAM Joseph à LEGRAND Lucien, dont un DIDIO Marcel et un FONTAINE Anthime, prénom peu courant. Sur la base, une plaque avec les victimes de 1939-45.

   Droite : 21 noms de L’HOTE Aimé à VIOLENT Denis (sic). Suivent 6 noms de victimes civiles, de BOISJARDIN Ernest à THOUVENIN Fernand. Sur la base, une plaque avec les victimes de 1939-45.

             Poil et plume. Gamin espiègle à guetter le père Léon en ce temps-là. Dieu, qu’il rigolait quand Léon allait “au” coiffeur. La seule sortie du bonhomme, une fois par mois. Le père, il arrivait tout fringant, souriant à l’avance de sa journée avec les copains. Parce que le coiffeur, c’était vite fait ! Un coup de ciseaux sur les cheveux délavés et gras, un bon passage du coupe-chou sur le menton et les joues pour le rasage « de près » et hop ! Tout le monde au bistrot chez Raymond. […] c’était la fête lorsque Léon débarquait sous prétexte de coiffure ! Léon, rectifié autour des oreilles et parfois balafré sur le côté du menton, s’installait d’abord au bar recouvert de zinc blanc et marqué de ronds de verres.” (Anne Rouet, Le Rêve de Julien)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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18 mars 2018 – 786

DIMANCHE.

                   Bougies. “On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans”. C’est aujourd’hui l’âge des notules.
LUNDI.
           Vie littéraire. “Le romancier, éditeur et critique littéraire Patrick Grainville a été élu, jeudi 8 mars, par l’Académie française, au fauteuil d’Alain Decaux, vacant depuis 2016. Treize voix lui ont été favorables, et deux au chanoine et maître en théologie Dominique-Marie Dauzet.” C’était dans Le Monde du 10 mars dernier mais il m’a fallu faire quelques recherches avant d’en parler. Car il se trouve que j’ai très bien connu ce Dauzet, à une époque où il se prénommait Dominique tout court : nous avons partagé douze mois durant la même chambrée à l’École Militaire de Strasbourg aux temps lointains de la conscription universelle et obligatoire. Dauzet venait de Versailles, et c’était un véritable Versaillais : il avait appris à lire dans Le Figaro, l’hostie avait été sa première nourriture solide et l’uniforme lui donnait pour la première fois l’occasion de porter autre chose que du bleu marine. Au-delà de ses vues sur la politique et la société que je ne cherchais pas à connaître, il était d’un commerce agréable, fin lettré, et se montrait à la fois ébahi et ravi de découvrir le fossé qui existait entre le milieu où il avait grandi et celui où il se trouvait encaserné. Je lui souhaite de réussir à une future élection académique car j’ai d’autres photos du genre de celle-ci à lui envoyer quai Conti.
786-min
Camp militaire de Bitche (Moselle), Service photographique des armées, août 1983
   Sur ce document qui explique beaucoup de guerres perdues, on peut voir le notulographe en train d’essayer de sortir d’un Zodiac dans un mouvement qui sent bon le marin d’exception. Debout derrière lui, tenant la pagaie déjà comme une crosse d’évêque, l’académicien en devenir observe un de ses conscrits occupé à pilonner les têtards ennemis à grands coups de pelle.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Dimanche 14 [mars 1875]. J’ai eu un immense bonheur aujourd’hui. Il fait beau depuis quelque temps; il ne gèle pas du tout.” (Vitalie Rimbaud, Journal et autres récits)
JEUDI.
          Lecture. Goodbye, Columbus (Goodbye, Columbus and Five Short Stories, Philip Roth, Houghton Mifflin, New York, 1959, Gallimard, 1962 pour la traduction française, traduit de l’américain par Céline Zins, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Ada Savin; 1208 p., 64 €).
                        Son visage, son âge, sa renommée, l’ampleur de son œuvre, le nombre – équivalent – de ses admirateurs et de ses contempteurs, ses thèmes de prédilection (le sexe, la judéité), son nom prononcé et jamais couronné à chaque Prix Nobel, Philip Roth impressionne. M’impressionne, en tout cas. A tel point que le volume Quarto de ses romans que j’ai acheté jadis n’a jamais été ouvert. Il arrive que ce soit l’appareil critique d’une édition qui permette d’attaquer plus facilement un auteur impressionnant. Une préface éclairante, des notes limpides, des explications abordables, voilà qui aide à faire son chemin dans une œuvre qui semble difficile d’accès. Rien de tel ici : les commentateurs de la Pléiade ne sont pas dans le sens de l’apaisement, ils rehaussent encore la statue et rendent l’homme encore plus impressionnant. Pour une fois, et c’est un bonheur, la lumière vient des textes eux-mêmes. Goodbye, Columbus en contient six, une novella et cinq nouvelles, six histoires limpides, drôles, intéressantes, qui se lisent sans difficulté, avec plaisir, avec gourmandise même pour celle qui donne son titre au volume. Bien sûr, les préoccupations de Roth sont déjà présentes, la place du juif dans la société américaine, la spécificité des groupes sociaux et religieux, la vie amoureuse et son évolution au cours d’une existence mais tout cela n’est que la toile de fond d’histoires simples, peuplées de personnages humains, vivants, dont le parcours captive immédiatement le lecteur.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Clin d’œil ducassien à Paris (Seine), rue de Jouy, photo de Marc-Gabriel Malfant, novembre 2013.
786 (2)-min
SAMEDI.
             Films vus pendant la semaine. Meurtre (Murder !, Alfred Hitchcock, R.-U., 1930)
                                                               Raid dingue (Dany Boon, France – Belgique, 2016)
                                                               Down by Law – Sous le coup de la loi (Down by Law, Jim Jarmusch, É.-U. – R.F.A., 1986)
                                                               20th Century Women (Mike Mills, É.-U., 2016)
                                                               Portrait de femme (The Portrait of a Lady, Jane Campion, R.-U. – É.-U., 1996)
                                                               Sous le même toit (Dominique Farrugia, France, 2017)
                                                               Fortunat (Alex Joffé, France – Italie, 1960).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
786 (1)-min   786 (3)-min
Ambérieu-en-Bugey (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 mars 2011 / Bouguenais (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 13 juin 2011
             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 27 décembre 2015. 138 km. (30412 km).
786 (5)-min
87 habitants
   Pas de monument aux morts (le fait est confirmé par l’autochtone que j’interroge) mais, en bordure du cimetière, un alignement de 19 croix sur un parterre de cailloux blancs encadré par deux grands thuyas. À quelques exceptions près, les plaques indiquent que ces hommes faisaient partie du 99e R.I. et qu’ils sont tombés le 13 décembre 1914. Au milieu, une gerbe déposée par la commune, sans doute le 11 novembre.
786 (4)-min
             Poil et plume. La salle d’exécution, dans la cave, sert aussi de salon de coiffure. Quand les prisonniers y sont conduits, ils ne savent jamais ce qui les attend, car la direction de la prison a décidé que les bourreaux et les coiffeurs porteraient le même uniforme.” (Johan Theorin, Fin d’été)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

        

11 mars 2018 – 785

LUNDI.

           Lecture. La Théorie du panda (Pascal Garnier, Zulma, 2008, rééd. Points P 2743, 2016; 192 p., 6,50 €).
                         À le lire, on dirait bien que Pascal Garnier n’a pas eu énormément de regrets au moment de quitter ses semblables en 2010. Ses romans présentent tous une humanité peu engageante, terne, fade, triste. Un homme seul y évolue sans parvenir à y trouver sa place, un tueur dans Comment va la douleur ?, un déraciné sortant d’une tragédie familiale dans cette Théorie du panda. Pas d’amitié, pas d’amour, pas de lien, chacun fait sa course dans son couloir sans se préoccuper des autres. Pascal Garnier écrivait des romans noirs presque sans intrigue, sans stéréotypes (quelques coups de feu à la fin histoire de dire que c’est fait), sans préoccupations politiques ou sociologiques car dans ses pages la société n’existe pas. Ce qu’il parvient à faire avec ce néant, grâce à l’acuité de son regard et de son écriture, est remarquable.
MARDI.
            Lecture. La Maison fantôme (Safe as Houses, Margery Allingham, nouvelle parue dans The Strand, janvier 1940 pour l’édition originale, Mystère Magazine n° 24, janvier 1950 pour la traduction française, rééd. in « La Maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion », Omnibus, 2010; 1024 p., 26 €).
MERCREDI.
                  Éphéméride.                                                                                                                                                                                                                                         “Lyon 7 mars 1898
Cher Monsieur Dufour,
J’ai bien reçu votre carte postale samedi matin. Vous avez bien fait de ne pas vous exposer au mauvais temps qu’il faisait ce jour-là. Ma femme et moi nous avons regretté d’apprendre l’indisposition de Madame Dufour et nous serions allés nous-mêmes prendre de ses nouvelles si notre départ n’avait été fixé pour le même jour à 2 h 15 de l’après-midi.
Nous aimons à penser qu’elle est maintenant tout à fait rétablie. Nous rentrerons probablement à la fin de la semaine à S[ain]t[-]Geoire. Je suis toujours tout à votre disposition au sujet de Rimbaud.
Je vous envoie un recueil de notes que j’ai communiquées au ministère de l’Instruction Publique dont je suis membre correspondant officiel. C’est sur la demande du Dr. Hamy et de Mr Maunoir que cette publication a été faite[.] Ces messieurs ont bien voulu suivre depuis 18 ans les quelques travaux que j’ai faits sur le Somal et le Harar.
Mes hommages respectueux à Madame Dufour et à vous bien cordialement.
Alfred Bardey” (à Paterne Berrichon, in Arthur Rimbaud, Correspondance posthume, 1891-1900)
VENDREDI.
                 L’éducation ressentimentale. Une notion intéressante dans Le Monde des livres du jour où la critique chargée de faire part de l’ennui distillé par le dernier livre de Joël Dicker termine ainsi son article : “De manière générale, le temps passe très lentement, en lisant ce polar supposément échevelé. Il donnerait […] l’envie d’emprunter à la météo le concept de “températures ressenties”, pour noter que le nombre de pages ressenti est ici très largement supérieur aux 630 officiellement affichées.”
                
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Gros mots.
785-min   785 (2)-min
Lieu inconnu, photo de Victorio Palmas, 31 décembre 2003 / Grenade (Espagne), photo d’Hervé Bertin, 13 mai 2016
SAMEDI.
              Football. SA Spinalien – Annecy 1 – 1.
             Films vus pendant la semaine. Pluie noire (Kuroi ame, Shôhei Imamura, Japon, 1989)
                                                               L’Autre Côté de l’espoir (Toivon tuolla puolen, Aki Kaurismäki, Finlande – Allemagne, 2017)
                                                               Fatima (Philippe Faucon, France – Canada, 2015)
                                                               À ceux qui nous ont offensés (Trespass Against Us, Adam Smith, R.-U., 2016)
                                                               Les Idiots (Idiotern, Lars von Trier, Danemark – Espagne – Suède – France – Pays-Bas – Italie, 1998)
                                                               L’Embarras du choix (Éric Lavaine, France, 2017).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
785 (3)-min   785 (1)-min
Meximieux (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 mars 2011 / Saint-Julien (Rhône), photo de Benoît Howson, 21 février 2012
         
              Poil et plume. « Petit, j’imaginais très souvent, couché sur mon lit, les muscles tendus par la peur de m’endormir, que tout le monde disparaissait de la ville et que je circulais dans les rues vides poursuivi par les orbites creuses des statues qui me guettaient avec l’implacable férocité inerte des choses, pétrifiées dans l’attitude artificielle et pompeuse des photographies de l’époque héroïque, ou alors j’évitais les arbres dont les feuilles tremblaient dans une inquiétude marine d’écaillés, et, même encore aujourd’hui, vous savez, je continue à me croire tout seul dans la nuit de ces places, de ces mélancoliques avenues sans grandeur, de ces transversales secondaires, comme des affluents, qui traînent avec elles des mercières banlieusardes et des coiffeurs décrépits, Salon Nelinha, Salon Pereira, Salon Pérola do Faial, exhibant des modèles de coiffure découpés dans des journaux de mode et collés aux carreaux de leurs fenêtres.” (Antonio Lobo Antunes, Le Cul de Judas)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

4 mars 2018 – 784

MARDI.

            Lecture. La Course du lièvre à travers les champs (Sébastien Japrisot, Denoël, 1972, rééd. in « Romans policiers », Gallimard, coll. Quarto, 2011; 1036 p., 25 €).  
                          C’est encore un dialogue de film (tourné par René Clément) mais contrairement aux deux autres textes de ce genre figurant dans le volume (Adieu l’ami et Le Passager de la pluie), il ne se suffit pas à lui-même : l’histoire, traitée en montage parallèle, ne peut être saisie qu’au moyen des images. Mais il est intéressant de constater combien l’écriture de Japrisot, ainsi réduite au strict nécessaire, ressemble à celle de Manchette.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “28 février [1898]
Le moineau piquant graines et insectes : on ne vit pas seulement de pain.
Vive l’armée ! Avec ça, que les officiers la connaissent ! S’ils entendaient deux ou trois dialogues de chambrée, ils frissonneraient.
Nous, nous sommes à peu près garés. Je plains les jeunes qui viennent.
Je déteste l’émotion : c’est trop long, beaucoup plus long que la joie et le rire.
La cascade de son rire sous les vannes de ses dents.” (Jules Renard, Journal)
                  Lecture. Histoires littéraires n° 65 (Du Lérot éditeur, janvier-février-mars 2016; 176 p., 25 €).
                                Dossier Baudelaire II.
VENDREDI.
                 Vie sanitaire. Première séance d’ostéopathie. L’homme de l’art est un ancien élève. Encore un. Comme dit Bergounioux, ils sont partout. Celui-ci me vend une auto, celui-là un ordinateur, celle-ci me coupe les cheveux, celle-là s’occupe de nos contrats d’assurance… Il y en a un qui parfois pilote le train qui me mène au boulot et il s’en trouvera bien un pour me conduire en terre. En attendant, seul l’ostéopathe peut faire rigoler les autres en racontant qu’il a mis son prof en slip.
                  Lecture. Vivre à Madère (Jacques Chardonne, Grasset, 1953, rééd. coll. Les Cahiers Rouges, 2004; 176 p., 7,70 €).
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Transports littéraires.
784 (1)-min  784 (2)-min
Autoroute A7, 11 décembre 2014 / Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), été 2015, photos de Marc-Gabriel Malfant
SAMEDI.
             Films vus pendant la semaine. Meurtre d’un bookmaker chinois (The Killing of a Chinese Bookmaker, John Cassavetes, É.-U., 1976)
                                                               Nocturama (Bertrand Bonello, France – Allemagne – Belgique, 2016)
                                                               Pyromaniac (Pyromanen, Erik Skjoldbærg, Norvège, 2016)
                                                               L’Odyssée (Jérôme Salle, France – Belgique, 2016)
                                                               Paradis perdu (Abel Gance, France, 1940)
                                                               L’Histoire de l’amour (The History of Love, Radu Mihaileanu, France – Belgique – Canada – Roumanie, 2016).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
784-min   784 (3)-min
Dagneux (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 14 mars 2011 / Saint-Pierre-d’Entremont (Orne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 11 août 2014
             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 21 décembre 2015. 164 km. (30274 km).
784 (5)-min
189 habitants

   C’est un monument ouvragé avec buste de Poilu, posé face à l’église sur une esplanade qu’on imagine volontiers convertie en terrain de pétanque au retour des beaux jours. Il est signé WALSER – LIFFOL, où l’on semble apprécier les traits d’union.

784 (4)-min

La commune de Pargny

A ses héros

Morts pour-la France

1914-1918

MOREL-Auguste

1893-1914

FLOQUET Eugène

1884-1915

DINE-Louis

1881-1915

SIMONET Auguste

1892-1916

HAFF-Lucien

1895-1916

HUSSON-Louis

1895-1916

MILLOT Pierre

1883-1917

MANGIN André

1898-1918

MARCHAL Marcel

1895-1918

              Poil et plume. « Cette nuit-là, les Boches bombardèrent Bus pour la première fois depuis le début de la guerre et le premier obus tomba en plein sur la voiture de la 6e Cie, qui débouchait sur la place du Marché. Le cheval, le cocher et Lang furent écrabouillés. On ramassa deux, trois écuellées de petits débris et les quelques gros morceaux furent noués dans une toile de tente. C’est ainsi que furent enterrés Lang, le cocher et de la bidoche de cheval. Et l’on planta une croix de bois sur le tumulus.

Mais en revenant du cimetière quelqu’un remarqua la moustache de Lang qui flottait dans la brise du matin. Elle était collée contre la façade, juste au-dessus de la boutique du coiffeur. Il fallut dresser une échelle, aller détacher ça, envelopper cette touffe sanglante dans un mouchoir, retourner au cimetière, faire un trou et enterrer ces poils absurdes avec le reste. Puis nous remontâmes en ligne, dégoûtés. » (Blaise Cendrars, La Main coupée)

Bon dimanche,

Philippe DIDION