20 janvier 2019 – 823

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 3 février 2019.
LUNDI.
           Vie professionnelle. Quand je suis arrivé dans le collège où je travaille aujourd’hui, la période entre le dernier cours du matin et le premier cours de l’après-midi était sacrée. On s’attardait à la cantine, on allait boire un café au bistrot, on jouait au volley, on chantait – oui, il y avait une chorale d’enseignants – on glandait gentiment. En salle des professeurs, il y avait des journaux qui traînaient, on parlait football, politique, on commentait ce qu’on avait vu la veille à la télévision, ce genre de choses futiles. Aujourd’hui, cette période s’appelle “la pause méridienne” et il n’est plus question de la consacrer à la détente : elle abrite des cours, des séances de devoirs, des activités qui ne laissent plus aucune place à l’oisiveté. Les professeurs la mettent à profit pour faire des heures supplémentaires ou pour se livrer à des manœuvres mystérieuses sur les ordinateurs de la salle de travail, l’arrivée de l’informatique dans ce milieu comme dans d’autres ayant considérablement alourdi et multiplié les tâches à effectuer. Entrez un jour dans la salle de travail, essayez de dire bonjour aux dos qui vous y accueillent et vous aurez une bonne idée de ce qu’est la solitude. Je ne fréquente pas la salle de travail. Je fréquente rarement la salle des professeurs, ça fait partie de mon processus d’effacement progressif, j’y passe parfois pour ouvrir mon casier mais il n’y a plus rien dans les casiers, tout passe par l’informatique, par une messagerie professionnelle que je me garde bien d’ouvrir, et je passe la pause méridienne dans ma salle de cours. J’avale mon manger boulot, j’écoute Le Jeu des mille francs, je lis mes journaux, je fais la sieste. Depuis que j’ai détourné une chauffeuse promise à la réforme pour l’installer dans le fond de la classe, je fais même de très bonnes siestes. Mais revenons à la pause méridienne. De plus en plus souvent vient se loger dans ce créneau une réunion convoquée par la hiérarchie – la justification d’une hiérarchie intermédiaire, celle qui se trouve par exemple à la tête d’un collège, semblant consister à peser sur l’échelon inférieur pour satisfaire les exigences de l’échelon supérieur. Réunion, creuse, stérile, j’y ai subi il y a deux ans un débat de trente minutes pour décider si les élèves devaient conserver leurs cours dans un classeur petit ou grand format. Croyez-moi, on est mieux à ronfloter sur une chauffeuse. Je ne vais plus à ces réunions, je ne réponds plus aux convocations, on me l’a déjà reproché et on le fera encore mais c’est au-dessus de mes forces. Aujourd’hui, j’ai encore raté une de ces réunions essentielles programmée à 13 heures 15. Il fut un temps où la culpabilité m’aurait empêché de dormir. Apparemment, ce temps est révolu.
MARDI.
            Vie politique. Je découvre avec effarement la “Lettre aux Français” d’Emmanuel Macron. Comment celui-ci peut-il croire que ceux-là – et notamment ceux qui portent un gilet qui ne vient pas de chez Jupien – vont-ils s’infliger la lecture de ce pensum ? Sa prof de français ne lui a donc pas appris à faire court ?
            Lecture. Sérotonine (Michel Houellebecq, Flammarion, 2019; 352 p., 22 €).
                          “La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique-là, il faut la chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production.” On se souvient de cette phrase surprenante qui apparaît dans la première page du Petit Bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette. Comme Manchette, Houellebecq n’hésite pas à expliquer frontalement le comportement de ses personnages par le mécanisme de la société qui les entoure. Le déterminisme social règne en maître dans ses pages. Manchette était plus nettement politique, Houellebecq a tenté de l’être avec Soumission – ce n’était pas très réussi – mais il est plus à l’aise du côté de la sociologie, dans l’analyse des rapports humains. Et c’est magistral : il a une faculté à saisir l’air du temps, à dévoiler les travers du monde moderne qui peut être partagée par bien d’autres mais la façon dont il sait la mettre en mots, au prix de longues phrases sinueuses absolument parfaites, est stupéfiante. On connaît ses travers, ses facilités, sa complaisance pour les scènes de sexe et les attaques personnelles (bien atténuées depuis Plateforme) mais il faut souligner sa lucidité, son humour froid et sa capacité à captiver le lecteur avec des personnages aussi peu attirants que lui-même peut l’être. Sérotonine est, au-delà du tintouin médiatique qui accompagne chaque production de son auteur, un roman fort, passionnant et saisissant.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Liège, le 16 janvier 1946
Cher Monsieur Véry,
Après un long retard causé par les ennuis de toutes sortes que m’occasionnent la dévaluation française et ses effets néfastes, je tien à vous faire part de la mauvaise impression que me cause la lecture de votre dernière lettre. Madame de Béchillon y a répondu d’autre part et mis au point pas mal de détails.
Me permettrez-vous, dans l’intérêt de l’amitié que je vous porte, tout autant que dans l’intérêt de nos relations d’affaires, de passer en revue nos relations antérieures. Vous jugerez par là que le Maréchal dont vous vous plaignez amèrement a toujours fait comme le pianiste et qu’il n’y a pas lieu de tirer dessus, même à blanc. […]” (Auguste Maréchal à Pierre Véry in “Correspondance Pierre Véry – Éditions A. Maréchal 1942-1947”, Temps Noir n° 13)
                  Lecture. Esprit n° 426 (juillet-août 2016; 240 p., 20 €).
                                “Trop de touristes ?”
VENDREDI.
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour rester propre. Aperçu d’une collection de bains-douches.

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Fayl-Billot (Haute-Marne), photo de Jean-François Fournié, 2 février 2017 / Montluçon (Allier), photo de l’auteur, 1er août 2017

SAMEDI.
              Films vus. Roma (Alfonso Cuarón, Mexique – É.-U., 2018)
                               Robert et Robert (Claude Lelouch, France, 1978)
                               Quelques minutes après minuit (A Monster Calls, J.A. Bayona, R.-U. – Espagne – É.-U., 2016)
                               Showgirls (Paul Verhoeven, France – É.-U., 1995)
                               Cherchez la femme (Sou Abadi, France, 2017)
                               La Cité des douleurs (Beiqing Chéngshi, Hou Hsiao-Hsien, Hong Kong – Taïwan, 1989).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Bruxelles (Belgique), photo de Yannick Bollati, 3 avril 2011 / Saint-Jean-de-Muzols (Ardèche), photo de Marc-Gabriel Malfant, 27 septembre 2011
Poil et presse.
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Le Canard enchaîné, 4 janvier 2017 
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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13 janvier 2019 – 822

LUNDI.

Lecture. Le Temps retrouvé (Marcel Proust, Gallimard, 1927, rééd. Bibliothèque de la Pléiade n° 102, 1954; 1342 p., s.p.m.).

L’important n’est pas ici d’avoir terminé La Recherche mais de l’avoir fait en étant toujours actif, professionnellement parlant. Je m’explique et, pour ce faire, remonte une quarantaine d’années en arrière. Vie de lycée. Le professeur nous donne une page de Proust à étudier en nous prévenant que ce n’est pas du gâteau. “De toute façon, dit-il, Proust, on le lit quand on est en retraite.” J’ai reçu cette phrase comme un défi et me suis promis que j’aurais fini de lire Proust avant d’atteindre ce statut. Parole tenue. J’ai commencé en 1983, j’ai poursuivi cahin-caha jusqu’à ce jour avec des trous béants de plusieurs années et des retours réguliers Du côté de chez Swann, le volume le plus magique, le plus touchant, le plus juste car il rassemble ce que j’ai déjà dit considérer comme les trois piliers de la littérature : l’enfance, la géographie et le dialogue avec les morts. Il y a eu des tunnels, des longueurs, des langueurs mais Proust touchait juste à chaque fois, en mettant miraculeusement en mots les sensations, les souvenirs, les sentiments, les ambitions, les déceptions, les joies et les chagrins de son narrateur et en amenant le lecteur à reconnaître qu’il avait connu les mêmes. C’était prévu, bien sûr, car Proust avait tout compris, tout programmé : lorsque, dans Le Temps retrouvé, le Narrateur imagine ses futurs lecteurs, c’est ainsi qu’il les voit : “ ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes”. Pari gagné, il le savait, ce type savait tout. Maintenant, comment faut-il lire La Recherche ? Faut-il tout avaler d’un bloc à l’adolescence comme le fit Matthieu Galey et risquer l’indigestion ? Faut-il attendre d’hypothétiques vieux jours qui se révéleront au final aussi encombrés que ceux qui les ont précédés ? Sans le vouloir, sans la choisir, j’ai peut-être suivi la bonne voie : lire Proust en grandissant, en apprenant, en vieillissant avec le Narrateur, en s’émerveillant qu’un homme ait su, à chaque étape de ce parcours, écrire les mots et les phrases qui sachent l’expliquer et l’enrichir.

MERCREDI.

Éphéméride. “9 janvier 1906

Plus j’y pense, plus ce projet paraît être à la limite de l’impossible. Ses difficultés m’accablent toujours un peu plus. Par exemple, l’idée de mettre en place une série consécutive d’événements qui me sont arrivés, ou que j’imagine m’être arrivés – je vois bien que c’est là pour moi une impossibilité. La seule chose qui m’est possible est de parler de la chose qui me vient à l’instant – quelque chose du milieu de ma vie, peut-être, ou quelque chose qui s’est passé il y a à peine quelques mois.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : Une histoire américaine)

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lisa Gardner, Famille parfaite, Le Livre de poche, 2018.

VENDREDI.

Lecture. Mort d’un tatoué (Shotgun, Ed McBain, 1969 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 350, 1970 pour la traduction française, , rééd. in “87e District 4”, Omnibus, 1999, traduit de l’américain par Alain Chataignier; 1042 p., 145 F).

Notons ce bel incipit, variante inattendue sur le thème “La marquise sortit à cinq heures” : “L’inspecteur Bert Kling sortit pour vomir.”

Le cabinet de curiosités du notulographe. Baignoires champêtres à Évires (Haute-Savoie), photos de l’auteur, 9 juillet 2017.

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SAMEDI.

Films vus. De la soupe populaire au caviar (From Soup to Nuts, Edgar Kennedy, É.-U., 1928)

Ami-ami (Victor Saint Macary, France, 2018)

Vivre pour vivre (Claude Lelouch, France – Italie, 1967)

Daddy Cool (Maxime Govare, France, 2017)

Les Deux Détectives (Do Detectives Think ?, Fred Guiol, É.-U., 1927)

Un château en enfer (Castle Keep, Sydney Pollack, É.-U., 1969)

Rider (Jamie M. Dagg, Canada – É.-U., 2015)

Au revoir là-haut (Albert Dupontel, France – Canada, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Montréal-la-Cluse (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Lyon (Rhône), photo du même, 11 février 2016

Poil et plume. “Ses cheveux d’avant-guerre tombaient de plus en plus et quand elle avait le courage de se battre, elle voulait que je lui trouve une nouvelle perruque avec des vrais cheveux pour avoir l’air d’une femme. Sa vieille perruque était devenue dégueulasse, elle aussi. Il faut dire qu’elle se faisait chauve comme un homme et ça faisait mal aux yeux parce que les femmes n’ont pas été prévues pour ça. Elle voulait encore une perruque rousse, c’était la couleur qui allait le mieux avec son genre de beauté. Je ne savais pas où lui voler ça. À Belleville, il n’y a pas d’établissements pour bonnes femmes moches qu’on appelle instituts de beauté. Aux Élysées, j’ose pas entrer. Il faut demander, mesurer, et merde.” (Émile Ajar, La Vie devant soi)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

6 janvier 2019 – 821

LUNDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 71 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2017; 120 p., 25 €).

MARDI.

Bilan annuel 2018.

* 126 livres lus (- 2 par rapport à 2017)

* 304 films vus (+ 10)

* 403 abonnés aux notules courriel + 5 abonnés internet + 1 abonnée papier = 409 (- 2)

Chantiers littéraires :

* 500 volumes étudiés dans l’Atlas de la Série Noire (+ 5, fin de l’étude du corpus)

* 413 communes visitées (+ 29) d’Ableuvenettes (Les) à Rozières-sur-Mouzon dans le cadre de l’Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental

* 305 photos de Bars clos (+ 8)

* 1330 tableaux commentés dans la Mémoire louvrière (=)

                                          * 646 publicités murales et enseignes peintes photographiées (+ 21)

* 4060 photographies de salons de coiffure pour l’Invent’Hair (+ 286)

                                          * 196 frontons d’école photographiés pour un Aperçu d’épigraphie républicaine (+ 2)

* 110 Lieux où j’ai dormi retrouvés ou ajoutés et photographiés (+ 1)

                                          Parutions :

* Bulletin de l’Association Georges Perec n° 72, juin 2018

* « IPAD coté », Les Refusés n° 20, dossier « Un pas de côté », Nancy, septembre 2018.

* Notes de lecture, Histoires littéraires n° 74 (Du Lérot éditeur, avril – mai – juin 2018)

Mentions :

* Bruno Montpied, Le Gazouillis des éléphants, Éditions du Sandre, 2017

* Librairie du Scalaire, Lyon (Rhône), catalogue 2018-3

Contributions (anonymes) :

* Schnock n° 27 (La Tengo, juin 2018)

* Le Canard enchaîné n° 5101 (1er août 2018)

* Schnock n° 28 (La Tengo, septembre 2018)

Internet :

* Bulletin Flaubert n° 194, 12 janvier 2018 http://flaubert.univ-rouen.fr/bulletin/vient_de_paraitre/partie_00.php

* L’Oreille tendue (Benoît Melançon), 10 décembre 2017 http://urlz.fr/6vfZ et 11 novembre 2018 https://urlz.fr/8biA

* L’Alamblog (Éric Dussert), “Gengenbach comme Bloy”, 2 novembre 2018 https://urlz.fr/8aon

Précision concernant la politique photographique des notules :

* Les notuliens contribuent de façon efficace à l’avancée des chantiers photographiques qui meublent nos livraisons dominicales : le cabinet de curiosités et l’Invent’Hair leur doivent beaucoup, sans parler des aptonymes ou de la rubrique Poil et plume. Merci. Une précision s’impose toutefois : ne sont acceptés que les clichés dûment localisés, pris “en vrai”, à l’aide d’un appareil idoine ou d’un téléphone de poche. Les photos issues de sites internet ou de réseaux plus ou moins sociaux ne sont pas homologuées.

Appel :

* Le début de l’année est généralement propice aux bonnes résolutions. Si parmi ces résolutions figure celle de ne plus vous laisser importuner par des messages électroniques antédiluviens, pesants, inutiles, creux, mal écrits, pompeux, j’en passe, et si vous vous apercevez tout à coup que les notules correspondent à l’une des catégories précitées, inutile d’engorger les tuyaux pour rien : un simple mot « stop » en réponse à ce numéro mettra fin à votre abonnement.

MERCREDI.

Éphéméride.

“Aux armées, 2 janvier 1916.

Mon cher Toulet,

[…] Je suis ravi, cher ami, de vous avoir distrait, si j’y ai réussi, avec ces notes du Temps ! Et si je n’y ai pas joint, depuis trop longtemps à mon gré, des nouvelles manuscrites à votre adresse, c’est que la vie que je mène est fort sotte, d’une part, si de l’autre elle est glorieuse. (Encore est-ce là une façon de parler, et peut-être un préjugé : car la gloire de ramasser du crottin dans des cours de ferme, et faire l’exercice dans un champ, ou se tapir dans des trous de rat, sous la sauvegarde de fils de fer, et d’y recevoir des bouts de ferraille chaude, c’est un sujet discutable, quand depuis six mois on mène ce métier.) Néanmoins, je suis, cher ami, enchanté de l’exercer, et de passer à travers la neige, le froid, la pluie, la boue, les puces, quelquefois les balles, la mauvaise humeur des uns et des autres, en conservant une humeur, pour ma part, charmante, beaucoup d’appétit, et une santé telle que je ne m’en suis jamais connu. […]” E. H. (Paul-Jean Toulet, “Lettres de P.-J. Toulet et d’Émile Henriot”, in Paul-Jean Toulet, Œuvres complètes)

Obituaire. Lisant un tas de journaux en retard, j’apprends dans un numéro du Monde de la semaine dernière la mort de Claude Mesplède, à qui je dois l’essentiel de mes connaissances en matière de polar grâce à son énorme Dictionnaire des littératures policières.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Psittacisme funéraire.

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Vosges Matin 21 décembre 2009 / 18 octobre 2015 / 29 mars 2017 / 16 août 2017

SAMEDI.

Films vus. Numéro une (Tonie Marshall, Belgique – France, 2017)

Les Malabars sont au parfum (Guy Lefranc, France, 1966)

Les Gardiennes (Xavier Beauvois, France – Suisse, 2017)

Dernier atout (Jacques Becker, France, 1942)

Jeune femme (Léonor Serraille, France – Belgique, 2017)

Une folle envie (Bernard Jeanjean, France, 2011).

L’Invent’Hair perd ses poils.

821 (6)-min  821 (5)-min

Bellignat (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Vincennes (Val-de-Marne), photo de Jean-François Fournié, 13 octobre 2017

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 12 novembre 2017. 39 km. (33020 km).

821 (7)-min

Commune de Xertigny

   Rasey a disparu du calendrier des postes mais figure toujours dans l’édition de 2006 qui me sert de feuille de route. Tant mieux, ça fait un lieu de plus à visiter et ça recule le moment où il faudra mettre le mot fin à ce chantier – moment que je redoute plus qu’on ne pourrait le croire. Cette disparition est d’autant plus dommageable que Rasey possède un monument aux morts, contrairement à ce que je pensais en m’y rendant, situé au milieu de son cimetière : il s’agit d’une plaque vissée sur la base d’une haute croix et ornée d’une cocarde du Souvenir Français et d’une palme métallique.

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 Aux enfants

de la paroisse de Rasey

Morts au champ d’honneur

1914-1918

LAUNOY René

PELLETIER Louis

DAGNEAUX Arthur

BILQUEZ Marcel

ÉTIENNE Henri

ROBINET René

BRENIERE Jean

MUNIER Paul

BAUDOIN Léon

HUSSON Louis

PETITJEAN Georges

DROUOT Léon

QUENISSET Joseph

VIARD Georges

ALEXANDRE Georges

FOUCHECOURT Camille

JEANDEMANGE Henri

VAUTHIER Maurice

COLNOT Henri

GABRION Louis

PIROUE Henri

BEAUDOIN Marcel

LANGLOIS Joseph

MAROTEL Marcel

SAUNIER Albert

   À la base, une plaque porte les noms des victimes de 1939-45.

La commune de Xertigny, à laquelle Rasey est rattachée, n’a pas jugé bon de fleurir le monument pour le 11-novembre.

Poil et plume. “Le train roulait à nouveau, depuis à peu près quinze minutes, approchant souvent la vitesse de cent quatre-vingts kilomètres à l’heure. Après le départ de l’employé, la jeune femme ralluma toutes les lumières du compartiment. Elle ôta la serviette de sa tête et ses cheveux apparurent, trempés et bigarrés de jaune et de noir. La petite serviette était toute souillée de teinture noire. Au lavabo, la jeune femme acheva d’ôter la teinture noire de ses cheveux. Du grand sac de voyage, elle tira un petit séchoir. Auparavant elle avait posé sur le sol un appareil américain à piles, sur lequel étaient enfilés vingt bigoudis chauffants américains. Elle brancha le séchoir sur la prise du lavabo et sécha ses cheveux. À cause d’une transformation chimique réversible, l’axe rouge des bigoudis chauffants devint noir, signalant qu’ils avaient atteint une bonne température d’usage. La jeune femme blonde se débarrassa de la grande serviette qui gênait ses mouvements. Elle mit les vingt bigoudis dans ses cheveux.

Quand elle descendit du train à Bléville, la jeune femme était blonde et frisée comme un mouton.” (Jean-Patrick Manchette, Fatale)

Bon dimanche,

Philippe DIDION