17 juillet 2016 – 717

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 7 août 2016.

DIMANCHE.

Lecture. Inventions nouvelles & dernières nouveautés (Gaston de Pawlowski, Charpentier, 1916, rééd. Finitude, 2009; 128 p., 13,50 €).

  1. Prendre un livre de taille modeste, par exemple cette réédition de Pawlowski, disciple d’Alphonse Allais et à ce titre apprécié de François Caradec, Raymond Queneau et Marcel Duchamp.
  2. Sacrer son camp à Gérardmer.
  3. S’installer au bord du lac.
  4. Lire un tiers du livre en se chauffant la couenne.
  5. Gagner l’eau pour y effectuer quelques mouvements natatoires plus ou moins harmonieux.
  6. Lire le deuxième tiers du livre en se séchant au soleil.
  7. S’installer en terrasse, ingurgiter et inhaler quelques substances propres à éliminer les effets bénéfiques induits par l’agitation en milieu aquatique précédemment effectuée.
  8. Finir le bouquin, méditer sur les bienfaits du fil à plomb à tige rigide, du mètre de poche de dix centimètres, de la passoire à un seul trou et d’autres joyeusetés qu’il contient.
  9. Rentrer at home.
  10. Notuler (on n’est même pas tenu de parler du livre lu).
  11. Se dire que c’était une bonne journée, si l’on met de côté cette cochonnerie de radar qui m’a fait une œillade assassine.

MERCREDI.

Éphéméride. “13 juillet [1915]

Je suis en vacances depuis hier à 4 heures. Les prix étaient aujourd’hui. Je n’y suis pas allé.” (Raymond Queneau, Journaux 1914-1965)

VENDREDI.

Vie musicale. J’ai renoncé à compter combien de fois j’ai vu le groupe Karpatt sur scène. Ici, place des Vosges comme aujourd’hui, ou ailleurs. Le plaisir est toujours le même, l’énergie déployée par le trio toujours égale. Sauf que ce soir, cette énergie part un peu dans le vide. Effet conjugué de la fraîcheur des températures et de la stupeur causée par les événements de Nice, la place est presque vide, le public morne et inquiet. Deux policiers armés se promènent en inspectant leur pétoire qu’ils semblent découvrir pour l’occasion. Soudain, le vrombissement du camion de poubelles qui passe sur le quai fait se retourner l’assemblée, brusquement réveillée. On a beau se croire à l’abri dans ce coin reculé, la sensation est peu confortable. D‘autant moins qu’on devine que si l’on est victime d’un coup dur, le premier réflexe de notre voisin sera sans doute de dégainer son téléphone de poche pour filmer nos derniers instants.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Insistance à Entre-Deux (La Réunion), photo d’Antoine Fetet, 14 février 2015.

717 (2)

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. La Tête haute (Emmanuelle Bercot, France, 2015)

Marie Heurtin (Jean-Pierre Améris, France, 2014)

La Loi du marché (Stéphane Brizé, France, 2015)

Charlot mitron (Dough and Dynamite, Charles Chaplin, E.-U., 1914)

Charlot et Mabel aux courses (Gentlemen of Nerve, Charles Chaplin, E.-U., 1914)

Charlot déménageur (His Musical Career, Charles Chaplin, E.-U., 1914)

Charlot papa (His Trysting Place, Charles Chaplin, E.-U., 1914)

Le Combat ordinaire (Laurent Tuel, France, 2015).

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Glasgow (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 7 août 2010

              Poil peint.

717

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 juillet 2016 – 716

DIMANCHE.

TV. Football. France – Islande 5 – 2. L’ampleur du score n’a pas étonné les lecteurs de Vosges Matin qui présentait ainsi les équipes dans son édition du jour. Et confirmait le fait que l’Islande est décidément un pays peu peuplé.

716

MARDI.

Vie vacancière (ouverture). Au boulot, on expédie les affaires courantes et on se dit à bientôt. J’en ai fini avec mes obligations professionnelles pour cette année. J’en ai fini aussi avec mes occupations rugbystiques puisque l’intérim pour lequel je m’étais engagé a pris fin au bout de deux saisons. Le bilan est correct avec la montée de l’équipe première, de bons résultats pour les équipes de jeunes, la consolidation des sections féminines et loisirs, un bilan auquel j’aurai finalement peu apporté, sinon un peu d’orthographe dans les rapports écrits. J’y aurais bien ajouté un peu de savoir-vivre et de courtoisie mais la marche était un peu haute. Je ne suis pas mécontent de l’expérience mais pas fâché non plus de la voir prendre fin. J’y ai trouvé des satisfactions mais aussi la réplique des travers de la vie associative que j’avais connus et fuis lors d’une vie antérieure. Et ce n’est pas la nouvelle équipe dirigeante, installée avec la délicatesse et l’élégance d’une harde de sangliers dans un champ de maïs, qui va me donner beaucoup de regrets de voir l’aventure s’interrompre.

Lecture. La Chance des Bodkin (The Luck of the Bodkins, P.G. Wodehouse, Herbert Jenkins Ltd, 1935 pour l’édition originale, Les Belles Lettres, 2016 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Anne-Marie Bouloch; 320 p., 14,90 €).

Tous les dix ans ou à peu près, on redécouvre P.G. Wodehouse grâce à une campagne de rééditions et de traductions. Dans les années, 1990, Jean-Claude Zylberstein mena la première campagne de ce genre chez 10-18 avec une flopée de titres, notamment ceux de la série consacrée à Jeeves, le héros le plus connu de l’auteur. Puis ce furent plusieurs recueils parus chez Omnibus au tournant des années 2000. Depuis deux ans, les Belles Lettres ont entamé une nouvelle série avec des titres qui, apparemment, n’avaient pas encore tous été traduits. Celui-ci met en scène une brochette d’Anglais plus ou moins désœuvrés et appelés à se côtoyer sur un paquebot en route vers l’Amérique. On y trouve ce qui fait le charme de Wodehouse : un implacable humour pince-sans-rire, des intrigues à tiroirs sur fond de vaudeville, une galerie de personnages qui ne cessent de se fiancer et de se défiancer dans la minute qui suit, des situations burlesques à la pelle. Le problème vient ici de la longueur : sur 320 pages en vase clos, les astuces deviennent répétitives et un peu lassantes. Dans mon souvenir, les histoires de Jeeves étaient plus ramassées, plus nerveuses, et plus digestes.

MERCREDI.

Éphéméride. A René Blum.

“102 boulevard Haussmann

[vers le 6 juillet 1916 ]

Cher ami,

Vous m’aviez dit que vous m’écririez, vous m’avez écrit, et j’ai été stupéfait. Car je vous croyais mille talents, mille vertus, mille charmes, mais l’incapacité d’écrire. Or par amical souci d’une chose importante pour moi, vous avez su ne pas être négligent (ce qui est admirable). Et moi j’ai l’air de l’être tellement pour ce qui concerne cette édition de mon livre (mais vous allez voir que ce n’est pas vrai, que j’ai terriblement peur de vous voir cesser de prendre à cœur une œuvre dont l’auteur semble se désintéresser si complètement).

Mon cher ami, j’ai pour ce qui touche à mon livre une prévoyance d’abeille qui va au-delà même de ma mort d’ailleurs vraisemblablement peu éloignée. Et je n’ai pas omis de m’occuper de Grasset. Mais Bailby après avoir promis de savoir où il était a fini par m’écrire qu’il était, à ce qu’on lui assurait, en Suisse, ce qui l’étonnait, dit-il, pour un mobilisé. Rue des Saints-Pères, on a refusé son adresse à Bailby. Lauris à qui j’ai fait téléphoner ne sait rien.” (Marcel Proust, Lettres)

VENDREDI.

Lecture. L’Enfer de Church Street (Hell on Church Street, Jake Hinkson, 2012 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. néonoir, 2015 pour la traduction française, traduit de l’américain par Sophie Aslanides; 208 p., 15 €).

La bonne heure (Tristan Tzara, Imprimerie Jacquet, 1955, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Les mystères de l’Orient, version orthographe.

716 (3)  716 (3)

Morges (Suisse), photo de Vincent Garcia, 21 juin 2014 / Épinal (Vosges), photo de l’auteur, 15 février 2015

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Vincent n’a pas d’écailles (Thomas Salvador, France, 2014)

Grand départ (Nicolas Mercier, France, 2013)

Entre amis (Olivier Baroux, France, 2015

Les Yeux jaunes des crocodiles (Cécile Telerman, France – Espagne, 2014).

L’Invent’Hair perd ses poils.

716 (5)  716 (4)

Glasgow (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 7 août 2010 / Lézignan-Corbières (Aude), photo de Marc-Gabriel Malfant, 22 août 2014

Poil et pellicule.

716 (1)  716 (2)

Fernandel dans Coiffeur pour dames (Jean Boyer, France, 1952)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 juillet 2016 – 715

DIMANCHE.

Réponses du Bergier à la Bergière. Concernant Jacques Bergier dont il était question dans le numéro du jour, la notulie m’apporte des éléments éclairants. D’abord en me faisant remarquer que le fait de présenter l’année de naissance de Bergier comme une certitude était un rien présomptueux. En fait sa date de naissance est très rarement évoquée, 1912 étant seulement mentionné dans un numéro de la revue La Tour Saint-Jacques en 1957 et dans les CV rédigés par Bergier lui-même, mais il n’y a pas trace de document officiel. Ensuite en m’apprenant que Jacques Bergier “participait en 1977-78 à une émission humoristico-culturelle que diffusait RTL, Les Incollables : il répondait aux questions auxquelles les autres ne pouvaient répondre. Ses connaissances étaient assez phénoménales. Quand la réponse était trouvée, il avait cette expression, avec son accent particulier : “Génial il est !” L’émission a disparu avec lui.” Ce qui fait de Bergier une sorte de prédécesseur de Jean Dutourd qui joua le même rôle, celui de l’érudit de service, à la radio au début des Grosses têtes. Enfin en signalant que Gurdjieff, nommé dans la notule en question, avait inspiré deux personnages à Patrick Modiano, présents dans Des inconnues et Un accident nocturne.

Lecture. Dans la ville en feu (The Black Box, Michael Connelly, 2012 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, 2015 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche policier n° 34118, 2016; 480 p., 8,10 €).

Depuis le temps que Michael Connelly nous fait visiter les services de police de Los Angeles à la suite de son héros Harry Bosch, on sait comment il procède. Il n’utilise, pour sa cuisine, que trois ingrédients dont le dosage varie selon les épisodes : la famille, la hiérarchie, la procédure. Le volet familial est de loin le moins intéressant des trois : les démêlés de Bosch avec ses compagnes successives et ses relations avec sa fille donnent lieu à des pages ternes et on toucha même au ridicule lorsque Connelly imagina de faire de Bosch le demi-frère d’un autre de ses personnages fétiches, l’avocat Mickey Haller. Le volet hiérarchique est un peu plus consistant : Harry Bosch est un têtu, un solitaire qui ne jure que par la cause des victimes quand ses supérieurs sont obnubilés par la déontologie et les budgets à tenir. Les affrontements produisent des étincelles mais le procédé est répétitif. Bref on aurait depuis longtemps laissé tomber la série s’il n’y avait le troisième aspect qui fait oublier la faiblesse des deux autres : l’enquête, la recherche, la traque. On démarre, comme ici, sur une scène de crime qui livre de maigres indices. A partir de ceux-ci, Bosch va creuser, tirer des ficelles, faire appel à des connaissances et à son intuition, se tromper, revenir sur ses pas, se mettre en danger pour finalement triompher. C’est toujours passionnant, Connelly sachant utiliser ses souvenirs de journaliste, son savoir-faire de romancier et son imagination pour garder la fidélité d’un lectorat prompt à oublier les faiblesses évoquées ci-dessus.

La première main (Tristan Tzara, éd. P.A.B, 1952, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

LUNDI.

Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.

MERCREDI.

Éphéméride.

« 301 King’s Road

Chelsea

29 juin 1892

Cher ami

Notre vieil ami Oscar [Wilde] vient d’avoir une grosse déception ! Ma dépêche vous avait appris l’événement dont tout le monde parlait ici : Sarah Bernhardt avait rencontré Wilde dans un dîner, il lui avait parlé de Salomé, il la lui avait lue le lendemain chez elle, et pendant cette lecture Sarah avait mangé six mouchoirs de poche, et elle avait mordu Oscar deux fois à la main et une fois au cou, en rugissant qu’elle jouerait la pièce.” (Pierre Louÿs/Henri de Régnier, Correspondance 1890-1913)

Lecture. Les Enfants de Dynmouth (The Children of Dynmouth, William Trevor, The Bodly Head, 1976 pour l’édition originale, Phébus, coll. Littérature étrangère, 2014 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Marie-Odile Fortier-Masek ; 240 p., 20 €).

Phébus a déjà traduit une bonne dizaine de romans de William Trevor, un Irlandais exilé à Londres, datant des années 1990 et 2000. Je ne sais ce qu’ils valent mais celui-ci, nettement plus ancien, montre que sa production antérieure (son premier roman date de 1958) est digne d’intérêt. Il s’agit d’un roman de communauté, celle de la petite ville de Dynmouth, sur une côte anglaise. Une station balnéaire d’apparence paisible, avec ses hôtels, ses églises, ses usines, ses habitants distribués dans les différents quartiers selon leur rang social. Un décor d’Agatha Christie, mais sans Miss Marple ou Hercule Poirot : le personnage qui attire l’attention est un gamin qui passe son temps à courir la ville dans tous les sens pour épier ses habitants. A force d’épier, il connaît leur personnalité, les liens qu’ils ont entre eux. Il a même fini par apprendre quelques secrets cachés : l’homosexualité de l’un, les infidélités de l’autre, l’enfant caché de celle-ci, la vraie raison de la mort de celle-là. Le jour où il a besoin d’aide pour un projet personnel, le gamin va franchir les portes des maisons qu’il se contentait d’observer, s’adresser à leurs occupants qui vont l’envoyer bouler. Timothy Gedge, c’est son nom, va alors se servir des armes qu’il a emmagasinées depuis longtemps et sa présence va devenir une menace pour la population. La vie de la petite ville va changer, l’ambiance devenir pesante, malsaine. Pour le lecteur aussi, car William Trevor parvient à rendre sensible l’aura maléfique du gamin, son cynisme et sa perversité. Il n’y aura pas de crime, on n’est pas dans un polar, mais il n’y en a pas besoin pour que cette histoire se teinte d’une couleur noire et que chacun se pose la vraie question : que faire de celui par qui le scandale arrive ?

VENDREDI.

  Lecture. Le Chapeau magique (The Hat Trick, Margerie Allingham, nouvelle parue dans The Strand, 1938 pour l’édition originale, Mystère Magazine n° 27, 1963 pour la traduction française, rééd. in « La Maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion », Omnibus, 2010; 1024 p., 26 €).

                                La Face intérieure (Tristan Tzara, éd. Pierre Seghers, 1953, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Offres d’emploi difficiles à saisir à Épinal (Vosges), photos de l’auteur, 19 décembre 2015.

715 (1)  715 (2)

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Brazil (Terry Gilliam, R.-U., 1985)

Une famille à louer (Jean-Pierre Améris, France – Belgique, 2015)

Violence et Passion (Gruppo di famiglia in un interno, Luchino Visconti, Italie – France, 1974)

Imitation Game (The Imitation Game, Morten Tyldum, R.-U. – E.-U., 2014)

L’important c’est d’aimer (Andrzej Zulawski, France – Italie – R.F.A., 1975)

Connasse, princesse des cœurs (Éloïse Lang, Noémie Saglio, France-Belgique, 2015)

Lulu femme nue (Sólveig Anspach, France 2013)

L’Invent’Hair perd ses poils.

715 (3)  715 (4)

Glasgow (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 7 août 2010 / Oban (Écosse, R.-U.), photo du même, 25 avril 2013

Poil et plume. “Le soldat n’avait jamais vu un tel salon de coiffure. Petit, coquet, il avait des étagères vitrées chargées de flacons de parfum, d’huiles et de crèmes, et des fauteuils pivotants rouges, avec un appuie-tête pour laver les cheveux.

Le barbier était un vrai professionnel. Maigre, petite taille, moustaches fines et cheveu rare, il avait appris le métier à Paris, et disait fièrement qu’en Europe couper les cheveux était un art plein de préambules. Il travaillait en blouse blanche, un peigne et le manche de ses ciseaux dépassant de la poche de poitrine. Il s’appliquait en conscience, indifférent aux douleurs du poignet ou aux cheveux qui lui sautaient au visage comme des crins acérés.” (Victor del Árbol, La Tristesse du samouraï)

Bon dimanche,

Philippe DIDION