2 mai 2021 – 927

LUNDI.           

Lecture. Schnock n° 33 (La Tengo, décembre 2019; 176 p., 15,50 €).                          

Lino Ventura.    

MARDI.            

Lecture. Metropolis (Philip Kerr, Quercus, 2019 pour l’édition originale, Le Seuil, 2020 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Jean Esch; 400 p., 22 €).                          

Voilà trente ans que le policier berlinois Bernie Gunther est apparu sous la plume de l’Écossais Philip Kerr. Après la coup de maître que constitua La Trilogie berlinoise – jamais on avait lu une reconstitution aussi précise, documentée et passionnante de l’atmosphère du Berlin des années 1930 dans la littérature policière – Philip Kerr a trimballé son héros sur tous les théâtres de la Seconde Guerre mondiale et de ses conséquences : du front de l’Est à l’Amérique du Sud, des Balkans à la Côte d’Azur en passant par la Grèce et la Pologne. Ce dernier roman, posthume, marque un retour aux racines : on retrouve Gunther à Berlin, au début de sa carrière, en 1928. C’est le Berlin d’Alfred Döblin et d’Alexanderplatz, une ville folle marquée par la pauvreté, la prostitution, le crime, des tares auxquelles les Nazis frais éclos entrevoient de mettre fin par les méthodes que l’on sait. Comme toujours, Philip Kerr soigne l’ambiance, les détails, le tableau est fidèle à la réalité qu’on imagine. Comme toujours, son personnage côtoie des personnes réelles mais aux figures politiques habituelles il ajoute, cette fois, des artistes qui témoignent de la vitalité culturelle de la scène berlinoise dont beaucoup d’acteurs seront forcés à l’exil : on a parlé de Döblin mais il est aussi question de Kurt Weill, de Fritz Lang, de Brecht, et Gunther fait la connaissance d’Otto Dix et de George Grosz. C’est un beau point final pour une œuvre magistrale, volumineuse et captivante.    

MERCREDI.                   

Éphéméride.                                       

« 28 avril  [1925]  

On n’imagine pas la grossièreté de l’Action française. Léon Daudet traite tout le monde d’assassins, d’abrutis, de péteux, etc. Et les suppositions les plus graves ! Et ça se dit chrétien ! Jugements téméraires, calomnies : tout est bon, pour soutenir des idées politiques et satisfaire les passions de même ordre. Charles Maurras se met de la partie et traite Briand de “poisson décomposé”. Je trouve que la France périt de ses divisions, périt de sa presse, périt de ses parlementaires, de ses bavards, périt de son orgueil, périt des jérémiades perpétuelles.” (Abbé Mugnier, Journal 1879-1939)    

VENDREDI.                  

Lecture. L’Instituteur et le Sorbonagre : 50 propos sur l’école de la République (Alain, Mille et une nuits n° 589, 2011; 136 p., 4 €).                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Les riches heures de la poste.  

  Gérardmer (Vosges), photo de l’auteur, 13 avril 2017

Le Fantôme de la liberté (Luis Buñuel, France – Italie, 1974)    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Lulu on the Bridge (Paul Auster, R.-U. – É.-U., 1998)                               
  • Cosa Nostra – L’Affaire Valachi (The Valachi Papers, Terence Young, Italie – France, 1972)                               
  • La Nuit au musée 2 (Night at the Museum 2 : Battle of the Smithsonian, Shawn Levy, É.-U. – Canada, 2009)
  • La Chance et l’Amour (Claude Berri, Charles L. Bitsch, Claude Chabrol, Éric Schlumberger, Bertrand Tavernier, France – Italie, 1964)                               
  • New York, New York (Martin Scorsese, É.-U., 1977)                               
  • Une veuve en or (Michel Audiard, Italie – France – R.F.A., 1969).                

Lecture. Les Domaines hantés (Other Voices, Other Rooms, Truman Capote, Random House, 1948 pour l’édition originale, Gallimard, 1949 pour la traduction française, rééd. in “Œuvres”, coll. Quarto, 2014, traduit de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau; 1472 p., 32 €).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Paris (Seine), rue Lamarck, photo de Pierre Cohen-Hadria, 17 décembre 2011

Beaucaire (Gard), photo d’Hervé Bertin, 10 janvier 2014                

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 9 février 2020. 87 km. (38 348 km).  

518 habitants     

Le monument bénéficie d’un vaste square avec portillon, enceinte grillagée, arbres émondés et parterre gravillonné. Il trône sur une plate-forme au pied de laquelle le drapeau tricolore est malmené par un vent tempétueux. Son aspect massif s’explique par le fait qu’il ne s’agit pas d’une construction d’après 1918 mais d’un monument dédié aux morts de la guerre de 1870. Un côté porte l’inscription “À la mémoire des soldats français morts au champ d’honneur le 6 octobre 1870”, un autre “Cette face porte les blessures des obus allemands de 1914”, le troisième “Ici reposent les corps de 97 français”. C’est donc sur le dernier côté que figurent les noms de 14-18, sous le titre :  

À la mémoire

Des enfants de St Remy

Morts pour la France

1914-1918  

  Militaires  

1914                    1916

RAPEBACH Henri                    FERRY Félix

CLERC Joseph                    MANGIN Lucien

COLIN Camille                    DUVIC Georges

BOULAY Joseph                    CLERC Ignace

1915                    1917

THOMAS Alexandre                    PARMENTIER Alfred

RAPEBACH Henri                    1918

RAMICHE Lucien                    CHENAL Marcel

BOULANGEOT Jules                    FERRY Aimé

GERARDIN Gustave                    COLIN Ernest

CHARPENTIER Paul                    LEDOUX Paul 1919  

Victimes civiles  

BOULANGEOT Marie 1914

GERARDIN Lucien ….

CHARPENTIER Alfred

              Poil et plume. “L’étape suivante de son voyage le conduisit à Philadelphie, ville où son éditeur officiel avait son siège. Il y découvrit qu’il y était encore plus populaire : plus d’une fois des jeunes femmes armées de ciseaux tentèrent de lui dérober quelques mèches qu’elles espéraient garder en souvenir. Il évita tout incident jusqu’à ce que, par une journée particulièrement chaude, il entrât dans une petite échoppe de barbier pour s’y faire couper les cheveux. Le lendemain, alors qu’il repassait devant, il vit en vitrine un carton MARTIN TUPPER entouré de médaillons dorés proposés à la vente. Chacun des médaillons contenait une boucle de ses cheveux que le barbier s’était empressé de ramasser sitôt l’écrivain parti.“ (Paul Collins, La Folie de Banvard)

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

25 avril 2021 – 926

DIMANCHE.                   

Bestiolaire. Dans son dernier Carnet de notes (oui, j’ai commencé à le lire, au rythme d’un mois entre deux autres lectures), Pierre Bergounioux signale l’apparition du “premier papillon de l’année”, un Citron comme il se doit, le 11 mars 2016. Cette année, j’ai dû attendre jusqu’au 28 mars pour en voir un à Senonges (Vosges). Le lendemain, j’assistais à l’installation des Hirondelles de cheminée dans la grange de la ferme D., à Châtel-sur-Moselle (Vosges aussi). Depuis, le froid est revenu, la floraison s’est bloquée et les insectes ne sortent pas. J’arpente le périmètre de dix kilomètres de rayon qui nous est alloué, je guette, je scrute, le chat est maigre : un Bourdon terrestre, une jeune Abeille domestique, un Géotrupe printanier, des Fourmis rousses toujours actives et, seule surprise, un beau Méloé printanier à Deyvillers (Vosges, forcément).    

LUNDI.           

Lecture. Discussion (Discusión, Jorge Luis Borges, 1932 pour l’édition originale, Gallimard, 1966 pour la traduction française, rééd. in « Œuvres complètes I », Bibliothèque de la Pléiade n° 400, 2010, traduit de l’espagnol par Paul Bénichou, Sylvia Bénichou-Roubaud, Jean-Pierre Bernès, Françoise Rosset et Claire Staub; 1766 p., 68,50 €).

Borges a rassemblé sous ce titre divers articles parus pour la plupart d’entre eux dans la célèbre revue Sur, de Victoria Ocampo. L’auteur y exprime son goût pour Flaubert et Walt Whitman, son intérêt pour le paradoxe de Zénon d’Élée, y développe son incroyable érudition sur des sujets littéraires, métaphysiques ou philosophiques. Le texte le plus intéressant s’intitule “De l’éthique superstitieuse du lecteur”. Borges y dénie l’importance du style dans ce qui fait un chef-d’œuvre littéraire, affirmant la primauté du sujet : “Don Quichotte gagne des batailles posthumes contre ses traducteurs et survit à toute version négligente. Heine, qui jamais ne l’entendit en espagnol, put le célébrer à jamais. Le fantôme allemand, scandinave ou hindoustanique de Don Quichotte est plus vivant que les artifices verbaux d’un styliste anxieux.”    

MARDI.           

Lecture. Griffu (Jean-Patrick Manchette et Jacques Tardi, Éditions du Square, 1978, rééd. Gallimard, coll. Quarto, “Romans noirs”, 2005; 1344 p., 29,50 €).    

MERCREDI.                  

Éphéméride.21 avril [1942]. Attaque aérienne des Américains sur Tokyo; Lübeck bombardée par la RAF. C’est bien !

… J’écris ces mots et je prends peur. Quoi ? Est-on déjà devenu assez endurci, assez inhumain pour applaudir à l’Apocalypse ! Car c’est un spectacle d’Apocalypse que le bombardement d’une ville moderne… L’agonie des enfants innocents, la panique des foules, la misère accumulée, la destruction des cathédrales et des hôpitaux, des temples et des théâtres, des jardins, des écoles, des cités ouvrières et des bibliothèques – cela est-il “bien” ?

Ce n’est pas bien mais c’est inévitable ! Hitler doit tomber. Tout ce qui l’affaiblit et rend plus proche sa défaite, j’y applaudis. Les bombardements affaiblissent Hitler. Je suis pour les bombardements.” (Klaus Mann, Le Tournant)                    

Lecture. Bouclard n° 3 (Bouclard Éditions, 2020; 64 p., 10 €).    

JEUDI.          

Devoirs de vacances. J’ai décidé de consacrer cette journée à constituer mon dossier de départ en retraite. La chose m’effraie depuis un long moment, il faut que je m’y prenne longtemps à l’avance pour franchir ou contourner tous les obstacles que je devine dressés sur mon chemin par le monstre informatique. Caroline et Lucie sont là, dans le coin du soigneur, pour prévenir tout jet de l’éponge au bout du cinquième mot de passe à fournir. L’affaire ne se passe pas si mal, et j’envoie le bidule en fin d’après-midi. Dix minutes plus tard, je reçois le “document de demande de radiation des cadres à imprimer et à adresser daté et signé à [mon] employeur par la voie hiérarchique.” Dix minutes. Et moi qui pensais qu’on allait me dire gentiment “Vous êtes sûr ? Vous ne voulez pas rester un petit peu plus longtemps avec nous ? Qu’est-ce qu’on va devenir, sans vous ?…” Penses-tu. Casse-toi pauv’ con. Bande d’ingrats.            

Lecture. En cherchant Parvulesco (Christophe Bourseiller, La Table Ronde, 2021; 128 p., 14 €).                        

Ça commence comme une autobiographie classique, la famille dans laquelle tout tourne autour du théâtre, l’enfance, les premiers pas au cinéma sous la houlette de Jean-Luc Godard, la célébrité avec le rôle de Lucien dans Un éléphant ça trompe énormément. Gloire fugace de Christophe Bourseiller et qui s’évanouit, laissant place à un sentiment d’injustice : Godard l’abandonne, ne s’intéresse plus à lui. D’où ce livre dans lequel on devine la question qui le tourmente : Jean-Luc, pourquoi m’as-tu abandonné ? Godard n’est pas connu pour sa fidélité : on sait ce qu’il est advenu de son amitié avec Truffaut, on se souvient de la déception d’Agnès Varda à la fin de Visages, villages. C’est ainsi. Mais Bourseiller, lui, n’abandonne pas Godard. En revoyant À bout de souffle, il tombe sur la séquence dans laquelle Jean-Pierre Melville est assailli par une meute de journalistes à la descente d’un avion. Melville incarne Jean Parvulesco, présenté comme un écrivain renommé. La scène est brève, mais chez Godard, il faut faire attention à tout. À tous les personnages notamment. Pas seulement à Michel Poiccard ou à Pierrot le fou, aux autres aussi, qui ne font que traverser l’écran. Dans Pierrot le fou, justement : on voit une vieille dame propriétaire d’un yacht qui se présente comme étant la princesse Aïcha Abadie et qui n’est autre que Berthe de Nyse, dont Paul Schneebeli raconta le tumultueux parcours lors du dernier Colloque des Invalides en 2016 : journaliste, poétesse, aérostière, comtesse, actrice, conférencière et, selon ses propres dires, princesse du Liban. Un personnage hors du commun, c’est certain, qui mourut à Nice en 1971 à l’âge respectable de quatre-vingt-quinze ans. Une parenthèse d’histoire locale maintenant : le vrai nom de Berthe de Nyse était Berthe Denise Veil. Son père était le journaliste et patron de presse Édouard-Amédée Veil, né à Épinal le 17 octobre 1845 au domicile de ses parents, rue Aubert. Rien à voir avec Simone Veil, bien sûr. Mais, effet du hasard objectif, un rapprochement intéressant : la meilleure amie de Simone Veil, Marceline Loridan, vécut une partie de son enfance rue des Minimes, à quelques pas de cette même rue Aubert. Bon, je m’égare, revenons au livre et et aux personnages secondaires chez Godard. Jean Parvulesco n’est pas une invention du cinéaste. C’est effectivement un écrivain, mais pas du genre à rassembler un bataillon de journalistes pour l’accueillir sur un tarmac. Au bout d’une quarantaine de pages, Christophe Bourseiller abandonne l’autobiographie pour partir à la découverte de Parvulesco. Un personnage qui, lui aussi, vaut le détour : figure de Saint-Germain-des-Prés, ami des cinéastes (Godard, donc, mais surtout Rohmer, il apparaît à plusieurs reprises dans la biographie d’Antoine de Baecque et Noël Herpe), écrivain maudit et perpétuellement fauché, complotiste avant l’heure, agent secret autoproclamé, féru d’ésotérisme, d’occultisme, de géopolitique abracadabrante, on peut le situer à mi-chemin entre Jack Thieuloy et Ernest Gengenbach. On ne sera d’ailleurs pas surpris de trouver parmi ses connaissances Raymond Abellio, que Gengenbach fréquenta également et rien ne dit que les deux zigotos ne se sont pas croisés – je rêve de trouver trace d’une telle rencontre. Tout ça pour dire que Parvulesco possédait tous les atouts pour intéresser Christophe Bourseiller dont on connaît le goût pour tout ce qui touche à la culture et à la politique underground des années 1960 et suivantes. Christophe Bourseiller fut un régulier du Colloque des Invalides où je l’ai souvent croisé, toujours surpris de constater qu’il avait gardé la même voix que dans le film d’Yves Robert. Il venait y parler de Debord et d’autres plus obscurs comme Peter Sotos, Alexander Trocchi ou Annie Sprinkle. Nul doute qu’il aurait donné dans ce cadre un beau portrait de Parvulesco et qu’à l’oral sa confusion entre l’inspecteur Clouseau et Henri-Georges Clouzot serait passée inaperçue.  

Christophe Bourseiller, XVIIe Colloque des Invalides, Paris (Seine), photo de l’auteur, 15 novembre 2013    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Les beaux titres de la presse locale, collection de l’auteur.  

Vosges Matin, 20 mai 2017 / L’Écho des Vosges, 16 novembre 2017    

SAMEDI.              

Films vus.

  • 16 ans ou presque (Tristan Séguéla, France, 2013)                               
  • 1001 pattes (A Bug’s Life, John Lasseter, É.-U., 1998)                               
  • Ma famille et le loup (Adrià Garcia, France – Belgique, 2019)                               
  • Mean streets – Les Rues chaudes (Mean Streets, Martin Scorsese, É.-U., 1973)                               
  • Radioactive (Marjane Satrapi, R.-U. – France – É.-U. – Chine – Hongrie, 2019)                               
  • Les Commitments (The Commitments, Alan Parker, Irlande – R.-U. – É.-U., 1991)                               
  • Arrête ton char… bidasse ! (Michel Gérard, France – R.F.A., 1977).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Paris (Seine), boulevard Pasteur, photo de Danielle Constantin, 11 décembre 2011

Tours (Indre-et-Loire), photo de Yannick Séité, 5 octobre 2017                

Poil et pellicule.  

Moonrise Kingdom (Wes Anderson, É.-U., 2012)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

18 avril 2021 – 925

MERCREDI.                  

Éphéméride.Lundi 14 avril 1969  

Nous sommes à Saincy depuis samedi midi. Il est agréable d’être à la campagne, à peu près à l’abri du téléphone et des affaires. Grande maison, ancienne ferme, bien équipée à l’intérieur : beaucoup de livres, des objets pittoresques, une crasse généralisée (poussière essentiellement). On tâche de se reposer.” (Jean-Patrick Manchette, Journal 1966-1974)                    

Lecture. Stoner (John Williams, The Viking Press, 1965 pour l’édition originale, Le Dilettante, 2011 pour la traduction française, traduit de l’américain par Anna Gavalda; 384 p., 25 €).                               

Écrivain rare (deux recueils de poèmes et quatre romans), John Williams illustre avec Stoner l’histoire connue des vieux pots et des meilleures soupes. Rien de neuf, rien d’audacieux, rien de révolutionnaire en effet dans cette histoire qui suit la vie d’un professeur d’université de l’enfance à la tombe. L’analyse psychologique fouillée des personnages et les ressorts romanesques datent du XIXe siècle (l’homme épouse une femme qui bovaryse, s’aperçoit qu’il s’est trompé d’histoire d’amour et finit à peu près seul), le cadre est un lieu commun du roman américain (le roman de campus, nourri des rivalités entre collègues et des relations interdites entre professeurs et étudiantes), la dimension historique, autre point de passage obligé, est convoquée (Stoner connaît deux guerres mondiales et la crise de 1929). Ce pourrait donc être un roman banal, un peu fade, mais l’auteur réussit à lui donner une dimension qui dépasse celle de ses modèles par la personnalité de son héros, ce professeur qui s’aperçoit au soir de sa vie que rien n’est plus beau que d’apprendre et faire apprendre, et par un style ample que la traduction d’Anna Gavalda réussit à reproduire malgré quelques scories qu’un correcteur plus avisé aurait facilement repérées. On apprend, en lisant sa notice biographique, que John Williams enseignait l’écriture créative à l’université de Denver. Apparemment, il savait de quoi il parlait.    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rues chaudes.  

  Portbail (Manche), photo de Dominique Renaux, 23 juin 2019

Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir), photo de Christophe Hubert, 6 août 2020                    

Lecture. Le Journal de mon père (Chichi no koyomi, Jirô Taniguchi, 1994 pour l’édition originale, Casterman, 1999-2000 pour la traduction française, rééd. coll. écritures, 2016, traduit du japonais par Marie-Françoise Monthiers; 280 p., 19,95 €).                                

Paru cinq ans avant Quartier lointain, Le Journal de mon père fonctionne selon le même schéma et aborde les mêmes thèmes : un homme est amené à retourner dans la ville où il a passé son enfance, retour qui entraîne une plongée dans ses souvenirs familiaux. Les situations sont assez différentes d’un livre à l’autre pour qu’on n’essaie pas d’y trouver des implications autobiographiques mais on voit bien ce qui préoccupe Taniguchi : la peur de la séparation, de la mort, d’une vie incomplète. Il ne s’agit pas, dans les deux livres, d’une nostalgie de l’enfance heureuse, les souvenirs évoqués sont plutôt douloureux et les visages dessinés sont rarement souriants. Il s’agit plutôt d’un constat d’échec, l’enfance étant le moment où il était possible d’orienter les choses dans un sens différent, ce qui n’a pas été possible faute d’avoir compris ce que cachent les adultes, leur amour principalement. Les histoires de Taniguchi montrent des hommes qui, à la fin de leur parcours, acceptent de vivre avec cet échec et abordent un nouveau tournant de leur vie. Le constat est amer, douloureux, mais non dénué d’espoir, ce qui donne des livres très attachants, beaux et tristes.     

SAMEDI.              

Films vus.

  • Lucky (Olivier Van Hoofstadt, France, 2020)                               
  • Le Retour des bidasses en folie (Michel Vocoret, France, 1983)                               
  • Dark Waters (Todd Haynes, É.-U., 2019)                               
  • Nous nous sommes tant aimés (C’eravamo tanto amati, Italie, 1974)                               
  • The Tourist (Florian Henckel von Donnersmarck, É.-U. – France – Italie – R.-U., 2010)                               
  • Pour un garçon (About a Boy, Chris & Paul Weisz, R.-U. – É.-U. – France – Allemagne, 2002)                               
  • A Ghost Story (David Lowery, É.-U., 2017).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Paris (Seine), rue Henry-Monnier, photo de Clotilde Eav, 8 décembre 2011                

Poil et pellicule.                                                                                                                     

Rock’n Roll (Guillaume Canet, France, 2017)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION

11 avril 2021 – 924

DIMANCHE.                   

Lecture. Poèmes inachevés (Raymond Roussel, in “Œuvres” I, Pauvert, 1994; 396 p., 25,40 €).                                 

Il s’agit sans doute, nous dit Annie Le Brun dans sa présentation, des poèmes les plus anciens issus de la plume de Raymond Roussel. On les découvre ici dans une édition diplomatique qui reproduit les notes, ratures et repentirs de l’auteur et qui permet de confirmer ce que l’on sait de sa technique d’écriture : les rimes figurent sous forme de listes à droite de la page et précèdent la composition des vers qui ne sont, pour aller vite, qu’une sorte de remplissage. On notera le côté scrupuleux de cette édition, qui va jusqu’à inclure les pages blanches figurant dans la liasse de feuillets sur lesquels apparaissent ces deux poèmes retrouvés.    

LUNDI.           

Vie professionnelle. C’est reparti pour un tour d’enseignement à distance. Pas question, cette fois, de se mettre la rate au court-bouillon, ce sera moderato cantabile. Les leçons de l’année passée ont été retenues : on sait comment ça marche, ou plutôt comment ça ne marche pas. La période précédente avait fortement endommagé le mur que j’avais patiemment construit pour séparer ma vie d’ici de ma vie là-bas, j’ai mis beaucoup de temps à le relever et n’ai pas envie de le voir s’effriter à nouveau.    

MERCREDI.                  

Éphéméride. À Edmond Deman  

“Paris[, mardi] 7 avril 1891.  

Mon cher ami,  

Nous allons, n’est-ce pas ? durant quelques jours, puisqu’il s’agit d’établir cette édition des Vers, nous faire mutuellement part de nos réflexions, au hazard et par notes jetées. Tout réfléchi, je crois qu’il n’y a pas lieu de recommencer une publication du manuscrit, cela se passe une fois à titre d’exception, mais le vers y perd. Le vers n’est très beau que dans un caractère impersonnel, c’est-à-dire typographique : sauf bien entendu à faire graver si l’on veut donner à l’édition quelque chose d’immuable et de monumental. C’était, je crois, votre impression quand vous parlâtes de gravure autrefois, et, me semble-t-il, la vraie. Trouver un des beaux types romains qui soient et faire graver (je dis romain, le vers m’y semble plus définitif que dans l’italique laquelle se rapproche encore de l’écriture.” (Stéphane Mallarmé, Correspondance choisie)    

JEUDI.          

Lecture. Décapage n° 61 (Flammarion, automne-hiver 2019; 172 p., 16 €).                        

“J’écris mais j’aime mon boulot”            

Vie littéraire. C’est aujourd’hui que sortent les Carnets de notes 2016-2020 de Pierre Bergounioux. Grand jour pour les bergouniaques anonymes et déclarés, j’en suis, qui savent qu’il n’y en aura pas jusqu’en 2050, le bonhomme prend de l’âge. Il a fallu attendre cinq ans mais ne nous plaignons pas, pour les premiers volumes, c’était dix. Bientôt vont arriver les premiers comptes rendus de ceux qui dévorent la chose dès sa sortie des presses, je ne les lirai pas, je ne veux pas gâter le plaisir de la découverte. Le livre est là, la brique jonquille de chez Verdier entre mille reconnaissable. Et je ne sais qu’en faire. Me lancer dedans en continu, comme je l’ai fait pour les premiers Carnets et en sortir tout autant étourdi ? Le déguster en tranches, comme le précédent, pour mieux le savourer ? Fondre directement et narcissiquement sur les pages précédemment livrées à la NRf pour voir si Bergou a conservé le passage où il est question d’un “garçon d’Épinal” que je connais bien ? Attendre le séjour en Creuse, pays limitrophe de sa Corrèze natale, pour le lire l’esprit dégagé de toutes contraintes ? Le ranger, et ne pas le lire ? J’opte pour la dernière solution. Pas touche, trop précieux, on verra plus tard.    

VENDREDI.                  

Lecture. Revue des Deux Mondes, octobre 2019 (184 p., 18 €).                                

“L’esprit français”                                 

Fenêtre sur cour et autres nouvelles (William Irish, Presses de la Cité, coll. Omnibus, vol. « Nuit noire », 1994, d’après la traduction de Madeleine Œuvrard; 948 p., 135 F).                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Rayonnement capital sous divers formats.  

  Lyon (Rhône), photo de l’auteur, 26 décembre 2018

Nicosie (Chypre), photo de Pierre Cohen-Hadria, 22 septembre 2017    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Bluebird (A Bluebird in My Heart, Jérémie Guez, Belgique – France, 2018)                               
  • La Comtesse noire (Jesús Franco, France – Belgique, 1973)                               
  • De Gaulle (Gabriel Le Bomin, France, 2020)                               
  • Calculs meurtriers (Murder by Numbers, Barbet Schroeder, É.-U., 2002)                               
  • De l’or en barres (The Lavender Hill Mob, Charles Crichton, R.-U., 1951)                               
  • Adieu ma belle (Murder, My Sweet, Edward Dmytryk, É.-U., 1944)                               
  • Madame Claude (Sylvie Verheyde, France, 2021).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Digne-les-Bains (Basses-Alpes), photo de Rémi Schulz, 6 décembre 2011

Paris (Seine), rue Paul-Louis-Courier, photo de l’auteur, 28 octobre 2016                

Poil et plume. “Ou, vers deux heures, je vais chercher Creezy chez son coiffeur. J’assiste au finish, au dernier coup de ciseaux, de peigne, de laque, le coiffeur qui recule, qui a encore un dernier regard pour son œuvre puis qui s’en va, assez simple pour ne pas attendre l’ovation. J’entre dans cet univers bruissant, agité, imperturbable où chacun, le coiffeur, le couturier, la femme-colonel, se prend pour Napoléon, tous les trois le même mouvement, le buste rejeté en arrière, le regard cligné, la patte levée. Nous allons déjeuner.” (Félicien Marceau, Creezy)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

4 avril 2021 – 923

MARDI.          

Lecture. Histoires fascinantes (A Choice of Evils,Collectif, Davis Publications, 1983 pour l’édition originale, Pocket n° 4396, 1995 pour la traduction française, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F).                         

Nouvelles.                        

La meilleure nouvelle de ce recueil est signée William Link et Richard Levinson, et Jacques Baudou nous apprend ce qu’il appelle “sa singulière destinée” : Elle donnera naissance en trois étapes (une dramatique TV, une pièce de théâtre, un pilote de série TV) à l’un des plus célèbres personnages de la télévision américaine : le lieutenant Columbo.” Le côté étrange de la chose tient au fait qu’on ne trouve aucun personnage d’enquêteur dans cette histoire…    

MERCREDI.                  

Éphéméride. “Mardi 31 mars [1942]  

Réveil extrêmement maussade. Pas un mot de Mariette. Je m’irrite. Coup de téléphone de G[eneviève] C*. rendez-vous à 12h30 à l’Orangerie (Porte de Versailles). Travaillé. Fait les comptes rendus de Le Chapurakan, À l’ombre de l’usine, La personne France, Le boiteux de la rue St-Marc. Allé à Comœdia. Vu Masclary, Arland et Lemoine. Je réclame, à leur surprise, le bouquin de Jean d’Agraives. Masc[lary] : [“] À une condition, c’est que vous ne l’éreinterez pas. – Mais pas du tout. Je veux en dire beaucoup de bien.” Arland : “Ça n’est pas une blague ?” (Jacques Lemarchand, Journal 1942-1944)

Lecture. Xavier Dupont de Ligonnès (Pierre Boisson, Maxime Chamoux, Sylvain Gouverneur, Thibault Raisse, so lonely., 2020; 190 p., 15,90 €).                                

Ce fut le grand succès de l’été : deux numéros du magazine Society consacrés aux meurtres et à la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès, 400 000 exemplaires vendus, dit-on, tirage épuisé bien sûr. Coupant l’herbe sous le pied des petits malins qui comptaient vendre leurs exemplaires à prix d’or sur Amazon ou ailleurs, les responsables du magazine en ont fait rapidement un volume présentant l’enquête dans son intégralité. C’est du beau boulot, un travail complet et sérieux – pas de spéculations, rien que les faits – qui montre ce dont sont capables les journalistes quand on leur donne du temps (quatre ans d’enquête tout de même) et de l’espace. On se prend à regretter, en lisant cela, les articles fleuves que publiait jadis Rolling Stone et à se dire qu’il n’y a plus guère de place dans la presse d’aujourd’hui pour des travaux de cette ampleur. Plus guère mais il en reste, on peut encore en lire dans Le Monde diplomatique et dans certaines enquêtes du Monde en plusieurs volets. Il faut dire qu’avec une affaire aussi énigmatique que celle de Ligonnès, les auteurs jouent sur du velours et le public ne peut que suivre. Encore faut-il avoir du talent, ce qui est le cas ici.    

JEUDI.          

Vie inclusive. Premier jour du mois d’avril·elle.            

Brèves de vitrine.  

VENDREDI.                  

En feuilletant Livres Hebdo. Michel Giard, Bréviaire de la brouette, Éditions de Borée, 2021; 118 p., 7,90 €. “Le parcours de la brouette au fil des siècles. Son origine et son évolution sont racontées au travers d’anecdotes, de documents anciens, de photographies, de cartes postales et de dessins.” La brouette. Je dois avoir quelque chose sur le sujet en rayon. Effectivement, au bout de quelques recherches, je retrouve, rangés dans la section “Fous littéraires”, les Actes du Colloque brouettiste qui s’est tenu à Limoges le 1er avril 2010, et au sommaire duquel j’ai le plaisir de trouver les noms de deux notuliens. La brouette est en effet liée à la littérature depuis les Causeries brouettiques du marquis de Camarasa, livre total sur le sujet paru en 1925, recensé dans le Blavier et étudié dans le n° 3 des défunts Cahiers du défunt Institut International de Recherches et d’Explorations sur les Fous Littéraires. Voir ce glorieux véhicule revenir, au son de sa roue grinçante, dans l’actualité éditoriale est plutôt réjouissant.                    

Lecture. La Police des fleurs, des arbres et des forêts (Romain Puértolas, Albin Michel, 2019, rééd. Librairie Générale française, coll. Le Livre de poche n° 35846, 2020; 320  p., 7,70 €).                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Orthographe et confinement.  

  Épinal (Vosges), 6 avril & 9 juin 2020, photos de l’auteur    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Khroustaliov, ma voiture ! (Khrustalyov, mashinu !, Aleksei Guerman, Russie – France, 1998)                               
  • I Care a Lot (J Blakeson, R.-U. – É.-U., 2020)                               
  • Holmes & Watson (Ethan Cohen, É.-U. – Canada, 2018)                               
  • La 317ème Section (Pierre Schoendoerffer, France – Espagne, 1965)                               
  • Le Défi du champion (Il campione, Leonardo D’Agostini, Italie, 2019)                               
  • La Ronde (Roger Vadim, France – Italie, 1964).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 29 novembre 2011                

Poil et pellicule.  

Planétarium (Planetarium, Rebecca Zlotowski, France – Belgique, 2016)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

28 mars 2021 – 922

LUNDI.           

Vie scolaire. Dans son édition d’hier, Libération fait le compte des effets du COVID sur l’ouverture des établissements scolaires européens. Où il appert que la France a bouclé ses écoles pendant 68 jours, loin derrière la République tchèque où l’on en est à 255 journées de fermeture. Ça donne des envies de mutation.    

MARDI.            

En feuilletant Livres Hebdo. Sylvie Tenenbaum, L’Hypnose éricksonienne : un sommeil qui éveille, InterÉditions, 2021; 256 p., 26 €. Là, on n’est pas loin de La Lumière qui éteint de Pierre Dac et Francis Blanche.    

MERCREDI.                  

Éphéméride. 24 mars [1932]  

Retour de Griaule, qui n’a pas reçu de réponse définitive. Payement de la caution (finalement moins élevée que nous ne pensions) et départ. En repartant, coup d’œil au cimetière, que j’avais déjà aperçu. Deux tombes d’hommes (officiers tués un peu avant la guerre, lors de l’occupation militaire de la région), une tombe portant la mention “Charlotte” (tombe d’une petite fille métisse). Il ne reste plus grand-chose, nous a-t-on dit, dans ces sépultures, tout au plus un bras ou une main; il n’y a pas si longtemps que les habitants du pays, aujourd’hui aimables catholiques, maintenaient haut le drapeau des vieilles coutumes : ainsi que d’autres mangent la grenouille, ils ont mangé le cimetière.” (Michel Leiris, L’Afrique fantôme)                    

Lecture. Aline (Charles Ferdinand Ramuz, Librairie académique Didier, Perrin et Cie, 1905, rééd. in “Romans I”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 517, 2005; 1764 p., 61 €).                                

“Elles étaient là rien que les deux. La cuisine avait quatre murs et une petite fenêtre. Il faisait triste. Elles ne parlaient pas.” Tout Ramuz est là, dans cette scène entre Aline et sa mère : économie de moyens, économie de mots, économie d’effets pour un résultat saisissant. Comme un tableau d’art naïf, comme une page échappée d’un livre de Charles-Louis Philippe (« Ce qui frappait tout d’abord dans la maison de Charles Blanchard, c’était tout ce qui ne s’y trouvait pas”). Dans Aline, il ne se passe pas grand-chose, “on naît, on vit, on trépasse” comme disait Audiard – et c’est magnifique.    

VENDREDI.                  

Lecture. Histoires littéraires n° 77 (Du Lérot éditeur, janvier-février-mars 2019; 208 p., 25 €).

Raymond Roussel – Le Chat Noir – André Breton – Jean Paulhan – Claire Paulhan – Édouard Dentu – Laurent Tailhade – Jean Lorrain – Fernand Fleuret.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. La vue, c’est la vie.  

  Paris (Seine), boulevard Pasteur, photo de Jean-Damien Poncet, 3 avril 2017

idem, rue de la Convention, photo de Pierre Cohen-Hadria, 22 septembre 2016    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Pieces of a Woman (Kornél Mundruczó, Canada – Hongrie – É.-U., 2020)                               
  • Chine, ma douleur (Niu-Peng, Dai Sijie, Chine – France – R.F.A., 1989)                               
  • Le Prince oublié (Michel Hazanavicius, France – Belgique, 2020)                               
  • Marathon Man (John Schlesinger, É.-U., 1976)                               
  • Une belle équipe (Mohamed Hamidi, France, 2019)                               
  • Le Tailleur de Panama (The Tailor of Panama, John Boorman, É.-U., Irlande, 2001)                               
  • Le Lion (Ludovic Colbeau-Justin, France – Belgique, 2020).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 29 novembre 2011                

Poil et plume. “Une enseigne de la rue San Dalmazzo, là où il y avait le restaurant Canelli, refait surface, symbole de la consumation d’un morceau de bois peint : Travaux en cheveux, c’était marqué au-dessous, et dans la vitrine pas plus large qu’un piège à renards, derrière un voile de poussière, trônait, tragique, le buste scié d’une femme qu’une perruque rougeâtre protégeait d’une calvitie honteuse.” (Guido Ceronetti, Petit enfer de Turin)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

21 mars 2021 – 921

DIMANCHE.                    

Lecture. Watership Down (Richard Adams, Rex Collins Ltd, 1972 pour l’édition originale, Flammarion, 1976 pour la traduction française, traduit de l‘anglais par Pierre Clinquart, rééd. Monsieur Toussaint Louverture, coll. Les grands animaux, 2020; 544 p., 12,50 €).                                  

Une colonie de lapins est chassée de sa garenne par ce qu’on appellerait aujourd’hui l’artificialisation des sols et s’installe, au bout d’un périple mouvementé, à Watership Down. En adoptant le point de vue des lapins et en s’effaçant derrière eux, Richard Adams crée un monde fascinant qui a valu à son récit un succès retentissant. Le travail est considérable : il faut inventer des personnages crédibles possédant diverses mentalités et personnalités, inventer un langage, une mythologie, une société. Et imaginer une aventure qui prend la forme d’une odyssée permettant au groupe central de visiter d’autres colonies régies par d’autres lois sociales, un peu comme dans un conte philosophique du XVIIIe siècle. L’épopée est riche en figures de héros, en combats, en conquêtes, en rebondissements – ce qui est bien le moins pour une histoire de lapins – et le lecteur est de suite happé par cet univers déroutant. Le problème est que les péripéties deviennent au bout d’un moment lassantes par leur côté répétitif et par l’absence d’un style personnel. L’écriture de Richard Adams est plate, sans véritable saveur, sauf pour certains passages descriptifs consacrés à la nature et pour un bel épilogue. N’empêche que le livre vaut le détour, surtout dans la belle présentation de Monsieur Toussaint Louverture, qui est l’éditeur le plus poli de la place.

MERCREDI.                  

Éphéméride. Dimanche 17 mars. – À me rappeler aussi son invitation à déjeuner, quand elle est venue me la faire au Mercure : “Vous ne le regretterez pas.” Je le lui ai rappelé, samedi soir. Elle n’a rien répondu.” (Paul Léautaud, Journal particulier 1935)

JEUDI.          

En feuilletant Livres Hebdo. Michel de La Teigne, Banquette de veaux : journal de bord d’un taxi parisien, Les éditions Rouquemoute, 2021; 196 p., 20 €. Ce que c’est que l’amour du client.    

VENDREDI.                  

Lecture. Incendie nocturne (The Night Fire, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2019 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2020 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 486 p., 21,90 €).                                

On parlait l’autre soir au Masque et la Plume, à propos du dernier livre de Delphine de Vigan, de l’émergence d’un nouveau genre littéraire, le “roman Netflix”. Le roman Netflix, d’après Frédéric Beigbeder, s’empare d’un sujet de société (la mise en scène des enfants sur les réseaux sociaux pour Delphine de Vigan) et propose une intrigue mouvementée sur ledit sujet sans aucune préoccupation de forme ou de style. À ce compte-là, ça fait vingt-cinq ans que Michael Connelly fait des romans Netflix sans le savoir, tous sur le même sujet de société, à savoir la violence urbaine. On souhaite à Delphine de Vigan de lui arriver ne serait-ce qu’à la cheville.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Raccourcis vers la tombe.  

  Sainte-Gauburge (Orne), photo de Christophe Hubert, 25 mars 2017

Argonay (Haute-Savoie), photo de Laurent Lagarde, 18 avril 2014    

SAMEDI.             

Films vus.

  • Le Journal d’une femme de chambre (Luis Buñuel, France – Italie, 1964)                              
  • Les Combattants (Thomas Cailley, France, 2014)                              
  • Palm Springs (Max Barbakow, É.-U. – Hong Kong, 2020)                              
  • Cherchez l’idole (Michel Boisrond, France – Italie, 1964)                              
  • L’Esprit s’amuse (Blithe Spirit, David Lean, R.-U., 1945)                              
  • Contrebande (Contraband, Baltasar Kormákur, É.-U. – R.-U. – France, 2012).                              
  • Scandale (Bombshell, Jay Roach, Canada – É.-U., 2019).               

L’Invent’Hair perd ses poils.  

   Paris (Seine), rue de la Butte-aux-Cailles, photo de Pierre Cohen-Hadria, 22 novembre 2011

Reus (Espagne), photo de Bernard Cattin, 31 août 2018       

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 janvier 2020. 104 km. (38 261 km).  

235 habitants   

L’obélisque de pierre grise se tient sur le parvis de l’église. Il est orné sur ses quatre faces de bas-reliefs représentant des canons entrecroisés, un casque surmonté d’un lion, une fleur, une paire d’ailes. Au sol, du gravier, des plots reliés par une chaîne et une composition de branches de sapin.  

  Aux enfants de

St Remimont

Morts pour la France

1914-1918

La commune reconnaissante     

Droite :  

Aimé THIRION septembre 1915

Émile ZIMMERMANN AIL 1916

Jules GRANDMER décembre 1916

Émile DORGET décembre 1918     

Dos :  

Nestor RICHARDOT août 1914

Fernand VOILQUÉ septembre 1914

Abel MOUGEL janvier 1915

Charles TÊTELARD février 1915     

Gauche :  

Barthélémy FAUTAIRE août 1914

Jules MOUGEL novembre 1914

Aimé VERGNAT août 1914               

Poil et pellicule.  

Le Fanfaron (Il sorpasso, Dino Risi, Italie, 1962)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

14 mars 2021 – 920

MARDI.            

Lecture. Je ne suis plus inquiet (Scali Delpeyrat, Actes Sud – Papiers, coll. Au singulier, 2020; 72 p., 13,50 €).

Obituaire. On ne dira pas ici que G. était l’homme le plus avenant de la Terre. L’air revêche, la mine renfrognée, je ne sais pas s’il a dit quatre fois les deux syllabes du mot bonjour dans toute sa vie. Il faut dire qu’on ne le voyait qu’au boulot et que le sien n’était pas du genre poilant : il faisait le ménage dans les salles, lavait les gamelles à la cantine, ce genre de choses. Et il faisait ça depuis un sacré bout de temps puisqu’il devait être, avec moi, un des plus anciens dans la place. Au bout de vingt ans et plus, je connaissais l’oiseau, j’arrivais à échanger avec lui quelques mots. Un peu plus quand on se retrouvait sur le quai de la gare à attendre le même dur, alors on partageait des cigarettes, on parlait de notre prochaine levée d’écrou. Je ne sais pas ce qu’il vivait à l’extérieur du collège mais ça ne devait pas être bien rose après un mariage à vau-l’eau, un fils qui l’ignorait, des événements qui ne font pas de vous un coach en développement personnel. À la fin de l’automne dernier, G. a commencé à aller moins bien, ça se voyait, il a fallu le pousser au cul pour qu’il aille voir un médecin du travail. Les examens ont montré qu’il n’avait plus grand-chose chose de sain sous la carcasse, on l’a envoyé directement à l’hôpital, il y est entré début décembre. Pas de visite possible en ce moment bien sûr, j’ai essayé pendant les vacances de lui faire parvenir un message de réconfort par l’intermédiaire de quelqu’un qui travaille là-haut mais trop tard. G. est mort le 27 février, je l’ai appris hier matin par ses collègues du balai. Il n’y a pas eu d’avis dans la presse locale, et puis G. n’était pas du genre à susciter des messages éplorés sur les réseaux qu’on dit sociaux. Il a fallu insister auprès de l’administration pour qu’un message soit affiché sur le tableau de la salle des professeurs mais enfin, ce soir c’est fait, il y a même une carte de condoléances destinée à ce qui reste de sa famille. Sans ça, le type, qui avait nettoyé la crasse des autres pendant vingt-cinq ans, partait sans qu’on lui dise salut, merci ou merde. Ce n’est quand même pas parce qu’il ne disait guère bonjour qu’on ne devait pas lui dire au revoir.    

MERCREDI.                  

Éphéméride. “Paris. Dimanche. 10. III [1935].   Mauvaise demi-journée; mieux dans l’après-midi. Sortis tous 3 (et Grandmuseau) vers 6 1/2, ma troppo tardi già per andare da Dott. V. Nous sommes donc allés dîner dans le quartier de l’Opéra, et avons fini la soirée dans un cinématographe.” (Valery Larbaud, Journal)    

JEUDI.          

Bougies. Vingt ans de notules. Bigre.    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Métiers reposants, photos de l’auteur.

  Felletin (Creuse), 5 août 2016

Montbéliard (Doubs), 26 janvier 2020  

SAMEDI.             

Films vus.

  • L’État sauvage (David Perrault, France – Canada – Belgique, 2019)                              
  • Le Grondement de la montagne (Yama no oto, Mikio Naruse, Japon, 1954)                              
  • La Vérité (Hirokazu Kore-Eda, France – Japon – Suisse, 2019)                              
  • Sans identité (Unknown, Jaume Collet-Serra, R.-U. – Allemagne – France – É.-U., 2011)                              
  • #jesuislà (Éric Lartigau, France – Belgique, 2019)                              
  • Jeux d’enfants (Yann Samuell, France – Belgique, 2003)                              
  • Angel (François Ozon, R.-U. – Belgique – France, 2007).               

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Aire-sur-l’Adour (Landes), photo de François Bougnet, 9 novembre 2011

Neuchâtel (Suisse), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 30 octobre 2013               

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 22 décembre 2019. 100 km. (38 157 km).  

76 habitants   

Au-dessus des marches qui mènent à l’église, le monument de granit gris est surmonté d’une Croix de Guerre et orné d’une palme métallique. À ses pieds, une gerbe défraîchie ornée d’un ruban tricolore, en provenance de chez “Si joliment dit”, à Châtenois. Les noms figurent sur la face gauche, ceux du sommet sont illisibles, la dorure a disparu.  

Guerre 1914-1918

Saint-Prancher

À ses morts glorieux  

1870-71  

?

? Théophile  

1914-1918  

NICOLAS ?

?

? Georges

JACQUOT Eugène

VOITOT Victor

PRIAN ?

FROMENT Louis

POIROT Pierre

BROCHERT Théophile

MALGRAS Joseph               

Poil et pellicule.  

Jour J (Reem Kherici, France, 2017)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION

7 mars 2021 – 919

MARDI.            

Devoirs de vacances.

Je boucle et envoie une préface destinée à un recueil de nouvelles policières pour lequel j’ai été sollicité.

MERCREDI.                  

Éphéméride.3 mars [1912] – Ensuite promenade avec Ottla, Mlle Taussig, les époux Baum et Pick, pont Élisabeth, le quai, la Kleinseite, café Radetzky, Pont de pierre, Karlgasse. Il me restait tout juste une chance de bonne humeur, de sorte qu’il n’y eut pas grand-chose à relever contre moi.” (Franz Kafka, Journaux)

Lecture. Revue des Deux Mondes, juillet-août 2019 (192 p., 18 €).                                

Rire, politique et populisme.                                 

Le Jardin des supplices (Octave Mirbeau, Fasquelle, 1899, rééd. in “Le Jardin des supplices et autres romans”, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2020; 1408 p., 32 €).                               

Ce quatrième roman de Mirbeau arrive au bout d’une longue période au cours de laquelle l’auteur s’est consacré au journalisme. C’est d’ailleurs à partir de divers textes parus dans la presse qu’il bâtit son récit, sans parvenir à en faire oublier le côté disparate. Les parties successives, une discussion de salon, un voyage en mer et une visite aux geôles chinoises, ne sont reliées que par l’identité du personnage principal et ne donnent pas lieu à une progression de l’une à l’autre. Les deux premières sont les plus intéressantes car on y trouve le Mirbeau polémiste, anarchiste, qui pourfend avec une ironie féroce l’arrivisme politique et le colonialisme. Le troisième volet, qui donne son titre au roman, est nettement moins digeste. C’est une longue description d’une prison et des tortures qu’on y inflige, qui fait la part belle à l’horreur et au sadisme. L’écriture fin-de-siècle avec ses afféteries lexicales et stylistiques s’y déploie dans tous ses excès, lasse rapidement et ne donne à ce livre qu’une valeur de curiosité un peu pesante.     

JEUDI.          

Brèves de trottoir. Le café d’en face à qui je livrais ces brèves hebdomadaires est fermé, on sait pourquoi. Les brèves de trottoir sont donc devenues, sur un rythme moins soutenu, des brèves de vitrine, mais le but est resté le même : consterner le passant.  

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Lunettes urbaines, modèle octogonal.  

  Dijon (Côte-d’Or), 27 août 2019, photo de l’auteur

Troyes (Aube), 26 octobre 2019, photo du même    

SAMEDI.              

Lecture. L’Assassinat du Père Noël (Pierre Véry, Gallimard, 1934, rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 2, Librairie des Champs-Élysées, 1994; 980 p., s.p.m.).                

Films vus.

  • La Mission (News of the World, Paul Greengrass, É.-U. – Chine, 2020)                               
  • Selfie (Tristan Aurouet, Thomas Bidegain, Marc Fitoussi, Cyril Gelblat, Vianney Lebesque, France, 2019)  
  • Cruising – La Chasse (Cruising, William Friedkin, É.-U. – R.F.A., 1980)                               
  • 10 jours sans maman (Ludovic Bernard, France, 2020)                               
  • Arsène Lupin (Jean-Paul Salomé, France – Italie – Espagne – R.-U., 2004)                               
  • Bienvenue chez les Malawas (James Huth, France – Belgique, 2019)                               
  • L’Inconnue de Hong Kong (Jacques Poitrenaud, France, 1963).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Charleville-Mézières (Ardennes), photo de Joachim Séné, 11 août 2011

idem, photo de Francis Pierre, 8 juillet 2019                

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 8 décembre 2019. 75 km. (38 057 km).  

162 habitants   

Le monument se dresse au carrefour qui fait face à l’église, au milieu d’un carré délimité par une grille métallique à portillon. La gerbe du 11 novembre est toujours là, dans sa cellophane, maintenue au sol par un gros moellon. Deux drapeaux français et un drapeau européen sont fichés dans un support au sommet de l’obélisque. Les inscriptions figurent sur des médaillons de marbre de forme ovale.  

  La commune

de ST. Pierremont

À ses enfants

Morts pour la France     

Gauche :  

1914-1918  

JACQUOT Adrien

LARGENTIER Christophe

MICHAUX Jules

DUPAYS Charles

CHERRIER Jules

MARCOT Ferdinand

DUBAS Joseph

JACQUOT Jules     

Droite :  

1914-1918  

Victimes civiles  

ALLAIN Émile

VILLAUME Marie Femme Allain

LEVASSEUR Pierre-Étienne

PETITJEAN Sébastien

LARGENTIER Jean-Baptiste  

Poil et plume. “Vous voulez une coupe, quoi ?   

– Vous me rasez, je vous dis, mais toute la tête. Je veux pas me faire couper les cheveux, je veux avoir le caillou lisse comme le bout de mon nez.   

Il regardait le bout de mon nez avec des yeux ronds, come si ça allait lui faire mieux comprendre.   

– Mais si vous voulez que je vous rase la tête, il va d’abord falloir que je vous coupe les cheveux bien court, et après seulement je pourrai vous raser.” (John Irving, Liberté pour les ours)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

28 février 2021 – 918

MARDI.            

Obituaire. Bon sang, ça n’a pas traîné. La semaine dernière, je publiais ma liste du Couic Parade. J’apprends ce soir la mort d’un de ses membres, Lawrence Ferlinghetti, poète de la Beat Generation. Autour de moi, on dit qu’à ce train-là je risque d’avoir des ennuis avec la police. Je clame mon innocence. Je n’y suis pour rien, je n’ai jamais approché Ferlinghetti. Encore que… Nous avons un lieu en commun : Shakespeare and Company, la librairie parisienne de son ami George Whitman, à qui il rendait parfois visite et que j’avais eu la chance de voir derrière son comptoir quelques années avant sa mort. Ferlinghetti avait 101 ans, Whitman, petit joueur, 98.    

MERCREDI.                    

Éphéméride. À Claud W. Sykes (Carte postale)  

[cachet de la poste : 24 février 1920]                                                     “Via Sanita 2, III, Trieste.  

L’épisode de “Nausicaa” a été envoyé à Budgen [il y a] trois semaines mais je ne sais pas s’il est bien arrivé. Son adresse est : be Frei, Forchstrasse, 168. Veuillez le lui demander et me le renvoyer en recommandé après l’avoir lu. J’avais organisé les choses ainsi avant de quitter Zurich. […] Le gouvernement des États-Unis a brûlé tout le dernier tirage de la Little Review et menace de suspendre sa licence si la publication d’Ulysse continue. Traduction suédoise du Portrait et italienne des Exilés le mois prochain. Je travaille aux “Bœufs du soleil”. Conditions très défavorables ici. […]” (James Joyce, Choix de lettres)                     

Lecture. Au royaume des glaces : L’Impossible Voyage de La Jeannette (In the Kingdom of Ice, Hampton Sides, 2014, Paulsen, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Sophie Aslanides; 512 p., 24,90 €).

Chaque hiver, un récit d’aventures polaires, c’est ma dose. En général, je me fournis chez Paulsen, l’éditeur qui ne met jamais le chauffage, et je lis ça sur les quais de de gare battus par les vents, ça me réchauffe. Au royaume des glaces fait partie de ce que j’ai lu de meilleur dans le genre. L’aventure commence en 1878, quand un magnat de la presse américaine décide d’envoyer une expédition à la découverte du pôle Nord. À cette époque, on croit encore à l’existence d’une mer libre autour du pôle, accessible après s’être frayé un chemin à travers les glaces. On pense donc la chose réalisable par bateau. Le capitaine De Long s’embarque avec une trentaine de marins sur La Jeannette, traverse le détroit de Béring et se trouve rapidement bloqué par la banquise. Après cet hivernage forcé, le bateau finit par couler et l’équipage se répartit sur trois canots pour rebrousser chemin vers le sud. L’un coulera, les deux autres atteindront séparément le delta de la Lena, en Sibérie du Nord. Une dizaine d’hommes seront sauvés, les autres périront de froid et de faim après avoir bouffé jusqu’au cuir de leurs bottes. Pour raconter cette aventure, Hampton Sides prend son temps : le financement de l’opération, les préparatifs de l’expédition, le portrait de ses membres, tout cela occupe un bon tiers du livre et on a hâte d’entrer dans le vif du sujet. Mais une fois qu’on y est, c’est époustouflant. En mêlant habilement à sa propre narration les extraits de journaux de bord, les récits faits par les survivants et la correspondance retrouvée entre De Long et sa femme, l’auteur construit un récit haletant qui possède tous les ingrédients du genre. Vivement l’hiver prochain.    

JEUDI.          

Devoirs de vacances. Un notulien ami m’a sollicité pour un travail sur les publicités et enseignes murales peintes des Vosges, projet scolaire pouvant déboucher sur un catalogue ou un exposition aux Archives départementales. Depuis le début de la semaine, j’ai fouillé et, pour l’occasion, remis un peu d’ordre dans ma collection. J’envoie un dossier d’une cinquantaine de photos prises ces dernières années.            

Lecture. Les Refusés n° 21 (Association Les Refusés, 2019; 176 p., 10 €).                        

Dossier “L’effet papillon”.                        

Contient un article du notulographe sur les papillons littéraires.    

VENDREDI.                  

Lecture. L’Arrache-coeur (Boris Vian, adaptation et scénario JD Morvan, dessin Maxime Péroz, Delcourt, 2020; 112 p., 17,50 €).                                

Roman graphique.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Listes de commissions, collection de l’auteur.  

   Épinal (Vosges), transmis par Vincent Garcia, 20 février 2017 (recto verso) / 2 novembre 2018    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Monseigneur (Roger Richebé, France, 1949)                               
  • Happiness Therapy (Silver Linings Playbook, David O. Russell, É.-U., 2012)                               
  • The Goya Murders (El asesino de los caprichos, Gerardo Herrero, Espagne – Belgique, 2019)
  • Les Secrets professionnels du docteur Apfelgluck (Alessandro Capone, Stéphane Clavier, Mathias Ledoux, Thierry Lhermitte, Hervé Palud, France, 1991)                               
  • The Dig (Simon Stone, R.-U., 2021)                               
  • Sol (Jézabel Marques, France, 2020)                               
  • Le Prédicateur (The Apostle, Robert Duvall, É.-U., 1997).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Collobrières (Var), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 8 juillet 2011

Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo de l’auteur, 4 novembre 2012                

Poil et plume. “En fin d’après-midi, elle se rend en voiture dans la Vallée (San Fernando Valley), elle traîne le long de Ventura, elle s’arrête dans le quartier sans caractère particulier de Tarzana, elle entre d’un pas décidé dans un salon de coiffure minable, au moins par comparaison avec ceux qu’elle fréquente habituellement. Et là, Seigneur ! sous les yeux horrifiés de la patronne, Esther Tognozzi, promise bien malgré elle à une brève mais fulgurante notoriété, elle s’empare d’une tondeuse, et…” ((Jean Rolin, Le Ravissement de Britney Spears)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION