2 décembre 2018 – 817

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 16 décembre 2018.
DIMANCHE.
                   Lecture. La Destruction des Juifs d’Europe (The Destruction of the European Jews, Raul Hilberg, Quadrangle, 1961 pour l’édition originale, Fayard, 1988 pour la traduction française, traduit de l’américain par Marie-France de Paloméra et André Charpentier; 1104 p., 450 F).
                                 Dans Shoah, Claude Lanzmann a choisi d’évoquer l’Holocauste au moyen d’entretiens, donnant la parole à des témoins et à des survivants pour revenir sur quelques faits et lieux emblématiques. Raul Hilberg (qui apparaît justement dans le film de Lanzmann) a lui choisi l’exhaustivité : toutes les situations historiques sont examinées, toutes les procédures sont analysées, tous les courriers et rapports sont épluchés, tous les lieux sont étudiés, rien n’est laissé dans l’ombre. L’examen est froid, clinique, sans pathos. Pour traquer les tortionnaires, leurs motivations, leurs actions, Hilberg a utilisé leur méthode : il fallait faire en sorte qu’aucun élément du système destructeur n’échappe à son étude, comme il fallait, pour les Nazis, qu’aucun Juif n’échappe à leurs griffes. La somme est gigantesque, exigeant plus d’un mois de lecture continue, parfois ardue, mais nécessaire.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Samedi 28 [novembre 1874]. C’est bien résolu, je ne vais pas au chant le mois prochain, cependant quelquefois peut-être, si tout va bien. Je suis sortie avec ma mère ce matin. De la neige dans les rues depuis hier soir.” (Vitalie Rimbaud, Journal et autres récits)
                   Lecture. Le Coin des fous : Histoires horribles (Jean Richepin, Flammarion, 1921 pour l’édition originale, rééd. Éditions Le Chat Rouge, coll. Pourpre et Or, 2011; 198 p., 20 €).
                                 Comme André Hardellet, évoqué la semaine dernière, Jean Richepin fut condamné en son temps pour “outrage aux bonnes mœurs et à la morale publique”. C’était pour La Chanson des gueux, son premier recueil de poèmes, qui contenait quelques pièces assez crues. On était alors en 1876, à une époque où Richepin jouait les insoumis sur le plan littéraire comme sur le plan politique. La suite de sa carrière fut beaucoup plus calme : il faudrait se le représenter, écrit Gérald Duchemin dans sa présentation, comme “un Genet qui eût fini patriote, le cul vissé sur un fauteuil de l’Académie”. Les nouvelles rassemblées ici tournent autour de la folie et du fantastique. Elles sont de qualité inégale mais contiennent deux pépites, “Le Perroquet” et “Les Sœurs Moche”, qui justifient à elles seules la réédition de ce recueil.    
JEUDI.
          Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Rappelons, pour éviter toute confusion, que cette rubrique recense les lectures de mes compagnons de voyage sur le trajet-titre. Compagnons et compagnes, d’ailleurs, puisqu’aujourd’hui ma voisine n’est autre que Caroline, en route vers Nancy, qui lit Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie (Stock, 2018).
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Logique commerciale.

817 (1a)-min  817 (2a)-min

Épinal (Vosges), photo de Sylvie Mura, 20 août 2017 / Plombières-les-Bains (Vosges), photo de l’auteur, 22 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. Oliver Twist (David Lean, R.-U., 1948)
                               Logan Lucky (Steven Soderbergh, É.-U., 2017)
                               L’Homme de chevet (Alain Monne, France, 2009)
                               Detroit (Kathryn Bigelow, É.-U., 2017)
                               Dernières heures à Denver (Things to Do in Denver When You’re Dead, É.-U., 2017)
                               Tout l’argent du monde (All the Money in the World, Ridley Scott, É.-U. – Italie – R.-U., 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
817 (1)-min  817 (2)-min
Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 16 mars 2011 / Cucuron (Vaucluse), photo d’Hervé Bertin, 6 octobre 2017
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 30 avril 2017. 44 km. (32681 km).
817 (5)-min
1243 habitants

   Un obélisque courtaud se dresse sur une esplanade dallée qui semble très récente : ce n’est certainement pas son emplacement d’origine. Sur le talus, des graviers ont été peints pour figurer le drapeau tricolore. Quatre drapeaux, bien vrais ceux-là, flottent au ras du sol. Le conseil municipal a déposé une gerbe en provenance d’Amaryllis Fleurs à Remiremont.

817 (4)-min

Raon aux Bois

À ses héros

Morts pour la France

1914-1918

   Face : 21 noms sur deux colonnes, de L. ADAM à P. GROSSIR

   Gauche : 20 noms sur deux colonnes de L. CREUSOT à A. LÉONARD CAL

   Droite : 20 noms sur deux colonnes, d’E. MAROTEL à J. VIEUGEOT St

   Dos :

Guerre 1939-1945

Morts au champ d’honneur

5 noms

Déporté

1 nom

S.T.O.

1 nom

   En avancée, une plaque avec le macaron du Souvenir Français :

Ils sont morts

Pour que la France vive

1914-1918     1939-1945

TOE AFN

   L’église est ouverte et renferme une plaque commémorative sur laquelle figurent 66 noms, soit 5 de plus que sur le monument extérieur. Ils sont rangés par origine géographique, selon les différents hameaux qui composent la commune : Raon-Haut, Raon-Basse, La Racine…

817 (3)-min

              Poil et plume. “Lecoq a vu le meurtrier porteur de cheveux noirs, assez longs, a remarqué qu’ils étaient coiffés en arrière.

   Elle est le seul témoin à avoir noté le type de coiffure du coupable.
   Je n’ai jamais coiffé mes cheveux en arrière.
   En décembre 1969 et, en général, à toute époque, j’ai toujours eu les cheveux courts, très courts par rapport aux canons de la mode qui régnait déjà en 1969. Toutes personnes m’ayant fréquenté pendant la période incriminée auraient pu le confirmer : elles n’ont pas été interrogées, jamais, sur ce point.” (Pierre Goldman, Souvenirs obscurs d’un Juif polonais né en France)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

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25 novembre 2018 – 816

MARDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Irvin Yalom, Le Problème Spinoza, Le Livre de poche, 2014.

MERCREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Harlan Coben, Tu me manques, Pocket, 2016.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 15 (15 mars 2018, 80 p., 15 €).

“Mélanges offerts au Sme Paul Gayot”

Éphéméride. “21 novembre [1900]

Monsieur Vernet. Il a lui-même poussé sa femme vers Henri. Au deuxième acte, une vraie douleur. Il dit à Henri de s’éloigner, mais il est trop tard. Au troisième acte, tout se sait. Fin tragique de Mme Vernet.

Moi, moi, pas enthousiaste ? Quelques notes de musique, le bruit d’une eau courante, le vent dans les feuilles, et voilà mon pauvre cœur qui déborde de larmes, de vraies larmes, oui, oui !

Les adieux d’Henri et de Mme Vernet. Trop tard, car M. Vernet les surprend. D’abord, il les a soupçonnés; maintenant, il est sûr.

Pauline est musicienne. En l’entendant jouer, Henri pleure. L’âme d’un piano n’est pas méchante. Henri à Pauline :

– Je suis un raté comme vous. J’entends le piano sous vos doigts, et je voudrais être un grand musicien, etc. Je ne suis rien, et je ne serai jamais rien.

J’attends, pour travailler, que mon sujet me travaille.

Je regarde un camelot poser sur une table de café un petit cochon gonflé d’air et transparent, qui se dégonfle en criant, s’aplatit, et se couche sur le côté.

Voilà bien mes enthousiasmes, en moins long.” (Jules Renard, Journal)

JEUDI.

Lecture. Lourdes, lentes… (André Hardellet, éditions Jean-Jacques Pauvert, 1969, rééd. Gallimard, coll. L’Imaginaire n° 317, 1994; 140 p., s.p.m.).

En 2005, je participais à mon premier Colloque des Invalides. Le thème traité était celui de la censure, abordé, c’était la marque des Invalides, de façon plaisante. J’étais trop novice pour oser prendre la parole mais je me souviens que j’avais sans cesse à l’esprit le nom d’André Hardellet, pour qui la censure avait été tout sauf plaisante, à l’occasion de la sortie de Lourdes, lentes… Hardellet avait été condamné pour complicité d’outrages aux bonnes mœurs, et ce en dépit de la défense de Me Paul Lombard, du témoignage de Julien Gracq, de la pétition initiée par René Fallet et du soutien de figures comme Pierre Seghers, Hubert Juin, François Caradec ou Jean-Louis Bory. On est même allé jusqu’à dire que l’affaire l’avait tué, au sens propre, ce qui est exagéré mais le fait est qu’elle a gâché les derniers moments de sa vie. La lecture de Lourdes, lentes… montre à quel point les juges s’étaient montrés obtus et imperméables à toute sensibilité littéraire en prononçant leur condamnation. C’est un livre rempli de poésie, d’onirisme, de nostalgie de l’enfance, d’une grande beauté et d’une grande sensibilité. Certes, c’est de la poésie avec du poil autour, dira le soudard, mais l’érotisme qui le traverse n’a rien de malsain ni d’outrageant. Lourdes, lentes…, écrivait Jean-Louis Bory à son auteur, est “un texte admirable, débordant de vie, de générosité, d’amour, de chaleur, de santé.”

VENDREDI.

Lecture. Une aventure d’Arsène Lupin (Maurice Leblanc, 1911, rééd. in « Les Aventures extraordinaires d’Arsène Lupin » vol. 1, Omnibus 2004, 1216 p., 23 €).

Théâtre.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Problèmes d’accent.

816 (2)-min  816 (1c)-min

Épinal (Vosges), 29 octobre 2015 / Longemer (Vosges), 12 avril 2017, photos de l’auteur

SAMEDI.

Football. SA Épinal – Belfort 0 – 2.

Films vus. Persepolis (Vincent Paronnaud & Marjane Satrapi, France – É.-U., 2007)

L’Affaire Marcorelle (Serge Le Péron, France, 2000)

Mary (Gifted, Marc Webb, É.-U., 2017)

Fahrenheit 451 (Ramin Bahrani, É.-U., 2018)

Madame (Amanda Sthers, France, 2017)

L’Arbre de vie (Raintree County, Edward Dmytryk, É.-U., 1957)

Crash test Aglaé (Éric Gravel, France, 2017).

   L’Invent’Hair perd ses poils.

816 (4)-min  816 (3)-min

Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 16 mars 2011 / Antibes (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 6 mai 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 avril 2017. 71 km. (32637 km).

816 (2c)-min

58 habitants

   Pas de monument extérieur visible mais l’église, une église de poche, est ouverte. Une plaque de marbre est accrochée sur le mur de gauche.

816 (1)-min

Pro Patria

1914-1919

Abel CLEMENT Lorraine 1914

Paul LOMBARD Somme « 

Adrien BLOC Lorraine « 

Émile CHAPELLE Lorraine 1915

Émile ANTOINE Verdun 1916

Célestin LACROIX Verdun « 

Auguste ANTOINE Vitry-le-Fçois 1919

Jean-Marie LANTERNE Algérie 1956

Credo in resurrectionem

et vitam æternam

             Poil et plume. “Machinalement, elle ouvrit son sac et prit son peigne. Elle portait les cheveux courts, rareté encore à Dublin, mode nouvelle. S’examinant dans la glace au-dessus du lavabo, elle se plut. Et se trouva dangereusement belle. Elle passait son peigne dans ses cheveux, lentement, posément. Le léger grattis des dents d’écaille sur la peau de son crâne, suivi de la douce ondulation des boucles, la faisait très très agréablement frémir. Elle fixait ses yeux comme pour s’hypnotiser.” (Raymond Queneau, On est toujours trop bon avec les femmes)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

18 novembre 2018 – 815

LUNDI.

En direct de l’IPAD. « Pas d’église, pas de cimetière, pas de monument aux morts visible. Pour un numéro publié un 11 novembre, ce n’est pas fort », écrivait-on dans le dernier numéro. “T’es viré”, me lance un notulien canal Robespierre. Mais l’IPAD must go on, je ravale ma déception et prends la route de Rouvres-en-Xaintois pour le nourrir. Route qui passe par Ramecourt, où, miracle du 11 novembre, le monument est cette fois bien visible, grâce aux drapeaux, aux bougies et aux fleurs qui le décorent. C’est une petite niche, au bord de la route principale, difficile à repérer en temps normal. Le mal est réparé. Moralité : pour être sûr de ne rien rater, il aurait fallu ne pratiquer l’IPAD que les 11 novembre, ce qui m’aurait donné du grain à moudre pendant un peu plus de 500 ans.

PB110600-min

MARDI.

La vie en jaune. En déambulant ces jours-ci, je m’aperçois qu’un grand nombre de conducteurs ont placé en évidence leur gilet de sécurité sur le tableau de bord de leur véhicule, en préparation d’une action de protestation prévue pour la fin de semaine. Je n’ai pas l’intention de prendre part à celle-ci mais quand bien même l’aurais-je, je n’exposerais pas ainsi mon gilet jaune. Je n’oserais même pas l’enfiler en cas d’accident, préférant périr écrasé plutôt que de le voir souillé – raison pour laquelle, d’ailleurs, je le garde at home. Il s’agit en effet d’une pièce de collection, la pièce majeure, et même unique, de ma collection de gilets jaunes, obtenue à grand renfort d’achat et de mastication d’une variété de camembert.

815-min

MERCREDI.

  Éphéméride. Paul Verlaine à Edmond Lepelletier

“Rethel, mercredi 14 novembre [1877]

[…] Tu m’écriras au Collège Notre-Dame, Rethel (Ardennes) et ne communiqueras mon adresse à personne.

Ma famille, M. Istace et Nouveau sont les seuls à Paris à connaître mon actuelle Thébaïde. Donc, motus, même aux anciens camarades, quels qu’ils soient, parnassiens, cabaneristes ou autres : je ne veux plus connaître que juste de quoi emplir cette maison de Socrate qui s’appelle l’amitié. […]” (Germain Nouveau, Correspondance)

Lecture. Schnock n° 22 (La Tengo, mars 2015; 176 p., 14,50 €).

Françoise Hardy.

VENDREDI.

                  Lecture. Tue-moi (Hit Me, Lawrence Block, 2013 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire, 2017 pour la traduction française, traduit de l’américain par Sébastien Raizer; 336 p., 19 €).

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Aurélie Valognes, Au petit bonheur la chance, Mazarine, 2018.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Le beaujolais nouveau est arrivé.

815 (6)-min  815 (7)-min

Liège (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 27 septembre 2014 / Chamonix-Mont-Blanc (Haute-Savoie), photo de l’auteur, 11 juillet 2017

SAMEDI.

Films vus. Mon poussin (Frédéric Forestier, France, 2017)

La Taverne de l’Irlandais (Donovan’s Reef, John Ford, É.-U., 1963)

Le Fidèle (Michaël R. Roskam, Belgique – France – Pays-Bas, 2017)

Scaramouche (George Sidney, É.-U., 1952)

  Jalouse (David & Stéphane Foenkinos, France, 2017)

  Esther et le Roi (Esther and the King, Raoul Walsh, É.-U., 1960)

Whiplash (Damien Chazelle, É.-U., 2014).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4300 salons, atteint le 12 mai 2018.

Bilan géographique.  

Classement général par pays.

  1. France : 3586 (+ 80)
  2. Espagne : 169 (=)
  3. Royaume-Uni : 82 (+ 1)
  4. Belgique : 59 (=)
  5. Italie : 51 (=)
  6. États-Unis : 45 (=)
  7. Portugal : 37 (+ 12)
  8. Danemark : 34 (=)
  9. Allemagne : 30 (+ 7)
  10. Suisse : 26 (+ 1)

Le Portugal dépasse le Danemark, l’Allemagne passe devant la Suisse.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 645 (+ 2)
2. Île-de-France : 555 (+ 1)
3. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 281 (=)
4. Languedoc-Roussillon : 279 (=)
5. Lorraine : 271 (+ 4)
6. Midi-Pyrénées : 222 (+ 2)
7. Pays de la Loire : 141 (=)
“. Bretagne : 141 (=)
9. Bourgogne : 134 (=)
10. Centre : 124 (+ 1)

Pas de mouvement dans le top 10 où l’on progresse au compte-gouttes. Plus loin, on se remue d’avantage : 11 salons en Limousin et en Poitou-Charentes, 12 salons en Aquitaine, et 32 en Picardie, une région qui passe de la 20e à la 17e place.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 446 (+ 1)
2. Rhône : 326 (+ 2)
3. Vosges : 152 (+ 2)
4. Loire-Atlantique : 111 (=)
5. Pyrénées-Orientales : 92 (=)
6. Loire : 91 (=)
7. Meurthe-et-Moselle : 84 (+ 1)
8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
9. Bouches-du-Rhône : 72 (=)
“. Saône-et-Loire : 72 (=)

Là aussi, il faut regarder vers le bas pour trouver des changements notables : 27 salons de mieux pour l’Oise qui bondit de la 72à la 24e place.

Classement général par communes.

1. Paris : 446 (+ 1)
2. Lyon : 150 (+ 1)
3. Nantes : 57 (=)
4. Barcelone : 55 (=)
5. Nancy : 48 : (+ 1)
6. Épinal : 41 (+ 1)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 29 (=)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

Compiègne, précédemment 95e, arrive à la 12e place avec 21 salons (+ 15). Karlsruhe (12 salons) et Crépy-en-Valois (7) sont les entrées les plus spectaculaires dans un classement qui compte aujourd’hui 1588 communes.

Bilan humain.

Nous nous étions arrêtés à la 20e place. Poursuivons notre exploration des étages inférieurs.

21. Caroline Didion : 28 (=)
22. Laurence Bessac : 27 (+ 1)
23. Christiane Larocca : 25 (=)
24. Cecilia Howson : 24 (+ 1)
25. Victorio Palma : 23 (=)
26. Martine Sonnet : 22 (=)
27. Noémie Fiore : 20 (=)
28. Danielle Constantin : 18 (=)
“. Sibylline : 18 (=)
30. Christine Gérard : 17 (=)

Étude de cas. Enseigne énigmatiques.

815 (2)-min  815 (3)-min

Paris (Seine), rue Édouard-Manet, photo de Jean-Damien Poncet, 24 avril 2016 / Orléans (Loiret), photo de Christiane Larocca, 16 juillet 2016

815 (4)-min  815 (5)-min

Ixelles (Belgique), photo de François Golfier, 15 septembre 2016 / Paris (Seine), rue de la Glacière, photo de Jean-Damien Poncet, 18 septembre 2016

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 9 avril 2017. 101 km. (32566 km).

815 (8)-min

1999 habitants

   Devant la porte du cimetière, le monument se présente comme un mur de granit gris avec, au centre, une colonne sur laquelle se détache une croix chrétienne. L’esplanade est pavée, entourée d’une guirlande d’ogives grises avec, de chaque côté, un parterre de tulipes dont certaines sont déjà fleuries. A gauche, un mât avec le drapeau tricolore. Au-dessus des listes de noms, dans des espèces de niches, des bas-reliefs de cuivre (?) représentant des scènes de guerre. Une gerbe “A Nos Camarades A.F.N.”, fanée, a été déposée. Les noms sont inscrits sur huit colonnes : les cinq premières sont consacrées à 14-18, les trois autres à 39-45, à l’exception des deux derniers noms qui concernent l’Algérie.

815 (1)-min

À nos enfants

Morts pour la France

1914-1918

et

1939-1945

   Colonne 1 : 14 noms d’AMBIEHL Camille à COLLE Émile

Colonne 2 : 14 noms de CREUSOT Camille à GARNIER Émile

Colonne 3 : 14 noms de GÉHIN Charles à MARCHAL Charles

Colonne 4 : 14 noms de MARCHAL Joseph à REMY Camille

Colonne 5 : 11 noms de REMY Camille Joseph à WELKER Albert

Colonne 6 : 13 noms de CHEVRIER Camille à HANS Léonie

Colonne 7 : 13 noms de HOFFNER Roland à PARMENTIER Richard

Colonne 8 : 8 noms de PAROT Charles à MILLOTTE Paul

Poil et plume. “Disant cela, il tourne autour d’elle et, brusque, il lui arrache son foulard… Tout s’explique alors d’un seul coup ! Tondue elle est cette pauvre môme… rasibus… enfin des tifs repoussés de huit jours à peine ! Ça surprend toujours une tête de femme tondue… on arrive pas à s’y habituer.” (Alphonse Boudard, Les Matadors)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

11 novembre 2018 – 814

MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Donato Carrisi, Tenebra Roma, Le Livre de poche, 2018.
MERCREDI.
                  Éphéméride.
                                      « À : 8 Craigie Cercle, ap 35, Cambridge, Mass.
Springfield
7-XI-42
Mon amour,
J’ai été accueilli à la gare de Springfield par le secrétaire du Club (qui m’a emmené le lendemain voir la maison et la tombe de Lincoln) – un mélancolique horriblement silencieux d’allure quelque peu cléricale, muni d’un petit stock de questions automatiques qu’il a vite épuisé. C’est un célibataire d’un certain âge et sa profession consiste à être le secrétaire de plusieurs clubs de Springfield. Il ne s’est animé et ses yeux n’ont brillé qu’une seule fois – quand il s’est terriblement inquiété en voyant que la hampe du drapeau devant le mausolée de Lincoln avait été remplacée par une nouvelle, plus longue. Il s’est avéré que c’était son hobby – et même plus, la passion de sa vie – les hampes de drapeaux. Il a poussé un soupir de soulagement quand le gardien lui a fourni l’information précise – 70 feet – car le mât qu’il a dans son jardin a tout de même 10 feet de plus. Il a aussi été très rassuré quand je lui ai dit qu’à mon avis, le haut de la hampe déviait de la verticale. Il l’a longuement tâtée, a regardé vers le haut d’un air soucieux et est enfin arrivé à la conclusion qu’elle ne faisait même pas 70 feet et que son inclinaison n’était pas une illusion d’optique, mais un fait. Il économise pour s’acheter une hampe de 100 feet. Chponka, à en juger par son rêve, souffrait du même complexe, et le Dr Freud aurait eu des choses intéressantes à dire à ce sujet.” (Vladimir Nabokov, Lettres à Véra)
JEUDI.
          Vie littéraire. Parmi les lauréats des prix littéraires décernés cette semaine (Goncourt, Femina, Renaudot, Médicis, Décembre…), on compte un Spinalien et un notulien, ce qui donne deux bonnes raisons de se réjouir.
VENDREDI.
                  Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Aurélie Valognes, En voiture, Simone !, Le Livre de poche, 2017.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Parlons chiffons.

814 (1)-min  814 (2)-min

Crépy-en-Valois (Oise), photo de Jean-Damien Poncet, 29 avril 2018 / Bordeaux (Gironde), photo de Gérard Luraschi, 9 mars 2018
SAMEDI.
              Films vus. Aux postes de combat (The Bedford Incident, James B. Harris, R.-U. – É.-U., 1965)
                               K.O. (Fabrice Gobert, France, 2017)
                               Au diable la vertu (Jean Laviron, France, 1953)
                               Le Sens de la fête (Olivier Nakache & Éric Toledano, Belgique – Canada – France, 2017)
                               Mariées mais pas trop (Catherine Corsini, France – Belgique, 2003)
                               Ôtez-moi d’un doute (Carine Tardieu, France-Belgique, 2017)
                               Le Come back (Music and Lyrics, Marc Lawrence, É.-U., 2007).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
814 (2a)-min  814 (1a)-min
Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 16 mars 2011, Sault (Vaucluse), photo d’Hervé Bertin, 10 juin 2013
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 26 mars 2017. 73 km. (32465 km).
814-min
168 habitants
   Pas d’église, pas de cimetière, pas de monument aux morts visible. Pour un numéro publié un 11 novembre, ce n’est pas fort.
              Poil et pellicule.
814 (4)-min  814 (3)-min
Baxter (Jérôme Boivin, France, 1989)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

4 novembre 2018 – 813

LUNDI.
           Lecture. Histoires littéraires n° 67 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2016; 200 p., 25 €).
                         Dossier Glatigny.
           Lecture. Histoires littéraires n° 68 (Du Lérot éditeur, octobre-novembre-décembre 2016; 176 p., 25 €).
                         Dossier La musique et les lettres.
MERCREDI.
                  Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
                  Éphéméride.
                                      « 31 octobre [1895]
Huysmans a remarqué la mort de Chartres. M. Belnoue lui a dit que le caractère du Beauceron, c’est l’apathie.
Le romancier aime beaucoup la crypte où nous sommes descendus. Il y a là “des odeurs de très vieilles huiles” qui le ravissent.” (Abbé Mugnier, Journal 1879-1939)
VENDREDI.
                  Football. SA Spinalien – Schiltigheim 1 – 0.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Transparence poétique.

813 (2)-min  813 (1)

Plombières-les-Bains (Vosges), photo de l’auteur, 25 mai 2017 / Vincennes (Val-de-Marne), photo de Jean-François Fournié, 13 octobre 2017
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine.
                                                               Oui, mais… (Yves Lavandier, France, 2001)
                                                               Les Grands Esprits (Olivier Ayache-Vidal, France, 2017)
                                                               Les Mains d’Orlac (The Hands of Orlac, Edmond T. Gréville, France – R.-U., 1960)
                                                               L’Atelier (Laurent Cantet, France, 2017)
                                                               Le Grand Bain (Gilles Lellouche, France, 2018)
                                                               Hot Spot (The Hot Spot, Dennis Hopper, É.-U., 1990)
                                                               Mise à mort du cerf sacré (The Killing of a Sacred Deer, Yorgos Lanthimos, R.-U. – Irlande – É.-U., 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
 813 (3)-min  813 (4)-min
Gérone (Catalogne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 29 mars 2011 / Olot (Catalogne), photo du même, 30 mars 2012
              Poil et plume. “J’oubliais un détail : en aucun moment de l’année, Grimod ne portait de chapeau. Le monument qu’il avait sur la tête lui en tenait lieu et le mettait en même temps à l’abri des rhumes de cerveau qui guettent par les grands froids les imprudents sans coiffure.
Un soir à l’Opéra, où notre financier fréquentait assidûment, son toupet, bien que très connu, fit encore une fois sensation. L’artiste capillaire qui en était chargé et qui n’était autre que Léonard Autier, l’illustre Léonard, le coiffeur de Marie-Antoinette en personne, avait réussi à l’exhausser encore de plusieurs pouces. Aveugle qui ne le voyait pas ! Il se dressait en pyramide au-dessus de l’amphithéâtre où Grimod, toujours impassible, avait pris place.” (Charles Normand, Les Amusettes de l’Histoire)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
             

28 octobre 2018 – 812

DIMANCHE.
                   Lecture. Le Paris de Cendrars (Olivier Renault, Alexandrines, coll. Le Paris des écrivains, n° 23, 2017; 128 p., 9,90 €).
                                 Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.
MERCREDI.
                  Lecture. La Nouvelle Revue française n° 621 (Gallimard, novembre 2016; 176 p., 15 €).
                  Éphéméride. « Vendredi 24 octobre 1969
Aujourd’hui, défilé d’ivrognes à la maison – d’ivrognes et de surmenés. 12 h 30, Jean-Pierre et Guérin, avec la gueule de bois, venus bouffer. On boit modérément, mais c’est suffisant pour nous endormir à moitié. Je passe du jazz, je lis des textes, etc. Guérin mime Braque chez Marino.
Guérin part à 16 heures. À 18 h 30, je reconduis Jean-Pierre porte de Vanves, tandis que Mélissa dort.
19 h 15, Michel Canceill, très masqué parce que sa femme l’empêche de boire, se pointe avec un litron de Stewarts Dundee. On boit modérément en se lamentant sobrement sur la dureté du travail et la fatigue que c’est. Séparation à 20 h 30.” (Jean-Patrick Manchette, Journal 1966-1974).
JEUDI.
           Vie littéraire. Je relis les épreuves de la réédition Gengenbach à la lueur d’un Mémento typographique extrait de mes rayonnages pour l’occasion. Je m’aperçois qu’il y a un tas de règles que je ne connaissais pas, notamment sur la manière dont il convient de couper les mots en bout de ligne. Travail exigeant, mais instructif.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Trompe-l’œil en vitrine.

812 (1)-min  812 (2)-min  812 (3)-min

Aix-les-Bains (Savoie), photo de Jean-François Fournié, 4 août 2017 / Bagnols-sur-Cèze (Gard), carte postale et détail, Michèle Thiébaud, 4 août 2015
SAMEDI.
              Films vus.
                              Minuit dans le jardin du bien et du mal (Midnight in the Garden of Good and Evil, Clint Eastwood, É.-U., 1997)
Gauguin – Voyage de Tahiti (Édouard Deluc, France, 2017)
Nuit d’été en ville (Michel Deville, France, 1990)
Coexister (Fabrice Éboué, France, 2017)
Ma vie avec Liberace (Behind the Candelabra, Steven Soderbergh, É.-U., 2013)
Ava (Léa Mysius, France, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
812 (4)-min  812 (5)-min
Gérone (Catalogne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 29 mars 2011 / Christchurch (Royaume-Uni), photo de Cecilia Howson, 23 octobre 2017
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 19 mars 2017. 52 km. (32392 km).
812 (7)-min
5511 habitants

   Le monument forme un mur complet, fermant un petit jardin attenant à une chapelle. Au centre, une Victoire déploie ses ailes, juchée sur un socle portant l’inscription IR dont les deux lettres encadrent une Croix de Lorraine et une Croix de Guerre. De chaque côté, deux autres blocs en avancée marqués en rouge 1914 et 1918 supportent un casque et une sorte d’écharpe à gland. les noms sont inscrits sur dix plaques de marbre. Deux Croix de Guerre incrustées dans la pierre encadrent le bandeau :

Rambervillers

A ses fils morts

Pour la France

812 (6)-min

   Plaque 1 :

Aux vaillants

Aux martyrs

Souvenir

A.F.N.

3 noms

   Plaque 2 : 41 noms d’ALBERT Georges à CHANAL Paul dont 4 BONLARRON (il existe une rue des Quatre Frères Bonlarron dans la ville).

   Plaque 3 : 41 noms de CHANAL à Léon GENAY Henri dont une victime prénommée Goderic.

   Plaque 4 : 41 noms de GEORGEL Émile à LAMAZE Émile dont un GUERRIER.

   Plaque 5 : 41 noms de LAMBING Édouard à MOINARD Marcel dont 8 MATHIEU.

   Plaque 6 : 41 noms de MORLOT André à ROMELOT Louis.

   Plaque 7 : 27 noms de ROULEAU Henri à ZABLOT Maurice puis, sous la dénomination Victimes civiles, 8 noms de BREVEL René à WENISCH Albert.

   Plaque 8 : Victimes de 1939-1945, militaires puis civiles.

   Plaque 9 : Suite des victimes civiles, certains noms étant suivis de la mention “Déporté”.

   Plaque 10 : 24 noms de BERNARD Michel à MONIATTE René.

   Plus loin sur le trottoir, une stèle dédiée à la mémoire des “Maquisards du Groupement de Rambervillers morts pour la libération de la Patrie” en 1944.

              Poil et plume. “Je me souviens de Georges Perec dans son cercueil, sa chevelure bizarrement aplatie sur son crâne.” (Harry Mathews, “À Georges Perec”, Bibliothèque oulipienne n° 23)

Bon dimanche,
Philippe DIDION

21 octobre 2018 – 811

MARDI.
            Lecture. Rébus (Paul Gégauff, Minuit, 1957, rééd. Le Passeur, 1998; 208 p., 82 F).
                          C’est sous sa couverture des Éditions de Minuit qu’apparaît Rébus dans le Fahrenheit de Truffaut : il fait partie des livres brûlés par les pompiers pyromanes. Il y aurait d’ailleurs une étude à faire au sujet de ces livres, ou au moins une liste à établir, car ils n’ont sans doute pas été choisis au hasard. Truffaut n’a pas montré Rébus par amitié pour Paul Gégauff, avec qui il avait peu d’affinités. Gégauff a travaillé comme scénariste pour toute la Nouvelle Vague, Rohmer, Chabrol, Godard, mais pas avec Truffaut. Celui-ci, qui savait lire, a choisi Rébus pour son contenu, pas pour son auteur. La deuxième partie du roman, digne de Kafka, présente une société totalitaire proche de celle de Fahrenheit et l’ensemble du livre reflète un talent, une originalité et une intelligence redoutables. Rébus est une énigme, indéchiffrable, une histoire incompréhensible, qui ne pouvait que séduire Jérôme Lindon, alors à la tête de Minuit : Gégauff, pilier de la Nouvelle Vague, aurait pu être aussi un élément du Nouveau Roman.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Samedi 17 [octobre 1914]
Départ de Villers-Cotterêts le matin, pour aller à la Ve armée, Gal de Franchet d’Esperey, que je trouve à Romigny. Continué par route vers la IVe armée, Gal de Langle de Cary, que je trouve à Châlons. Le général m’envoie sur la ligne de feu, dans les tranchées du côté de la Ferté-Hurder.
Rentré à la nuit à Châlons, où je couche.” (Pierre Loti, Soldats bleus : Journal intime 1914-1918)
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Toilettes de campagne.

811 (4)-min  811 (1)-min

Brethenay (Haute-Marne) photo de Jean-François Fournié, 6 mars 2016 / Ecot-la-Combe (Haute-Marne), photo du même, 23 juillet 2016

SAMEDI.
              Films vus. Le Mouton enragé (Michel Deville, France – Italie, 1974)
                               Going to Brazil (Patrick Mille, France, 2016)
                               Seul contre tous (Gaspar Noé, France, 1998)
                               Or noir (Black Gold, Jean-Jacques Annaud, France – Italie – Qatar – Tunisie, 2011)
                               The Square (Ruben Östlund, Suède – Allemagne – France – Danemark, 2017)
                               Les Fantômes d’Ismaël (Arnaud Desplechin, France, 2017)
                               Incognito (Éric Lavaine, France, 2009)
                               Embrasse-moi ! (Océan Michel & Cyprien Vial, France, 2017).
               Football. SA Spinalien – Croix 1 – 2.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
811 (3)-min  811 (2)-min
Saint-Jean-Pla-de-Corts (Pyrénées-orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011 / Le Boulou (Pyrénées-Orientales), photo du même, 29 juin 2011
              Poil et plume. À l’unique coiffeur de notre petite ville, je demandai de mettre de côté, à l’occasion, quelques mèches de cheveux foncés de la longueur voulue… Ceci, lui avais-je dit, aux fins d’expériences sans grande importance. Je n’étais pas pressé.
   Un jour le coiffeur remit à ma femme un paquet : c’étaient deux mèches, longues et fournies, de très beaux cheveux châtains.
   À B…, tout le monde se connaît. Nous sûmes qu’il s’agissait des cheveux de la petite Ève J…, une fillette de onze ans de qui la maman avait décidé de faire couper les nattes.” (Jacques Yonnet, Enchantements sur Paris)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

             

14 octobre 2018 – 810

DIMANCHE.

Lecture. La Folie de Banvard (Banvard’s Folly, Paul Collins, 2001 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Le Promeneur, 2008 pour la traduction française, traduit de l’américain par Lionel Leforestier; 344 p., 28,50 €).

Paul Collins est allé fouiller dans les archives oubliées du XIXe siècle et en a retiré une douzaine d’excentriques et monomaniaques versés dans diverses disciplines : astronomie, poésie, photographie, médecine, mécanique… Tous ont en commun d’avoir connu la gloire avant de sombrer dans l’oubli, comme le Banvard du titre qui amassa une fortune avec ses peintures panoramiques avant d’être ruiné par l’irruption du cinématographe. De ce côté-ci de l’Atlantique, Bruno Fuligni sort des livres à la chaîne sur le même modèle, consacrés à des inventeurs ou explorateurs oubliés. Paul Collins ne déploie peut-être pas l’éventail historique de Fuligni, il n’offre pas les mêmes richesses bibliographiques qu’André Blavier (car plusieurs de ses personnages apparaissent dans Les Fous littéraires, comme ce René Blondlot, inventeur des rayons N, N comme Nancy où il dirigeait la faculté de physique), mais il sait raconter des histoires et rendre attachantes des figures qui, dans la réalité, étaient sans doute parfaitement imbuvables.

LUNDI.

Lecture. L’Orangeraie (Larry Tremblay, Éditions Alto, Québec, 2013, La Table Ronde, 2015, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 6139, 2017; 160 p., 6 €).

MARDI.

Lecture. Les Heures noires (The Deadly Climate, Ursula Curtiss, 1954 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un Mystère n° 209, 1954 pour la traduction française, traduit de l’américain par Maurice-Bernard Endrèbe, rééd. in « Polars années 50 », vol. 2, Omnibus, 1996; 1078 p., 145 F).

Une jeune femme qui vient d’assister à un meurtre se réfugie dans une maison inconnue. L’assassin rôde aux alentours, désireux de supprimer un témoin gênant. Ce thème de la femme traquée est, d’après Claude Mesplède (Dictionnaire des littératures policières), une constante de l’œuvre d’Ursula Curtiss. Elle a dû faire mieux dans le genre pour accéder à la notoriété car avec ses effets appuyés et ses rebondissements peu vraisemblables, cette histoire ne présente pas un grand intérêt.

MERCREDI.

Vie professionnelle. J’inaugure aujourd’hui une pratique qui sévit déjà depuis un moment, et pas seulement dans ma profession, la formation à distance. Il est fini le temps où l’on partait en stage à droite ou à gauche, heureux à l’idée de découvrir de nouveaux horizons et de retrouver des figures perdues de vue. Une lointaine notule (n° 38, 9 décembre 2001) évoquait ces pratiques révolues :

En général, on était convoqués à 9 heures, à 9 heures 45 tous les stagiaires étaient là, la formatrice arrivait parfois avant 10 heures, un tour de table pour se présenter, arrivée de la gestionnaire pour savoir qui mange à la cantine à midi, bon, on fait une pause pour boire un café, bon, déjà 11 heures 30, on va constituer les groupes pour cet après-midi, allez, on se retrouve à 13 heures 30 pour finir à 16 heures 30 plutôt qu’à 17 heures, hein, il y en a qui on des enfants, on sait ce que c’est, à 14 heures 15 on reprenait, bataillait une demi-heure pour trouver un couillon qui accepte d’être le rapporteur du groupe, à 15 heures 30 on commençait à entendre des raclements de chaises et des claquements de cartables, vous comprenez, mes enfants à l’école, j’habite loin, j’ai un conseil de classe, allez, à demain, c’était très enrichissant. Moi, je m’en fichais, je m’inscrivais à tous les stages qui se déroulaient à Nancy pour pouvoir aller coucher à Liverdun chez Y. et J., les enfants étaient contents de me voir et de me céder une chambre, on faisait de la musique, on se couchait tard et ça me changeait de ma solitude.

Après ont débarqué les Castafiore du Powerpoint qui lisaient fidèlement ce qui était inscrit sur leurs diapositives, on roupillait paisiblement après une croûte trop copieuse, quel beau métier. Il était temps de mettre le holà, de couper court à ces pratiques du monde d’hier. Aujourd’hui, je reste donc at home. J’ai réussi, en recopiant des liens interminables et en repêchant des identifiants oubliés depuis lurette, à me connecter sans trop de difficultés. Je me méfie du micro et de la caméra intégrées à l’ordinateur : et si l’on pouvait me voir ou m’entendre ? Donc je reste coi, j’ai mis une chemise propre, mais j’ai gardé mes chaussons, hors champ. Je constate avec soulagement qu’une chose reste immuable : les premiers mots de l’inspectrice en chef sont pour dire que le bazar, censé débuter à 9 heures, commencera à 9 heures 30. En attendant, on peut lire les messages des stagiaires qui disent poliment bonjour au fur et à mesure de leur arrivée sur le site. Une dame : “Bonjour, je suis conectée”. On est bien heureux de l’apprendre et de savoir à qui l’on confie nos enfants. D’après l’intitulé du bazar, il s’agit d’“Accompagner la mise en œuvre des ajustements des programmes de français collège”. Des programmes qui datent d’un an et qui sont déjà modifiés, j’ai bien fait de ne pas les étudier en profondeur. J’écoute religieusement l’inspectrice en chef dérouler son laïus, admirant son implication et sa conscience à l’heure où son esprit doit être occupé pas le sort qui sera le sien quand le nouveau découpage des rectorats suivra celui des régions et qu’elle recevra ses ordres de Strasbourg. C’est vite ennuyeux (je m’occupe, je classe des photos, je notule) mais parfois drôle : quand le son est coupé, trente personnes envoient un message (il y a un cadre “chat”) pour dire que le son est coupé. Quand il revient au bout de vingt secondes, ils sont cinquante à dire que le son est rétabli. Fin des hostilités à midi, j’ai appris des choses, j’en ai noté, sans pouvoir m’empêcher d’être déprimé par le fossé qui existe entre ces belles paroles prononcées depuis la forteresse rectorale et la réalité que je vis. Les hyperactifs interactifs disent merci, le flagorneur de service, qui vient de franchir dans le bon sens le seuil de pauvreté, ajoute même “c’était très enrichissant”. La “classe virtuelle”, c’était le nom du bazar, est enregistrée et peut être rediffusée. Ça peut aider ceux qui ont du mal à trouver le sommeil. En attendant, j’éteins l’ordinateur, retourne à l’époque où je vis et allume le transistor pour écouter Le Jeu des mille francs.

Éphéméride. “Dimanche 10 octobre [1943]

Visite de Gautheron. Avec lui, visite aux 4 Sergents et chez les Champonnet. Déjeuné chez moi. Allé avec Arlette à Versailles : train de Montparnasse à 3h 50. Très bonne après-midi. Brouillard. Beaucoup de cons. Trianon. Retour à 6h 1/2. Allés à la Porte Saint-Martin voir Les surprises du divorce. Souper chez Arlette. Couché. Baisé.” (Jacques Lemarchand, Journal 1942-1944)

Lecture. La Femelle du Requin n° 48 (automne/hiver 2017; 94 p., 10 €).

Marie-Hélène Lafon – Marc Graciano.

VENDREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Amos Oz, Judas, Folio, 2018.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Place des grands hommes.

810 (5)-min

810 (4)-min

Paris (Seine), rue des Petites-Écuries, photo d’Hervé Lechat, 16 janvier 2018 / Le Journal de la Haute-Marne, 19 juin 2018, transmis par Jean-François Fournié

SAMEDI.

Films vus. Petit paysan (Hubert Charuel, France, 2017)

La Villa (Robert Guédiguian, France, 2017)

Shoah (Claude Lanzmann, France – R.-U., 1985)

Seven Sisters (What Happened to Monday, Tommy Wirkola, R.-U. – France – Belgique, 2017).

Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4200 salons, atteint le 28 avril 2018.

Bilan géographique.

Classement général par pays.

  1. France : 3506 (+ 85)
  2. Espagne : 169 (+ 1)
  3. Royaume-Uni : 81 (+ 5)
  4. Belgique : 59 (+ 2)
  5. Italie : 51 (=)
  6. États-Unis : 45 (=)
  7. Danemark : 34 (=)
  8. Suisse : 26 (+ 1)
  9. Portugal : 25 (+ 5)
  10. Allemagne : 23 (=)

Le Portugal dépasse l’Allemagne.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 643 (+ 2)
2. Île-de-France : 554 (+ 17)
3. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 281 (+ 18)
4. Languedoc-Roussillon : 279 (+ 4)
5. Lorraine : 267 (+ 8)
6. Midi-Pyrénées : 220 (+ 20)
7. Pays de la Loire : 141 (+ 1)
“. Bretagne : 141 (+ 1)
9. Bourgogne : 134 (=)
10. Centre : 123 (+ 1)

16 régions sur 27 progressent. PACA prend place sur le podium en dépassant le Languedoc-Roussillon. Les Pays de la Loire et la Bretagne ne se quittent pas d’un pouce.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 445 (+ 13)
2. Rhône : 324 (+ 2)
3. Vosges : 150 (+ 3)
4. Loire-Atlantique : 111 (+ 1)
5. Pyrénées-Orientales : 92 (=)
6. Loire : 91 (=)
7. Meurthe-et-Moselle : 83 (=)
8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
9. Bouches-du-Rhône : 72 (+ 17)
“. Saône-et-Loire : 72 (=)

Bond en avant des Bouches-du-Rhône qui gagnent 3 places et chassent l’Hérault du top 10.

Classement général par communes.

1. Paris : 445 (+ 13)
2. Lyon : 149 (+ 2)
3. Nantes : 57 (=)
4. Barcelone : 55 (=)
5. Nancy : 47 : (=)
6. Épinal : 40 (+ 2)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 29 (+ 3)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

La 11e place est occupée par Toulouse, précédemment 28e, qui compte 21 salons (+ 10).

Bilan humain.

Délaissons un peu les têtes d’affiche, qui changent peu, pour regarder le classement au-delà de la 10e place.

11. Christophe Hubert : 62 (=)
12. Jean-François Fournié : 59 (+ 3)
13. Francis Henné : 53 (=)
14. Philippe de Jonckheere : 43 (=)
“. Bernard Gautheron : 43 (=)
16. Bernard Bretonnière : 41 (=)
17. Bernard Visse : 40 (=)
18. Yannick Séité : 31 (=)
19. Francis Pierre : 30 (+ 1)
20. Antoine Fetet : 20 (=)

Étude de cas. Ces chers disparus.

810 (3)-min  810 (1)-min

Brive-la-Gaillarde (Corrèze), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2013 / Tournus (Saône-et-Loire), photo du même, 5 octobre 2018

810-min  810 (2)-min

Châtenois (Vosges), photo de l’auteur, 6 octobre 2013 / Pont-Saint-Vincent (Meurthe-et-Moselle), photo de Denis Garcia, 13 juillet 2013

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 12 mars 2017. 115 km. (32340 km).

810 (6)-min

287 habitants

   Le monument de pierre blonde se trouve adossé à une haie de thuyas au bout d’une courte allée dallée. Un bas-relief, deux branches autour d’une torche, figure sur deux faces de la colonne, à l’avant et à l’arrière.

810 (7)-min

À ses enfants

Morts pour la France

La Commune de Rainville

reconnaissante

1914-1918

   Droite :

1914

DUVAL Louis

THIÉRY Marcel

BILLET Maurice

CHAUMONT Paul

ROLIN Abel

GALAND Fernand

1915

BASTIEN Alfred

1916

DEVAUX Émile

BASTIEN Marcel

1917

GRANDIDIER Maurice

FLORENTIN Paul

DEVILLE Joseph

   Dos :

Ceux qui sont morts

Pour la Patrie

Ont droit qu’a leur tombe

La foule vienne et prie

   Paul Chaumont a droit à une plaque individuelle.

810 (8)-min

             Poil et dessin. 

810-min (2)

Chaval, L’Homme-page

Bon dimanche,

Philippe DIDION

7 octobre 2018 – 809

LUNDI.
           Lecture. La Nuit myope (A.D.G., Belfond, 1981 pour l’édition originale, rééd. La Table Ronde, coll. La Petite Vermillon n° 427, 2017; 112 p., 5,90 €).
                         Je m’étonne de n’avoir pas vu passer ce titre à l’époque de sa sortie, époque à laquelle je suivais de près ce qu’A.D.G. publiait dans la Série Noire. À lire ce texte, je me demande d’ailleurs si le prix que j’accordais alors aux ouvrages de cet auteur n’était pas un peu surestimé : le style faussement négligé paraît vieillot, les jeux de mots faiblards, le prétexte narratif bien mince. Bref, on est plus du côté d’un San-Antonio paresseux que de Manchette – un des rares auteurs français de cette époque à résister aux outrages du temps.
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Annie Ernaux, Mémoire de fille, Folio, 2018.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “3 octobre [1931].
Travail abrupt. Détails sur les différentes espèces de masques; langue secrète de la société. Mais il semble que rien n’avance et que les gens, s’ils lâchent quelques petits secrets, cachent soigneusement le principal.
Je ne suis pas sorti du tout et j’ai travaillé avec Ambara. Il doit m’emmener demain à un sacrifice en vue de faire tomber la pluie… Je le lui ai demandé. Mais que fera-t-il ?
Par ailleurs, je souhaiterais être un missionnaire catholique appliquant les principes du plus pur syncrétisme, enseignant que Jésus-Christ est l’inventeur du rite pégou, la Sainte Vierge la mère du masque, et communiant sous les espèces de la bouillie de mil et du dolo.” (Michel Leiris, L’Afrique fantôme)
VENDREDI.
                  Lecture. La Nouvelle Revue française n° 622 (Gallimard, janvier 2017; 176 p., 15 €).
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Misère de la signalisation routière en Creuse.
809 (1)-min  809 (2)-min  809 (3)-min  809 (4)-min
Mazeyrat / Parsac / Rougnat, photos de l’auteur, août 2016 – juillet 2017
SAMEDI.
Films vus pendant la semaine. Marie-Francine (Valérie Lemercier, France – Belgique, 2017)
                                                               Demain et tous les autres jours (Noémie Lvovsky, France, 2017)
                                                               Sales gosses (Frédéric Quiring, France, 2017)
                                                               Chacun sa vie (Claude Lelouch, France, 2017).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
809 (5)-min  809-min
Brouilla (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011 / Lyon (Rhône), photo du même, 7 février 2016
             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 19 février 2017. 52 km. (32225 km).
809 (7)-min
160 habitants
Le monument, de facture ordinaire (pierre blanche, croix chrétienne, croix de Lorraine, Croix de Guerre, guirlande végétale), est dans le cimetière. Les plaques de marbre noir portant les noms sont neuves.
809 (6)-min
À nos morts
1914-1918

ADAM Émile

COLIN Louis

GABRIEL Marcel

GÉRARD Edmond

MICHEL Alphonse

POIROT Marcel

ROBERT Henri

THIEBAUTGEORGES Henri

THOMASSIN Henri

VERNIER Joseph

Guerre 1939-1945

THÉVENIN Jean

STAUFFER Jean

MATHEY Étienne

Poil et plume. “Jeanne était coiffée comme les jeunes gens de l’époque “à l’écuelle”, c’est-à-dire d’après le procédé très simple qui consiste à placer une écuelle sur la tête et à couper ras tous les cheveux qui dépassent. Les tempes se trouvent ainsi rasées, les oreilles très largement dégagées et il ne reste sur le sommet du crâne qu’une sorte de calotte brève. Et, dans l’acte d’abjuration tel qu’il fut établi par Cauchon, il est en effet fait mention de “cheveux rongnez en guise de homme”.” (Jean Grimod, Jeanne d’Arc a-t-elle été brûlée)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

30 septembre 2018 – 808

LUNDI.

             Lecture. La Malédiction des neuf fois neuf (Nine Times Nine, Anthony Boucher, Duell, Sloane & Pierce, New York, 1940 pour l’édition originale, traduit de l’américain par Danièle Grivel, in « Mystères à huis clos », Omnibus, 2007; 1148 p., 27 €).

                           Les récits de meurtres à huis clos sont toujours décevants : les solutions imaginées par les auteurs sont tellement biscornues et alambiquées qu’elles en perdent toute vraisemblance, quels que soient les efforts prodigués par leurs auteurs. Il n’est pas inconvenant de dire que Le Mystère de la chambre jaune doit son succès et la longévité de celui-ci à d’autres raisons que celles de la résolution du crime proprement dite. Le roman d’Anthony Boucher ne déroge pas à la règle et la résolution de l’énigme proposée est aussi des plus tordues. Cependant, comme chez Gaston Leroux, il y a autre chose, d’autres qualités qui rendent le livre attachant : un humour léger, un rythme soutenu et une peinture des milieux religieux sectaires de Los Angeles qui valent finalement le détour.
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Danielle Steel, Rançon, Pocket, 2012; Raphaëlle Giordano, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, Pocket, 2017.
            Obituaire. Dans l’éditorial du dernier Bulletin de l’Association Georges Perec, je constatais benoîtement le développement régulier de la rubrique “Carnet”, consacrée en partie aux disparitions de ceux et celles qui avaient côtoyé le jeune homme, l’adulte ou l’écrivain. Les choses ne vont pas en s’arrangeant et deux noms viennent aujourd’hui s’ajouter à la liste de ceux déjà couchés dans le prochain numéro : Paul Virilio, éditeur d’Espèces d’espaces, et Marceline Loridan-Ivens, qui avait récemment exhumé un morceau de sa correspondance amoureuse avec Perec. Marceline, née Rozenberg à Épinal (Vosges) a été régulièrement mentionnée dans les notules : je m’étais fait fort de retrouver trace de sa famille dans sa ville natale mais mes recherches n’avaient guère été concluantes. Son séjour ici avait été très bref, très éloigné dans le passé, et elle ne répondait pas aux sollicitations. Aujourd’hui, grâce à l’obligeance d’une notulienne locale, je peux juste montrer l’endroit où se trouvait la boutique de confection de sa mère. La boutique s’appelait “Suzy”. Il en reste au moins une lettre.

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Épinal (Vosges), rue des Minimes, photo de l’auteur, 2 septembre 2018, remerciements à A.-M. V.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Friday 19 [septembre 1919] 10 1/2 p.m.
The change on London is lower, but since yesterday morning I am very unwell, and wonder whether I shall be able to leave Paris on Sunday. In fact, I don’t think I shall, because as yet I have not asked formally for a passport; so that, if I am better and can go, I shall not be able to leave before Wed. or Thursday next. I have suffered horribly yesterday afternoon and today. Pain in my head, and all the usual troubles.” (Valery Larbaud, Journal)
VENDREDI.
                  Vendredi. Vosges Matin du jour m’apprend le décès de M. Grandhomme. Une notule du temps jadis (n° 179, 10 octobre 2004), ci-dessous reproduite, lui avait rendu un hommage anthume.

VENDREDI.
                  Vie de quartier. Ici, c’est une photo de M. Grandhomme, prise le 30 septembre dernier.

 

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M. Grandhomme tient un garage en face de la pharmacie, juste à côté du coiffeur, ex-marchand de télé qui n’avait jamais vendu de télé. Voici le garage, photographié également le 30 septembre dernier. 

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Donc c’est le garage, vu de mon bureau. Le 30 septembre, M. Grandhomme a pendu son bleu au clou, raccroché ses clés à tube et a fermé les portes du garage du Char-d’Argent. Il y travaillait depuis l’âge de 14 ans, en compagnie puis à la suite de son père qui avait pris l’affaire en 1936. M. Grandhomme travaillait seul, pelant de froid l’hiver et crevant de chaud l’été sous son toit en tôle. Le garage du Char-d’Argent n’était pas une clinique pour voitures où le chef d’atelier vous reçoit en blouse blanche de médecin hospitalier. C’était une chape de ciment avec un pont et une fosse, des bidons, des flaques de graisse et des seaux de sciure. On y était bien reçu. M. Grandhomme prend sa retraite, un peu las et incapable d’investir dans l’appareillage électronique que réclame désormais sa profession. M. Grandhomme ne quitte pas le quartier. Il continuera d’habiter au-dessus du garage, c’est là qu’il est né. Il essaiera de louer les lieux, il paraît que des gens cherchent des endroits comme le sien pour l’hivernage de leurs caravanes. M. Grandhomme n’est pas amer, il est content de pouvoir souffler un peu. Derrière sa maison, il a un petit jardin qui descend jusqu’à la Moselle, j’y suis allé une fois ou deux. L’été, Madame Grandhomme y étend les cottes de son mari et y soigne ses géraniums. Il y a des sièges pour se reposer. Il y a aussi quelques GS et une 504 qui rouillent gentiment sur la pelouse, sans roues, sans phares, mais qui ont l’air d’être heureuses d’avoir quitté l’asphalte et d’être là, dans l’herbe. M. Grandhomme, quand les beaux jours reviendront, ira s’asseoir sur une chaise longue et fumera ses Gauloises, paisible, au milieu des carcasses aux orbites creuses. M. Grandhomme ne sera jamais seul.

                  Vie en Creuse. À la fin nous décidâmes de ne plus jamais y revenir parce que ces semaines avaient été parfaites et rien n’aurait pu les égaler.” J’ai toujours essayé de respecter cette phrase de Fitzgerald, écrite après un séjour à Annecy en compagnie de Zelda en juillet 1931, en évitant autant que possible de retourner sur les lieux où j’avais été heureux. Pour ce qui est de la Creuse, l’endroit de la Terre où, justement, je suis le plus heureux, je suis obligé d’y aller souvent pour avoir l’impression de n’en jamais partir. C’est pourquoi aujourd’hui, sitôt mes cours expédiés, je m’enfuis vers Guéret.
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Restauration souriante.
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Aubusson (Creuse), photo de l’auteur, 29 décembre 2017 / Beaune (Côte-d’Or), photo de Gérard Luraschi, 18 mars 2018
SAMEDI.
              Vie littéraire. Treizièmes rencontres de Chaminadour à Guéret, donc. Ça commence par l’annonce de la défection de Michon, qui a sacré son camp aux Cards. Ce n’est plus une surprise, il fait ça chaque année, heureusement qu’on ne vient plus seulement pour lui. Je finis ma nuit bercé par la voix de Marie-Hélène Lafon qui parle de Mathieu Riboulet, récemment décédé. De Marie-Hélène Lafon, je ne connais que le premier roman, que j’avais lu pour le Prix René-Fallet. Elle a fait son chemin depuis, son profil de prof sévère – qu’elle est peut-être dans la réalité – est bien connu et m’incite à ne dormir que d’un œil, de peur d’une verte remontrance. Chaque fois que je vois cette femme, j’ai l’impression que j’ai oublié de lui rendre ma rédaction. La table ronde qui suit tourne autour de “Corps, sexualité, travestissement”, ce qui me rend un poil circonspect au moment d’aller me soulager aux urinoirs. Pas de soupeurs, c’est déjà ça. Au bout d’une matinée passée à écouter des écrivains parler d’autres écrivains et parfois d’eux-mêmes, j’en arrive à me dire que l’écrivain est fait pour écrire, le lecteur pour lire et que le reste – et c’est là que Michon a raison – n’est que fanfreluches. L’après-midi est d’un autre calibre avec une longue intervention de Leïla Shahid, appelée à témoigner sur son amitié avec Jean Genet. Elle était avec lui à Beyrouth en 1982, est entrée avec lui dans les camps de Sabra et Chatila, juste après les massacres. On peut penser qu’elle a eu le temps de roder son récit au fil de sa longue carrière politique et médiatique, n’empêche, ça remue.
              Films vus pendant la semaine. Happy End (Michael Haneke, France – Autriche – Allemagne, 2017)
                                                                Le Pays sans étoiles (Georges Lacombe, France, 1946)
                                                                Les Ex (Maurice Barthélémy, France, 2017)
                                                                La Vie de château (Jean-Paul Rappeneau, France, 1966)
                                                                Laissez bronzer les cadavres (Hélène Cattet & Bruno Forzani, France – Belgique, 2017).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
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Boissy-sous-Saint-Yon (Essonne), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 26 mars 2011 / Crach (Morbihan), photo de l’auteur, 12 juillet 2014
             Poil et pellicule.
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Une fille et des fusils (Claude Lelouch, France, 1965)
DIMANCHE.
                   Vie en Creuse. Place Bonnyaud, Guéret. La petite troupe de Chaminadour se rassemble. Tiens, Pierre Michon est de retour. Marie-Hélène Lafon, absente, des rédactions à corriger peut-être. Avant le départ du cortège, j’échange quelques mots avec Leïla Shahid, immense honneur. Puis on démarre, direction la maison Jouhandeau, à travers les rues désertes – elles le sont toujours – au son de l’orchestre New Orleans, sous les banderoles “Honneur à Mathieu Riboulet” et “Honneur à Jean Genet”. Comme à chaque fois, un cafard noir m’envahit, parce que c’est l’heure de repartir, parce que j’ai l’impression de suivre un enterrement sans savoir si l’on porte en terre des réfugiés palestiniens de 1982, des réfugiés d’aujourd’hui, les cadavres de Genet et de Riboulet, ou celui de la littérature tout entière.
LUNDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Alex Dahl, Le Garçon derrière la porte, City, 2018.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Mardi 26 septembre. – Je m’amusais hier à envoyer à M.D. sur une feuille de papier recouverte d’une autre, très légèrement collée par les bords, le dessin, au crayon, d’un trait très léger, d’une q….
Ce soir je trouve dans ma boîte deux lignes d’elle me demandant si c’est moi qui lui envoie “ceci” (qu’elle me retourne), ce qui serait déplacé dans l’inquiétude dans laquelle elle est (sa toilette dérangée l’autre matin).
“Déplacé !” Ce mot entre nous. Je lui ai fait une petite réponse… Tant pis si elle la prend mal. Elle ne peut pas se douter à quel point, d’un coup, elle me refroidit.” (Paul Léautaud, Journal particulier 1933)
VENDREDI.
                  Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lalie Walker, Les Survivantes, Actes Sud, 2010.
                  Lecture. Jeunesse (Youth : A Narrative, and Two Other Stories, Joseph Conrad, Blackwood, 1902 pour l’édition originale, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 318, 1985 pour la traduction française in “Œuvres 2”; 1514 p., 59 €).
                                Après avoir vu récemment Apocalypse Now, j’ai voulu savoir ce que le film devait à la nouvelle de Conrad, “Au coeur des ténèbres”, citée comme une des sources du scénario. C’est la figure de Kurtz, personnage énigmatique et hors d’atteinte imaginé par Conrad, qui a été reprise par Coppola. La nouvelle figure dans le recueil Jeunesse, au milieu de deux autres, “Jeunesse” et “Au bout du rouleau”, les trois textes illustrant trois âges de la vie. “Jeunesse” en est le meilleur élément, et j’y ai retrouvé la magie des phrases de Conrad dont j’avais lu quelques romans en anglais – j’étais alors moins paresseux – dans mes vertes années. J’ai encore en mémoire cette image du soir tombant sur le bateau de Lord Jim, en conclusion d’un chapitre, et qui me semble toujours somptueuse : “The night descended on her like a benediction”.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Souplesse des horaires en milieu artistico-commercial.
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Bouguenais (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 18 août 2017 / Paris (Seine), avenue Philippe-Auguste, photo de Jean-François Fournié, 17 avril 2018
SAMEDI.
              Films vus. La Pluie qui chante (Till the Clouds Roll By, Richard Whorf, É.-U., 1946)
                               Nos années folles (André Téchiné, France, 2017)
                               Streetlife (Karl Francis, R.-U., 1995)
                               C’est beau la vie quand on y pense (Gérard Jugnot, France, 2017)
                               Le Roi et moi (The King and I, Walter Lang, É.-U., 1956)
                               Le Jeune Karl Marx (Raoul Peck, France – Belgique – Allemagne, 2017)
                               Y aura-t-il de la neige à Noël ? (Sandrine Veysset, France, 1996).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Villelongue-dels-Monts (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011 / Cahors (Lot), photo du même, 2 mars 2013
              Poil aux arts.
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Performance perruquière au Musée d’Art Contemporain de Barcelone
Bon dimanche,
Philippe DIDION