16 septembre 2018 – 807

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 30 septembre 2018.

LUNDI.

Vie de famille. Alice part pour Nancy rejoindre Lucie et entamer à son tour sa vie d’étudiante. Nous sommes désormais voués à passer, Caroline et moi, nos semaines en duo, en attendant le retour hebdomadaire – du moins dans un premier temps – de nos oiseaux. L’envol hors du nid est un point de passage obligé, souvent vécu et relaté par les parents sur le mode déploratif : la chambre vide, les repas en tête-à-tête, la conversation qui s’assèche, les portes qui ne claquent plus… Tout cela est secondaire face aux vrais tourments engendrés par cette situation nouvelle : il va nous falloir un temps fou pour garnir le lave-vaisselle et remplir un sac poubelle.

MARDI.

Malfantômas.

807-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, mai 2018

 MERCREDI.

Éphéméride. “12 septembre [1912]. – Ce soir, le Dr L. est venu nous voir. Encore quelqu’un qui part pour la Palestine. Il passe son examen d’avocat un an avant la fin de son stage et part (dans quinze jours) avec douze cents couronnes. Il chercherait un poste à l’Office palestinien. Tous ces gens qui vont en Palestine (le Dr B., le Dr K.) baissent les yeux, se sentent éblouis par leurs auditeurs, promènent leurs doigts tendus sur la table, ont une voix qui chavire, sourient d’un sourire faible qu’ils font tenir debout avec un peu d’ironie. – Le Dr K. a raconté que ses élèves sont chauvins, ils n’ont que les Macchabées à la bouche et veulent suivre leurs traces.”(Franz Kafka, Journaux)

Lecture. Liberté pour les ours ! (Setting Free the Bears, John Irving, Random House, 1968, Le Seuil, 1991 pour la traduction française, traduit de l’américain par Josée Kamoun; 420 p., 130 F).

Il fut un temps où tout le monde lisait Le Monde selon Garp. Je l’ai fait aussi, et avec grand plaisir, trouvant dans ce roman un mélange plaisant de fantaisie et d’émotion. Du coup, on a traduit les romans antérieurs de John Irving, dont celui-ci, avec à la manœuvre Josée Kamoun qui vient de défrayer la chronique avec une traduction controversée du 1984 d’Orwell. Ce n’était peut-être pas une nécessité vitale : bien sûr, John Irving y dévoile son penchant pour les histoires débridées avec un récit picaresque, l’odyssée de deux amis à travers l’Autriche et les Balkans de l’après-guerre, mais c’est très long, très décousu, les traits d’humour sont rares et on s’ennuie vite.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Affaires religieuses : coup de balai sur le christianisme et implantation du bouddhisme en Creuse.

807 (1)-min  807 (2)-min

Combourg (Ille-et-Vilaine), photo de Bernard Bretonnière, 19 octobre 2017 / Bétête (Creuse), photo de l’auteur, 26 juillet 2017

SAMEDI.

Lecture. Revue des Deux Mondes, juillet-août 2016 (224 p., 15 €).

Films vus. L’École buissonnière (Nicolas Vanier, France, 2017)

Good Men, Good Women (Hao nan hao nu, Hou Hsiao-Hsien, Japon – Taïwan, 1995)

Message from the King (Fabrice du Welz, R.-U. – France – Belgique – É.-U., 2016)

Rififi à Tokyo (Jacques Deray, France – Italie, 1963)

Épouse-moi mon pote (Tarek Boudali, France, 2017)

Le Tigre du Bengale (Der Tiger von Eschnapur, Fritz Lang, R.F.A. – France – Italie, 1959).

L’Invent’Hair perd ses poils.

807 (4)-min  807 (3)-min

Saleilles (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011 / Villefranche-de-Lauragais (Haute-Garonne), photo du même, 16 février 2014

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 8 janvier 2017. 77 km. (32173 km).

807 (5)-min

158 habitants

   Pas de monument visible. Il doit y avoir quelque chose à l’intérieur de l’église, si j’en crois les figures dessinées au bas d’un vitrail, mais elle est fermée.

807 (6)-min

   Jetant par acquit de conscience un regard à travers la vitre sale de la Mairie, je vois la salle du conseil et, dans un coin, une plaque commémorative près d’un crucifix et d’un drapeau tricolore. La photographie est malaisée, mauvaise, mais au moins le bredouille est évité.

807 (7)-min

Aux enfants de Puzieux

BONGARD Henri 1884-1914

CLAUDEL Marcel 1889-1914

ELARDIN Henri 1892-1916

THOUVENOT Albert 1894-1917

Morts pour la France

             Poil et pellicule.

807 (8)-min

Vive la France (Michel Audiard, France, 1974)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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9 septembre 2018 – 806

LUNDI.

Vie professionnelle. Les élèves de sixième qui découvrent aujourd’hui le collège le quitteront définitivement en même temps que moi. Je me demande qui de nous sera le plus heureux.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 14 (15 décembre 2017, 80 p., 15 €).

“L’échec”

MARDI.

Malfantômas.

806-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, juillet 2018

            Lecture. En mémoire de Fred (My Brother’s Destroyer, Clayton Lindemuth, 2013, Seuil, coll. Cadre noir, 2017 pour la traduction française, traduit de l’américain par Patrice Carrer; 400 p., 21,50 €).

Fred, c’est le chien de Baer Crichton, un homme des bois qui gagne sa vie en distillant de l’alcool frelaté. Fred est dognappé par des amateurs de combats de chiens, puis abattu. La vengeance de Baer sera terrible… La langue de Lindemuth s’adapte au côté fruste et violent des personnages, à la dureté des paysages. Le récit au présent est censé coller à une réalité sans fioritures. On lorgne du côté de Jim Harrison et de Craig Johnson mais on se retrouve avec une sorte de Peter Cheyney ayant quitté le milieu urbain pour la nature sauvage. Le transfert ne fonctionne pas, on tourne rapidement en rond avec la répétition des mêmes procédés et on s’ennuie.

MERCREDI.

 Éphéméride. À Nora Barnacle Joyce

“5 septembre 1915                                                     44 Fontenoy Street, Dublin

Ma petite fille bien aimée. Demain soir (Mardi), si j‘ai l’argent demandé par télégramme, j’espère partir d’ici avec Éva et Georgie.

J’ai quelques nouvelles à t’annoncer, ma chérie. Mon bon ami Kettle doit se marier mercredi, et ce soir j’ai eu une conversation de quatre heures avec lui. C’est, je crois, le meilleur ami que j’aie en Irlande, et il m’a rendu de grands services ici. Lui et sa femme vont venir passer un jour ou deux à Trieste à l’occasion de leur voyage de noces et je suis sûr, ma chérie, que tu m’aideras à leur faire un bon accueil. Mets la maison en ordre, assure-toi que le piano n’est pas ouvert et veille à avoir des robes convenables. […]” (James Joyce, Choix de lettres)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Chanteurs en reconversion.

806 1)-min  806 2)-min

Le Grand-Bornand (Haute-Savoie), photo de l’auteur, 16 mai 2016 / Paris (Seine), rue Arsène-Houssaye, photo de Francis Henné, 16 novembre 2016

SAMEDI.

Vie littéraire. Je fais une rapide incursion à Nancy histoire, d’une part, de m’assurer auprès de Maylis de Kerangal qu’elle ne connaît pas le texte de Perec sur le trompe-l’œil (je le lui enverrai, c’est convenu) et, d’autre part, de me procurer le dernier numéro des Refusés qui contient une défense et illustration de l’IPAD.

Football. SA Spinalien – Reims B 1 – 1.

Films vus. Le Prix du succès (Teddy Lussi-Modeste, France, 2017)

La Femme au gardénia (The Blue Gardenia, Fritz Lang, É.-U., 1953)

Aurore (Blandine Lenoir, France, 2017)

Un homme idéal (Yann Gozlan, France, 2015)

The Circle (James Ponsoldt, Émirats arabes unis – É.-U., 2017)

Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, É.-U., 1979).

L’Invent’Hair perd ses poils.

806 (1)-min  806 (3)-min

Théza (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011 / Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne), photo du même, 21 mars 2013

              Invent’Hair, étude de cas, addendum. Une négligence coupable nous a fait passer à côté d’un élément qui a tout à fait sa place dans le dossier “Créatif” étudié la semaine dernière. Un élément riche puisque, comme me le fait remarquer son inventeur, il “conjugue calembour et motivation géographique : Le Créac’h (avec ce rare trigramme breton) est un hameau constitutif de la commune de Plédran.”

Réparons donc cet oubli par l’image.

806 (2)-min

Plédran (Côtes-du-Nord), photo de Yannick Séité, 26 juillet 2017

              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 27 novembre 2016. 157 km. (32096 km).

806 (5)-min

183 habitants

   Le monument se trouve à l’entrée du cimetière, sur une esplanade gazonnée semée de gros plots de ciment. De chaque côté, des banquettes de pensées et de bruyère, à l’avant la composition du 11 novembre ornée d’un ruban tricolore. La flèche porte en bas-relief un fusil et un fanion entrecroisés au-dessus d’un casque, une couronne, des feuillages et une Croix de Guerre. La plaque de 14-18 est signée “Macaire Favières”.

806 (4)-min

1914-1918

Hommage

A nos héros

Morts pour la France

Gustave SIMONIN      Marcel FERRY

Émile CANTON      Henri ZILOCCHI

Charles JACQUOT      André RANSELANT

Adrien BICOTTE      Lucien MALAGOLI

Maxime GEROME      Marcel GEROME

Aimé BIGEON      Robert ROSE

Henri BOSSI      Paul ZILOCCHI

René BARBILLON

Émile PICARD 1922

Guerre 1939-1945

Marcel AUBERT 1945

Léon AUBERT 1945

A la mémoire

de Jean Nicolas BERNARD

Tombé glorieusement

Aux combats

de Sidi Brahim

le 23 09 1845

              Poil et plume. “Lors d’une de ses rares visites à Herndon pour se faire couper les cheveux, Phil était confortablement incliné en arrière dans le fauteuil de Whitey Potter parce qu’il avait décidé de ne pas lésiner et de s’accorder un rasage maison – la raison principale en étant que, lorsqu’il rasait, Whitey parlait moins. Whitey était en effet un de ces coiffeurs qui croient qu’on le paie pour bavasser. Bon, Phil était donc allongé, avec ses longues jambes et ses chaussures de ville noires de mauvaise qualité bien en évidence. C’était un samedi, les deux autres coiffeurs donnaient du ciseau dans les crinières hirsutes de deux citadins, et le salon résonnait de bavardages animés, quelques personnes lisaient Elks Magazine ou d’autres revues que Whitey mettait là pour l’agrément et l’édification de sa clientèle, tout cela en humant l’odeur de la bonne vieille lotion capillaire Lucky Tiger, et ainsi de suite.” (Thomas Savage, Le Pouvoir du chien)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

2 septembre 2018 – 805

DIMANCHE.

Lecture. Fatale (Jean-Patrick Manchette, Gallimard, 1977, rééd. in Jean-Patrick Manchette « Romans noirs », Gallimard, coll. Quarto, 2005; 1344 p., 29,50 €).

On comprend, à la lecture de ce roman, les réticences de Robert Soulat à le faire paraître dans la Série Noire : trop mince, trop simple, trop radical, trop noir, peut-être, tout simplement. Il est vrai que cette histoire de tueuse névrosée ne fait pas dans la subtilité : la jeune femme débarque dans une ville de province et zigouille tous les notables, impliqués dans diverses magouilles, avant de se tuer. Soit. Mais il reste l’écriture de Manchette – qui explique d’ailleurs que le livre ait été tout de même accueilli, hors collection, par Gallimard : un mélange de nonchalance et de rigueur, un culot monstre qui lui fait inclure, sans guillemets, un paragraphe de Hegel dans la bouche d’un personnage, un mélange des registres, un mouvement de balancier qui fait alterner les images les plus plates et les comparaisons les plus inattendues, une patte dont on peine à trouver l’équivalent à l’époque (seul ADG, à l’autre bout du spectre idéologique, peut s’en approcher) ou aujourd’hui (Houellebecq ?).

LUNDI.

Lecture. Revue des Deux Mondes, novembre 2016 (184 p., 15 €).

“Peut-on penser librement en France ?”

Lecture. Schnock n° 21 (La Tengo, décembre 2016; 176 p., 14,50 €).

Michel Audiard.

MARDI.

Malfantômas.

805-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, 31 mai 2018

Lecture. Un monde à portée de main (Maylis de Kerangal, Verticales, 2018; 285 p., 20 €).

Maylis de Kerangal est une femme de classe, belle allure, qui m’impressionne lorsque je la vois à l’automne aux Rencontres de Chaminadour où elle forme un duo contrasté avec la silhouette toute balzacienne de Mathias Énard. Pour autant, je ne l’avais jamais lue avant d’entreprendre ce roman, première et peut-être seule concession faite à la rentrée des classes littéraire – il y a bien le petit Mathieu, mon compatriote, qui semble intéressant mais pas question de filer un fifrelin à Actes Sud. Contentons-nous donc de Maylis. Le sujet est fouillé (l’histoire d’une jeune femme qui étudie puis pratique le trompe-l’œil), documenté à l’extrême, le style ample, la phrase puissante. Influence de Chaminadour ? Je ne peux m’empêcher d’y voir une certaine proximité avec l’écriture de Michon, ce qui n’a rien de honteux, et pas seulement dans les phrases en cascade. Michon et Kerangal fonctionnent à rebours du roman ordinaire dans lequel le personnage semble conscient du regard que posent sur lui l’auteur et le lecteur. Chez eux, le personnage vit sa vie sans s’en préoccuper. L’auteur n’en donne qu’un aperçu furtif, le surprend dans telle ou telle étape de son parcours, est obligé d’imaginer ce qu’il ne voit pas, ce qu’il ne sait pas de lui. C’est le fameux “J’aimerais croire que…” de Michon dont on s’approche ici à plusieurs reprises. Le fait de situer le dernier épisode du roman à Lascaux, où l’héroïne est embauchée à la copie des fresques, rapproche aussi de La Grande Beune, le roman préhistorique de Michon, à la lecture duquel il peut servir de très belle introduction.

MERCREDI.

Lecture. L’Œil ébloui (Georges Perec & Cuchi White, Chêne/Hachette, 1981; n.p., 125 F).

J’ai voulu vérifier si Maylis de Kerangal n’avait pas, dans les passages qu’elle consacre à la technique du trompe-l’œil, emprunté une phrase ou plus au texte que Perec écrivit pour présenter les photos de Cuchi White sur ce sujet. Apparemment non. Je me promets toutefois de lui demander à l’occasion si elle connaît ce livre.

Éphéméride. “29 août 1943, Le Savoureux

Chateaubriand pas attaché à ses livres, et peu à la religion.

Grasset dérangeant tout le monde deux fois par nuit – méchant avec sa secrétaire à qui il essaie de faire du tort. Quand les Allemands à Paris, a prétendu n’avoir vu que 2 fois [Otto] Strasser et ignorer ce qu’il était devenu.

Le chanoine Mugnier se fait lire Les Martyrs, mais trouve détestable le merveilleux chrétien. Ses mots : [“]Croyez-vous à l’enfer ? – Oui, mais pour moi seulement.[“] A écrit Journal sauvegardé par Le Savoureux.” (Jean Grenier, Sous l’Occupation)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour rester propre.

805 (1)-min  805 (2)-min

Paris (Seine), rue Custine, photo d’Alice Cohen-Hadria, 19 novembre 2017 / Nice (Alpes-Maritimes), photo de Gérard Noël, 16 décembre 2017

SAMEDI.

  Films vus. Visages villages (JR & Agnès Varda, France, 2017)

Mensonge (François Margolin, France, 1993)

Problemos (Éric Judor, France, 2017)

Le Syndrome de Stendhal (La sindrome di Stendhal, Dario Argento, Italie, 1996)

Grand froid (Gérard Pautonnier, France – Belgique – Pologne, 2017)

Le Testament du docteur Mabuse (Das Testament des Dr. Mabuse, Fritz Lang, Allemagne, 1933).

  L’Invent’Hair perd ses poils.

805 (3)-min  805 (4)-min

Montescot (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011 / Uxegney (Vosges), photo de l’auteur, 18 octobre 2015

Invent’Hair, étude de cas. Dimanche, Bernard Bretonnière, fidèle contributeur du chantier (41 photos au dernier bilan), m’envoyait la photo d’un salon Créa’tif sis à Aunac-sur-Charente (Charente), envoi assorti d’une demande : combien l’Invent’Hair comptait-il de salons ainsi nommés ? La question est plus difficile qu’on peut le croire. La nomenclature établie le 25 avril 2010 (notules n° 443) répertoriait trois axes majeurs dans les intitulés des salons : l’axe Hair, l’axe Coif et l’axe à Tif, trois axes qui regroupent, à ce jour, 63,8 % du corpus. Dans l’axe à Tif, la branche Créatif contient de nombreuses ramifications :

– Créatif : 10 éléments

– Créatifs : 1 élément

– élément antéposé + Créatif (ex. Esprit Créatif) : 7

– Créatif + élément postposé (ex. Créatif Coiffure) : 4

Passons maintenant au cas complexe de la césure, marquée par le trait d’union ou l’apostrophe, en laissant de côté le problème de l’utilisation des majuscules ou minuscules qui nous entraînerait plus loin encore :

– Créa-tif : 3 éléments

– Créa-tifs : 3

– élément antéposé + Créa-tif : 1

– élément agglutiné + Créa-tif : 1 (Récréa-tif)

– élément antéposé + Créa-tifs : 2

-Créa’tif : 20 éléments

– Créa’tifs : 11 éléments

– élément antéposé + Créa’tif : 7

– élément agglutiné + Créa’tif : 2

– Créa’tif + élément postposé : 2

– élément antéposé + Créa’tifs : 3

Cas des guillemets :

– “Créa-tif” : 1 élément

– Créat”tifs” : 1

On a remarqué, dans ce dernier, cas, le doublement du t. Le doublement du f est plus fréquent :

– Créa tiff : 2 éléments

– Créa’tiff : 3

– Créa’tiffs : 1

– Récréa tiff : 1

Dans les enseignes utilisant des majuscules, nous avons considéré le E de CREATIF comme étant accentué. Une seule enseigne possède un e minuscule non accentué, Creatif à Riga (Lettonie). Signalons aussi, dans le domaine étranger, la présence d’un salon Creative Cutting à Cassino (Italie). On ne trouve pas, à ce jour, de Créatyf, tyff ou typhe, ni de Craie à tifs – qui serait pourtant bienvenu. Notons, pour conclure, qu’une étude aussi précise et aussi captivante, consacrée à l’intitulé “L’Hair du temps”, a paru dans le n° 19 de la revue Les Refusés (Nancy, 2017).

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 20 novembre 2016. 125 km. (31939 km).

805 (6)-min

96 habitants

   Le monument, signé Roche-Petiot à Senones, est récent. C’est une construction de granit poli, plantée au sommet du village, derrière de gros conifères taillés en boule. Une flèche ornée d’une Croix de Lorraine est flanquée de deux dalles verticales supportant deux sphères. De la bruyère et des chrysanthèmes décorent l’ensemble, avec les compositions datant du 11 novembre (Fleurs de Salm, à Senones). Un Christ portant sa croix surmonte l’inscription.

805 (5)-min

Aux enfants du Puid

Morts pour la France

   Dalle de gauche :

Guerre 1914-1918

AUCLAIR Adolphe

CAUMONT Maurice

CHARPENTIER René

MARCHAL Édouard

MARCHAL Léon

Victimes civiles

CAUMONT Julien

EYMANN Fortuné

LAUNAY Joseph

MARCHAL François

Mort aux Armées

MAGISTRIS Henri

   Dalle de droite :

Guerre 1939-1945

A nos martyrs déportés

19 noms sur deux colonnes

   Une plaque : “Sous ce monument ont été déposées des cendres de Dachau”.

  Poil et deuil.

805 7-min  805-8 min

Le Monde, 16 décembre 2016

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

26 août 2018 – 804

MARDI.

Lecture. La Nouvelle Revue française n° 623 (Gallimard, mars 2017; 144 p., 15 €).

Malfantômas.

804-min

Marc-Gabriel Malfant, Autoportrait hétérocéphale, juin 2018

MERCREDI.

Lecture. Dans la forêt (Into the Forest, Jean Hegland, 1996 pour l’édition originale, Gallmeister, 2017 pour la traduction française, rééd. Gallmeister, coll. Totem n° 106, 2018, traduit de l’américain par Josette Chicheportiche; 320 p., 9,90 €).

On ne s’explique pas pourquoi il a fallu attendre vingt ans avant de voir ce roman traduit en français. Il se classe en effet nettement au-dessus de la production ordinaire américaine du genre choisi par Jean Hegland. Car c’est un récit de survivant, de survivantes plus précisément, deux sœurs amenées à vivre dans une maison isolée en bordure de forêt suite à une catastrophe. L’habileté de l’auteur tient au fait que la catastrophe en question n’a rien de violent : pas de guerre, pas de bombe nucléaire, pas de fin du monde. C’est une catastrophe insidieuse, une catastrophe économique – beaucoup plus plausible – qui se traduit d’abord par des coupures de courant de plus en plus longues et fréquentes, puis par une panne totale qui sape les fondements de la société moderne : les communications et les déplacements. Plus d’essence, plus de vivres, plus de nouvelles, plus de contacts. Il faut survivre. Commence alors une robinsonnade qui, si elle n’est pas nouvelle, se distingue toutefois par l’évolution des liens entre les deux sœurs et leurs réactions face aux intrus (humains et animaux) venus du monde extérieur empiéter sur leur territoire. Le journal que tient l’une des deux protagonistes, matière première du roman, est écrit dans une très belle langue, sait mêler l’émotion au récit d’aventures, captive de bout en bout. Un film tiré du livre est sorti aux États-Unis en 2016. On espère ne pas avoir à attendre vingt ans pour le voir.

Éphéméride. “22 août

* Rosa Luxemburg, au bord du Schlachtensee, s’applique à peindre le paysage. C’est la première fois qu’elle peint dans la nature. Elle s’aperçoit que c’est horriblement difficile. Il y a toutes sortes d’obstacles matériels (tenir à la main tout son matériel, n’avoir nulle part où le poser) et puis les promeneurs dérangeants, et surtout l’eau et le ciel, qui changent d’aspect à chaque instant.

* Viktor Ullmann, au camp de Theresienstadt, compose sa Septième sonate, qu’il dédie à ses trois enfants.

* Zola est à Médan où il peine sur son terrible roman, La Terre.” (Michelle Grangaud, Calendrier des poètes : Année folle I)

JEUDI.

Lecture. Les Trésors de la mer Rouge (Romain Gary, Gallimard, 1971, rééd. in « Romain Gary – Émile Ajar, Légendes du je », Gallimard, coll. Quarto, édition établie et présentée par Mireille Sacotte; 1428 p., 29,90 €).

C’est un Gary inattendu que présente ici ce recueil, le Gary reporter, une fonction qu’il a pourtant exercée à de fréquentes reprises pour Life ou pour France-Soir. Commandée par Pierre Lazareff, cette exploration des bords de la mer Rouge, entre Djibouti, Éthiopie et Yémen, fit l’objet d’une plaquette éditée par Gallimard. Elle le méritait assurément, tant le récit est intéressant et bien mené, à la manière des maîtres du genre, Londres ou Kessel. Comme le veut la loi du genre, les descriptions, les notations historiques et les rencontres se succèdent. Dans cette dernière catégorie, des anonymes, des humbles, des illuminés, mais aussi quelques connaissances comme Dominique Ponchardier, alors haut fonctionnaire à Djibouti et plus connu de nos services comme l’auteur, sous le pseudonyme d’Antoine Dominique, des aventures du Gorille à la Série Noire. À Sanaa, Gary rencontre un ancien barbouze, qui fut “collaborateur direct d’Enver Hodja en Albanie”, auteur d’une Confession d’un agent secret que nous n’avons pu identifier.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Titre choc, Vosges Matin, Épinal (Vosges), 17 juillet 2017, photo de Lucie Didion.

804 (2)-min

J’ai déjà fait mieux.

SAMEDI.

  Film vus. Telle mère, telle fille (Noémie Saglio, France, 2017)

Guy de Maupassant (Michel Drach, France, 1982)

West Side Story (Jerome Robbins, Robert Wise, É.-U., 1961)

Le Caire Confidentiel (The Nile Hilton Incident, Tarik Saleh, Maroc – Suède – Danemark – Allemagne – France, 2017)

M le Maudit (M – Eine Stadt sucht einen Mörder, Fritz Lang, Allemagne, 1931).

L’Invent’Hair perd ses poils.

804 (3)-min  804 (1)-min

Saint-Pierre (La Réunion), photo d’Antoine Fetet, 7 avril 2010 / Cannes (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 23 avril 2010

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 13 novembre 2016. 142 km. (31814 km).

804 (6)-min

892 habitants

   Au pied des marches qui mènent à l’église se dresse une stèle de grès sali traversée par une croix portant la mention “Pro Patria”. À sa base, sur un petit autel orné d’une palme et portant les dates 1914-1918, est couché un Poilu qui serre contre son cœur le drapeau de son régiment. Le gisant est signé “Ch. Pourquet 1922”. Au dos sont inscrits les vers “Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie / Ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.” Le 11-novembre n’a pas donné lieu, apparemment, à des débordements floraux.

Colonne de gauche :

THONNELIER Émile Lieutenant

PIERRE René Sous-Lieutenant

MORITZ Paul Adjudant-Chef

JEUNESSE Edmond Adjudant

FADE Lucien Sergent

GELINET Pierre -id-

KNUR Paul -id-

PAULUS Émile -id-

STOUVENEL Alphonse -id-

GIRARD Léon -id-

ADAM Jean-Baptiste Soldat

BAGARD Auguste -id-

DESPEINES Raymond -id-

GAILLARD Charles -id-

GEORGE Albert -id-

GÉRARD Lucien -id-

   Colonne de droite :

GUIDAT Georges Soldat

GUIOT Émile -id-

LEMAIRE Albert -id-

MOREL Léon -id-

MOREL Joseph -id-

PAULUS Victor -id-

ROUSVILLE Charles -id-

Victimes civiles

ARCIN Marie-Claire 80 ans

BERNHARD Marie Louise 1 an

Commandant GÉRARD 77 ans

GAIRE Joseph 34 ans

HAMMERER Émile 52 ans

MELCHIOR Jules 65 ans

NICOLE Marie-Rose 60 ans

   L’église est ouverte et abrite une plaque commémorative portant des renseignements plus complets mais je n’ai pas le temps de l’étudier.

Poil et pub.

804 (7)-min

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

19 août 2018 – 803

DIMANCHE.

Lecture. Le Jardin de Bérénice (Maurice Barrès, Perrin, 1891, rééd. in « Romans et voyages », Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Vital Rambaud, 1994; 1508 p., 179 F).

Le troisième volet du Culte du moi poursuit la construction idéologique et sentimentale de Philippe, le personnage derrière lequel se cache Maurice Barrès. En campagne électorale à Aigues-Mortes, Philippe rejoint Bérénice, une jeune courtisane repentie, et trouve le bonheur dans la conjonction de ce lieu et de cette personne. La lecture est moins ardue que pour les épisodes précédents mais Barrès est toujours difficile à suivre quand on n’a pas sous la main les notions qu’il manipule (spinozisme, positivisme, inconscient d’avant Freud, etc.). Il reste qu’on voit apparaître l’importance du territoire, des racines, qui formera un des thèmes majeurs de l’œuvre à suivre. Reste aussi que, notuliennement parlant, ce livre est d’un intérêt majeur puisqu’il y est question de “la pauvre race italiote”. La rubrique “les un et les otes”, consacrée à ce suffixe, est un des axes de la recherche notulienne et ce nouvel élément permet de faire le point sur le sujet, le dernier bilan datant des notules n° 734 en date du 1er janvier 2017. Depuis, sont apparus : les “Florentins ou autres Italiotes” (déjà), évoqués par Paul-Jean Toulet dans une lettre à Curnonsky; Pierre Cohen-Hadria m’a signalé que “les pêcheurs de ce bourg au sud de la lagune de Venise, nommé Chioggia, sont qualifiés de Chioggiottes” (cas rare d’un t doublé); le même indique avoir “croisé l’adjectif romaniote pour qualifier les

habitants de la Romanie” (s’agit-il de l’ancienne partie de l’Empire romain ou de l’actuelle Romagne ?); Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique nous apprend qu’un “organisme eucaryote est un organisme vivant dont le noyau cellulaire est séparé du cytoplasme par une membrane, ce qui l’oppose notamment aux bactéries (procaryotes)”; enfin, Delfeil de Ton évoque Ankara et les Ankariotes dans L’Obs du 16 février 2017. À suivre.

LUNDI.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 13 (15 septembre 2017, 96 p., 15 €).

“L’esprit de l’escalier”

MARDI.

Transhumance. La Didionnée se transporte à Scionzier (Haute-Savoie) pour un petit rab de vacances, même pas méritées.

MERCREDI.

Vie aux Alpes. À la découverte de Cordon, village perché face au mont Blanc. La route qui y mène est semée d’épingles à cheveux, du genre de celles qui vous obligent à regarder dans le rétroviseur pour voir si une auto arrive en face. Mais quoi de plus naturel qu’une route en lacets pour atteindre Cordon. Esclaffons-nous.

Éphéméride. “15 août [1862]

Ce soir, je me réjouis d’aller au feu d’artifice, de me fondre dans la foule, d’y perdre mon chagrin, ma personnalité. Il me semble qu’un grand chagrin vous perd, parmi tant de monde. Je me réjouis d’être coudoyé par du peuple, comme on est roulé par des flots.” (Edmond et Jules de Goncourt, Journal : Mémoires de la vie littéraire)

JEUDI.

Vie aux Alpes. Nous arpentons le plateau des Glières, que je ne manque jamais de visiter lors de chacun de nos passages dans la région. Lieu chargé d’histoire, on le sait, mais aussi lieu fondateur dans mon histoire personnelle pour des raisons qui le sont tout autant.

Lecture. Zone érogène (Philippe Djian, Éditions Bernard Barrault, 1984, rééd. J’ai lu n° 2062, 1989; 352 p., s.p.m.).

La persévérance paie : après plusieurs tentatives infructueuses, c’est la première fois que je trouve de l’intérêt à un texte de Philippe Djian. Zone érogène est un roman torpille, mené à cent à l’heure, qui ne laisse place ni à la respiration ni à l’ennui. Il a l’air d’avoir été tapé en une seule prise, au fil de jours et de nuits fiévreux et enfumés, mais comme tout ce qui a l’air fluide, spontané et relâché, il est certainement le fruit d’un travail conséquent. On ne peut que le croire car il met en scène un écrivain nommé Philippe Djian, justement aux prises avec un roman en cours mais aussi avec une vie sentimentale chaotique et les soucis ordinaires du quotidien. L’argent, par exemple, qui manque et qu’il faut se procurer au prix d’un travail salarié – les deux meilleures séquences du livre montrent d’ailleurs l’écrivain dans deux expériences professionnelles racontées de façon formidable. J’avais pris ce livre pour le virer de ma bibliothèque après lecture, je crois que je vais le garder.

VENDREDI.

Vie aux Alpes. Nous partons à la découverte de Flaine, une station qui doit bientôt fêter son cinquantenaire. L’ensemble conçu par Marcel Breuer n’a pas trop mal vieilli, si l’on considère que l’homme avait commencé par fabriquer des chaises à l’époque du Bauhaus, et l’hôtel originel en aplomb sur le vide, vendu depuis à la découpe, est aussi impressionnant que je l’imaginais.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Pompes de collection à Rasey (Vosges), photos de l’auteur, 12 novembre 2017.

803 (4)-min  803 (3)-min  803 (5)-min

SAMEDI.

Film vus. Ce qui nous lie (Cédric Klapisch, France, 2017)

La Tour, prends garde ! (Georges Lampin, France – Italie – Yougoslavie, 1958).

Lecture. Daniel Avner a disparu (Elena Costa, Gallimard, coll. nrf, 2015; 144 p., 13,50 €).

Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4100 salons, atteint le 27 février 2018.

Bilan géographique.  

Classement général par pays.

  1. France : 3421 (+ 71)
  2. Espagne : 168 (+ 3)
  3. Royaume-Uni : 76 (+ 6)
  4. Belgique 57 : (=)
  5. Italie : 51 (+ 1)
  6. États-Unis : 45 (=)
  7. Danemark : 34 (=)
  8. Suisse : 25 (+ 1)
  9. Allemagne : 23 (+ 7)
  10. Portugal : 20 (=)

L’Allemagne entre dans le top 10, le Pérou et le Canada en sortent.

Classement général par régions (France).

1 Rhône-Alpes : 641 (+ 10)
2. Île-de-France : 537 (+ 21)
3. Languedoc-Roussillon : 275 (+ 2)
4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 263 (=)
5. Lorraine : 259 (+ 5)
6. Midi-Pyrénées : 200 (+ 3)
7. Bretagne : 140 (+ 2)
“. Pays de la Loire : 140 (+ 2)
9. Bourgogne : 134 (+ 2)
10. Centre : 122 (=)

Positions inchangées.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 432 (+ 18)
2. Rhône : 322 (=)
3. Vosges : 147 (+ 2)
4. Loire-Atlantique : 110 (+ 1)
5. Pyrénées-Orientales : 92 (=)
6. Loire : 91 (=)
7. Meurthe-et-Moselle : 83 (+ 3)
8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
9. Saône-et-Loire : 72 (=)
10. Hérault : 69 (=)

Pas de changement dans le top 10. Les progressions notables sont celles de la Haute-Savoie (15e, + 6 places), de la Corse (36e, + 10 places) et de la Martinique (62e, + 12 places).

Classement général par communes.

1. Paris : 432 (+ 18)
2. Lyon : 147 (=)
3. Nantes : 57 (=)
4. Barcelone : 55 (+ 1)
5. Nancy : 47 : (+ 2)
6. Épinal : 38 (+ 1)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 26 (=)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

En dehors de Paris, les villes du Top 10 ne progressent quasiment pas et conservent les mêmes places. Bastia (8 salons), Francfort-sur-le-Main (7 salons pour son apparition dans le classement), Caen et Cracovie (4 salons) sont les principales bénéficiaires de cette centaine.

Bilan humain.

  1. Marc-Gabriel Malfant : 1410 (+ 14)
  2. Philippe Didion : 339 (+ 1)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 269 (+ 8)
  4. Jean-Damien Poncet : 236 (+ 17)
  5. François Golfier : 232 (+ 31)
  6. Jean-Christophe Soum-Fontez : 153 (+ 3)
  7. Hervé Bertin : 132 (+ 1)
  8. Sylvie Mura : 113 (+ 8)
  9. Benoît Howson : 81 (=)
  10. Bernard Cattin : 76 (+ 1)

Positions inchangées, malgré la belle progression de François Golfier. Pierre Cohen-Hadria n’a pas l’air décidé à laisser sa place sur le podium.

Étude de cas. Depuis la création de notre chantier ou presque, Marc-Gabriel Malfant en a été le principal contributeur. Logiquement, ce sont ses photos qui apparaissent le plus souvent dans l’aperçu hebdomadaire illustrant chaque numéro des notules. Comme il n’est pas homme à se contenter d’un seul sujet, son nom apparaît aussi dans d’autres rubriques, Le cabinet de curiosités, Poil et plume principalement. Cette forte présence interpelle, intrigue et même, parfois, agace : récemment, les notules ont été menacées (stupeur) de non-lecture (et tremblements) en cas de nouvelle apparition d’une photo de notre phénomène. En un mot comme en cent, la notuloclastie est à nos portes. Il est donc temps d’en dire un peu plus sur l’homme et sur ses liens avec le notulographe. Marc-Gabriel Malfant est un notulien canal historique, abonné depuis 2004 suite à une notule mentionnant Roland Toutain, un acteur auquel il s’intéressait à l’époque pour je ne sais quelle raison. Des échanges ont suivi, qui ont abouti à une correspondance riche aujourd’hui d’un ou deux courriels et d’un bon millier de lettres, dont beaucoup accompagnées de photos aptes à nourrir différents chantiers. Ses connaissances dans divers domaines m’ont souvent été précieuses : il n’est pas pour rien dans mon intérêt pour Ernest Gengenbach – je crois bien que c’est lui qui m’a signalé que la bibliothèque de Saint-Dié abritait les archives de celui-ci – et nous travaillons actuellement à une plaquette contenant un inédit et une réédition du surréaliste repenti. Cela dit, je n’ai jamais rencontré Marc Malfant et ne le verrai peut-être jamais. Je ne connais pas son âge ni son apparence physique. Ce qui ne m’empêche pas de pouvoir dévoiler son portrait, d’abord ci-dessous puis, à partir du prochain numéro, dans une rubrique dédiée qui paraîtra à la page du mardi sous le titre, quel autre, “Malfantômas”.

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Marc-Gabriel Malfant, Autoportraits hétérocéphales, 2018

             L’Invent’Hair perd ses poils.

803-min

Saint-Génis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 23 mars 2011

             IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 6 novembre 2016. 105 km. (31672 km).

803 (7)-min

186 habitants

   Sous un beau marronnier, la stèle courtaude est entourée d’une grille circulaire et fait face à l’église. En bas-relief, une Croix de Guerre et deux fûts de canon en croix au-dessus de trois boulets. Les inscriptions figurent sur des plaques de marbre.

803 (6)-min

Aux glorieux morts

De la Guerre

1914-1918

LÉVÊQUE Henri

BAUGUE Henri

THIÉRY Joseph

BAUGUE Louis

DESCIEUX Émile

LORRAIN Paul

BINOT Flavien

PROTOIS Charles

LORRAIN Auguste

CAPRON Georges

1939-1945

THIERRY René      ROLLIN Charles

PHELISSE Emma      ROLLIN Paul

ROLLIN Albert

             Poil et pub.

803 (8)-min

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

12 août 2018 – 802

LUNDI.
           Lecture. Temps Noir n° 18 (Joseph K., 2015; 352 p., 19,50 €).
                         « La Revue des Littératures Policières »
                         Le Premier qui dort réveille l’autre (Jean-Edern Hallier, Le Sagittaire, 1977; 168 p., s.p.m.).
                         Dans la biographie qu’il consacre à Jean-Edern Hallier, Jean-Claude Lamy ne mentionne qu’en passant ce roman. Il date pourtant d’une époque à laquelle Hallier était encore considéré comme un auteur prometteur, au talent certain, avant de devenir le polémiste que l’on a retenu. Le fait est qu’on ne le reconnaît pas dans ces pages, qui constituent le long cri de douleur poussé par un enfant dont le frère est victime d’une maladie incurable et promis à une fin prochaine. Le but est de retarder l’instant fatal par des jeux, des scènes qui s’adaptent à l’état de plus en plus critique du malade, de ne jamais parler de la mort à venir pour tenter de conjurer le sort. L’écriture parfois ampoulée et la curieuse obsession pour la Seconde Guerre mondiale dans les jeux des enfants n’empêchent pas l’émotion d’être présente ni de se dire, et on n’est pas le premier, que Jean-Edern Hallier aurait mieux fait de se concentrer sur son travail littéraire.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Berlin, 8 août 1963
Goma : j’ai récemment écrit à Quiloflor, qu’il vous montre la lettre, les deux dernières plus exactement, car elles abondent en nouvelles. Vraiment, Goma, ce que vous êtes intelligent ! Je vous avais pourtant bien dit de ne m’adresser vos courriers SANS ACCUSÉ DE RÉCEPTION NI RECOMMANDÉ, ce à quoi vous me répondez en ne m’envoyant certes pas de recommandé mais en m’envoyant quand même un accusé de réception. Et on me réveille à 8 h du matin pour me faire signer le reçu. Ce qui est plaisant lorsqu’on a affaire à un intellect véritablement supérieur c’est qu’il s’avère imprévisible.” (Witold Gombrowicz, “Lettres inédites”, in Nouvelle Revue française n° 620, septembre 2016)
                  Lecture. Alibi noir (Black Alibi, William Irish, , 1942 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 278, 1956 pour la première traduction française, rééd. Presses de la Cité, coll. Omnibus, vol. « Nuit noire », 1994, d’après la traduction de M. Michel-Tyl et Bruno Albert-Guillaume; 948 p., 135 F).
                                Familier des grandes villes américaines anonymes, William Irish donne ici une touche d’exotisme à son oeuvre avec une histoire située en Amérique du Sud, où un jaguar défraie la chronique avec des meurtres à répétition. Mais s’agit-il bien d’un animal ? Le problème avec les meurtres à répétition, qu’ils soient perpétrés par un animal ou par un homme, c’est qu’ils sont répétitifs et William Irish, malgré tout le talent qu’on lui accorde, n’évite pas ce travers. Le roman devient vite lassant et son dénouement, qui se tourne de façon inattendue vers l’horreur gothique, n’arrange pas vraiment les choses.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Rues curieuses.

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Charmes (Vosges), photo de l’auteur, 4 juillet 2017 / Château-Chalon (Jura), photo de Sylvie Mura, 24 août 2017
SAMEDI.
              Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
              Football. SA Spinalien – Saint-Maur Lusitanos 2 – 1. Après les dentelles de la Coupe du monde, retour au football de caniveau avec combat de phacochères dans la surface et ballet de crampons en zone maxillo-faciale. Je préfère.
              Film vus. L’Amant double (François Ozon, France – Belgique, 2017)
                             Nocturne indien (Alain Corneau, France, 1989)
                             HHhH (Cédric Jimenez, É.-U. – France – R.-U. – Belgique, 2017)
                             L’Âge des possibles (Pascale Ferran, France, 1995)
                             De plus belle (Anne-Gaëlle Daval, France – Belgique, 2017)
                             L’Âge d’homme… maintenant ou jamais ! (Raphaël Fejtö, France, 2007).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
802-min
Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 23 mars 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 30 octobre 2016. 30 km. (31567 km).
802 (7)-min
100 habitants

   De loin, j’ai cru que j’avais trouvé le monument : un socle avec un homme en buste, pas vraiment l’air du Poilu mais portant moustache, une palme sur la face avant, mais la date du 30 septembre 1899 montre vite que l’on a fait fausse route. Nous sommes devant la Mairie, la rue est celle du Docteur Villemin. Logiquement c’est de lui qu’il s’agit. Effectivement, une plaque peu lisible signale, un peu plus loin, que nous sommes en présence de la maison natale du Docteur Jean-Antoine Villemin “auteur de la découverte de la contagiosité de la tuberculose”. C’est donc le Villemin de l’ancien hôpital Villemin de Paris qui était situé à l’emplacement de l’actuel Jardin Villemin devant lequel je passe lors de chacun de mes séjours parisiens, entre la gare de l’Est et le canal Saint-Martin.

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   Mais n’oublions pas le but de notre voyage. Sur le mur arrière de la Mairie est fixée une plaque.

802 (5)-min

Hommage

De la commune et des habitants de Prey

A leurs morts glorieux

De la Grande Guerre 1914-1918

CUNIN Louis tué le 11 juin 1918 en Albanie

DURUPT Alphonse décédé à Toul le 3 septembre 1918

KIENZEL Albert tué le 22 juillet 1916 à Assevillers (Somme)

WOLFF Charles disparu le 3 mars 1915 à Lorette

             Poil à l’affiche.

802 (8)-min

Bon dimanche,

Philippe DIDION

5 août 2018 – 801

DIMANCHE.
                   Football. L’intérêt d’un match de football tient, à mes yeux du moins, à deux éléments. Le premier, et ce ne sont pas les Belges ni les Croates qui vont dire le contraire, c’est que le plus fort ne l’emporte pas à tout coup. Le second, lié d’ailleurs au premier, c’est qu’il ménage toujours une part d’injustice. Penalty inexistant, hors-jeu flagrant, faute passée inaperçue, corner ou remise en jeu, main ou pas main, toutes ces choses qui font hurler les tribunes et contre lesquelles les instances dirigeantes ont entrepris de lutter sans se rendre compte qu’elles allaient ainsi enlever un ingrédient essentiel du jeu. Plus la peine désormais d’envoyer un arbitre aux chiottes, il y va tout seul et s’arrête en chemin pour regarder la télé. L’usage de la vidéo est en passe de rendre les matches de football interminables et aussi insipides que ceux des autres sports collectifs où c’est, on y revient, toujours le plus fort qui gagne. L’équipe de France, ce soir et tout au long de la compétition, n’était pas la plus forte et elle l’a emporté. Elle est aussi championne du monde parce que ses joueurs ont oublié d’être bêtes. Hors du terrain d’abord en se pliant aux exercices de communication, répétant à l’envi les éléments de langage qu’on leur avait fait apprendre avec une docilité propre à faire pâlir un député macronien : ambiance parfaite, mise en avant du collectif, mise en sommeil de l’ego, soif de vaincre, amour du maillot, respect de l’adversaire, etc. Sur le terrain ensuite en mettant en pratique ces préceptes, ce qui était plus inattendu. Les joueurs de 2018 n’étaient pas plus forts que ceux qui les ont précédés et qui ont échoué dans la conquête de la Coupe du monde. Ils étaient, momentanément peut-être, moins bêtes. La bêtise à front de taureau des Anelka, Ribéry, Évra, Nasri, Domenech, c’est un échantillon, ne pouvait décemment être couronnée d’un trophée mondial. Il y a là, pour une fois en football, une forme de justice.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “18 juillet [1963]. Hôtel du Palais, Biarritz
Lettre de Josette Day. – … À mon arrivée, Biarritz ressemblait à une baignoire vide dont la douche coulait. Aujourd’hui, il fait un temps à chandails, ce que j’aime. La plage grouille de joyeuses colonies de vacances et sent le pique-nique, mais nous, sous le bouc de l’Empereur, nous vivons dans le calme distingué et plutôt emm…
“Hinano est maigrelette, petit poisson fossilisé, mais très belle. Elle ne veut pas jouer sur la plage, adieu pelle et pâtés, et préfère le bleu Matisse de la piscine.
“Rencontré Charlie de Beistegui. La méchanceté sur deux cannes. À fuir. Demain, je me mets au boulot : bronzage et lectures + les bains. 21°. Dites à Jacques B. que les cures de sagesse sont payantes. Au dernier bulletin : foie de jeune fille.
“Matthieu, mon ami, je voudrais longuement vous écouter, vous découvrir au-delà d’une certaine armure…” (Mathieu Galey, Journal intégral 1953-1986)
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Littérature de façade à Paris (Seine), rue Champollion, photos de l’auteur, 17 juin 2017.
    
SAMEDI.
              Lecture. Les Pièges de l’exil (The Other Side of Silence, Philip Kerr, Putnam, 2016 pour l’édition originale, Le Seuil, 2017 pour la première traduction française, rééd. Points Policier P 4801, 2018, traduit de l’anglais par Philippe Bonnet; 408 p., 7,90 €).
                            En enlevant Philip Kerr au Masque, Le Seuil pensait faire une opération juteuse. Elle le sera moins que prévu car l’auteur est mort en mars dernier à l’âge de 62 ans. Le Seuil aura eu le temps de publier deux romans, celui-ci et le suivant, de la série consacrée à Bernie Gunther ce qui est peu, même s’il reste des inédits à traduire. Sans qu’il y ait relation de cause à effet, Les Pièges de l’exil est un élément des plus faibles de la série. Sa situation historique, la Guerre froide, nous conduit dans une histoire d’espionnage à laquelle on ne comprend quasiment rien. Son intérêt principal tient au fait qu’il met en scène Somerset Maugham – qui fut réellement un élément des services d’espionnage britanniques – dans le cadre de sa villa sur la Côte d’Azur. C’est tout ce que je sais sur cet auteur : jeune étudiant en langue anglaise, j’ai passé tellement de temps à apprendre à prononcer correctement son nom que je n’ai jamais trouvé le temps de le lire.
               Films vus. Chronique des événements amoureux (Kronika wypadków milosnych, Andrzej Wajda, Pologne, 1986)
                                Le Dernier Vice-Roi des Indes (Viceroy’s House, Gurinder Chadha, R.-U. – Inde – Suède, 2017)
                                Au Bonheur des Dames (Julien Duvivier, France, 1930)
                                Rodin (Jacques Doillon, France – Belgique – É.-U., 2017)
                                Le Tonnerre de Dieu (Denys de La Patellière, France – Italie – R.F.A., 1965)
                                Le Prestige (The Prestige, Christopher Nolan, É.-U. – R.-U., 2006).
               L’Invent’Hair perd ses poils.
Paris (Seine), rue de Vaugirard, photo de Pierre Cohen-Hadria, 19 mars 2011
               Poil et plume. “Il n’a cependant pas toujours été si glabre, il a tout essayé dans sa jeunesse : favoris à vingt-cinq ans, assortis de monocle et châtelaine, barbe en pointe à trente suivie d’une barbe carrée puis d’un essai de moustache. À trente-cinq ans il a rasé tout cela, réduisant du même pas sa chevelure qui, de bouffante, est à jamais devenue stricte et plate et vite blanche.” (Jean Echenoz, Ravel)
DIMANCHE.
                   Transhumance. “Vague frange du désert central avec sa préfecture au nom broussailleux, la Creuse ne fut jamais le théâtre de quoi que ce soit”, écrivait Bergounioux. Elle se contente d’être le cadre de nos séjours estivaux, ce qui rehausse de suite son prestige. Les temps qui ont précédé notre départ ont été un rien tourmentés avec une situation familiale préoccupante sur le plan sanitaire mais les choses semblent aller dans le bon sens et nous permettent de prendre la route ce matin. L’auto est chargée des choses essentielles, les cannes pour les poissons, les jumelles pour les oiseaux, la loupe, le filet et Jean-Henri Fabre pour les insectes.
                   Lecture. Tour de France des villes incomprises (Vincent Noyoux, Éditions du Trésor, 2016 pour l’édition originale, rééd. Pocket, coll. Aventure humaine n° 17006, 2018; 212 p., 6,40 €).
                                 L’auteur a sélectionné et visité un certain nombre de villes et de sites qu’il ne viendrait à l’idée de personne de choisir comme lieu de destination : Vesoul, Maubeuge, Vierzon, Cergy et autres perles. Son contre-guide touristique est toujours intéressant, souvent amusant et parfois émouvant, voir le chapitre consacré à la vallée de la Fensch.  On ne s’étonnera pas de trouver Guéret parmi les lieux élus : “La ville boude derrière ses façades grises, les commerces ont connu des jours meilleurs, on cherche à se garer près de la rivière mais il n’y en a pas.” Contrairement à ce qui se passe pour les autres endroits qui finissent par révéler quelque richesse insoupçonnée, l’auteur a bien du mal à trouver pour ce lieu une once d’intérêt : “Il faut se contenter de peu quand on visite Guéret.” Ou alors appartenir à la famille d’un notulographe et craindre de fâcher celui-ci.
                   Vie entomologique. Identification d’un Clairon des ruches et d’un Tabac d’Espagne.
LUNDI.
           Vie entomologique. Identification d’un Cuivré commun et d’un Petit sylvain.
MARDI.
           Vie entomologique. Identification de deux libellules, sans totale certitude. Elles portent des noms différents selon le guide consulté : Leste brun et Agrion à larges pattes pour l’un, Brunette hivernale et Pennipatte bleuâtre pour l’autre.
           Lecture. Mon témoignage sur l’affaire Conty le tueur fou de l’Ardèche (Henri Klinz, Mareuil Éditions, 2017; 304 p., 18 €).
                         Les notuliens historiques connaissent mon intérêt pour l’affaire Conty et les raisons de celui-ci, exposées dans le numéro 235 de juillet 2005. Le tueur fou de l’Ardèche s’est volatilisé en 1977 et n’a jamais été retrouvé, même si l’on croit toujours le voir ici ou là, comme en témoignent les articles du Dauphiné qui paraissent régulièrement à son sujet et que m’adresse mon ami H. Sur le plan éditorial, le front est plutôt calme depuis le livre de Yannick Blanc, Les Esperados, sorti en 1984. Aujourd’hui paraît le témoignage d’un gendarme, celui qui vit son collègue tomber sous les balles de Conty et qui ne doit qu’à un miracle – une arme enrayée – de n’avoir pas connu le même sort. Henri Klinz avoue avoir écrit ce texte pour des raisons thérapeutiques, pour essayer d’en finir avec une histoire qui le hante depuis quarante ans. Son récit ajoute peu de choses nouvelles, sinon des suppositions, mais a le mérite de raconter l’enquête de l’intérieur. Il permet de voir les conditions et les méthodes de travail courtelinesques de la gendarmerie rurale de l’époque, qui n’avaient guère changé quelques années plus tard au moment de l’affaire Grégory, autre fiasco retentissant de la maison Pandore.
MERCREDI.
                  Vie entomologique. Identification douteuse d’un Cryptocéphale soyeux, impossible d’un diptère qui résiste à mes recherches.
                  Éphéméride. “25 juillet [1941].
Les Russes tiennent toujours et l’avance allemande est très ralentie. Les assaillants trouvent évidemment là-bas une défense à laquelle ils ne s’attendaient pas.
Pendant ce temps, nous multiplions les abandons. Maintenant c’est l’Indochine que nous perdons. Les Japonais profitent de notre débâcle pour s’en emparer. Le prétexte de leur occupation est qu’ils veulent empêcher les Anglais de l’envahir. De toute manière, l’Indochine faisait l’objet de visées. Nous avions le choix entre les Japonais et les Anglais. Avec les premiers, nous sommes sûrs de ne pas y retourner, avec les seconds, il y avait une promesse formelle de restitution. La promesse valait ce qu’elle valait, mais le gouvernement de Vichy a choisi la première solution parce qu’elle faisait le jeu de nos ennemis.” (Maurice Garçon, Journal 1939-1945)
JEUDI.
          Vie entomologique. Identification d’une Punaise verte.
          Vie en Creuse. Je déniche à Aubusson un calendrier des postes contenant la liste des communes du département – que j’aurais pu trouver facilement sur Internet, je sais, je m’en fous. L’inquiétude se lit dans les yeux des miennes qui voient se profiler à l’horizon (2 juin 2022 ?) la menace d’un IPAD creusois.
VENDREDI.
                  Vie entomologique. Identification d’une Ischnure élégante, ou Agrion élégant.
                  Vie littéraire. Identification, au rayon fruits et légumes du Monoprix de Guéret, d’Hugues Bachelot, sosie de Charles Vanel, petit-neveu de Jouhandeau et maître-d’œuvre des Rencontres de Chaminadour. Nous devisons un moment entre radis et poireaux, je lui parle du livre de Vincent Noyoux dans lequel il apparaît, ce qu’il ignorait, et nous nous donnons rendez-vous en septembre.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe.
Montluçon (Allier), photo de l’auteur, 2 août 2016
   C’est bien joli, c’est la marque d’un noble souci, ça donne bonne conscience mais à chaque fois que je tombe sur une inscription de ce genre, ce n’est pas aux arbres que je pense mais au type qui essaie vaille que vaille de gagner trois francs six sous en fourguant ses prospectus et ses canards gratuits. Je préfère pour ma part les accueillir dans ma boîte aux lettres et les mettre aussitôt à la poubelle ( bac “à recycler”, j’ai aussi droit à la bonne conscience).
SAMEDI.
              Film vu. Le Beau Serge (Claude Chabrol, France, 1958).
              Lecture. La Maison rose (Pierre Bergounioux, Gallimard, coll. nrf, 1987; 168 p., s.p.m.). Bergounioux était samedi dernier à Ussel (Corrèze), là où je l’avais rencontré en 2016 et 2017. Cette année, notre départ plus tardif n’aura pas permis de retrouvailles. Je m’en suis excusé auprès de lui et lui ai envoyé un Petit monarque pour le consoler d’une déception qu’on imagine immense.
              Vie entomologique. Identification d’un Criquet des pâtures.
              Vie touristique. Identification des lieux de tournage du Beau Serge, à Sardent (Creuse). La plupart sont facilement reconnaissables, l’église, la place avec le monument aux morts (pour lequel j’ai l’œil du professionnel), le cimetière (qui renferme deux tombes “Famille Chabrol”, le père de Claude, Yves, doit être dans l’une d’elles), le café (fermé depuis peu, bel article dans Libération récemment), la maison face à l’école où loge Brialy. Dans le film, celui-ci est un jeune homme qui revient au pays pour convalescence après avoir vécu à Paris. Les gens qu’il croise lui disent que le bourg se meurt. On est en 1958. Il n’a pas ressuscité depuis.            
              L’Invent’Hair perd ses poils.
Paris (Seine), rue de la Croix-Nivert, photo de Pierre Cohen-Hadria, 19 mars 2011
              Poil et plume. Il y a coiffeur et coiffeur. On connaissait déjà le coiffeur de ville et le coiffeur de campagne. J’ai inventé le coiffeur colonial ! Qu’est-ce que c’est ? Un homme qui digère bien, qui sait d’où vient la fièvre, qui la guette et la tue et qui est satisfait du climat. Je n’ai pas de boutique. Je suis le coiffeur à bicyclette, autrement dit le coiffeur à pédales. On me téléphone, une voix dit : “Tartass, montez à Koulouba tailler les cheveux de M. le gouverneur.” En selle ! En selle ! Cinq kilomètres de côte. Tartass arrive à Koulouba. Je ne prétends pas que la colonie pourrait se passer de gouverneur, en tout cas aucun gouverneur ne pourrait se passer de Tartass. Ah ! je suis content ! content ! Ne pas avoir peur des distances, voilà le secret de la réussite. Je vais opérer à Kayes, à cinq cents kilomètres de ma résidence. Oui, monsieur, Tartass fait cela. À l’aller comme au retour, il taille et rase dans le train. Savez- vous que Tartass est la préoccupation de tous les broussards de Tombouctou à Dakar ? Deux mois avant, ils se disent : “Pourvu que Tartass soit dans le train !” Il y est, tondeuse en main, ciseau en bandoulière, rasoir entre les dents. De station à station, de compartiment en compartiment, sur toute la ligne, son nom vole. Il vole comme un papillon du soir, chargé d’espoir. Les barbus seront glabres et les hirsutes transfigurés.” (Albert Londres, “Tartass ou le coiffeur à pédales” in Terre d’ébène)
DIMANCHE.
                   Vie entomologique. Identification d’un Orthétrum réticulé et d’un Flambé.
LUNDI.
           Vie entomologique. Identification d’un Calosome doré.
MARDI.
           Vie entomologique. Identification d’un Bombyx disparate.
MERCREDI.
                   Vie en Creuse. Depuis notre découverte du pays en 2001, j’ai eu le temps de prendre mes marques. Ici, dans le triangle Aubusson – Gouzon – Guéret, je suis en terrain connu : j’ai mon nom (immense fierté) sur une boîte à lettres, je lis La Montagne avec le même soin et le même intérêt que Vosges Matin, je suis enregistré au chef-lieu à la pharmacie Pascal, j’ai ma carte de fidélité à la pâtisserie et au camion de pizza, je choisis toujours la caisse de Cindy à l’Intermarché de Sainte-Feyre et celle de Lucette au Monoprix de Guéret, je sais qui fabrique le meilleur creusois et le meilleur pâté de pommes de terre, je sais quel buraliste vend – vendait, j’ai acheté le stock – les dernières cartes postales antiques en noir et blanc. Il m’est même arrivé à deux reprises d’être pris pour (confondu avec, plutôt) quelqu’un du cru à Ahun (“Salut Robert !”) et dans un village proche (“Tiens, v’là l’Robert !”). S’entendre appeler Robert ne rajeunit personne mais j’ai à chaque fois soulevé poliment ma casquette, qui n’était peut-être pas pour rien dans la naissance de ce quiproquo. Côté littérature, je n’ai jamais pu entrer en contact avec Pierre Michon mais je suis à tu et à toi avec Agnès Castiglione, le gardienne de son œuvre. Bref, en Creuse, j’ai l’impression d’être chez moi. Et où passer de meilleures vacances que chez soi ?
                  Éphéméride. “1er août [1930]
Je vais acheter des cigarettes à Criquetot.
La vue de ce médiocre petit village (du reste si parfaitement semblable à quantité d’autres de la région), chaque fois que j’y retourne, m’assombrit. Quelle insuffisante préoccupation de l’hygiène, du confort, du bien-être, de la gaieté ! (Savante gradation dans le choix des mots.) Une sorte d’économie sordide semble avoir dicté l’emplacement et l’étrécissement des demeures, où seuls puissent réaliser un semblant de bonheur des êtres également sordides; où toute aspiration vers une situation meilleure soit condamnée à languir misérablement. Là tout est laid, mesquin, figé. Aucun jardin public, aucun lieu, que le cabaret, pour se réunir le dimanche; aucun chant, aucun jeu, spectacle ou musique; aucune invite à se distraire un instant de sa peine et de ses plus égoïstes intérêts. Il est peu de pays où l’on se sente moins heureux de vivre, malgré sa relative prospérité. Et je songe avec mélancolie à ces nouveaux villages, que j’ai pu voir en Allemagne, où tout semble aimable, maisons et gens…” (André Gide, Journal)
JEUDI.
          Lecture. Le Tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui (Pierre Adrian & Philibert Humm, Éditions des Équateurs, 2018; 324 p., 20 €).
                        Le livre sortait à peine lorsque j’ai rencontré Philibert Humm à Jaligny. Depuis, il a eu une belle presse et semble rencontrer un joli succès public. Il m’aura cependant déçu. Peut-être parce que j’attendais quelque chose de plus littéraire, plus collé au texte source d’Augustine Fouillée. La promenade des deux jeunes gens est certes agréable à suivre, leurs commentaires sont souvent pertinents, l’humour y est bienvenu mais l’ensemble est assez convenu, parfois proche du cliché (épisodes de Lens et de Marseille). L’écriture à quatre mains n’apporte rien, chacun prenant la plume à tour de rôle pour se moquer gentiment de l’autre, ce qui devient rapidement lassant. Les auteurs rappellent honnêtement que leur tentative de refaire l’itinéraire du livre originel n’est pas la première : en 1977, Anne Pons avait publié chez Tchou Le Tour de France par Camille et Paul, deux enfants d’aujourd’hui.
          Vie entomologique. Identification d’un Téléphore fauve. Pardon pour cette accumulation fastidieuse mais les notules me servent aussi de pense-bête, voire, en l’occurrence, de pense-bêtes.
VENDREDI.
                  Vie halieutique. Fin de ma campagne annuelle de pêche, laquelle fut moins riche en prises que la précédente. En fait, il n’y en eut qu’une de notable, mais quelle. Une carpe plus vieille que moi, une espèce de sanglier des eaux lourd comme un sac de plomb. Un pêcheur se serait empressé de mesurer la bête, de la peser, de la photographier pour Facebook après avoir alerté la presse locale. Je me suis contenté d’une photo à usage privé. Pas par modestie : je suis très fier de cette capture car c’est un véritable exploit pour le perpétuel débutant que je suis, qui ne sait pas faire un nœud correct et dont les lancers feraient se gondoler les spectateurs s’il y en avait. Un pêcheur, un vrai, attrape de gros poissons comme un boulanger fait du pain, c’est normal, il est là pour ça. L’exploit, c’est autre chose, c’est du domaine de l’inattendu, c’est la réalisation d’un acte n’appartenant pas à la sphère des compétences. C’est mon facteur qui gagne le Tour de France, c’est moi qui pêche un gros poisson.
                   Lecture. Cosme (Guillaume Meurice, Flammarion, 2018; 336 p., 19,90 €).
                                 Guillaume Meurice nous livre, après tant d’autres, une interprétation possible du fameux sonnet “Voyelles” de Rimbaud. Cette interprétation, reposant en partie sur l’examen du manuscrit, est fort intéressante. Est-elle nouvelle ? Est-elle plausible ? Jean-Jacques Lefrère n’est plus là pour nous éclairer et les rimbaldiens ne se sont pas encore exprimés à ce sujet. Il faut cependant attendre les vingt dernières pages du roman, plutôt médiocre, pour la découvrir et on peut regretter que l’auteur ait choisi cette forme littéraire pour dévoiler sa trouvaille – ou celle de son personnage. Un simple article nous aurait fait gagner du temps.
                   Le cabinet de curiosités du notulographe. Présence capitale – mais modeste – dans les provinces françaises.
   801 (9)
Charmes (Vosges), photo de l’auteur, 3 juillet 2017 / Felletin (Creuse), photo du même, 5 août 2016
 SAMEDI.
              Film vu. Le Môme (Alain Corneau, France, 1986).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
Poitiers (Haute-Vienne), photo de François Bon, 25 mars 2011
              Poil et pellicule.
Luis Buñuel, un merlan andalou
Bon dimanche,
Philippe DIDION

15 juillet 2018 – 800

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 5 août 2018.

LUNDI.

Lecture. L’Infini n° 138 (Gallimard, hiver 2017; 128 p., 20,50 €).

MARDI.

Lecture. Histoires qui font tilt (Games Killers Play, Dell Publishing, 1968 pour l’édition originale,  Pocket n° 2361, 1987, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Collectif, Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F).

Nouvelles.

MERCREDI.

Éphéméride. À Mademoiselle Leroyer de Chantepie

“Croisset, 11 juillet [1858].

J’ai trouvé en arrivant ici votre dernière lettre, chère correspondante. Vous me demandez des consolations; ne vous ai-je pas assez rabâché les mêmes choses. Travaillez excessivement à un travail dur et long. Tout amuse quand on y met de la persévérance : l’homme qui apprendrait par cœur un dictionnaire finirait par y trouver du plaisir; et puis voyagez, quittez tout, imitez les oiseaux. C’est une des tristesses de la civilisation que d’habiter dans des maisons. Je crois que nous sommes faits pour nous endormir sur le dos en regardant les étoiles. Dans quelques années, l’humanité (par le développement nouveau de locomotion) va revenir à son état nomade. On voyagera d’un bout du monde à l’autre, comme on faisait autrefois, de la prairie à la montagne : cela remettra du calme dans les esprits et de l’air dans les poumons.” (Gustave Flaubert, Correspondance)

JEUDI.

          Lecture. Les Térébinthe (Marcel Jouhandeau, Gallimard, 1926; rééd. in “Chaminadour, contes nouvelles et récits”, Gallimard 2006, coll. Quarto; 1540 p., 29,90 €).

Après le récit éclaté des Pincengrain, Jouhandeau réduit son champ d’observation et centre son récit sur un couple et son entourage. C’est l’histoire d’un mariage raté, quelque chose qui pourrait être sous-titré “conte cruel”, aucun personnage n’échappant à la verve méchante de Jouhandeau. Bourgeoisie commerçante de Chaminadour, institutions religieuse, militaire et politique, domesticité, tout est marqué par le calcul, la veulerie, la fausseté, à l’exception d’un personnage, un enfant qui accède presque par miracle à une sorte de sainteté incongrue dans ce milieu corrompu.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Papillons fakiristes, récolte de Marc-Gabriel Malfant.

800-min

800 (2)-min

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Les Sept Samouraïs (Schichinin no samurai, Akira Kurosawa, Japon, 1954)

Des vents contraires (Jalil Lespert, France – Belgique, 2011)

La La Land (Damien Chazelle, É.-U. – Hongkong, 2016)

Samedi soir, dimanche matin (Saturday Night and Sunday Morning, Karel Reisz, R.-U., 1980)

Miss Sloane (John Madden, France – É.-U., 2016).

L’Invent’Hair perd ses poils.

800 (3)-min

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 octobre 2016. 30 km. (31507 km).

800 (4)-min

2011 habitants

   À côté de l’église, sur un parvis envahi par de grosses sphères métalliques peintes en rouge brique, le monument surplombe la cour de l’école dont le marronnier commence à voir jaunir ses feuilles. La colonne, flanquée de deux dalles verticales portant les noms des victimes de 39-45, est coiffée d’un coq juché sur une sphère, noire celle-ci. Une Croix de Guerre est collée sur la partie supérieure.

800 (1)-min

1914-1918

La commune de Pouxeux

A ses enfants

Morts pour la France

   Gauche : 25 noms d’ANDRE Émile à DANIEL Camille

Face : 25 noms de DAVAL Léon à JACQUEMIN Auguste

Droite : 25 noms de JÉRÔME Albert à SIMON Henri

L’absence de noms après l’initiale S m’étonne mais le dos est vierge de toute inscription.

Poil et pellicule.

800 (5)-min

Youth (Paolo Sorrentino, Italie – France – R.-U., Suisse, 2015)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

8 juillet 2018 – 799

MARDI.

Vie littéraire. Parution du Bulletin de l’Association Georges Perec n° 72. J’ai déjà commencé à travailler sur le suivant et prévenu que ce serait le dernier s’il devait passer, comme celui-ci, à la moulinette inclusive.

MERCREDI.

Lecture. Les Archives familiales des écrivains : des matériaux, un motif, une question (sous la direction de Louis Hincker, Frédérique Amselle, Arnaud Huftier & Marc Lacheny, Presses Universitaires de Vincennes, coll. Pratiques et représentations n° 10, 2017; 208 p., 19 €).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

Bonnard le Le Cannet : Dans la lumière de la Méditerranée (catalogue, Hazan / Musée Bonnard, 2011; 160 p., 25 €).

Histoire de l’œil (Georges Bataille, 1928 pour l’édition originale, rééd. Gallimard, coll. L’Imaginaire n° 291, 1993; 128 p., 8,90 €).

« Bonne lecture », m’a dit le vendeur du Centre Pompidou-Metz en me tendant le livre. A son ton et à son expression, j’ai vu qu’il savait ce qu’il vendait et j’ai fait en sorte qu’il comprenne que je savais ce que j’achetais. Histoire de l’œil est en effet un livre sulfureux, publié sous pseudonyme et circulant de façon clandestine jusqu’à une date récente. L’érotisme qui le traverse n’est pas celui d’Apollinaire, il est dépourvu de toute joie, de toute satisfaction : l’assouvissement des fantasmes n’est que le prétexte à en créer de nouveaux dans une escalade de plus en plus vertigineuse. Mais pour en saisir toutes les implications autobiographiques, psychanalytiques et symboliques, il faudrait une connaissance de Bataille que, malheureusement, je ne possède pas.

JEUDI.

Vie professionnelle. Le gouvernement a mis en place – depuis des années peut-être, en tout cas je le découvre aujourd’hui – un espace numérique qui inclut un “simulateur” permettant à chacun de ses dévoués serviteurs de connaître la date de sa mise à la retraite. J’apprends donc que je serai libéré le 1er juin 2022. C’est bien joli mais j’aimerais savoir à quelle heure.

VENDREDI.

Football. Il revient à ma mémoire le titre d’un film peu connu, jamais vu, mais qui trouve aujourd’hui son actualité : Mardi ?… C’est donc la Belgique (If It’s Tuesday, This Must Be Belgium, Mel Stuart, É.-U., 1969).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Papiers trouvés, Épinal, 14 juillet 2016.

799 1-min799 2-min

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Oppression (Shut In, Farren Blackburn, France – Canada – É.-U., 2016)

Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago, David Lean, É.-U. – Italie – R.-U., 1965)

L’Air de Paris (Marcel Carné, France – Italie, 1954)

Orange mécanique (A Clockwork Orange, R.-U. – É.-U., 1971)

Les Hommes du feu (Pierre Jolivet, France, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

799 (2)-min  799 (1)-min-1

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011 / Livarot (Calvados), photo de Jean-Damien Poncet, 2 juillet 2016

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 16 octobre 2016. 74 km. (31477 km).

799 (4)-min

716 habitants

   Le monument est sur les hauteurs de la localité, sur une terrasse gazonnée. Deux vasques de grès aux armes de la commune encadrent l’allée pavée qui y conduit. La flèche, surmontée d’une urne ou amphore, est ornée d’une croix oblique, d’une palme, d’une guirlande et d’une couronne. L’encadrement est double : une grille avec portillon à l’extérieur et une rambarde faite d’un tube métallique à l’intérieur. Les fleurs sont abondantes mais sentent la fin de saison. Sur le côté, un mât avec un drapeau tricolore déchiré.

799 (3)-min

A nos morts

1914-1918

MANGIN Henri      LECOMTE Gabriel

PHILBERT Paul      MILLER Eugène

MICARD René      HOCQUARD Jules

SCHWEITZER André      ROUGIREL Louis

FRANÇAIS Eugène      DEMANGEON Louis

PETITJEAN Eugène      FRICOT Louis

DOYEN Georges      CLAUDE Marcel

TREMELET Georges      RUBRECHT Eugène

RUELLET Henri      ROUGIREL Pierre

BAUMANN Adolphe      HABLAINVILLE Albert

POULET Romuald      RICOEUR Adrien

LAHEURTE Georges      RICOEUR Jules

ANDRÉ Jules Maroc 1922

SIMON Maurice F.F.I. 1939      VIARD Maurice S.N.C.F.

TOUSSAINT Ferdind S.N.C.F. 1945      PLUMET Raymond

   À la base, une plaque :

Aux Veuves et Orphelins

Victimes des Guerres

   Et une palme métallique gravée “1er groupe et BHR du 194 R.A.L.”

Poil de guerre.

799-min

Installation de Julien Vignikin

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1er juillet 2018 – 798

DIMANCHE.

Lecture. L’Homme qui marchait sur la Lune (The Man Who Walked to the Moon, Howard McCord, 1997 pour l’édition originale, Gallmeister, 2008 pour la traduction française, rééd. coll. Totem n° 10, 2017, traduit de l’américain par Jacques Mailhos; 128 p., 7 €).

En 2016, la revue La Femelle du requin consacrait un dossier à Howard McCord, auteur américain, ancien soldat de la guerre de Corée, alors inconnu de nos services. Il y était longuement question de L’Homme qui marchait sur la Lune, qualifié de roman exceptionnel et inclassable. La chose est effectivement intéressante, elle débute comme un exercice de nature writing avec un narrateur qui entreprend l’ascension de la Lune, un sommet du Nevada. Peu à peu, au fur et à mesure que le voyage progresse, le personnage dévoile son passé et l’excursion se transforme en chasse à l’homme. Ce qui donne effectivement un texte original, sans qu’il y ait besoin de crier au chef-d’œuvre.

                                  Le Retour de l’enfant prodige (Pierre Véry, première parution dans Marianne n° 245, 30 juin 1937; rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 1, Librairie des Champs-Élysées, 1992; 1024 p., s.p.m.).

Nouvelle.

Vie culturelle. Visite de l’exposition “Couples modernes” au Centre Pompidou-Metz (Moselle). Le musée ne possède pas de collection permanente, ce qui laisse un espace immense aux expositions temporaires qui s’y succèdent. Celles-ci sont d’une richesse démesurée, on en prend plein la vue, on en sort à genoux. “Couples modernes” n’échappe pas à la règle. Y sont présentées “plus de quarante rencontres entre des créateurs qui  ont participé à l’évolution des formes et des enjeux esthétiques, de la pensée et des mœurs”. On y trouve des associations attendues, Picasso et Dora Maar, Frida Kahlo et Diego Rivera, les Delaunay, les Mahler, mais il y a aussi beaucoup de figures moins connues, chez nous tout au moins, sur lesquelles il sera urgent de se documenter. En particulier Marianne von Werefkin, Alexej von Jawlensky et Gabriele Münter, ces artistes qui investirent, autour de Kandinsky, le village de Murnau en Bavière dans les années 1900 pour y créer des tableaux remarquables. L’exposition présente également les premiers films de Joris Ivens, associé alors non pas à Marceline Loridan, mais à sa première femme, la photographe Germaine Krull.

MARDI.

Lecture. Alabama Song (Gilles Leroy, Mercure de France, 2007; 192 p., 15 €).

Comme Derniers feux sur Sunset, de Stewart O’Nan, qui raconte les dernières années de Scott Fitzgerald, Alabama Song, consacré à la vie de sa femme Zelda, est un roman dont on peine à saisir l’utilité. À quoi bon ajouter, comme le fait Leroy, des épisodes à une vie suffisamment romanesque dans la réalité ? À quoi bon ajouter un récit de vie réelle, si souvent racontée, quand on n’a pas une écriture nouvelle pour le porter ? Pour réhabiliter Zelda ? La biographie d’André Le Vot, que je lis en parallèle, lui rend parfaitement justice en racontant les pillages effectués par Scott dans sa correspondance et dans son journal pour nourrir son œuvre. On ne comprend pas non plus la démarche de Gilles Leroy qui conserve le nom réel de certains protagonistes (Maxwell Perkins, Gertrude Stein…) et dépeint Hemingway sous un nom d’emprunt. Le livre a été écrit à l’occasion d’un séjour en Alabama et en Géorgie offert à l’auteur par les Missions Stendhal du ministère des Affaires étrangères. C’est cher payé.

VENDREDI.

Lecture. Jusqu’à l’impensable (The Crossing, Michael Connelly, Hieronymus Inc., 2015 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, 2017 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin, rééd. LGF, coll. Le Livre de Poche policier n° 34920, 2018; 480 p., 8,20 €).

Le personnage central des polars de Michael Connelly vieillit et l’auteur n’en finit pas de trouver des subterfuges aptes à maintenir Harry Bosch en activité alors qu’il devrait être à la retraite depuis lurette. Il semble y être pour de bon cette fois – mais on imagine qu’il sera rappelé dans un futur épisode – et travaille donc comme enquêteur indépendant au service de son demi-frère, l’avocat Mickey Haller. Problème de conscience : Bosch, qui a passé sa vie à traquer les criminels, est désormais au service de la défense. Ce qui ne va pas sans certaines réticences, on n’est pas loin du cas de conscience. C’est la seule chose nouvelle à noter dans cette énième aventure car pour le reste rien ne change : une intrigue complexe que l’on suit sans difficulté grâce au métier de Connelly dont l’atout maître est la fluidité : tout s’enchaîne parfaitement, clairement et les moments faibles (ceux qui concernent les relations de Bosch avec sa fille) sont vite oubliés.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aux marches du palais.

798 (1)-min  798 (2)-min

Hasselt (Belgique), photo de J.-F. Fournié, 20 novembre 2016 / Le Val-d’Ajol (Vosges), photo de Caroline Didion, 15 novembre 2016

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. L’Égyptien (The Egyptian, Michael Curtiz, É.-U., 1954)

Le Joli Cœur (Francis Perrin, France, 1984)

Spartacus (Stanley Kubrick, É.-U., 1960)

Les Maudits (René Clément, France, France, 1947)

Rhapsodie en août (Hachi-gatsu no rapusodi, Akira Kurosawa, Japon, 1991).

L’Invent’Hair perd ses poils.

798-min

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 25 septembre 2016. 99 km. (31403 km).

798 (3)-min

264 habitants

   Le Poilu braillard d’Eugène Bénet (dû aux Établissements Métallurgiques [illisible] de Paris), est à l’écart de la route principale, j’ai failli partir sans le voir après avoir arpenté en vain les alentours de la Mairie. Il est peint en vert pâle, posé sur un socle de granit gris.

798 (4)-min

À nos enfants

Morts pour la Patrie

SERGENT Paul Caporal

MOUGEOLLE Louis id

HAUBERDON Edmond Soldat

TOUSSAINT Émile id

CLAUDE Edmond id

TOUSSAINT Adrien id

LEJAL Albert id

BALLAND Camille id

MARCOT Eugène id

COLIN Irénée id

LEJAL Cyprien id

CLAUDEL Auguste id

LEMOINE Émile id

1914

1918

   À la base, une plaque avec les victimes civiles de 1939-1945 et la cocarde du Souvenir Français.

Le caporal Sergent est donc mort avant d’être promu au grade correspondant à son nom.

Poil & plume. “C’était un homme élégant et délicat que tous les habitants de Dombreville soupçonnaient d’une haute ascendance russe ou polonaise. Monsieur Pontiakov ne démentait pas. Il se contentait de sourire et d’incliner légèrement la tête vers le côté, lorsque ses clients et clientes lui demandaient pourquoi, maintenant que le communisme était tombé, il ne cherchait pas plus activement à récupérer ses datchas et tous ses biens confisqués. Monsieur Pontiakov les laissait parler, puis reprenait imperturbablement son manège : les doigts glissés dans une mèche, le ciseau posé sur la tablette, un coup d’œil dans le miroir pour juger du résultat; car il était coiffeur et son salon, au cours des trente dernières années, n’avait jamais perdu un seul client. Même les morts trouvaient des remplaçants.” (Camille de Toledo, Vies potentielles)

Bon dimanche,

Philippe DIDION