15 juillet 2018 – 800

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 5 août 2018.

LUNDI.

Lecture. L’Infini n° 138 (Gallimard, hiver 2017; 128 p., 20,50 €).

MARDI.

Lecture. Histoires qui font tilt (Games Killers Play, Dell Publishing, 1968 pour l’édition originale,  Pocket n° 2361, 1987, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Collectif, Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F).

Nouvelles.

MERCREDI.

Éphéméride. À Mademoiselle Leroyer de Chantepie

“Croisset, 11 juillet [1858].

J’ai trouvé en arrivant ici votre dernière lettre, chère correspondante. Vous me demandez des consolations; ne vous ai-je pas assez rabâché les mêmes choses. Travaillez excessivement à un travail dur et long. Tout amuse quand on y met de la persévérance : l’homme qui apprendrait par cœur un dictionnaire finirait par y trouver du plaisir; et puis voyagez, quittez tout, imitez les oiseaux. C’est une des tristesses de la civilisation que d’habiter dans des maisons. Je crois que nous sommes faits pour nous endormir sur le dos en regardant les étoiles. Dans quelques années, l’humanité (par le développement nouveau de locomotion) va revenir à son état nomade. On voyagera d’un bout du monde à l’autre, comme on faisait autrefois, de la prairie à la montagne : cela remettra du calme dans les esprits et de l’air dans les poumons.” (Gustave Flaubert, Correspondance)

JEUDI.

          Lecture. Les Térébinthe (Marcel Jouhandeau, Gallimard, 1926; rééd. in “Chaminadour, contes nouvelles et récits”, Gallimard 2006, coll. Quarto; 1540 p., 29,90 €).

Après le récit éclaté des Pincengrain, Jouhandeau réduit son champ d’observation et centre son récit sur un couple et son entourage. C’est l’histoire d’un mariage raté, quelque chose qui pourrait être sous-titré “conte cruel”, aucun personnage n’échappant à la verve méchante de Jouhandeau. Bourgeoisie commerçante de Chaminadour, institutions religieuse, militaire et politique, domesticité, tout est marqué par le calcul, la veulerie, la fausseté, à l’exception d’un personnage, un enfant qui accède presque par miracle à une sorte de sainteté incongrue dans ce milieu corrompu.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Papillons fakiristes, récolte de Marc-Gabriel Malfant.

800-min

800 (2)-min

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Les Sept Samouraïs (Schichinin no samurai, Akira Kurosawa, Japon, 1954)

Des vents contraires (Jalil Lespert, France – Belgique, 2011)

La La Land (Damien Chazelle, É.-U. – Hongkong, 2016)

Samedi soir, dimanche matin (Saturday Night and Sunday Morning, Karel Reisz, R.-U., 1980)

Miss Sloane (John Madden, France – É.-U., 2016).

L’Invent’Hair perd ses poils.

800 (3)-min

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 octobre 2016. 30 km. (31507 km).

800 (4)-min

2011 habitants

   À côté de l’église, sur un parvis envahi par de grosses sphères métalliques peintes en rouge brique, le monument surplombe la cour de l’école dont le marronnier commence à voir jaunir ses feuilles. La colonne, flanquée de deux dalles verticales portant les noms des victimes de 39-45, est coiffée d’un coq juché sur une sphère, noire celle-ci. Une Croix de Guerre est collée sur la partie supérieure.

800 (1)-min

1914-1918

La commune de Pouxeux

A ses enfants

Morts pour la France

   Gauche : 25 noms d’ANDRE Émile à DANIEL Camille

Face : 25 noms de DAVAL Léon à JACQUEMIN Auguste

Droite : 25 noms de JÉRÔME Albert à SIMON Henri

L’absence de noms après l’initiale S m’étonne mais le dos est vierge de toute inscription.

Poil et pellicule.

800 (5)-min

Youth (Paolo Sorrentino, Italie – France – R.-U., Suisse, 2015)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

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8 juillet 2018 – 799

MARDI.

Vie littéraire. Parution du Bulletin de l’Association Georges Perec n° 72. J’ai déjà commencé à travailler sur le suivant et prévenu que ce serait le dernier s’il devait passer, comme celui-ci, à la moulinette inclusive.

MERCREDI.

Lecture. Les Archives familiales des écrivains : des matériaux, un motif, une question (sous la direction de Louis Hincker, Frédérique Amselle, Arnaud Huftier & Marc Lacheny, Presses Universitaires de Vincennes, coll. Pratiques et représentations n° 10, 2017; 208 p., 19 €).

Compte rendu à rédiger pour Histoires littéraires.

Bonnard le Le Cannet : Dans la lumière de la Méditerranée (catalogue, Hazan / Musée Bonnard, 2011; 160 p., 25 €).

Histoire de l’œil (Georges Bataille, 1928 pour l’édition originale, rééd. Gallimard, coll. L’Imaginaire n° 291, 1993; 128 p., 8,90 €).

« Bonne lecture », m’a dit le vendeur du Centre Pompidou-Metz en me tendant le livre. A son ton et à son expression, j’ai vu qu’il savait ce qu’il vendait et j’ai fait en sorte qu’il comprenne que je savais ce que j’achetais. Histoire de l’œil est en effet un livre sulfureux, publié sous pseudonyme et circulant de façon clandestine jusqu’à une date récente. L’érotisme qui le traverse n’est pas celui d’Apollinaire, il est dépourvu de toute joie, de toute satisfaction : l’assouvissement des fantasmes n’est que le prétexte à en créer de nouveaux dans une escalade de plus en plus vertigineuse. Mais pour en saisir toutes les implications autobiographiques, psychanalytiques et symboliques, il faudrait une connaissance de Bataille que, malheureusement, je ne possède pas.

JEUDI.

Vie professionnelle. Le gouvernement a mis en place – depuis des années peut-être, en tout cas je le découvre aujourd’hui – un espace numérique qui inclut un “simulateur” permettant à chacun de ses dévoués serviteurs de connaître la date de sa mise à la retraite. J’apprends donc que je serai libéré le 1er juin 2022. C’est bien joli mais j’aimerais savoir à quelle heure.

VENDREDI.

Football. Il revient à ma mémoire le titre d’un film peu connu, jamais vu, mais qui trouve aujourd’hui son actualité : Mardi ?… C’est donc la Belgique (If It’s Tuesday, This Must Be Belgium, Mel Stuart, É.-U., 1969).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Papiers trouvés, Épinal, 14 juillet 2016.

799 1-min799 2-min

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Oppression (Shut In, Farren Blackburn, France – Canada – É.-U., 2016)

Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago, David Lean, É.-U. – Italie – R.-U., 1965)

L’Air de Paris (Marcel Carné, France – Italie, 1954)

Orange mécanique (A Clockwork Orange, R.-U. – É.-U., 1971)

Les Hommes du feu (Pierre Jolivet, France, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

799 (2)-min  799 (1)-min-1

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011 / Livarot (Calvados), photo de Jean-Damien Poncet, 2 juillet 2016

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 16 octobre 2016. 74 km. (31477 km).

799 (4)-min

716 habitants

   Le monument est sur les hauteurs de la localité, sur une terrasse gazonnée. Deux vasques de grès aux armes de la commune encadrent l’allée pavée qui y conduit. La flèche, surmontée d’une urne ou amphore, est ornée d’une croix oblique, d’une palme, d’une guirlande et d’une couronne. L’encadrement est double : une grille avec portillon à l’extérieur et une rambarde faite d’un tube métallique à l’intérieur. Les fleurs sont abondantes mais sentent la fin de saison. Sur le côté, un mât avec un drapeau tricolore déchiré.

799 (3)-min

A nos morts

1914-1918

MANGIN Henri      LECOMTE Gabriel

PHILBERT Paul      MILLER Eugène

MICARD René      HOCQUARD Jules

SCHWEITZER André      ROUGIREL Louis

FRANÇAIS Eugène      DEMANGEON Louis

PETITJEAN Eugène      FRICOT Louis

DOYEN Georges      CLAUDE Marcel

TREMELET Georges      RUBRECHT Eugène

RUELLET Henri      ROUGIREL Pierre

BAUMANN Adolphe      HABLAINVILLE Albert

POULET Romuald      RICOEUR Adrien

LAHEURTE Georges      RICOEUR Jules

ANDRÉ Jules Maroc 1922

SIMON Maurice F.F.I. 1939      VIARD Maurice S.N.C.F.

TOUSSAINT Ferdind S.N.C.F. 1945      PLUMET Raymond

   À la base, une plaque :

Aux Veuves et Orphelins

Victimes des Guerres

   Et une palme métallique gravée “1er groupe et BHR du 194 R.A.L.”

Poil de guerre.

799-min

Installation de Julien Vignikin

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1er juillet 2018 – 798

DIMANCHE.

Lecture. L’Homme qui marchait sur la Lune (The Man Who Walked to the Moon, Howard McCord, 1997 pour l’édition originale, Gallmeister, 2008 pour la traduction française, rééd. coll. Totem n° 10, 2017, traduit de l’américain par Jacques Mailhos; 128 p., 7 €).

En 2016, la revue La Femelle du requin consacrait un dossier à Howard McCord, auteur américain, ancien soldat de la guerre de Corée, alors inconnu de nos services. Il y était longuement question de L’Homme qui marchait sur la Lune, qualifié de roman exceptionnel et inclassable. La chose est effectivement intéressante, elle débute comme un exercice de nature writing avec un narrateur qui entreprend l’ascension de la Lune, un sommet du Nevada. Peu à peu, au fur et à mesure que le voyage progresse, le personnage dévoile son passé et l’excursion se transforme en chasse à l’homme. Ce qui donne effectivement un texte original, sans qu’il y ait besoin de crier au chef-d’œuvre.

                                  Le Retour de l’enfant prodige (Pierre Véry, première parution dans Marianne n° 245, 30 juin 1937; rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 1, Librairie des Champs-Élysées, 1992; 1024 p., s.p.m.).

Nouvelle.

Vie culturelle. Visite de l’exposition “Couples modernes” au Centre Pompidou-Metz (Moselle). Le musée ne possède pas de collection permanente, ce qui laisse un espace immense aux expositions temporaires qui s’y succèdent. Celles-ci sont d’une richesse démesurée, on en prend plein la vue, on en sort à genoux. “Couples modernes” n’échappe pas à la règle. Y sont présentées “plus de quarante rencontres entre des créateurs qui  ont participé à l’évolution des formes et des enjeux esthétiques, de la pensée et des mœurs”. On y trouve des associations attendues, Picasso et Dora Maar, Frida Kahlo et Diego Rivera, les Delaunay, les Mahler, mais il y a aussi beaucoup de figures moins connues, chez nous tout au moins, sur lesquelles il sera urgent de se documenter. En particulier Marianne von Werefkin, Alexej von Jawlensky et Gabriele Münter, ces artistes qui investirent, autour de Kandinsky, le village de Murnau en Bavière dans les années 1900 pour y créer des tableaux remarquables. L’exposition présente également les premiers films de Joris Ivens, associé alors non pas à Marceline Loridan, mais à sa première femme, la photographe Germaine Krull.

MARDI.

Lecture. Alabama Song (Gilles Leroy, Mercure de France, 2007; 192 p., 15 €).

Comme Derniers feux sur Sunset, de Stewart O’Nan, qui raconte les dernières années de Scott Fitzgerald, Alabama Song, consacré à la vie de sa femme Zelda, est un roman dont on peine à saisir l’utilité. À quoi bon ajouter, comme le fait Leroy, des épisodes à une vie suffisamment romanesque dans la réalité ? À quoi bon ajouter un récit de vie réelle, si souvent racontée, quand on n’a pas une écriture nouvelle pour le porter ? Pour réhabiliter Zelda ? La biographie d’André Le Vot, que je lis en parallèle, lui rend parfaitement justice en racontant les pillages effectués par Scott dans sa correspondance et dans son journal pour nourrir son œuvre. On ne comprend pas non plus la démarche de Gilles Leroy qui conserve le nom réel de certains protagonistes (Maxwell Perkins, Gertrude Stein…) et dépeint Hemingway sous un nom d’emprunt. Le livre a été écrit à l’occasion d’un séjour en Alabama et en Géorgie offert à l’auteur par les Missions Stendhal du ministère des Affaires étrangères. C’est cher payé.

VENDREDI.

Lecture. Jusqu’à l’impensable (The Crossing, Michael Connelly, Hieronymus Inc., 2015 pour l’édition originale, Calmann-Lévy, 2017 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin, rééd. LGF, coll. Le Livre de Poche policier n° 34920, 2018; 480 p., 8,20 €).

Le personnage central des polars de Michael Connelly vieillit et l’auteur n’en finit pas de trouver des subterfuges aptes à maintenir Harry Bosch en activité alors qu’il devrait être à la retraite depuis lurette. Il semble y être pour de bon cette fois – mais on imagine qu’il sera rappelé dans un futur épisode – et travaille donc comme enquêteur indépendant au service de son demi-frère, l’avocat Mickey Haller. Problème de conscience : Bosch, qui a passé sa vie à traquer les criminels, est désormais au service de la défense. Ce qui ne va pas sans certaines réticences, on n’est pas loin du cas de conscience. C’est la seule chose nouvelle à noter dans cette énième aventure car pour le reste rien ne change : une intrigue complexe que l’on suit sans difficulté grâce au métier de Connelly dont l’atout maître est la fluidité : tout s’enchaîne parfaitement, clairement et les moments faibles (ceux qui concernent les relations de Bosch avec sa fille) sont vite oubliés.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aux marches du palais.

798 (1)-min  798 (2)-min

Hasselt (Belgique), photo de J.-F. Fournié, 20 novembre 2016 / Le Val-d’Ajol (Vosges), photo de Caroline Didion, 15 novembre 2016

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. L’Égyptien (The Egyptian, Michael Curtiz, É.-U., 1954)

Le Joli Cœur (Francis Perrin, France, 1984)

Spartacus (Stanley Kubrick, É.-U., 1960)

Les Maudits (René Clément, France, France, 1947)

Rhapsodie en août (Hachi-gatsu no rapusodi, Akira Kurosawa, Japon, 1991).

L’Invent’Hair perd ses poils.

798-min

Saint-Laurent-de-la-Salanque (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 25 septembre 2016. 99 km. (31403 km).

798 (3)-min

264 habitants

   Le Poilu braillard d’Eugène Bénet (dû aux Établissements Métallurgiques [illisible] de Paris), est à l’écart de la route principale, j’ai failli partir sans le voir après avoir arpenté en vain les alentours de la Mairie. Il est peint en vert pâle, posé sur un socle de granit gris.

798 (4)-min

À nos enfants

Morts pour la Patrie

SERGENT Paul Caporal

MOUGEOLLE Louis id

HAUBERDON Edmond Soldat

TOUSSAINT Émile id

CLAUDE Edmond id

TOUSSAINT Adrien id

LEJAL Albert id

BALLAND Camille id

MARCOT Eugène id

COLIN Irénée id

LEJAL Cyprien id

CLAUDEL Auguste id

LEMOINE Émile id

1914

1918

   À la base, une plaque avec les victimes civiles de 1939-1945 et la cocarde du Souvenir Français.

Le caporal Sergent est donc mort avant d’être promu au grade correspondant à son nom.

Poil & plume. “C’était un homme élégant et délicat que tous les habitants de Dombreville soupçonnaient d’une haute ascendance russe ou polonaise. Monsieur Pontiakov ne démentait pas. Il se contentait de sourire et d’incliner légèrement la tête vers le côté, lorsque ses clients et clientes lui demandaient pourquoi, maintenant que le communisme était tombé, il ne cherchait pas plus activement à récupérer ses datchas et tous ses biens confisqués. Monsieur Pontiakov les laissait parler, puis reprenait imperturbablement son manège : les doigts glissés dans une mèche, le ciseau posé sur la tablette, un coup d’œil dans le miroir pour juger du résultat; car il était coiffeur et son salon, au cours des trente dernières années, n’avait jamais perdu un seul client. Même les morts trouvaient des remplaçants.” (Camille de Toledo, Vies potentielles)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

24 juin 2018 – 797

LUNDI.

Lecture. Le Bûcher des vanités (The Bonfire of the Vanities, Tom Wolfe, Farrar, Straus & Giroux, 1987 pour l’édition originale, LGF, coll. Le Livre de poche n° 6788, 1987 pour la traduction française, traduit de l’américain par Benjamin Legrand, 928 p., 9,90 €).

Il y a quelques années, j’avais donné à Histoires littéraires une chronique intitulée “Attention : pièges !” qui parlait de ces écrivains aux noms proches et souvent pris (par moi tout au moins) l’un pour l’autre : Pinget et Pinguet, Fénéon et Fénelon, Nizan et Nizon, bien d’autres. Je m’étais limité au domaine français mais le monde anglo-saxon n’est pas moins piégeux. Il est même plus dangereux car il concerne l’orthographe même des patronymes : faut-il écrire T.S. Elliott, Eliott, Elliot ou Eliot ? Faut-il un e à Marlowe ? Thompson ou Thomson ? Le nom de Virginia s’écrit avec deux o et sans e mais Tom Wolfe est-il le diminutif de Thomas Wolfe ? Je dois vérifier. Thomas Wolfe était un contemporain de Fitzgerald, Tom est de la génération suivante puisqu’il vient de mourir. Dieu merci, son Bûcher ne peut être confondu avec aucun autre livre. Il y dresse le portrait de New York, à travers les déambulations physiques et mentales de quatre personnages qui représentent quatre institutions essentielles de la ville : la finance, la justice, la police, la presse. Aucun d’eux ne sera épargné, aucune d’elles ne sortira indemne du traitement que Wolfe leur fera subir. Le contexte est celui d’une affaire criminelle qui sert de révélateur à l’opposition existant entre deux parties de la ville, Manhattan et le Bronx. Les itinéraires croisés, le monologue intérieur, le mélange des registres sont le fait d’un auteur qui a bien digéré Joyce – et Proust aussi, d’ailleurs, comme le montre une scène de dîner chez les nantis – et a su l’adapter à son monde. Tom Wolfe fait preuve, pour tenir ces mille pages ou presque sans lasser le lecteur, d’une virtuosité remarquable, d’un humour féroce et d’une inventivité sans cesse renouvelée. Seules les cent dernières pages paraissent un peu plus longues que les autres, le final est un peu décevant mais l’impression générale n’en souffre pas, c’est un morceau de roi.

MARDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). David Foenkinos, Je vais mieux, Folio, 2014.

JEUDI.

Lecture. La Chambre d’ami (The Fall Guy, James Lasdun, W.W. Norton & Company, 2016 pour l’édition originale, Sonatine, 2017 pour la traduction française, rééd. 10/18, 2018, traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli; 288 p., 7,50 €).

De riches oisifs sont en villégiature dans une luxueuse villa, à proximité de New York : le mari, la femme et le cousin du premier, amoureux de la deuxième. Le drame couve, finira par éclater mais l’auteur aime prendre son temps, entretenir le climat orageux. C’est tout à fait l’ambiance de La Piscine ou de Plein soleil et on ne peut suivre l’histoire sans donner au protagoniste les traits de Maurice Ronet. Un polar parfois un peu bavard mais réussi.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Attention à l’orthographe.

797 (2)-min  797 (1)-min

Annecy (Haute-Savoie), photo de Laurent Lagarde, 7 janvier 2009 / Nonville (Vosges), photo de l’auteur, 21 juin 2015

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Taxi 4 (Gérard Krawczyk, France, 2007)

J’ai tué Clémence Acéra (Jean-Luc Gaget, France – Allemagne, 2001)

Le Lit conjugal (Una storia moderna – L’ape regina, Marco Ferreri, Italie – France, 1963)

Objectif : 500 millions (Pierre Schoendoerffer, France – Italie, 1966)

Le Chant de Chao Phraya (Nawng mia, Chatrichalerm Yukol, Thaïlande, 1990)

Jeu de massacre (Alain Jessua, France, 1967).

L’Invent’Hair perd ses poils.

797 (4)-min  797 (3)-min

Claira (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011 / Barcelone (Catalogne), photo du même, 7 janvier 2016

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 11 septembre 2016. 47 km. (31304 km).

797 (6)-min

1295 habitants

   L’obélisque de granit poli est flanqué de deux dalles verticales et orné d’une palme métallique “Hommage des habitants”. Il se dresse au-dessus d’une volée de quatre marches, les deux dernières supportant une plaque avec un crucifix et l’inscription “En souvenir des soldats de Portieux et de l’ambulance du couvent”. Lequel couvent se trouve derrière le monument, à gauche de l’église. L’ensemble est entouré d’une murette semée de plantes grasses et de graminées.

797 (5)-min

La commune de Portieux

A ses enfants

Morts pour la Patrie

1914-1918

   Face : les morts de 1939-1945 et des guerres coloniales, plus un Jean Bailly mort en 1981.

   Droite : 44 noms d’ANDRE A à GOURMENT H

Dos : 46 noms de GOURMENT P à MANSUY J

Gauche : 46 noms de MARCHAL G à XUGNEY A

Poil & TV.

797-min

Métronome (Lorànt Deutsch, France, 2012)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

17 juin 2018 – 796

LUNDI.

Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.

Lecture. La Tresse (Laetitia Colombani, Grasset, 2017, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 34937, 2018; 240 p., 7,20 €).

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2018.

MERCREDI.

Éphéméride. “Lanfrey. Étonnante volonté systématique de déboulonner Napoléon. On vit un assez grand nombre de ces cuistres à la veille de la guerre. Il s’agissait de confronter la corruption impériale à la fraîcheur printanière de la République, parfum aspiré et respiré aujourd’hui depuis trente-sept ans.” (Léon Bloy, L’Invendable, 6 juin 1907)

Lecture. Schnock n° 20 (La Tengo, septembre 2016; 176 p., 14,50 €).

Catherine Deneuve.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Notes remarquables.

796 (3)  796 (2)  796 (4)

Notes bègues, collection de l’auteur

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Arrête ton cinéma (Diane Kurys, France, 2016)

Ève (All About Eve, Joseph L. Mankiewicz, É.-U., 1950)

À cause, à cause d’une femme (Michel Deville, France, 1963)

  Mission à Tanger (André Hunebelle, France, 1949)

Les Distractions (Jacques Dupont, France – Italie, 1960)

Fanfan  la Tulipe (Gérard Krawczyk, France, 2003).

L’Invent’Hair perd ses poils.

_796 (5)-min  _796 (1)-min

Claira (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011 / Le Boulou (Pyrénées-Orientales), photo du même, 28 mars 2011

Poil & plume. “Voulez-vous ?”

Je fis “Oui!” de la tête, ayant encore la voix paralysée.

Alors elle me tendit un peigne de femme en écaille et elle murmura :

– Peignez-moi, oh ! peignez-moi; cela me guérira; il faut qu’on me peigne. Regardez ma tête… Comme je souffre; et mes cheveux, comme ils me font mal !

Ses cheveux dénoués, très longs, très noirs, me semblait-il, pendaient par-dessus le dossier du fauteuil et touchaient la terre.

Pourquoi ai-je fait ceci ? Pourquoi ai-je reçu en frissonnant ce peigne, et pourquoi ai-je pris dans mes mains ses longs cheveux qui me donnèrent à la peau une sensation de froid atroce comme si j’eusse manié des serpents ? Je n’en sais rien.

Cette sensation m’est restée dans les doigts et je tressaille en y songeant.

Je la peignai.” (Guy de Maupassant, “Apparition”, in Clair de lune)

Vie littéraire. Je suis à Jaligny-sur-Besbre (Allier) pour le Prix René-Fallet. Mon suffrage va au roman d’Emmanuel Brault, Les Peaux rouges, qui bouscule de façon convaincante la langue et les lieux communs. Mais le jury du prix n’aime pas trop ce qui bouscule et c’est finalement, comme je m’y attendais, La Tresse de Laetitia Colombani qui l’emporte. Je m’y attendais car c’est un roman habile, qui raconte l’itinéraire de trois femmes venant à bout de l’adversité au terme d’un combat bien sûr admirable et que le hasard réunit dans un final prévisible (la tresse, n’est-ce pas). Roman habile, qui a d’ailleurs déjà remporté d’autres prix, qui a été encensé, c’est dire, par Valérie Trierweiler dans Paris Match et par Olivia de Lamberterie dans Elle, roman qui se lit sans déplaisir, à condition qu’on accepte sans sourciller des images audacieuses comme ces “deux droites parallèles qui ne se rencontrent pas”, un personnage qui s’effondre “sur elle-même, à la manière des tours jumelles du World Trade Center” et un cancer qu’un autre a je ne sais plus combien de “chances” sur cent de choper. Agathe Fallet me présente Philibert Humm, un tout jeune homme auteur, avec un de ses camarades, d’un Tour de France par deux enfants d’aujourd’hui que je m’empresse d’acheter. Les deux compères ont refait, à bord d’une Peugeot 204, l’itinéraire suivi par les deux enfants du Tour de France d’Augustine Fouillée, alias G. Bruno, une initiative qui m’intéresse car elle lie géographie, intérêt local (le Tour passe par Épinal) et littérature de façon bien plus convaincante que ne le font les pénibles écrivains voyageurs qui salonnent à Saint-Malo.

DIMANCHE.

Vie culturelle. Visite du Musée d’art ancien et contemporain d’Épinal, histoire de voir à quoi ressemble le nouvel accrochage de la section des beaux-arts. C’est très réussi, beaucoup de tableaux ont été sortis des réserves et le parcours est riche. Du coup, l’étage consacré à l’art contemporain, qui apparaissait précédemment comme le fleuron du lieu, fait presque figure de parent pauvre et mériterait lui aussi un bon coup de plumeau.

LUNDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Mary Ann Schaffer & Annie Barrows, Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, Nil, 2009.

MERCREDI.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 12 (15 juin 2017, 96 p., 15 €).

“Tourisme”

Éphéméride.Jeudi 13 juin [1940]

Hier soir, alerte. Il flottait à verse (me renseigner sur cette expression que je pense être un idiotisme). Détallade des Nantais, auxquels je souhaitais un bombardement. N’ai-je pas entendu en rue cette horrible phrase : “À la fin, qu’est-ce qu’ils ont, de reculer ainsi ?”

“ Je suis contente que c’est vous”, nous dit la concierge quand nous lui apprenons que nous allons louer la maison. L’ignorance d’une langue nous conduit à trouver des tours rares et recherchés.

Cinéma : L’Impossible Monsieur Bébé (Hepburn-Grant). Dommage que la bande était usée, mais la comédie reste excellente.

Ce soir, j’ai l’heureuse surprise de rencontrer R.P., qui me cherche. Il arrive de Rouen.” (Jacques Brenner, Journal, tome I : Du côté de chez Gide 1940-1949)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Fantaisies optiques.

796 (2)-min  796-min

Paris (Seine), boulevard de Magenta, photo de Pierre Cohen-Hadria, 19 septembre 2016 / Besançon (Doubs), photo de Jean-Damien Poncet, 15 avril 2017

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Themroc (Claude Faraldo, France, 1973)

Vive la mariée… et la libération du Kurdistan (Hiner Saleem, France, 1998)

Lucky Jo (Michel Deville, France, 1964)

Le Cheval et l’Enfant (Black Beauty, James Hill, R.-U. – Espagne – R.F.A., 1971)

Cessez-le-feu (Emmanuel Courcol, France – Belgique, 2016)

La Terre des pharaons (Land of the Pharaohs, Howard Hawks, É.-U., 1955)

Sage femme (Martin Provost, France – Belgique, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

796 (3)-min

Claira (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 21 mars 2011

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 4 septembre 2016. 102 km. (31257 km).

796 (4)-min

162 habitants

   Pas de monument aux morts visible.

Poil & pellicule.

796 (1)-min  796 (5)-min

L’Homme du train (Patrice Leconte, France – R.-U. – Allemagne – Japon, 2002)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 juin 2018 – 795

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 17 juin 2018.

LUNDI.

Lecture. Un moindre mal (Lesser Evils, Joe Flanagan, 2016 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. Noire, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Janique Jouin-de Laurens; 478 p., 24,10 €).

Qui trop embrasse mal étreint. Faire la somme de tout ce que Joe Flanagan a voulu mettre dans son premier roman donne le tournis : une série de meurtre d’enfants, un cambriolage, des violences domestiques, une guerre des polices, des paris clandestins, un trafic de médicaments pour le volet criminel; un prêtre tourmenté, un couple d’homosexuels, un enfant attardé, une femme alcoolique, des flics corrompus, des mafieux violents, un journaliste toxicomane pour le volet sociologique, sans oublier le cadre à recréer, celui d’une petite ville américaine en 1957. C’est beaucoup pour un seul homme, auteur ou lecteur. Celui-ci se dit, après un début touffu, que des choix seront faits et qu’une hiérarchie apparaîtra dans les personnages et les actions mais il n’en est rien. On n’est pas chez Ed McBain, capable de mener, avec une grande clarté, quatre ou cinq intrigues de front dans un roman de moins de 200 pages.

MERCREDI.

Éphéméride.30 mai [1942]     Il est difficile d’interpréter les signes pour comprendre ce que pense Alexis. L’année dernière, la grande nostalgie subite qu’il avait manifestée à la première vue de la mer, et la lettre qu’il m’avait adressée, étaient les seuls indices qu’il travaillait à Exils. Mais de l’amertume, des “pestilences de l’esprit”, nous n’étions pas au courant.

Il ne veut pas qu’on parle de ses poèmes, même pour les louer.  Il aime beaucoup qu’on blague à leur sujet. Il m’a raconté l’histoire d’une dame, assise à côté de lui à un dîner, qui lui racontait l’obligation qu’elle sentait de lire une œuvre intitulée Anabase, mais elle ne se souvenait plus s’il s’agissait d’Eliot traduisant Perse ou vice versa. Naturellement, il l’a confirmée dans cette dernière idée, lui avouant combien il admirait Eliot, combien la traduction était difficile à faire, qu’il avait fait de son mieux, etc !” (Katherine Biddle, Journal 1940-1970)

JEUDI.

Lecture. Voulez-vous tuer avec moi ? (Fred Kassak, Presses de la Cité, coll. Un mystère, 3e série, n° 18, 1970, rééd. in “Romans humoristiques”, Le Masque, coll. Intégrales, 2003; 800 p., s.p.m.).

Vie littéraire. J’ai terminé en début de semaine la rédaction du Bulletin de l’Association Georges Perec de juin et l’ai envoyé à la personne chargée de la mise en page. Elle me le retourne ce soir pour une dernière relecture, en me précisant qu’elle l’a retranscrit en “écriture inclusive”. Quand on connaît ses écrits, le fait de la voir utiliser le mot “orthographe” ne manque pas de saveur mais ce qui en est dépourvu, c’est le résultat final. L’éditorial et le compte rendu de l’assemblée générale ont tourné au salmigondis cousu de points médians, de “e” désaccentués, de tatateurs tatateures, tatateurs tatateuses et tatateurs tatatrices. La responsable de cette métamorphose est une militante – éditrice de Perec à son époque, elle aurait fait ajouter des “e” féminisants à La Disparition – et je lui accorde bien volontiers le droit de militer dans ses propres écrits mais pas dans mes phrases, aussi médiocres soient-elles. Je n’ai pas envie de ferrailler sur le sujet – je me méfie des militant·e·s – et me contenterai de lui demander de bien préciser qu’elle seule est à l’initiative de ce galimatias.

VENDREDI.

Lecture. Alexis Léger dit Saint-John Perse (Renaud Meltz, Flammarion, coll. Grandes biographies, 2008; 848 p., 35 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Les vies minuscules ne sont pas l’apanage de Pierre Michon.

795 (2)

Le Journal de la Haute-Marne, 20 septembre 2017, collection Jean-François Fournié

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Le Mariage de Chiffon (Claude Autant-Lara, France, 1942)

L’Homme orchestre (Serge Korber, France, 1970)

Comme un boomerang (José Giovanni, France – Italie, 1976)

Les Géants (Among Giants, Sam Miller, R.-U., 1998)

Un aller simple (José Giovanni, France – Italie – Espagne, 1971)

Toto contre Maciste (Totò contro Maciste, Fernando Cerchio, Italie, 1962)

Inside Job (Charles Ferguson, É.-U., 2010).

L’Invent’Hair perd ses poils.

795 (1)-min  795 (3)-min

Bompas (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 mars 2011 / Bourgoin-Jallieu (Isère), photo du même, 17 décembre 2012

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 juin 2016. 74 km. (31155 km).

795 (5)-min

93 habitants

   L’obélisque de pierre blonde se dresse devant ce qui doit être l’école. Il est orné d’une palme et d’une Croix de Guerre, flanqué d’un conifère presque aussi haut que lui et entouré d’une plate-bande mal entretenue. Le pot déposé le 8 mai est encore présentable, même si le ruban tricolore est défraîchi.

795 (4)-min

Aux enfants de

Pont les Bonfays

Morts pour la France

La commune reconnaissante

   Gauche :

REGE Aimé

ROUSSEL Albert

POIROT Camille

   Droite :

BOULANGER Antoine

BRETON Louis

   Dos : une plaque vierge est prête à accueillir les noms des victimes des conflits à venir.

Poil et presse.

795-min

Ouest-France, 6 octobre 2016

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

27 mai 2018 – 794

DIMANCHE.

Vie touristique. J’envoie les notules de bonne heure et nous filons en Alsace pour un rassemblement familial. En Alsace, pas de précisions. Vue d’ici, l’Alsace est un tout, un ensemble qu’on aime sillonner au temps des marchés de Noël ou des géraniums fleuris mais sans plus. C’est l’outre-monde, auquel on veut bien être accolé par le déterminisme géographique mais certainement pas par la fantaisie administrative des récents regroupements régionaux. En route, à Plainfaing, stupeur : le monument aux morts, visité le 28 mars 2016 dans le cadre de l’IPAD, a disparu. Et ce n’est pas le genre de monument qu’on peut emporter dans sa poche un soir de beuverie :

794-min

L’explication de cette énigme, digne de l’ouverture de Signé Furax, nous sera donnée au retour grâce à un petit détour : le monument a été déplacé un peu plus loin, de l’autre côté de la Mairie. Ouf.

Lecture. Le Sein (The Breast, Philip Roth, Holt, Rinehart & Winston, New York, 1972, Gallimard, 1975 pour la traduction française, traduit de l’américain par Georges Magnane, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Brigitte Félix; 1208 p., 64 €).

LUNDI.

Vie sonore. Nous sommes à Rochesson, pour l’IPAD. Dans la cour d’une maison, une femme joue de l’aspirateur dans sa voiture. Arrive son mari. “Tiens, je te passe le relais, je vais corriger des copies.” Les filles me regardent d’un drôle d’air, elles qui ne m’ont jamais seulement vu corriger une copie.

Entomologie. Identification d’un Petit sphinx de la vigne.

MERCREDI.

Éphéméride. “Samedi 23 mai [1942]

Matin : été à l’Institut à neuf heures. Rencontré Jacques Ulmann, Roger Nordmann (celui dont le frère vient d’être fusillé) et Françoise Blum, que j’ai reconnue vaguement, sa fiancée. Ils m’ont fait une relation tellement enjolivée de l’événement de la semaine passée que je ne le reconnaissais pas. À l’Institut, je suis tombée sur les frotteurs, le samedi cela n’ouvre qu’à dix heures. En bas, j’ai rencontré un étudiant à qui je n’ai jamais parlé. Mais il a été très aimable et nous avons cherché ensemble, moi une traduction de Coriolan, lui une grammaire anglo-saxonne. À dix heures, nous sommes remontés et je me suis plongée dans Beowulf.

La musique, en trio, a très mal marché. Job et moi étions abrutis. Jean est venu cinq minutes. À cinq heures, je suis revenue travailler ici King Horn. Au dîner, j’étais désespérée de n’avoir rien fait.

Toujours aucun courrier. Je recommence à m’énerver comme il y a plusieurs mois.” (Hélène Berr, Journal)

VENDREDI.

Lecture. Les Moments littéraires n° 37 (Les Moments littéraires, 1er semestre 2017; 128 p., 12 €).

Marie-Hélène Lafon – Mathieu Riboulet – Pierre Bergounioux – Georges-Olivier Châteaureynaud – Claude Michel Cluny – Anne Coudreuse

Racontant ses souvenirs des années 60 au Quartier latin, Georges-Olivier Châteaureynaud évoque “l’éditeur François Di Dio” et les “48 heures de poésie ininterrompue qu’il organisa au théâtre du Vieux Colombier.” Une initiative et un patronyme intéressants.

Entomologie. Visite de l’exposition “À la découverte des insectes” à la Maison de l’environnement d’Épinal. Pour l’occasion, le petit B. a prêté quelques boîtes (bousiers, longicornes, coléoptères…) et deux vitrines de papillons. Le petit B. est un retraité des chemins de fer, client du café d’en face où je le vois chaque matin. Depuis qu’il sait que la discipline m’intéresse, il me raconte ses expéditions en Guyane et en Afrique, me donne ses doubles, m’abreuve de conseils, me file des adresses, fait montre d’une modestie et d’une patience remarquables face au novice que je suis. Il m’a convié à venir voir chez lui ses collections, ce que je ferai les vacances venues car j’imagine que cela prendra un certain temps.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

794 (2)-min

Saint-Jean-de-Sixt (Haute-Savoie), photo de l’auteur, 16 mai 2016

Je n’ai pas essayé.

SAMEDI.

Films vus. Quand les aigles attaquent (Where Eagles Dare, Brian G. Hutton, R.-U. – É.-U., 1968)

Cet homme est dangereux (Jean Sacha, France, 1953)

Peut-être (Cédric Klapisch, France, 1999)

À bras ouverts (Philippe de Chauveron, France – Belgique, 2017)

  Toy Story (John Lasseter, É.-U., 2017)

  L’Arbre de Noël (Terence Young, France – Italie, 1969)

France société anonyme (Alain Corneau, France, 1974).

L’Invent’Hair perd ses poils.

794 (4)-min  794 (3)-min

Bompas (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 mars 2011 / Anneyron (Drôme), photo du même, 11 février 2012

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 8 mai 2016. 149 km. (31081 km).

794 (1)-min

241 habitants

   À côté de l’église se dresse une colonne courte dominée par un drapeau tricolore. Une palme est collée sur le fût, l’entourage est constitué d’une haie basse et dense qui cache le pourtour métallique, à l’exception du portillon d’accès.

794 (6)-min

Aux enfants de Pompierre

Morts pour la France

1914-1918

   Droite :

THOMAS Georges

MATHIEU Albert

BARRET René

MARTIN Paul

REMY Albert

   Gauche :

DIDIER Émile

DIDIER Édouard

RICHOUX Robert

THOMAS Hubert

THIRIOT Marcel

             Poil et plume. “Je raccrochai et essayai pendant une demi-heure de terminer le travail que j’avais entrepris, mais je n’y parvins pas. Au bout de quelques minutes j’abandonnai et sortis dans la rue. Le nom commercial du coiffeur était Monsieur Paul, et son salon était tout près. Je m’y rendis donc à pied, entrai et une fille peinturlurée, vêtue d’une blouse de nylon blanc, me demanda ce qu’elle pouvait faire pour moi.“ (Fletcher Flora, “Le Dîner sera froid” in Alfred Hitchcock présente : Histoires à dormir debout).

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

20 mai 2018 – 793

MARDI.

Lecture. L’Affaire Isobel Vine (Kingdom of the Strong, Tony Cavanaugh, Hachette Australia, 2015 pour l’édition originale, Sonatine, 2017 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau, rééd. Points Policier P 4579, 2018; 478 p., 8,10 €).

Nouveau venu sur la scène du polar, Tony Cavanaugh installe un personnage, Darian Richards, qui devrait être appelé à connaître d’autres aventures. Policier chevronné et peu accommodant, il s’est mis en retrait des affaires mais accepte de reprendre du service pour résoudre une énigme criminelle inexpliquée depuis vingt-cinq ans. Le récit est solide, intéressant, un whodunit de bonne facture avec ce qu’il faut de fausses pistes et de surprises. C’est lorsqu’il essaie de sortir de ces sentiers classiques que Cavanaugh rate la mise : en voulant, par endroits, donner un aspect littéraire chic à son texte, en y incorporant récit de rêve, considérations philosophiques, sentences définitives, toutes choses inutiles qui ne font que ralentir le récit.

MERCREDI.

Obituaire. Le Monde du jour fait part de la mort de Paul Braffort, membre de l’Oulipo, à l’âge de 95 ans. Il en avait donc 86 quand je l’avais vu, en 2009, aux Invalides. Vu et entendu chanter car outre ses activités scientifiques et littéraires, il était auteur, compositeur et interprète de chansons, parmi lesquelles “La Joconde” qui figura au répertoire de Barbara.

793-min

Paul Braffort, XIIIe Colloque des Invalides, Paris (Seine), photo de l’auteur, 20 novembre 2009

Éphéméride. À Maxime Du Camp

“Dimanche 9 mai 1852

Je ne saurais trop vous remercier du plaisir que cela m’a causé. C’est plus beau et plus curieux même que vous ne me l’aviez fait supposer. Il y a un passage plus beau que celui où le messager arabe répond aux gens qui veulent retarder la marche : Je porte les paroles d’un prophète à un prophète,c’est celui où le vieux Jacob baise sur le corps du messager toutes les places qui ont touché son fils Joseph, – et celui où Joseph, la figure voilée, confère avec son frère Benjamin – toutes les fois que je lis des ouvrages des musulmans, je pense au grand mot de De Maistre : à le bien prendre, l’Islamisme n’est qu’une église réformée – ou : une des phases du protestantisme, – ou quelque chose comme cela. –

Veuillez agréer tous mes remerciements.”

Charles Baudelaire (Correspondance)

JEUDI.

  Vie culturelle. Visite de l’exposition “Couples” au Musée de l’Image.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. “Du temps de Verlaine, les effarantes paires d’yeux qui servent d’enseigne aux opticiens établis dans cette rue, ne devaient point être en aussi grand nombre car elles auraient – tel Caïn dans sa tombe – halluciné le poète aux heures où il rentrait victime de ces “états flamboyants” que l’absinthe allumait en lui.” (Francis Carco, Nostalgie de Paris)

793 (10)-min  793 (1)-min

Paris (Seine), rue du Bac, photo de l’auteur, 28 octobre 2016 / Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 31 octobre 2017

Lecture. En attendant Bojangles (Olivier Bourdeaut, Finitude, 2015; 160 p., 15,50 €).

Un enfant raconte la vie qu’il a menée auprès de parents excentriques, de l’insouciance à la tragédie. Ces adultes ne s’appellent pas Chloé et Colin mais ils dansent – même si ce n’est pas le biglemoi –, ils ont des soucis d’argent – même si ce ne sont pas des doublezons – et de santé. Bref, impossible de lire leur histoire sans penser à L’Écume des jours et c’est dommage car l’ombre portée par le grand Boris empêche peut-être d’apprécier entièrement ce premier roman. Il n’a certes pas la force, l’intensité de L’Écume, que ce soit dans la fantaisie ou dans le tragique, mais c’est un travail honnête qui se lit avec plaisir. Parfaitement calibré, en plus, pour un trajet Épinal – Paris en TGV.

Vie parisienne. Départ pour Paris, donc, par le 16 heures 23, histoire de profiter d’une fenêtre entre deux périodes de grève. Sur place, mon taudis habituel est toujours en cours de réfection ou de destruction et je prends piaule à côté, dans un établissement du même standing. Ça s’appelle, sans rire, Grand Hôtel de l’Europe, et il suffit d’y passer une nuit pour comprendre le Brexit.

SAMEDI.

Vie parisienne. Je m’extirpe de bonne heure de mon gourbi après une nuit éprouvante. Je gagne la Bilipo pour assister à la réunion annuelle de la Société des Amis de Régis Messac. Accueil chaleureux d’Olivier Messac et de Patrick Ramseyer, déjà croisés aux Invalides, et longue discussion avec Ivan Messac, l’artiste de la famille, qui doit présenter son travail au Musée d’Épinal l’année prochaine. Chez Gibert, j’achète Le Gazouillis des éléphants, de Bruno Montpied, introuvable at home. Il s’agit d’une compilation illustrée des œuvres de tous les émules français du Facteur Cheval et je suis curieux de voir si l’auteur a utilisé les photos que je lui ai fournies. Elles y sont, et dûment référencées, ce qui prouve qu’on peut être spécialiste d’art brut et avoir des mœurs policées. Le pavé fait près de trois kilos et réduit considérablement ma capacité de mouvements pour le reste de la journée. Je me contenterai d’une déambulation dans le Quartier latin et d’une pause dans une salle de la rue Champollion, où je revois – vois en fait pour la première fois sur grand écran – À bout de souffle, au risque de m’attirer les foudres, à mon retour, de la godardienne de la maison. Place de la Sorbonne, les CRS sont en nombre, et se fondent admirablement dans le paysage.

793 (8)-min

              Lecture. L’Homme traqué (Francis Carco, Albin Michel, 1922, rééd. Librairie Générale Française, coll. Le Livre de poche n° 67, 1954; 192 p., s.p.m.).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4000 salons, atteint le 7 novembre 2017.

Bilan géographique.    

Classement général par pays.

1. France : 3350 (+ 72)
2. Espagne : 165 (=)
3. Royaume-Uni : 70 (+ 12)
4. Belgique 57 (+ 6)
5. Italie : 50 (=)
6. États-Unis : 45 (=)
7. Danemark : 34 (=)
8. Suisse : 24 (+ 3)
9. Portugal : 20 (=)
10. Pérou : 19 (=)
“. Canada : 19 (=)

Trois nouveautés en fond de classement, la Pologne, Malte et Singapour.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 631 (+ 19)
2. Île-de-France : 516 (+ 3)
3. Languedoc-Roussillon : 273 (+ 5)
4. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 263 (+ 5)
5. Lorraine : 254 (+ 4)
6. Midi-Pyrénées : 197 (+ 6)
7. Bretagne : 138 (+ 3)
“. Pays de la Loire : 138 (+ 1)
9. Bourgogne : 132 (+ 2)
10. Centre : 122 (+ 2)

La Bretagne rejoint les Pays de la Loire mais c’est anecdotique en comparaison du bond réalisé par la Corse (21e) qui passe de 4 à 20 enseignes.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 414 (+ 2)
2. Rhône : 322 (+ 3)
3. Vosges : 145 (=)
4. Loire-Atlantique : 109 (+ 1)
5. Pyrénées-Orientales : 92 (+ 5)
“. Loire : 91 (+ 4)
7. Meurthe-et-Moselle : 80 (+ 2)
8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
9. Saône-et-Loire : 72 (=)
10. Hérault : 69 (=)

Pas de changement dans le top 10.

Classement général par communes.

1. Paris : 414 (+ 2)
2. Lyon : 147 (+ 3)
3. Nantes : 57 (+ 1)
4.  Barcelone : 54 (=)
5. Nancy : 45 (+ 1)
6. Épinal : 37 (=)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 26 (+ 2)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

Marseille décroche Copenhague et Villeurbanne. Parmi les nouveautés, signalons Ajaccio, Amsterdam, Cracovie, La Valette et Singapour.

Bilan humain.

  1. Marc-Gabriel Malfant : 1396 (+ 28)
  2. Philippe Didion : 338 (=)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 261 (+ 1)
  4. Jean-Damien Poncet : 219 (+ 20)
  5. François Golfier : 201 (+ 9)
  6. Jean-Christophe Soum-Fontez : 150 (+ 2)
  7. Hervé Bertin : 131 (=)
  8. Sylvie Mura : 105 (+ 4)
  9. Benoît Howson : 81 (+ 14)
  10. Bernard Cattin : 75 (+ 2)

Jean-Damien Poncet arrive en vue du podium et Benoît Howson remonte à la 9e place.

Étude de cas. Changements de coiffures.

793 (2)-min  793 (3)-min

Lunéville (Meurthe-et-Moselle), photos de Marc-Gabriel Malfant & Denis Garcia, 10 mai 2008 & 22 mars 2015

793 (4)-min  793 (5)-min

Livron-sur-Drôme (Drôme), photos de Marc-Gabriel Malfant & François Golfier, 27 septembre 2011 & 4 août 2015

793 (6)-min  793 (7)-min

Dieppe (Seine-Inférieure), photos de Jacques Mitelman & Pierre Cohen-Hadria, 21 décembre 2004 & 14 octobre 2011

Revue de presse. “Hoëbeke publie le 17 mai un ouvrage décalé à petit prix (7,90 euros), Tiré par les cheveux, présentant des photos d’enseignes de coiffeurs adeptes des jeux de mots comme “Atmosph’hair”, “Beau de l’Hair”, “Pause coiffée”. Dirigé par la journaliste Morgane Tual, l’ouvrage rassemble de nombreux clichés publiés sur le blog “LOL coiffeurs” qui collectionne les contributions d’internautes émanant de toute la France.” (Livres Hebdo n° 1171, 27 avril 2018) L’annonce est illustrée par une photo (non référencée bien sûr) du salon Épi’ Tête de Dieppe, présent dans l’Invent’Hair depuis 2004. On connaît le manque de sérieux scientifique du blog, on n’imagine pas qu’il en soit autrement pour le livre. Pas de quoi nous faire trembler.

Films vus. Le Narcisse noir (Black Narcissus, Michael Powell & Emeric Pressburger, R.-U., 1947)

Adopte un veuf (François Desagnat, France, 2016)

La Graine et le Mulet (Abdellatif Kechiche, France, 2007)

Fort Saganne (Alain Corneau, France, 1984).

Poil et plume. “Depuis trois jours, dans une salle du sous-sol, le coiffeur d’Ebenrode et son apprenti dévastent les crinières des petits hommes à l’aide de tondeuses électriques géantes que j’aurais crues réservées au seul usage des chevaux. Il faut dire qu’on ne les avait pas vus depuis cinq mois, et les enfants devaient écarter de la main un rideau de cheveux pour voir et même pour manger. J’étais certes pour quelque chose dans cette négligence, car je n’envisageais pas sans serrement de cœur la brutalité de cette tonte générale. Et puis, je me suis résigné à l’inéluctable, et voici que je découvre tout le parti que j’en puis tirer.” (Michel Tournier, Le Roi des aulnes)

MARDI.

Obituaire. Je trouve dans Le Monde de dimanche dernier la nécrologie de Fred Kassak, un auteur que j’aime beaucoup et que je continue à lire à intervalles réguliers. Il est mort, à l’âge de 90 ans, le 12 avril dernier. On n’enterre pas le dimanche, disait le titre d’un de ses romans, c’est peut-être pour ça qu’on a tant attendu pour annoncer la triste nouvelle. L’article était illustré par une photo que j’ai récupérée sur le site du journal et ainsi légendée.

793-min

Fred Kassak en mai 2005, Jean-Marie David

J’avais assisté à une rencontre avec Fred Kassak, François Angelier, Pierre Billard et Jacques Baudou à la Bilipo, rencontre relatée dans les notules n° 242 à l’issue de laquelle Kassak m’avait offert un CD avec l’enregistrement d’une de ses pièces radiophoniques. J’avais pris une photo sur laquelle l’auteur apparaît, cette fois, de profil.

793 (9)-min

C’est la même chemise, c’est le même endroit (les livres et l’étiquette de l’étagère en témoignent), c’est le même jour. Mes archives (seraient-elles mieux tenues que celles du Monde ?) me permettent donc de corriger la légende du quotidien : la photo a été prise le 18 juin 2005 et non en mai.

MERCREDI.

Éphéméride.

Ma. 16.5.1989

C’est le jour de congé “mobile” pour les élèves et les enseignants. Mais Paul n’en profitera guère. Il fait une forte angine et la fièvre le tiendra au lit jusqu’au soir. J’ai appelé le docteur, que j’attends en vain toute la matinée. Je lis, mais mal. Il y a l’attente, le regret d’avoir passé tout mon temps libre, depuis des jours, à faire les peintures de la nouvelle maison. Et puis le menuisier doit passer refaire des joints. Il risque d’éclabousser de plâtre l’escalier qu’on vient de poser. Je monte donc appliquer de la lasure sur ses faces interne et externe. Le docteur passe en fin d’après-midi, quand je redescends. (Pierre Bergounioux, Carnet de notes 1980-1990)

Vie radiophonique. J’assiste avec Alice à l’enregistrement du Jeu des mille euros qui fait aujourd’hui escale à Dogneville (Vosges). Je me souviens d’une autre séance d’enregistrement, il y a fort longtemps, à Épinal où mon père m’avait emmené à une représentation du cirque Pinder, le jeu faisait partie du spectacle. C’était Le Jeu des mille francs, l’animateur s’appelait Lucien Jeunesse, et j’étais alors dans la mienne.

JEUDI.

  Lecture. La Vallée de la peur (The Valley of Fear, Arthur Conan Doyle, George H. Doran Company, 1915 pour l’édition originale, in Les Aventures de Sherlock Holmes” vol. 3, nouvelle traduction d’Eric Wittersheim, édition bilingue, Omnibus 2007; 1084 p., 23,50 €).

VENDREDI.

Lecture. La Nouvelle Revue française n° 620 (Gallimard, septembre 2016; 160 p., 15 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Métiers rares.

793 (13)-min  793 (12)-min

Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie), photo de l’auteur, 8 juillet 2017 / Liège (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 6 octobre 2017

SAMEDI.

Films vus. Le Repos du guerrier (Roger Vadim, France – Italie, 1962)

Printemps, été, automne, hiver… et printemps (Bom yeoerum gaeul gyeoul bom, Kim Ki-duk, Corée du Sud – Allemagne, 2003)

L’Effet aquatique (Sólveig Anspach, France – Islande, 2016)

L’Île au trésor (Ostrov Sokrovishch, Yevgeni Fridman, U.R.S.S., 1972)

Minne, l’ingénue libertine (Jacqueline Audry, France, 1950)

Jumanji (Joe Johnston, É.-U., 1995)

Le Rapace (José Giovanni, France – Italie – Mexique, 1968).

    L’Invent’Hair perd ses poils.

793 (15)-min  793 (14)-min

Pia (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 18 mars 2011 / Naples (Italie), photo d’Hervé Bertin, 5 avril 2017

Poil et plume. “Observant la tonte des enfants, j’ai remarqué que, la plupart du temps, les cheveux semblent disposés en spirale à partir d’un centre situé exactement au sommet de l’occiput. Partant de ce point, ils décrivent un tourbillon centrifuge qui gagne l’ensemble du crâne. L’« épi » est formé par les cheveux du centre de la spirale, les seuls qui ne sont pas entraînés dans la révolution.” (Michel Tournier, Le Roi des Aulnes)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

6 mai 2018 – 792

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 20 mai 2018, à un horaire indéterminé.

DIMANCHE.

Lecture. La Place forte (Quentin Lafay, Gallimard, 2017; 240 p., 18 €).

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2018.

MERCREDI.

Éphéméride. “Il m’arrive souvent de penser au prolétariat; mais j’avoue qu’il ne m’apparaît jamais sous l’aspect d’un garçon de café. Je me laisse tromper par le tablier blanc, par le plastron immaculé et par le sourire professionnel. Il faut dire aussi que leur travail ne les empêche pas d’observer autour d’eux, et que les clients leur donnent toute la journée la comédie.

Que de petits drames se jouent au café. Cet inventeur, qui argumente avec des gestes vifs, en enlevant et remettant son binocle, va-t-il émouvoir l’homme sérieux qui l’écoute en regardant ailleurs ? La grosse dame peinte et le monsieur à tête de bouc vont-ils enfin se rejoindre, comme l’exigent les lois de la gravitation universelle ? À quelle adresse le jeune amoureux, qui griffonne depuis une demi-heure, va-t-il envoyer le chasseur ?” (Alain, Propos d’un Normand, 25 avril 1907)

Lecture. Encore vivant (Pierre Souchon, Rouergue, coll. La Brune, 2017; 256 p., 19,80 €).

Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2018.

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Listes de commissions.

792 (1)-min  792 (2)-min  792 (3)-min  792 (4)-min

Châtel-sur-Moselle (Vosges), recto verso, 28 septembre 2017 / Épinal (Vosges), recto verso, 28 septembre 2017

   La première liste est intéressante par son contenu, l’expression “manger boulot” que j’ai immédiatement adoptée pour mes propres pense-bête quand il s’agit de désigner le casse-croûte à emporter au chagrin. La seconde vaut par son support, une fiche de bibliothèque recyclée.

SAMEDI.

Films vus. Roberta (William A. Seiter, É.-U., 1935)

Rock’n roll (Guillaume Canet, France, 2017)

La Faute à Voltaire (Abdellatif Kechiche, France, 2000)

  Moonrise Kingdom  (Wes Anderson, É.-U., 2012)

  Un plan parfait (Pascal Chaumeil, France, 2012)

Canicule (Yves Boisset, France, 1984).

              L’Invent’Hair perd ses poils.

792 (6)-min  792 (5)-min

Vauvert (Gard), photo de Marc-Gabriel Malfant, 16 mars 2011 / Utrecht (Pays-Bas), photo de Jean-François Fournié, 12 mai 2015

Poil et plume. “Dans la rue de l’Autrichien, acheta un gigot chez Klein, le boucher, un pantalon en velours côtelé chez Tannebaum, une carte postale à la poste tandis que la petite le suivait pas à pas, d’un magasin à l’autre et aussi dans la boutique de Fiete Semmelweis, salon de coiffure pour hommes et dames, rasages. Et la petite vit comment Cresspahl se faisait enlever un reste de cheveux quinze jours seulement après sa dernière coupe. Cresspahl avait murmuré quelque chose à Semmelweis pour qu’il ne lui rase pas carrément le crâne, Semmelweis fut très touché, assez enthousiasmé même, et la petite vit que cette histoire de coupe de cheveux était pour les deux hommes quelque chose d’amusant, de drôle, à la séance suivante elle se laissa dérober un peu de cheveux sans résister, considérant cela d’ailleurs comme un cadeau pour Cresspahl. Car si elle fuyait devant les ciseaux de Lisbeth, elle allait vers ceux de Cresspahl.” (Uwe Johnson, Une année dans la vie de Gesine Cresspahl)

Vie vacancière. Départ pour une semaine de villégiature à Gérardmer où je compte abattre du boulot : articles à écrire, tapuscrits à annoter, épreuves à relire et corriger. Pourvu que le mauvais temps soit de la partie.

DIMANCHE.

Entomologie. Identification d’une Raghie inquisitrice.

Lecture. Tablée (Pierre Michon, Carnets de l’Herne, 2017; 80 p., 8,50 €).

MARDI.

Extrait de mon journal de bord. Mardi 1er mai 2018, Gérardmer, 18 heures 03. Mis Films vus à jour hier soir, ainsi que les notules. Recopié les notes prises à Retournemer pour l’IPAD et classé des photos jusqu’à l’heure de la soupe. Regardé le Jarmusch diffusé sur ARTE, un peu fade mais tout paraît fade après Paterson. Raconté l’anecdote livrée par MGM dans sa dernière lettre, l’histoire des deux cafés dans deux tasses qui apparaît dans The Limits of Control. Lucie m’indique que, dans Mystery Train, Steve Buscemi achète dans un magasin deux bouteilles de whisky et se voit réclamer une somme qui n’est pas divisible par deux. Mystère de la parité chez Jim Jarmusch, joli sujet. Au lit avec Portnoy, éteint après minuit. Nuit parfaite, la troisième de suite. Levé à 7 heures 30, temps bouché, 6°. Enregistré le Jarmusch dans Films vus, ouvert une grille de Laclos, relu la lettre de Gengenbach à Dallospedale, fait du courrier. Poursuivi la rédaction de l’article pour Les Refusés, qui n’avance pas assez vite à mon gré. Descendu en ville en auto, pas de journaux, trouvé du pain. Encaissé les gains de Lens – Paris FC, engagé un pari sur Real – Bayern. Appelé les parents au retour. Préparé un gratin de chou-fleur patates avec Caroline, repris le tapuscrit d’Y., épluché Livres Hebdo, lu Portnoy. Croûté, siesté. Je me demande où je trouve la force de faire la sieste avec les nuits que je passe ici. Partis en balade du côté des Xettes, un chemin tranquille, reposant après ce qu’on s’est appuyé les jours précédents. Les brimbelles promettent d’être abondantes. Souvenir d’une conversation avec Y., la semaine dernière, qui me parlait du bruit unique, inoubliable, de la première brimbelle tombant au fond du pot de camp un matin de cueillette, la première musique des enfants d’ici. Sur la route pentue où nous avons parqué l’auto, un type et ses deux gamins à vélo. Lui, allure sportivo-militaire, coup de pédale martial. Les mômes ahanent. “Allez Jules, allez Tao (Théo ?)… On y croit… On va au bout… On lâche rien…” T’as raison mon gars, faut en faire des compétiteurs, des premiers de cordée, ils te remercieront plus tard. Marché près de deux heures, bu mon thé, au boulot.

MERCREDI.

Vie commerciale. Courses au Match. L’homme devant nous, à la caisse, a acheté deux flacons de William Peel, rien d’autre. Verdict de la caissière : 15,97 €. Il faut inviter Jim Jarmusch au prochain festival du film de Gérardmer.

Lecture. La Plainte de Portnoy (Portnoy’s Complaint, Philip Roth, Random House, New York, 1969, Gallimard, 1970 pour la traduction française, traduit de l’américain par Henri Robillot, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Paule Lévy; 1208 p., 64 €).

Éphéméride. “Dimanche et lundi 2 et 3 Mai 1920

Travaillé à mon paysage classique, dans la salle à manger des Colombières.” (Ferdinand Bac, Livre journal 1920)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

792 (8)-min  792 (11)-min

Metz (Moselle), photos de Laurent Lagarde, 31 décembre 2016

SAMEDI.

Films vus. Only Lovers Left Alive (Jim Jarmusch, Allemagne – R.-U. – France – Grèce – É.-U. – Chypre, 2013)

Le Reptile (There Was a Crooked Man, Joseph L. Mankiewicz, É.-U., 1970)

Monsieur Verdoux (Charles Chaplin, É.-U., 1947).

             L’Invent’Hair perd ses poils.

 792 (12)-min  792 (13)-min

Baillargues (Hérault), photo de Marc-Gabriel Malfant, 16 mars 2011 / Saint-Priest (Rhône), photo du même, 9 mars 2012

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 5 mai 2016. 78 km. (30932 km).

792 (10)-min

1845 habitants

   Une large plaque de granit gris est accolée au mur de l’église sous un écusson RF agrémenté de trois drapeaux tricolores. A droite et à gauche, deux fagots de manches de haches de sapeur, dont l’un est muni de son fer et surmonté d’une tête de bélier. En avancée, une banquette grillagée supporte une gerbe défraîchie entre deux canons miniatures. Une plaque : “Les médaillés militaires à leurs camarades”. Les noms sont rangés sur quatre colonnes, en lettres dorées.

792 (9)-min

Plombières

A ses enfants

1914-1918

   Colonne 1 : 22 noms de J. ANDRE à P. DESGRANDCHAMPS

Colonne 2 : 22 noms d’E. CORNU à A. LHUILLIER

Colonne 3 : 21 noms de M. JEANVOINE à P. REDDET

Colonne 4 : 22 noms de J. RICHARD à H. WEHRLE

Suivent 9 noms concernant 1939-1945 et celui d’une victime d’Indochine.

Sur le mur de l’église, à droite, on a ajouté 3 plaques avec les noms des victimes civiles de 1939-1945 et d’Algérie.

À l’intérieur de l’église, les noms des morts de la paroisse sont alignés sur des plaques de marbre blanc, de chaque côté de la porte d’entrée, derrière les statues de Jeanne d’Arc et de saint Georges.

792 (7)-min

             Poil au cul du bus.

792-min

Genève (Suisse), photo de l’auteur, 19 août 2016

 Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

 

 

 

22 avril 2018 – 791

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 6 mai 2018, à un horaire indéterminé.

LUNDI.

Vie notulaire. Une demande de désabonnement aux notules.

MERCREDI.

Lecture. Une mort sans nom (From Potter’s Field, Patricia Cornwell, 1995 pour l’édition originale, Le Masque, 1996 pour la traduction française, traduit de l’américain par Hélène Narbonne; rééd. in « Patricia Cornwell 2, Quatre romans », éditions du Masque, coll. Intégrales, 2001; 1240 p., s.p.m.).

Kay Scarpetta vient à bout, dans cet épisode, de Temple Gault, un serial killer qui l’enquiquinait depuis un moment. On regrette qu’elle n’ait pas éliminé en même temps sa complice Carrie Grethen, ce qui aurait peut-être poussé Patricia Cornwell à se renouveler un peu. Celle-ci s’est en effet installée dans une routine qui plongerait le lecteur dans une complète torpeur s’il n’en était tiré régulièrement par les pépites d’une traduction catastrophique, laquelle donne des hanches à un saxophone et place le métacarpe sur les membres inférieurs. Ce qui est tout de même costaud quand on sait que Scarpetta est médecin légiste.

Éphéméride. “Charleville. 18 avril [1919]

Un beau soleil te permet-il d’aller faire une promenade avec cette bonne Guite dont les joues me seraient si bonnes à croquer ? Mais aussi gare à ton teint ! Tu sais que les premiers soleils sont très dangereux , et qu’une fois perdu… dame, ça y est bien ! Tu sais aussi que j’y tiens et que s’il te manque, ma foi, cela ne me fera pas trop plaisir. Donc, ma chérie, attention ! Sois sage et pense à moi. Je veux que tu sois jolie et pour cela, tu dois prendre des précautions.” (Albert Viard, Lettres à Léa)

VENDREDI.

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 11 (15 mars 2017, 96 p., 15 €).

“Poussière”

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aperçu d’une collection de Lion d’or.

791 (2)-min  791 (1)-min

Ahun (Creuse), 20 avril 2017 / Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales), 8 octobre 2017, photos de Marc-Gabriel Malfant

SAMEDI.

Football. SA Spinalien – Chasselay 3 – 0.

Films vus. Orpheline (Arnaud des Pallières, France, 2016)

Sur les quais (On the Waterfront, Elia Kazan, É.-U., 1954)

Planetarium (Rebecca Zlotowski, France – Belgique, 2016)

À l’est d’Éden (East of Eden, Elia Kazan, É.-U., 1955)

Alibi.com (Philippe Lacheau, France, 2017)

L’Apollonide (Souvenirs de la maison close) (Bertrand Bonello, France, 2011)

Vol au-dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest, Milos Forman, É.-U., 1975).

              L’Invent’Hair perd ses poils.

791 (3)-min  791 (4)-min

Saint-Martin-de-Crau (Bouches-du-Rhône), photo d’Anne-Marie Emery, 8 mars 2011 / Ostende (Belgique), photo de Monique Carlier, 24 décembre 2015

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er mai 2016. 110 km. (30854 km).

791 (5)-min

83 habitants

   Pas de monument aux morts visible. Consolons-nous avec les porcs vivants.

791 (6)-min  791 (7)-min

              Poil et plume. “Les effets de la crise économique mondiale sur le métier de coiffeur à Wendisch Burg. Brand, le cordonnier, qui vint se faire couper les cheveux par amitié et par amitié ne voulut payer que la moitié du prix. Nous nous souviendrons de ce cordonnier. À partir de 1933, le salon de coiffure Erichson prospéra, deux apprenties côté Dames, bientôt trois garçons côté Messieurs…” (Uwe Johnson, Une année dans la vie de Gesine Cresspahl)

Bon dimanche,

Philippe DIDION