18 juillet 2021 – 936

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 8 août 2021.    

DIMANCHE.                   

Bestiolaire domestique. Identification d’un Poliste gaulois.    

LUNDI.           

Lecture. Sagesses populaires (J. Biniou, V. Puente, Les 4 Mers, coll. Encyclopédie Antipodiste IX, 1998; n.p., 60 F).

MARDI.            

Lecture. Misère de la philosophie(Karl Marx, 1847, rééd. in “Œuvres : Économie I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1963; 1824 p., 66 €).                          

Si la préface qui ouvre cette édition est illisible – à nos pauvres yeux du moins – la chronologie qui la suit est très précise et éclairante pour le non initié. On y voit le modèle qu’a tenté de suivre Bergounioux sans l’avouer : une vie uniquement consacrée à l’étude et à l’écriture, des masses de lectures “extraites” dans d’innombrables cahiers, la pauvreté la plus noire en plus. Misère de la philosophie est écrit directement en français, en réponse, sous forme de chiasme, à Philosophie de la misère de Proudhon, paru un an plus tôt. S’il faut être plus versé que je ne le suis dans la chose économique pour en saisir toutes les vertus, le travail de Marx vaut surtout par la manière dont il met en pièces les arguments de Proudhon. C’est une patiente démolition de tout le livre, presque ligne par ligne, éclairée par des exemples et des citations tirées de l’immense réservoir de lectures que possède déjà Marx à l’âge de vingt-neuf ans. Proudhon est son aîné d’une dizaine d’années mais il ne l’impressionne pas. À la place de la réfutation respectueuse, c’est l’attaque, avec des flèches d’une ironie féroce. Un exemple : Marx recopie un paragraphe sur l’augmentation des salaires que Proudhon conclut ainsi : “cela est aussi certain que deux et deux font quatre.” Commentaire de Marx : “Nous nions toutes ces assertions, excepté que deux et deux font quatre.”    

MERCREDI.                  

Éphéméride.

“[14 juillet 1828].  

Fontainebleau. Départ de nuit, la pluie finissant à 8 et demie du soir. 14 juillet 1828.” (Stendhal, Journal)    

JEUDI.          

Lecture. Histoires littéraires n° 78 (Du Lérot éditeur, avril-mai-juin 2019; 208 p., 25 €).                        

Dossier Lamartine.                        

Contribution du notulographe à ce numéro : une note de lecture sur Pierre Michon.    

VENDREDI.                  

Tourisme médical. En m’engouffrant dans le taxi, je me fracasse la tronche contre la paroi de plexiglas qui me sépare du conducteur. Le cuir chevelu entaillé, c’est un peu sanguinolent que je débarque à la clinique Louis-Pasteur d’Essey-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), craignant un temps qu’on me verse dans un autre service que celui où je suis attendu. Il n’en sera rien et je pourrai poursuivre, un peu plus tard, mon expérience de lecture sous emprise anesthésique.                    

Lecture. L’Écluse n° 1 (Georges Simenon, Arthème Fayard, 1933, rééd. Rencontre, 1967, in “Œuvres complètes Maigret” V; 552 p., s.p.m.).                                

L’histoire se déroule dans le milieu des mariniers, entre Charenton et le port de Paris, autant dire que Simenon est à son aise. Il est moins assuré dans la construction du personnage de Maigret, dont on pourrait penser que, rendu à sa dix-neuvième enquête, il avait atteint ses traits définitifs. Il n’en est rien : ici, il ne se prénomme pas Jules mais Joseph, il n’habite pas boulevard Richard-Lenoir mais boulevard Edgar-Quinet et il s’apprête à prendre sa retraite dans une petite maison des bords de Loire.                                  

Les Jardiniers du bitume (Roger Riffard, Julliard, 1956, rééd. Bouclard, 2021; 128 p., 16 €).                                

Quand j’ai voulu lire Roger Riffard, je me suis aperçu à mon grand dam que ses livres étaient devenus complètement introuvables. Une bonne chose, puisqu’elle m’a permis de découvrir La Grande Descente dans l’exemplaire de René Fallet que m’avait prêté sa femme Agathe. Mais tout finit par arriver : en mai dernier, les éditions Bouclard, auxquelles on doit déjà une petite revue pleine d’intérêt, ont eu la bonne idée de rééditer les œuvres complètes de Riffard, à savoir La Grande Descente et ces Jardiniers du bitume. Les deux romans se caractérisent pas la veine populiste qui sera aussi celle de Fallet et qui n’est pas sans rappeler les récits d’Emmanuel Bove. Le héros des Jardiniers s’appelle Alexis Plantin, un nom qui dira quelque chose aux amateurs de Fallet puisque celui-ci donnera ce patronyme au personnage principal de Paris au mois d’août en 1964.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Faudrait savoir.  

  Savenay (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 16 décembre 2019

Épinal (Vosges), photo de Lucie Didion, 17 janvier 2020    

SAMEDI.              

Lecture. Schnock n° 34 (La Tengo, mars 2020; 176 p., 15,50 €).                            

Sylvie Vartan.                

Films vus.

  • Sicario (É.-U. – Mexique – Hong Kong, 2015)                               
  • Wild Love (court métrage, Paul Autric, Quentin Camus, Léa Georges, Maryka Laudet, Zoé Sottiaux, Corentin Yvergniaux, France, 2019)                               
  • Ibrahim (Samir Guesmi, France, 2020)                               
  • Blackbird Roger Michell, É.-U. – R.-U., 2019)                               
  • Enough (court métrage, Anna Mantzaris, R.-U., 2019)                               
  • Cinquième set (Quentin Reynaud, France, 2020)                               
  • Obsession (Brian De Palma, É.-U., 1976)                               
  • Raoul Taburin (Pierre Godeau, France – Belgique, 2018).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Ischia (Italie), photo de Laurence Bessac, 2 octobre 2011

Lima (Pérou), photo de Bernard Visse, 2 décembre 2016                

Poil et plume. “Parce qu’elle se refuse de toute évidence à admettre que ses cheveux ne repousseront jamais, la truite conserve précieusement un peigne dans sa poche intérieure.” (Eric Chevillard, L’Autofictif)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

11 juillet 2021 – 935

MARDI.            

Vie professionnelle. Dernière journée d’une année scolaire qui ne fut pas toujours facile à vivre. C’est d’ordinaire un jour gai, léger, qui m’aura paru cette fois interminable et pesant, marqué par le ton grisâtre de la météo et du moral, ce dernier sans doute influencé par la fréquentation assidue de Bergounioux. L’essentiel est d’en avoir vu le bout.

Lecture. Le Corps et l’Âme (Body and Soul, John Harvey, 2018 pour l’édition originale, Rivages, coll. Noir, 2020 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Fabienne Duvigneau; 288 p., 21,50 €).                          

Après avoir fait ses adieux à Charles Resnick en 2014 dans Ténèbres, ténèbres, John Harvey fait de même avec son second personnage récurrent, le policier retraité Frank Elder. Celui-ci n’aura vécu que quatre aventures, dans lesquelles John Harvey n’aura pas réussi à le rendre aussi attachant que Resnick. On a l’impression que l’auteur range ses affaires avant de prendre congé, conscient que le talent de ses débuts s’est effiloché au fil du temps. Et c’est vrai que ce dernier roman peine à susciter l’intérêt avec une progression très hésitante. Heureusement, les dernier chapitres, jusqu’au final inattendu, sont plus enlevés et nous laisseront sur une bonne impression. John Harvey aura été un bon serviteur du polar anglais et on comprend sa lassitude après les efforts fournis pour nous éclairer sur la situation sociale de son pays.    

MERCREDI.                  

Éphéméride. “Mercredi, 7 juillet [1943]  

Depuis deux jours, une grande bataille de chars dans le secteur de Koursk, sur un large front allant d’Orel à Belgorod. Ne connaissant que les relations de source allemande, je ne peux me rendre compte ni de l’ampleur ni du sens des combats.” (Mihail Sebastian, Journal 1935-1944)                    

Lecture. Le Château des quechuas (Fernando Arrabal, Collège de ‘Pataphysique, coll. Bibliothèque optimatique n° 3, 2009; 96 p., hors commerce).    

JEUDI.          

Brève de trottoir.  

    VENDREDI.                  

Vie informatique. Après l’enseignement à distance, place à la médecine du même métal. Une expérience instructive, pour laquelle il est préférable de jouir d’une belle santé. Une semaine de préparation pour un rendez-vous prévu ce matin avec un médecin anesthésiste, des questionnaires à remplir, des documents à fournir, des démarches à accomplir, des courriels en rafale, tout cela pour se retrouver, au jour et à l’heure prévus, dans l’impossibilité de pénétrer dans la salle d’attente virtuelle. La consultation finira par se faire au téléphone.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Simplification administrative.  

Préfecture de Haute-Marne, bureau des hypothèques, Chaumont, photo de Jean-François Fournié, 18 avril 2017

SAMEDI.              

Films vus.

  • Duo d’escrocs (The Love Punch, Joel Hopkins, France – R.-U., 2013)                               
  • Les 2 Alfred (Bruno Podalydès, France, 2020)                               
  • Citoyens du monde (Lontano, lontano, Gianni di Gregorio, Italie, 2019)                               
  • Gadjo dilo (Tony Gatlif, Roumanie – France, 1997)                               
  • Cortex (Moritz Bleibtreu, Allemagne, 2020)                               
  • Les Malheurs de Sophie (Jean-Claude Brialy, France, 1981)                               
  • Poissonsexe (Olivier Babinet, France – Belgique, 2019).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

Montpellier (Hérault), photo de Laurence Bessac, 19 septembre 2011                

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 31 mai 2020. 51 km. (38 680 km).  

484 habitants     

Le monument est au coin du cimetière, tournant le dos à l’église. C’est un obélisque de pierre blanche, surmonté d’une croix et orné d’une palme.  

  Aux enfants

de

Sainte-Hélène

Morts pour la France

1914-1919     

Droite :  

ARNOUX André

BONTEMS Henri

COLLARD Eugène

COMTE Charles

COMTE René

CONOT Jules

COURLET Aimé

HOUVION Camille

LABARRE René

MARCOT Camille

MARCOT Émile

MIETTE Édouard

PERRIN Charles

RENARD Henri

THOUVENEL Georges

TISSERANT Louis

MARCOT Ernest

VILLEMIN Henri

ODILLE Alfred  

Guerre 1939-1945  

7 noms               

Poil et pellicule.  

Sage femme (Martin Provost, France – Belgique, 2017)  

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

4 juillet 2021 – 934

LUNDI.           

Lecture. Le Lutin (Nezhit’, Vladimir Nabokov, revue Rul’, 1921 pour l’édition originale, in La Vénitienne et autres nouvelles, Gallimard, 1990 pour la traduction française, traduit du russe par Bernard Kreise et Laure Troubetzkoy, rééd. in “Nouvelles complètes”, coll. Quarto, 2010; 868 p., 25 €).                         

Nouvelle.             

Pour qui klaxonne le glas. Après la Turquie et le Portugal, c’est l’équipe de France qui est éliminée de l’Euro de football. On aurait pu suivre tout ça sans avoir à regarder la TV : l’absence de klaxons, le calme qui régnait sous nos fenêtres à l’issue des rencontres éliminatoires nous a donné les résultats instantanément. On aura rarement vécu compétition aussi paisible, et on peut raisonnablement ne pas craindre les débordements des communautés belge, suisse ou tchèque d’Épinal.     

MERCREDI.                  

Éphéméride. “À Monsieur Valery Larbaud                                                           Pau, 30 juin [1911]                              

[en Angleterre]  

Attention que j’aime, cher ami, de m’avoir adressé ce souvenir d’une “Île”…

Et moi, que pourrais-je faire, pour vous faire plaisir ?

Je veux vous souhaiter un bel été pour vous, sur toute la campagne anglaise.

Voici deux vers que j’aime, et où je serais heureux d’avoir pu vous donner du plaisir – pour les soyeuses allitérations du premier, le gonflement qui fait l’humeur finale du second, et puis, aussi, ce délicieux “coquit” :  

En quid agis ? Siccas insana Canicula messes

Jamdudum coquit, et patula pecus omne sub ulmo est.  

Ils sont d’un poète calomnié : de ce Perse, trop soigneusement élevé par une femme, mais qui fut l’ami de ce Lucain que vous aimez. De coeur,   Leger.” (Saint-John Perse, Lettres)    

JEUDI.          

Lecture. … Et mon tout est un homme (Boileau-Narcejac, Denoël, 1965, rééd. in « Quarante ans de suspense » vol. 2, Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Francis Lacassin, 1988; 1314 p., 120 F).    

VENDREDI.                   

À la manière de…, ou Hommage à Pierre Bergounioux. Ve 2.7.2021 Levé à six heures moins le quart. Le beau temps nous revient, le ciel est déjà clair mais le solstice est derrière nous et nous allons à pas lents vers l’ombre et le froid. De suite à l’ordinateur pour dactylographier la distribution du film vu hier au cinéma. Je descends au café, lis les journaux du jour et emporte ceux de la veille. À mon retour, Caroline est levée et s’apprête à partir pour Courcy. Je la quitte pour gagner la gare, salue S. au passage et embarque dans le 7 h 43. J’ouvre Le Retour de Silbermann (1931), dont j’avais apprécié le premier volet paru neuf ans plus tôt. Je descends à Charmes et me dirige vers le collège sous un ciel ponctué de rares cirrus. Une fois sur place, je dépêche mes dernières copies d’examen selon la méthode analytique de Descartes en songeant que c’est peut-être la dernière fois que je m’adonne à cette tâche mécanique, assommante. Je suis seul dans la place, mes jeunes collègues on terminé hier en travaillant l’après-midi, ce dont je suis incapable. Un surveillant m‘assiste pour enregistrer les résultats dans l’ordinateur et je rends les copies à une secrétaire bavarde qui ne me cache rien de ce qu’elle pense de la situation sanitaire du pays. Je retourne à la gare et profite de l’heure d’attente pour terminer Lacretelle. Je lis mal, sous l’aubette, distrait par des passages d’hirondelles et le ballet des piérides sur les herbes folles qui ont envahi les voies désaffectées. Mon cœur me laisse en paix mais je roule de noires pensées à l’idée des échéances qui m’attendent. Je rentre par le 11 h 28, entame à son bord un roman de John Harvey.  À la maison à midi. Les petites arrivent par la rame suivante, retour de Nancy, Lucie a passé la journée d’hier à subir une batterie d’examens au CHU. Je m’affaire à nourrir mon petit monde qui abandonne ensuite le logis, qui pour Courcy, qui pour Saint-Jean-du-Marché. Après la sieste, je prends la petite voiture et monte à la clinique où V., la secrétaire du docteur O., me transmet le dossier concernant mon bref séjour de juillet à Essey-lès-Nancy. Je n’aurai pas à subir de test PCR, contrairement à ce qui s’était produit en juin et à ce qui adviendra en août, petit allègement dans la spirale de démarches qui m’étourdit. Au retour, je m’occupe du courrier électronique. P.F. m’a envoyé le catalogue de publicités peintes qu’il a élaboré et pour lequel je lui avais fourni quelques photos. Il prend sa retraite, comme tous ceux de mon âge, et j’ai la désagréable impression d’être le seul à rester sur le pont. Triste vigie. Je commande les services de presse pour Histoires littéraires, retourne à la gare pour prendre le 17 h 43, feuillette Livres Hebdo que j’ai récupéré au passage à la librairie et descends à Châtel-Nomexy. Je monte au collège pour la petite cérémonie de fin d’année. Les dames de la cantine ont fait des merveilles, une profusion de mignardises salées et sucrées. Dans quatre jours, les vacances commenceront et je pourrai reprendre la vie retranchée, résolument domestique, que j’ai choisie il y a bientôt trente ans pour tenter d’y voir clair dans la part du monde qui m’ a été allouée, sacrifier au sombre soin de ma santé. En soirée, je regarde la pâle adaptation du Grand Meaulnes qu’a réalisée J.-G. Albicocco dans les années 60 et finis la journée avec la lecture du Carnet de notes de Bergounioux, lequel a rarement été aussi lugubre qu’en ce mois de novembre 2017.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Avec l’accent.  

  Épinal (Vosges), photos de l’auteur, 24 mars 2019 et 19 octobre 2020    

SAMEDI.              

Films vus.

  • En rachâchant (court métrage, Danièle Huillet, Jean-Marie Straub, France, 1982)                               
  • Petite maman (Céline Sciamma, France, 2021)                               
  • Sammy et Rosie s’envoient en l’air (Sammy and Rosie Get Laid, Stephen Frears, R.-U., 1987)                               
  • Au revoir… à lundi (Maurice Dugowson, France – Canada, 1979)                               
  • Cadavres exquis (court métrage, Valérie Mréjen, France, 2013)                               
  • Médecin de nuit (Élie Wajeman, France, 2020)                               
  • Le Grand Meaulnes (Jean-Gabriel Albicocco, France, 1967)                               
  • Rocks (Sarah Gavron, R.-U., 2019).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Eygalières (Bouches-du-Rhône), photo d’Anne-Marie Emery, 1er janvier 2012

Lamballe (Côtes-du-Nord), photo de Yannick Séité, 28 septembre 2017                

Poil et plume. “Selon Passilus, tant qu’on discute de langue ou de religion, c’est qu’aucune casserole n’est en train de brûler dans les affaires de l’État. Par contre il écoutait attentivement les nouvelles nécrologiques et redressait le torse quand il reconnaissait quelqu’un dans la liste des morts. S’étonnant surtout qu’Untel était encore en vie il y a une semaine, avant de découvrir que le mort était plus jeune que lui. “C’est normal, avec la vie qu’ils mènent là-bas, lui glissa le coiffeur Saintvil Mayard qui arrivait à temps pour le café, si ici nous vivons plus longtemps qu’à Port-au-Prince.” Je restai un moment jusqu’à ce qu’on me fasse signe de partir. Je tentai de refiler le journal au coiffeur qui le repoussa fermement : “Je n’ai pas besoin de savoir ce qui se dit, mon fils, j’ai trop à faire avec la vie.” (Dany Laferrière, L’Art presque perdu de ne rien faire)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

27 juin 2021 – 933

DIMANCHE.                   

Bestiolaire de Saint-Jean-du-Marché. Identification d’un Lepture tacheté.    

MERCREDI.

Éphéméride.                                                                                                                                                                                                                                     

“Aden, le 16 juin 1884.  

Chers amis,  

Je suis toujours en bonne santé, et je compte reprendre le travail prochainement.

Bien à vous,  

RIMBAUD.

Maison Bardey, Aden.”  

– N’écrivez plus sur l’adresse : Mazeran et Viannay, parce que la raison sociale est Bardey (seul) à présent.    

JEUDI.          

Lecture. Pylône (Pylon, William Faulkner, Smith & Haas, 1935 pour l’édition originale, Gallimard, 1946 pour la traduction française, rééd. in “Œuvres romanesques II”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 417, 1995; traduction de l’américain par R.-N. Raimbault et G. L. Rousselet, revue par François Pitavy; 1480 p., 66 €).                        

Quand on pratique Faulkner depuis un moment et qu’on sait le bazar qu’il peut créer rien qu’en entassant quatre ou cinq Noirs dans une charrette et en les laissant bavarder et divaguer, on n’aborde pas Pylône sans une certaine appréhension. Le roman se situe en effet à La Nouvelle-Orléans en plein Mardi gras, à l’occasion d’un meeting d’aviation suivi par une foule immense. Il y a de quoi semer la confusion, Faulkner ne s’en prive pas, et c’est sans doute par euphémisme que le traducteur parle dans son introduction de “la relative difficulté du texte”. Mais la focalisation sur un petit nombre de personnages, la fréquentation désormais régulière de l’auteur et, qui sait, l’effet prolongé de l’anesthésique m’ont permis de tracer mon chemin dans cette histoire sans trop de souffrance et de percer par moments le mystère de ses phrases quasi-joyciennes.    

VENDREDI.                  

Lecture. Esprit n° 459 (novembre 2019; 192 p., 20 €).                                

“Vivre en province”                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Vêtements amples.  

  Marseille (Bouches-du-Rhône), photo de Jean-Damien Poncet, 29 décembre 2016

Paris (Seine), rue Saint-Placide, photo de Chantal Potart, 2 novembre 2018    

SAMEDI.              

Vie littéraire. On fait d’une pierre deux coups aujourd’hui à Jaligny-sur-Besbre (Allier) où sont remis les Prix René-Fallet 2020 et 2021. La cérémonie se déroule dans un gymnase qu’il faut rapidement fuir pour s’installer à l’extérieur, tant la chaleur est étouffante. J’en profite pour explorer ce coin de Jaligny que je ne connais pas, notamment le stade qui me réserve une surprise de taille. Je peux dire, sans me vanter, que je commence à toucher ma bille en ce qui concerne les monuments aux morts, j’en ai vu de toutes sortes et en tous lieux, mais là, j’en reste pantois. Une modeste stèle est dressée dans un coin du terrain, derrière le poteau de corner. Elle est dédiée aux licenciés du club local, l’USJ, tombés pendant la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci peuvent désormais suivre de près, sans bourse délier, les évolutions de leurs successeurs.  

Films vus.

  • Sushi Sushi (Laurent Perrin, France, 1991)                               
  • Slumdog Millionaire (Danny Boyle, Loveleen Tandan, R.-U. – É.-U., 2008)                               
  • La Morte-saison des amours (Pierre Kast, France, 1961)                               
  • The Father (Florian Zeller, R.-U. – France, 2020)                               
  • Noir comme le souvenir (Jean-Pierre Mocky, France – Allemagne – Suisse, 1995).                 

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Lalevade-d’Ardèche (Ardèche), photo de Jean-François Fournié, 2 août 2020

Oberbronn (Bas-Rhin), photo de François Golfier, 13 septembre 2015                

Poil et plume.  

DIMANCHE.                   

Vie bourbonnaise. Où l’on s’attarde dans l’Allier, toujours difficile à quitter, pour visiter, à Moulins, le Centre National du Costume de Scène. Je m’attendais à y voir des choses essentielles comme la robe de chambre de Zaza Napoli dans La Cage aux folles, le masque de Fantômas ou l’uniforme de Cruchot dans Le Gendarme de Saint-Tropez (m’en fous, l’ai déjà vu à la Cinémathèque) mais on s’occupe ici de scènes plus nobles, celles du théâtre, de l’opéra, du ballet, que l’on ne fréquente guère. L’exposition permanente est consacrée à Noureev, la temporaire à un Yánnis Kókkos inconnu de nos services. Ma foi, on est là pour apprendre, le cadre est majestueux et la richesse des costumes présentés est impressionnante, même aux yeux des béotiens que nous sommes.    

LUNDI.           

Lecture. N’épousez pas un flic (So Long as You Both Shall Live, Ed McBain, 1976 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 1716, 1977 pour la traduction française, rééd. in “87e District 5”, Omnibus, 2000, traduction de l’américain par M. Charvet, revue et augmentée par Pierre de Laubier; 1374 p., 145 F).                            

MERCREDI.                  

Éphéméride. “Mardi 23 juin [2015].Cent deux ans. Dix mois et six jours.  

Lucette me demande encore et toujours si je m’amuse car “Dans la vie, s’amuser est le plus important. Les gens sont tous trop sérieux et rasoirs, ils se donnent de l’importance et ne rigolent pas. Tout ça pour se retrouver morts dans la terre. C’est ridicule.” (Véronique Robert-Chovin, Lucette Destouches, épouse Céline)    

JEUDI.          

Brève de trottoir.  

Lecture. Silbermann (Jacques de Lacretelle, Gallimard, 1922, rééd. coll. Folio n° 417, 1973; 128 p., 5,70 €).

VENDREDI.                             

Lecture. Les Amants d’Hérouville : Une histoire vraie (Yann Le Quellec, Romain Ronzeau, Delcourt, coll. Mirages, 2021; 256 p., 27,95 €).                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Vin de messe.  

Photo de Christophe Hubert, 23 décembre 2019    

SAMEDI.              

Films vus.

  • L’Orchestre rouge (Jacques Rouffio, Italie – France – Belgique, 1989)                               
  • Slalom (Charlène Favier, France – Belgique, 2020)                               
  • Le Rat d’Amérique (Jean-Gabriel Albicocco, France – Italie, 1963)                               
  • Ombres et brouillard (Shadows and Fog, Woody Allen, É.-U., 1991)                               
  • Mon roi (Maïwenn, France, 2015)                               
  • Everybody’s Fine (Kirk Jones, É.-U., 2009).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Lalevade-d’Ardèche (Ardèche), photo de Jean-François Fournié, 2 août 2020

Autun (Saône-et-Loire), photo de Gilles Bertin, 22 octobre 2018                

Poil et pellicule.  

À cause, à cause d’une femme (Michel Deville, France, 1963)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

13 juin 2021 – 932

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 27 juin 2021.    

LUNDI.           

Lecture. L’Anomalie (Hervé Le Tellier, Gallimard, coll. Blanche, 2020; 336 p., 20 €).                         

On imagine d’ici la satisfaction des crocodiles de l’Oulipo, les Roubaud, les Bénabou, Jouet et autres… Les voilà enfin tranquilles, dispensés de faire la retape pour leur cénacle, de justifier l’existence de celui-ci, de vanter les bienfaits de la contrainte et de raconter leurs souvenirs de Georges Perec. Deux événements sont venus les soulager : l’entrée dans leur ouvroir de Clémentine Mélois et l’obtention du Prix Goncourt par l’un des leurs. La première publie à tour de bras et se précipite sur tout micro tendu, le second, Hervé le Tellier, rencontre avec L’Anomalie un succès aussi retentissant qu’inattendu. L’Oulipo sort de l’ombre, les crocodiles peuvent roupiller en paix. On est content pour eux, on est content pour Le Tellier, qui est un homme sympathique, même si l’on n’est pas convaincu par son livre : il semblerait que, comme pour Houellebecq et Pierre Lemaitre, les jurés Goncourt n’aient pas couronné le meilleur livre de l’auteur élu.    

MARDI.            

Vie professionnelle. J’allais dire “Je ne sais combien de fois…” mais en réalité je sais très bien combien de fois j’ai été absent du boulot ces vingt dernières années : j’ai manqué une matinée le jour où Lucie a été hospitalisée en urgence, j’ai manqué un après-midi pour assister aux obsèques de mon parrain. Le lendemain de ce triste événement, le principal de l’époque, homme d’une subtilité rare, m’avait accueilli avec ces mots : “Vous n’oublierez pas de rattraper vos heures.” J’ai pris ça pour des condoléances et n’ai plus jamais été absent depuis. Il n’y a pas de quoi se vanter : c’est juste une question de chance, celle d’avoir été épargné par les deuils, les accidents, la maladie. Et puis la roue tourne : absent cet après-midi, absent mardi prochain, parce qu’il y a des moments où l’on n’est plus maître de son emploi du temps. Absences légitimes, raisons justifiées, il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Alors d’où vient cette stupide sensation de culpabilité, cette peur de passer pour un tire-au-flanc ? M’accompagneront-elles quand j’aurai le droit de m’absenter définitivement ?    

MERCREDI.                  

Éphéméride. “9 juin [1893].  

C’est gentil, cette nuque découverte des femmes. Quelques-unes ont même de petits poils dessus.” (Jules Renard, Journal)    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aménagement du territoire canin.  

  Sant Pere de Rodes (Espagne), photo de Jean-François Fournié, 7 août 2019

Dieppe (Seine-Inférieure), photo du même, 10 juillet 2020    

SAMEDI.              

Lecture. Nous avons les mains rouges (Jean Meckert, Gallimard, 1947, rééd. Éditions Joëlle Losfeld, coll. Arcanes, 2020; 320 p., 12,80 €).                            

“Laurent hésita toutefois à lui demander s’il y avait moyen de moyenner avec les deux pépées…” Où l’on retrouve une expression sur laquelle on s’était attardé quand on l’avait dénichée dans Au Bon Beurre de Jean Dutourd et qui avait donné lieu à un billet publié par le notulien Benoît Melançon en 2013. Autre curiosité lexicale, inconnue de nos services celle-là, le mot “holpète”, qui apparaît dans la phrase “C’est holpète, tu verras ! Grouille-toi !” Le Dictionnaire de l’argot d’Albert Doillon ne le mentionne pas et Internet n’offre pas grand-chose de lumineux à son sujet… Plus loin, on trouve un fille “du genre acquisivitif et assuré”. Cette fois, c’est ma propre ignorance qui est en cause car si l’adjectif n’apparaît nulle part, le nom “acquisivité” figure dans le Petit Littré. C’est le “nom donné par les phrénologues à l’instinct qui porte l’homme à acquérir”. En ligne, soyons moderne, le Trésor de la Langue Française offre à son sujet une citation extraite de Bouvard et Pécuchet : “L’acquisivité englobe le tact des filous et l’ardeur des commerçants.” Dernière chose à noter, cette phrase : “Les mots ont une sonnette qu’il faut savoir faire tinter” qui pourrait bien être une réminiscence du Manifeste de Monsieur Antipyrine (1916) dans lequel Tristan Tzara réglait son compte à la poésie traditionnelle : “L’art était un jeu noisette, les enfants assemblaient les mots qui ont une sonnerie à la fin, puis ils pleuraient et ciraient la strophe, et lui mettaient les bottines des poupées et la strophe devint reine pour mourir un peu et la reine devint baleine, les enfants couraient à perdre haleine.” Décidément, c’est rien riche, Jean Meckert.                

Films vus.

  • Des hommes (Lucas Belvaux, France – Belgique, 2020)                               
  • Gloria (John Cassavetes, É.-U., 1980)                               
  • Brelan d’as (Henri Verneuil, France, 1952)                               
  • Lila Lili (Marie Vermillard, France, 1999)                               
  • Vacances portugaises (Pierre Kast, France – Portugal, 1963)                               
  • L’Ennemi intime (Florent-Emilio Siri, France – Maroc, 2007)                               
  • Carlotta’s Face (c.m., Valentin Riedl, Frédéric Schuld, Allemagne, 2018)                              
  • Nomadland (Chloé Zhao, É.-U. – Allemagne, 2020).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Couëron (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 18 décembre 2011

Plouharnel (Morbihan), photo de Michèle Thiébaut, 9 août 2013                

Le chant du poil.  

Pelléas et Mélisande (Claude Debussy), direction Pierre Boulez, mise en scène Peter Stein, 1993

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

6 juin 2021 – 931

DIMANCHE.                    

Vie littéraire. Je boucle le Bulletin de l’Association Georges Perec, 78e du nom, l’envoie à la mise en page avant ma mise au page.                      

Bestiolaire de Saint-Jean-du-Marché. Identification d’une Belle-dame.    

LUNDI.           

Lecture. La Nouvelle Revue française n° 640 (Gallimard, janvier 2020; 160 p., 15 €).    

MERCREDI.                  

Éphéméride. “Bobino music-hall  

2 juin [1933]  

Il ne me déplaît point, en pleine “saison de Paris”, en pleines “mondanités”, en plein snobisme, en plein gringue, pour parler franchement, de vous entretenir cette fois-ci, tout à fait hors de propos, semble-t-il, d’un établissement auquel on ne pense pas à cette époque-ci et qui s’appelle Bobino. Bobino, music-hall, 20, rue de la Gaîté, ainsi qu’il est écrit sur le programme qui représente une femme en chapeau haut de forme à rayures et à plumes, levant la jambe, au milieu d’un délire d’étoiles, par-dessus les six lettres du mot “Bobino”, qui dégringolent de gauche à droite de la couverture, comme un éclat de rire…” (Pierre de Régnier, Chroniques d’un patachon : Paris 1930-1935)

Lecture. Alphonse Allais en verve : mots, propos, aphorismes (Alphonse Allais, Horay, coll. En verve, 1970, rééd. 2004; 128 p., 7,50 €).                                

Je lis ça dans la salle d’attente d’un service d’anesthésie où j’ai rendez-vous cet après-midi. L’homme de l’art se pointe et appelle la dame qui est assise à côté de moi : “Madame Landormy !” Elle a pris de l’avance, pensé-je, face à cette situation tout à fait digne d’une brève d’Alphonse Allais. Du coup, pendant un bref moment, je ne sais plus si je suis en train de vivre ce moment ou de le lire.    

JEUDI.          

Lecture. L’Île aux trente cercueils (Maurice Leblanc, Éditions Pierre Lafitte, 1919, rééd. in « Les Aventures extraordinaires d’Arsène Lupin » vol. 2, Omnibus 2004, 1240 p., 23 €).                        

Citation : “Les trois cryptes étaient identiquement pareilles.”    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. En cas de besoins.  

  Copenhague (Danemark), photo de François Golfier, 20 février 2017

Cannes (Alpes-Maritimes), photo de Jean-Hugues Blondel, 10 janvier 2020    

SAMEDI.             

Films vus.

  • La Môme vert-de-gris (Bernard Borderie, France, 1953)                              
  • Hope and Glory : La Guerre à sept ans (Hope and Glory, John Boorman, R.-U. – É.-U., 1987)                              
  • Le Bon Dieu sans confession (Claude Autant-Lara, France, 1953)                              
  • Lost Highway (David Lynch, France – É.-U., 1997)                              
  • Le Milliardaire (Let’s Make Love, George Cukor, É.-U., 1960)                              
  • Rien que pour vos cheveux (You Don’t Mess with the Zohan, Dennis Dugan, É.-U., 2008)                              
  • L’Ombre de Staline (Mr. Jones, Agnieszka Holland, Pologne – R.-U. – Ukraine, 2019).               

Lecture. Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 25 (8 septembre 2020, 80 p., 15 €).               Injures et flagorneries.               

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Couëron (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 18 décembre 2011

La Chapelle-Saint-Mesmin (Loiret), photo de Christiane Larocca, 21 avril 2018               

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 21 mai 2020. 78 km. (38 629 km).  

282 habitants     

Six gros obus encadrent le monument surmonté d’un coq. Quatre plots reliés par une lourde chaîne le séparent de la route. Le sol alentour est gazonné, un drapeau tricolore flotte au vent. La gerbe du 8 mai, déjà fanée, porte un ruban tricolore signé de la commune de Sainte-Barbe.  

  1914-1919  

Aux enfants et citoyens

De Sainte-Barbe

Morts pour la France  

BARTHÉLÉMY Léon Cap.l                    CLAIRE André

BAYARD Camille                    COLIN Achille Adj.t

BAYARD Gaston                    DEMANGE Abel

BERTEAUX Raymond                    DIDIER Léon

CHALIMANDRÉ Henri                     FRÉZARD Aimé

CHALIMANDRÉ René                    GÉRARD Georges

CHANAL Abel                    HAITE Abel

CHANAL René                    HAITE Charles Serg.t  

1939-1945  

8 noms de Militaires et F.F.I.

7 noms de Victimes civiles     

Droite :  

HAITE Édouard                    RICHARD Abel

LECOMTE Edmond                    RICHARD André

LEROY Adolphe                    SAINT-DIZIER Louis

MARY Edmond                    SIMON Gaston

MARY Joseph                    THIBAUT Charles

MATHIEU Léon                     VIRION René

MAURICE Abel                    MARCHAL Henri

PIERRON Martin                    ROUSSEL Paul

PETIT Édouard MldL                    ROGNON André L.NT               

Poil et pellicule.  

Printemps, été, automne, hiver… et printemps (Bom yeoreum gaeul gyeoul geurigo bom, Kim Ki-duk, Corée du Sud – Allemagne, 2003)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

30 mai 2021 – 930

DIMANCHE.                   

Vie en salle. Retourné au cinéma. Revu Cyrano.  

  MARDI.            

Lecture. Les Jardins d’Éden (Pierre Pelot, Gallimard, coll. Série Noire, 2021; 256 p., 18 €).                          

Pierre Pelot avait dit qu’on ne l’y reprendrait plus, qu’il posait la plume et qu’on n’entendrait plus parler de lui. Apparemment, la Série Noire a su se montrer convaincante. Chez lui, on s’en réjouit : à Remiremont, où j’ai acheté le livre, je n’avais pas fait dix pas dans la rue quand un quidam, avisant l’objet, m’est tombé sur le poil : “Alors, il est bien le nouveau Pelot ?”    

MERCREDI.                   

Éphéméride. “26 mai [1916] –  J’ai vu des officiers australiens avec un losange blanc sur le bras.” (Raymond Queneau, Journal du  Havre, 1914-1920)    

JEUDI.           

Lecture. Allez-y, Jeeves (Carry On, Jeeves, P.G. Wodehouse, Herbert Jenkins, 1925 pour l’édition originale, U.G.E., coll. 10/18, 1994 pour la traduction française, rééd. in « Jeeves », Presses de la Cité, coll. Omnibus, 1990, traduit de l’anglais par Dominique Haas; 1280 p., 145 F).             

Brève de trottoir.  

    VENDREDI.                  

Vie professionnelle. Le petit C. est un de mes élèves, en classe de quatrième. Ces dernières semaines, j’ai vu ses traits se creuser, son énergie s’éteindre. Hier, j’ai appris la mort de sa mère, A. S., 40 ans, des suites d’une sale maladie. On l’enterre aujourd’hui à 10 heures. En arrivant au boulot ce matin, je me suis enquis auprès de l’administration si le collège serait représenté. “Ah ben non, il n’y a rien de prévu, on enverra une carte”. Bel effort, on aurait pu se contenter d’un SMS. En revanche, on peut être sûr qu’il ne manquera pas un bouton de guêtre ni une note de clairon pour accueillir je ne sais quel chef à plumes académico-rectoral qui doit assister à une course à pied organisée par le collège un peu plus tard dans la journée. J’ai beau avoir été échaudé par l’indifférence avec laquelle avait été accueillie récemment la mort de G., du corps de balais, je n’arrive pas à ne pas bouillir devant ce que je considère comme du mépris, ce qui attise ma hâte de quitter ce milieu et ce qu’il est devenu. Je me souviens de la première fois où j’ai connu la disparition d’un parent d’élève, la mère de la jeune C. G. C’était il y a bien longtemps, je venais d’arriver au collège. Les obsèques avaient lieu dans l’église de Pallegney, ou Zincourt peut-être, un de ces villages dont sont issus la plupart de mes élèves. Je m’étais déplacé pour y assister, comme la moitié du bahut d’ailleurs, c’était une autre époque. Autant dire qu’il y avait foule et que l’église s’était révélée trop modeste pour accueillir tout ce monde. J’avais suivi la cérémonie, comme beaucoup de gens, debout sur le parvis. Dans une allée du cimetière qui ceignait l’église, deux costauds avaient garé leur camionnette dans une allée, sorti leurs outils et mettaient la dernière main à la préparation de la fosse qui devait accueillir la boîte à dominos. Je ne sais plus en quelle saison cela se passait, si c’était l’hiver et que la terre était gelée ou s’il venait de pleuvoir et qu’elle collait à la pioche, toujours est-il que les types en bavaient et le faisaient savoir. Leurs “Putain’’, “Merde” et “Saloperie” zébraient étrangement le silence de la foule recueillie. Au bout d’un moment, j’ai abandonné la contemplation de mes godasses pour lever le nez en leur direction et mon cœur s’est liquéfié. Sur le flanc de la camionnette s’étalait en belles lettres la raison sociale de l’entreprise commise pour la tâche : “Pompes funèbres Didion”. J’ai souhaité aller m’allonger dans le trou et ne plus jamais en sortir.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Foi et téléphone.  

  Paris (Seine), rue de Wattignies, photo de Jean-Damien Poncet, 27 août 2017

Troyes (Aube), photo de l’auteur, 26 octobre 2019    

SAMEDI.             

Films vus.

  • Falling (Viggo Mortensen, Canada – R.-U. – É.-U., 2020)                              
  • Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (The Adventures of Tintin, Steven Spielberg, É.-U. – Nouvelle-Zélande – R.-U. – France – Australie, 2011)                             
  • Joyeuse retraite ! (Fabrice Bracq, France, 2019)                              
  • Versailles Rive-Gauche (Bruno Podalydès, France, 1992)                              
  • La Route de Salina (Georges Lautner, France – Italie, 1970)                              
  • Un homme à abattre (Philippe Condroyer, France – Espagne, 1967)                              
  • Mandibules (Quentin Dupieux, France, 2020).               

L’Invent’Hair perd ses poils.  

Nantes (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 18 décembre 2011               

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 8 mars 2020. 52 km. (38 551 km).  

100 habitants     

Pas de monument aux morts visible.               

Poil et pellicule.  

Monnaie de singe (Monkey Business, Norman Z. McLeod, É.-U., 1931)    

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

23 mai 2021 – 929

LUNDI.           

Lecture. Les Aveux (The Tenth Interview, John Wainwright, Macmillan London Limited, 1986 pour l’édition originale, Sonatine, 2020 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Laurence Romance; 208 p., 20 €).

Sonatine poursuit l’exhumation des titres de John Wainwright, auteur anglais qui eut son heure de gloire quand Claude Miller adapta l’un d’eux, À table !, pour en faire Garde à vue. Un face-à-face implacable entre un policier et un suspect, un procédé que l’écrivain semble affectionner puisqu’il l’utilise dans Une confession, autre polar posthume paru lui aussi chez Sonatine, et dans ces Aveux. Sauf qu’ici, les aveux ne sont pas à arracher : l’homme qui vient se livrer à la police déclare tout de go qu’il a empoisonné son épouse. Facile, trop facile pour le policier, convaincu que cette confession cache quelque chose de plus grave, ce qui donnera lieu à une surprise finale qui vaut le détour.

MERCREDI.                  

Éphéméride. Germain Nouveau à un éditeur  

“Paris, 12 mai 1889.  

Cher Monsieur,  

Toujours cette question du pseudonyme à laquelle je suis forcé de revenir. Vous savez que je suis loin d’être libre et que j’ai beaucoup de ménagements à garder. Aussi vous prierais-je de vouloir bien ne pas faire annoncer mon volume encore… je crains fort que je ne sois obligé d’en revenir à ma première idée, c’est-à-dire de faire un tirage sans nom d’éditeur, et à un nombre plus restreint d’exemplaires. Auquel cas il me resterait à vous demander mille pardons pour le dérangement que je vous aurais causé, tout en demeurant votre obligé.

Veuillez croire, cher Monsieur, à mes meilleurs sentiments.  

Germain Nouveau.  

P.-S. Je verrai bientôt M. Jouve à ce sujet.  

G.N.  

Germain Nouveau 130 ter, Bd Clichy.” (Germain Nouveau, Correspondance)    

JEUDI.          

Vie familiale. Les routes sont plutôt fréquentées aujourd’hui, tout le monde a des fourmis dans les pneus. Nous comme les autres, qui profitons de l’espace de nouveau ouvert pour gagner Talence et retrouver Lucie, en poste ces temps-ci aux Archives départementales de la Gironde. La halte pique-nique a lieu à Ciry-le-Noble (Saône-et-Loire) où nous avons nos habitudes, au bord du canal du Centre. Un groupe de carpistes est à l’affût. Au moment de quitter les lieux, je vais rôder autour de leurs lignes, histoire de me documenter pour ma campagne estivale en Creuse. J’ai la surprise, partagée, de reconnaître sous la casquette d’un des pêcheurs un ancien élève, désormais installé dans le coin. Ils sont partout, disait Bergounioux. Jusqu’ici, à trois cents kilomètres et plus du collège qui nous abritait il y a dix ans peut-être. Les souvenirs ne sont amers ni pour l’un ni pour l’autre et c’est tant mieux : le gonze est désormais de taille à me balancer à la flotte d’une seule main.    

VENDREDI.                  

Vie aquitaine. Le temps est clément, nous passons une partie de la journée sur la plage du Grand-Crohot, histoire de saluer le vieil océan “aux vagues de cristal”. En chemin, nous faisons halte à Lège-Cap-Ferret pour découvrir le lotissement de Lège, une des premières réalisations de Le Corbusier dont les éléments ont encore une belle tenue et dont la structure cubique ne surprend plus, tant elle est devenue commune ces derniers temps. Plus décati apparaît le fronton de pelote basque, un peu inattendu en ces lieux.                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Réouverture des restaurants.  

  Carcassonne (Aude), photo d’Olivier Bertin, 17 juillet 2015

Nantes (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 4 octobre 2018                    

Lecture. Pnine (Vladimir Nabokov, Doubleday, 1957 pour l’édition originale, Gallimard, 1962 pour la traduction française, rééd. in “Œuvres romanesques complètes III”, Bibliothèque de la Pléiade n° 648, 2020, traduit de l’anglais par Maurice Couturier; 1602 p., 78 €).                                

Il a fallu attendre dix ans pour voir paraître ce troisième tome des romans de Nabokov postérieurs à Lolita mais cela valait la peine à la lueur de ce premier texte. Nabokov, en 1957, est devenu pleinement un écrivain américain. Il s’approprie les codes de la littérature locale – il l’a déjà fait dans Lolita avec le voyage – auxquels il imprime sa particularité russe. Mieux, il invente presque un genre, en est en tout cas un des pionniers, le campus novel, promis à un beau succès. Pnine est en effet le nom d’un professeur d’université, d’origine russe bien sûr, méprisé et moqué par ses collègues. Nabokov n’a jamais manifesté une grande tendresse pour ses personnages mais Pnine est un véritable jeu de massacre dont personne ne sort indemne. Professeurs, étudiants, tous sont la cible d’une ironie féroce qui n’épargne pas Pnine lui-même, mais seul celui-ci parvient à une sorte de grandeur par son côté pathétique. Pressé de s’intégrer au monde universitaire américain, Nabokov ne se fait pas d’illusions à son sujet. Il se coulera dans le moule et d’ailleurs, au vu de ses cours sur les écrivains européens parus dans le recueil Littératures I, son propos n’était pas non plus transcendant. Mais c’est l’écrivain qui est ici à l’œuvre : méchant, drôle, incroyablement habile dans la construction de ses longues phrases, il est à son meilleur.     

SAMEDI.              

Vie aquitaine. Le temps est pluvieux, ce sera un book day. Pour rester dans la tonalité de la veille, j’achète Proust à la plage, déniche deux plaquettes de Bergounioux et complète l’ensemble avec une récente traduction de Max Aub. Aïe, place des Quinconces un faux-pas, les guiboles qui partent en point mousse et un gadin majestueux suivi d’un bain forcé dans une flaque d’eau de la taille d’un petit étang ponctue la sortie, décidément aquatique de bout en bout.

Films vus.

  • Les Envoûtés (Pascal Bonitzer, France, 2019)                               
  • Les Portes de la nuit (Marcel Carné, France, 1946)                               
  • Tire-au-flanc 62 (Claude de Givray, François Truffaut, France, 1960)                               
  • Au nom du père (In the Name of the Father, Jim Sheridan, Irlande – R.-U., 1993)                               
  • Money Monster (Jodie Foster, É.-U., 2016).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Couëron (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 18 octobre 2011

Nantes (id.), photo du même, même date                

Poil et pellicule.  

Monsieur Verdoux (Charles Chaplin, É.-U., 1947)    

MARDI.            

Lecture. Je ne suis pas un héros (Cause for Alarm, Eric Ambler, 1938 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un Mystère n° 44, 1951 pour la traduction française, traduit de l’anglais par S. Lechevrel, rééd. in « Polars années 50 », vol. 2, Omnibus, 1996; 1078 p., 145 F).                          

Jacques Baudou, dans sa présentation du recueil, explique l’originalité de la collection Un Mystère par la variété des genres policiers qu’elle aborde (suspense, espionnage, roman noir), l’opposant à la Série Noire, selon lui limitée au roman noir, et au Masque, voué au seul roman d’énigme. C’est aller un peu vite en besogne et oublier que la Série Noire a aussi sorti des romans estampillés “Espionnage” et d’autres labellisés “Western”. En tout cas, Je ne suis pas un héros est bien une histoire d’espionnage située dans l’Italie pré-mussolinienne. Une histoire peu claire, d’ailleurs, mais qui réserve une bonne surprise avec le récit d’une fuite des protagonistes jusqu’à Belgrade au prix d’un parcours haletant. Roman d’espionnage moyen, mais roman d’aventure réussi, donc.    

MERCREDI.                   

Vie de terrasse. À six heures ce matin, D., le patron du bistrot d’en face, a déjà sorti tables et chaises et déployé ses parasols – imperméables, espérons-le – sur le trottoir. Je gagne les lieux une heure plus tard et renoue avec le tiercé qui faisait mon ordinaire avant la grande glaciation : Libération, L’Équipe et Vosges Matin, histoire de ne pas monter le ventre creux dans le 7 heures 43. D’habitude, j’étale tout ça sur le comptoir, il me faut de la place, ici on m’appelle L’Albatros. Mais seules les terrasses sont autorisées… Le temps est frais, venteux, vraiment pas idéal pour lire un canard en plein air mais c’est à peu près la seule activité manuelle dans laquelle je montre un peu d’habileté : je pourrais lire tous les cahiers du Sunday Times à la pointe du Raz sans en froisser une page. Je livre la brève de trottoir de la semaine destinée aux amateurs de contrepèteries (“Des terrasses pour les radines”) et salue les connaissances, encore rares asteure. Tous les habitués d’antan ne sont pas revenus mais le plaisir est vif de retrouver le flot des lycéens qui déferlent de la gare et de revoir quelques trognes connues, comme Monsieur R., déjà en route pour un arpentage de la ville qui va l’occuper jusqu’au soir, Y., fidèle commissionnaire de mes tickets de PMU, et ceux de la cloche qui s’apprêtent à prendre faction devant la Poste.                                     

Éphéméride. À Robert de Montesquiou  

Ce mardi matin [19 mai 1896 ?]  

Cher Monsieur,  

Je n’ai pas répondu hier à ce que vous m’avez demandé des Juifs. C’est pour cette raison très simple : si je suis Catholique comme mon père et mon frère, par contre, ma mère est Juive. Vous comprenez que c’est une raison assez forte pour que je m’abstienne de ce genre de discussions. J’ai pensé qu’il était plus respectueux de vous l’écrire que de vous le répondre de vive voix devant un second interlocuteur. Mais je suis bien heureux de cette occasion qui me permet de vous dire ceci que je n’aurais peut-être jamais songé à vous dire. Car si nos idées diffèrent, ou plutôt si je n’ai pas indépendance pour avoir là-dessus celles que j’aurais peut-être, vous auriez pu me blesser involontairement dans une discussion. Je ne parle pas bien entendu pour celles qui pourraient avoir lieu entre nous deux et où je serai toujours si intéressé par vos idées de politique sociale, si vous me les exposez, même si une raison de suprême convenance m’empêche d’y adhérer.  

Votre

Marcel PROUST.” (Marcel Proust, Lettres)      

VENDREDI.                  

Lecture. Histoires littéraires n° 3 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2000; 200 p., 120 F).                                  

Je t’oublierai tous les jours (Vassilis Alexakis, Stock, 2005, rééd. Gallimard, coll. Folio n° 4488, 2007; 258 p., 7,50 €).

Quand Vassilis Alexakis est mort, en janvier dernier, j’ai fait le bilan de ce que j’avais lu de lui et me suis aperçu que ce titre avait échappé à mes radars. Cette ultime pièce du puzzle franco-grec que constitue son œuvre nous donne l’occasion de faire le point sur le chantier intitulé “Les uns et les otes” dont la dernière mise à jour date du mois d’août 2018. Depuis cette date, j’ai appris dans Le Monde diplomatique de juillet 2020 que Kalymnos (Grèce) est l’île des Kalymniotes. Dans le numéro 23 du Publicateur du Collège de ‘Pataphysique (mars 2020), Alain Chevrier mentionne les Candiotes (de Candie, l’ancien nom de l’île de Crète), indique que les Chypriotes sont aussi des Cypriotes et que Massalia, la Marseille antique, était peuplée de Massaliotes. La revue Esprit (n° 426, juillet-août 2016), rendant compte du livre de Lorand Gaspar intitulé Carnet de Patmos, écrit : “L’histoire dit que les Patmiotes s’enrichirent en approvisionnant les voiliers de la flotte vénitienne”. Notons que Boris Vian évoque les gymnotes dans Trouble dans les andains,mais il s’agit de poissons d’eau douce. Enfin, Vassilis Alexakis m’apprend aujourd’hui que les Cardianiotes habitent Cardiani, village situé sur l’île de Tinos (on trouve ces noms plus fréquemment écrits avec un K initial).        

Le cabinet de curiosités du notulographe. Misère de la signalisation routière en Creuse.

  Saint-Hilaire-la-Plaine, photos de l’auteur, 24 juillet 2017    

SAMEDI.             

Films vus.

  • La Sonate à Kreutzer (Éric Rohmer, France, 1956)                              
  • Alexandre (Alexander, Oliver Stone, É.-U. – R.-U. – Allemagne – Pays-Bas – France – Italie – Maroc – Thaïlande, 2004)
  • Marie Chantal contre Dr. Kha (Claude Chabrol, France – Italie – Espagne – Maroc, 1965)                              
  • Continuer (Joachim Lafosse, Belgique – France, 2018)                              
  • L’Évadé d’Alcatraz (Escape from Alcatraz, Don Siegel, É.-U., 1979)                              
  • La Sainte Famille (Louis-Do de Lencquesaing, France, 2018).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Colmar (Haut-Rhin), photo de Sylvie Bernasconi, 23 novembre 2011

Brou (Eure-et-Loir), photo de Christiane Larocca, 16 octobre 2018                

Poil et plume. “Je me souviens que dans la rue on reconnaissait Georges Perec à des centaines de mètres : sa coiffure “Afro” et sa barbiche donnaient à son visage le rayonnement d’un masque primitif.” (Harry Mathews, “À Georges Perec”, Bibliothèque oulipienne n° 23)    

Bon dimanche,

Philippe DIDION

9 mai 2021 – 928

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 23 mai 2021.    

LUNDI.           

Lecture. L’Énigme du pont couvert (The Problem of the Covered Bridge, Edward D. Hoch, Ellery Queen’s Mystery Magazine, 1974 pour l’édition originale, in Vingt mystères de chambre close, Terrain Vague Losfeld, 1988 pour la première traduction française, traduit  de l’américain par Danièle Grivel, rééd. in in « Mystères à huis clos », Omnibus, 2007; 1148 p., 27 €).                         

Nouvelle.    

MERCREDI.                  

Éphéméride.

[cachet de la poste du 5 mai 1937]                                        

« À : 21, Osnabrücker Str., b/ Prof Geballe, Berlin-Wilmersdorf c/o Fondaminski, 130, av. de Versailles [Paris]  

My love, mon cher amour, je note que dans ta dernière lettre (otherwise delightful), il n’y a pas un mot sur ton départ. Au sujet du passeport : bien entendu, je prends un permis pour toi et pour moi (à propos, Rodzianko se souvient bien d’Evseï Laz. C’est un homme massif, aux larges épaules, avec une barbe et des lunettes noires – il est le neveu de Mar. Pavlovna). Je suis très inquiet de n’avoir toujours pas reçu cette autorisation (qui donne droit à un passeport “français”), car j’ai fait la demande en février et ai appris en mars que l’affaire suivait son cours et se présentait bien.” (Vladimir Nabokov, Lettres à Véra)    

JEUDI.          

Lecture. Le Voyage du canapé-lit (Pierre Jourde, Gallimard, coll. Blanche, 2019; 272 p., 20 €).                        

Le point de départ en vaut un autre : amené à convoyer un canapé-lit de Créteil jusqu’à la maison de campagne familiale en Auvergne, l’auteur profite du voyage pour raconter les souvenirs ressuscités par cet objet et ces lieux. Vie de famille, vie littéraire et vie intérieure sont ainsi livrées au lecteur… qui cherche en vain à s’y intéresser. Les anecdotes sont plates et interminables, le ton faussement détaché sonne faux, l’humour tombe à plat, rien n’accroche, rien ne mord. La multiplication des clins d’œil lourdingues sous forme d’adresses au lecteur (“Voyez mon beau subjonctif imparfait”, ce genre) est digne d’un mauvais San-Antonio, les coups de griffe aux confrères (Chevillard, Haenel) sont sans effet et sans valeur, bref, le voyage est morne et on s’endort dans ce fameux canapé-lit. Pierre Jourde prend la pose, se présente en observateur ironique d’un milieu littéraire qu’il fait semblant de détester alors qu’il y est parfaitement intégré.    

VENDREDI.                 

Le cabinet de curiosités du notulographe. Images pieuses.  

  Langres (Haute-Marne), photo de Jean-François Fournié, 8 avril 2018

Paris (Seine), rue des Volontaires, photo d’Alain Hardebolle, 7 décembre 2019  

SAMEDI.              

Bestiolaire local. Identification d’un Carabe doré.                

Films vus.

  • Les Souvenirs (Jean-Paul Rouve, France, 2014)                               
  • Seules les bêtes (Dominik Moll, France – Allemagne, 2019)                               
  • Massacres dans le train fantôme (The Funhouse, Tobe Hooper, É.-U., 1981)                               
  • L’Esprit de famille (Éric Besnard, France, 2019)                               
  • Thelma & Louise (Ridley Scott, É.-U., 1991)                               
  • The Offence (Sidney Lumet, R.-U. – É.-U., 1973)                               
  • La Fièvre du samedi soir (Saturday Night Fever, John Badham, É.-U., 1977).              

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Rennes (Ille-et-Vilaine), photo de Bernard Bretonnière, 9 novembre 2011

Chénérailles (Creuse), photo de l’auteur, 1er août 2014  

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 28 février 2020. 151 km. (38 499 km).

71 habitants

   Le monument a déjà été photographié le 4 mars 2012, lors de la visite de Grandrupt, commune limitrophe sur laquelle il est installé.

Poil et plume. “Et tu peux être certain qu’une fois que j’aurai réglé ce problème, une autre merde me tombera sur le coin de la gueule et achèvera de me rendre fou à lier. Une merde genre la COUPE DE CHEVEUX dont j’ai besoin ! Or, si je ne connais pas la peur du dentiste, je TREMBLE à l’idée d’aller chez un coiffeur ! Lui et tous ceux de sa race, Frank, sont de tels CONNARDS. Et je vais t’expliquer pourquoi. Tu connais leur truc le plus tueur ? Non ? Eh bien, quand ils en ont fini avec toi, il faut qu’ils fassent tourner ton fauteuil pour que, BANG, tu te retrouves en face de leur MIROIR, et que tu sois obligé de contempler ta TRONCHE sous le prétexte qu’il te faut admirer leur COUPE et vérifier, tu parles d’une faute, qu’il n’y a pas de cheveux qui traînent sur toi.” (Charles Bukowski, Le Retour du vieux dégueulasse)

Bon dimanche,  

Philippe DIDION    

2 mai 2021 – 927

LUNDI.           

Lecture. Schnock n° 33 (La Tengo, décembre 2019; 176 p., 15,50 €).                          

Lino Ventura.    

MARDI.            

Lecture. Metropolis (Philip Kerr, Quercus, 2019 pour l’édition originale, Le Seuil, 2020 pour la traduction française, traduit de l’anglais par Jean Esch; 400 p., 22 €).                          

Voilà trente ans que le policier berlinois Bernie Gunther est apparu sous la plume de l’Écossais Philip Kerr. Après la coup de maître que constitua La Trilogie berlinoise – jamais on avait lu une reconstitution aussi précise, documentée et passionnante de l’atmosphère du Berlin des années 1930 dans la littérature policière – Philip Kerr a trimballé son héros sur tous les théâtres de la Seconde Guerre mondiale et de ses conséquences : du front de l’Est à l’Amérique du Sud, des Balkans à la Côte d’Azur en passant par la Grèce et la Pologne. Ce dernier roman, posthume, marque un retour aux racines : on retrouve Gunther à Berlin, au début de sa carrière, en 1928. C’est le Berlin d’Alfred Döblin et d’Alexanderplatz, une ville folle marquée par la pauvreté, la prostitution, le crime, des tares auxquelles les Nazis frais éclos entrevoient de mettre fin par les méthodes que l’on sait. Comme toujours, Philip Kerr soigne l’ambiance, les détails, le tableau est fidèle à la réalité qu’on imagine. Comme toujours, son personnage côtoie des personnes réelles mais aux figures politiques habituelles il ajoute, cette fois, des artistes qui témoignent de la vitalité culturelle de la scène berlinoise dont beaucoup d’acteurs seront forcés à l’exil : on a parlé de Döblin mais il est aussi question de Kurt Weill, de Fritz Lang, de Brecht, et Gunther fait la connaissance d’Otto Dix et de George Grosz. C’est un beau point final pour une œuvre magistrale, volumineuse et captivante.    

MERCREDI.                   

Éphéméride.                                       

« 28 avril  [1925]  

On n’imagine pas la grossièreté de l’Action française. Léon Daudet traite tout le monde d’assassins, d’abrutis, de péteux, etc. Et les suppositions les plus graves ! Et ça se dit chrétien ! Jugements téméraires, calomnies : tout est bon, pour soutenir des idées politiques et satisfaire les passions de même ordre. Charles Maurras se met de la partie et traite Briand de “poisson décomposé”. Je trouve que la France périt de ses divisions, périt de sa presse, périt de ses parlementaires, de ses bavards, périt de son orgueil, périt des jérémiades perpétuelles.” (Abbé Mugnier, Journal 1879-1939)    

VENDREDI.                  

Lecture. L’Instituteur et le Sorbonagre : 50 propos sur l’école de la République (Alain, Mille et une nuits n° 589, 2011; 136 p., 4 €).                    

Le cabinet de curiosités du notulographe. Les riches heures de la poste.  

  Gérardmer (Vosges), photo de l’auteur, 13 avril 2017

Le Fantôme de la liberté (Luis Buñuel, France – Italie, 1974)    

SAMEDI.              

Films vus.

  • Lulu on the Bridge (Paul Auster, R.-U. – É.-U., 1998)                               
  • Cosa Nostra – L’Affaire Valachi (The Valachi Papers, Terence Young, Italie – France, 1972)                               
  • La Nuit au musée 2 (Night at the Museum 2 : Battle of the Smithsonian, Shawn Levy, É.-U. – Canada, 2009)
  • La Chance et l’Amour (Claude Berri, Charles L. Bitsch, Claude Chabrol, Éric Schlumberger, Bertrand Tavernier, France – Italie, 1964)                               
  • New York, New York (Martin Scorsese, É.-U., 1977)                               
  • Une veuve en or (Michel Audiard, Italie – France – R.F.A., 1969).                

Lecture. Les Domaines hantés (Other Voices, Other Rooms, Truman Capote, Random House, 1948 pour l’édition originale, Gallimard, 1949 pour la traduction française, rééd. in “Œuvres”, coll. Quarto, 2014, traduit de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau; 1472 p., 32 €).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Paris (Seine), rue Lamarck, photo de Pierre Cohen-Hadria, 17 décembre 2011

Beaucaire (Gard), photo d’Hervé Bertin, 10 janvier 2014                

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 9 février 2020. 87 km. (38 348 km).  

518 habitants     

Le monument bénéficie d’un vaste square avec portillon, enceinte grillagée, arbres émondés et parterre gravillonné. Il trône sur une plate-forme au pied de laquelle le drapeau tricolore est malmené par un vent tempétueux. Son aspect massif s’explique par le fait qu’il ne s’agit pas d’une construction d’après 1918 mais d’un monument dédié aux morts de la guerre de 1870. Un côté porte l’inscription “À la mémoire des soldats français morts au champ d’honneur le 6 octobre 1870”, un autre “Cette face porte les blessures des obus allemands de 1914”, le troisième “Ici reposent les corps de 97 français”. C’est donc sur le dernier côté que figurent les noms de 14-18, sous le titre :  

À la mémoire

Des enfants de St Remy

Morts pour la France

1914-1918  

  Militaires  

1914                    1916

RAPEBACH Henri                    FERRY Félix

CLERC Joseph                    MANGIN Lucien

COLIN Camille                    DUVIC Georges

BOULAY Joseph                    CLERC Ignace

1915                    1917

THOMAS Alexandre                    PARMENTIER Alfred

RAPEBACH Henri                    1918

RAMICHE Lucien                    CHENAL Marcel

BOULANGEOT Jules                    FERRY Aimé

GERARDIN Gustave                    COLIN Ernest

CHARPENTIER Paul                    LEDOUX Paul 1919  

Victimes civiles  

BOULANGEOT Marie 1914

GERARDIN Lucien ….

CHARPENTIER Alfred

              Poil et plume. “L’étape suivante de son voyage le conduisit à Philadelphie, ville où son éditeur officiel avait son siège. Il y découvrit qu’il y était encore plus populaire : plus d’une fois des jeunes femmes armées de ciseaux tentèrent de lui dérober quelques mèches qu’elles espéraient garder en souvenir. Il évita tout incident jusqu’à ce que, par une journée particulièrement chaude, il entrât dans une petite échoppe de barbier pour s’y faire couper les cheveux. Le lendemain, alors qu’il repassait devant, il vit en vitrine un carton MARTIN TUPPER entouré de médaillons dorés proposés à la vente. Chacun des médaillons contenait une boucle de ses cheveux que le barbier s’était empressé de ramasser sitôt l’écrivain parti.“ (Paul Collins, La Folie de Banvard)

Bon dimanche,  

Philippe DIDION