24 mars 2019 – 831

LUNDI.

Lecture. Les Mal Partis (Sébastien Japrisot, Robert Laffont, 1950, rééd. France Loisirs, 2000 ; 272 p., s.p.m.).
Le premier roman de Sébastien Japrisot, écrit dans sa prime jeunesse et signé de son vrai nom (Jean-Baptiste Rossi), n’annonce en rien l’œuvre à suivre, axée sur le policier et le romanesque. Japrisot raconte une histoire d’amour improbable, mais pas impossible, entre un jeune collégien et une nonne. Histoire d’abord secrète mais trop choquante pour le rester longtemps. La famille, la religion, les convenances, l’Histoire même (on est dans les derniers moments de l’Occupation) s’insurgent, s’opposent, agissent pour éloigner les deux auteurs du scandale. Roman inattendu, qui m’a fait penser, sans que je sache pourquoi, au Moderato cantabile de Marguerite Duras.
MARDI.
            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Brad Watson, Le Paradis perdu de Mercury, Le Livre de poche, 2018.
            Lecture. Le Lambeau (Philippe Lançon, Gallimard, 2018 ; 512 p., 21 €).
Il y des livres nécessaires, aussi bien pour un auteur que pour ses lecteurs. Celui-ci en est un, aucun doute là-dessus. Nécessaire à Lançon pour revenir sur l’attentat de Charlie Hebdo dont il fut un des rares rescapés et raconter ce que fut sa vie ensuite, nécessaire pour, utilisons le mot pour une fois dans son véritable sens, se reconstruire. Nécessaire au lecteur pour comprendre, dans la mesure du possible, ce qui s’est passé, savoir ce qu’est Lançon devenu, ce qu’il a traversé. Le livre a sa raison d’être, il réussit là où les chroniques hospitalières que Lançon donna à Charlie pendant son séjour à la Salpêtrière avaient échoué. Il fut justement salué à sa sortie, on réclama pour lui le Goncourt et autres lauriers mais un livre nécessaire n’est pas forcément un chef-d’œuvre. Le Lambeau a ses défauts, ses longueurs, ses répétitions, elles aussi nécessaires. Au-delà de sa nécessité, le livre présente un intérêt sociologique : il montre comment un homme reste, quoi qu’il lui arrive, attaché à son milieu. Lançon est un intellectuel parisien, il est tout le temps fourré au théâtre, va plus souvent à l’Opéra que nous autres à Monoprix, fréquente des danseuses argentines et des dissidents cubains, se trouve aussi à l’aise à New York qu’un Didion en Creuse. Eh bien quand il est à l’hôpital, rien ne change : son infirmière est passionnée d’art lyrique, il se fait couper les douilles au son de Jean-Sébastien Bach, il lit Proust sur sa civière, il parle d’art chinois ou de je ne sais quoi avec son anesthésiste et quand on le visite, on lui offre un recueil de poèmes persans. Nous, quand on va chez le coiffeur, la radio est bloquée sur RFM, quand on va à l’hôpital, on nous parle de dépassement d’honoraires, et quand on nous visite, on a des chocolats.
MERCREDI.
                  Éphéméride. Jeudi 20 mars [1941]
Le vers de Sully-Prudhomme : “Tu m’appartiens dès le passé” est un vers admirable.
Amené à connaître dans le privé mes professeurs, j’ai pu constater quels hommes charmants, serviables ils étaient. Mais je ne juge pas ici des hommes, mais des professeurs.” (Jacques Brenner, Journal, tome I : Du côté de chez Gide 1940-1949)
JEUDI.
Presse.
831-min
photo de Pierre Gleizes, AP
       Extraordinaire photo publiée dans Libération de ce matin. On y voit Georges Courtois, “célèbre pour avoir séquestré durant trente-quatre heures la cour d’assises de Nantes”. L’affaire date de 1985 et montre qu’à cette époque on fumait vraiment partout et en toutes circonstances. La question est : comment Courtois va-t-il allumer sa clope avec un flingue dans chaque main ? À moins que l’homme de gauche, qui n’est autre que le président de la cour d’assises, ne s’apprête à lui donner du feu ? Georges Courtois est mort, nous apprend l’article, le 16 mars dernier. Dans un incendie.
          Lecture. Assurance sur la mort (Double Indemnity, James M. Cain, 1936 pour l’édition originale, Gallimard, 1948 pour la première traduction française ; rééd. Gallmeister, coll. Totem n° 77, 2017, traduit de l’américain par Simon Baril ; 160 p., 8,60 €).
Tous les éléments obligatoires du roman noir sont réunis : un homme happé par une femme fatale, un mari encombrant, une belle somme en jeu, sans oublier la fille de la femme fatale promise à une belle carrière dans la même discipline. On pourrait donc dire qu’on a vu et lu ça cent fois mais James M. Cain se distingue par le rythme qu’il sait donner à son texte, un rythme particulièrement sensible dans des dialogues qui vont de suite à l’essentiel, sans incises ni verbes de parole.
VENDREDI.
                  Lecture. Europe n° 1038 (octobre 2015; 352 p., 20 €).
                                Patrick Modiano.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Ciné flipper.
831 (1a)-min  831 (2a)-min
À mort l’arbitre (Jean-Pierre Mocky, France, 1984) / À nous deux (Claude Lelouch, France – Canada, 1979)
SAMEDI.
              Films vus. Non-Stop (Jaume Collet-Serra, R.-U. – France – É.-U. – Canada, 2014)
Les Tuche 3 (Olivier Baroux, France, 2018)
Quatre garçons pleins d’avenir (Jean-Paul Lilienfeld, France, 1997)
La Montagne entre nous (The Mountain Between Us, Hany Abu-Assad, É.-U., 2017)
U.S. Marshals (Stuart Baird, É.-U., 1998)
Les Stances à Sophie (Moshé Mizrahi, France – Canada, 1971)*
Derrière le miroir (Bigger Than Life, Nicholas Ray, É.-U., 1956).
* Film absent  des encyclopédies du cinéma et des dictionnaires spécialisés, intéressant pourtant à plusieurs titres : Bernadette Lafont en est l’interprète principale, dans son registre habituel de femme rebelle, on y voit et entend l’Art Ensemble of Chicago, et Jacques Robiolles (l’ami de Jean-Pierre Léaud dans Domicile conjugal) y tient un petit rôle non crédité (merci à Lucie qui l’a reconnu).
              Lecture. Histoires littéraires n° 69 (Du Lérot éditeur, janvier – février – mars 2017; 192 p., 25 €).
                            Où l’on apprend au détour d’une note qu’André Jacquemin, gloire locale, participa aux illustrations d’un ouvrage d’hommage au Maréchal Pétain, Paris au Maréchal. Dans les “Livres reçus”, le notulographe s’est occupé de Michel Braudeau et de Muriel Gilbert.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
831 (1)-min  831 (2)-min
Saint-Nicolas-de-Redon (Loire-Inférieure), photo de Philippe de Jonckheere, 11 avril 2011 / Lambesc (Bouches-du-Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 10 juillet 2017
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 25 janvier 2018. 54 km. (33562 km).
831 (5)-min
197 habitants

   Le monument, récent, est un disque tronqué de granit gris adossé à une haie de thuyas taillée au carré. Les dalles portant les noms sont collées sur le disque, en avancée, sous une Croix de Lorraine. La colonne centrale et celle de droite sont occupées par les fusillés du 9 septembre 1944, celle de gauche porte les noms des victimes de la première Guerre.

831 (4)-min

1914-1918

BADONNEL Joseph

BEDEL Léon

COLNEL Albert

DORIDANT Albert

GEORGES Léon

HAOUY Charles

LECOMTE Émile

PERRIN Alfred

RIVAT Albert

RIVAT Charles

VELON Hippolyte

Morts au champ d’honneur.

   Plus loin, à la sortie du village, un autre stèle de même facture rappelle les fusillés de 1944, parmi ceux-ci figurent le maire de l’époque et un de ses adjoints. On apprend sur Internet que 10 hommes ont été fusillés à cet endroit le 9 septembre 1944, suite à l’attaque d’un véhicule allemand par le maquis de Beauménil.

            Poil et pellicule.
831 (3)-min
Tout ça… pour ça ! (Claude Lelouch, France – Canada, 1993)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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17 mars 2019 – 830

LUNDI.
           Vie notulaire. Les notules, nées le 11 mars 2001, atteignent aujourd’hui leur majorité. Pour l’occasion, ARTE a choisi de programmer cette semaine La Vie domestique, film d’Isabelle Czajka.
           Vie littéraire. Nous voilà ramené à notre immaturité : le Prix René-Fallet aura trente ans cette année et Jaligny me demande une contribution pour un recueil célébrant l’événement.
MARDI.
             Lecture. Tandis que j’agonise (As I Lay Dying, William Faulkner, 1930, Gallimard, 1934 pour la première traduction française, rééd. in Œuvres romanesques I, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 269, 1977; traduction de l’américain par Maurice-Edgar Coindreau, revue par le traducteur en collaboration avec Michel Gresset, édition présentée et annotée par Michel Gresset; 1620 p., 57,50 €€).
                           Que serait l’écrivain sans sa légende ? Faulkner connaissait son boulot dans ce domaine et pour raconter la genèse de Tandis que j’agonise, il n’y était pas allé de main morte : le livre avait été écrit d’une traite, sur une brouette renversée, dans la cave à charbon d’une usine qui l’employait comme gardien de nuit. Oui madame. Restons sérieux. Le travail qu’il a fallu fournir pour aligner et relier les 59 monologues intérieurs qui constituent le bouquin a dû être d’une autre envergure. En tout cas, celui que doit faire le lecteur pour assembler les morceaux et leur donner un sens est considérable. Que faire de ces phrases qui s’interrompent brusquement, de ces chapitres qui répètent la même scène vue par des yeux différents, de ces ellipses inattendues, de ces changements soudains de point de vue, de temps, de lieu, que faire de ces pronoms qui surgissent sans qu’on sache s’ils désignent un homme, un chapeau, une vache, une rivière , le soleil… Débrouille-toi, lecteur… Le père Coindreau a dû s’amuser… C’est Valery Larbaud qui a préfacé sa première traduction, en 1934. On n’est pas surpris de le trouver là : il était déjà aux premières loges quelques années plus tôt pour la traduction d’Ulysse et comme Joyce, Faulkner exige énormément de ses lecteurs. Il crée un univers géographique, linguistique et et stylistique qui réclame un arpentage patient, attentif, répété. Dommage qu’on n’ait plus vraiment le temps de l’effectuer.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Toutes les fois que Josef Florian, qui est un pauvre parmi les pauvres, trouve quelques francs, il me les envoie. C’est à pleurer de voir ce que fait cet indigent, contre ma volonté et malgré ce que j’ai pu lui dire. Il m’a répondu, en diverses lettres prodigieuses, que le fait de me donner ce qu’il possède est pour lui une manière de gagner sa vie et d’assurer l’abondance dans sa maison. En lisant ça, on se sent à plusieurs milliards de lieues des chrétiens modernes.(Léon Bloy, Le Vieux de la montagne, 13 mars 1908)
                  Lecture. Chanson de gestes (The Meaning of the Act, Margery Allingham, nouvelle parue dans The Strand, septembre 1939 pour l’édition originale, Mystère Magazine n° 31, août 1950 pour la traduction française, rééd. in « La Maison des morts étranges et autres aventures d’Albert Campion », Omnibus, 2010; 1024 p., 26 €).
                                Le Publicateur du Collège de ‘Pataphysique. Viridis Candela, 9e série, n° 16 (15 juin 2018, 80 p., 15 €).
                                “Correspondance Pia & Latis”
VENDREDI.
                  Lecture. Les Dix Vœux d’Alfréd (Maude Mihami, NiL, 2018; 254 p., 18 €).
                                Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2019.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Cave canem. La collection n’est pas passionnante. Les panonceaux “Chien méchant”, achetés dans le commerce, sont vite répétitifs. Pour regagner un peu d’intérêt, il faut s’intéresser à ce qu’il y a autour, élargir le champ, comme dans cet exemple où l’on se demande quelle est la créature la plus féroce.

830-min

Rainville (Vosges), photo de l’auteur, 12 mars 2017
   Comme à Rainville, la photo du chien accompagne souvent la mise en garde écrite. Le “coup du roi” consiste à photographier le modèle à côté de son image, un exploit réalisé une seule fois  à ce jour, à grand renfort de “susucre” et “nonos”.
830 (3)-min
Charmes (Vosges), photo de l’auteur, 4 juillet 2017
SAMEDI.
              Vie culturelle. Visite de l’exposition “Peindre la nuit” au Centre Pompidou de Metz (Moselle). Pour moi, peindre la nuit, c’était une image : Kirk Douglas coiffé d’un chapeau orné de bougies, palette et pinceaux à la main, battant la campagne dans le Van Gogh de Minnelli. Image fausse sans doute – pensez, un chapeau de paille – mais image magique que j’aurais aimé retrouver ici. Ce ne fut pas le cas, même si le cinéma n’est pas négligé dans le parcours où “la nuit” est davantage utilisé comme complément d’objet direct que comme complément circonstanciel de temps.
              Films vus. Santa & Cie (Alain Chabat, France – Belgique, 2017)
                               Alice et Martin (André Téchiné, France – Espagne, 1998)
                               Hitman & Bodyguard (The Hitman’s Bodyguard, Patrick Hughes, É.-U. – Hong Kong – Bulgarie – Pays-Bas, 2017)
                               Exotica (Atom Egoyan, Canada, 1994)
                               La Prière (Cédric Kahn, France, 2018)
                               Boomerang (François Favrat, France, 2015)
                               Broadway by Light (William Klein, France, 1958)
                               La Deuxième Étoile (Lucien Jean-Baptiste, France, 2017).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
830 (1)-min  830 (2)-min
Pipriac (Ille-et-Vilaine), photo de Philippe de Jonckheere, 10 avril 2011 / Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 9 avril 2012
              Poil et plume. Il n’y a pas de meilleure preuve de l’imperfection du monde que les coiffeurs qui vous font la conversation.” (Dominique Noguez, Pensées bleues : aphorismes)
830 (4)-min
Dominique Noguez (12 septembre 1942 – 15 mars 2019) au Colloque des Invalides (Paris), photo de l’auteur, 31 octobre 2008
Bon dimanche,
Philippe DIDION

10 mars 2019 – 829

MERCREDI.
                  Éphéméride. “6 mars [1951] .”Dot, Francis et moi avons passé la matinée à nettoyer et à organiser les placards. Il nous a fallu plus d’une demi-heure pour marcher jusqu’à l’auberge, en sueur sous la chaleur. Épuisée mais ne voulant pas que Dot s’attelle toute seule au dîner, j’ai essayé de l’aider un peu à la cuisine, jusqu’à ce que Francis nous prie de nous reposer pour ne pas nous rendre malades. J’étais très déprimée, comme lui.” (Katherine Biddle, Journal 1940-1970)
                  Lecture. Les Chemins de la haine (Long Way Home, Eva Dolan, 2014 pour l’édition originale, Liana Levi, 2018 pour la traduction française, rééd. Points Policier P 4918, 2019 ; traduit de l’anglais par Lise Garond ; 528 p,, 8,30 €).
                               Quand il est passé, à la rentrée de septembre, de RTL à Europe 1, l’excellent Bernard Poirette a emporté avec lui sa chronique hebdomadaire consacrée au roman policier. Elle s’appelait « C’est à lire », aujourd’hui, c’est « Le polar de Poirette » mais le contenu n’a pas changé. Poirette s’y montre souvent de bon conseil, mais il n’est pas infaillible. On peut se demander ce qui a suscité son enthousiasme devant ces Chemins de la haine, chroniqués en février dernier. Eva Dolan imagine une enquête sur la mort d’un travailleur clandestin étranger brûlé vif dans l’abri de jardin qui lui servait de refuge. L’histoire se passe dans une ville de province, Peterborough, qui rassemble tous les aspects sinistres de l’Angleterre d’aujourd’hui : immigration, racisme, délinquance, violence, chômage, pauvreté, aucun personnage n’est épargné par l’un de ces fléaux, à part les deux enquêteurs. C’est vite caricatural, et c’est vite répétitif, filandreux, long, beaucoup trop long. Samedi, avouant à demi-mot son erreur, Poirette a dit que le deuxième roman d’Eva Dolan, qui vient de sortir, était de loin supérieur au premier. On ne demande qu’à le croire.
VENDREDI.
                  Vie en raccourci. Dans le 7 heures 43, une gendarme de la brigade cynophile envoie son molosse baveux renifler mon cartable. De retour at home, je trouve au courrier une lettre de la mutuelle dont je dépends m’invitant à un “forum séniors”. Le matin, je suis un jeune drogué, le soir, un vieillard. Ça va vite.
                  Lecture. L’Été circulaire (Marion Brunet, Albin Michel, 2018; 270 p., 18 €).
                                Roman sélectionné pour le Prix René-Fallet 2019.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Pointures.

829-min  829 (2)-min

Salins-les-Bains (Jura), photo de Jean-Damien Poncet, 21 août 2017 / Le Havre (Seine-Inférieure), photo du même, 19 mai 2018
SAMEDI.
              Films vus. Le Garde du corps (François Leterrier, France, 1984)
                               The Passenger (Jaume Collet-Serra, France – É.-U., 2018)
                               L’Extravagant Mr. Ruggles (Ruggles of Red Gap, Leo McCarey, É.-U., 1935)
                               Les Aventures de Spirou et Fantasio (Alexandre Coffre, France – Belgique, 2018)
                               Libre comme le vent (Saddle the Wind, Robert Parrish, É.-U., 1958)
                               Carnivores (Jérémie & Yannick Renier, France – Belgique, 2018)
                               Rain Man (Barry Levinson, É.-U., 1988).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
829 (1)-min  829 (3)-min
Pipriac (Ille-et-Vilaine), photo de Philippe de Jonckheere, 10 avril 2011 / Paris (Seine), rue René-Boulanger, photo de Sylvie Mura, 17 septembre 2016
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 18 janvier 2018. 56 km. (33508 km).
829 (5)-min
331 habitants

   Je me dépêche, il fait un temps exécrable et je ne veux pas m’attarder ici, je connais trop de monde. Je travaillerai à partir des photos, elles aussi prises à la hâte. Résultat : l’une est floue et rend les noms difficiles à lire et à retranscrire, source d’erreurs possibles. Le monument est sur le côté de l’église, en surplomb de la rue qui descend vers la Mairie. Les ogives d’obus, habituellement au sol, sont ici sur une corniche qui sépare la base de la flèche.

829 (4)-min

Aux enfants

de

Rehaincourt

Morts

Pour la France

Pro Deo

Et Patria

Semper

   Droite :

1916

HUMBERT Georges

?OINE Alphonse

NOLL Auguste

TERRAUX Jean

1917

MOREL Georges

PIERRON Xavier

VOITOT Auguste

1918

BROCART Paul

COSSERAT Émile

MICHEL Delphin

ROL Hyacinthe

VARRIER Charles

   Gauche :

1914

BRABAN Jacques

LAURENT Antoine

ROCHET Paul

1915

ANTOINE Léon

BOURGON Émile

CHOLEZ Aimé

DANYS Henri

GORIDAT Joseph

JACQUETTE Maximilien

MOREL Paul

THOMAS Henri

VILLAUME Henri

   Plus bas dans le village, un monument plus massif et plus récent rappelle un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale qui fit l’objet d’un ouvrage sur lequel j’eus pour la première fois le plaisir de lire mon nom imprimé (j’en avais seulement corrigé les épreuves) : Rehaincourt septembre 1944 – Mai 1945 : Chronique d’une population déchirée (Christian Remy, Imprima, 1995).

829 (7)-min  829 (6)-min

              Poil et pellicule.

829 (8)-min

Joy (David O. Russell, É.-U., 2015)

Bon dimanche,
Philippe DIDION

3 mars 2019 – 828

LUNDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Douglas Kennedy, Cet instant-là, Pocket, 2013.

MERCREDI.

Éphéméride.

Je 27.2.1992

Le brouillard se dissipe vers midi et laisse place au soleil. Toujours à chercher un prolongement aux trois pages du chapitres deux. La tâche est d’une rudesse extrême. Je suis contre la muraille, pèse de toutes mes forces, suis tenté, continuellement, d’arrêter, de souffler et dois lutter aussi contre la tentation. Je remplirai, assez tard, une page et demie peu prometteuse.

Jacques Réda m’appelle en début d’après-midi. Le manuscrit que j’avais adressé à Pascal Quignard – le rapport mortel que mon père a cru devoir instaurer entre nous – sera publié à l’automne.” (Pierre Bergounioux, Carnet de notes 1991-2000)

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Tatiana de Rosnay, Le Cœur d’une autre, Le Livre de poche, 2009.

Lecture. Au Rendez-vous des Mariniers (Frédéric Vitoux, Fayard, 2016, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche n° 35206; 360 p., 7,40 €).

Installé sur un quai de l’île Saint-Louis, à Paris, le café-restaurant Au Rendez-vous des Mariniers fut actif de 1904 à 1953, gouverné par trois propriétaires successifs. Frédéric Vitoux, qui a toujours habité le quartier, entreprend d’en raconter l’histoire. Le projet est plus qu’intéressant puisqu’il se trouve que l’établissement a été fréquenté par plusieurs écrivains plus ou moins renommés. L’enquête de Frédéric Vitoux prend comme support les témoignages oraux des rares survivants de l’époque, les photographies et les écrits. La mention du café dans un roman, dans un journal ou, plus fréquemment, dans une lettre l’amène à rechercher en quelles circonstances son auteur a pu connaître ce café. Il y a dans tout cela plus de doutes que de certitudes et Vitoux n’hésite pas à supposer, à imaginer, à rêver pourquoi et comment Jean de La Ville de Mirmont, Dos Passos, Hemingway, Malraux, Cendrars et d’autres ont atterri dans cet établissement. L’exercice est plaisant, donnant lieu entre autres à un très bon chapitre sur Simenon, un marinier d’expérience. Le style est châtié, Frédéric Vitoux, n’est-ce pas, “de l’Académie française”, a un rang à tenir, il ne va pas nous faire une vie imaginaire à la Pierre Michon. Dommage que le tableau soit terni par la complaisance dont l’auteur fait preuve face aux positions de Drieu La Rochelle pendant l’Occupation – mais au moins celles-ci sont évoquées, alors que le passé de collaborateur de Ramon Fernandez est totalement passé sous silence.

VENDREDI.

Lecture. Revue des Deux Mondes, mai 2017 (192 p., 15 €).

“L’écrivain face au pouvoir”

Le cabinet de curiosités du notulographe. Vitalité du petit commerce à Chambon-sur-Voueize (Creuse), photos de l’auteur 7 août 2013.

828 (5)-min  828 (6)-min

SAMEDI.

Films vus. Tulip Fever (Justin Chadwick, R.-U. – É.-U., 2017)

À l’heure des souvenirs (The Sense of an Ending, Ritesh Batra, R.-U., 2017)

Quatre garçons dans le vent (A Hard Day’s Night, Richard Lester, R.-U., 1964)

The Secret Man – Mark Felt (Mark Felt : The Man Who Brought Down the White House, Peter Landesman, É.-U., 2017)

Total Recall (Paul Verhoeven, É.-U., 1990)

Le Retour du héros (Laurent Tirard, France – Belgique, 2018)

Docteur Folamour, ou : Comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe (Dr. Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying  and Love the Bomb, Stanley Kubrick, É.-U. – R.-U., 1964).

L’Échange des princesses (Marc Dugain, France-Belgique, 2017).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 4400 salons, atteint le 20 juillet 2018.

Bilan géographique.    

Classement général par pays.

  1. France : 3 666 (+ 80)
  2. Espagne : 169 (=)
  3. Royaume-Uni : 86 (+ 4)
  4. Belgique : 62 (+ 3)
  5. Italie : 51 (=)
  6. États-Unis : 45 (=)
  7. Portugal : 37 (=)
  8. Danemark : 34 (=)
  9. Allemagne : 30 (=)
  10. Suisse : 29 (+ 3)

Pas de changement en tête. À l’étranger, c’est l’Irlande qui fait le meilleur score avec 7 salons, passant de la 28e à la 18e place.

Classement général par régions (France).

1. Rhône-Alpes : 647 (+ 2)
2. Île-de-France : 577 (+ 22)
3. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 283 (+ 2)
“. Languedoc-Roussillon : 283 (+ 4)
5. Lorraine : 275 (+ 4)
6. Midi-Pyrénées : 222 (=)
7. Bretagne 158 : (+ 17)
8. Pays de la Loire : 147 (+ 6)
9. Bourgogne : 135 (+ 1)
10. Centre : 126 (+ 2)

Le Languedoc-Roussillon rejoint PACA sur le podium mais la Lorraine reste en embuscade.

Classement général par départements (France).

  1. Seine (Paris) : 465 (+ 19)
  2. Rhône : 326 (=)
  3. Vosges : 155 (+ 3)
  4. Loire-Atlantique : 112 (+ 1)
  5. Pyrénées-Orientales : 92 (=)
  6. Loire : 91 (=)
  7. Meurthe-et-Moselle : 85 (+ 1)
  8. Alpes-Maritimes : 76 (=)
  9. Hérault : 75 (+ 4)
  10. Bouches-du-Rhône : 74 (+ 2)

L’Hérault revient dans le top 10 aux dépens de la Saône-et-Loire. 14 salons de mieux pour l’Ille-et-Vilaine qui gagne 10 places (24e).

Classement général par communes.

1. Paris : 465 (+ 19)
2. Lyon : 150 (+ 1)
3. Nantes : 58 (+ 1)
4. Barcelone : 55 (=)
5. Nancy : 48 : (+ 1)
6. Épinal : 43 (+ 2)
7. Nice : 36 (=)
8. Marseille : 31 (+ 2)
9. Copenhague : 24 (=)
“. Villeurbanne : 24 (=)

Pas de changement dans le top 10 mais Le Havre (+ 7), Strasbourg (+ 4) et Toulouse (=), qui comptent 22 salons, sont à ses portes. Saint-Malo fait la bonne opération de cette centaine avec 13 salons de mieux sur un total de 16 et un bond de la 230e à la 19e place.

Bilan humain.

Nous nous étions arrêtés à la 30e place. Poursuivons notre exploration des étages inférieurs.

31. Sibylline : 18 (=)
32. Élisabeth Chamontin : 12 (=)
33. Lucie Didion : 12 (=)
34. Clotilde Eav : 12 (=)
35. Alain Zalmanski : 10 (+ 1)
36. Damien Didier-Laurent : 10 (=)
37. François Bon : 9 (=)
38.Denis Garcia : 8 (=)
“. Vincent Garcia : 8 (=)
“. Thierry Vohl : 8 (=)

Étude de cas. Exotisme à portée de séchoir.

828 (1)-min  828 (2)-min

Paris (Seine), avenue Stephen-Pichon, photo de Jean-Damien Poncet, 24 avril 2016 / idem, boulevard Davout, photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 6 décembre 2016

828 (3)-min  828 (4)-min

Marseille (Bouches-du-Rhône), photo de Jean-Damien Poncet, 29 décembre 2016 / Lyon (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 13 février 2017

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 14 janvier 2018. 51 km. (33452 km).

828-min

   88 habitants

   Le monument commun aux villages de Madegney et de Regney et décrit le 11 novembre 2013 a changé de place. Précédemment situé au cœur du cimetière, il est maintenant sur le côté de l’église Saint-Martin.

828 (7)-min

              Poil et pellicule.

828 (8)-min

Le Nouveau Stagiaire (The Intern, Nancy Meyers, É.-U., 2015)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

24 février 2019 – 827

DIMANCHE.

La vie en jaune. “Alain Finkielkraut victime d’insultes antisémites hier à Paris” (les radios). Déjà au moment de Nuit debout, l’homme s’était fait invectiver place de la République. Quand les cons sont dans la rue, rien ne vaut son chez-soi.

Lecture/Écriture. Mots croisés : 120 grandes grilles (Michel Laclos, Zulma, coll. Grain d’orage, 2008; 50 grilles, 286 p., 19,95 €).

MARDI.

Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.

La vie en jaune. Je descends place des Vosges pour participer au rassemblement contre l’antisémitisme. Quand les cons deviennent trop lourds, il faut savoir quitter son chez-soi.

MERCREDI.

Lecture. Histoires littéraires n° 70 (Du Lérot éditeur, avril-mai-juin 2017; 160 p., 25 €).

La revue propose un entretien avec William Théry, libraire, éditeur, grand connaisseur de Pierre Louÿs et de mille autres gens et choses du monde littéraire. Pour ma part, je ne le connaissais pas, ou pensais ne pas le connaître car à la lecture de ses propos, j’ai retrouvé ceux que j’avais entendus en marge de l’édition 2015 du Colloque des Invalides. Un type costaud, affable, nous parlait, à Jean-Paul Goujon et à moi-même, des derniers jours d’Hubert Juin, de ses rencontre avec Auriant, de Pascal Pia, de Louÿs… J’ignorais son nom, ne l’apprends qu’aujourd’hui à la lecture de cet entretien qui reprend quelques anecdotes qui n’étaient alors que propos de table. Les autres articles parlent de Jean Genet au camp des Tourelles, de Nodier, de Maurice Bouchor et le notulographe rend compte du Journal de Mathieu Galey.

Éphéméride. À Thomas McGreevy, Tarbert, Comté de Kerry

“20/02 [1935]

34 Gertrude Street

Londres S.W[.] 10

Mon cher Tom

[…] Hier soir j’ai laissé tomber mes lunettes du balcon de cette chambre dans la cour. J’ai trouvé les verres ce matin, intacts. Je voulais bazarder la monture de toute façon.

Affectueusement Sam”  (Samuel Beckett, Lettres I, 1929-1940)

VENDREDI.

Lecture. La Photo qui tue : Neuf histoires à vous glacer le sang (Horowitz Horror, Anthony Horowitz, Orchard Books, 1999 pour l’édition originale, Hachette, 2000 pour la traduction française, rééd. Le Livre de poche Jeunesse, 2005, traduit de l’anglais par Annick Le Goyat; 224 p., 4,95 €).

L’Été meurtrier (Sébastien Japrisot, Denoël, 1977, rééd. in « Romans policiers », Gallimard, coll. Quarto, 2011; 1036 p., 25 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Calcul bancal.

827 (2)-min  827 (1)-min

Épinal (Vosges), photo de Vincent Garcia, 26 juin 2018 / Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de Lucie Didion, 28 juin 2018

SAMEDI.

Football. SA Spinalien – Arras 2 – 2.

Films vus. La Danseuse des Folies Ziegfeld (Ziegfeld Girl, Robert Z. Leonard, É.-U., 1941)

Wild River (Taylor Sheridan, R.-U. – Canada – É.-U., 2017)

Les Dragueurs (Jean-Pierre Mocky, France, 1959)

La Promesse de l’aube (Éric Barbier, France – Belgique, 2017)

James Bond 007 contre Dr. No (Dr. No, Terence Young, R.-U., 1962)

Tulip Fever (Justin Chadwick, R.-U. – É.-U., 2017)

Ivanhoé (Ivanhoe, Richard Thorpe, É.-U., 1952).

L’Invent’Hair perd ses poils.

827 (3)-min  827 (4)-min

Bains-sur-Oust (Ille-et-Vilaine), photo de Philippe de Jonckheere, 10 avril 2011 / Crémieu (Isère), photo de Marc-Gabriel Malfant, 5 août 2015

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 1er janvier 2018. 109 km. (33401 km).

827 (7)-min

130 habitants

   Le monument se situe rue du Monument, tout va bien. C’est une stèle en pierre claire, ornée de bas-reliefs, entourée d’une grille métallique dont les coins sont marqués par des ogives d’obus peintes en noir. À la base, deux couronnes de fleurs en céramique.

Face :

Regnévelle

À ses enfants

Morts pour la France

1939-1945

TRIBOUT Aimé 172 RI. 1945

COTE André F.F.I.

CHALON Yves F.F.I.

   Gauche :

ROUSSEL Léon Mars 1916

SERVAIS Georges  » –

GANTOIS Émile Aout –

FENARD Albert Nov –

ROUSSEL Paul Sept 1917

LUSETTI Silvère Dec –

ROUARD Albert Mai 1918

MAZELIN Charles Juil –

   Droite :

MAZELIN Jules 7bre 1914

PAGOT Jules 7bre 1914

VINCENT Louis 8bre 1914

MARTIN André 8bre 1914

ROUSSEL Charles Mai 1915

MOQUIN Auguste Mai – –

TRIBOUT Paul Mai – –

MARTIN Amand Juin – –

              Poil et pellicule.

827-min

99 Homes (Ramin Bahrani, É.-U., 2014)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

,

17 février 2019 – 826

MERCREDI.
                  Éphéméride. À Madame Aupick
“[Paris.] Vendredi 13 février 1857
Hélas ! Ma chère mère, c’est moi maintenant qui vous prie de ne pas venir, même de quelques jours. On ne veut pas me donner un sol au Moniteur avant que la dernière ligne du dernier chapitre ne soit écrite. Je n’ai que jusqu’à mercredi – cinq jours pour une besogne qui en demande quinze – c’est à perdre la tête. Dans ces conditions, vous ne m’en voudrez pas si je m’enferme – vraiment vous êtes pleine de tourments et je suis désolé de vous en apporter toujours ma part.
Charles.
Ayez la bonté de payer cet homme; il vient de la rue du Four.” Charles Baudelaire (Correspondance)
                  Lecture. Professeur de désir (The Professor of Desire, Philip Roth, Farrar, Straus & Giroux, New York, 1977, Gallimard, 1979 pour la traduction française, traduit de l’américain par Henri Robillot, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Brigitte Félix; 1208 p., 64 €).
                                On retrouve dans ce roman David Kepesh, protagoniste du Sein, avant sa métamorphose mammaire. Avec lui comme avec Zuckerman, Philip Roth joue à faire rebondir son personnage contre diverses surfaces plus ou moins rugueuses : la judéité, la famille, le couple, la psychanalyse, la littérature, chacun de ces thèmes semblant d’abord être une bouée de sauvetage pour tirer l’homme de sa dépression avant de se révéler la source d’un nouveau naufrage. Si le schéma reste le même, la façon de la traiter est ici moins folle, moins débridée que dans Portnoy et les autres titres rassemblés dans ce volume. L’humour, dont on appréciait le côté ravageur, y est moins présent, les pages y sont plus ternes. À l’exception d’un très beau passage qui envoie Kepesh sur les traces de Kafka à Prague, pèlerinage accompli auparavant par Roth lui-même : car de toutes les bouées évoquées précédemment, c’est bien celle de la littérature qui reste la mieux gonflée.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Plaisanteries de garçons de café.

826 (1)-min  826 (2)-min

Paris (Seine), rue de Charenton, photo de Jean-Damien Poncet, 11 juillet 2018 / même ville, rue du Pot-de-Fer, photo du même, 3 décembre 2016
SAMEDI.
              Films vus. Il est minuit, docteur Schweitzer (André Haguet, France, 1952) *
                               Silence (Martin Scorsese, Mexique – Taïwan – R.-U. – É.-U. – Japon – Italie, 2016)
                               Strictement personnel (Pierre Jolivet, France, 1985)
                               Sinon, oui (Claire Simon, France – Canada, 1997)
                               Tueurs (Jean-François Hensgens & François Troukens, Belgique – France, 2017).
* On connaît, à juste titre, l’accent marseillais de Pierre Fresnay dans Marius et ses suites. On connaît moins, et c’est bien dommage car ça vaut le détour, son accent alsacien dans le rôle du docteur Schweitzer.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
826 (3)-min  826 (4)-min
Toulouse (Haute-Garonne), photo de Clotilde Eav, 14 avril 2011 / La Rochelle (Charente-Maritime), photo de Marc-Gabriel Malfant, 22 mars 2014
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 24 décembre 2017. 142 km. (33292 km).
826 (6)-min
266 habitants

   La stèle courte, en marbre poli, se situe dans le bas du village, entre deux mâts de drapeau. Seul ornement : une palme dorée.

826 (5)-min

À la mémoire

Des enfants de Rebeuville

Morts pour la France

1914-1918

1939-1945

   Gauche :

BARDOT Paul

MAIRE Jules

CONRAUD René

THUUS Marius

THUUS Louis

THIRION Henri

MATHURIN Alfred

CHAMPAGNE Marcel

CHAMBRÉ Paul

DIDIER René

VILLAIN Paul

MORTAL Roger

   Droite :

THOMAS Raymond

HENRION Maurice

THUUS Aimé

PIERRE Hubert

LHUILLIER Germain

THIRION René

THOMAS Lucien

HUGUENEL Jules

ADAM Pierre

MONET Victor

             Poil et plume. “25 août [1954]. Jouy
   Chez le coiffeur.
   “Pourriez-vous me couper les cheveux sans employer la tondeuse ?
   – Ah ! non, monsieur ! Ce que vous demandez là, c’est de l’art. Moi, monsieur, au prix que je vous prends, je ne peux faire que mon métier.”
   Il porte perruque “parce que, vous comprenez bien, monsieur, qu’un coiffeur sans cheveux c’est ridicule !”
   Son travail terminé, il m’époussette, me regarde dans le miroir et déclare : “Avec cette barbe, monsieur, vous me rappelez un soldat gréco-romain (sic)…” (Mathieu Galey, Journal intégral 1943-1986)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
 

10 février 2019 – 825

DIMANCHE.
                   Courriel. Une demande de désabonnement aux notules.
                   Lecture. Schnock n° 23 (La Tengo, juin 2017; 176 p., 14,50 €).
                                 Charles Aznavour.
                                 La Nouvelle Revue française n° 625 (Gallimard, juillet 2017; 160 p., 15 €).
                                 Extrait de l’éditorial de Michel Crépu (à propos de Raymond Queneau) : “Il n’y a pas d’école, ni de diplôme pour devenir critique littéraire, encore moins notulier. L’art d’écrire une notule est une école d’humour et d’humilité.” Ici, on dit “notulographe” plutôt que “notulier” mais on souscrit.
LUNDI.
            Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Vendredi 6 février 1920
Nous descendons au Concert Classique. En voiture elle raconte :
Jean Cocteau fait une pièce qui s’appelle La Vache sur le toit. C’est fou de génie. Personne ne comprendra. Lucien Daudet se réunit avec lui et des amis deux fois par semaine à Montmartre pour passer la soirée. Ils s’amusent. Ils marchent sur la tête positivement. Puis ils se grisent. L’autre jour, ils ont mis Lucien dans les W.C., la tête dans la lunette. Il s’y est réveillé le matin, dans cette position. Cocteau rentre à 4 heures du matin et reçoit un savon de sa mère. Le lendemain Bonne-maman qui habite dans la maison (10 rue d’Anjou) apprend tout par les détails. Se griser, c’est la grande mode aujourd’hui, depuis la guerre. Les jeunes gens les plus raffinés s’adonnent à ce sport.
Ainsi parla Mademoiselle Bischoffsheim.” (Ferdinand Bac, Livre journal 1920)
JEUDI.
          Lecture. Sur un mauvais adieu (The Wrong Side of Goodbye, Michael Connelly, Little, Brown & Company, New York, 2016 pour l’édition originale; Calmann-Lévy, coll. Robert Pépin présente…, 2018 pour la traduction française, traduit de l’américain par Robert Pépin; 450 p., 21,90 €).
                        Une des raisons de l’imparable efficacité des polars de Michael Connelly, et je la découvre seulement après avoir lu son vingt-sixième livre, c’est que le récit ne s’écarte jamais du personnage principal. Pas de montage parallèle, pas de multiplicité des points de vue, pas d’ellipse, pas de fioritures poétiques : Harry Bosch est le héros de l’histoire et il n’y en a que pour lui. Le lecteur colle au personnage, progresse avec lui, n’est jamais mis à l’écart par un auteur qui jouerait au plus malin, ce qui lui permet de ne pas être désarçonné par la complexité des intrigues. Car, et c’est un autre de ses atouts, Connelly connaît tous les aspects du monde policier et judiciaire de son pays et parvient à promener son lecteur sans le perdre dans ce labyrinthe. Dans le genre, il n’a pas de concurrent.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Richesses érotiques et politiques de la boulangerie française.

825 (1)-min  825 (2)-min

Saint-Gilles (Gard), photo de Sylvie Mura, 10 juillet 2016 / Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo d’Alain Girard-Daudon, 11 mars 2017
SAMEDI.
              Films vus. Assaut (Assault on Precinct 13, John Carpenter, É.-U., 1976)
                               Momo (Vincent Lobelle & Sébastien Thiery, France – Belgique, 2017)
                               Le Derrière (Valérie Lemercier, France, 1999)*
                               Stars 80, la suite (Thomas Langmann, France, 2017)
                               Shining (The Shining, Stanley Kubrick, R.-U. – É.-U., 1980)**
                               La Carrière de Suzanne (Éric Rohmer, France, 1963)
                               La Boulangère de Monceau (Éric Rohmer, France, 1963)
                               Une saison en France (Mahamat-Saleh Haroun, France, 2017).
* La réalisatrice n’y est pour rien mais il est curieux de constater l’évolution politique de deux des acteurs principaux de son film, Dieudonné et Franck de la Personne.
** Revu, et j’y tenais, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), dans la salle même où je l’avais vu pour la première fois, à l’occasion de sa sortie en 1980. À l’époque, je n’avais pas remarqué que les mots “The end” apparaissaient non pas à la suite de la dernière image mais à la fin du générique. Il faudrait vérifier si Kubrick a eu cette heureuse initiative pour ses autres films.
              Football. SA Spinalien – Lille B 3 – 2.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
825 (3)-min 825 (4)-min
Paris (Seine), boulevard Haussmann, photo de Christiane Larocca, 4 avril 2011 / Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), photo de Thierry Vohl, 29 septembre 2013
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 3 décembre 2017. 130 km. (33150 km).
825 (9)-min
450 habitants

   Pas de monument aux morts, les morts locaux figurent sur celui de Bertrimoutier. Ceux de 14 j’entends, car ceux de la guerre de 1939-1945 ont droit à une stèle récente.

825 (8)-min

              Poil et pellicule.
825 (5)-min 825 (6)-min 825 (7)-min
Life (Anton Corbijn, R.-U. – Allemagne – Canada – Australie – É.-U., 2015)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

3 février 2019 – 824

DIMANCHE.
                   Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
                    Lecture. Cible mouvante (The Moving Target, Ross Macdonald, 1949 pour l’édition originale, Gallmeister, 2012 pour la traduction française, rééd. coll. Totem n° 18, 2018, traduit de l’américain par Jacques Mailhos; 256 p., 8,80 €).
                                  La première aventure de Lew Archer, un privé au nom choisi en hommage à Marlowe, a connu plusieurs éditions et traductions en français, changeant même de titre pour passer d’Il est passé par ici à Cible mouvante. Si le livre a un intérêt historique par la présentation d’un personnage vite devenu archétypal (privé désabusé, intègre et solitaire), l’histoire à laquelle Macdonald lui fait prendre part est beaucoup trop complexe pour être compréhensible. On se raccroche aux passages dans lesquels l’auteur montre d’autres talents que ceux requis pour la construction d’une intrigue policière, notamment les descriptions de la côte californienne réalisées au moyen de petites touches pleines d’images et de poésie inattendues.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “23 janvier [1918]
Chez vous, c’est encore de la neige ? Ici, c’est une température de printemps. J’ai enlevé mon tricot, et, à midi, en sortant d’une tournée chez les fantassins, j’étais en sueur. Il est vrai que je marchais vite et que j’avais semé le poilu qui m’accompagnait. Je suis rentré à midi avec une faim de loup. J’étais parti avec un quart de jus dans le coco, et en route, j’avais mangé une pomme ramassée sous un pommier.” (Albert Viard, Lettres à Léa)
VENDREDI.
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Boîtes à lettres.

824 (1)-min  824 (2)-min

Toul (Meurthe-et-Moselle), photo de Françoise Plain, 6 juin 2007 / Liège (Belgique), photo de Jean-François Fournié, 28 mai 2018
SAMEDI.
              Films vus. Les Nouvelles Aventures de Cendrillon (Lionel Steketee, France, 2017)
                               Tourments (El, Luis Buñuel, Mexique, 1953)
                               Si tu voyais son cœur (Joan Chemla, France, 2017)
                               Un grand patron (Yves Ciampi, France, 1951)
                               Marvin ou La Belle Éducation (Anne Fontaine, 2017)
                               Roman de gare (Claude Lelouch, France, 2007).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
824 (3)-min  824 (4)-min
Paris (Seine), rue Thérèse, photo de Pierre Cohen-Hadria, 8 avril 2011 / Monterey (Californie, États-Unis), photo de Noémie Fiore, 9 août 2014
              Poil et presse.
824-min
Mémoires de Vidocq in Le Crapouillot, septembre 1934
              Vie parisienne. J’assiste à l’Assemblée générale de l’Association Georges Perec à la Bibliothèque de l’Arsenal. Après le vote sur les rapports habituels, la discussion porte principalement sur le bulletin de l’association, dont j’ai la charge. Le passage au format numérique est devenu inéluctable devant l’accroissement des coûts de fabrication et d’envoi qui engloutissent désormais la moitié de la somme recueillie par les cotisations des adhérents. Reste la question du contenu qui m’amène à précise ma position : si l’on s’en tient à ce qui est fait jusqu’ici, je peux continuer à réaliser la chose, mais si l’on s’achemine vers un bulletin qui soit davantage dans l’air du temps avec liens, images et autres éléments interactifs, je n’aurai ni le temps, ni la compétence, ni l’envie de m’y atteler. Finalement, le statu quo l’emporte : “Il faut que tout change pour que rien ne change”. Du coup, je file m’acheter Le Guépard chez Compagnie.
DIMANCHE.
                   Vie parisienne. Cela fait plus d’un an que je ne suis pas allé au Louvre et que La Mémoire louvrière est en arrêt. Rappelons que ce chantier consiste à visiter le Louvre salle par salle, une seule à la fois, d’examiner chaque tableau et de laisser une trace écrite de cet examen. On a profité de mon absence pour effectuer un certain nombre de changements qui prouvent, comme je n’avais pas tardé à le remarquer précédemment, qu’un musée, image de la conservation intangible, est la chose la plus mobile qui soit : la numérotation des salles n’est plus la même, le contenu non plus, les plans muraux (“Vous êtes ici”) ont disparu et j’en arrive à me perdre dans des couloirs que j’ai parcourus des dizaines de fois avant de retrouver l’endroit où je m’étais arrêté lors de ma dernière visite.
                   Lecture. Ma vie d’homme (My Life As a Man, Philip Roth, Holt, Rinehart & Winston, New York, 1974, Gallimard, 1976 pour la traduction française, traduit de l’américain par Georges Magnane, rééd. in “Romans et nouvelles 1959-1977”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 625, 2017, traduction revue par Aurélie Guillain; 1208 p., 64 €).
                                 Une partie de l’œuvre de Philip Roth est un jeu de miroirs dont Ma vie d’homme est le premier volet. Roth y donne la parole à son alter ego Peter Tarnopol qui fait précéder le récit de sa vie par deux nouvelles mettant en scène son double, Nathan Zuckerman. On peut lire cet ensemble en cherchant faire tomber les masques, d’autant qu’il est en grande partie inspiré par le premier mariage désastreux de Philip Roth et par les difficultés qu’il a connues pour y mettre fin. On peut aussi, et je m’en contenterai, lire ces textes comme des tranches de vie, comme on regarde les films du Woody Allen de la période new-yorkaise. Car si, à l’instar de Houellebecq, Roth utilise le sexe et la dépression comme principaux carburants alimentant ses fictions, il y ajoute un humour décapant, un sens de l’autodérision qui leur donnent une saveur incomparable.
LUNDI.
           Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
           Obituaire. “Je me souviens que Michel Legrand fit ses débuts sous le nom de “Big Mike”. (Georges Perec, Je me souviens)
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Un professeur m’a dit : “Cette question des quêtes faites en classe n’est pas simple. J’ai pris soin cette année de dire aux élèves qu’ils étaient absolument libres; que je voulais ignorer le détail de leurs dons; que je m’engageais, quel que fût le total, à n’exprimer aucune opinion. Résultat : ils n’ont rien donné du tout, et je n’ai rien eu à dire. Eh bien voilà une expérience intéressante sans doute, mais dont les pauvres paient les frais. Aussi il m’est venu des scrupules au sujet de mes scrupules; peut-être la charité prise comme fin justifie-t-elle quelques moyens. Et si l’on peut, en exploitant l’orgueil, la bassesse ou la vanité des hommes, tirer d’eux un peu plus d’argent qu’ils n’en donneraient sans cela, c’est toujours autant de pris. […]” (Alain, Propos d’un Normand, 30 janvier 1907)
                  Lecture. Maldonne (Boileau-Narcejac, Denoël, coll. Crime-Club n° 205, 1962 pour la première édition, rééd. in « Quarante ans de suspense » vol. 2, Robert Laffont, coll. Bouquins, édition établie par Francis Lacassin, 1988; 1314 p., 120 F).
                                L’ambiance bourgeoise des polars de Boileau-Narcejac garde un certain charme et l’art qu’ils possèdent dans la construction de leurs intrigues rend celles-ci souvent très intéressantes. Souvent mais pas toujours car ici les thèmes éculés qui sont utilisés (sosie, amnésie) et la trop grande part accordée à la dimension psychologique des personnages, à travers la transcription de deux journaux intimes, ne jouent pas en leur faveur. Il y a bien maldonne, c’est le mot. Sergio Gobbi a tiré un film de ce roman en 1969 (pas vu).
VENDREDI.
                  Lecture. Pascal Pia ou le droit au néant (Roger Grenier, Gallimard, coll. L’un et l’autre, 1989; 140 p., 70 F).
                                Éditeur, critique, journaliste, chercheur, érudit, voilà les mots qui viennent à l’esprit quand on évoque Pascal Pia. Érudit surtout. Le bonhomme était une encyclopédie vivante de la littérature, savait par cœur des milliers de vers, connaissait tous les détails de la vie de l’écrivaillon le plus obscur et n’hésitait pas à partager son savoir avec tous ceux qui l’interrogeaient sur tel ou tel point de détail. Mais sur l’homme, on ne sait rien ou presque. Des pans entiers de sa correspondance (avec Camus, avec Caradec) ont paru mais révèlent peu d’intimité. Le témoignage de Roger Grenier, qui a longtemps été proche de Pia, notamment à Combat, est donc bienvenu. Il ne dévoile pas entièrement l’homme, qui savait garder ses secrets même avec ses amis, mais explique en partie sa discrétion, son caractère dépressif dû en grande partie à une expérience de la misère, la vraie, qui l’avait marqué pour toujours. Parmi la foule de gens que Pia a côtoyés, on n’est pas surpris de trouver André Frédérique, qui partageait le même mal de vivre et qui a fini par céder, lui, à la tentation du suicide.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Mort de la boucherie artisanale en milieu creusois.
824 (5)-min  824 (6)-min
Bétête, 26 juillet 2017 / Chénérailles, 4 août 2017, photos de l’auteur
SAMEDI.
              Films vus. Carré 35 (Éric Caravaca, France – Allemagne, 2017)
                               D’où viens tu… Johnny ? (Noël Howard, France, 1963)
                               Le Redoutable (Michel Hazanavicius, France – Birmanie, 2017)
                               Charlot boxeur (The Champion, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Charlot vagabond (The Tramp, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Mam’zelle Charlot (A Woman, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Charlot au music-hall (A Night in the Show, Charles Chaplin, É.-U., 1915)
                               Inferno (Ron Howard, É.-U. – Hongrie, 2016)
                               L’Affaire Macomber (The Macomber Affair, É.-U., 1947)
                               La Maison du lac (On Golden Pond, Mark Rydell, R.-U. – É.-U., 1981).
              Football. SA Spinalien – Fleury 91 FC 1 – 1.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
824 (7)-min  824 (8)-min
Paris (Seine), rue Olivier-Métra, photo de Pierre Cohen-Hadria, 30 mars 2011 / rue de Clignancourt, photo de Jean-Christophe Soum-Fontez, 29 octobre 2015
              Poil et pellicule.
824 (9)-min  824 (10)-min
Le Premier Homme (Gianni Amelio, France – Italie – Algérie, 2011)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

20 janvier 2019 – 823

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 3 février 2019.
LUNDI.
           Vie professionnelle. Quand je suis arrivé dans le collège où je travaille aujourd’hui, la période entre le dernier cours du matin et le premier cours de l’après-midi était sacrée. On s’attardait à la cantine, on allait boire un café au bistrot, on jouait au volley, on chantait – oui, il y avait une chorale d’enseignants – on glandait gentiment. En salle des professeurs, il y avait des journaux qui traînaient, on parlait football, politique, on commentait ce qu’on avait vu la veille à la télévision, ce genre de choses futiles. Aujourd’hui, cette période s’appelle “la pause méridienne” et il n’est plus question de la consacrer à la détente : elle abrite des cours, des séances de devoirs, des activités qui ne laissent plus aucune place à l’oisiveté. Les professeurs la mettent à profit pour faire des heures supplémentaires ou pour se livrer à des manœuvres mystérieuses sur les ordinateurs de la salle de travail, l’arrivée de l’informatique dans ce milieu comme dans d’autres ayant considérablement alourdi et multiplié les tâches à effectuer. Entrez un jour dans la salle de travail, essayez de dire bonjour aux dos qui vous y accueillent et vous aurez une bonne idée de ce qu’est la solitude. Je ne fréquente pas la salle de travail. Je fréquente rarement la salle des professeurs, ça fait partie de mon processus d’effacement progressif, j’y passe parfois pour ouvrir mon casier mais il n’y a plus rien dans les casiers, tout passe par l’informatique, par une messagerie professionnelle que je me garde bien d’ouvrir, et je passe la pause méridienne dans ma salle de cours. J’avale mon manger boulot, j’écoute Le Jeu des mille francs, je lis mes journaux, je fais la sieste. Depuis que j’ai détourné une chauffeuse promise à la réforme pour l’installer dans le fond de la classe, je fais même de très bonnes siestes. Mais revenons à la pause méridienne. De plus en plus souvent vient se loger dans ce créneau une réunion convoquée par la hiérarchie – la justification d’une hiérarchie intermédiaire, celle qui se trouve par exemple à la tête d’un collège, semblant consister à peser sur l’échelon inférieur pour satisfaire les exigences de l’échelon supérieur. Réunion, creuse, stérile, j’y ai subi il y a deux ans un débat de trente minutes pour décider si les élèves devaient conserver leurs cours dans un classeur petit ou grand format. Croyez-moi, on est mieux à ronfloter sur une chauffeuse. Je ne vais plus à ces réunions, je ne réponds plus aux convocations, on me l’a déjà reproché et on le fera encore mais c’est au-dessus de mes forces. Aujourd’hui, j’ai encore raté une de ces réunions essentielles programmée à 13 heures 15. Il fut un temps où la culpabilité m’aurait empêché de dormir. Apparemment, ce temps est révolu.
MARDI.
            Vie politique. Je découvre avec effarement la “Lettre aux Français” d’Emmanuel Macron. Comment celui-ci peut-il croire que ceux-là – et notamment ceux qui portent un gilet qui ne vient pas de chez Jupien – vont-ils s’infliger la lecture de ce pensum ? Sa prof de français ne lui a donc pas appris à faire court ?
            Lecture. Sérotonine (Michel Houellebecq, Flammarion, 2019; 352 p., 22 €).
                          “La raison pour laquelle Georges file ainsi sur le périphérique avec des réflexes diminués et en écoutant cette musique-là, il faut la chercher surtout dans la place de Georges dans les rapports de production.” On se souvient de cette phrase surprenante qui apparaît dans la première page du Petit Bleu de la côte ouest de Jean-Patrick Manchette. Comme Manchette, Houellebecq n’hésite pas à expliquer frontalement le comportement de ses personnages par le mécanisme de la société qui les entoure. Le déterminisme social règne en maître dans ses pages. Manchette était plus nettement politique, Houellebecq a tenté de l’être avec Soumission – ce n’était pas très réussi – mais il est plus à l’aise du côté de la sociologie, dans l’analyse des rapports humains. Et c’est magistral : il a une faculté à saisir l’air du temps, à dévoiler les travers du monde moderne qui peut être partagée par bien d’autres mais la façon dont il sait la mettre en mots, au prix de longues phrases sinueuses absolument parfaites, est stupéfiante. On connaît ses travers, ses facilités, sa complaisance pour les scènes de sexe et les attaques personnelles (bien atténuées depuis Plateforme) mais il faut souligner sa lucidité, son humour froid et sa capacité à captiver le lecteur avec des personnages aussi peu attirants que lui-même peut l’être. Sérotonine est, au-delà du tintouin médiatique qui accompagne chaque production de son auteur, un roman fort, passionnant et saisissant.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Liège, le 16 janvier 1946
Cher Monsieur Véry,
Après un long retard causé par les ennuis de toutes sortes que m’occasionnent la dévaluation française et ses effets néfastes, je tien à vous faire part de la mauvaise impression que me cause la lecture de votre dernière lettre. Madame de Béchillon y a répondu d’autre part et mis au point pas mal de détails.
Me permettrez-vous, dans l’intérêt de l’amitié que je vous porte, tout autant que dans l’intérêt de nos relations d’affaires, de passer en revue nos relations antérieures. Vous jugerez par là que le Maréchal dont vous vous plaignez amèrement a toujours fait comme le pianiste et qu’il n’y a pas lieu de tirer dessus, même à blanc. […]” (Auguste Maréchal à Pierre Véry in “Correspondance Pierre Véry – Éditions A. Maréchal 1942-1947”, Temps Noir n° 13)
                  Lecture. Esprit n° 426 (juillet-août 2016; 240 p., 20 €).
                                “Trop de touristes ?”
VENDREDI.
                 Le cabinet de curiosités du notulographe. Pour rester propre. Aperçu d’une collection de bains-douches.

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Fayl-Billot (Haute-Marne), photo de Jean-François Fournié, 2 février 2017 / Montluçon (Allier), photo de l’auteur, 1er août 2017

SAMEDI.
              Films vus. Roma (Alfonso Cuarón, Mexique – É.-U., 2018)
                               Robert et Robert (Claude Lelouch, France, 1978)
                               Quelques minutes après minuit (A Monster Calls, J.A. Bayona, R.-U. – Espagne – É.-U., 2016)
                               Showgirls (Paul Verhoeven, France – É.-U., 1995)
                               Cherchez la femme (Sou Abadi, France, 2017)
                               La Cité des douleurs (Beiqing Chéngshi, Hou Hsiao-Hsien, Hong Kong – Taïwan, 1989).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Bruxelles (Belgique), photo de Yannick Bollati, 3 avril 2011 / Saint-Jean-de-Muzols (Ardèche), photo de Marc-Gabriel Malfant, 27 septembre 2011
Poil et presse.
823-min
Le Canard enchaîné, 4 janvier 2017 
Bon dimanche,
Philippe DIDION

13 janvier 2019 – 822

LUNDI.

Lecture. Le Temps retrouvé (Marcel Proust, Gallimard, 1927, rééd. Bibliothèque de la Pléiade n° 102, 1954; 1342 p., s.p.m.).

L’important n’est pas ici d’avoir terminé La Recherche mais de l’avoir fait en étant toujours actif, professionnellement parlant. Je m’explique et, pour ce faire, remonte une quarantaine d’années en arrière. Vie de lycée. Le professeur nous donne une page de Proust à étudier en nous prévenant que ce n’est pas du gâteau. “De toute façon, dit-il, Proust, on le lit quand on est en retraite.” J’ai reçu cette phrase comme un défi et me suis promis que j’aurais fini de lire Proust avant d’atteindre ce statut. Parole tenue. J’ai commencé en 1983, j’ai poursuivi cahin-caha jusqu’à ce jour avec des trous béants de plusieurs années et des retours réguliers Du côté de chez Swann, le volume le plus magique, le plus touchant, le plus juste car il rassemble ce que j’ai déjà dit considérer comme les trois piliers de la littérature : l’enfance, la géographie et le dialogue avec les morts. Il y a eu des tunnels, des longueurs, des langueurs mais Proust touchait juste à chaque fois, en mettant miraculeusement en mots les sensations, les souvenirs, les sentiments, les ambitions, les déceptions, les joies et les chagrins de son narrateur et en amenant le lecteur à reconnaître qu’il avait connu les mêmes. C’était prévu, bien sûr, car Proust avait tout compris, tout programmé : lorsque, dans Le Temps retrouvé, le Narrateur imagine ses futurs lecteurs, c’est ainsi qu’il les voit : “ ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes”. Pari gagné, il le savait, ce type savait tout. Maintenant, comment faut-il lire La Recherche ? Faut-il tout avaler d’un bloc à l’adolescence comme le fit Matthieu Galey et risquer l’indigestion ? Faut-il attendre d’hypothétiques vieux jours qui se révéleront au final aussi encombrés que ceux qui les ont précédés ? Sans le vouloir, sans la choisir, j’ai peut-être suivi la bonne voie : lire Proust en grandissant, en apprenant, en vieillissant avec le Narrateur, en s’émerveillant qu’un homme ait su, à chaque étape de ce parcours, écrire les mots et les phrases qui sachent l’expliquer et l’enrichir.

MERCREDI.

Éphéméride. “9 janvier 1906

Plus j’y pense, plus ce projet paraît être à la limite de l’impossible. Ses difficultés m’accablent toujours un peu plus. Par exemple, l’idée de mettre en place une série consécutive d’événements qui me sont arrivés, ou que j’imagine m’être arrivés – je vois bien que c’est là pour moi une impossibilité. La seule chose qui m’est possible est de parler de la chose qui me vient à l’instant – quelque chose du milieu de ma vie, peut-être, ou quelque chose qui s’est passé il y a à peine quelques mois.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : Une histoire américaine)

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Lisa Gardner, Famille parfaite, Le Livre de poche, 2018.

VENDREDI.

Lecture. Mort d’un tatoué (Shotgun, Ed McBain, 1969 pour l’édition originale, Gallimard, coll. Série Noire n° 350, 1970 pour la traduction française, , rééd. in “87e District 4”, Omnibus, 1999, traduit de l’américain par Alain Chataignier; 1042 p., 145 F).

Notons ce bel incipit, variante inattendue sur le thème “La marquise sortit à cinq heures” : “L’inspecteur Bert Kling sortit pour vomir.”

Le cabinet de curiosités du notulographe. Baignoires champêtres à Évires (Haute-Savoie), photos de l’auteur, 9 juillet 2017.

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SAMEDI.

Films vus. De la soupe populaire au caviar (From Soup to Nuts, Edgar Kennedy, É.-U., 1928)

Ami-ami (Victor Saint Macary, France, 2018)

Vivre pour vivre (Claude Lelouch, France – Italie, 1967)

Daddy Cool (Maxime Govare, France, 2017)

Les Deux Détectives (Do Detectives Think ?, Fred Guiol, É.-U., 1927)

Un château en enfer (Castle Keep, Sydney Pollack, É.-U., 1969)

Rider (Jamie M. Dagg, Canada – É.-U., 2015)

Au revoir là-haut (Albert Dupontel, France – Canada, 2017).

L’Invent’Hair perd ses poils.

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Montréal-la-Cluse (Ain), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 avril 2011 / Lyon (Rhône), photo du même, 11 février 2016

Poil et plume. “Ses cheveux d’avant-guerre tombaient de plus en plus et quand elle avait le courage de se battre, elle voulait que je lui trouve une nouvelle perruque avec des vrais cheveux pour avoir l’air d’une femme. Sa vieille perruque était devenue dégueulasse, elle aussi. Il faut dire qu’elle se faisait chauve comme un homme et ça faisait mal aux yeux parce que les femmes n’ont pas été prévues pour ça. Elle voulait encore une perruque rousse, c’était la couleur qui allait le mieux avec son genre de beauté. Je ne savais pas où lui voler ça. À Belleville, il n’y a pas d’établissements pour bonnes femmes moches qu’on appelle instituts de beauté. Aux Élysées, j’ose pas entrer. Il faut demander, mesurer, et merde.” (Émile Ajar, La Vie devant soi)

Bon dimanche,

Philippe DIDION