19 novembre 2017 – 770

DIMANCHE.
                   Lecture. Espis : un nouveau Lourdes ? Des ténèbres sataniques à l’étoile du matin (Gengenbach, Imprimerie A. Fauvet, 1949; 28 p.).
                                 Lecture faite en prévision d’une réédition pour laquelle on m’a demandé d’écrire quelques mots de présentation.
MERCREDI.
                  Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Daniel Pennac, Monsieur Malaussène, Folio, 1997.
                   Lecture. Avenue des Diables-Bleus (Louis Nucera, Grasset, 1979, rééd. LGF, coll. Le Livre de poche n° 5645, 1990; 224 p., s.p.m.).
                                 Ce que l’on sait de Louis Nucera tient en peu de mots : né à Nice, écrivain (jamais lu jusqu’asteure), journaliste, ami de Brassens (sa principale source de notoriété), passionné de cyclisme, d’ailleurs mort en selle, renversé par une auto. Il prend ici prétexte d’un retour dans sa ville natale pour évoquer les souvenirs qui lui reviennent en arpentant ses rues. La ville est vaste et les souvenirs nombreux, la promenade est longue, devient lassante sur la fin. C’est que tous les sentiers battus et rebattus du genre autobiographique y passent : la famille, la guerre, l’école, le certif, le service militaire, les premières amours, le tutti, le quanti. Se dessine ainsi un tableau détaillé de la vie du petit peuple de Nice originaire d’Italie. Nucera n’évite pas tous les pièges qui s’ouvrent quand on manie une arme aussi redoutable que la nostalgie mais au moins sa plume est élégante et son récit agréable à suivre. Mieux, il innove un peu en évoquant des actions peu glorieuses commises dans sa jeunesse, “des abominations – parfois des insignifiances”, dont la honte le poursuit encore et vient hanter ses nuits. Quand on n’a pas toujours mené une existence de séraphin, on sait ce que c’est.

                  Éphéméride. “15 novembre.

* Adrienne Monnier ouvre sa librairie rue de l’Odéon. Les livres remplacent les armoires normandes précédemment vendues dans la boutique.
* Marie de Gournay envoie à Juste Lipse un exemplaire des Essays imprimé par ses soins.
* La Fontaine est élu à la succession académique de Colbert, à l’issue d’une séance orageuse au cours de laquelle les immortels ont échangé quelques injures. Le vieux Rose : Je vois bien qu’il vous faut un Marot (sous-entendu : maraud) – Benserade : Et à vous une marotte.” (Michelle Grangaud, Calendrier des poètes : Année folle I)
VENDREDI.
Le cabinet de curiosités du notulographe. Dites-le avec des fleurs, photos de l’auteur.

 

770  770 (2)

Aubusson (Creuse), 5 août 2016 / Willer-sur-Thur (Haut-Rhin), 25 avril 2015
SAMEDI.
             Football. SA Spinalien – Villefranche 0 – 0.
             Films vus pendant la semaine. Mes trésors (Pascal Bourdiaux, France, 2017)
                                                                Une balle dans le canon (Michel Deville & Charles Gérard, France, 1958)
                                                                Radin ! (Fred Cavayé, France, 2016)
                                                                Courte tête (Norbert Carbonnaux, France, 1956)
                                                                Julieta (Pedro Almodóvar, Espagne, 2016)
                                                                Le Jeu de la vérité (François Desagnat, France, 2014).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
770 (3)  770 (4)
Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne), photo de Pierre Cohen-Hadria, 27 janvier 2011 / Vesseaux (Ardèche), photo de Marc-Gabriel Malfant, 11 décembre 2011
             Poil et plume. “Quand je coiffais Chateaubriand, j’étais, comme avec les autres, d’une rigueur extrême. L’impression de désordre ne s’improvise pas. Il y faut des années d’étude, du temps, de la pratique, une méthode. Et puis, je l’aimais. J’avais peur aussi de lui déplaire, qu’il ne choisisse un autre figaro. Il avait soixante-douze ans, âge de caprices. J’en avais vingt-quatre, âge sérieux.” (Adrien Goetz, Le Coiffeur de Chateaubriand)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

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12 novembre 2017 – 769

DIMANCHE.
                   Vie des livres. Plusieurs boîtes à livres ont fait leur apparition dans la ville cet été. Dont une dans le quartier, que je visite assez fréquemment. Cela a l’air de bien marcher, la rotation est satisfaisante et j’y trouve parfois des choses intéressantes. Mais je la nourris surtout, et plus souvent qu’à mon tour, par des dépôts quasi quotidiens. Ce matin, j’y abandonne un Steinbeck moyen (Travels with Charley) et y récolte le dernier tome du Journal de Charles Juliet.
MARDI.
            Vie littéraire. Actualité Michon abondante des jours-ci. L’homme se multiplie sur les écrans et les ondes pour accompagner la sortie de deux inédits et d’un Cahier de l’Herne à lui consacré. J’ai regardé sa prestation la semaine dernière à la télévision et je crois que je n’irai pas au-delà. Le discours que tient Pierre Michon de façon régulière depuis un moment m’est devenu pénible. Selon lui, Vies minuscules – puisqu’il faut bien toujours en revenir à cette ouverture magistrale – serait un livre mal lu, mal compris et les raisons pour lesquelles on le tient en haute estime ne seraient pas les bonnes. Quant à La Grande Beune, ce n’est rien d’autre qu’un livre de commande, etc. Bref, Michon semble considérer qu’il n’a pas les lecteurs qu’il mérite. Cela me gêne, me vexe un peu même puisque la lecture qu’il juge erronée est celle que j’ai faite. J’ai publié à ce sujet deux ou trois petits trucs mais dès que j’ai essayé de les développer et de les proposer ailleurs, cela n’a rien donné. Je me trompe donc et m’en trouve marri d’autant que, si j’entretiens de bonnes relations avec Agnès Castiglione, spécialiste de l’auteur, ceux et celles qui gravitent autour de lui – Lafon, Riboulet, Désérable… – m’agacent un peu et ne me semblent pas moins fautifs que moi. Mais si la posture de magot chinois de Michon me gêne, je m’incline respectueusement devant son œuvre et demanderai à chroniquer les publications de l’Herne, ne serait-ce que pour montrer que je sais être têtu.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “8 novembre [1858]
Lu dans le Dictionnaire des contemporains : “Goncourt, Edmond et Jules Huot, dits de “ etc. Cette contestation de notre particule, si enviée, il paraît, devait nous venir. Nous l’attendions par un duel; nous sommes très contents d’en finir par un procès en diffamation, que nous allons faire aux nommés Hachette et Vapereau.” (Edmond et Jules de Goncourt, Journal : Mémoires de la vie littéraire)
                  Lecture. Stahr (F. Scott Fitzgerald, in “Romans, nouvelles et récits” II, Gallimard, 2012, Bibliothèque de la Pléiade n° 582, traduit de l’américain par Philippe Jaworski; 1780 p., 70 €).
                                Fitzgerald a laissé au moment de sa mort un roman inachevé, ou plutôt un roman en chantier, dont les feuillets ont d’abord été ordonnés et publiés par Edmund Wilson sous le titre The Last Tycoon (Le Dernier Nabab) en 1941. En 1993, Matthew J. Bruccoli en procura une version différente intitulée The Love of the Last Tycoon. A Western. Pour la Pléiade, Philippe Jaworski a pris l’initiative de livrer sa propre version, Stahr, d’après le nom du personnage principal, producteur à Hollywood. On pourrait multiplier les versions et les titres à l’infini car les projets de Fitzgerald concernant la forme de son roman n’étaient pas arrêtés au moment où il dut l’abandonner. Seuls les spécialistes sauront si le travail de Jaworski est meilleur que celui de ses prédécesseurs. Ce qui dominera chez le lecteur moyen sera le regret d’être à jamais privé du texte fini, tant ces bribes, tout de même agencées de façon à donner une histoire suivie et presque complète, laissent présager un roman de la force de Gatsby. En 1939-40, l’inspiration et le talent de Fitzgerald n’étaient pas taris, comme le prouvaient d’ailleurs les Histoires de Pat Hobby dont la rédaction était contemporaine de Stahr.
VENDREDI.
                  Lecture. Le Petit Bleu de la côte ouest (Jean-Patrick Manchette, Gallimard, coll. Série Noire n° 1714, 1976, rééd. in Jean-Patrick Manchette « Romans noirs », Gallimard, coll. Quarto, 2005; 1344 p., 29,50 €).
                        Relecture.
                        Extrait. “L’homme avait subi une trachéotomie et diverses opérations. Il demeurait invalide et ses cordes vocales étaient détruites. Des moyens existaient de lui rééduquer scientifiquement la voix, mais Hodeng n’était pas en mesure de se les payer. Toutefois, en s’aidant des instructions contenues dans un livre américain, il commença de pouvoir à nouveau produire des sons organisés, grâce à de complexes contractions du diaphragme et de la trachée. Le résultat, rauque, flûté et pneumatique, rappelait à la fois François Mauriac et Roland Kirk.”
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Fête des voisins.

769  769 (2)

Blainville-sur-l’Eau (Meurthe-et-Moselle), photo de Francis Henné, 1er mai 2014 / Épinal (Vosges), photo de l’auteur, 19 octobre 2015
SAMEDI.
              Football. SA Spinalien – CS Moulien 6 – 2.
              Vie des livres. Lucie rentre, heureuse d’avoir déniché un Steinbeck dans la boîte à livres. C’est celui que j’ai déposé dimanche. Il y a comme un défaut de communication au sein de cette famille.
              Films vus pendant la semaine. Genius (Michael Grandange, R.-U. – É.-U., 2016)
                                                                Marinella (Pierre Caron, France, 1936)
                                                                Tour de France (Rachid Djaidani, France, 2016)
                                                                1984 (Nineteen Eighty-Four, Michael Radford, R.-U., 1984)
                                                                Ma vie de chat (Nine Lives, Barry Sonnenfeld, France – Chine –Canada, 2016)
                                                                Après la guerre (Jean-Loup Hubert, France, 1989).                                                                                                           
              L’Invent’Hair perd ses poils.
769 (3)  769 (4)
Plouescat (Finistère), photo de François Golfier, 19 janvier 2011 / Laroque-des-Albères (Pyrénées-Orientales), photo de Marc-Gabriel Malfant, 28 mars 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 6 septembre 2015. 90 km. (29509 km).
769 (5)
282 habitants

   L’obélisque ordinaire est entouré d’une grille haute peinte en rouge brique. Beaucoup de couleurs dans le parterre de fleurs situé en avancée.

769 (1)

DIDELOT René 1914     BASTIEN Émile 1915

SECRET Paul 1914     MULOT Eugène 1915

BRAUX Jules 1914     BEURDOUCHE Jean 1915

BOUTON Camille 1914     POINCELOT Louis 1915

BLONDIN Henri 1914     BOTT Pierre 1915

MOUGENOT Émile 1914     RAMBAUT Théodore 1916

SCHNEBERGER Louis 1914     SPEDER Jean 1917

EURY Henri 1914     BOUTON Lucien 1918

GUILLEREY Paul 1915     MENNEGAND Louis 1926

DAUTREY Lucien 1944

CANARD René 1944

MULOT Abel 1945

MATHIEU Henri 1946

              Poil et plume. Entièrement éployée, sa chevelure, blonde et superbe, tendait à s’élever au-dessus d’elle, sans toutefois atteindre la surface. Au moindre mouvement, chaque cheveu, entouré d’une sorte de mince fourreau aqueux, vibrait sous le frottement des nappes fluides, et la corde ainsi formée engendrait, selon sa longueur, un son plus ou moins haut. Ce phénomène expliquait la séduisante musique entendue aux approches du diamant. ” (Raymond Roussel, Locus Solus)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

5 novembre 2017 – 768

DIMANCHE.
                   Lecture. La “Pléiade” de Saint-John Perse : La Poésie contre l’Histoire (Renée Ventresque, Classiques Garnier, coll. Études de littérature des XXe et XXIe siècles n° 15, 2011; 444 p., 59 €).
              Il y a quarante ans, les Classiques Garnier publiaient les grandes œuvres de la littérature avec un appareil critique qui n’avait pas à rougir d’un comparaison avec celui de la Pléiade. J’ai encore en rayon, de cette époque, Les Fleurs du mal, un Stendhal et un Madame Bovary devenu illisible tant il a été couvert d’annotations. Aujourd’hui, la vénérable maison se consacre à des études critiques pointues qu’elle vend exorbitément cher. À qui ? C’est ce que je me demande quand je passe devant la boutique de la rue Champollion et que je vois les volumes aux titres obscurs qui y trônent. Henri Béhar, qui a publié dans cette maison Le Surréalisme par les textes, me disait que son livre était surtout destiné aux bibliothèques universitaires – ce qui constitue tout de même un public restreint. Heureusement, le service de presse n’est pas chien et répond en général favorablement aux demandes que je lui adresse pour Histoires littéraires, ce qui me permet de regarder de temps à autre ce qu’il y a derrière les belles couvertures jaunes. La qualité est toujours là : cette étude sur la fabrication, par son auteur, du volume Pléiade de Saint-John Perse en est un bon exemple. Renée Ventresque fait l’historique de la publication, revient sur les échanges entre le poète et le représentant de Gallimard, Robert Carlier, qui ont duré de 1960 à 1972. S’attachant ensuite à sa composition, elle analyse les “moyens mis en œuvre par Saint-John Perse pour élaborer cette fiction”. Car c’en est une – lettres fabriquées, biographie arrangée, témoignages tronqués, etc. – tout le monde le sait aujourd’hui. Ce qu’on sait moins, c’est que c’est Mathieu Galey qui, le premier, a soulevé le lièvre dès la sortie du volume, ce qui lui valut on s’en doute les foudres de l’ambassadeur poète. Celui-ci a soigneusement construit sa statue et le piédestal destiné à la soutenir, exercice de haute acrobatie consistant à se mettre en valeur tout en se disant rétif à tout hommage ou marque de reconnaissance. Le travail de Renée Ventresque, de haute précision, se lit très facilement et avec un intérêt qui ne faiblit pas.
LUNDI.
           Lecture. Barbara ou Les Parenthèses (Jacques Tournier, Seghers, 1968 pour la première édition, rééd. Équateurs, 2017; 96 p., 14 €).
                         Ce texte provient du volet “Poésie et Chansons” que Seghers ajouta, à un moment donné, à sa collection “Poètes d’aujourd’hui”, dans lequel figure notamment le Brassens d’Alphonse Bonnafé. On y apprend paradoxalement beaucoup plus sur Jacques Tournier que sur la chanteuse : on devine qu’un lien très fort les unit mais l’auteur reste très pudique à son sujet. Tournier, je le découvre, a beaucoup écrit, beaucoup traduit aussi (Capote, Fitzgerald) et se révèle un écrivain remarquable. Chose étonnante, son texte, qui prend la forme d’un très bel hommage, n’eut pas l’heur de plaire à Barbara si l’on en croit la préface de Jacques Amalric : “Après la publication du livre, elle lui a fermé la porte. A refusé qu’il continue le texte qu’il voulait écrire pour la réédition de 1981. Et lui a fait savoir qu’elle ne voulait pas le voir.” Il y a peu de chance cependant qu’elle ait trouvé ailleurs une aussi belle plume pour chanter ses louanges.
MARDI.
            Lecture. Histoires littéraires n° 63 (Du Lérot éditeur, juillet-août-septembre 2015; 192 p., 25 €).
                          Hommage à Jean-Jacques Lefrère.
                          On compte 36 participants à cet hommage, des habitués d’Histoires littéraires et du Colloque des Invalides bien sûr, mais aussi des gens venus d’autres sphères de la littérature comme Roger Grenier et Jean-Marc Hovasse. Je ne me souviens plus précisément de l’appel à contributions mais il fallait faire fissa et chacun a dû agir dans l’urgence pour nourrir ce numéro. Aussi tous les textes n’ont-ils pas un rapport direct avec Lefrère, beaucoup semblent avoir donné ce qu’ils avaient en réserve pour la revue, ce qui a le mérite d’éviter les hommages compassés et donne à l’ensemble un côté disparate qui aurait plu à Lefrère. Pour ma part, je n’ai pas eu à me creuser la tête pour donner mon écot : le hasard voulut que je venais à ce moment-là d’entrer en possession d’une lettre de Lefrère dont un notulien bien intentionné m’avait fourni la copie. Lettre datant de 1976, écrite par un Lefrère de vingt ans qui préparait alors son premier ouvrage sur Lautréamont, conclue par ces mots qui ne manquent pas de sel quand on sait tout ce qui allait suivre : “Lautréamont, pour moi, c’est fini.” J’avais aussi sous le coude, toujours grâce au canal notulien, les échanges animés de Jean-Jacques Lefrère avec les lecteurs de La République des Pyrénées qui n’ont pu y trouver place. Je les ai toujours en réserve.
            Vie commerciale. Le magasin Simply Market, où nous avons nos habitudes, annonce par courrier qu’il devient Auchan. Je suis en général attaché aux anciennes appellations, dans tous les domaines, Lorraine, Limousin, PTT, ANPE, ce genre de choses, et j’ai bien envie de répondre que je n’apprécie guère ce changement de nom. C’est bien simple, si l’on persiste à vouloir l’effectuer, je retourne au Mammouth.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “1er novembre [1917]
Par instants il m’apparaît, et comme dans un éclairement soudain, que je n’ai plus que peu de temps à vivre; et que c’est pour cela que je prends à tout ce que je lis un tel intérêt, que toute chose que je vois me paraît si belle et que je goûte à vivre tant de joie.
J’ai reçu de Marc, hier, une lettre d’une fantaisie et d’une grâce exquises dont toutes mes pensées restent ensoleillées. La moitié de la journée a été donnée, hélas ! à la correspondance. Lu beaucoup d’anglais (Santayana, chapitre sur Browning, sur le platonisme des poètes italiens, et sur l’irréligion de Shakespeare, dans Poetry and Religion, que m’a prêté Guillaume Lerolle; et le Simon the Jester de Locke); avancé la mise au net des Mémoires; revu un chapitre de la traduction de End of the Tether.
Lu ce soir aux petites quelques pages du Panégyrique de saint Bernard.
Éducation, c’est délivrance. C’est là ce que je voudrais apprendre à Marc.” (André Gide, Journal)
                 Lecture. Dodgers (Bill Beverly, Crown Publishers, 2016 pour l’édition originale, Le Seuil, 2016 pour la traduction française, rééd. Points Policiers P 4532, 2017, traduit de l’américain par Samuel Todd; 384 p., 7,80 €).
                               Quatre jeunes Noirs, employés subalternes d’un gang de Los Angeles, se voient offrir une promotion : un voyage jusqu’au Wisconsin pour aller abattre un juge. L’odyssée du quatuor n’a rien de passionnant : conversation elliptiques, ennui de la route, poussées de violence au hasard des rencontres, on a lu ça cent fois. Et puis le groupe se délite, l’attention est focalisée sur un de ses membres et l’intérêt surgit au fur et à mesure que le récit s’affirme et que le style devient moins conventionnel. Pour son premier roman, Bill Beverly finit par emporter la mise et pourrait bien mener par la suite une carrière intéressante.
JEUDI.
          Lecture. La Femelle du Requin n° 45 (printemps 2016; 146 p., 10 €).
                        Pierre Bergounioux – Howard McCord – Yves & Ada Rémy.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Faut le fer (suite).
768 (2)    768 (1)
Vosges Matin, 30 janvier 2017 / Montreuil (Seine-Saint-Denis), photo de Christine Gérard, 8 juillet 2017
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine. L’Argent de la vieille (Lo scopone scientifico, Luigi Comencini, Italie, 1972)
                                                                Django (Étienne Comar, France, 2017)
                                                                Huis-clos (Jacqueline Audry, France, 1954)
                                                                Le Grand Jeu (Nicolas Pariser, France, 2015)
                                                                Frantz (François Ozon, France – Allemagne, 2016)
                                                                Viridiana (Luis Buñuel, Espagne – Mexique, 1961).         
              L’Invent’Hair perd ses poils.
768 (4)  768 (3)
Tourlaville (Manche), photo de Sibylline, 19 janvier 2011 / Chaumont (Haute-Marne), photo de Martine Sonnet, 2 février 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 23 août 2015. 72 km. (29419 km).
768
100 habitants

   Pas de monument aux morts visible.

              Poil et plume. “Comme tous les jours elle le poussait à bout par ses paroles et qu’elle le harcelait, il fut excédé à en mourir. Il lui ouvrit tout son cœur : “Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête, lui dit-il, car je suis nazir de Dieu depuis le sein de ma mère. Si on me rasait, alors ma force se retirerait de moi, je perdrais ma vigueur et je deviendrais comme tous les hommes.” Dalila comprit alors qu’il lui avait ouvert tout son cœur, elle fit appeler les princes des Philistins et leur dit : “Venez cette fois car il m’a ouvert tout son cœur.” Et les princes des Philistins vinrent chez elle, l’argent en main. Elle endormit Samson sur ses genoux, appela un homme et lui fit raser les sept tresses des cheveux de sa tête. Ainsi elle commença à le dominer et sa force se retira de lui.” (Ancien Testament, Juges, 17)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

 

29 octobre 2017 – 767

MARDI.
            Lecture. Les Histoires de Pat Hobby (The Pat Hobby Stories, F. Scott Fitzgerald, Charles Scribner’s Sons, New York, 1962 pour l’édition originale, in “Romans, nouvelles et récits” II, Gallimard, 2012, Bibliothèque de la Pléiade n° 582, traduit de l’américain par Agnès Derail-Imbert et Cécile Roudreau; 1780 p., 70 €).
                          Les dix-sept nouvelles qui constituent ce recueil ont été publiées dans Esquire entre janvier 1940 et mai 1941. Certaines l’ont été à titre posthume puisque Fitzgerald est mort en décembre 1940. On pouvait s’attendre à un Fitzgerald crépusculaire, sombre, mais c’est surtout l’urgence qui domine dans ces textes : ils sont courts, enlevés, pour répondre au besoin d’argent de l’auteur qui doit payer les soins de sa femme et les études de sa fille. Ils tournent tous autour de Pat Hobby, un scénariste qui connut son heure de gloire à Hollywood à l’heure du muet et qui peine à survivre dans ce qu’est devenue l’industrie cinématographique à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Hollywood, que Fitzgerald connaît bien, est un monde ingrat, peuplé de médiocres et d’arrivistes. Pat Hobby, le double de l’auteur, ne vaut pas mieux que les autres mais son cynisme lucide finit par le rendre sympathique. Il permet en tout cas à Fitzgerald de faire bouillir la marmite pour travailler sur son dernier roman, qu’il ne parviendra pas à terminer.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “25 octobre [1939]
Donc aujourd’hui, je suis entré dans le saint des saints, j’entends à l’hôtel Continental, dans l’empire de monsieur Giraudoux chargé d’entretenir le moral de la France et de propager au loin la vérité française. C’est un curieux bastion.
On y entre non par la rue de Rivoli mais par la rue Rouget-de-Lisle rendue à sens unique pour l’occasion. Si l’on vient en voiture, il faut s’arrêter à plus de cent mètres de l’entrée tant de véhicules officiels ou non stationnent aux alentours. Tout le monde a sa voiture là-dedans et ceux qui n’en ont pas de personnelle s’en sont fait distribuer de réquisitionnées. On les reconnaît, outre qu’elles sont plus belles, à ce qu’on a peint sur la carrosserie, de grands numéros blancs.
Dès l’entrée, on est arrêté devant une grande table, qui barre le chemin près de la place habituelle du portier. Ce n’est point un concierge qui trône là, reconnaissable aux deux clefs brodées en croix sur le revers de la veste, mais deux officiers et un nombre incroyable de soldats. C’est à croire qu’on ne sait pas quoi faire des militaires. Au-dessus de leur tête, une grande pancarte porte que tout visiteur doit d’abord justifier de son identité avant d’adresser la parole au lieutenant.” (Maurice Garçon, Journal 1939-1945)
JEUDI.
          J’ai tué Hemingway. Ces jours-ci doit venir à la librairie du coin un auteur qui me rappelle des souvenirs. Il y a quelques années, il avait écrit un livre d’inspiration autobiographique plutôt réussi que j’avais chroniqué dans la défunte Liberté de l’Est. Las, j’y avais, à ses yeux, montré trop peu d’enthousiasme et il m’avait pour cette raison agoni. J’étais tout simplement jaloux de son talent et cette jalousie m’avait conduit à vouloir étouffer le Hemingway qui sommeillait en lui. Bigre. Depuis, il a changé son stylo d’épaule et, comme il est prof, il fait des livres de prof sur son métier de prof : souvenirs, expériences, et, lie de l’encre, perles d’élèves. S’il doit encore un titre à son éditeur, il finira par recopier les menus de la cantine.
            Lecture. Retour à Tillary Street (The Black Curtain, William Irish, 1941 pour l’édition originale, Ditis, 1945 pour la première traduction française, rééd. Presses de la Cité, coll. Omnibus, vol. « Nuit noire », 1994, d’après la traduction de P. Desplanches; 948 p., 135 F).
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Le mot est juste.
767
Bouillargues (Gard), photo de Sylvie Mura, 2 mai 2016
SAMEDI.
              Football. SA Spinalien – Saint-Priest 3 – 2.
              Films vus pendant la semaine. The Nice Guys (Shane Black, É.-U., 2016)
                                                                L’Assaut (Pierre-Jean Ducis, France, 1936)
                                                                Victoria (Justine Triet, France, 2016)
                                                                L’Ami américain (Der Amerikanische Freund, Wim Wenders, R.F.A. – France, 1977)
                                                                Toril (Laurent Teyssier, France, 2016).                                                              
              L’Invent’Hair perd ses poils. Pour le concours de l’enseigne la plus courte.
767 (2)
Étival-Clairefontaine (Vosges), photo de l’auteur, 19 janvier 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 19 juillet 2015. 104 km. (29347 km).
767 (3)
234 habitants

   Planté au sommet des marches qui mènent à l’église, le monument est dressé au milieu d’un carré entouré d’une chaîne métallique. Les quatre coins sont matérialisés par des obus coniques. Le parterre est semé de graviers. En bas-relief, un motif héraldique (les armes de la ville ?) et divers motifs végétaux. Une composition de plantes grillées a été mise à l’écart, peut-être par un coup de vent. Deux écussons RF sont fixés à la chaîne, côté face et côté gauche.

767 (1)

Hommage

des habitants de Norroy

Aux enfants de la commune

Morts pour la France

1914-1918

STIN Émile – 1922

RICHARD Paul – 1922

MOUCHET Léon – 1924

   Gauche :

MOUCHET Charles 1914

RICHARD Félix 1914

BECLIER Henri 1914

EVROT Louis 1915

   Plaque :

RICHARD Jean

Mort pour la France

juin 1940

   Dos :

POIRSON Henri 1914

MOUCHET Augustin 1915

THIEBAUT André 1916

GRANDMANGIN Émile 1917

   Plaque :

A mon époux

Adrien HATIER

   Droite :

GARILLON Abel 1915

HATIER Adrien 1915

MOUCHET Victor 1915

MAIRERICHARD Fernand 1915

              Poil et plume. “Le dix-septième jour, il se rend chez un coiffeur. Corto, se borne-t-il à demander. Pero non demasiado corto. Le coiffeur semble se contenter de ce peu. Il sourit. Ce n’est pas, au bout du compte, ce qu’il a voulu dire par corto mais il n’ose pas intervenir pendant la coupe.” (Christophe Fourvel, Le Mal que l’on se fait)
Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

22 octobre 2017 – 766

LUNDI.

           Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Javier Cercas, Soldados de Salamina, Debolsillo, 2016. 

           Lecture. La Madone des sleepings (Maurice Dekobra, Librairie Baudinière, 1925, rééd. Pocket n° 1255, 1997; 256 p., s.p.m.).
                         On s’attendait à devoir remuer la poussière en ouvrant ce classique de la littérature populaire, énorme succès des années 20, mais une agréable surprise est au rendez-vous. Le volet aventure, celui qui voit une riche héritière faire appel à son secrétaire, issu de l’aristocratie, pour éviter de voir disparaître sa fortune, est bien mené avec ce qu’il faut de péripéties et de rebondissements. Une partie du récit se déroule dans une U.R.S.S. naissante au sujet de laquelle Dekobra donne des pages pleines d’une lucidité qu’on chercherait en vain chez nombre de ses contemporains. Mais c’est par son écriture que l’auteur étonne le plus. Plutôt que d’éviter les clichés qui font l’ordinaire de ce genre de littérature, il les pousse au maximum, les gonfle à l’envi, les pervertit pour mieux les tourner en ridicule. Et c’est ainsi que l’héroïne offre “le stradivarius de [sa] sensibilité à l’archet de [ses] courtisans”, que le narrateur sourit machinalement “en calfatant de beurre les pores de [son] pain grillé” et y “cisèle des lunules” avant de passer à la salle de bains pour “badigeonner de mousse de savon l’hémisphère austral de [son] visage rugueux”. Ainsi, à tout moment, les épisodes dramatiques du récit se trouvent attaqués par des pointes d’humour bienvenu et l’heureux mélange qui en résulte explique aisément l’immense popularité de ce roman.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “18 octobre [1959]
Somptueux déjeuner chez Josette Day, avec les Chardonne, qui ne jurent plus que par elle. Salle à manger de château en plein Paris, maître d’hôtel aux cheveux de neige, plus digne qu’un ambassadeur, et des vins de toutes les couleurs, auxquels le maître résiste mal. En sortant de table, il me retient dans l’immense vestibule qui résonne comme une cathédrale, pour m’entretenir à haute voix des mérites de l’hôtesse. Cela tourne vite aux cocasses confidences sur “cette bergère épousée par un prince” – son mari, le richissime Solvay, que nous n’avons pas vu –, le tout hurlé devant elle, qui sourit.” (Mathieu Galey, Journal intégral 1953-1986)
JEUDI.
          Lecture. Snjór (Snjóblinda, Ragnar Jónasson, 2010 pour l’édition originale, La Martinière, 2016 pour la traduction française, rééd. Points Policiers P 4526, 2017, traduit de la version anglaise, d’après l’islandais, par Philippe Reilly; 360 p., 7,60 €).
                        Polar régionaliste islandais sans intérêt. On est loin d’Indridason.
VENDREDI.
                  Lecture. Du côté de chez Jacques-Émile Blanche (Collectif, Flammarion Skira, 2012; 146 p., 30 €).
                                Catalogue de l’exposition “Du côté de chez Jacques-Émile Blanche : Un salon à la Belle-Époque”, Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris (Seine), 11 octobre 2012 – 27 janvier 2013.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Faits divers, Le Journal de la Haute-Marne, documents transmis par J.-F. Fournié.
  
Date inconnue / 19 août 2016
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine.
                                                               Chromosome 3 (The Brood, David Cronenberg, Canada, 1979)
                                                               Comancheria (Hell or High Water, David Mackenzie, É.-U., 2016)
                                                               Le plus sauvage d’entre tous (Hud, Martin Ritt, É.-U., 1963)
                                                               Le Tout Nouveau Testament (Jaco Van Dormael, Belgique – France – Luxembourg, 2015)
                                                               Deux grandes filles dans un pyjama (Jean Girault, France, 1974)
                                                               Dans les forêts de Sibérie (Safy Nebbou, France, 2016)
                                                               Last Chance for Love (Last Chance Harvey, Joel Hopkins, É.-U., 2008).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
Leurre à Barcelone (Catalogne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 7 janvier 2011
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 12 juillet 2015. 45 km. (29243 km).
766 (3)
43 habitants

   Pas de monument aux morts visible.

              Poil et pellicule.
Phantom of the Paradise (Brian De Palma, É.-U, 1974)
Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

15 octobre 2017 – 765

DIMANCHE.

Lecture. Autres histoires de Basil et Josephine (F. Scott Fitzgerald, in “Romans, nouvelles et récits” II, Gallimard, 2012, Bibliothèque de la Pléiade n° 582, traduit de l’américain par Christine Savinel; 1780 p., 70 €).
                                 Nouvelles non recueillies en volume.
MARDI.
Courriel. Une demande d’abonnement aux notules.
MERCREDI.
Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Terry Pratchett, Allez les mages !, Pocket, 2017.
                  Éphéméride. À Jules Duplan
“[Croisset,] samedi soir. [11 octobre 1856.]
[…] J’ai cet automne beaucoup travaillé à ma vieille toquade de Saint-Antoine; c’est récrit à neuf d’un bout à l’autre, considérablement diminué, refondu. J’en ai peut-être encore pour un mois de travail. Je n’aurai le coeur léger que lorsque je n’aurai plus sur les épaules cette satanée œuvre, qui pourrait bien me traîner en cour d’assises, et qui à coup sûr me fera passer pour fou. – N’importe ! une si légère considération ne m’arrêtera pas.
Je ne sais trop ce que j’écrirai cet hiver (le drame de Bouilhet va d’abord me prendre du temps). Je suis plein de projets, mais l’enfer et les mauvais livres sont pavés de belles intentions.
Adieu, mon cher vieux. J’arrive jeudi soir, et je compte sur vous dimanche.
En attendant je vous embrasse. (Gustave Flaubert, Correspondance)
                  Lecture. Histoires renversantes (Pocket n° 2360, 1985, rééd. in « Alfred Hitchcock présente : Encore 109 histoires extraordinaires », Collectif, Presses de la Cité, 1994; 1230 p., 145 F).
                          Nouvelles.
La Corne de brume n° 9 (C.R.A.M., décembre 2012; 176 p., s.p.m.).
                                Revue du C.R.A.M.
                                Qu’est-ce que le C.R.A.M. ? Le Centre de Réflexion sur les Auteurs Méconnus. On dit bien “méconnus” et pas “oubliés” ou, pire, “inconnus”. Sage précaution qui permet d’éviter les querelles d’Allemand sur le mode “mais moi je me souviens très bien de Machin” ou “mais moi je connais parfaitement Bidule”. Considérons donc, même si cela doit défriser quelques connaisseurs, Marcel Arland, Jacques de Lacretelle, Jean-René Huguenin, Roger Peyrefitte, Pierre Benoit, Jean Raspail, Jacques Chardonne et certains autres comme des auteurs méconnus. Chacun a droit à une intervention, ce numéro réunissant les Actes d’un colloque organisé par le C.R.A.M. en 2011 à Paris, qui s’attache à réhabiliter tout ou partie de son œuvre. Une section est consacrée à Daniel-Rops. Attardons-nous donc sur le cas Daniel-Rops. Un jour lointain, à Jaligny-sur-Besbre (Allier), un jeune romancier avec qui je bavardais, apprenant d’où je venais, me glissa d’un air entendu : “Épinal… patrie de Daniel-Rops…” J’imitai son air entendu, histoire de ne pas avoir l’air cruche, n’osant avouer que, de Daniel-Rops, je ne connaissais que le nom (et encore, je devais le confondre avec Félicien Rops, l’illustrateur de Baudelaire) et que j’ignorais tout de ses écrits et de ses racines spinaliennes. J’avais des excuses : jamais celles-ci n’avaient été évoquées dans un discours d’édile ou dans un article de la presse locale. Inutile de chercher à Épinal une rue Daniel-Rops ou toute autre trace, il n’y en a pas. Né en 1901 à Épinal, comme tant d’autres, pour raisons militaires (père officier en garnison sur place), il n’y séjourna guère et abandonnant son véritable nom, Henry Petiot, pour celui de Daniel-Rops, partit construire son œuvre ailleurs. Une œuvre bien oubliée aujourd’hui et qui, pourtant, eut son heure de gloire, conduisant son auteur jusqu’aux fauteuils de l’Académie française. Une œuvre bien reçue dans les milieux catholiques, une œuvre populaire aussi, si l’on en croit sa présence dans le Livre de poche : pas un vide-greniers creusois (je ne les fréquente pas ailleurs) qui ne propose sa cargaison de Daniel-Rops. J’en ai acheté quelques-uns, reste à savoir si je les lirai un jour.
VENDREDI.
                  Lecture. Du côté de chez Jacques-Émile Blanche (Collectif, Flammarion Skira, 2012; 146 p., 30 €).
                                Catalogue de l’exposition “Du côté de chez Jacques-Émile Blanche : Un salon à la Belle-Époque”, Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, Paris (Seine), 11 octobre 2012 – 27 janvier 2013.
                      Le cabinet de curiosités du notulographe. Ex-voto de circonstance.
765 (2)  765
Basilique Notre-Dame de Sion, Saxon-Sion (Meurthe-et-Moselle), 14 mars 2014 / Basilique Saint-Maurice, Épinal (Vosges), 21 novembre 2015, photos de l’auteur
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine. Voyage à travers le cinéma français (Bertrand Tavernier, France, 2016)
La Madone des sleepings (Henri Diamant-Berger, France, 1955)
Vendeur (Sylvain Desclous, France, 2016)
La Foule hurle (The Crowd Roars, Howard Hawks, É.-U., 1932)
                                                                Le Secret des banquises (Marie Madenier, France – Belgique, 2016)
                                                                L’Associé (René Gainville, France – Hongrie – R.F.A., 1979)
                                                                Le Poids de l’eau (The Weight of Water, Kathryn Bigelow, É.-U. – Canada – France, 2000).
              L’Invent’Hair perd ses poils. Hommage à Jean Rochefort.
765 (3)765 (4)
Rochefort (Charente-Maritime), photo de François Decq, 11 juin 2015 / Rochefort-sur-Nenon (Loir-et-Cher), photo de Jean-Damien Poncet, 4 novembre 2012
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 21 juin 2015. 86 km. (29198 km).
765 (7)
233 habitants

   La pierre du monument, adossé à l’église, est salie, noircie, effritée. Les marches qui le supportent sont couvertes de champignons, la Croix de Guerre qui la surmonte est attaquée par la mousse, les couleurs des drapeaux sont passées.

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   Face :

A nos morts pour la Patrie

1914

1918

La commune de Nonville

Reconnaissante

ARNOUX René

AUBERT Paul

FRANCAIS André

DAMIEN Émile

VAILLANT Émile

MORQUIN Eugène

VAILLANT Charles

GRANDCLAIR Louis

DODIN Charles

GALAND Émile

LARCHER Albert

JUSSOT Paul

MORUQIN Auguste

MORQUIN Aimé

  Gauche :

Morts pour la France

FEVRE Maurice

ANTOINE Paul

THOUVENIN Pierre

FRANCAIS Pierre

   Non loin de là, le curé J. Michel, mort en 1884, a droit lui aussi à un petit monument.

765 (6)

              Poil et plume. “Les tout premiers jours après notre arrivée à Tilliers, on ne la voyait pas : j’avais les cheveux un peu longs et pas très bien coiffés. Et puis, un samedi après-midi, mon père et moi nous sommes allés chez Tif et Tondu, les coiffeurs de la place du Marché. (Ils ne s’appelaient pas comme ça bien sûr, mais l’un était chauve et l’autre barbu et j’étais incapable de me rappeler leur nom alors pour moi c’était plus simple).” (Martin Winckler, Abraham et fils).
Bon dimanche,

Philippe DIDION

8 octobre 2017 – 764

   LUNDI.

           Obituaire. Caroline, qui a de bonnes relations sur Facebook, m’apprend la mort de Philippe Rahmy, écrivain et notulien discret. Toutes nos pensées vers sa famille et ses amis.
           Lecture. Bulletin des Amis de Jacques Rivière et d’Alain-Fournier n° 132 (Association des Amis de Jacques Rivière et l’Alain-Fournier, 1er semestre 2014, 120 p., 19 €).
                         Le centenaire du Grand Meaulnes.
                         Le bulletin rend compte des manifestations et éditions qui se sont multipliées en 2013 pour célébrer Le Grand Meaulnes, paru en 1913. On devine que le champ est vaste et il est méticuleusement arpenté par divers contributeurs, les articles parus dans Histoires littéraires ne sont pas oubliés. Mais le gros morceau, c’est un long texte d’Agathe Rivière Corre, qui doit être à la tête de l’Association, faisant le point sur les circonstances de la mort d’Alain-Fournier. La descendante de Jacques Rivière, beau-frère d’Alain-Fournier, a été surprise et apparemment blessée par la thèse d’un certain Michel Algrain selon laquelle l’écrivain aurait été fusillé, avec plusieurs de ses camarades, par des Allemands parce que “son unité avait attaqué un convoi sanitaire.” Bien aidée par la découverte, en 1991, de la fosse dans laquelle Alain-Fournier avait été enterré et par l’étude des ossements par un archéologue-anthropologue, elle démonte patiemment la construction d’Algrain en confrontant les archives, familiales et militaires, aussi bien françaises qu’allemandes. Son exposé ne laisse pas de place au doute, tout atteste que le capitaine Henri Fournier est bien mort au combat, et peut reposer en paix dans le cimetière de Saint-Remy-la Calonne (Meuse).
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Samedi 4 [octobre 1947]
[…] Donc comme convenu je passe au club du Faubourg. Une bonne femme m’accueille et me dit, comme ça, samedi prochain nous vous avons inscrit pour parler de la jeunesse. Ah ! non, il suffit d’une fois. On me dit d’aller dans la salle attendre la mère Poldès. Je m’emmerde cinq minutes à écouter des conneries anticommunistes et sors sur la pointe des pieds et m’éclipse à l’air libre. Merde, s’il faut avoir affaire aux cons pour partir, ce sera un méchant boulot. Je vais écrire à Hoppenop, l’ambassadeur de France à Berne, comme m’avait dit Blaise.” (René Fallet, Carnets de jeunesse 2, 9 août 1947 – 2 août 1948)
                  Lecture. L’Homme posthume (The Posthumous Man, Jake Hinkson, 2012 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. néo noir, 2016 pour la traduction française, traduit de l’américain par Sophie Aslanides; 172 p., 15,50 €).
                                Citation : “Il cala le fusil contre le bras du fauteuil. Puis il sortit le repose-pieds, croisa les mains sur sa bedaine comme un ivrogne accoudé sur un bar et regarda fixement la télévision.”
                                Ce qui demande une certaine souplesse.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Enseignes familiales.                                                                                                                                                                                 
                                                                                                                                                                                                                             
Paris (Seine), rue Bonaparte, 20 août 2015 / Plombières-les-Bains (Vosges), 5 mai 2016, photos de l’auteur
SAMEDI.
              Films vus pendant la semaine. Ma révolution (Ramzi Ben Slimane, France, 2016)
                                                                Les Chansons d’amour (Christophe Honoré, France, 2007)
                                                                Hibou (Ramzy Bedia, France – Canada, 2016)
                                                                Sortilèges (Christian-Jaque, France, 1945)
                                                                L’Aigle et l’Enfant (Brothers in the Wind, Gerardo Olivares & Otmar Penker, Autriche, 2015)
                                                                Les Deux Fragonard (Philippe Le Guay, France, 1989).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
       
Barcelone (Catalogne), photo de Marc-Gabriel Malfant, 4 janvier 2011 / Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo de l’auteur, 4 novembre 2012
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 14 juin 2015. 93 km. (29112 km).
569 habitants

Pas de monument aux morts visible. Ce qui s’en approche le plus est une stèle dressée en bord de route, à l’aplomb du cimetière et qui porte l’inscription suivante :

En ce lieu, de 1929 à 1925,

reposent sur 41 ares,

en deux cimetières distincts,

les corps de 297 soldats Français

et de 656 soldats Allemands

Souvenons nous !

              Poil et plume. Chauves, lisez Choléra*, vos cheveux repousseront.” (Pierre Drieu La Rochelle, Nouvelle Revue française)

                                      * de Joseph Delteil

Bon dimanche,

Philippe DIDION

1er octobre 2017 – 763

LUNDI.

            Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Victoria Hislop, Une dernière danse, Le Livre de poche, 2015.
MARDI.
            Lecture. Quand sonne la diane (Taps at Reveille, F. Scott Fitzgerald, Charles Scribner’s Sons, New York, 1935 pour l’édition originale, in “Romans, nouvelles et récits” II, Gallimard, 2012, Bibliothèque de la Pléiade n° 582, traduit de l’américain par Christine Savinel; 1780 p., 70 €).
                          C’est le dernier recueil de nouvelles publié par Fitzgerald de son vivant, immédiatement après Tendre est la nuit. Son relatif échec poussera l’auteur à se diriger vers Hollywood pour y trouver de quoi subsister pendant les six années qui lui restent à vivre. On y trouve d’abord deux séries d’histoires construites autour de deux jeunes gens, Basil et Josephine, et de leurs démêlés sentimentaux. C’est un ensemble léger, drôle, plein de flirts, de bals, de promenades au clair de lune, dans lequel l’enchaînement des liaisons, fiançailles et mariages n’est pas loin de ressembler aux romans de P.G. Wodehouse. Les nouvelles qui suivent ces deux volets sont beaucoup plus sombres et rappellent le Fitzgerald crépusculaire des romans. L’implication autobiographique se fait plus actuelle, plus prégnante et les ombres de Zelda et Scottie assombrissent des pages d’une beauté désespérée, jusqu’au point d’orgue que constitue “Retour à Babylone” qui est à la fois le point final du recueil et son sommet.
                          Schnock n° 17 (La Tengo, décembre 2015; 176 p., 14,50 €).
                          Choron et Cavanna.
JEUDI.
          Lecture. Les Clients du Père Conscrit (Pierre Véry, éditions Colbert, 1946; rééd. in « Les Intégrales du Masque », tome 1, Librairie des Champs-Élysées, 1992; 1024 p., s.p.m.).
                        Cette nouvelle est dédiée “à la mémoire de Maurice Leblanc pieusement” et offre effectivement une histoire à la Lupin, pleine de déguisements, de pseudonymes, de souterrains cachés et autres ingrédients, menée à un rythme élevé.
VENDREDI.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Multilinguisme éthylique à Arcachon (Gironde), La Vanguardia, 1er septembre 2015, document transmis par Marc-Gabriel Malfant.
763
SAMEDI.
              Football. SA Spinalien – Lyon B 3 – 2.
              Films vus pendant la semaine. West Coast (Benjamin Weill, France, 2016)
                                                                Possession (Andrzej Zulawski, France – R.F.A., 1981)
                                                                Un petit boulot (Pascal Chaumeil, France – Belgique, 2016)
                                                                Knock (Guy Lefranc, France, 1951)
                                                                La Fille inconnue (Jean-Pierre et Luc Dardenne, Belgique – France, 2016)
                                                                Un beau soleil intérieur (Claire Denis, France, 2017)
                                                                Un beau jour (One Fine Day, Michael Hoffman, É.-U., 1996).
.
              L’Invent’Hair perd ses poils.
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Saint-Pourçain-sur-Sioule (Allier), photo de Philippe de Jonckheere, 9 janvier 2011 / Fontevraud-l’Abbaye (Maine-et-Loire), photo de Pierre Cohen-Hadria, 8 juillet 2012
              Poil et plume. Or je n’aurois jamais faict si je voulois nombrer tous les maistres de camp de la religion, comm’ont esté les sieurs de Mouy, très-vaillant et honneste gentilhomme; de Bourry qui, depuis, quictant l’espée a pris la robe longue, contre le naturel de tous quasi ordinairement; d’Aubigny, qui est bon celuy-là pour la plume et pour le poil, car il est bon capitaine et soldat, très-sçavant, et très-éloquent et bien disant, s’il en fut onc.” (Brantôme, Discours sur les couronnels de l’infanterie de France)
Bon dimanche,
Philippe DIDION

24 septembre 2017 – 762

 

DIMANCHE.

Vie littéraire. Pierre Michon ne sera pas à Guéret pour les Rencontres de Chaminadour. Il sera en Suisse pour une autre manifestation littéraire. Guéret, il en a soupé, et on imagine ce qu’il peut penser de ceux qui s’y rendent par plaisir. Par compensation, nous allons le voir au cinéma dans le rôle de l’écrivain Jacques Tournier, ami de Barbara. On a déjà raté Bergounioux chez Godard, on ne va pas rater Michon chez Amalric.

MARDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). James Ellroy, Le Dahlia noir, Rivages/Noir, 1998.

Vie littéraire. Arrivée du n° 19 de la revue Les Refusés qui contient une visite de chantier Invent’Hair autour de l’enseigne “L’Hair du temps” et de ses variantes.

Lecture. La Fin de l’homme rouge ou Le Temps du désenchantement (Vremia second hand (konets krasnovo tcheloveka), Svetlana Alexievitch, Vremia, Moscou, 2013 pour l’édition originale, Actes Sud, 2013 pour la traduction française, traduit du russe par Sophie Benech, rééd. Babel n° 1415, 2016; 688 p., 12 €).

Svetlana Alexievitch donne la parole aux habitants de l’ex-URSS. Entre 1991 et 2012, elle a recueilli, à l’aide d’un magnétophone, des témoignages de toutes provenances. Ce sont des femmes et des hommes, des civils et des soldats, des nostalgiques de Staline et des tenants du capitalisme, des Russes et des Abkhazes, des jeunes et des vieux, d’anciens gardiens et d’anciens prisonniers qui se succèdent à son micro pour raconter leur vie et leur pays. L’auteure n’intervient pas, à peine quelques mots de présentation ici ou là, aucun jugement, aucune opinion. Ce qu’elle veut, c’est “saisir le moment […] où la vie toute simple se transforme en littérature.” Et c’est bien ce rapport entre l’histoire (personnelle et générale) et la littérature qui se pose avec ce livre qui oscille constamment d’un de ces pôles à l’autre. Le lecteur, parfois amusé, souvent effaré par cette peinture de l’homo sovieticus, mange aux deux râteliers, s’instruisant sur le passé récent d’un pays et goûtant des récits souvent prenants et richement mis en mots.

MERCREDI.

Éphéméride. “À un Alfred P…, collectionneur de mes autographes :

… Pourquoi dites-vous que certaines de mes lettres sont “compromettantes” ? Est-ce parce que j’y parle de ma misère ? Si votre “admiration” vous avait incité à me lire seulement un peu, vous sauriez que j’ai proclamé moi-même, dans la plupart de mes livres, cette misère généreuse qui fut un effet de mon libre choix, ayant eu souvent le moyen et l’occasion de m’en délivrer, et dont je suis fier comme je pourrais l’être de donner mon corps à brûler pour Jésus-Christ…” (Léon Bloy, L’Invendable, 13 septembre 1906)

JEUDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Anthony Marra, Une constellation de phénomènes vitaux, JC Lattès, 2014.

VENDREDI.

Épinal – Châtel-Nomexy (et retour). Maxime Chattam, La Conjuration primitive, Pocket, 2014.

Lecture. Gravesend (William Boyle, 2013 pour l’édition originale, Payot & Rivages, coll. Rivages/Noir n° 1000, 2016, pour la traduction française, traduit de l’américain par Simon Baril; 352 p., 8,50 €).

On sait le soin avec lequel Gallimard choisissait les auteurs des numéros historiques de la Série Noire : Jim Thompson pour le numéro 1000, Thierry Jonquet pour le numéro 2000, un Américain, un Français, deux auteurs majeurs, deux chefs-d’œuvre. Pour une telle échéance, Rivages a choisi de miser sur un inconnu, William Boyle, qui pourrait bien ne pas le rester longtemps. Son roman est une peinture d’un quartier de Brooklyn, où il réside, nourri des films de Scorsese et de De Niro ancrés dans la communauté italienne de New York. C’est un roman noir dans lequel échoue tout ce qui est entrepris par les personnages : la vengeance de l’un, la rédemption de l’autre, le braquage entrepris par un troisième, sans oublier les échecs sentimentaux et professionnels de chacun. En agissant ainsi, William Boyle démolit la base du polar traditionnel : les bons comme les méchants sont défaits, anéantis.

Capharnaüm n° 5 (Finitude, été 2015; 96 p., 13,50 €)

“Drôles d’idées”

Capharnaüm est une revue à parution irrégulière sans ligne éditoriale affirmée : on s’y intéresse à des choses littéraires un peu décalées, les éditions du Scorpion dans un numéro précédent, Michel Ohl dans sa dernière livraison. Sous le titre “Drôles d’idées…”, elle rassemble des textes inconnus d’auteurs plus ou moins renommés, Louisa May Alcott, Jerome K. Jerome, Frigyes Karinthy, Thomas B. Thorpe. Ce sont des nouvelles qui complèteront les connaissances de ceux qui suivent de près ces écrivains, sans forcément donner envie d’en savoir plus pour les autres.

Le cabinet de curiosités du notulographe.

déménagements clocher, paris, rue réaumur, gilles bertin, 762

Paris (Seine), rue Réaumur, photo de Gilles Bertin, 1er mars 2017

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. Barbara (Mathieu Amalric, France, 2017)

Juillet août (Diastème, France, 2016)

La Faille (Fracture, Gregory Hoblit, É.-U. – Allemagne, 2007)

Ils sont partout (Yvan Attal, France – Belgique, 2016)

L’Eau à la bouche (Jacques Doniol-Valcroze, France, 1960)

Le Correspondant (Jean-Michel Ben Soussan, France – Belgique, 2016)

Dieu seul le sait (Heaven Knows, Mr. Allison, John Huston, É.-U. – R.-U., 1957).

L’Invent’Hair perd ses poils.

  l'aquafure, montréal, 762  l'aqua'fure, montcenis, 762

Montréal (Québec, Canada), photo de Benoît Melançon, 4 janvier 2011 / Montcenis (Saône-et-Loire), photo de Marc-Gabriel Malfant, 20 mars 2014

Poil et plume.

marko, vivre avec..., 762

Marko, Vivre avec…

              Vie littéraire. Nous sommes à Guéret pour les 12e Rencontres de Chaminadour. Nous retrouvons le Théâtre de la Fabrique, attendons dans le hall que la table ronde en cours se termine pour prendre place dans la salle. Nous assistons au débat sur “La littérature et le démon du négatif” (?) avec Oliver Rohe, Maylis de Kerangal et Vincent Message. Je ne comprends pas grand-chose aux propos échangés, il faut dire que je ne suis pas très attentif, empli que je suis de la béatitude née du simple fait d’être de retour en Creuse. Tellement béat que je finis par m’endormir. Au réveil, je vais renouveler mon ordonnance à la pharmacie de la place du Marché, m’attable au Moderne où je lis La Montagne et fais un peu de courrier. La ville est vide, comme d’habitude, cela donne une idée de ce que sera Épinal dans quelques années, au moins nous ne serons pas surpris. La boîte à livres de la place Bonnyaud a disparu, je comptais la garnir avec un plein carton suite au rangement annuel de mes étagères, tant pis, je m’en débarrasserai ailleurs.

DIMANCHE.

Vie littéraire (suite). L’hôtel où nous créchons est complet, et ce n’est pas grâce à Chaminadour. Des gens âgés, des têtes chenues qui se déplacent, ont les moyens de voyager. Si on arrive à remplir un hôtel à Guéret en plein septembre, on imagine à quoi doivent ressembler Venise et Barcelone, ça donne envie. Retour place Bonnyaud pour le bœuf gras. Je donne à Arno Bertina le bonjour dont m’a chargé un notulien et le remercie pour ses contributions à l’Invent’Hair. On sort la bête, on l’enguirlande, on déploie les banderoles, on fait les photos traditionnelles mais la pluie battante empêche les musiciens de jouer et le défilé est annulé. Il est temps de rentrer at home, et je me trouve moins triste que l’an passé dans la même situation, ayant au cœur le secret espoir de revenir ici dans le temps des fêtes.

MERCREDI.

  Éphéméride.

Vence, 20 septembre [19]61

Mon cher Gaston,

Je voudrais bien t’aider à faire construire un atelier. Je te prie de consulter un entrepreneur du pays et lui donner les mesures de ce qu’il te faut et le prier d’établir un devis aussi rapidement que possible et quand tu auras ce devis tu me l’enverras aussitôt. Peut-être qu’il serait possible de construire en deux épisodes, c’est-à-dire commencer par un petit local pas trop coûteux en arrangeant la construction de manière à ce qu’il soit facile de construire, un ou deux ans plus tard, un second local qui forme agrandissement. Mais il est important que le local ne soit pas humide et par conséquent il faut qu’il y ait un vide sanitaire  sous le plancher et même ce serait mieux si ce n’était pas au rez-de-chaussée. Ne manque pas d’attirer l’attention de l’entrepreneur sur l’importance d’avoir un local bien sec et bien sain. Je suis heureux qu’on te dispense de l’opération de l’appendicite. Moi j’ai aussi l’intestin mal foutu. Affectueusement à toi

Jean Dubuffet (Gaston Chaissac, Jean Dubuffet, Correspondance 1946-1964)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Présence du notulographe dans le cinématographe.

didion, une belle fin 1, 762    didion, une belle fin 2, 762

Une belle fin (Still Life, Uberto Pasolini, R.-U. – Italie, 2013)

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. La Nouvelle Vie de Paul Sneijder (Thomas Vincent, Canada – France, 2016)

Entre les murs (Laurent Cantet, France, 2008)

Blood Father (Jean-François Richet, France, 2016)

Tu honoreras ta mère et ta mère (Brigitte Roüan, France – Grèce, 2012)

L’Origine de la violence (Élie Chouraqui, France – Allemagne, 2016)

If…. (Lindsay Anderson, R.-U., 1968).

L’Invent’Hair perd ses poils.

kitafékoi, paris, rue de ménilmontant, 762

Paris (Seine), rue de Ménilmontant, photo de Pierre Cohen-Hadria, 14 janvier 2011

Poil et plume. “Et si je liais tes pieds et tes mains avec un cheveu de ma tête, résisterais-tu ?

Il répondit, comme il avait déjà répondu :

– À toi, je ne résisterai jamais.

Elle hésita, puis :

– Si, tes pieds et tes mains une fois liés par ce cheveu, tes ennemis entraient ?…

Il la regarda et, cette fois, s’écarta un peu d’elle :

– T’ai-je dit qu’à toi, non plus qu’à rien qui me viendra de toi, je ne résisterai ? Ton cheveu, je ne le briserai donc point. Jamais, quoiqu’il arrive !

Elle le connaissait. Elle savait que jamais mensonge n’avait pu passer par sa bouche.

Alors, elle se leva, très vite. De sa tête, elle arracha un cheveu, très vite. Et, très vite, de ce cheveu, elle lia les deux mains du kaïd-amrar. Après quoi, d’un autre cheveu, elle lui lia les deux pieds.

Puis, debout, et frappant dans ses mains, elle appela.

Dans l’instant, les hommes soudoyés par elle entrèrent, et se précipitèrent sur le captif. Lui la regarda, elle. Mais il ne brisa ni l’un des cheveux, ni l’autre.” (Claude Farrère, Les Deux Cheveux)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

 

10 septembre 2017 – 761

N.B. Le prochain numéro des notules sera servi le dimanche 24 septembre 2017.

DIMANCHE.

Vie estivale (fin). J’effectue ma promenade kantienne à Saint-Jean-du-Marché en me disant que ce pourrait bien être la dernière de la saison.

MERCREDI.

Éphéméride.6 septembre [1950]     Traversant la Nouvelle-Angleterre en train, je commence à comprendre qu’Alexis voit juste quand il critique les Américains pour leur obsession incessante de voir et d’acquérir de nouvelles choses. Il se sentait bien à Wellfleet et voulait prolonger son séjour pour en tirer tout le profit possible. Il faudrait trouver une formule qui lui permette d’être avec nous, sans que nous nous sentions envahis.” (Katherine Biddle, Journal 1940-1970)

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Les dessous de la magie à Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de l’auteur, 9 janvier 2016.

761-5

SAMEDI.

Football. SA Spinalien – Yzeure 1 – 1.

Films vus pendant la semaine. Bécassine (Pierre Caron, France, 1940)

  Diamant noir (Arthur Harari, France – Belgique, 2016)

  La Taverne de la Jamaïque (Jamaica Inn, Alfred Hitchcock, R.-U., 1939)

  Moka (Frédéric Mermoud, Suisse – France, 2016)

  Pour l’exemple (King & Country, Joseph Losey, R.-U., 1964)

Le Fils de Jean (Philippe Lioret, France – Canada, 2016)

Minuit à Paris (Midnight in Paris, Woody Allen, Espagne – É.-U. – France, 2011).

              Invent’Hair, bilan d’étape. Bilan établi au stade de 3600 salons, atteint le 22 avril 2017.

Bilan géographique.                                                                                     

Classement général par pays.

1. France : 3037 (+ 82)
2. Espagne : 159 (+ 4)
3. Royaume-Uni : 54 (+ 1)
4. États-Unis : 45 (=)
5. Belgique : 41 (+ 1)
6. Italie : 36 (+ 12)
7. Danemark : 21 (=)
8. Suisse : 20 (=)
“. Portugal : 20 (=)
10. Pérou : 19 (=)
“. Canada 19 (=)

Pas de changement en tête mais l’Italie se rapproche du top 5.

Classement général par régions (France).

  1. Rhône-Alpes : 593 (+ 18)
  2. Île-de-France : 477 (+ 5)
  3. Languedoc-Roussillon : 264 (+ 11)
  4. Lorraine : 234 (+ 4)
  5. Provence-Alpes-Côte-d’Azur : 213 (=)
  6. Midi-Pyrénées : 172 (+ 1)
  7. Bretagne : 121 (+ 13)
  8. Bourgogne : 120 (+ 5)
  9. Pays de la Loire : 113 (+ 8)
  10. Centre : 108 (+ 3)

La Bretagne passe devant la Bourgogne.

Classement général par départements (France).

1. Seine (Paris) : 386 (+ 4)
2. Rhône : 317 (+ 15)
3. Vosges : 141 (+ 2)
4. Pyrénées-Orientales : 87 (+ 8)
“. Loire-Atlantique : 87 (+ 5)
“. Loire : 87 (+ 2)
7. Meurthe-et-Moselle : 72 (=)
8. Alpes-Maritimes (=) : 70
“. Saône-et-Loire : 70 (+ 2)
10. Hérault : 67 (+ 1)

La 4e place est bien encombrée. Derrière le Rhône, le département le plus photographié de cette centaine est le Morbihan (+ 13) qui passe de la 49e à la 26e place du classement.

Classement général par communes.

1. Paris : 386 (+ 4)
2. Lyon : 142 (+ 6)
3. Barcelone : 54 (=)
4. Nantes : 53 (=)
5. Nancy : 42 (=)
6. Épinal 36 (=)
7. Nice : 33 (=)
8. Marseille 24 (=)
“. Villeurbanne 24 (=)
10. Perpignan : 18 (+ 1)

Bruxelles disparaît du top 10. Lorient fait une entrée remarquable à la 22e place avec 11 salons. Belle progression pour Naples (42e, + 7), qui gagne 239 places. Cassino, Langres, Pontchâteau font leur apparition en compagnie d’une vingtaine d’autres communes, portant le total de celles-ci à 1366.

Bilan humain.

  1. Marc-Gabriel Malfant : 1277 (+ 57)
  2. Philippe Didion : 324 (+ 1)
  3. Pierre Cohen-Hadria : 230 (+ 2)
  4. François Golfier : 179 (=)
  5. Jean-Damien Poncet : 150 (+ 7)
  6. Jean-Christophe Soum-Fontez : 141 (+ 3)
  7. Hervé Bertin : 123 (+ 15)
  8. Sylvie Mura : 82 (=)
  9. Benoît Howson : 65 (=)
  10. Bernard Cattin : 63 (=)

Rien de neuf en tête. JF Fournié, avec 10 photos, atteint un total de 40 et la 15e place (+ 2).

Étude de cas. Grillages et rideaux de fer.

  761  761-2

? (Martinique), photo de François Golfier, 18 juin 2013 / Courthézon (Vaucluse), photo de Martine Bédrune, 12 août 2015

  761-4  761-3

Aigues-Vives (Gard), photo de Marc-Gabriel Malfant, 22 mars 2016 / Guadix (Espagne), photo d’Hervé Bertin, 8 mai 2016

   L’Invent’Hair perd ses poils.

761-6  761-7

Nantes (Loire-Inférieure), photo de Bernard Bretonnière, 4 janvier 2011 / Fontaines-sur-Saône (Rhône), photo de Marc-Gabriel Malfant, 12 février 2012

Poil et plume. “Laissant Hyacinthe à ses voltages – et convenant qu’on se retrouve tout à l’heure –, Tausk va donc se faire couper les cheveux. Au salon, ce sera la même officiante que l’autre jour, piercée, tatouée, rugueuse et musculeuse, regard froid, pas un sourire ni rien, Tausk prendra le parti de se taire en attendant que ça passe. Mais après un robuste shampoing, une fois qu’il se retrouve sur le fauteuil, neutralisé sous une serviette, étranglé par le cordon du peignoir, aveuglé par un spot policier : Il me semble que je vous connais, déclare la coiffeuse, le scrutant d’un œil lourd tout en se frottant les mains. En effet, répond Tausk sur ses gardes, je suis venu le mois dernier.” (Jean Echenoz, Envoyée spéciale)

Bon dimanche,

Philippe DIDION