3 septembre 2017 – 760

DIMANCHE.

Vie estivale. On n’est que le 20 août mais ça sent la fin de saison à Gérardmer : soleil rare, sensation de fraîcheur, peu de monde. Je n’ai même pas la tentation de tâter l’eau, me contentant de ligoter au bord. Un parfum de rentrée pas agréable pour un sou.

Obituaire. “Je me souviens que le premier film de Jerry Lewis et Dean Martin que j’ai vu s’appelait La Polka des marins.” (Georges Perec, Je me souviens)

MARDI.

Vie littéraire. Je boucle mon article sur les Pléiade de Perec. J’aurai pris mon temps, il faut dire qu’il y avait de la matière même si je n’ai pas tout relu. Je me demande cependant comment travaillent les recenseurs des quotidiens qui ont pondu leur critique dès la sortie des deux volumes, quand ce n’est pas avant celle-ci. Ils ont sans doute reçu les services de presse avant moi mais n’ont pas disposé de six semaines de vacances pour étaler leur boulot comme j’aime à le faire. J’aurais du mal à me passer du confort qu’il y a à travailler pour une revue trimestrielle.

           TV. Pierre Bergounioux : La passion d’écrire (France 3). Bergou parle pendant une heure et c’est comme pour la lecture des Carnets de notes: on voudrait que ça ne s’arrête jamais.

MERCREDI.

Éphéméride.

Ma. 23.8.1988

Nous touchons à l’heure fatale que je voyais littéralement, le 15 juillet 1986, ou le 16, en regagnant Les Bordes, avec Marie, tandis que Ninou et Cathy partaient pour Grenoble où Norbert était hospitalisé. Je m’efforçais, malgré moi, de percer le mur du temps, de deviner ce qu’il nous dérobait. Et ce que j’ai vu, avant que d’autres anticipations, moins terribles, ne le disputent à la première, c’est un cercueil de chêne que l’on portait en terre.” (Pierre Bergounioux, Carnet de notes 1980-1990)

Lecture. Temps Noir n° 17 (Joseph K., 2014; 352 p., 18 €).

« La Revue des Littératures Policières »

VENDREDI.

Le cabinet de curiosités du notulographe. Critique kantienne à Beauvais (Oise), photo de Bernard Cattin, 2010.

              Vie parisienne. Alice m’accompagne pour cette dernière escapade avant la rentrée. L’orage nous accueille à la descente du dur et c’est une foule trempée qui patiente à l’entrée de Beaubourg en espérant trouver des serviettes au bord des piscines de David Hockney. La rétrospective est éblouissante, un véritable cours d’histoire de l’art donné par le parcours de cet Anglais touche-à-tout, de Fra Angelico aux expérimentations informatiques.

SAMEDI.

Vie parisienne (suite). La caissière n’a pas terminé son ménage, les surveillants ne sont pas encore à leur poste : nous faisons l’ouverture du Musée de Montmartre, et cette arrivée précoce nous permet de visiter les lieux sans voir âme qui vive. Ce qui a son importance dans la partie réservée à l’exposition temporaire qui nous attire ici – les collections permanentes, histoire des moulins et des cabarets de la Butte, ne sont pas renversantes. L’exposition, donc, présente Montmartre vu par le cinéma : affiches, objets, scénarios, photos et surtout quantité d’extraits de films de toutes époques et nationalités dont nous ne manquons pas une miette. On découvre par exemple Jean-Pierre Léaud, tout frais sorti des Quatre Cents Coups, dans une scène de Boulevard de Julien Duvivier (1960). J’achète à la sortie le DVD de Minuit à Paris que j’ai hâte de revoir.

Films vus pendant la semaine. 100 % cachemire (Valérie Lemercier, France, 2013)

Sa majesté des mouches (Lord of the Flies, Peter Brook, R.-U., 1963)

Fitzcarraldo (Werner Herzog, R.F.A. – Pérou, 1982)

Avant toi (Me Before You, Thea Sharrock, R.-U. – É-U., 2016).

L’Invent’Hair perd ses poils. Pour des cheveux en pétard.

Cherbourg (Manche), photo de Sibylline, 30 décembre 2010 / Lucens (Suisse), photo de Jean Prod’hom, 11 décembre 2010

Poil et presse.

Vosges Matin, 3 mars 2016

DIMANCHE.

Lecture. Tendre est la nuit (Tender Is the Night. A Romance, F. Scott Fitzgerald, Scribner, New York, 1934 pour l’édition originale, in “Romans, nouvelles et récits” II, Gallimard, 2012, Bibliothèque de la Pléiade n° 582, traduit de l’américain par Philippe Jaworski; 1780 p., 70 €).

Il faut toute la science et l’habileté de Philippe Jaworski dans sa présentation pour nous convaincre de l’excellence de ce roman. Après Gatsby, dont la densité fait le charme, on se trouve en effet face à une histoire étirée, souvent répétitive, avec une ronde de personnages fréquentant les mêmes lieux les uns après les autres. Il reste bien sûr le thème central de la désillusion, cher à l’auteur, qui trouve ici à le nourrir avec sa propre situation : le couple formé par les protagonistes, épisodes psychiatriques compris, rappelle en effet douloureusement celui de Scott et Zelda.

MARDI.

Lecture. Une chaumière et un meurtre (Fred Kassak, Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 570, 1961, rééd. in “Romans humoristiques”, Le Masque, coll. Intégrales, 2003; 800 p., s.p.m.).

Dans sa postface, Fred Kassak avoue que cette Chaumière est, parmi ses romans, celui qu’il préfère. On n’est pas loin de partager son avis tant la légèreté, la virtuosité et l’humour qu’il y a mis font mouche. On y trouve aussi des clins d’œil à Queneau (Zazie vient de sortir) et des coups de griffe en direction du cinéma et de la Nouvelle Vague – peut-être n’avait-il pas aimé l’adaptation d’un de ses livrées précédents, On n’enterre pas le dimanche, par Michel Drach. Une chaumière et un meurtre sera lui aussi porté à l’écran par le beaucoup plus chenu Pierre Chenal, en 1963, sous le titre L’Assassin connaît la musique…

MERCREDI.

Éphéméride. “Dimanche 30 août [1942]

Mon beau dimanche. Cela me fait penser à Un beau dimanche anglais de Kipling.

J’aspirais à cette journée à Aubergenville, depuis quinze jours.

Il y avait Jean Pineau, Job et Lancelot of the Lake. Le miracle s’est reproduit. Pourquoi cesserait-il ? Dans le verger lumineux, là-haut, après le déjeuner sur le plateau dans le vent, et le retour dans le train.

***

Mais en rentrant, il y a eu lutte entre les souvenirs enchantés dont j’étais envahie, et la tristesse de la lettre de Papa, de nouveau complètement démoralisé.” (Hélène Berr, Journal)

                  Lecture. Histoires littéraires n° 64 (Du Lérot éditeur, octobre-novembre-décembre 2015; 152 p., 25 €).

Dossier Charles Baudelaire I.

Après un numéro hommage dont nous aurons à reparler, la revue se remettait doucement de la mort de Jean-Jacques Lefrère, son fondateur. Le numéro est mince, les livres chroniqués peu nombreux mais l’ossature est toujours là avec un dossier, un entretien (Marc Angenot) et la chronique des ventes et des catalogues qui devait perdre un peu plus tard un de ses collaborateurs, Jean-Louis Debauve. Le notulographe est responsable de la critique du n° 12 des Cahiers Georges Perec.

JEUDI.

Vie radiophonique. De l’inconvénient qu’il y a à ne pas être notulien. Question rouge posée au Jeu des mille francs, ce jour, sur France Inter : “Certaines personnes ont un nom prédestiné pour le métier qu’elles exercent. Comment appelle-t-on cette particularité ?” Les candidats sont restés cois.  Offrons-leur en guise de consolation ce bel aptonyme, puisque c’est de cela qu’il s’agit, exerçant dans la chirurgie viscérale :

C.H.U. de Nancy Brabois, Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de Bernard Visse, date oubliée

VENDREDI.

Vie professionnelle. Retour au boulot. Il faut renouer avec quelques pratiques, retrouver quelques habitudes, accepter le fait que le 8 heures 08 ait quarante minutes de retard et prendre l’auto. Une fois sur place, j’apprends que les emplois du temps qui constituent le seul l’intérêt de cette journée de prérentrée ont été envoyés par Internet, sur je ne sais quelle messagerie inconnue de mes services. Je suis donc seul à ne pas le connaître, je me demande pourquoi les autres sont venus. Nous écoutons le laïus de notre nouvelle principale, qui semble parfaitement coulée dans le moule administratif. Je prends connaissance de mes listes d’élèves, une opération qui, par un temps, ne se déroulait pas sans appréhension : est-ce qu’on va échapper à tel ou telle, terreur de l’an passé ? Aujourd’hui, je m’en fous, c’est le simple fait d’être là qui me noue, malaise qui concerne mon être entier et qui ne disparaîtra que quand la machine sera lancée. Seule bouée à laquelle se raccrocher : dans quinze jours je serai à Guéret.

Lecture. Lettres (Saint-John Perse, Gallimard, 1972, “Œuvres complètes”, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade n° 240, 1972; 1428 p., 56 €).

Le cabinet de curiosités du notulographe. Le numéro 552 des notules présentait cette plaque, apposée sur la façade du 1 rue des Boulangers à Paris (Seine). La photo, de l’auteur, datait du 24 août 2012.

Le 20 août 2015, la plaque était remplacée (on voit les traces de colle) par une autre, toujours photographiée par l’auteur.

Le coeur était trop grand, il n’a pas tenu.

SAMEDI.

Films vus pendant la semaine. La Forêt pétrifiée (The Petrified Forest, Archie Mayo, É-U., 1936)

Éternité (Tran Anh Hung, France – Belgique, 2016)

Premier mai (Luis Saslavsky, France – Italie, 1958)

Code Momentum (Momentum, Stephen S. Campanelli, Afrique du Sud – É-U., 2015)

Jules et Jim (François Truffaut, France, 1962)

Bastille Day (James Watkins, R.-U. – France – É-U. – Luxembourg, 2016).

L’Invent’Hair perd ses poils.

Plouézec (Côtes-du-Nord), photo de Xavier Guézou, 26 décembre 2010 / Villers-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), photo de François Golfier, 3 novembre 2011

   Poil et pellicule.

Le Dictateur (The Great Dictator, Charles Chaplin, É-U., 1940)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

 

 

 

 

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