6 novembre 2016 – 727

DIMANCHE.

Lecture. Les Roses mortes (William Irish, 1943-1951 pour l’édition originale, Presses de la Cité, coll. Un mystère n° 579, 1961 pour la première traduction française, traduit de l’américain par Maurice-Bernard Endrèbe, rééd. Presses de la Cité, coll. Omnibus, vol. « Noir c’est noir », 1993; 1016 p., 135 F).

                                 Les Roses mortes est une nouvelle sur le thème du tueur en série, très souvent pratiqué par William Irish et l’autre texte, Tu ne me reverras jamais ! (You’ll Never See Me Again) un court roman dans lequel une banale scène de ménage se termine en disparition inexplicable.
                                 Poèmes nègres (Tristan Tzara, Hazan, 2006, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
MERCREDI.
                  Éphéméride. “Vendredi 26 octobre [1906]
Je suis allé voir cette après-midi quand on peut voir Descaves : tous les dimanches matin, de 9 h. 1/2 à midi. Vallette va me faire une lettre d’introduction. J’irai après-demain matin. Vallette n’est plus si emballé. Il entrevoit maintenant que je peux très bien rater, à cause de la pudibonderie de la majorité des Acad. G. Quant à moi, et je n’en reviens même pas, et je le disais à Vallette, c’est bien simple, je suis dans l’état d’esprit suivant : le prix Goncourt a été attribué, ce n’a pas été moi le lauréat, et je n’en suis ni plus triste ni plus gai. Et la vérité, en effet, c’est que ce à quoi je tiens avant tout, c’est à refaire mes mauvais morceaux, oui, cela avant tout. Très joli, le prix, mais un livre mauvais ? Quant aux académiciens Goncourt, avec leur moralisme, ils me font pitié. Ce Margueritte Paul par exemple, le rasoir militaire ! En voilà un qui a eu de la chance d’avoir un père général tué en 1870. Ce qu’il en a tiré de la copie ! Les obscénités ne leur font pas peur, non ! Au contraire, peut-être ? Mais parler ainsi de son père, de sa mère ! Esprits esclaves, bornés, moutonniers, pauvres esprits ! La voix du sang avant tout, hein. Et les faits, alors, cela ne compte pas ?” (Paul Léautaud, Journal littéraire)
VENDREDI.
                  Vie littéraire. Je suis à Paris, au Centre culturel canadien, où se déroule le XXe Colloque des Invalides. C’est la douzième fois que j’y assiste mais la première où je passe du statut d’auditeur à celui d’orateur. Comme il se pourrait bien que cette édition soit la dernière, je ne verrai peut-être plus jamais la plupart des personnes qui en constituent l’assistance et je me suis dit que si je ratais mon coup, je pourrais ensuite rentrer dans mon terrier sans subir les conséquences de cet échec. Il faudrait pouvoir raconter ça avec le détachement de Bergounioux : je prends le train, j’arrive, je salue Pierre, Jacques et Paulette, je fais ma causette, je prends congé et je reprends le train. Ce serait faire fi de la trouille sévère qui a meublé les instants précédant la chose, ce serait aussi oublier un peu vite la bienveillance de la salle qui a accueilli mes propos avec intérêt et amabilité. J’avais, il faut le dire, pris peu de risques et choisi de rabouter des extraits d’anciennes notules racontant mon passé d’auditeur du colloque et permettant de dresser un rapide historique de ses faits marquants et des tendances qui le traversent. Bref, tout s’est très bien déroulé, en présence de Caroline et Alice venues assurer la claque et, si le besoin s’en était fait sentir, le rapatriement du corps.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Sorties d’école plus ou moins pressées.
727-2  727-1
Maxey-sur-Meuse (Vosges), photo de l’auteur, 30 mars 2014 / Espelette (Pyrénées-Atlantiques), photo d’Alain Mathieu, 4 août 2015
SAMEDI.
              Lecture. Rire dans la nuit (Laughter in the Dark, Vladimir Nabokov, Bobbs-Merrill Company, 1938 pour l’édition originale, Grasset & Fasquelle, 1992 pour la première édition française, texte traduit, révisé, présenté et annoté par Christine Raguet-Bouvart in “Œuvres romanesques complètes » I, Gallimard 1999, Bibliothèque de la Pléiade n° 461; 1732 p., 77 €).
                            L’histoire de ce texte est, à elle seule, un vrai roman. Écrit en russe sous le titre Camera Obscura, signé Vladimir Sirine, en 1932, publié dans une revue parisienne puis en volume chez un éditeur russe, traduit en français (Chambre obscure) en 1934 puis en anglais en 1936, voilà pour la première partie. Deuxième partie : en 1937, Nabokov, mécontent de la traduction anglaise, décide de refaire son roman dans cette langue à partir de cette traduction et Camera Obscura devient Laughter in the Dark. On a donc affaire dans ce volume Pléiade à la traduction française (révisée) d’ un roman écrit en anglais à partir de la traduction anglaise d’un texte russe. Ce labyrinthe est un peu le reflet de la vie de Nabokov au cours de ces années : la situation politique l’incite à quitter Berlin, à s’installer à Paris avant de partir définitivement pour les États-Unis et c’est en 1938 qu’il écrira son premier roman directement en anglais. Rire dans la nuit raconte un adultère qui se termine tragiquement, tribut payé à Flaubert, écrivain admiré et, comme son maître, Nabokov surprend son lecteur par la richesse qu’il donne à une œuvre traitant d’un sujet aussi banal.
              Films vus. Very Bad Dads (Daddy’s Home, Sean Anders, E.-U., 2015)
                               L’Art de séduire (Guy Mazarguil, France, 2011)
                               La Peur (Damien Odoul, France – Canada, 2015)
                               The Grand Budapest Hotel (Wes Anderson, E.-U. – Allemagne – R.-U., 2014).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
 727  727-3
Uppsala (Suède, photo de Régis Conraud, 22 juillet 2010 / Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), photo de Philippe de Jonckheere, 8 novembre 2010
              IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 14 décembre 2014. 102 km. (27722 km).
727-5
197 habitants

   Au bord de l’allée qui conduit au cimetière, sur un terrain herbeux planté d’arbres, se dresse un monument composé de deux parties : un socle en granit brut gagné par la mousse et un sommet en pierre polie portant une croix chrétienne en creux et une palme peinte. Les noms, difficilement lisibles, sont inscrits sur un élément minéral ajouté au socle et figurant un parchemin déroulé. Le pot de fleurs du 11-Novembre est toujours là, il vient de chez Florève, à Châtenois.

727-4

Morelmaison

A ses enfants

Morts pour la France

GERARD Henri

GERARD Ernest (frères)

GERARD Marcel

GERARD André (frères)

BERNARDIN André

FLECHE Paul

FOINANT Maurice

LECLERC Émile

BACHELARD Henri

              Poil et plume. “Je me souviens encore de ma coiffure, le jour de cette master classe, des mains de ma mère tirant cette chevelure tellement indisciplinée, tressant mes cheveux à la romaine avant le concert, pendant que je répétais silencieusement, en esprit, ma partition.” (Hélène Grimaud, Variations sauvages)

MERCREDI.

                     Lecture. La Nouvelle Revue Française n° 611 (Gallimard, février 2015; 176 p., 22 €).                               “Paris, capitale du XXIe siècle ?”

                                Cry Father (Benjamin Whitmer, 2014 pour l’édition originale, Gallmeister, coll. néonoir, 2015 pour la traduction française, traduit de l’américain par Jacques Mailhos; 320 p., 16,50 €)

                               Un roman noir sans grand intérêt qui montre à quoi peut aboutir la lecture mal digérée de Jim Harrison et de Craig Johnson.

                                Poèmes simultanés (Tristan Tzara, in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
                  Obituaire. Le Monde du jour publie l’avis de décès de Jean-Louis Debauve, qui fut l’un des érudits les plus remarquables qu’il m’ait été donné de croiser. C’était un petit homme, ancien magistrat semblant sorti du crayon de Daumier, époustouflant connaisseur de la chose littéraire et notamment de Jules Laforgue dont il édita les œuvres complètes. D’autant plus petit qu’il marchait à l’équerre, nez à terre, littéralement cassé en deux par je ne sais quel mal, et il fallait se pencher sur cet angle droit pour lui parler ou l’écouter. J’étais surpris de ne pas l’avoir vu aux Invalides la semaine dernière, je comprends aujourd’hui la raison de son absence.
                  Éphéméride.
Dimanche 2 novembre [1958]
Ai vu hier Ascenseur pour l’échafaud et (ah, ah !) Le gorille vous salue bien. Ai beaucoup aimé le premier, avec beaucoup de réserves, me suis parfois passionné pour le second (visible sans plus). En première partie, un étonnant court-métrage des films de la Pléiade L’Amérique vue par un Français. Intelligent, spirituel, remarquablement bien photographié.
Prends la garde ce soir –
Ai surtout écrit pendant 3 heures avec un sérieux que je ne me connaissais pas depuis Août – Espère que ça va continuer –
How are you ? La même chose ou mieux ?
Rien de neuf concernant ma mutation = toujours l’affirmation décisive qu’elle se fera mais sans aucune précision concernant la date – Vouais.
Enfin, 10 mois pleins. Le 11e entamé.
OK for our date – Je serai le samedi 15 entre 12 h 30 et 13 h au café Aragon sur la promenade des Pyrénées (i.e. le blvd qui surplombe le Gave et la Gare)
“Donner un sens plus pur aux mots de la tribu”
Que te dire d’autre qui équivaille à un bon coup de pied au cul ? (moteur premier) – Enfin ! good luck et écris-moi.
Amitiés
G.” (“Cher, très cher, admirable et charmant ami…” : Correspondance Georges Perec & Jacques Lederer)
VENDREDI.
                 Football. SA Spinalien – Béziers 0 – 0.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Toilettes de camping à Durness (Écosse, R.-U.), photo de Jean Vaubourg, 29 juillet 2016.
727-6
SAMEDI.
              Films vus. Votez Mc Kay (The Candidate, Michael Ritchie, E.-U., 1972)
                               Seul sur Mars (The Martian, Ridley Scott, E.-U. – R.-U., 2015)
                               Un mariage de rêve (Easy Virtue, Stephen Elliott, R.-U. – Canada, 2008)
                               Lolo (Julie Delpy, France, 2015)
                               Oslo, 31 août (Oslo, 31. august, Joachim Trier, Norvège, 2011).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
727-7  727-8
Hudiksvall (Suède), photo de Régis Conraud, 23 juillet 2010 / Belle-Île-en-Mer (Morbihan), photo de Denis Cosnard, 18 mars 2008
              Poil et plume. “La Gauloise, avons-nous dit, avait pour sa chevelure un culte fervent et passionné. La mode en était à cette blondeur fauve, célèbre dans toute la Celtique, mais plus accusée encore : blondeur dorée, – vénitienne dirait-on de nos jours, – souvent aux reflets écarlates, ou d’un “auburn sublimisé” à l’excès. Ces belles ancêtres obtenaient ces teintes, soit avec la levure de bière, la cendre de certains bois ou la sève de certaines plantes ou jus de fruits, après une décoloration de base à l’eau de chaux ou au “sapo” de chèvre, – ce réputé savon en lotion ou en pâte, de création celtique, – soit à l’aide de teintures à base d’huile, de miel, de potasse et de soude, de cendres de varech et de hêtre, de poudre d’or gommeuse, de terre de Vérone, de myrrhe et autres ingrédients secrets…” (Charles Dormontal, L’Aigle de Gaule : Vercingétorix)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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