29 août 2021 – 939

DIMANCHE.                   

Lecture. La Serpe (Philippe Jaenada, Julliard, 2017, rééd. Points P 4872, 2018; 648 p., 8,90 €).

Philippe Jaenada aime les faits divers. Après deux livres consacrés à Pauline Dubuisson et à Bruno Sulak, il s’attaque ici à une affaire célèbre, celle du triple meurtre commis au château d’Escoire (Dordogne) en 1941. Henri Girard, Un jeune homme de bonne famille résidant au château, fut accusé d’avoir assassiné son père, sa tante et une domestique à l’aide d’une serpe. Sa culpabilité ne faisait guère de doute au moment du procès mais son avocat, Maurice Garçon, fit des merveilles et parvint à le faire acquitter à la surprise générale. Devenu un écrivain célèbre (Le Salaire de la peur) sous le nom de Georges Arnaud, Henri Girard continua à clamer son innocence sans convaincre grand monde. Dans un premier temps, Jaenada se révèle un excellent compilateur de tout ce qui existe sur l’affaire. Il lit les livres, écoute les émissions consacrées à l’affaire, notamment Le Vif du sujet qu’il réussit à récupérer grâce à Christine Bernard, ancienne assistante à France Culture (j’aurais pu moi aussi lui filer l’enregistrement, c’est un des meilleurs numéros de cette émission avec celui consacré à Pierre Conty, il n’a pas pensé à me le demander), reprend les faits minutieusement et nous oblige à constater que le fils Girard ne peut être que le coupable. Mais, depuis ce temps, de nouveaux documents sont disponibles : les papiers de Maurice Garçon, son journal, les comptes rendus d’audience, les procès-verbaux des interrogatoires rassemblés aux Archives départementales de la Dordogne. Jaenada se rend à Périgueux s’attaque à la montagne de papier, arpente les lieux. C’est l’objet de la seconde partie du livre, au bout de laquelle l’auteur parvient à une solution différente que celle des enquêteurs et propose un coupable différent. C’est un long travail, minutieux, dont tous les détails sont livrés au lecteur et qui s’avère convaincant : on a bel et bien échappé à une erreur judiciaire. Cela suffirait à remplir un bouquin de belle taille mais Jaenada, c’est sa marque de fabrique semble-t-il, ne s’en contente pas. Il agrémente son récit de considérations personnelles, d’anecdotes, de commentaires, de digressions, farcit ses phrases de parenthèses parfois doublées ou triplées. C’est distrayant (c’est fait pour), souvent drôle (le récit de son voyage en auto pour gagner la Dordogne l’est infiniment plus que celui du canapé-lit de Pierre Jourde), parfois lourd quand il rebondit d’une chose à une autre à la façon des liens d’une page Wikipédia. Jaenada, apparemment, s’aime bien. Il aime bien ce qu’il a écrit. Il rappelle fréquemment ses livres précédents, signale qu’il a failli avoir le Prix Renaudot pour l’un d’eux (c’est vrai que si l’on considère les écrivains qui ont failli avoir tel ou tel prix, qu’on y ajoute les footballeurs qui ont failli marquer un but et les filles qui ont failli tomber dans mes bras au temps de ma jeunesse folle ça fait du monde), n’hésite pas à compléter celui qu’il a écrit sur l’affaire Dubuisson. Ce qui montre que lorsqu’on a travaillé longuement sur un sujet, il est difficile de s’en détacher, de ne pas voir des correspondances et des coïncidences à tout bout de champ. J’en fais presque tous les jours l’expérience avec mon ami Gengenbach : la seule mention du nom de Pierre Béarn dans La Serpe (il a acheté la bibliothèque du père Girard) m’a rappelé que j’avais trouvé à Saint-Dié des lettres échangées entre Béarn et Gengenbach. Quoi qu’il en soit, le livre est difficile à lâcher et on comprendra que son auteur n’hésite pas à revenir dessus et à le compléter dans ses œuvres futures.    

LUNDI.

Lecture. Le Sommet des Dieux 1 (Kamigami no itadaki, Jirô Taniguchi, Baku Yumemakura, Shūeisha Inc., 2000 pour l’édition originale, Kana, 2010 pour la traduction française, traduit et adapté du japonais par Sylvain Chollet; 336 p., 18€).    

MARDI.            

Bestiolaire domestique. identification d’une Cétoine dorée.    

MERCREDI.                  

Éphéméride. Boris à Michelle.  

[18 août 1948]  

“mercredi  

Mon bibi vert  

Y a un vent à décornifler les cornets à pysseton et des vagues très froides qui coûtent 8 francs belges plus deux francs de cabine sivouplait monsieur pour s’y plongir le kul. J’ai pas eu d’accidents mécaniques sauf que les pavés me finissent à petit feu et je perds mon aile droite et mon pare-choc sous l’effet du vibromassage paveux – comment va ma rrreû fille ? tu ne pourras pas me le dire vu que je filoche après-demain après avoir été pêchir Jef à Bruges, qui se dit en flamingo, Brugge, mais j’espère, bien. Tâche de te reposir un peu et d’avoir bonne mine quand je reviendroi. […]   Ton bison” (Boris Vian, Correspondances 1932-1959)                    

Lecture. Histoire universelle de l’infamie (Historia univesal de la infamia, Jorge Luis Borges, Tor, 1935 pour l’édition originale, in « Œuvres complètes I », Bibliothèque de la Pléiade n° 400, 2010, traduit de l’espagnol par Roger Caillois et Laure Guille, revue par Jean-Pierre Bernès, 1766 p., 68,50 €).                                

Avec ce recueil de courts récits, Borges abandonne la poésie et les chroniques pour se tourner vers la fiction. Georges Perec reprendra dans le chapitre II de La Vie mode d’emploi un élément figurant dans le récit intitulé “La Chambre des statues”, évoquant la salle d’un château qui était “si longue que le plus habile archer tirant du seuil n’aurait pas pu planter sa flèche dans le mur du fond.” Juste retour des choses car Borges avait lui-même emprunté cette histoire aux Mille et Une Nuits.    

JEUDI.          

Lecture. Roug(Roog, Philip K. Dick, The Magazine of Fantasy & Science Fiction, février 1953, traduit de l’américain par Alain Dorémieux et révisé par Hélène Collon, in “Nouvelles complètes I 1947-1953”, Gallimard, coll. Quarto, 2020; 1280 p., 28 €).                        

Nouvelle.    

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Baignoires champêtres, avec et sans baigneuse.  

  Girecourt-sur-Durbion (Vosges), photo de l’auteur, 31 mai 2020

Châtas (Vosges), photo de Caroline Didion, 28 février 2020                      

Vie de couple. Après ma séance de kinésithérapie, je passe à la pharmacie voisine, où officie Caroline. Celle-ci jaillit de derrière le comptoir, m’entraîne dans une petite pièce borgne, ferme la porte, j’ôte ma chemise avec des doigts tremblants, elle enserre mon torse puissant … d’un mètre ruban pour prendre les mesures du corset que je devrai porter après l’opération. Nous sortons du local même pas ébouriffés.  

SAMEDI.              

Films vus.

  • l y a des jours… et des lunes (Claude Lelouch, France, 1990)                               
  • Petit pays (Éric Barbier, France – Belgique, 2020)                              
  • À coup sûr (Delphine de Vigan, France, 2014)                              
  • Tout simplement noir (John Wax, Jean-Pascal Zadi, France, 2020)                              
  • L’Inconnu (The Unknown, Tod Browning, É.-U., 1927).                

L’Invent’Hair perd ses poils.  

  Bruxelles (Belgique), photo de Pierre Cohen-Hadria, 16 janvier 2012

Epsom (Angleterre, R.-U.), photo de Cecilia Howson, 28 mai 2018                

Poil et plume. “Le coiffeur avait sa boutique rue des Récollets. C’était un homme d’une quarantaine d’années, un peu replet, au visage mou et au regard éteint. Le salon de coiffure, constitué par un long couloir étroit était des plus modestes. Les cuvettes et les revêtements, en marbre gris, les sièges cannelés, les glaces à moulures, dont le tain était rongé par endroits, lui donnaient un aspect provincial et désuet.” (Marcel Aymé, Travelingue)    

DIMANCHE.                    

Vie parisienne. Il fut un temps, celui où le séminaire Perec de Jussieu battait son plein, où je venais chaque mois à Paris. Maintenant, c’est plutôt une fois par an, c’est comme ça qu’on vieillit. Ce séjour avec Caroline était prévu depuis plus d’un an en fait, sans cesse annulé, remis à cause des grèves puis des confinements. Enfin, nous voilà de retour dans une ville devenue borgne à cause des vacances et de la pandémie. Il s’agit de rattraper le temps perdu et la journée du samedi sera bien meublée : Musée Carnavalet où je revois avec émotion le petit lit du petit Marcel, librairies (Compagnie, Gibert, Shakespeare and Company) jeu de cache-cache avec les manifestants et les CRS autour du Palais de justice, Samaritaine (un type sur le trottoir chante une chanson de Joan Armatrading dont je croyais être le seul à me souvenir), Galeries Lafayette, une bonne douzaine de kilomètres de marche au total, ça occupe. Aujourd’hui, retour au calme avec la visite de l’exposition “Elles font l’abstraction” à Beaubourg qui présente un ensemble de femmes artistes pour la plupart inconnues de nos services. Sonia Delaunay, Sophie Taeuber, Louise Bourgeois, d’accord mais quid de Hilma Af Klint, de Harmony Hammond, de Tess Jaray ? Et il y en a des dizaines d’autres, pas moins intéressantes, ce qui montre l’ombre, la négligence dans lesquelles on les a tenues jusqu’à maintenant.    

MARDI.            

Tourisme immobilier. Nous jouons les déménageurs pour installer Alice en son nouveau logis messin. Je regrette le temps où, en de telles circonstances, je n’avais à me préoccuper que de l’état de mon dos.    

MERCREDI.                  

Éphéméride. “25 août [1914]  

Au matin, on part, en arrière toujours. C’est triste de voir sangloter toutes les femmes. On approche de Nompatelize et on met en batterie, mais un cavalier apporte l’ordre de marcher de l’avant : il paraît qu’on reprend l’offensive. Tout le monde est joyeux. On se met en route, on monte le col de la Chipotte et on redescend sur Raon-l’Étape. Presque aussitôt, on s’arrête et demi-tour, on descend sur Saint-Benoît, direction de Rambervillers. La joie est tombée. Dans les bois, à l’entrée du pays, des centaines de femmes et d’enfants ont passé la nuit dehors. À la sortie du pays, même tableau. Que c’est triste ! Oh, les pauvres gens ! Ils se sont sauvés à la hâte, quelques-uns à peine vêtus et rien à manger. On traverse Bru. S’arrêtera-t-on bientôt ? Enfin, on met en batterie entre Bru et Jeanmenil. Il ne cesse d’arriver des troupes : artillerie, chasseurs d’Afrique, marsouins. On couche le soir sur place, et tout l’horizon est éclairé par les incendies. C’est sans doute Raon ou Baccarat qui brûle.” (‘'(Albert Viard, Journal de marche d’un sous-off d’artillerie, Poilu de la 3e du 62)                    

Lecture. Correspondance inédite 1919-1922 (Jean-Baptiste Botul, Henri- Désiré Landru, Mille et une nuits n° 358, 2001; 104 p., 2,50 €).                                  

Claustria (Régis Jauffret, Le Seuil, 2012, rééd. Points P 2950, 2013; 552 p., 8,30 €).                                

Comme Philippe Jaenada, Régis Jauffret tourne autour des faits divers. Avec des buts et des moyens différents cependant. Là où Jaenada, dans La Serpe, s’attache aux faits dans le but de dénicher la vérité sur l’affaire Girard, Jauffret s’accorde plus de libertés. Il prend ses précautions, ajoute le mot “roman” au titre, précise dans son avant-propos qu’il s’agit d’une œuvre de fiction. Le point de départ est l’affaire Fritzl, du nom de cet homme qui, en Autriche, séquestra dans la cave de sa maison pendant 24 ans sa fille puis une partie des enfants qu’il lui fit. Il ne s’agit pas ici d’innocenter quelqu’un, encore moins de lui trouver des excuses. Il s’agit, à partir de ce qui est connu, d’imaginer ce qui a pu se passer dans cette cave au cours de ces années. Jauffret s’y emploie à l’aide de dialogues reconstitués, de monologues intérieurs imaginés, de situations possibles et plausibles. L’entreprise crée un certain malaise : l’auteur ajoute le sordide fictif au sordide réel, dont on peut croire qu’il se suffit à lui-même. En étalant cela sur plus de cinq cents pages, Jauffret ne peut éviter d’être taxé de complaisance. Il répondra que son but est avant tout littéraire, qu’il s’agit de créer une œuvre de fiction à partir de faits réels, ce qui est tout à fait recevable. Force est de constater toutefois que dans ce domaine, Emmanuel Carrère, avec L’Adversaire tiré de l’affaire Jean-Claude Romand, a fait beaucoup mieux.    

JEUDI.          

Brève de trottoir.  

VENDREDI.                  

Le cabinet de curiosités du notulographe. Aperçu d’une collection de bains-douches.  

Paris (Seine), rue des Deux-Ponts, photo de l’auteur, 26 janvier 2019

  Nantes (Loire-Inférieure), photo de Christophe Hubert, 10 juin 2020 

SAMEDI.              

Football. SA Spinalien – Bobigny 0 – 0.                

Films vus.

  • Onoda, 10 000 nuits dans la jungle (Arthur Harari, France – Japon – Allemagne – Belgique – Italie – Cambodge, 2021)
  • The Spy (Jens Jonsson, Norvège, 2019)                               
  • Papa les petits bateaux (Nelly Kaplan, France, 1971)                               
  • BAC Nord (Cédric Jimenez, France, 2020)                               
  • Attack of the Potato Clock (court métrage, Victoria Lopez, Ji Young Na, É.-U., 2018)                               
  • Un triomphe (Emmanuel Courcol, France, 2020)                               
  • Wildland (Kød & blod, Jeanette Nordahl, Danemark, 2020)                               
  • Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire (A Series of Unfortunate Events, Brad Silberling, Allemagne – É.-U., 2018).                

L’Invent’Hair perd ses poils.      

  Paris (Seine), rue du Faubourg-Saint-Martin, photo de Pierre Cohen-Hadria, 7 février 2012

Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo de l’auteur, 4 novembre 2012             

IPAD (Itinéraire Patriotique Alphabétique Départemental). 14 juin 2020. 88 km. (38 891 km).  

403 habitants

   D’un côté de la route, on a cet ensemble neuf, rutilant même, consacré aux morts de 1939-1945.

   Pour ceux de 14-18, il faut se tourner de l’autre côté, celui de la Mairie. De chaque côté de la porte se trouve une plaque de marbre couverte d’inscriptions en lettres dorées.

   Plaque de gauche :  

À ses enfants 1914-1918  

BÉHÉ Maurice

DIDIER Hubert

GACHENOT Raymond

MARCHAL Achille MARCHAL Edmond

ODILE Alfred

OSTRÉ Paul

PIERRAT Aimé

THOMAS Camille

TRIBOULOT Émile

VALENTIN Léon  

VICTIMES CIVILES  

GRANDIDIER Marcel

ROBIN Auguste     

Plaque de droite :    

Grande Guerre

1914-1918  

CITATION :  

Envahie par l’ennemi

Au début des hostilités

A subi de nombreux

Bombardements

Qui l’ont en partie

Détruite

Par les souffrances

Endurées et la

Belle attitude de

Sa population a

Bien mérité du pays.  

22 octobre 1921                

Poil et pellicule.  

Les Sept samouraïs (Shichinin no samourai, Akira Kurosawa, Japon, 1954) 

Bon dimanche,  

Philippe DIDION

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