20 décembre 2015 – 690

DIMANCHE.
                   Lecture. Le Pouvoir du chien (The Power of the Dog, Thomas Savage, Little, Brown and Company, 1967 pour l’édition originale, Belfond, 2002 pour la traduction française, rééd. Belfond, coll. Vintage, 2014, traduit de l’américain par Pierre Furlan; 384 p., 19 €).
                                 Grâces soient rendues à l’excellent Bernard Poirette et à sa chronique “C’est à lire” du dimanche matin sur RTL : on serait sans lui passé à côté de cette réédition d’un livre en tous points remarquable. Poirette est un très bon renifleur de polars, même s’il lui arrive d’avoir le nez bouché comme quand il conseilla le pâle Joseph Incardona, et on se repent peu souvent d’avoir suivi ses conseils. Thomas Savage est un auteur de l’Ouest, un chroniqueur des temps héroïques de l’Amérique. Ses personnages sont des cow-boys, deux frères qui possèdent et dirigent un ranch prospère du Montana. Leurs caractères sont différents mais n’empêchent pas une sorte d’harmonie tacite entre eux. Celle-ci prend fin au moment où le plus jeune, George, se marie et installe sa femme à la maison. L’aîné, Phil, va alors tout faire pour mener une vie impossible à l’intruse et au fils efféminé qu’elle a eu de son premier mariage. Personnage effrayant, complexe, Phil pense tenir les commandes de la tragédie qu’il met en place mais qui n’aura pas l’issue attendue. La conduite implacable de l’histoire, la richesse des personnages, la force des paysages sont autant d’atouts d’un bouquin impossible à lâcher. On n’avait pas connu ça, dans le genre, depuis notre découverte adolescente des romans de Steinbeck.
MARDI.
            Lecture. De nos oiseaux (Tristan Tzara, éditions Kra, 1923, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
“oh les immondes les sales
mais je préfère me taire
le regret solitaire virulent
me va beaucoup mieux
et je tiens à ma beauté
à ma santé à ma gaîté
à ma liberté à mon égalité
à ma fraternité et à ce que j’ai à dire”
VENDREDI.
                  Football. SA Spinalien – Amiens SC 2 – 1.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Humour de chiottes à Moncetz-Longevas (Marne), photo de l’auteur, 17 octobre 2015, à Arles (Bouches-du-Rhône), photo de Sylvie Mura, 10 mars 2015.
humour de chiottes,, moncetz-longevas, 690  j'ai envie de chier, arles, sylvie mura, 10 mars 2015, 690
SAMEDI.
              Films vus.
                               La Désintégration (Philippe Faucon, France – Belgique, 2011)
                              Geronimo (Tony Gatlif, France, 2014)
                               La Fièvre dans le sang (Splendor in the Grass, Elia Kazan, E.-U., 1961)
                               National Gallery (Frederick Wiseman, France – E.-U., G.-B., 2014)
                               Ocean’s 13 (Ocean’s Thirteen, Steven Soderbergh, E.-U., 2007).
                           
              L’Invent’Hair perd ses poils.

la boîte à cheveux, obernai, 690    la boîte à tifs, gérardmer, 690

Obernai (Bas-Rhin), photo de l’auteur, 24 mai 2010 / Gérardmer (Vosges), photo du même, 2 octobre 2011            

              Poil et plume. “Nous étions attablés au Dupont-Latin, sur le Boul’ Mich’, au milieu d’une foule d’étudiants criards et mal vêtus qui portaient les cheveux très longs dans le cou et relevés en touffe sur le front. Raoul disait que c’était une manifestation de l’amitié franco-américaine. Le pick-up faisait rage.

   – Sortons, dit Raoul; j’aime beaucoup le Quartier, mais ces zazous me tapent sur les nerfs. On a envie de les faire tondre.” (Raymond Abellio, Heureux les pacifiques)
DIMANCHE.
                   Vie parisienne. On vient à Paris sur la pointe des pieds désormais, on sait pourquoi. En débarquant hier gare de l’Est, je m’attendais à trouver l’endroit envahi par les uniformes et les hommes armés. Mais non, le hall est calme, sans changement par rapport à l’habitude. Les rues, les cafés, le Petit Cardinal connaissent l’animation habituelle des veilles de fêtes. Personne à la Bilipo où je viens travailler l’après-midi mais là encore, ça n’a rien d’exceptionnel, le lieu est peu couru. Bien sûr, le soir venu, alors que j’assiste au conseil d’administration de l’Association Georges Perec dans un appartement parisien proche des lieux des fusillades, la conversation roule sur les récents événements, il faut dire que l’assemblée est composée en majorité de Parisiens qui vivent avec ça au jour le jour. Ce n’est que ce matin que je peux voir que quelque chose a changé au Louvre : des contrôles supplémentaires, plusieurs rideaux à franchir mais sans que cela occasionne une quelconque perte de temps. Et pour cause : la place est quasiment déserte.
                   Lecture. Un échec matrimonial : Le cœur de la mariée mis à nu par son célibataire même (Lydie Fischer Sarazin-Levassor, Les presses du réel, coll. L’écart absolu, 2004; 208 p., 18 €).
                                 En sortant de la Bilipo, hier après-midi, j’ai remonté la rue Monge jusqu’à la rue Larrey. C’est au 11 de la rue Larrey que Marcel Duchamp installa son atelier en 1927. La même année,  il y installa également sa femme, Lydie Levassor, pour une vie matrimoniale de courte durée puisque leur divorce fut prononcé quelques mois plus tard. En 1977, Le Centre Georges-Pompidou ouvrait ses portes avec une exposition consacrée à Marcel Duchamp. Pour l’occasion, on demanda à l’éphémère épouse de l’artiste de raconter ses souvenirs, ce qu’elle fit par l’intermédiaire de ce texte, exhumé en 2004 par Marc Décimo. Souvenir personnel : la première fois que je vis François Bon, en 2005, c’était à Beaubourg et il lisait en séance publique des extraits de ce livre récemment paru. Dont voici l’histoire : en 1927, Marcel Duchamp a décidé de consacrer sa vie aux échecs. Il a besoin d’argent et la vente des œuvres de Brancusi dont il s’occupe ne rapporte pas encore. D’où la tentation d’arranger un mariage avec une riche héritière : la jeune Levassor, fille d’un capitaine d’industrie, apparaît comme une proie idéale. Cet arrangement, Lydie ne veut pas y croire malgré les mises en garde de ses proches : elle est amoureuse de l’artiste et croit cet amour partagé, du moins dans un premier temps. Mais le père Levassor, lui-même engagé dans un divorce dispendieux, n’accorde pas les subsides sur lesquels Duchamp semblait compter. Après lui avoir fait subir une série de revers, de déceptions, d’humiliations, il congédie Lydie qui finit par admettre qu’elle a été jouée. Dans son récit, celle-ci essaie d’éviter l’amertume pour livrer une simple chronique des faits, qui voient une jeune bourgeoise légèrement ébahie basculer dans un milieu dont les membres (Duchamp, Picabia, Man Ray et autres) semblent dotés d’une valeur humaine peu en rapport avec leur renommée artistique.
MARDI.
            En feuilletant Livres Hebdo. Christian Bromberger, Le Sens du poil : une anthropologie de la pilosité, Créaphis, 2015 ; 160 p., 12 €.
JEUDI.
          Lecture. Morgue pleine (Jean-Patrick Manchette, Gallimard, coll. Série Noire n° 1575, 1973; rééd. in Jean-Patrick Manchette « Romans noirs », Gallimard, coll. Quarto, 2005; 1344 p., 29,50 €).
                        “Morgue pleine a été écrit à toute vitesse parce qu’il fallait que je paie mes impôts. J’ai livré le manuscrit le 12 ou 13 novembre, j’avais demandé que le chèque soit prêt afin de le donner le lendemain au percepteur ! Et j’ai passé les six mois suivants à me répéter que ce bouquin était affreux…” On peut considérer que le regard de Manchette sur son roman, tiré d’un entretien à Mystère Magazine, est un peu sévère. Le bouquin n’est pas affreux. Cela dit, on sent bien qu’il a été fait à la va-vite : son rythme effréné ne parvient pas à masquer les invraisemblances et les approximations de l’intrigue. Cependant, l’écriture de Manchette sauve le tout, avec la recréation assumée et réussie d’un modèle américain – celui du petit privé miteux et pessimiste – dans un cadre français. L’anti-héros de Manchette, Eugène Tarpon, connaîtra sous sa plume d’autres aventures et trouvera au cinéma son incarnation parfaite avec Jean-François Balmer dans Polar (Jacques Bral, France, 1984).
VENDREDI.
                  Football. SA Spinalien – SR Colmar 2 – 1.
                  Le cabinet de curiosités du notulographe. Miettes proustiennes à Illiers-Combray (Eure-et-Loir), photo de l’auteur, 4 juillet 2014.
illiers-combray madeleines, 690
SAMEDI.
              Films vus. Les Godelureaux (Claude Chabrol, France – Italie, 1961)
                               Tu veux… ou tu veux pas ? (Tonie Marshall, France – Belgique, 2014)
                               Ma femme s’appelle reviens (Patrice Leconte, France, 1982)
                               Le beau monde (Julie Lopes-Curval, France, 2014)
                               Minuit à Paris (Midnight in Paris, Woody Allen, Espagne – E.-U., France, 2011)
                               Juliette et Juliette (Rémo Forlani, France – Italie, 1974).
              Lecture. Sept manifestes Dada (Tristan Tzara, éditions du Diorama, Jean Budry, 1924, rééd. in “Poésies complètes”, Flammarion, coll. Mille & une pages, 2011; 1760 p., 35 €).
              L’Invent’Hair perd ses poils.
la coifferie, saales, 690 (2)   la coifferie, romorantin-lanthenay, 690 (2)
Saales (Bas-Rhin), photo de l’auteur, 24 mai 2010 / Romorantin-Lanthenay (Loir-et-Cher), photo du même, 4 novembre 2012
              IPAD. 11 mai 2014. 75 km. (26165 km).
ménarmont, 690
54 habitants
   Le monument blanc, surmonté d’une croix, se trouve sur le côté de l’église, au centre d’un carré de pavés, blancs eux aussi.
ménarmont monument, 690

1914-1919

Aux enfants de Ménarmont

Morts pour la France

BERTRAND Clément

CHANAL René

CHOLEZ Adrien

COLTAT Émile

GERARD Auguste

GERARD Félicien

MASSON Louis

NEIGE Alcide (Abbé)

NEIGE Camille

THIEBAUT Julien

Enfant BOULANGER Joseph

Auguste André WYNCKE

Instituteur 1940

Georgette DIDIERJEAN

Victime civile 1944

   Plaque individuelle :

A la mémoire

De L. MASSON

Mort au champ d’honneur

              Poil et plume. L’heure ne permettait plus de retourner bavarder dans la Plaine et cependant, il entendait fêter ce dénouement d’une façon ou d’une autre. Une frairie du côté des barrières, Crénu en serait pour qui il éprouvait une tendresse inexpliquée, il s’amuserait, il le lui dit et l’avertit qu’au préalable, pour être bienséant, là où ils se rendaient, il faudrait s’arrêter aux bains, chez le barbier de la rue Troussevache, rive droite, Renier Tue-Pain, meilleur raseur de Paris à ses dires, un ami. Assurément, Ploumier y serait bien peigné.
(…)
La marche reprit sans étape jusqu’à Troussevache. Sur le pas de ses étuves, voyant s’avancer les comparses, Renier Tue-Pain eut trois raisons de se frotter les mains : l’ouverture de Lendit avait vidé la ville et le négoce capillaire capotait depuis le matin, la compagnie de Raoulet séduisait d’autant mieux que la camaraderie s’ancrait dans l’argument du vin, et puis aussi, dans la bande, approchait un client spectaculaire, au cheveu transcendant, à qui coûterait double barème pour se faire « crester » de partout, barbe et crâne. Tue-Pain sur le seuil de ses bains les reçut avec force agrément. Raoulet lui présenta Denisot, Ploumier, sur l’épaule desquels il avait posé sa poigne, palpant les omoplates, malaxant les macreuses, chahutant le squelette de ses deux acolytes en rapprochant leur tête jusqu’à les heurter comme des boules. L’une dit-il, la plus fournie, méritait « desoan d’estre pignier », et puisqu’il se faisait une idée assez sommaire de la coupe, il en brossa la tendance générale : la barbe est habitable mais plus à ce point, il faudrait beaucoup rafraîchir, à toute face, qu’on vît apparaître quelque chose des oreilles, un bout de regard, qu’une ébauche de bouche se dessinât délivrant ne fût-ce qu’une moue, que le rasage dévoilât une part de la binette. Renier souleva le poil au front, ici et là, aux joues, appréciant les houppes, prenant du recul, tournant autour du modèle, un cas d’école qu’il préféra remettre au soin de son meilleur barbier. Pour une tête pareille, l’étuvier comptait une demi-heure de coupe au moins, taille intégrale, le temps d’ingurgiter une piquette tout à côté, chez Thomassin Navet, débiteur de vin au cimetière des Innocents. Crénu les y rejoindrait.
(…)
Trois fois les timbales vides s’emplirent, grossirent l’ardoise de Raoulet, les causeries giclaient de partout quand soudain parut Ploumier en pleine amusette, ex-Crénu, irrupté aux Innocents, déperruqué, entrant chez Navet avec un triste rictus, miséreux de la pelade au menton, du déboisage au chef. Raoulet pouffa qui dut rendre à la terre sa dernière gorgée car aussi fort soit-il, un homme ne peut expectorer et déglutir tout à un coup. C’est que Gilot avait la tête d’un corsaire après que le souffle d’un boulet de feu fut passé au ras de son visage, une moitié de la tignasse emportée laissant à découvert une face rougie par la lame, des écorchures au cou, des entailles aux joues, l’autre moitié encore enracinée. Du diable si la coupe était égalisée, mais restaient ces sourcils échappés de l’onde de choc, en place, intacts, implantés sur la gueule, avachis en herse pleureuse.” (Michel Jullien, Esquisse d’un pendu)

Bon dimanche,

Philippe DIDION

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