4 septembre 2016 – 720

DIMANCHE.
                   Vie théâtrale. Nous sommes à Bussang pour une représentation du Songe d’une nuit d’été au Théâtre du Peuple. Représentation réussie, bien enlevée, malgré quelques tunnels qui tiennent avant tout à la composition de la pièce.
MERCREDI.
                  Éphéméride. “24 août [1918]
Je commence à regarder la femme qui distribue les lettres, mais c’est en vain car elle ne s’arrête pas encore devant le lit n° 22 qui a l’honneur de m’avoir comme locataire. Quelle privation pour moi, ce manque de lettres ! Penser que, depuis 24 jours, j’en ai reçu une. Cela m’aurait fait tant de bien. […] Mais comme le reste, il faut l’offrir à Dieu et tout accepter sans murmurer.” (Albert Viard, Lettres à Léa)
                  Vie balnéaire. Trempette à Gérardmer. Sera-ce la dernière de la saison ?
VENDREDI.

                 Le cabinet de curiosités du notulographe.

720 (2)
Québec (Québec, Canada), photo d’Éric Dejaeger, 13 juillet 2015
Vie parisienne. Je prends le 6 heures 22 pour Paris avec Lucie et nous faisons l’ouverture du Centre Pompidou pour une visite de l’exposition consacrée à la Beat Generation. Celle-ci s’articule autour du rouleau de papier calque, déployé sur ses 36 mètres, qui porte le tapuscrit d’On the Road. Mais plus que celle de Kerouac, c’est la figure d’Allen Ginsberg qui domine, partout présente sans doute à cause de sa longévité (1926-1997). Ginsberg qu’on voit devenir, au fil des ans, le sosie du docteur Olievenstein, de Salman Rushdie puis d’Umberto Eco. Beaucoup de personnages moins connus peuplent les lieux, parmi lesquels l’inattendu Bernard Plossu, dont je savais qu’il avait photographié Perec mais dont j’ignorais le travail effectué en Amérique. Je voulais montrer à Lucie le film d’une séance d’anthropométries d’Yves Klein mais il ne fait plus partie apparemment des collections permanentes. Détour ensuite par Saint-Germain pour voir le domicile de Jean-Paul Belmondo – j’ai une fille qui se nourrit, allez savoir pourquoi, des musiques des Beatles, des livres de Kerouac, Fitzgerald et Truman Capote et des films de Godard avec ou sans Belmondo – et poursuivons sous le cagnard jusqu’à la Bilipo. J’y reçois, de la directrice, des nouvelles de la santé de Paulette Perec. C’est sans doute la dernière fois que je viens en ce lieu : j’y étudie le volume n° 500 de la Série Noire, le bout du corpus auquel je consacre mon atlas de la collection. Aux livres ensuite chez le libraire d’ancien de la rue Monge. À la fin de la journée, l’appareil de poche de Lucie nous apprend que nous avons couvert douze kilomètres et j’ai dû perdre autant de litres d’eau : toutes les rues de Paris s’appelaient aujourd’hui la rue du Four.
SAMEDI.
             Vie parisienne (suite). Au Louvre de bonne heure pour l’examen d’une salle de l’aile Sully, puis direction le Champo où l’on donne une rétrospective Godard. Quelques livres chez Compagnie puis casse-croûte près du Collège de France, dans un square dont les fourrés sont colonisés par des troglodytes. De là, au Panthéon où se tient une exposition sur les monuments aux morts – cette fois, c’est moi qui décide – mais c’est la fraîcheur de la crypte qui constitue, aujourd’hui encore, le principal intérêt du lieu.
            Films vus pendant la semaine. Jean de Florette (Claude Berri, France – Suisse – Italie – Autriche, 1986)
                                                              La Femme au tableau (Woman in Gold, Simon Curtis, R.-U., 2015)
                                                              Lady Paname (Henri Jeanson, France, 1950)
                                                              Les Bêtises (Alice et Rose Philippon, France, 2015)
                                                              Masculin féminin (Jean-Luc Godard, France – Suède, 1966).
             L’Invent’Hair perd ses poils.
720  720 (3)
Perth (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 4 août 2010 / Le Cannet (Alpes-Maritimes), photo de l’auteur, 6 mai 2014
             Poil et pub.
dépil tech 1 lyon, 720 (2)  dépil tech 2 lyon, 720 (2) 
            
DIMANCHE.
                   Vie balnéaire. Trempette à Gérardmer. Ce n’était donc pas la dernière.
MERCREDI.
                  Vie professionnelle. C’est avec une légère appréhension que je reprends ce matin le chemin du boulot. En effet, les quelques collègues que j’ai croisés au cours de l’été m’ont dit être plongés jusqu’au cou dans la préparation de l’année scolaire qui s’annonce aujourd’hui : la réforme du collège, les nouvelles pratiques et les nouveaux programmes à mettre en place semblaient les accaparer. Je me sens un peu coupable d’être resté à l’écart de ces préoccupations, les réservant pour ce jour. Il faut dire que la matière que j’enseigne, du moins telle que je la conçois, est peu propice aux variations. Les données sont sensiblement stables : il y a d’un côté un code, de l’autre des concepts et il s’agit d’apprendre à utiliser le premier pour le mettre au service des seconds en s’aidant de l’observation de ceux qui nous ont précédés dans les siècles passés pour tenter d’y parvenir d’une façon correcte, efficace, harmonieuse, voire esthétique et originale si affinités. C’est tout simple mais on cherchera en vain cette simplicité dans les consignes officielles pondues par les responsables du ministère, dans les discours tenus par les membres de l’inspection ou dans les performances des Castafiore du Powerpoint envoyées jusque dans nos campagnes pour y prêcher la bonne parole. Je profite donc ce matin du temps perdu dans les discours convenus pour tracer les grandes lignes de mon travail pour les années à venir : quelques titres à changer, quelques orientations à modifier, quelques nouveaux territoires à baliser, d’autres à approfondir et ça fera la rue Michel. Je boucle ça en vingt minutes sur deux pages de mon carnet, me voici tranquille jusqu’à la prochaine réforme, si je suis appelé à la vivre. Je parviens à m’éclipser à la mi-journée, retrouve le quai de gare où j’attends le 13 heures 02 dans un état nauséeux. La légère appréhension a laissé la place à la verte trouille qui m’envahit chaque année au moment de recevoir celles et ceux appelés à être placés sous mon triste magistère.
                 Éphéméride. “Vendredi 31 août 1906.
Par ici, dans les bois et les collines du New Hampshire, sont éparpillées deux douzaines de vacanciers estivaux, propriétaires de leur maison, qui viennent chaque été et parfois d’aussi loin que Chicago et Saint Louis. Ils ont un pavillon, joli et modeste, pour les bals et autres distractions et, deux ou trois fois par mois, ils s’y réunissent pour se divertir avec de la musique, des conférences et ainsi de suite, qui leur sont fournies par les talents déjà sur place. Ces talents sont des artistes distingués, des professeurs d’université, des historiens, entre autres – et j’en fais moi-même partie. Puisque c’est maintenant mon tour, j’aimerais exploiter ma méthode d’art oratoire spontané demain après-midi, pour voir comment elle peut fonctionner. Hier, j’ai choisi deux élèves – messieurs Brush et Smith –, je leur ai expliqué le truc, et leur ai demandé d’être présents le lendemain avec trois anecdotes chacun. Je demanderai un sujet aux auditeurs et nous débattrons tous les trois conformément aux principes de ma méthode. Je suis persuadé que la séance sera d’un niveau élevé et instructif. Je sais qu’elle le sera si mes élèves apportent de bonnes anecdotes et s’ils se souviennent que chaque anecdote doit être introduite par la même formule, avec monotonie – sans en changer un seul mot. Je fournirai la formule, sa répétition fera le reste.” (Mark Twain, L’Autobiographie de Mark Twain : L’Amérique d’un écrivain)
VENDREDI.

                  Le cabinet de curiosités du notulographe. À la recherche du deux-temps perdu” au Lude (Sarthe), photo de Bernard Cattin, 28 décembre 2013.

 
720 (4)
SAMEDI.
              Lecture. Carnet de notes 2011-2015 (Pierre Bergounioux, Verdier, 2016; 1216 p., 38 €).
                            L’entreprise des Carnets a vu le jour en 1980. On a donc maintenant plus de trente années de vie quotidienne à notre disposition et on peut prétendre connaître un peu l’animal qui nous les a livrées. Quoique. La vie dans ce dernier Carnet, comme la vraie quand elle atteint son versant déclinant, est faite d’adieux plus que de conquêtes : adieu à des pratiques (la pêche), à des activités (l’enseignement), à des lieux (Brive), à des conforts (le sommeil, la santé), à des êtres (des amis, un cousin, une mère). La tristesse qui en découle donne à voir un Bergounioux différent de ce qu’il est dans la vraie vie, ce dont témoignent ceux qui le côtoient et dont j’ai eu un bref aperçu cet été à Ussel. Ce quatrième volume, sorti au printemps dernier, a déjà donné lieu à nombre de commentaires avisés. Évitons donc d’en remettre une couche et intéressons-nous plutôt à ce qui n’est pas dit. Un mystère plane sur ces dernières années, c’est l’absence du fils Jean. L’autre, Paul, apparaît régulièrement, il vient d’avoir une fille, les grands-parents s’en occupent souvent. Mais Jean n’est mentionné qu’à deux ou trois reprises, lorsque l’auteur passe devant la maternité où il est né et, en chair et en os, au chevet de sa grand-mère mourante. Que s’est-il passé ? Fâcherie, bouderie, rupture ? On n’en saura rien, cela ne nous regarde pas. Les ponts sont coupés, c’est tout. Bergounioux dit tout des maux qui l’accablent mais il tait celui-ci, peut-être parce que c’est le plus douloureux.
             Films vus. My Fair Lady (George Cukor, E.-U., 1964)
                              Manon des sources (Claude Berri, France – Italie – Suisse, 1986)
                              Un voisin trop parfait (The Boy Next Door, Rob Cohen, E.-U., 2015)
                              La Vénus à la fourrure (Roman Polanski, France – Pologne, 2013)
                              Jamais de la vie (Pierre Jolivet, France – Belgique, 2015)
                              Assassins et Voleurs (Sacha Guitry, France, 1957)
                              Ladygrey (Alain Choquart, France – Belgique – Afrique du Sud, 2015).       
             L’Invent’Hair perd ses poils.
720 (6) 720 (7)
Perth (Écosse, R.-U.), photo de Benoît Howson, 4 août 2010
             Poil et pellicule.
720 (5)
Brèves de comptoir (Jean-Michel Ribes, France, 2014)
Bon dimanche,
Philippe DIDION
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